vendredi 12 juin 2009

Tour des blogues

Quelques liens intéressants sur le cours gouvernemental obligatoire d'éthique et de culture religieuse tirés de différents carnets.

  1. Charlemagne au marché des dieux

    Le pauvre Charlemagne en perdrait son latin dans les ambitions du nouveau programme d’Éthique et culture religieuse du gouvernement du Québec.Dès l’école primaire, l’État se donne les moyens de préparer ses futurs citoyens au dialogue et à l’ouverture envers les religions non chrétiennes. Un programme d’enseignement des rudiments du judaïsme, des sagesses autochtones,du nouvel âge,de l’hindouisme, de l’islam… sera dispensé aux écoliers sans aucune possibilité de se soustraire. Le but déclaré étant de refléter dans le programme scolaire le pluralisme religieux tel qu’il prévaut dans la société « en faisant appel au dialogue, on cherche à développer chez les élèves un esprit d’ouverture et de discernement par rapport au phénomène religieux et à leur permettre d’acquérir la capacité d’agir et d’évoluer avec intelligence et maturité dans une société marquée par la diversité des croyances ».

    [...]


    Un an après l’entrée en vigueur de ce programme atypique il continue de soulever plusieurs questionnements majeurs. Tout d’abord l’école est-elle le lieu idéal de mettre en œuvre cet effort organisé d’un dialogue avec les autres religions ?

    Un premier souci du côté de la réception : n’y a-t-il pas risque d’un relativisme pernicieux par ce nivellement des valeurs dans un jeune esprit non encore muri à ses convictions religieuses personnelles.

    Un second souci quant à la transmission : est-ce raisonnable d’attendre des maîtres qu’ils soient aussi bons à enseigner Allah que l’énergie vitale, l’avènement du royaume des Témoins de Jéhovah que la doctrine du faible reste des juifs ?

    Ensuite qu’en est-il du droit des parents à la liberté de choisir le cours de religion de leurs enfants. La religion, après tout, ce n’est pas les sciences naturelles ou l’économie familiale. Schleirmacher disait de la religion qu’elle est l’intuition de l’univers. Il y va de convictions ultimes et de l’ameublement fondamental des intuitions les plus personnelles sur soi, sur le monde et sur autrui.

    Enfin il faudrait se garder de faire de ce nouveau cours une tentative de soumission de la tradition judéo-chrétienne à des visions du monde différentes. Depuis trois siècles au moins, le glas est sonné pour le christianisme en Occident. Il n’est un seul philosophe qui ne se soit donné comme amusement de jeunesse d’écraser l’infâme. Souvent à raison, plus souvent encore à tort, l’inconscient occidental [note du carnet : « et le conscient de Georges Leroux qui le dit explicitement dans son expertise écrite ! »] l’associe avec les guerres les plus sanglantes, les barbaries les moins qualifiables , les injustices les plus inhumaines.

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  2. Se voiler pour s'ouvrir


    Dans le cadre du nouveau programme d'éthique et de culture religieuse en place dans toutes les écoles de la province, enfin sauf dans le Grand-Nord, les écoles juives orthodoxes et l'école à la maison, des élèves ont été amenés à « s'ouvrir à la diversité culturelle qui particularise la société québécoise » selon la Voix Pop. Pas plus qu'ailleurs en Occident, en réalité cela ne la caractérise en rien. C’est dans ce contexte qu’un groupe d'adolescents de IVe secondaire de l'école Honoré-Mercier a été entraîné dans un temple sikh situé sur la rue Cordner, dans l’arrondissement de La Salle.

  3. Il était une FOI : ou la fausse neutralité de l'ECR

    L'auteur F. Ouellet est l'un des pères du cours d'Éthique et culture religieuse (ECR). Il était coordonnateur et membre du Comité sur l’éducation au phénomème religieux durant l'exercice qui a mené au Rapport Proulx (1999) et qui a mené l'État québécois à opter pour l'ECR imposé à tous les élèves d'âge mineur au Québec (depuis septembre 2008). En 1999, le rapport Proulx prédisait un véritable paradis scolaire avec le type d'enseignement proposé par le comité. En 2002, Ouellet tenait un discours universitaire un peu plus inquiétant et destiné aux hautes sphères de l'éducation en France et au Québec. Un tel cours dans les États où il fallait l'implanter, devait idéalement :

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  4. Certains dessous et motivations du cours d'ECR

    L'obsession de l'État québécois et de son cours imposé par la force : Éthique et culture religieuse - ECR

    Pour les parents du Québec qui croient que le virage de la dernière décennie en matière d'enseignement d'éthique et de culture religieuse ne concerne ni leurs enfants, ni les enfants de leurs enfants, il faut savoir que l'État québécois a désormais tous les outils légaux en main pour décréter ce qui est bien et mal pour vos enfants, ce qui PEUT ou DOIT leur être transmis comme valeurs spirituelles et éthiques, et ce avec ou SANS votre consentement.

