mardi 25 août 2009

Plus de 100 000 $ pour défendre le droit de décider de l'éducation morale de ses enfants

L'inénarrable Jean-Philippe Pineault revient sur le programme d'éthique et de culture religieuse, cette fois-ci dans un article relativement professionnel.
Les commissions scolaires du Québec ont systématiquement refusé toutes les demandes d’exemption au cours controversé d’éthique et culture religieuse, au point que des parents, furieux, ont l’intention de retenir leurs enfants à la maison pour protester lors de la prochaine rentrée scolaire, a appris RueFrontenac.com.

Depuis la mise en place du cours l'an dernier, pas moins de 1742 demandes d'exemption ont été adressées à l’une ou l’autre des commissions scolaires du territoire québécois. Chaque fois, les parents ont été déboutés.

« Les exemptions sont vraiment refusées en bloc. Ils nous disent que nos motifs ne sont pas valables », déplore Suzanne Lavallée, une mère de quatre enfants qui a choisi de transporter le débat devant les tribunaux.
On aimerait avoir la citation complète de Mme Lavallée.
La résidante de Drummondville est à l'origine d'une action en Cour supérieure dont le dénouement est très attendu par les parents qui refusent que leurs enfants assistent au cours d'éthique et culture religieuse. Insatisfaite qu'on ait refusé sa demande d'exemption, la mère de famille a embauché un avocat
Deux ! Mes Jean-Yves Côté et Jean-Pierre Bélisle.
pour faire valoir ses droits.

« Si on perd, ça va être très grave, à mon avis. Les parents ont un droit de regard sur ce que les enfants apprennent à l'école. C'est trop important », clame Mme Lavallée, qui a englouti environ 100 000 $ jusqu'à maintenant dans les procédures judiciaires.
Ayant communiqué avec Mme Lavallée, nous pouvons affirmer qu'il s'agit de plus de 100 000 dollars.

Plus de cent mille dollars pour défendre le droit à décider de la formation morale et religieuse de ses enfants. C'est cela le Québec ! Il est vrai que le professeur Georges Leroux, fervent apologue du cours ECR, a avoué que la conception qui sous-tend l'imposition du pluralisme normatif, comme il le nomme, et le programme ECR est jacobine.

Plus de cent mille dollars pour s'entendre dire par les procureurs du Monopole de l'Éducation au procès — après des mois de demandes d'exemption pour leur fils aîné — que de toute façon l'école en question ne donnait pas le cours ECR cette année en Secondaire V, car en 2008-2009 il n'était pas obligatoire. Cela alors que, jamais lors de la demande d'exemption, puis le passage devant les commissaires scolaires, pendant les deux interrogatoires avant le procès, jamais on n'indiqua la chose aux parents. Ceci alors que le bulletin de cet aîné désignait le cours d'éthique implantée dans cette école comme le cours « ECR »...

Plus de cent mille dollars pour voir son fils aîné paniqué tomber dans les pommes lors du procès. Il faut dire que sa mère avait été cuisinée sous ses yeux pendant des heures par des procureurs peu amènes et que lors des longs interrogatoires précédant le procès ces mêmes procureurs avaient déjà mis mal à l'aise ce jeune homme par des questions personnelles répétées.
Richard Descarie, un autre parent qui conteste le cours, estime que le ministère de l’Éducation met beaucoup de pression sur les commissions scolaires pour qu’elles refusent les demandes d’exemption. « On pense que le Ministère est intervenu », dit-il.

Beaucoup de rendez-vous chez le dentiste à prévoir...

Furieux que le ministère de l'Éducation force leurs enfants à assister au cours d'éducation et culture religieuse, des parents ont carrément l'intention de retenir à la maison leur progéniture lors de la prochaine rentrée scolaire.

« Mon enfant [le cadet] va sûrement avoir beaucoup de rendez-vous chez le dentiste et chez le médecin », affirme Suzanne Lavallée.

Marie-Josée Croteau, présidente de la Coalition pour la liberté en éducation (CLE), un groupe formé de parents qui contestent [l'imposition du] le cours, assure que bon nombre d'entre eux vont retenir leur[sic] enfants à la maison si on leur refuse l'exemption demandée.

« C'est certain qu'il va y avoir beaucoup de parents qui retenaient leurs enfants pendant la dernière année scolaire qui vont continuer à le faire », pense-t-elle.

« Il y a beaucoup de parents aussi qui s’organisent pour que leurs enfants n’aillent pas au cours, mais ils gardent ça secret plutôt que de se battre avec les commissions scolaires. Ils s'arrangent avec le directeur de l'école pour que les jeunes fassent autre chose pendant cette période-là », explique Mme Croteau.

Pas des « freaks »

Les parents qui contestent le cours d'éthique et culture religieuse se défendent d'être des « freaks » de Dieu.

« On a vécu l'inquisition. Ils ont voulu me faire passer pour une mère contrôlante. Je ne suis pas une fanatique ou une hurluberlue. On est des gens alertes, informés, et on a des principes, comme la démocratie », fait valoir Suzanne Lavallée, une infirmière de formation qui est maintenant maman à la maison à temps plein.

Cette dernière avoue être catholique et pratiquante, mais dit ne pas forcer ses enfants à assister à la messe. « Ils viennent à l'occasion », indique-t-elle.

Sujet sensible

Coordonnateur de la rédaction du cours d’éthique et culture religieuse, Denis Watters dit comprendre l’émotivité de certains parents à l’égard du cours, mais juge que celui-ci est malgré tout essentiel en 2009. « C’est sûr que c’est un sujet qui touche les cordes sensibles des Québécois. C’est légitime qu’ils puissent contester, mais je demande s’ils savent réellement ce qu’est le cours »
Assez typique : les parents et philosophes (5 témoins experts rien qu'aux deux procès) sont des grands émotifs qui n'ont pas compris, peut-être sont-ils même irrationnels.
, plaide ce père de quatre enfants qui détient un doctorat en enseignement religieux au Québec.
Vous voyez, les parents eux sont au mieux infirmières... Évidemment, M. Pineault, ni aucun plumitif des gros médias francophones au Québec n'ont interrogé le parent dans l'autre procès, celui de Loyola. Il faut dire que M. Zucchi est professeur d'université à McGill et qu'il s'est penché sur l'immigration au Canada. Difficile de le faire passer pour un ignare intolérant. Ne l'interrogeons pas.
« Il n’y a pas de perspective confessionnelle dans ce cours.
M. Watters joue sur les mots, ce n'est pas un cours catholique ou musulman, cela n'empêche en rien qu'il ait un effet sur les conceptions morales, philosophiques ou religieuses des enfants otages de ce programme gouvernemental pendant 11 ans.
C’est, comme son nom le dit, de la culture religieuse. On veut que les jeunes du Québec soient plus ouverts à ce qui les entoure ».
C'est déjà très discutable : pourquoi les jeunes doivent-ils êtres ouverts — plutôt que connaître — à ce qui les entoure ? Il y a des choses qui les entourent que l'on peut désapprouver. Enfin, il n'est pas vrai que l'on introduit le jeune à ce qui l'entoure : on lui parlera beaucoup, par exemple, des spiritualités autochtones totalement absentes de la vie de l'immense majorité des jeunes Québécois. Il en va de même de certaines questions morales, plus tard, sur l'homoparentalité par exemple. Phénomène totalement marginal mais qui est important pour ceux qui veulent en parler dans le cours, entendre non les parents, mais des éducateurs et des lobbyistes.
, fait valoir M. Watters. Ce dernier défend d’ailleurs son cours de certaines critiques qui affirment que l’enseignement vise à transmettre sept religions aux élèves, créant ainsi de la confusion dans leur esprit. « On veut initier le jeune aux différentes réalités.
Revenons à sa première formulation : « rendre ouvert » « aux différentes réalités » morales et religieuses.
C’est comme d’être capable de dire bonjour dans sept langues différentes. On n’oublie pas pour autant notre langue maternelle », dit-il. Denis Watters a d’ailleurs produit un petit guide ECR-101, pour répondre aux questions des parents sur le programme d’éthique et culture religieuse.
Petit guide du même niveau que cette « explication » : 11 ans pour apprendre à dire « bonjour » dans 7 langues ? L'apprentissage est nettement plus long et profond — 11 ans — et porte sur une matière nettement plus prégnante et importante en termes religieux, moraux et philosophiques que des rudiments de courtoisie touristique.

