Mathieu Bock-Côté, 17 juin 2022, à Bruxelles (le lieu de conférence a dû être déplacé à la dernière minute à la « suite de pressions exercées par des personnes opposées au pluralisme démocratique.»
Carnet voué à la promotion d'une véritable liberté scolaire au Québec, pour une diversité de programmes, pour une plus grande concurrence dans l'enseignement.
Mathieu Bock-Côté, 17 juin 2022, à Bruxelles (le lieu de conférence a dû être déplacé à la dernière minute à la « suite de pressions exercées par des personnes opposées au pluralisme démocratique.»
Un texte de Sylvie Germain, tiré de son ouvrage Jours de colère (Gallimard), a été proposé aux candidats du bac de français 2022. Sur les réseaux sociaux, les élèves se sont déchaînés sur l’extrait qu’ils ont jugé trop difficile à analyser et ont insulté l’auteur.
Sylvie Germain a récolté un torrent d’insultes sur les réseaux sociaux. Son tort ? Avoir eu le malheur de voir un extrait de son roman Jours de colère — prix Femina en 1989 — proposé au commentaire du bac de français il y a quelques jours.
Le texte d’une vingtaine de lignes donnait la description de neuf frères, sorte d’hommes des bois, élevés dans les forêts du Morvan, « dans un passé indéterminé ». L’atmosphère sylvicole de l’extrait, l’opacité de certaines images et le champ lexical de la nature en ont, semble-t-il, déstabilisé plus d’un. Les « élèves neuneu » en question n’ont rien trouvé de mieux à faire qu’exprimer leur frustration sur Instagram dans un vocabulaire douteux et l’orthographe qui va avec. « Tu prend le commentaire tu ressors de la salle avec une formation de garde forestier », « On peut connaître le nom des 9 fils svp ? » « Ça m’avait pas manquer le livre de la jungle ». Sans compter les injures et les fulgurances des plus malins, autrement plus inspirés dans l’invective que face à leur copie.
Des professeurs en colère
De nombreux internautes ont pris la défense de l’écrivain, dénonçant sur Tweeter la violence gratuite de cette minorité bruyante tout en pointant du doigt le faible niveau scolaire des candidats concernés. « Bonjour l’intelligence des jeunes qui passent le bac de français et qui en veulent à #sylviegermain parce qu’elle possède plus de trois mots de vocabulaire… », se désole un étudiant. Des professeurs expriment leur inquiétude sur le réseau social. « Les lycéens qui se déchaînent sur #sylviegermain sont-ils vraiment les adultes et les électeurs de demain ? » « Je suis effarée de voir la réaction des élèves… Ils font preuve d’une violence inadmissible à l’encontre de cette autrice (qui en outre n’est en aucun cas responsable de leur inculture). Il serait plus prudent de ne plus choisir d’auteur vivant pour l’EAF. »
Le Figaro s’est entretenu avec Sylvie Germain au sujet de cette polémique.
LE FIGARO. — Qu’avez-vous ressenti en apprenant que votre texte avait été choisi au bac de français ?
Sylvie GERMAIN. — Je n’avais pas été prévenue, pour préserver la confidentialité de l’épreuve. Lorsqu’on accepte d’être publié et que notre texte devient public, on doit s’attendre à des surprises, bonnes ou mauvaises. J’ai été étonnée, et touchée par le choix d’un de mes livres, et aussi légèrement perplexe devant cet extrait peut-être peu évident hors contexte. Et puis, dès le lendemain, la polémique est arrivée, des lycéens mécontents ont déversé leur colère.
— Comprenez-vous ce déferlement de haine sur les réseaux sociaux ?
— Je ne suis qu’un prétexte, je ne me sens pas concernée personnellement. Je suis plutôt inquiète du symptôme que cela révèle. C’est grave que des élèves qui arrivent vers la fin de leur scolarité puissent montrer autant d’immaturité, et de haine de la langue, de l’effort de réflexion autant que d’imagination, et également si peu de curiosité, d’ouverture d’esprit. Le passage à analyser n’était pas délirant, le vocabulaire était accessible, mais certains se contentent d’un vocabulaire si réduit, riche seulement en insultes et en invectives, que tout écrit un peu élaboré leur est un défi, un outrage.