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jeudi 11 juin 2009

Troisième journée du procès de Loyola contre la ministre Michelle Courchesne

Mercredi 10 juin, témoignage de Georges Leroux, expert philosophe (voir son témoignage lors du procès à Drummondville).

Le professeur émérite Georges Leroux a réfuté les accusations d'« amalgame » au sujet des contenus religieux et éthiques, parlant plutôt de complémentarité.

Il a ensuite parlé de la nécessité de trouver un langage commun, une culture publique commune « par recoupage » des systèmes de croyances. Rappelons qu'à Drummondville, il s'était nettement plus avancé, parlant de l'éthique comme l'étude des universaux moraux et que, grâce de la confrontation des différents systèmes religieux et philosophiques, on allait pouvoir progresser dans notre connaissance de ces universaux sans jamais, bien sûr, atteindre la vérité dans le sens scientifique. Et tout cela en classe avec de jeunes élèves...

M. Leroux a tenu à préciser que l'approche adoptée envers les religions n'était pas « phénoméniste », mais pouvait plutôt être qualifiée de « phénoménologique ».

La culture que veut donner ECR consiste en une « grammaire de base » pour la compréhension des religions.

[Rappelons à ce sujet la réponse du philosophe Gérard Lévesque quand, la veille, Me Boucher avait souligné que le cours cherchait à offrir une culture religieuse commune à tous. Le philosophe Lévesque avait répondu que le cours ECR prétend traiter de culture religieuse, et il en contient certains éléments, mais il va beaucoup plus loin. Ainsi, lorsqu'on traite de Jésus comme d'un personnage inventé analogue à d'autres personnages mythiques, il s'agit bien d'un cours d'inculture. Le cours engendre l'inculture, et une attitude irrespectueuse et de dérision à l'égard des religions.]

Le professeur Leroux a admis que le programme ECR véhiculait des « normes », mais il s'agissait, selon lui, des normes de la démocratie, et des vertus de la démocratie. On rappellera ici la critique sévère apportée par des gens comme le professeur Charles-Philippe Courtois sur la conception particulière de cette démocratie arbitrée par le philosophe pluraliste — et non plus le peuple. Interrogé sur la capacité du programme, dans une situation de classe, de donner la prévalence à certaines valeurs chrétiennes, comme, par exemple, la fidélité dans le mariage, M. Leroux a dit que le programme d'ECR ne doit absolument pas faire la promotion d'aucune « morale particulière substantielle », à savoir les religions. Cette expression de « morale particulière substantielle » est revenue à plusieurs occasions dans la bouche du philosophe.

Georges Leroux a insisté pour dire qu'une école comme Loyola a toute la liberté de contredire ou corriger la neutralité du cours d'ECR dans un cours de religion, mais jamais dans le cours même d'ECR.

Me Phillips lui a demandé combien de minutes devaient séparer les cours d'ÉCR et le cours de religion, le professeur Leroux a répondu qu'il fallait laisser aux jeunes le temps de faire la réflexion voulue par le programme ÉCR...

Il s'est même exclamé par la suite dans son témoignage : « Nous avons trop souffert, trop souvent et trop longtemps, de la domination des "morales substantielles" ! »

Le programme d'ECR veut « faire prendre conscience aux jeunes de leur liberté, de leur autonomie, et leur donner des "outils" pour cette liberté. »

Le professeur s'est défendu de l'accusation selon laquelle le programme impose aux jeunes un cadre idéologique : le programme ne veut promouvoir aucun principe moral ni éthique, sauf ceux des chartes, et des lois actuelles.

Il a précisé que le gouvernement, le système d'enseignement, n'est plus mandataire des Églises, même si on a bel et bien consulté des autorités religieuses pour l'élaboration du programme ECR. Rappelons que le gouvernement n'a pas tenu compte de la préférence de ces mêmes autorités : le maintien d'un cours de religion confessionnel.

M. Leroux a cité son livre tout au cours de son témoignage, pour insister sur ce fait nouveau et innovateur : le gouvernement est le seul propriétaire de ce programme.