À nouveau, on essaie de prétendre que le cours est inoffensif, mais on nous dit en même temps qu'il est obligatoire et crucial pour former des citoyens complets, avant qu'ils ne reproduisent les « préjugés » de leurs parents. C'est bien évidemment qu'on espère qu'il aura plus d'effets que le simple apprentissage de quelques mots dans une langue étrangère.

La Grande-Bretagne s'enfonce.
Le Québec va-t-il réagir et reprendre la tête ?

Les petits Britanniques pourront bientôt, dès l’âge de douze ans, disposer d’une « carte de crédit spéciale » pour recevoir des préservatifs. Avec la « C-card », ils recevront des contraceptifs gratuitement dans les clubs de football, chez le coiffeur ou lors de séjours scouts.

Les initiateurs de la carte, une organisation d’informations pour les jeunes, espèrent que celle-ci devienne un symbole de statut social. Mieux encore, ils ajoutent : « et ainsi une preuve de fiabilité et de sérieux que les jeunes pourront se présenter les uns les autres avant d’envisager un rapport sexuel avec un partenaire qu’ils ne connaissent pas. »

Que vont faire le Québec progressiste et le Monopole de l'Éducation ? Peuvent-ils ainsi laisser la Grande-Bretagne devancer le Québec... ?

Et ensuite, le Devoir se demandera pourquoi les jeunes filles québécoises sont hypersexualisées...

« Salope » et viol collectif : les nouveaux « contes pour enfants »

« Tender Morsels» de Margo Lanagan pourrait être un banal livre pour enfants. Mais cette adaptation du conte de Blanche-Neige comporte le mot de « salope » dès la première ligne. Et inclut des passages habituellement réservés à un public averti, comme une scène de sexe entre une sorcière et un nain, un viol collectif, ou encore la description d’une fausse couche.

tender-morsels.jpgLa parution du livre en Grande-Bretagne suscite évidemment une violente polémique. On retiendra les propos de l’écrivain britannique Philipp Pullman, l’auteur d’« À la croisée des mondes » : celui-ci se déclare hostile aux sujets tabous dans les livres pour la jeunesse, au motif que les enfants risquent « d’être confrontés dans la vie réelle à des choses bien pire encore »(sic). Selon Pullman, l’appel à la censure est d’ailleurs motivé par « une peur irrationnelle », et par « une nostalgie inavouée des livres d’autrefois ». Permissivité débridée, éloge de la dépravation, négation des racines : toute l’ossature de l’idéologie dominante, celle d’une société en pleine déliquescence morale, culturelle et intellectuelle.

Michael Rosen, ancien lauréat de prix littéraires jeunesse,s’insurge lui aussi contre toute tentative de censure : « C’étaient les Puritains qui s’inquiétaient des désirs privés des personnes. Les tentatives de contrôler la lecture sont les derniers restes du puritanisme ».

Sources : Le Guardian

Prof. Jean Laberge — Le programme ECR est vicié dans sa conception même, il doit être abandonné

Jean Laberge, professeur de philosophie au Cégep du Vieux-Montréal et auteur de En quête de sens, continue de se pencher sur le programme d'éthique et de culture religieuse.

Extraits.

« Selon moi, il est préférable de partir de l’exclusivisme chrétien pour aborder ensuite le pluralisme, contrairement à la position qui anime le programme d’Éthique et de culture religieuse (ECR) qui vise l’apprentissage du pluralisme. L’exclusivisme chrétien permet de mieux préparer les jeunes Québécois à penser avec une pensée pluraliste. L’argument est que, même si l’exclusivisme chrétien ne peut justifier ses croyances, il offre néanmoins une garantie de fiabilité. En d’autres termes, il est préférable d’adhérer à une croyance fiable que de pas avoir de croyance du tout, car c’est sur la base de l’adhésion à des croyances fiables qu’il devient possible de comprendre les autres croyances et, partant, de mieux se comprendre soi-même.

L’idée reçue qui circule au sujet du pluralisme, c’est qu’il existe plus d’une valeur (pluralisme moral), ou plus d’une vérité (pluralisme épistémique). Très souvent, on confond le pluralisme avec une position différente, le relativisme, qui allègue que toutes les valeurs (relativisme moral) ou toutes les vérités (relativisme épistémique) se valent, qu’il n’y a pas de valeur ou de vérité qui soit supérieure aux autres. Le pluralisme signifie quelque chose de différent. Il affirme que toutes les valeurs ou toutes les vérités ne se valent pas (le pluralisme est donc différent du relativisme) et, par ailleurs, il affirme que certaines valeurs (ou vérités) entre irrémédiablement en conflit.

[...]

Selon moi, l’exclusivisme chrétien est préférable au pluralisme de Berlin. Après avoir présenté succinctement le pluralisme de Berlin, je montrerai qu’il entre directement en contradiction avec le libéralisme. [Laberge explique plus tard ce qu'il entend par libéralisme : le libéralisme est une philosophie politique qui admet un facteur explicatif unique. Le penseur libéral entend résoudre ou arbitrer les différents conflits survenant au sujet des différentes conceptions de «la vie bonne», il pense qu'il n'existe pas parfois de conflit de valeurs irréconciliables.] Or, comme nous allons le voir, le programme d’ECR repose sur le libéralisme. Par conséquent, le pluralisme de Berlin est incompatible avec le programme d’ECR, de sorte que, ce programme est vicié dans sa conception même, et qu’il doit être abandonné.

[...]

Pour un partisan du pluralisme comme Berlin, les valeurs du bouddhisme et du catholicisme sont conflictuelles, irréconciliables et irréductibles. Aucune n’est meilleure ou supérieure à l’autre. Les deux s’affrontent directement de manière insoluble.

Autre exemple de pluralisme irréconciliable ou « incommensurable » pour employer le vocable de Berlin. La Charte québécoise des droits et libertés de la personne (1975), à l’article 41, stipule que « Les parents… ont le droit d’exiger que, dans les établissements d’enseignement publics, leurs enfants reçoivent un enseignement religieux ou moral conforme à leurs convictions… ». L’État québécois ne peut honorer ce droit dit « socio-économique » en raison du fait qu’il reconnaît au préalable la liberté fondamentale de religion (article 3). C’est d’ailleurs la conclusion du rapport Proulx, suivant laquelle, l’article 41 est incompatible avec l’article 3 reconnaissant à tous les citoyens du Québec la liberté de religion. Voilà donc un autre exemple illustrant le pluralisme.

Le pluralisme berlinien est donc tragique. Comme on le verra plus après, l’idéal d’une société libérale parfaitement tolérante et harmonieuse comme le proclament les chantres libéraux aux lunettes roses constitue une pure illusion. La vie d’une démocratie libérale abonde en drames où des valeurs que nous chérissons sont sacrifiées sur l’autel du libéralisme. Le pluralisme de Berlin n’est pas un optimisme digne de Pangloss. L’idée donc que les valeurs, dans une société libérale, soient résolubles (ou « accommodables », pour emprunter un terme à la mode) constitue une belle illusion dont bon nombre de libérlaux se plaise à entretenir.

[...]

Le libéralisme est une philosophie politique moniste. [Le monisme est une doctrine qui tend à expliquer les choses par les transformations d’un élément unique, il s'oppose au dualisme et au pluralisme.] Que ce soit sur la base d’un système de droits, ou de principes de justice comme chez Rawls, le penseur libéral entend résoudre ou arbitrer les différents conflits survenant au sujet des différentes conceptions de « la vie bonne ». [Georges Leroux lors du procès a souvent cité John Rawls.] Comme dit le slogan rawlsien, « le juste a priorité sur le bien ». Le libéral se drape de « l’ouverture » à la différence, au pluralisme, à la tolérance. C’est là cependant l’un des plus grands mythes de toute la modernité ! Le libéralisme est foncièrement moniste, pas du tout pluraliste. Il laisse entendre qu’il l’est ou qu’il veut le devenir, mais il cache son monisme intransigeant derrière un système de droits ou de principes de justice.