Les plus « vénères » se sont donc défoulés (propos grossiers, goguenards, agrémentés parfois d’intimidations…, et montages photos et vidéos visant à me ridiculiser). Je n’éprouve même pas de colère, seulement de la désolation devant tant d’aveuglement et d’absence de remise en cause (s’ils ratent leur épreuve de français ce sera à cause de mon texte « de m... qui va niqué leur bac » [sic], pas du tout à cause de leur manque de travail et de réflexion), devant aussi leur rejet hargneux de la culture qui leur est dispensée au lycée. Ils veulent des diplômes sans aucun effort, se clament victimes pour un oui pour un non et désignent comme persécuteurs ceux-là mêmes qu’ils injurient et menacent. Quels adultes vont-ils devenir ?... J’espère que cette flambée de rage, où comme toujours le mimétisme et le goût de la surenchère électrisent la meute, va retomber aussi vite qu’elle a éclaté. Tout cela est aussi absurde qu’affligeant.
— Quels conseils auriez-vous pu donner aux élèves pour analyser votre texte ?
— Je n’ai pas de conseils à donner pour étudier ce texte, je n’écris pas pour proposer des analyses, juste des histoires susceptibles de faire rêver, imaginer, penser. Je ne peux que souhaiter aux élèves d’apprendre à lire, à s’efforcer de penser par eux-mêmes, et à aimer les mots, et aussi à en peser le poids, la justesse et les possibles conséquences quand ils les utilisent.
Découvrez l’extrait à commenter à l’écrit du bac de français 2022 :
Sylvie Germain (née en 1954), Jours de colère, Chants, « Les frères », 1989
Situé dans un passé indéterminé, le roman de Sylvie Germain Jours de colère prend place dans les forêts du Morvan. Le texte suivant est extrait d’un chapitre intitulé « Les frères ». Il présente les neuf fils d’Ephraïm Mauperthuis et de Reinette-la-Grasse.
« Ils étaient hommes des forêts. Et les forêts les avaient faits à leur image. À leur puissance, leur solitude, leur dureté. Dureté puisée dans celle de leur sol commun, ce socle de granit d’un rose tendre vieux de millions de siècles, bruissant de sources, troué d’étangs, partout saillant d’entre les herbes, les fougères et les ronces. Un même chant les habitait, hommes et arbres. Un chant depuis toujours confronté au silence, à la roche. Un chant sans mélodie. Un chant brutal, heurté comme les saisons, — des étés écrasants de chaleur, de longs hivers pétrifiés sous la neige. Un chant fait de cris, de clameurs, de résonances et de stridences. Un chant qui scandait autant leurs joies que leurs colères.
Car tout en eux prenait des accents de colère, même l’amour. Ils avaient été élevés davantage parmi les arbres que parmi les hommes, ils s’étaient nourris depuis l’enfance des fruits, des végétaux et des baies sauvages qui poussent dans les sous-bois et de la chair des bêtes qui gîtent dans les forêts ; ils connaissaient tous les chemins que dessinent au ciel les étoiles et tous les sentiers qui sinuent entre les arbres, les ronciers et les taillis et dans l’ombre desquels se glissent les renards, les chats sauvages et les chevreuils, et les venelles que frayent les sangliers. Des venelles tracées à ras de terre entre les herbes et les épines en parallèle à la Voie lactée, comme en miroir. Comme en écho aussi à la route qui conduisait les pèlerins de Vézelay vers Saint-Jacques-de-Compostelle. Ils connaissaient tous les passages séculaires creusés par les bêtes, les hommes et les étoiles.
La maison où ils étaient nés s’était montrée très vite bien trop étroite pour pouvoir les abriter tous, et trop pauvre surtout pour pouvoir les nourrir. Ils étaient les fils d’Ephraïm Mauperthuis et de Reinette-la-Grasse ».