Les avocats de Loyola auraient aimé poursuivre le contre-interrogatoire de M. Leroux jeudi, mais celui-ci a déclaré ne pas être disponible ce jour-là à la grande déception du juge et des avocats du collège jésuite.

Programme pour jeudi le 11 juin : témoignage de Jacques Pettigrew, responsable du programme ECR au Monopole de l'Éducation, qui édulcorera, aseptisera, présentera le programme ÉCR

Voir son témoignage lors du procès ECR à Drummondville.

Vendredi 12 : les plaidoiries.

Pour assurer un programme de culture religieuse de qualité

Texte transmis au Devoir par le témoin expert Gérard Lévesque au procès de Loyola, ce texte n'a pas encore été publié.

Pour assurer un programme de culture religieuse de qualité

L’État se doit de soutenir l’enseignement confessionnel


Pour échapper au réductionnisme, au populisme, au phénoménisme, le savoir culturel d’ordre religieux doit prendre soin de transmettre le sens profond des expressions du sentiment religieux. Cela est manifeste dans le cas des faits et gestes du culte, comme la posture de prière, telle celle de l’adepte de la religion musulmane, la tenue vestimentaire du sikh et les coutumes alimentaires de la religion juive ou hindoue. Toutefois, il pourrait sembler qu’un soin aussi attentif ne soit pas requis dans le cas où l’on rapporte un récit ou texte sacré puisqu’il peut sembler que l’expression écrite du religieux est en elle-même suffisamment porteuse de sens. En d’autres mots, on pourrait penser, comme le croit le programme Éthique et culture religieuse (ÉCR), que le sens des textes sacrés tombe sous le sens.

Mythes et récits énigmatiques

Or tel n’est pas le cas. Qui, en effet, peut prétendre connaître le sens véritable des mythes et légendes dont le programme ÉCR fait un abondant usage, dans un contexte superficiel et trompeur, dont la légende amérindienne de Glouskap, né de la poussière sur la main de Tabal-dak, l’être créateur, et qui enseigna par subterfuges aux humains l’art de chasser et pêcher ? Qui peut prétendre détenir le sens originel de récits aussi ésotériques qui relèvent, nous dit le dictionnaire, de cette « connaissance qui se transmet par tradition orale » et, de plus, « à des adeptes initiés » et « dont le sens est caché et réservé à des adeptes qualifiés » (Le Nouveau Petit Robert, 2009, au mot ésotérique) ? Quant à la religion musulmane, qui peut avoir la certitude de saisir la véritable teneur de textes aussi fondamentaux que le Coran, alors que les spécialistes de cette religion ne s’entendent pas eux-mêmes entre eux sur l’interprétation qu’il faut en faire, comme le montre Sami Aoun dans L’Islam entre tradition et modernité ? Ne pensons qu’au voile islamique, à son sens et à l’obligation ou non de le porter.

Qui oserait affirmer qu’on peut, sans longues études approfondies, arriver à comprendre le sens d’un livre aussi ancien et fondamental que la Genèse et pouvoir éclairer aisément ses révélations centrales, mais énigmatiques, dont celle qui déclare que nos premiers parents « virent qu’ils étaient nus » à la suite d’une faute originelle qui impliquerait les humains de tous les temps ? Qui pourrait anticiper toutes les questions dont ce texte sacré est porteur et prétendre avoir fait le tour des questions qui s’imposent à la recherche théologique dont la récente problématique du créationnisme ? Même au sujet d’une prière en apparence aussi simple que le Notre Père, prière pourtant souvent récitée par le chrétien pratiquant, qui pourrait avoir sans étude une connaissance distincte de ses demandes ? Qui pourrait par exemple donner le sens de cette étonnante sixième demande « Ne nous soumets pas à la tentation », comme si Dieu lui-même nous exposait à faire le mal ?
[Note du carnet : Plusieurs exégètes pensent d'ailleurs que la phrase est mal traduite en français. Jusque dans les années 1970, la traduction catholique (non officielle) en était « ne nous laissez pas succomber à la tentation ». Les orthodoxes francophones se sont prononcés en 2005 pour l'emploi de la formule « Ne nous laisse pas entrer dans l’épreuve ».]
Quel chrétien peut prétendre ne pas avoir à approfondir sa foi grâce aux exposés de la richesse profonde de ces récits pourtant fort simples que sont les Paraboles, dont celles-là mêmes que nous croyons les plus connues, tel le Fils prodigue alors qu’une interprétation de premier niveau nous en cache le sens profond, comme le montre éloquemment Frédéric Marlière ?