Voyez, par exemple - un exemple parmi tant d’autres – le cas évoqué plus haut du droit à l’enseignement religieux et moral énoncé dans la Charte québécoise des droits et libertés de la personne (article 41). L’État libéral gère si bien ce conflit de droits qu’il brime purement et simplement le droit des croyants à recevoir l’enseignement religieux qu’ils réclament de droit ! Tolérant, l’État libéral ? Une farce grossière ! Il se réfugie derrière l’existence d’autres droits jugés plus fondamentaux, en l’occurrence celui de la liberté de religion, pour soustraire le droit à l’enseignement religieux et moral. Et quand l’exercice d’un droit menace soi-disant l’intérêt public, l’État invoque alors la clause de L’exercice des libertés et droits fondamentaux (article 9.1 de la Charte québécoise) où il est stipulé que « Les libertés et les droits s’exercent dans le respect des valeurs démocratiques, de l’ordre public et du bien-être général des citoyens du Québec. » Voilà une procédure nettement conséquentialiste dans sa mouture, parfaitement contraire à la nature déontologique des droits ! Qui peut oser encore croire que le libéralisme soit une philosophie politique parfaitement cohérente !

En fait, le libéralisme donne raison au pluralisme : le « bateau libéral » fuit de toutes parts; d’innombrables conflits de valeurs sont résolus arbitrairement, contrairement à ce que prétend le libéralisme. Une chose demeure : les conflits de valeurs existent malgré la mascarade moniste des solutions libérales.

En fait, le libéralisme ne peut tout simplement pas admettre le pluralisme car ce sont des philosophies politiques radicalement contraires. Il suffit d’une simple réflexion pour comprendre ce point crucial. Si Berlin dit vrai, c’est-à-dire si les conflits de valeurs sont insolubles, alors aucune autorité politique ne peut avoir de bonnes raisons d’imposer à qui que ce soit une solution à ces conflits qui, par nature, sont insolubles. Ce qui signifie qu’un État libéral devrait s’abstenir de légiférer, c’est-à-dire d’exister. Voilà l’objection centrale, selon Gray, du pluralisme contre le libéralisme. Alors, le libéral qui veut intégrer le pluralisme doit cesser de rêver. Il doit abandonner le libéralisme s’il veut véritablement épouser le pluralisme.

Le libéralisme du programme ECR

Dans l’introduction à Éthique, culture religieuse, dialogue, Georges Leroux écrit :
L’école laïque n’est pas en effet l’école de ceux qui ont renoncé à la religion et qui tolèrent en les méprisant ceux qui lui conservent une place dans leur vie; elle est l’école du respect de la liberté de religion et de la liberté de conscience de tous. L’athéisme et l’agnosticisme y trouvent une place aussi légitime que la croyance. La démocratie à l’école est à ce prix, et tous les arguments qui, déjà, dans le rapport Proulx, montraient l’importance de cette neutralité dans une société pluraliste nous apparaissent aujourd’hui comme des arguments déterminants.
On ne peut pas trouver plus belle profession de foi au libéralisme que ce passage.

La neutralité accueillante à la diversité dont se drape le libéral est ici éloquente. Tous les conflits réels entre les divers protagonistes sont ici balayés sous le tapis de la neutralité apparente du respect des libertés de conscience et de religion. Ces droits sont conçus comme soustraits aux conflits. Ils les transcendent.

En bon programme de facture libérale, le cours ECR va donc chercher à colmater arbitrairement les conflits insolubles que posent le pluralisme en ramenant constamment l’élève aux balises inviolables mais arbitraires que sont les droits de la personne. Les plus lucides ne manqueront d’observer que la résolution de ces conflits est arbitraire et que ce programme est lui-même foncièrement arbitraire. Ils arriveront au collégial avec une pensée plus confuse que celle avec laquelle nous arrivent nos étudiants actuels.

[...]

 »

Le billet au complet.

lundi 24 août 2009

Rapport Caldwell — Il n'y a pas de besoin urgent et réel à imposer le cours d'éthique et culture religieuse

L'expertise de Gary Calwell n'a pas pu être acceptée dans son intégralité par la Cour supérieure de Drummondville, seule la section « Un objectif réel et urgent » sera considérée par le juge.

Nous reproduisons ci-dessous le rapport Caldwell (sans sa table de matière et bibliographie) écrit pour éclairer le tribunal. On le trouve en entier en PDF ici.




Dans ce texte, je me propose d’élucider, dans le domaine de mon expertise – i.e. à partir de constats socio-culturels pertinents pour votre délibération – si les mesures prises par le gouvernement sont nécessaires pour assurer un meilleur «vivre ensemble» et protéger les droits de tous. Bref, nous examinerons si ces mesures rencontrent les exigences de l’article 1 de la Charte canadienne qui stipule que les libertés fondamentales «ne peuvent être restreintes que par une règle de droit», et ceci «dans des limites qui sont raisonnables et dont la justification puisse être démontrée dans le cadre d’une société libre et démocratique». Cet article devient pertinent lorsqu’on veut restreindre «les droits et libertés» énoncés dans la dite Charte. Toutefois, avant de vérifier si les deux qualifications énoncées dans l’article 1 se retrouvent dans le cas présent, il faut déterminer s’il y a restriction ou atteinte à un droit ou une liberté énoncée par la Charte.

I. Atteinte à une liberté protégée par la Charte

Notre opinion d’expert ne porte pas sur ce point, à savoir que les mesures prises par la partie défenderesse [la commission scolaire] pour réaliser son objectif, notamment le déni de la procédure d’exemption prévue par l’article 222 de la Loi sur l’Instruction publique, constitue une atteinte à une liberté fondamentale. À ce sujet je prends pour acquis qu’il a été établi par la demanderesse qu’une telle atteinte existe et que cette atteinte va à l’encontre de sa liberté de conscience et de religion. Mon opinion prendra donc comme point de départ que l’imposition obligatoire, sans exemption possible, du cours d’ECR est une atteinte à la liberté de conscience et de religion des [enfants de Mme Lavallée, leur noms ne peuvent être mentionnés] ainsi que de leurs parents. Ces derniers, en tant que parents responsables de l’éducation de leurs enfants, trouvent que la relativisation de leur religion par la présentation de plusieurs autres religions ainsi que la soumission de leurs croyances à un processus de discussion et de dialogue, le tout imposé et orchestré par l’État par l’entremise de la Commission scolaire des Chênes, constitue bel et bien une atteinte à leur liberté de conscience et de religion.

Passons maintenant à la clause limitative. Nos références seront toutes tirées des documents dont la liste est produite à la fin et qui sont soumis à la Cour. Je n’invoquerai de propos individuels que de ceux – avec l’exception de Tocqueville – qui se sont présentés comme mandataires du Gouvernement du Québec : soit dans le développement et la mise en place du cours d’ÉCR, notamment Jean-Pierre Proulx et Georges Leroux; soit comme membres et auteurs du Rapport d’une Commission de consultation pertinente, notamment Gérard Bouchard et Charles Taylor; et la ministre de l’Éducation elle-même, Mme Courchesne. Les quatre premiers étaient des mandataires de l’État en ce sens qu’ils ont reçu un mandat de l’État pertinent à la question du cours d’ÉCR et qu’ils étaient à la solde de l’État.