![]() |
| Pierre tombale |
Siège de Caffa en Crimée par les Mongols
En 1346, les Mongols de la Horde d’or assiégèrent Caffa, comptoir et port génois des bords de la mer Noire, en Crimée. Caffa s’appelle aujourd’hui Théodosie (ou encore en russe Feodossia Феодосия). L’épidémie, ramenée d’Asie centrale par les Mongols, toucha bientôt les assiégés, car les Mongols catapultaient les cadavres des leurs par-dessus les murs pour infecter les habitants de la ville. Cependant, pour le médiéviste français Boris Bove, il serait plus plausible d’imaginer que la contamination des Génois fut le fait des rats passant des rangs mongols jusque dans la ville, ou selon une théorie récente, plutôt des gerbilles.
Le siège fut levé, faute de combattants valides en nombre suffisant : Génois et Mongols signèrent une trêve. Les bateaux génois, pouvant désormais quitter Caffa, disséminèrent la peste dans tous les ports où ils faisaient halte : Constantinople est la première ville touchée en 1347, puis la maladie atteignit Messine fin septembre 1347, Gênes et Marseille en novembre de la même année. Pise est atteinte le premier janvier 1348, puis c’est le tour de Spalato (aujourd’hui Split en Dalmatie), la peste gagnant les ports voisins de Sebenico et de Raguse, d’où elle passe à Venise le 25 janvier 1348. En un an, la peste se répandit sur tout le pourtour méditerranéen.
Avancée génétique
C’est grâce à de l’ADN humain ancien, extrait d’un site funéraire du XIVe siècle dans le nord du Kirghizistan, que les chercheurs ont pu remonter à la source. Leurs découvertes, publiées mercredi dans la revue Nature, tranchent un très vieux débat d’historiens.
L’épidémie de peste noire atteignit l’Europe en 1346 par le bassin méditerranéen, par des navires transportant des marchandises depuis la Mer noire. En seulement huit ans, la « mort noire » tua jusqu’à 50 % de la population d’Europe, du Moyen-Orient et d’Afrique du Nord. Elle marqua le début de longues vagues de l’épidémie qui allait resurgir par intermittence durant 500 ans.
Où est-elle née ? L’une des pistes les plus communément avancées était celle de la Chine, mais aucune preuve robuste n’a pu à ce jour étayer cette théorie.
![]() |
| Pierre tombale |
« Mort de pestilence »
Ce professeur à l’Université de Stirling en Écosse connaissait l’existence de deux sites funéraires médiévaux près de lac d’Issyk Köl (ou Yssyk Koul) au Kirghizistan, qui avaient été fouillés à la fin du XIXe siècle.
Sur plus de 400 pierres tombales de cimetières nestoriens (chrétiens d’Orient, déclarés hérétiques), une centaine étaient précisément datées : 1338-1339. Avec une épitaphe mentionnant une elliptique « mort de pestilence », en ancien syriaque. Autant d’indices d’une surmortalité anormale au sein d’une communauté, sept ou huit ans avant que la peste noire ne frappe l’Europe.
Pour trouver la cause des décès, les chercheurs ont fouillé dans l’ADN dentaire de sept squelettes. « La pulpe dentaire est une source précieuse, car c’est une zone très vascularisée qui donne une forte chance de détecter des pathogènes dans le sang », a expliqué à l’AFP Maria Spyrou, de l’Université de Tübingen en Allemagne, elle aussi auteure de l’étude.
L’ADN a pu être séquencé — un travail délicat tant il était fragmenté — puis comparé à une base de données contenant le génome de milliers de bactéries.
Verdict : les corps avaient été infectés par la bactérie Yersinia pestis, le bacille responsable de la peste noire, transmise à l’homme par les puces des rongeurs. Cette communauté avait donc bien été victime du même fléau que celui qui a frappé l’Europe quelques années plus tard.
Les analyses du génome de Yersinia pestis ont aussi révélé qu’il s’agissait d’une souche ancestrale de la bactérie. Celle qui se trouve à la base de « l’arbre génétique » de la peste.
![]() |
| Diffusion de la peste noire |
Les scientifiques associent justement l’apparition de la peste noire en Europe à un « Big Bang » génétique au cours duquel les bactéries souches se sont massivement diversifiées.