Qui peut prétendre ne pas avoir à s’interroger sur les sens du message de Jésus annonçant, il y a plus de deux milles ans, rien de moins que l’imminence du Royaume de Dieu en affirmant que « le règne de Dieu est tout proche » (Marc, 1, 14-20) ? Les textes sacrés de quelque religion que ce soit abondent en passages qui prêtent flanc à l’incrédulité et même à la dérision et qui n’y échappent que grâce à la difficile saisie de leur sens profond.

Ces exemples devraient suffire pour prendre conscience que la formation confessionnelle approfondie est nécessaire, non seulement pour procéder à un choix éclairé des textes représentatifs, mais nécessaire à leur compréhension. Et donc, là même où il pourrait sembler qu’un authentique savoir culturel religieux est facilement accessible grâce aux textes sacrés, il ressort que même ce savoir est entre les mains des adeptes et spécialistes autorisés de la religion concernée. Et ces docteurs en leur matière ont la tâche de toujours approfondir davantage les textes et récits de leur confession religieuse. Bref, ici encore, nous sommes forcés de reconnaître que, tout comme au niveau des gestes du culte et des préceptes de la morale religieuse, le fait de manifester la compréhension du phénomène religieux par ses expressions écrites, comme le programme ÉCR dit vouloir le faire, n’est possible qu’en dépendance avec un cadre autorisé de doctrine et de recherche confessionnelles. Seule la connaissance éclairée de sa foi peut permettre au croyant de donner à d’autres un accès culturel et respectueux à sa religion et éviter d’en présenter des simulacres.

Nécessité de l’enseignement confessionnel

En matière religieuse, le savoir culturel est donc tributaire du savoir confessionnel. Cette dépendance fait qu’on n’est pas ici en présence de raisons de convenance, de quelque chose de simplement souhaitable ou facultatif, mais face à une exigence qui découle de la nature des réalités en cause et qui s’impose à nous. Nous ne sommes pas en matière arbitraire, laquelle se définit comme étant ce « qui dépend de la seule volonté, du libre choix… qui ne tient pas compte de la réalité, des exigences de la science ». (Le Nouveau Petit Robert, 2009 ).

Or, comme en tout savoir, français, histoire ou mathématique, en matière religieuse, pour avoir des spécialistes autorisés et des chercheurs avisés, comme le sont les théologiens, les rabbins et les imams, il faut les former. Ce sont d’eux que des enseignants compétents et leurs manuels peuvent tirer la validité de leurs connaissances. Comme dans les autres disciplines, cette formation religieuse est d’abord reçue de façon embryonnaire dans la famille et doit être complétée par l’école pendant de nombreuses années subséquentes, jusqu’à l’université. Il n’y a là rien de bien étrange. Ce n’est rien d’autre que le processus normal de formation. Les véritables spécialistes de confession religieuse le sont devenus grâce à ce long parcours. Cette formation particulière, formation doctrinale, ne peut être transmise par la famille, ni par l’enseignement catéchétique dispensé par la communauté de croyants. Même religieux, ce savoir ne tombe pas du ciel !

Le système scolaire a donc comme responsabilité de dispenser l’enseignement confessionnel pour contribuer à assurer l’acquisition de la formation doctrinale que requiert son intention de transmettre un savoir culturel religieux authentique. Nous sommes ici en présence d’une nécessité telle que, si ce qui est nécessaire ne s’impose pas de façon absolue ou en toute circonstance, cela s’impose néanmoins de façon conditionnelle, en ce sens que si l’on veut une chose, il est nécessaire de faire telle autre chose. Ainsi, il n’est pas absolument nécessaire de vivre, mais si l’on veut vivre, il faut manger. Et, davantage en rapport avec notre sujet, si l’on veut enseigner, il faut apprendre, quel que soit le savoir que l’on veut transmettre, qu’il soit religieux ou profane. De même, il n’est pas de nécessité absolue que l’école transmette une culture religieuse authentique et respectueuse de diverses croyances. Mais si l’on veut que l’école le fasse, il est tout à fait impérieux qu’elle contribue à l’apprentissage du savoir confessionnel qui est nécessairement requis à cette transmission. Il ne peut être que contraire aux lumières de la raison, et donc déraisonnable, que l’on supprime l’enseignement confessionnel scolaire pour que l’école transmette, comme veut le faire le programme ministériel ÉCR, une culture religieuse visant à « manifester la compréhension du phénomène religieux » !