II. Cette restriction à la liberté des demandeurs est-elle autorisée par une « règle de droit » ?

C’est là la première condition, selon l’article 1 de la Charte canadienne, de validation (ou d’invalidation) constitutionnelle d’une restriction à une liberté ou un droit reconnu par la Charte. Ici la réponse me semble évidente : non seulement n’y a-t-il pas de loi qui baliserait une telle restriction de la liberté de conscience ou de religion, mais encore on fait fi d’une loi existante et applicable à l’effet contraire; et ce faisant, on passe outre à plusieurs autres lois et conventions. La loi applicable est l’article 222 de la «Loi de l’Instruction publique» du Québec, laquelle loi, tout en prescrivant et assurant la mise en application de la fréquentation scolaire obligatoire, prévoit des cas d’exemption à des cours particuliers, là où il pourrait y avoir «préjudice grave». Les parties défenderesses ont littéralement passé outre à cette règle de droit «accessible et intelligente», spécifiquement applicable dans le cas auquel nous faisons référence. Leur action est un mépris du législateur qui n’a pas cru bon, lorsqu’il a rédigé et voté la loi 95 qui mettait en place le cours d’ÉCR, de supprimer le recours possible à l’exemption, comme il aurait pu le faire. Ici, en niant aux parents l’accès à cette loi, l’exécutif (la ministre de l’Éducation) s’est placé en situation de lèse-majesté envers l’Assemblée nationale (la «couronne en parlement»).

De plus, en mettant à exécution des mesures fondées sur aucune règle de loi, l’exécutif a aussi fait fi de quatre autres lois et conventions. La première, c’est le droit d’être entendu, avec l’aide d’un avocat, dans sa propre cause. Certaines commissions scolaires, se pliant ainsi aux directives explicites de la ministre, ont refusé des exemptions, en révision, sans que les intéressés n’aient été entendus avec leur avocat (Commission scolaire des Affluents, le 9 octobre 2008) et celle de la Vallée-des-Tisserands, le 9 février 2009).

Deuxièmement, le ministère empiète ainsi sur la juridiction des commissions scolaires : ce sont les commissions scolaires, et non le ministère, qui ont juridiction pour accorder ou non des exemptions, du primaire jusqu’à la quatrième secondaire!

Troisièmement, le ministère (la ministre en l’occurrence) a contrevenu au devoir de réserve de l’exécutif qui implique de ne pas se prononcer sur une question litigieuse le concernant : la ministre a déclaré dès le 18 avril 2008 qu’il n’y aurait pas d’exemptions tout en sachant qu’il y aurait des demandes d’exemptions – des parents avaient annoncé leur intention en commission parlementaire – et qu’un refus entraînerait vraisemblablement un litige.

Quatrièmement, dans sa poursuite de l’imposition obligatoire du cours d’ÉCR, le ministère retire aux enseignants – fussent-ils athées, catholiques, musulmans ou autres –le droit d’être exemptés d’enseigner un cours qui pourrait heurter leur conscience, droit qui leur était reconnu jusqu’ici concernant les cours à contenu religieux (la Loi 95 a abrogé l’article 20 de la Loi sur l’instruction publique, consacré à la liberté de conscience de l’enseignant).

En résumé, sur la question de savoir si une restriction à la liberté de conscience et de religion est cautionnée par une «règle de droit», la réponse, à mon avis, est que non seulement une telle règle de droit n’existe pas, mais que de plus, en restreignant cette liberté, on fait fi d’une «règle de droit» existante et applicable qui garantit cette liberté (l’article 222 de la Loi de l’Instruction publique) et que de, plus, on passe outre à quatre autres règles ou conventions de droit. Il y a là plus que des actes non constitutionnels, on se trouve, à mon avis, devant un abus de pouvoir.

Passons maintenant aux autres balises imposées par l’article 1 de la Charte.

III. La restriction de cette liberté : dans « des limites qui soient raisonnables et dont la justification puisse se démontrer dans une société libre et démocratique »? : le test d’Oakes

Depuis l’arrêt R. c. Oakes en 1986, c’est le test dit «test d’Oakes» qui, selon la jurisprudence, fournit la plupart du temps les critères pour déterminer si l’article 1 de la Charte est respecté lorsqu’une liberté de la Charte est restreinte. Le test d’Oakes comporte quatre critères : 1) «un objectif réel et urgent». Concernant le moyen utilisé (restriction d’une liberté ou d’un droit), il doit avoir 2) un «lien rationnel avec l’objectif» poursuivi; 3) «porter le moins possible atteinte au droit en question», bref, que la restriction soit minimale; et il doit y avoir 4) «proportionnalité entre la restriction et l’objectif». De plus, la restriction en question doit rencontrer les quatre critères; ce qui signifie que si elle échoue à un seul, la restriction n’est pas constitutionnelle.

Nous passons maintenant à notre examen des actions prises par les parties défenderesses à la lumière des quatre critères du test d’Oakes, pris un à la fois.

a) Un objectif réel et urgent?

Un objectif réel?

L’objectif du programme d’ÉCR, dont l’imposition obligatoire entraîne le déni d’exemption et la subséquente exclusion de l’école pendant le cours, est-il réel ? L’objectif, en termes généraux, selon le programme même du ministère, est de favoriser «la construction d’une véritable culture publique commune» et de «promouvoir un meilleur vivre ensemble» (cf. «Programme», MELS, présentation p. 1) Ces deux objectifs sont préconisés pour atteindre «la reconnaissance de l’autre et la poursuite du bien commun». Et, faut-il ajouter, cela selon un processus de dialogue et d’examen critique auquel seront soumis tous les jeunes du Québec sans exception.

Comme l’écrit G. Leroux, l’un des concepteurs et défenseurs du programme d’ÉCR  : « ...le législateur soucieux de la culture publique commune ne devrait pas, sur ce chapitre [l’exemption] s’engager sur le chemin de l’accommodement. Personne ne devrait pouvoir s’y soustraire. »

Et Leroux d’ajouter, d’une façon on ne peut plus claire : « car l’introduction du pluralisme et en général la sensibilisation aux vertus de la démocratie qui est un des objectifs principaux de ce programme (ECR) n’aura plus de sens si on introduit un régime d’exception ». (Leroux, 2008, p.283).

On justifie cet objectif par les exigences du « pluralisme grandissant » et « la diversité des valeurs et croyances » (Programme, p. 1) de la société québécoise contemporaine.

Concernant l’objectif de «construction d’une véritable culture publique commune» et d’un «meilleur vivre ensemble», je soumets à la cour que nous avons déjà au Québec une «culture publique commune» qui renferme les règles du jeu de la vie publique au Québec. Il y a même eu des essais d’explicitation de cet encadrement du vivre ensemble (Harvey et Caldwell, 1994, et Caldwell, 2001). Et pour montrer que nous sommes tout à fait à jour, en 2008, citons les auteurs du rapport Bouchard-Taylor qui écrivent ceci, en accord avec notre affirmation : « La société québécoise s’est pourtant dotée, au fil des ans, d’un ensemble de normes d’orientation qui constitue les fondements d’une culture publique commune ». (Bouchard-Taylor, 2008, p. 19)

Quant au « vivre ensemble » — un nouveau terme de jargon universitaire qui recoupe ce qu’on appelait simplement jadis la «civilité» — qui découle de cette «culture publique commune», il existe aussi déjà comme l’ont noté maints observateurs depuis au moins le 19ième siècle. Le plus notable d’entre eux, Alexis de Tocqueville, après une visite au Bas-Canada en 1831, a parlé de cette civilité exceptionnelle dans ses lettres (Jacques Vallée, 1973, p. 84 à 106).

Ainsi donc, si l’on prend le programme au mot, il poursuit un objectif qui est tout simplement déjà acquis, et cela, selon les experts sur la question, mandatés par l’État lui-même, soit MM Bouchard et Taylor. Prétendre le contraire constitue, je le soumets à la cour, un mépris de nos mœurs et de nos institutions actuelles, et même de cette cour de justice. Par exemple, M. Leroux a, dans une interview avec J.-P. Proulx (Proulx, 2008) caractérisé un éventuel recours aux tribunaux par les opposants pour obtenir des accommodements (droit d’exemption au programme d’ÉCR) comme étant un «combat stérile».

Un objectif urgent?

Le test d’Oakes parle aussi d’urgence. Alors nous posons la question : où est l’urgence qui justifierait la restriction de la liberté de conscience et de religion par le refus d’exemption du cours d’ÉCR ?