Au cœur des routes de la Soie
Les souches découvertes au Kirghizistan se trouvent pile « au nœud de cette diversification massive », survenue vers les années 1330. Confirmant que cette région du monde, les Monts Tian (T’ien ou encore Tian Chan), a bien été le point de départ de l’expansion, selon Maria Spyrou.
De plus, chez les rongeurs vivant aujourd’hui dans les monts Tian, les chercheurs ont identifié une souche de la bactérie très proche de celle des victimes humaines de 1338-1339, « la plus proche qu’on ait trouvée dans le monde », a complété Johannes Krause, de l’Institut Max Planck, coauteur de l’étude.
Il s’agissait de communautés chrétiennes, ethniquement diversifiées (Mongols, Ouïghours…), qui pratiquaient le commerce au long cours selon les objets funéraires retrouvés : perles du Pacifique, coraux de Méditerranée, vêtements de soies.... « Vivant au cœur des routes de la soie, ils ont dû beaucoup voyager, ce qui a joué un rôle dans l’expansion de l’épidémie via la Mer noire », avance Phil Slavin.
La peste n’a jamais été éradiquée de la surface de la Terre : chaque année, des milliers de personnes continuent d’être infectées, notamment en Asie centrale. Dans les montagnes du Tian Chan, ce sont les marmottes qui constituent le principal réservoir animal de la maladie.
Une pandémie meurtrière comme celle du Moyen-Age ne serait heureusement pas à craindre : non pas que la bactérie soit moins virulente, mais parce que les conditions d’hygiène et le recours aux antibiotiques n’ont rien à voir avec le passé.
Une autre étude vient appuyer l'étude danoise mentionnée dans le billet originel du 9 mai. Il s'agit d'une étude américaine intitulée : « Événements indésirables graves d'intérêt particulier à la suite d'une vaccination par ARNm dans des essais randomisés ».
En voici une partie du résumé : « Les vaccins à ARNm COVID-19 de Pfizer et Moderna étaient associés à un risque accru d'événements indésirables graves d'intérêt particulier, avec une augmentation du risque absolu de 10,1 et 15,1 pour 10 000 vaccinés par rapport aux valeurs initiales du placebo de 17,6 et 42,2 (IC à 95 % -0,4 à 20,6 et -3,6 à 33,8), respectivement. Combinés, les vaccins à ARNm étaient associés à une augmentation du risque absolu d'événements indésirables graves d'intérêt particulier de 12,5 pour 10 000 (IC à 95 % 2,1 à 22,9). Le risque excédentaire d'événements indésirables graves d'intérêt particulier a dépassé la réduction du risque d'hospitalisation pour COVID-19 par rapport au groupe placebo dans les essais Pfizer et Moderna (2,3 et 6,4 pour 10 000 participants, respectivement). »
Billet originel du 9 mai 2022
Un texte de Martin Kulldorff, chercheur principal au Brownstone Institute, épidémiologiste et biostatisticien spécialisé dans les épidémies de maladies infectieuses et la sécurité des vaccins. Il est le développeur des logiciels Free SaTScan, TreeScan et RSequential. Plus récemment, il a été professeur à la Harvard Medical School pendant dix ans.
Des essais contrôlés randomisés montrent une réduction de la mortalité toutes causes confondues à l’aide de vaccins contre la covid à vecteur adénovirus (risque relatif [RR] = 0,37, interval de confiance [IC] à 95 % : 0,19-0,70), mais pas avec les vaccins à ARNm (RR = 1,03, IC à 95 % 0,63-1,71). Un risque relatif supérieur à 1 signifie que les vaccins en question (ARN messager) sont probablement légèrement plus risqués que les placebos, probablement car l’intervalle de confiance est grand.
C’est le verdict d’une nouvelle étude danoise par la Dr Christine Benn et ses collègues. Les gens ont-ils reçu des vaccins qui ne fonctionnent pas (Pfizer/Moderna) au lieu de vaccins qui fonctionnent (AstraZeneca/Johnson & Johnson) ? Mettons cette étude dans son contexte, puis plongeons dans les chiffres.