Or comprendre, comme nous le dit le dictionnaire Multi de la langue française, ce n’est pas apprendre de façon quelconque ou simplement acquérir la connaissance de quelque chose, c’est connaître avec une certaine profondeur, c’est saisir le sens de quelque chose, et non pas n’en voir que les apparences. Quiconque fait une analyse sérieuse du programme ÉCR et ses manuels constate que les cas abondent où les expressions du religieux ne découlent pas d’un savoir confessionnel authentique, mais sont plutôt présentées aux élèves de façon réductrice et fort trompeuse. Il en est ainsi du fait de mettre sur le même pied, sans aucune distinction, des êtres dits surnaturels comme le Christ ou Bouddha avec Glouskap et le Cerbère de la mythologie grecque, un chien à trois têtes qui garde la porte des enfers, ou encore l’Ange Gabriel avec Vénus, déesse de la mythologie romaine. Pareils programme scolaire et manuels peuvent-ils représenter un véritable savoir de culture religieuse à transmettre à nos jeunes Québécoises et Québécois ?


Gérard Lévesque
Philosophe et éthicien

« Un cours qui viole la liberté de conscience des hassidim »

Extrait d'une lettre ouverte de Pierre Anctil, professeur titulaire au département d'histoire de l'Université d'Ottawa, publiée aujourd'hui dans le Devoir :
Il en va tout autrement de l'obligation de donner un cours d'éthique et de culture religieuse dont les prémisses et les objectifs pédagogiques violent la liberté de conscience des Juifs de confession hassidique.

À n'en pas douter, cette réaction est difficile à comprendre dans un contexte occidental où il est généralement admis, depuis le Siècle des lumières, que toutes les traditions religieuses se valent et qu'un individu éclairé peut se renseigner à leur sujet sans subir de préjudice particulier. Il reste que les hassidim rejettent cette perspective rationaliste, car ils craignent qu'elle n'équivaille à un déni de leur droit à une vie religieuse en conformité avec leur interprétation du judaïsme. Compte tenu de leurs valeurs, il serait fort étonnant que les membres de ces communautés hassidiques changent d'avis sur une question semblable.

Bataille juridique

Nous vivons dans une société où l'ensemble des lois est sujet à la Charte des droits et libertés de la personne, notamment à l'article 3 qui affirme le caractère [inaliénable de la liberté de conscience et de religion]. En ce qui concerne les écoles hassidiques et les autres maisons d'enseignement animées par des valeurs religieuses précises, l'État ne devrait-il pas reconnaître la volonté des croyants de se soustraire à une approche pédagogique qui heurte leurs croyances profondes ?

Comme lorsqu'il s'agit de litiges mineurs, le ministère de l'Éducation pourrait certes imposer sa volonté dans ce cas en s'appuyant sur une interprétation stricte et littérale de ses responsabilités. Mais en agissant ainsi, l'État risque de déclencher une bataille juridique dont il pourrait fort vraisemblablement sortir perdant. Il aurait aussi à porter l'odieux d'envoyer ses agents dicter aux enfants et à leurs parents des opinions qui leur répugnent en tant que membres d'une communauté de foi.

Mission de l'État

Qui plus est, il y a fort à parier qu'à l'instar des jeunes filles voilées, une stratégie d'affrontement faite d'ordres péremptoires ne ferait que marginaliser davantage des collectivités faisant déjà l'objet de préjugés et trouvant difficilement à être entendues hors du cercle étroit de leurs membres. On peine à imaginer une manière aussi peu pédagogique d'inculquer aux Québécois une approche respectueuse de la diversité, quelles que soient l'origine, la couleur ou les croyances des citoyens concernés.

Dans cette situation, il ne fait aucun doute qu'il y a urgence pour l'État de prendre contact avec les communautés concernées afin de négocier des ententes de bon aloi et de mesurer le chemin qu'il reste à parcourir à la lumière des droits fondamentaux auxquels les Québécois tiennent tant. De plus, il serait sans doute utile de rappeler ouvertement les raisons qui motivent notre tolérance au pluralisme religieux, en particulier dans le domaine scolaire. Car l'affaire qui nous préoccupe comporte des enjeux qui vont au-delà des querelles administratives habituelles, et qui relèvent de la mission éducative de l'État au sens le plus noble.

mercredi 10 juin 2009

Richard Martineau : « pourquoi s'évertuer à maintenir ce cours au programme ? »

Chronique étonnante de Richard Martineau ce matin dans le Journal de Montréal. Extraits.
« Donc, faisons comme si je croyais à Raël, à Mohamed ou à Jésus-Christ.

Eh bien, vous savez quoi ? Je serais férocement CONTRE le nouveau cours d'éthique et de culture religieuses. Je ferais tout en mon pouvoir pour forcer le ministère de l'Éducation à l'enlever du programme.