L’urgence, selon ceux qui défendent un cours obligatoire, découlerait d’un «pluralisme grandissant» face à «la diversité des valeurs et des croyances» (MELS 2007, p. 1). Je soumets que le degré de diversité de la société québécoise est toujours à peu près au même niveau depuis au moins un siècle : soit, grosso modo, presque quatre-cinquièmes de la population du Québec de langue maternelle française – 78 % au recensement de 2006 – et un cinquième de nonfrancophones; de plus, 90% de la population du Québec s’identifie comme étant chrétienne (CDPDJ, 2008, tableau IX). Ces proportions n’ont pas beaucoup varié depuis la fin du dix-neuvième siècle, et nous sommes au début du vingt-et-unième.

C’est la composition ethnique du cinquième non-francophone qui a beaucoup évolué depuis la deuxième Guerre mondiale. Et depuis trois décennies, surtout depuis la Loi 101, la composition ethnique des francophones commence à peine à se diversifier. D’autre part, la grande majorité des membres de l’immigration francophone et non-francophone, soit la source de la «nouvelle diversité», sont de culture chrétienne (CDPDJ, 2008, tableau IV), ce qui met en perspective le «pluralisme grandissant» des valeurs et des croyances.

Alors, cette soi-disant nouvelle diversité des valeurs et des croyances, elle est en grande partie dans la perception des universitaires mobilisés depuis trente ans dans une campagne pour laïciser le Québec. Ils parlent abondamment de l’effritement d’une ancienne homogénéité (Leroux, 2008), un discours qui sert à légitimer leur rôle de porteurs de solutions pour ce nouvel état de choses qu’eux-mêmes ont contribué à créer.

Cependant ces idéologues de la modernité, ne sont pas assez impliqués dans la vie sociale réelle (les institutions de la société civile : écoles, églises, municipalités, etc.) pour s’apercevoir, par exemple, de ceci : lorsque 75% des francophones du Québec (qui constituent les quatre-cinquièmes de la population) regardent le dimanche soir deux émissions de télévision — «Star Académie» et «Tout le monde en parle», avec 2,8 millions et 1,3 millions de téléspectateurs respectivement la fin de semaine de Pâques — ça fait beaucoup de monde à la messe nouvelle manière ! L’unité de pensée est aussi forte au Québec qu’elle l’était avant la guerre. Les exigences de la nouvelle diversité ne sont pas, je le soumets, beaucoup plus grandes que celles qu’ont imposées l’arrivée d’un très important contingent d’Irlandais au 19ième siècle, une immigration juive massive vers la fin du même siècle, ou encore une immigration italienne et grecque au milieu du 20ième siècle.

Le Québec a élu un Juif au parlement québécois au 19ième siècle, – avant que cela soit possible en Grande-Bretagne – un communiste à Ottawa au 20ième et des représentants de race noire à l’Assemblée nationale au début du 21ième . Je ne crois donc pas à cette nouvelle urgence des exigences d’un «pluralisme grandissant». La société québécoise a toujours été accueillante et respectueuse dans son traitement de ces éléments «diversifiés» au sein de sa population.

L’histoire du Québec depuis un siècle et demi le démontre : il n’existe pas un seul cas documenté de mort provoquée par des violences inter-ethniques ou interreligieuses! Peu, très peu de sociétés peuvent en dire autant, certainement pas les États-Unis, la France ou le Royaume-Uni. Même concernant l’anti-sémitisme, qui est une sorte de baromètre de la tolérance ou plutôt de l’intolérance, il n’existe pas, à ma connaissance, un seul cas documenté de dommage corporel subi par suite d’un acte anti-sémite.

Tout cela, cette civilité et cette tolérance inhérentes à la société québécoise contemporaine, face à la diversité découlant d’une modernisation tardive et accélérée en cours depuis un demi-siècle, a été noté récemment par les auteurs du Rapport Bouchard-Taylor : « Après une année de recherches et de consultations, nous en sommes venus à la conclusion que les fondements de la vie collective au Québec ne se retrouvent pas dans une situation critique ». (Bouchard et Taylor, 2008, p. 18)

b) Un lien rationnel entre l’objectif et la restriction la liberté?

La réponse est non. Au contraire la restriction imposée va à l’encontre de l’objectif. Les mesure prises, l’imposition obligatoire du cours d’ÉCR, le refus d’exemptions, suivis de menaces d’expulsions de l’école témoignent d’un manque de tolérance et de respect des autres qui devraient être à la base du nouveau «vivre-ensemble» que le cours d’ÉCR est censé promouvoir. « Faites ce qu’on dit, pas ce qu’on fait » ! Tout en se référant aux Chartes comme à des repères absolus des valeurs, on pratique une exclusion basée sur le non-respect de la liberté de conscience et de religion. Comment peut-on justifier une telle atteinte à des droits fondamentaux tout en invoquant nos Chartes? L’argumentaire à l’effet que ceux qui s’opposent à l’imposition obligatoire du cours d’ÉCR ne représenteraient qu’une «minorité» va à l’encontre de l’esprit même des Chartes.

c) Restriction minimale de la liberté en question?

La restriction de la liberté n’est pas minimale puisqu’on pourrait facilement permettre aux «dissidents» de passer le temps du cours à la bibliothèque de l’école. On ne se trouverait pas alors à les exclure de l’école comme l’a fait la partie défenderesse et on n’imposerait pas aux parents le fardeau de venir prendre leurs enfants en charge pendant la durée du cours. La preuve que c’est possible, c’est qu’au moins une Commission scolaire le fait, sans que cette solution déjà pratiquée ne semble «entraîner des inconvénients excessifs» (cf. Woehrling, 2007,11, art. 6), argument qui pourrait être présenté par la partie défenderesse. Un argument semblable a déjà été avancé par les autorités québécoises pour justifier la demande d’abrogation de l’article 93 de la Constitution de 1867. C’était alors un argument farfelu car rien dans la Constitution n’empêchait la création d’un secteur neutre (non- catholique et non-protestant); il existait d’ailleurs déjà en Ontario, là où l’article 93 a toujours valeur de loi, un système à quatre secteurs : neutre anglophone, neutre francophone, catholique anglophone et catholique francophone.

d) Proportionnalité entre la restriction et l’objectif?

Dans certains cas (e.g. Commission scolaire du Val-des-Cerfs, à Granby), il y a eu nette disproportion : on a suspendu de l’école, après un certain nombre d’absences, des enfants retirés des cours d’ÉCR par leurs parents. Dans un régime de fréquentation scolaire obligatoire, cela équivaut à une « excommunication», c’est-à-dire, une exclusion de la communauté. Heureusement, la juge Suzanne Mireault de la Cour Supérieure du district de Bedford, dans un jugement rendu le 11 février 2009, a mis fin à un tel manque de proportionnalité. La partie défenderesse n’a donc pu avoir recours à des mesures aussi extrêmes que la précédente à la suite de la décision de la juge Mireault. Le renouvellement de son ordonnance par le juge Paul-Marcel Bellavance a aussi exclu l’utilisation de mesures aussi excessives.

Une autre dimension de la question de proportionnalité a été soulevée par des auteurs américains (cf. Woehrling, 2007,11, art. 15). Si les contraintes à la liberté de religion et de conscience devenaient trop excessives, cela pourrait provoquer un exode du système public, ce qui l’affaiblirait d’autant. Cet exode pourrait mener les parents vers les écoles privées ou l’enseignement à la maison («home schooling»). Cela diminuerait l’influence de l’école publique quant à la «création d’une véritable culture publique commune» et un «meilleur vivre ensemble».

Dans le cas qui nous occupe, le ministère a décidé que le cours d’ÉCR serait obligatoire dans toutes les écoles privées du Québec, qu’elles soient «privées d’intérêt public» ou totalement privées. Toutefois, un exode vers l’enseignement à la maison serait pour certains parents une façon de s’opposer à une atteinte par l’État à leur liberté de conscience et de religion.

Cependant le système public québécois pourrait se trouver affaibli par un autre type d’exode : la décision de certains parents de quitter le Québec pour faire éduquer leurs enfants, en conformité avec leurs convictions, dans d’autres provinces. Nous avons déjà vu cela se produire dans le cas des mennonites de Roxton [Falls] en Estrie (2008). À ce propos, je mentionne que les parents qui souhaiteraient une éducation publique française et catholique pour leurs enfants ont la réelle option de se transplanter et de s’établir en Ontario.