En médecine, l’étalon-or des preuves est l’essai contrôlé randomisé (ECR), car il évite les biais d’étude pour ou contre le vaccin. De plus, le résultat clé est la mort. Ces vaccins sauvent-ils des vies ? Par conséquent, l’étude danoise répond à la bonne question avec les bonnes données.
C’est la première étude à le faire.
Lorsque les vaccins à ARNm Pfizer et Moderna ont été approuvés par la Food and Drug Administration (FDA) des États-Unis, cette décision était basée sur des ECR. Les ECR soumis à la FDA ont montré que les vaccins réduisent les infections symptomatiques de Covid. En recrutant principalement des adultes plus jeunes et d’âge moyen, qui ont peu de chances de mourir de covid quoi qu’il arrive, les études n’ont pas été conçues pour déterminer si les vaccins réduisaient également la mortalité.
Cette hypothèse a été posée comme un corollaire que cela fût vrai ou non. Les ECR lors de la procédure d’approbation n’ont pas non plus été conçus pour déterminer si les vaccins réduisent la transmission, mais c’est une autre histoire.
Les vaccins ont été développés contre la covid, mais pour évaluer correctement un vaccin, nous devons également examiner les décès non-COVID. Y a-t-il des effets indésirables imprévus entraînant la mort ? Nous ne voulons pas d’un vaccin qui sauve la vie de certaines personnes, mais en tue autant d’autres. Il peut également y avoir des avantages imprévus, comme une protection accessoire contre d’autres infections. Pour une comparaison équitable, ces considérations devraient également faire partie de l’équation.
Bien que chaque ECR individuel n’ait pas été en mesure de déterminer si le vaccin contre la covid réduisait la mortalité, les ECR ont enregistré tous les décès et, pour augmenter la taille de l’échantillon, l’étude danoise a regroupé plusieurs ECR. Il existe deux types différents de vaccins contre la covid, les vaccins à vecteur adénovirus (AstraZeneca, Johnson & Johnson, Spoutnik) et les vaccins à ARNm (Pfizer et Moderna). L’équipe danoise a effectué une analyse groupée pour chaque type.
En voici les résultats :
| Type de vaccin | Décès/Vaccinés | Décès/Témoins | Risque relatif | Intervalle de confiance à 95 % |
|---|---|---|---|---|
| Adénovirus-vecteur | 16/72 138 | 30/50 026 | 0,37 | 0,19–0,70 |
| ARNm | 31/37 110 | 30/37 083 | 1,03 | 0,63–1,71 |
Il existe des preuves claires que les vaccins à vecteur adénovirus ont réduit la mortalité. Pour 100 décès chez les non-vaccinés, il n’y a que 37 décès chez les vaccinés, avec un intervalle de confiance à 95 % de 19 à 70 décès. Ce résultat provient de cinq ECR différents pour trois vaccins différents, mais il est principalement motivé par les vaccins AstraZeneca et Johnson & Johnson.
Pour les vaccins à ARNm, en revanche, il n’y avait aucune preuve d’une réduction de la mortalité. Pour 100 décès parmi les non-vaccinés, il y a 103 décès parmi les vaccinés, avec un intervalle de confiance à 95 % de 63 à 171 décès. C’est-à-dire que les vaccins à ARNm peuvent réduire un peu la mortalité ou l’augmenter ; nous ne savons pas. Les vaccins Pfizer et Moderna ont contribué à parts égales à ce résultat, il n’y a donc aucune preuve que l’un soit meilleur ou pire que l’autre.
Alors que la mortalité toutes causes confondues est ce qui compte pour la santé publique, il existe un intérêt scientifique à savoir comment les différents vaccins affectent différents types de mortalité. Les scientifiques danois ont contacté les enquêteurs des essais contrôlés randomisés pour savoir si chaque décès était dû à la covid, à une maladie cardiovasculaire, à des accidents ou à d’autres causes.
Pour les vaccins à ARNm, il y a eu une réduction des décès à cause de la covid, mais une augmentation des décès cardiovasculaires, mais ni l’une ni l’autre n’était statistiquement significative. Ainsi, ces résultats pourraient être dus au hasard. Il se pourrait que les vaccins puissent réduire le risque de décès par la covid tout en augmentant le risque de décès cardiovasculaires. Nous ne le savons pas et Pfizer et Moderna n’ont pas conçu les RCT pour nous le faire savoir.