Pourquoi ?

Tout simplement parce que je refuserais que l'on réduise ma religion à un simple phénomène culturel, au même titre que la bouffe, la musique ou la mode.

LE MOULIN À IMAGES

Croire à un Dieu n'est pas rien. Ce n'est pas comme croire à l'architecture romane ou à la Nouvelle cuisine. Ça oriente tout votre être — ce que vous pensez, ce que vous défendez, ce que vous faites.

On ne croit pas huit heures par jour, 10 heures par jour ou 12 heures par jour. On croit 24 heures par jour, 7 jours par semaine.

Le paradis, quand vous êtes croyant, n'est pas une «création culturelle» au même titre que le Moulin à images de Robert Lepage. C'est vrai comme les arbres que vous voyez et l'air que vous respirez.

Entendre un prof de 20 ans qui n'a aucune formation en théologie dire à mes enfants que mon Dieu n'est qu'une créature imaginaire parmi tant d'autres et que le paradis qu'il me promet à la fin de mes jours n'est qu'une création de l'esprit me choquerait...

Je trouverais ça profondément insultant. Et je dirais : « De quoi il se mêle, lui ? »
»
En France, c'est sur l'opposition des juifs qu'une réforme similaire de l'enseignement a achoppé : il était exclu pour eux que des non-juifs enseignent la Torah ou glosent sur des rituels juifs à des enfants juifs.
« 
NI CHAIR NI POISSON

C'est le problème principal du cours d'éthique et de culture religieuses : il est assis entre deux chaises.

Il ne fait plaisir ni aux croyants (qui n'aiment pas cette lecture culturelle et relativiste de la religion) ni aux non croyants (qui se demandent pourquoi on enseigne des balivernes à l'école).

C'est comme si on voulait parler de religion sans vraiment parler de religion. On dit que toutes les croyances s'équivalent... alors que lorsqu'on est vraiment croyant, c'est le contraire : on est convaincu d'être habité par une vérité immuable !

D'où la question que je ne cesse de me poser : pourquoi s'évertuer à maintenir ce cours au programme ?

On pourrait tout simplement dire : « La religion appartient à la vie privée. C'est aux parents de l'enseigner à leurs enfants. »

Dans une société où les gens qui sont passés par le cégep et par l'université disent encore S'ASSIR au lieu de S'ASSEOIR, et UNE sandwich au lieu d'UN sandwich, il me semble qu'il y a des choses plus importantes à enseigner... »

« À qui profite le crime ? » et « L’hindouisation des structures scolaires ? »

Deux nouvelles capsules de l'historien Réal Gaudreault.

Capsule 35 - À qui profite le crime?
« Comment se fait-il que les syndicats qui représentent les enseignants québécois sont pratiquement muets au sujet du cours ÉCR ? Les professeurs aussi ont perdu des droits importants dans cette affaire. Par ailleurs, les théologiens québécois appuient en bonne partie l’imposition du cours ÉCR. Mais pourquoi donc? Dans les faits, ce cours est une occasion extraordinaire de relancer les grandes facultés de théologie des universités québécoises qui se mouraient au cours des dernières années. Encore une question de fric ? »


Capsule 36 - L’hindouisation des structures scolaires

« Après la déconfessionnalisation des structures scolaires dans les années 90, nous voici arrivés à l’hindouisation de ces mêmes structures. En effet, les écoles québécoises permettent la pratique du yoga dans un grand nombre de leurs établissements. On nous dira que le yoga en question n’a rien de religieux. Or, c’est faux. Le yoga est une pratique religieuse liée à l’hindouisme. Cette pratique est même considérée par plusieurs spécialistes du yoga comme une pratique potentiellement dangereuse pour la santé de nos tout-petits. »



Entretien avec Paul Donovan par Sel + Lumière

Entrevue avec Paul Donovan, directeur du Loyola High School, pour l'émission Zoom de Sel et Lumière (émission du mardi 9 juin).

Loyola explains why it is in court this week

Loyola is in court this week (from June 8th to 12th). Can the "pursuit of the common good" and the "recognition of others" be taught from a Catholic perspective or does it have to be secular?

The following documents found on Loyola's website outline the key issues that are at stake. The letters are perhaps the best place to start as they outline the main issues but you are also encouraged to look at the court documents themselves.