À la lumière de ces considérations, il me semble qu’une mesure plus proportionnelle serait pour les autorités publiques de promouvoir, plutôt que d’imposer le cours d’ÉCR. C’est ce qu’ont encore recommandé Bouchard et Taylor : « Que le gouvernement fasse une promotion énergique du nouveau cours d’éthique et de culture religieuse qui doit entrer en vigueur en septembre 2008 » (Bouchard et Taylor, recommandation C4, p. 272).

Faire la promotion, même énergique, d’un cours n’est pas la même chose que de préconiser son imposition obligatoire à tous sans aucune exception possible.

IV. Conclusion

C’est mon avis réfléchi que la partie défenderesse, la Commission scolaire des Chênes et la partie intervenante, le procureur du Québec, par les mesures et actions prises pour imposer le cours d’ÉCR sans possibilité d’exemption, ont privé les plaignants, Suzanne Lavallée et Daniel Jutras de l’exercice de leur liberté de conscience et de religion, d’une façon qui ne respecte pas les dispositions de l’article 1 de la Charte canadienne des droits et libertés : « Ils [les droits et libertés] ne peuvent être restreints que par une règle de droit, dans des limites qui soient raisonnables et dont la justification puisse se démontrer dans le cadre d’une société libre et démocratique»

Mon exposé a visé à montrer d’une part que les restrictions aux libertés des demandeurs sont arbitraires parce qu’elles ne découlent pas d’une «règle de droit» les concernant; d’autre part, nous avons tenté de démontrer, à partir d’un éclairage sociologique sur la société québécoise, comment ces restrictions échouent non pas à un seul mais aux quatre critères du test d’Oakes.

Gary Caldwell, sociologue,
Ste-Edwidge-de-Clifton,
Estrie, Québec.

samedi 22 août 2009

Nouvelle publicité des juifs orthodoxes au sujet du programme ECR

Nous reproduisons ci-dessous le texte d'une nouvelle publicité parue dans la Gazette de vendredi 21 août 2008. Une telle publicité coûte, selon la Gazette, entre 6 000 et 7 000 dollars.

Le CEJQ félicite une nouvelle fois, habilement, le gouvernement du Québec pour sa promotion de l'amitié universelle entre les peuples et, dans cette optique, décrit le gouvernement québécois comme honorable, juste et digne d'éloges.

Le CEJQ déclare que lorsque des élèves d’une école juive se penchent sur des croyances qui sont incompatibles avec la prophétie de Moïse (par exemple l’athéisme), l’enseignant juif est obligé de préciser que cette croyance incompatible est fausse. [Rappelons que cette honnêteté n’est pas permise actuellement, c’est une des raisons du refus du collège Loyola d’enseigner le cours.] Pour des juifs, poursuit le CEJQ, la Torah empêche la neutralité en de telles circonstances. Il s’agit de la norme acceptée dans le domaine de l’éducation orthodoxe juive dans le monde entier, dans toutes les démocraties libérales constitutionnelles où la liberté religieuse est chérie.

Une autre solution serait de modifier le programme ECR pour qu’il ne se penche que sur le code noachide (ou de Noé), la religion universelle de l’amitié entre les hommes, l’excellence spirituelle et le monothéisme éthique tel que commandé par Moïse, pour les non-juifs, comme le précise le Talmud dans Sanhédrin 56b.

Enfin, le CEJQ rappelle que, avec ou sans subvention, les écoles juives orthodoxes doivent enseigner que la Torah est la Vérité.
On the occasion of today’s debut of the High Holiday season, the Council on Jewish Education in Quebec (CJEQ) would like to wish all Quebecers an upcoming “Shanah Tovah”: May you be inscribed and sealed in the book of life, in the book of the fully righteous, for a happy and sweet New Year, filled with blessings.

At this time, as a public service, CJEQ is proud to present guidelines enunciated by Orthodox Judaism vis-à-vis the Ethics and Religious Culture program (ERC), as follows:
  1. CJEQ congratulates the honourable and righteous government of Quebec for its continuous achievements in promoting a sparkling system of education that ennobles and enables society with the highest of values.

  2. CJEQ praises the honourable and righteous government of Quebec for its excellent work in formulating standards for Moral and Religious Education that aim to spread tolerance, friendship, peace and harmony among all human beings of all backgrounds and cultures through the newly developed ERC. The twin paramount goals envisaged by the tour de force ERC, viz., Recognition of Others and Pursuit of the Common Good, are most laudable and represent landmark achievements in world history, worthy of celebration. It is the duty of all Jewish schools to champion these beautiful ERC goals that the honourable and righteous government of Quebec has superbly established. These beautiful ERC goals are indeed authentic Torah values, as per the Talmud in Sanhedrin 37a and many other places.

  3. Torah law requires Jews to epistemologically recognize the prophecy of Moses as absolute eternal truth, which cannot be contradicted by any other prophet. Therefore, when a Jewish school class studies a belief that is incompatible with the prophecy of Moses (e.g. atheism), the Jewish teacher is obligated to identify the incompatible belief as being false. For Jews, torah law prohibits neutrality under such circumstances. This is the accepted standard of Orthodox Jewish education worldwide, in all constitutional liberal democracies where religious freedom is cherished. Therefore, in order for the ERC to be ready for implementation in Jewish schools, the ERC must first be slightly modified to allow Jewish teachers the liberty to pass a value judgment on the beliefs being studied. As an alternate solution, the ERC could be slightly reformulated to exclusively survey the Noahide Code (the universal religion of human friendship, spiritual excellence and ethical monotheism, prescribed by the prophecy of Moses, for non-Jews, as per the Talmud in Sanhedrin 56b), whereupon it would become permitted. and indeed a great mitzvah, for all Jewish schools to immediately implement the ERC.

  4. Assuredly, the honourable and righteous Quebec government is to be gratefully praised and blessed for generously subsidizing Jewish schools. At the same time, there is no duty under the Noahide Code requiring the Quebec government to continue to do so in the future. Jews are permitted by Torah law to earn their own livelihoods and thereby support their own schools (Talmud, Berakhot 35b).

    Moreover, it is a wonderful mitzvah for Jews to philanthropically support the charities of non-Jews (Talmud, Gittin 61a), which Jews have always generously fulfilled since time immemorial, thereby sanctifying the Name of Heaven. Thus, Jewish schools are expected to follow paragraph 3 above, irrespective of financial considerations. This is itself a marvelous sanctification of the Name of Heaven.

For more information, an electronic copy of CJEQ’s constitution, containing a detailed exposition of the above points, is freely available from sspira<arrobe>yu.edu.
Comme on le voit, le Conseil sur l’éducation juive au Québec (CEJQ) y reprend, grosso modo, les mêmes arguments que lors de sa campagne précédente en mai et juin. Voir nos articles précédents : Réponse de la communauté orthodoxe juive au cours ECR, Opposition dans la communauté juive au cours d'éthique et culture religieuse,
Écoles orthodoxes juives : pas de cours ECR et Écoles orthodoxes juives d'Outremont : entente avec le Monopole de l'Éducation, sauf sur le cours d'ECR.

vendredi 21 août 2009

Gérard Bouchard : une connaissance superficielle du cours ECR, mais une chaude recommandation

MM. Gérard Bouchard et Charles Taylor dans leur rapport recommandaient vivement l'implantation du cours obligatoire du cours d'Éthique et de culture religieuse.

Rappel de la recommandation G4 du rapport Bouchard-Taylor :
« G4 Que le gouvernement fasse une promotion vigoureuse du nouveau cours d'Éthique et de culture religieuse qui doit entrer en vigueur en septembre 2008. »
Or que connaissait M. Bouchard du programme ECR quand il a fait cette recommandation ?