Pour les vaccins à vecteur adénoviral, il y a eu des diminutions statistiquement significatives des décès par la covid et par incidents cardiovasculaires, peu susceptibles d’être dus au hasard. Il y a eu une légère diminution des autres décès, qui peut être due au hasard.
La force de l’étude danoise est qu’elle est basée sur des essais contrôlés randomisés. La principale faiblesse est que le temps de suivi est court. En effet, les fabricants ont mis fin prématurément aux essais cliniques, après que les vaccins ont reçu l’autorisation d’utilisation d’urgence.
Une autre faiblesse est que les données ne nous permettent pas de déterminer comment ces résultats peuvent varier selon l’âge. Alors que n’importe qui peut être infecté, le risque de décès dû à la covid est mille fois plus important chez les personnes âgées que chez les jeunes.
Les vaccins réduisent-ils principalement les décès chez les personnes âgées ? C’est une supposition raisonnable. Qu’en est-il des plus jeunes ? Nous ne le savons pas. Ce n’est pas la faute des chercheurs danois. Ils ont fait un travail brillant en extrayant autant d’informations que possible des ECR parrainés par l’industrie.
Certains pourraient reprocher à l’étude danoise de ne pas avoir encore été évaluée par des pairs, mais elle l’a été. Elle a été évaluée par des pairs par moi et par plusieurs collègues et nous avons tous des décennies d’expérience avec ce type d’études. Qu’il n’ait pas encore été évalué par des pairs anonymes est sans importance.
Les vaccins à ARNm ont été approuvés sur la base d’une réduction des infections symptomatiques au lieu de la mortalité. Que Pfizer et Moderna n’aient pas conçu leurs ECR pour déterminer si les vaccins réduisaient la mortalité est inexcusable, car ils auraient facilement pu le faire.
Que la FDA les ait approuvés pour une utilisation d’urgence est compréhensible. De nombreux Américains plus âgés mouraient de covid, et ils ont dû fonder leur décision sur les informations disponibles à l’époque.
Maintenant, nous en savons davantage. Si Pfizer et Moderna veulent continuer à vendre ces vaccins, nous devrions exiger qu’ils mènent un véritable essai clinique randomisé qui prouve que les vaccins réduisent la mortalité.
Tout aussi importants, le gouvernement, les entreprises et les universités devraient cesser d’imposer des vaccins lorsque des essais contrôlés randomisés montrent un résultat nul pour la mortalité.
Entretien entre Freddie Sayers de UnHerd et la Pr Stabell-Benn (sous-titré en français)
Discussion et contexte
L’implication évidente de cette étude (puisque les deux séries de vaccins sont disponibles) est que les autorités de santé publique auraient dû recommander les vaccins adénovecteurs moins chers que les vaccins à ARNm depuis le début et pour la plupart des patients.
En d’autres termes, la décision internationale de retirer l’autorisation du vaccin AstraZeneca (AZ) en Europe et ailleurs semble avoir été une erreur. Les vaccins tels que ceux d'AstraZeneca ou Johnson & Johnson étaient en fait une meilleure option que les vaccins Pfizer ou Moderna. Rappelons que le 3e membre de ces vaccins à vecteur adénovirus est le vaccin Spoutnik V, reconnu efficace (étude hongroise, étude russe), mais snobé par les autorités occidentales (bien avant la crise ukrainienne). Contrairement à ce que croient certains demi-habiles qui citent la mortalité en Russie comme preuve que le vaccin Spoutnik-V ne marcherait pas, les données indiquent au contraire son efficacité, mais voilà peu de Russes se sont fait vacciner…
Cette étude fournit une explication potentielle aux meilleurs résultats de mortalité globaux au Royaume-Uni (qui a massivement utilisé le vaccin AZ) qu’une grande partie de l’Europe continentale (qui a progressivement supprimé le vaccin AZ) après le programme de vaccination au second semestre 2021.