  1. First Request to the Minister - Version française
  2. Letter Explaining Positions
  3. Letter to the Editor - The Gazette 
  4. Loyola's Motion
  5. MELS defense
  6. Second Letter to the Minister - Version française

mardi 9 juin 2009

Collège Loyola devant le tribunal : « Nous voulons l'enseigner comme des catholiques »

Pour commencer cette première journée du procès de Loyola contre le Monopole de l'Éducation du Québec, les avocats de Loyola ont déposé plusieurs nouveaux documents au sujet du projet éducatif, des exigences de l'école et de son caractère confessionnel.

Les deux témoins « ordinaires » de Loyola ont été entendus en interrogatoire et contre-interrogatoire, à savoir Paul Donovan directeur de Loyola High School, et John Zucchi, parent d'un élève de l'école.

M. Donovan a expliqué en détail ce qui caractérise une école catholique jésuite et comment le programme pédagogique en entier est investi de ce caractère et de ces valeurs.

Il a aussi fait valoir comment son école concrétise déjà depuis longtemps, dans les enseignements et dans la vie et les projets scolaires, les deux grands objectifs du programme ECR : la reconnaissance de l'autre et la poursuite du bien commun.

Le programme éducatif de Loyola vise aussi depuis longtemps les mêmes « compétences » que le programme ECR : la compréhension du phénomène religieux, la réflexion éthique et le dialogue.

Il a aussi expliqué comment l'enseignement des religions du monde à Loyola inclut la dimension de foi et les implications dans la vie personnelle pour chaque religion, contrairement au programme ECR, qui, a-t-il dit, ne s'attache qu'à l'expression extérieure des religions. À cet effet, il a dit trouvé plus approprié, pour parler du judaïsme, par exemple, d'inviter un rabbin pour en parler. M. Donovan a rappelé que le collège Loyola offre un cours des religions du monde depuis 25 ans. L'école invite depuis plusieurs années des imans et des rabbins pour qu'ils expliquent leur religion a précisé M. Donovan.

Toujours lors de son témoignage, M. Donovan a dit que le cours ECR est incompatible avec la perspective catholique. Au cœur de cette incompatibilité : la position « neutre » requise de l'enseignant d'ECR. Pour M. Donovan, l'enseignant à Loyola, doit recevoir, et même faire ressortir, toutes les positions dans un questionnement éthique, mais doit s'engager lui-même dans un vrai dialogue, et surtout, exprimer et énoncer la perspective catholique.

M. Donovan a soumis que le programme de Loyola est « équivalent » au programme ÉCR, et demande que son école puisse continuer de rejoindre les objectifs du programme ministériel, mais selon la mission propre de l'école et avec la perspective jésuite catholique.

Quand Paul Donovan a participé aux séances de formation pour le nouveau cours obligatoire du gouvernement intitulé éthique et culture religieuse, le directeur du collège Loyola a été découragé par l'attitude exprimée par d'autres enseignants quant à la présence de la religion à l'école.

« Il semblait y avoir cette attitude qu'ils allaient se débarrasser de la religion » a déclaré M. Donovan au juge Gérard Dugré de la Cour supérieure du Québec alors qu'il expliquait pourquoi son école s'opposait à mise en place du nouveau cours ECR de façon « neutre ».

Gérard Dugré est un juge récemment nommé qui aurait pris connaissance du dossier la semaine passée. Toutefois, il a montré une bonne possession des enjeux et a tenu à ce que les deux partis présentent au tribunal les tenants et aboutissants dans une introduction liminaire. Quand Me Jobin lui a dit que le ministère reprochait à Loyola d'enseigner un programme qui ne favorisait pas le dialogue, le juge Dugré a demandé si le principe « Aimez-vous les uns les autres » n'impliquait pas automatiquement un dialogue. Cette question n'a pas suscité de réponse de la part des deux procureurs, Me Jobin et Me Jacob.

M. Donovan a déclaré qu'il n'était pas raisonnable de s'attendre à ce qu'une école privée jésuite comme Loyola enseigne un programme sans permettre à ses enseignants de préciser la relation entre le contenu du cours et leur foi catholique.

« Nous voulons le faire à la manière catholique » a-t-il déclaré hier devant le juge. « Nous ne voulons pas séparer notre foi de ces questions. »

En tant qu'école catholique, il est essentiel que les enseignants de Loyola puissent parler des « éléments de la foi » quand il donne ce cours a-t-il ajouté. « Sinon, c'est réduire la religion à de simples manifestations culturelles ». « Nous ne voulons pas apprendre que certaines personnes ne mangent pas de viande contenant du sang, sans dire pourquoi » a expliqué le directeur de Loyola devant le juge Dugré.