Très peu, si ce n'est les grandes lignes. C'est, en effet, ce qu'il a avoué lors du procès de Drummondville. Le voici interrogé par Me Belisle :
15 h 31

Me Bélisle – Est-ce que vous avez lu, M. Bouchard, les 94 pages du programme d’éthique et de culture religieuse du niveau primaire et les 86 pages du cours éthique et culture religieuse du programme secondaire avant la publication de votre rapport déposé le 22 mai 2008 ?

M. Bouchard – Euh. Je ne suis pas certain de l’identité des documents auxquels vous vous référez, mais ce que j’avais lu à l’époque c’est donc le livre de Georges Leroux et des instruments pédagogiques que nous avait transmis Mme Bouchard, la professeure en question à l’UQAM qui donnait le cours de formation des futurs enseignants.

Me Bélisle – Donc, je dois comprendre que vous n’avez pas lu le programme du ministère de l’Éducation, des Loisirs et du Sport concernant le cours d’éthique et culture religieuse. Vous avez eu quelques documents, vous n’avez pas vu, pas lu l’entièreté du programme adopté par le gouvernement du Québec ?

M. Bouchard – Euh. Je ne pourrais pas garantir que j’ai pris connaissance d’une façon détaillée de ce programme-là parce que, encore une fois, je ne sais pas dans quelle mesure il est différent des documents dont je vous ai parlé, dont je vous ai dit les avoir lus.

Me Bélisle – D’accord. La séance de formation à l’UQAM dont vous avez été le bénéficiaire avec M. Taylor, en formation des formateurs, des éducateurs, elle a duré combien de temps, M. Bouchard ?

M. Bouchard – C’était un avant-midi.

Me Bélisle – Un avant-midi. Complet ? Trois heures ?

M. Bouchard – À peu près, oui.

Me Bélisle – Avez-vous eu l’occasion de voir avant la publication de votre rapport le 20 [recte : 22] mai 2008, des manuels scolaires, du matériel didactique pour les classes de première année dans le réseau scolaire du Québec qui seraient utilisés, employés au début septembre 2008 dans les écoles du réseau scolaire québécois ? Des manuels approuvés par le ministère.

M. Bouchard – J’hésite un peu à vous répondre parce que je me rappelle les instruments que nous montrait Mme Bouchard dans le cadre de son cours et je ne sais pas si c’étaient des éléments approuvés par le ministère ou pas.

Me Bélisle – D’accord, donc vous n’aviez pas connaissance, vous ne saviez pas si les documents qu’on vous montrait étaient approuvés ou pas.

M. Bouchard – Non, je ne serais pas vous dire.

Me Bélisle – Vous n’avez pas cru bon de poser la question à Mme Bouchard, pendant les trois heures, si ces manuels scolaires et ces matériels didactiques étaient oui ou non approuvés par le ministère de l’Éducation, du Loisir et des Sports pour l’année 2008 dans le réseau scolaire québécois ?
Trois heures de présentation, la lecture d'une plaquette partisane de la part d'un apologiste (Georges Leroux), quelques documents pédagogiques non approuvés parcourus (aucun manuel ni SAÉ ne l'était) et voilà, c'est tout. Mais les parents qui ont scruté les manuels et cahiers ECR, eux ne seraient que des ignares ?

Le rôle de l’école d’État pour façonner les enfants

Et pourquoi M. Bouchard recommandait-il énergiquement le cours d'éthique et de culture religieuse que certains osent encore nous dire « neutre » ? Pour façonner les enfants dans le sens qu'il considère adéquat. Ce cours n'est donc pas sans effet dans l'esprit d'un de nos grands intellectuels interculturels comme on veut nous le faire accroire.
15 h 21

« M. Bouchard – L’école ça nous paraît être le creuset pour apporter des solutions à ces problèmes sociologiques ou à ces problèmes de fond, pour changer les perceptions, pour changer les mentalités – et quand il s’agit d’école on ne parle même pas de changement, puisque les élèves qui arrivent à l’école sont tellement jeunes, ils sont encore nourris de perceptions, de stéréotypes comme le sont les adultes, on parle de formation, et non pas de changement de mentalités – et l’école nous apparaissait être le creuset, le rouage fondamental pour préparer les nouveaux citoyens qui vont vivre dans ce Québec nouveau qui n’est pas du tout celui dans lequel leurs parents, leurs grands-parents ont vécu. Et ça demande donc des changements extrêmement importants. Et l’école nous paraissait évidemment le rouage fondamental pour remplir cette fonction-là.

mercredi 19 août 2009

On reparle de la liberté scolaire à l'ADQ

Deux candidats à la chefferie de l'ADQ se sont déclarés troublés ou opposés au fait que le gouvernement impose le cours d'éthique et de culture religieuse à tous les enfants du Québec pendant toute leur scolarité obligatoire.

Jean-François Plante a, par exemple, mentionné à plusieurs reprises son opposition au cours d'éthique et de culture religieuse. Notamment, à l'émission de Paul Houde sur la radio 98,5 FM à Montréal.



Amusante l'entrevue de Simon Durivage à l'antenne de Radio-canada où M. Plante revient sur le cours d'ECR :



Également en lice, Éric Caire s'est également inquiété de l'imposition du cours ECR :
« Quoi qu’il en soit, les tenants de la république qui doit assurer la pérennité de la nation sont souvent, pour ne pas dire tout le temps ceux qui défendent aussi la sacrosainte laïcité de l’État et, évidemment, le fameux cours d’Éthique et culture religieuse. La république ne saurait tolérer que le peuple se souvienne officiellement de l’apport de la religion catholique et aussi protestante au développement du Québec et de son peuple. Plus ironiques encore, ces mêmes personnes agissent comme s’ils détenaient le monopole de la tolérance et de la défense des droits et libertés. Or, l’imposition de ce cours s’est faite en retirant un droit, celui de choisir entre le cours de religion et celui de morale. Bravo pour la cohérence.

Christian Rioux publie aujourd’hui dans Le Devoir un texte qui devrait faire réfléchir ceux qui considèrent que de se tenir debout pour maintenir le livre choix en matière d’enseignement religieux est contre révolutionnaire !

[…]

je précise que je suis un catholique involontaire et non pratiquant qui défend néanmoins la liberté de choix en cette matière si personnelle que les fonctionnaires devraient s’abstenir de penser à la place des parents. »
Addendum du 21 août : Le Soleil de ce vendredi nous apprend que, si M. Caire se dit en désaccord avec les cours d’éthique et de culture religieuse au primaire, le député de La Peltrie n’est pas contre, au secondaire. Il reprend de la sorte la position traditionnelle de l'ADQ sur ce programme.

Par ailleurs, M. Caire croit toujours que les commissions scolaires devraient être abolies afin de redonner une plus grande autonomie aux écoles. « Les commissions scolaires menottent les écoles, qui n’ont pas la liberté nécessaire pour adapter leur offre à leur clientèle », note M. Caire.

Selon lui, le système privé tire très bien son épingle du jeu sans la présence des commissions scolaires. C’est d’ailleurs pourquoi il est convaincu que cette proposition adéquiste est toujours valable. Notons que le procès de Drummondville a bien démontré l'inféodation des commissions scolaires qui suivent la ligne du Monopole de l'Éducation et se déchargent de leurs prérogatives en polycopiant des lettres de refus d'exemption commune à au moins sept commissions scolaires, niant par là-même la réalité d'un palier autonome de décision.

Enfin, M. Caire estime que les professeurs doivent être mieux formés. « Si un professeur de français fait plus de fautes que mon attaché de presse, on est un petit peu dans le trouble », a-t-il lancé.

mardi 18 août 2009

Le « dialogue » du Monopole de l'Éducation au sujet du cours d'éthique et de culture religieuse

On l'a appris, lors du procès de Drummondville, de la bouche même du responsable du programme Éthique et culture religieuse (ECR) auprès du Monopole de l'Éducation du Québec (MELS), M. Jacques Pettigrew, quand les parents ont commencé à vouloir dialoguer avec les membres du gouvernement, le gouvernement a décidé de rapidement mettre un terme à ces réunions d'information.

Pourquoi ne plus vouloir informer et mettre fin au dialogue alors que le gouvernement prétend que ce cours apprendra le dialogue aux jeunes élèves otages de son monopole ?