Depuis sa publication en prépublication, l’étude Stabell-Benn a été très peu médiatisée. Comme la Dr Stabell-Benn l’a dit à Freddie Sayers dans son interview avec UnHerd, elle s’est habituée à cette réticence :
« Je travaille dans ce domaine depuis maintenant près de trente ans. J’étudie les vaccins et trouve ces effets non spécifiques très controversés. Il y a des intérêts puissants qui ne veulent pas vraiment en entendre parler. Mais pour moi, c’est une bonne nouvelle : cela signifie que nous pouvons optimiser l’utilisation des vaccins non seulement pour avoir de puissants effets protecteurs contre les maladies vaccinales, mais aussi pour optimiser leur utilisation en termes de santé globale. »
Pour une étude avec une conclusion aussi conséquente, l’examen par des experts indépendants est crucial. Dans le passé, un tel examen par les pairs se déroulait dans l’anonymat, à huis clos d’une revue scientifique, avec un seul éditeur ou éditeur associé servant d’arbitre. En raison du petit nombre de personnes impliquées dans l’examen, le processus d’examen par les pairs est sujet à des biais bien connus et à de longs délais (des mois ou plus). Pire encore, ces délibérations sont cachées du public. Le commun des mortels devait considérer comme un article de foi qu’un article publié et revu par des pairs présentait des conclusions précises.
Un meilleur processus d’examen scientifique de certains articles importants a émergé pendant la pandémie — un examen ouvert par les pairs grâce auquel le public assister aux délibérations entre les experts scientifiques. Bien que l’équipe danoise ait publié son article début avril, c’est une revue en ligne de l’expert en sécurité des vaccins et épidémiologiste de renommée mondiale Martin Kulldorff qui a lancé la discussion entre scientifiques à ce sujet.
Dans son examen, Kulldorff souligne la conclusion claire des résultats de l’article danois. Lorsque les vaccins à ARNm et à adénovecteurs sont disponibles, il est préférable de prendre le vaccin avec de bonnes preuves randomisées de réduction de la mortalité toutes causes confondues plutôt que de prendre un vaccin pour lequel, avec les meilleures preuves actuelles, s’il réduit la mortalité. Kulldorff a appelé à un nouvel essai contrôlé randomisé du vaccin à ARNm pour savoir s’il peut rivaliser avec les vaccins à vecteur adénovirus — comme cela devrait se produire en médecine chaque fois qu’une intervention efficace existe et qu’une autre intervention cherche à montrer qu’elle est aussi bonne ou meilleure. Il a également suggéré qu’il est inapproprié d’imposer des vaccins pour lesquels les essais cliniques randomisés montrent un résultat nul pour la mortalité.
L’examen ouvert par les pairs de Kulldorff a suscité des discussions parmi les scientifiques sur la faisabilité de mener un essai randomisé comparant les vaccins. Les taux de mortalité dus à l’infection par la covid — en partie dus aux niveaux élevés d’immunité de la population contre le rétablissement de la covid — sont faibles, de sorte qu’un échantillon de grande taille serait nécessaire pour détecter une différence. La question de savoir si une telle étude est même réalisable est une question ouverte, tout comme l’importance d’une telle étude. Ce genre de discussion constructive se produit tout le temps en science.
Cependant, certains scientifiques — y compris Deepti Guradsani qui défend la stratégie du zéro covid — ont réagi à l’article de Kulldorff par des propos que certains considèrent diffamatoires et en affirmant qu’il s’agissait de diffusion de fausses informations sur les vaccins, le tout saupoudrer d’accusations habituelles, mais lunaires, de lien avec la droite politique.
Kulldorff est un éminent scientifique spécialisé dans les vaccins qui a présenté honnêtement son opinion sur les vaccins covid, même lorsqu’ils vont à l’encontre du récit établi. En mars 2021, il a perdu son poste de conseiller auprès du CDC américain pour avoir recommandé de ne pas suspendre le vaccin Johnson & Johnson pour les Américains âgés. Action du CDC qui tua dans l’œuf la demande de vaccins à vecteur adénoviral aux États-Unis. Il s’agirait de la seule personne que le CDC ait licenciée pour être trop provaccin… Moins d’une semaine plus tard, le CDC approuvait le vaccin Johnson & Johnson. [Il est toujours approuvé pour les plus de 18 ans.]