Me Benoît Boucher, procureur du ministère, a affirmé que jamais le ministère ne permettrait un cours d'inspiration catholique ou religieuse obligatoire, car cela contreviendrait à la charte, puisque tous les étudiants à Loyola ne sont pas catholiques.

Me Boucher a aussi souligné le peu de renseignements fournis par Loyola à la ministre, lors d'échanges précédents (mai 2008 à novembre 2008) au sujet de l'équivalence possible du programme Loyola avec ECR quand Loyola avait fourni une table des matières de son programme ECR « équivalent ».

Celle-ci a déjà en août 2008 refusé l'exemption à Loyola avec une réponse de non-équivalence en 6 points, où la perspective jésuite catholique du programme de l'école était essentiellement mise en cause.

Me Boucher a aussi interrogé M. Donovan au sujet de la position d'autres autorités jésuites sur l'obligation de donner le cours ECR dans une école jésuite, position qui s'est révélée effectivement divisée.

John Zucchi a ensuite témoigné. Professeur d'histoire à l'Université McGill, il a dit qu'il s'est joint à la requête contre le ministère parce qu'il est opposé au fait que les enseignants doivent rester « neutres » quand ils donnent ce cours. Fort de ses plus de 20 ans en tant que professeur d'université, M. Zucchi a affirmé que, selon lui, il est impossible d'enseigner un tel programme de façon neutre, de façon objective oui, mais pas neutre. Si cette neutralité signifie l'absence de religion dans la partie culture religieuse ou de morale en éthique, alors, nous sommes en présence d'un point de vue en soi.

Il a surtout exprimé ses attentes que Loyola puisse continuer d'être l'école catholique jésuite cohérente dans tous ses enseignements et valeurs, telle qu'il l'avait choisie pour son fils, Thomas. Celui-ci devrait suivre le cours ECR au collège Loyola l'année prochaine (2009/2010). « Je ne veux pas qu'il doive laisser de côté sa foi pendant un cours ou qu'un enseignant d'une école catholique doive abandonner sa perspective [catholique] » de préciser Zucchi.

Interrogé par CTV quant à la possibilité de donner le cours ECR séparément du cours de religion, M. Donovan a déclaré qu'il est un peu ridicule (« silly ») de demander aux élèves qui posent une question qui pourrait toucher à la morale dans le cours d'ECR d'attendre le lendemain pour avoir une réponse dans le cours de religion.

La déconfessionnalition comme prétexte à l'imposition du cours aux écoles confessionnelles...

Les journalistes (et les politiciens) semblent utiliser la déconfessionnalisation du réseau scolaire public pour justifier l'imposition du cours d'éthique et de culture religieuse aux écoles privées... C'est curieux, mais c'est ainsi.

Écoutez la fin de ce reportage sur le premier jour du procès de Loyola :

« du côté du ministère on refuse cette exemption, car celle reviendrait à autoriser un cours de religion obligatoire ce qui va à l'encontre de la déconfessionnalisation des écoles en vigueur au Québec depuis l'an 2000. »

Loyola est une école privée confessionnelle, catholique en l'occurrence, comment peut-elle être déconfessionnalisée ? Elle offre déjà un cours de religion catholique, ce qui n'est pas interdit... En quoi refuser d'enseigner le programme ECR supprimerait-il ce cours de religion catholique (le cours de religion obligatoire on suppose...) déjà enseigné ? Mystères.


Le critique du Parti québécois en matière d'éducation franchissait allègrement le même pas au sujet des écoles privées confessionnelles juives, cette fois, qui refusent d'enseigner le cours gouvernemental d'ECR :
« On a éradiqué en principe la religion de notre système d'enseignement public, cela ne se peut pas que, par la porte d'en arrière, on la réintroduise. »
Une nouvelle fois, on dit qu'on a éradiqué (sympa !) la religion de l'école publique (ce qui reste à voir) pour justifier l'imposition du cours ECR dans des écoles privées confessionnelles... Allez comprendre !

Dans un article de l'édition de fin de semaine du Devoir, Clairandrée Cauchy, toujours au sujet des écoles juives orthodoxes, écrivait :
« Le problème équivaut à tenter de résoudre la quadrature du cercle. Comment arriver à un compromis qui ne fera pas vaciller le processus de laïcisation du système scolaire québécois, alors que le nouveau cours d'éthique et culture religieuse est soumis au test des tribunaux ? »
À nouveau la laïcisation du système scolaire en parlant d'écoles privées confessionnelles juives... Quel rapport ?

Ces gens se passent-ils le mot ?