Parce que ces parents isolés qui ne bénéficient d'aucun relais dans les médias francophones [1] du Québec s'en tiraient fort bien devant les fonctionnaires. Voir le récit d'une réunion à Valcourt avec les représentants du Ministère.

Extrait de la déposition de M. Jacques Pettigrew où il avoue candidement la volonté de ne pas dialoguer de la part du gouvernement après cette réunion à Valcourt et une réunion similaire à Drummondville :
11 h 24, Me Bélisle – Votre dernière page de votre rapport (JP-1). Il y a eu un débriefing après la rencontre.

M. Pettigrew – Oui, Monsieur.

[Long accouchement pour apprendre qui était présent à la rencontre dont nous faisons grâce aux lecteurs]

Me Bélisle, lisant le rapport – Première conclusion de l’avis de deux représentants du MELS, – je suppose que c’est vous et M. Bergevin ? –

M. Pettigrew – Exact.

Me Bélisle, continue la lecture — « …ce genre de rencontres risque d’offrir aux représentants de la CLÉ une tribune que ce mouvement, pour l’instant marginal, recherche à des fins de promotion de ses idées, ainsi nous estimons qu’il serait préférable de ne pas répéter ces rencontres. » C’est bien ça ?

M. Pettigrew – Exact.

Me Bélisle – Alors votre stratégie à vous autres c’est on ne fait plus de rencontres, on ne va pas exposer ou communiquer ou faire la pro-mo-tion é-ner-gique du programme, du nouveau produit parce qu’on se fait brasser. Vous l’avez dit aux pages précédentes que vous vous êtes fait brasser.

[…]

Me Bélisle – Vous avez eu Valcourt, vous avez eu effectivement ici à Drummondville. Puis vous en avez eu assez. Deuxième commentaire, conclusion : « Une fois l’année scolaire engagée, le MELS devrait peut-être utiliser la stratégie de soutien aux autorités scolaires locales, les laisser assumer le rôle de prestataire de services, et éviter de se présenter localement comme le premier interlocuteur auprès des parents. » Vous disparaissez de la circulation, vous laissez là la commission scolaire avec ses problèmes. C’est vous qui êtes responsable du programme ECR, il y a un peu de houle dans le bateau, vous vous retirez, vous laissez la commission scolaire effectivement aller au bâton pour vous autres.
En matières de communication, les commissions scolaires se borneront à ânonner un « Non ! » et à polycopier des lettres de refus aux parents qui demandaient l'exemption. Lettres préparées par une association des directeurs de commissions scolaires. Le panurgisme en action. Certaines commissions plus zélées et faisant montre d'un bel esprit de tolérance et de dialogue, comme celle de Granby, suspendirent les élèves récalcitrants.


[1] Remarquons ici que le quasi-unanimisme pro-ECR des médias francophones n'est pas chose nouvelle et qu'il y a d'autres domaines où il existe un clivage entre la population du Québec (près de 50 % des Québécois sont contre le cours ECR, 76 % est pour la liberté de choix) et les médias qui servent surtout de caisse de résonance au gouvernement et reproduisent le discours multiculturel le plus éculé et le plus béat.

Paul Wells dans le magazine Maclean's faisait aussi remarquer ce divorce entre, d'une part, les éditorialistes et « intellectuels » québécois et, d'autre part, la population québécoise dans leur attitude respective face au crime :

You’ll note that when Colleague Phil wanted to demonstrate a “chasm between Tories and Quebecers” on crime in the post I link above, he linked to an article from last autumn’s election that quotes only Quebecers who teach criminology at universities or write editorials for newspapers. Polling data consistently demonstrates that on perceptions of the appropriate response to crime, the most easily demonstrable chasm is between Quebecers who write editorials for a living and Quebecers who don’t.

Voir aussi ce que disait l'ombudsman du service français de Radio-Canada, Mme Julie Miville-Deschênes :

Il n’y a pas assez de diversité d’opinions et de diversité culturelle dans les grands médias québécois. Le Québec, avec ses 7,6 millions d’habitants, est une petite société. Cette réalité démographique nuit à la diversité. Parlons d’abord des journalistes. Les plus influents appartiennent souvent à la génération des baby-boomers. Et la grande majorité d’entre eux – jeunes ou vieux – partagent la même idéologie. Ces Québécois « de souche » ont surtout étudié les sciences humaines et ont été contestataires dans la mouvance nationaliste et/ou de gauche. Souvent, leur façon de voir le monde comporte, par exemple, les éléments suivants : préjugés favorables envers les syndicats, antiaméricanisme, anticléricalisme, etc. Cela ne les empêche pas de s’être embourgeoisés au fil des ans, grâce notamment à des conventions collectives de plus en plus généreuses. En outre, ils vivent en ville et font partie de la classe moyenne ou même aisée. Il est difficile pour eux de voir venir des phénomènes comme la montée de l’ADQ ou le malaise qui sous-tend le code de conduite pour les immigrants de Hérouxville puisque chacun sait, dans les grands médias, que le Québec est laïc, accueillant et plus tolérant que le reste du Canada… Remarquez que ce phénomène du « trop petit nombre » ne touche pas la classe journalistique plus que les autres. La preuve nous en est donnée chaque jour par les médias lorsque nous écoutons les experts sollicités pour nous éclairer. Les mêmes têtes reviennent. Un exemple : à lui seul, Steven Guilbeault, ex-directeur de Greenpeace au Québec, a été entendu 120 fois à la radio et à la télévision de Radio-Canada en 2007. [suite ici]

dimanche 16 août 2009

Ceci est impossible au Québec

Liberté de programme, liberté d'embauche (un diplôme d'études collégiales suffit), liberté des méthodes, c'est en France, pays que l'on prétend plus jacobin et socialisé que le Québec.

Ceci est impossible au Québec, certainement pas pour des raisons de qualité d'instruction.


Reportage de TF1 du 28 janvier 2008 — Pour plus d’information, consultez le site « Créer son école », fondé par Anne Coffinier (interrogée dans le reportage ci-dessus).

Quels sont les avantages des écoles indépendantes en France ?

  • Elles peuvent sélectionner les professeurs sur des critères conformes à leurs attentes et à leur projet éducatif ;
  • Elles jouissent d'une totale liberté pédagogique (choix des méthodes, des horaires, des pédagogies, des programmes) ;
  • Les effectifs sont petits et les enseignants sont motivés et attentifs : les enfants peuvent ainsi bénéficier d'un suivi individualisé ;
  • Elles recrutent qui elles veulent et ne sont donc pas obligées de garder les élèves qui ont décidé de semer le désordre ou qui contestent radicalement l'esprit de l'école, comme c'est le cas du public et, dans une certaine mesure, dans les écoles privées sous contrat ;
  • Les parents sont réellement libres et peuvent changer leur enfant d'école s'ils le souhaitent, ce qui pousse l'équipe pédagogique à donner le meilleur d'elle-même.


Mais il doit bien y avoir des inconvénients ?


Bien sûr, car :
  • Les écoles hors contrat sont payantes, puisqu'elles n'ont aucune aide de l'Etat – c'est bien sûr un inconvénient majeur et une injustice : le droit des parents de vraiment décider de la formation de leurs enfants implique une double imposition (les impôts sur le revenu pour l'école qu'ils ne veulent pas et des contributions supplémentaires pour l'école qu'ils désirent) ;
  • Les professeurs ne sont pas toujours bons. Mais, notons que la qualité des professeurs n'est pas plus garantie dans le privé sous contrat ou le public. Tout dépend du directeur d'école et du soin avec lequel il recrute les professeurs.
  • Il est difficile de se faire une idée de la qualité d'une école hors contrat. Notons là encore que cette absence d'évaluation prévaut également dans le public ou les écoles privées sous contrat. Il n'est donc pas toujours facile pour les parents de choisir leur école. Cependant, en parlant aux autres parents et avec votre enfant, vous vous rendrez vite compte si l'école donne satisfaction ou non, sachant toutefois que tout le monde n'a pas les mêmes exigences.