Pour le grand public, savoir quel vaccin sont sans danger est littéralement une question de vie ou de mort. Pour les scientifiques, l’enjeu des études comme celle de la Pr Stabell-Benn est la capacité de participer honnêtement à des débats et examens scientifiques ouverts sur des sujets d’actualité sans devoir subir insultes, calomnies et atteintes à la réputation fondées sur des mensonges. Si les scientifiques perdent leur capacité à raisonner publiquement au sujet d’études comme l’étude danoise, les médecins n’auront aucune base solide pour conseiller leurs patients sur ce sujet et le public n’aura aucune raison de faire confiance aux médecins et aux scientifiques.
Voir aussi
Ottawa — Contre-manifestante disjoncte et éructe sans discontinuer
Autriche : échec de la politique de vaccination obligatoire anti-covid
Pr La Scola : « La vaccination des enfants ce n’est plus de la science, c’est du fanatisme »
Orwell dans l'Allemagne de 2022 : L'obligation aboutit au volontariat
Trudeau : « est-ce qu'on tolère les gens » farouchement opposés à se faire vaccinés anti-Covid ?
Nouvelle-Zélande — Obligation vaccinale déclarée illégale par la Haute Cour du pays
Le nombre de naissances et de décès en 2021 est globalement revenu à son niveau de 2019
L'efficacité de l'ivermectine a-t-elle été cachée ?
Personnes âgées : l’isolement plus mortel que la Covid ?
Les confinements n'ont réduit les décès par COVID que de 0,2 %, selon une étude de Johns Hopkins
La gestion du Covid ruine l’apprentissage de la lecture pour 100 millions d’enfants
Un texte de Johan Anderberg, journaliste et auteur de Flocken (Le Troupeau), un succès de librairie sur l’expérience suédoise pendant la pandémie de Covid-19. L’ouvrage a été traduit en anglais.
Il y a plus de deux ans, le monde est entré en confinement et que les écoles, comme la plupart des institutions, ont fermé leurs portes. Mais les conséquences les plus dévastatrices de cette politique commencent à peine à apparaître. Des milliers d’enfants défavorisés ont pris du retard.
Il n’était pas nécessaire qu’il en fût ainsi. Un pays a fait les choses différemment.
Tard dans la soirée du 12 mars 2020, des journalistes ont attendu dans un bâtiment gouvernemental à Stockholm que la ministre suédoise de l’Éducation, Anna Ekström, fasse une déclaration. La plupart d’entre eux s’attendaient à ce que le gouvernement suédois annonce des fermetures d’écoles. La veille au soir à Copenhague, la Première ministre danoise, Mette Fredriksen, avait déclaré que toutes les écoles maternelles, écoles et universités du Danemark fermeraient. Quelques heures plus tôt, la Norvège avait emboîté le pas. En Suède, Ekstrom venait d’avoir une réunion avec des représentants de directeurs d’école et d’agences gouvernementales.
Lorsqu’elle a finalement émergé et rendu son verdict, elle a expliqué que le gouvernement avait choisi de garder les écoles ouvertes. « C’est une recommandation claire de l’Agence de santé publique, et ils sont très désireux de la voir adoptée », a-t-elle déclaré.
Ce que personne ne savait à l’époque, c’est que, dans les coulisses, un épidémiologiste à la retraite avait remporté sa première bataille. Johan Giesecke, 70 ans, avait été l’épidémiologiste d’État suédois entre 1995 et 2005 et entretenait de bonnes relations avec Anders Tegnell, l’homme qui détenait désormais le titre. Des décennies plus tôt, Giesecke avait embauché Tegnell parce qu’il appréciait ce qui semblait être l’indifférence totale de Tegnell à ce que les autres pensaient de lui. Depuis lors, Giesecke a qualifié Tegnell de « son fils ».
![]() |
| Le 3 juin 2020, jour de remise de diplôme en Suède, alors que les écoles n’ont jamais fermé pour les moins de 16 ans. |
Les deux hommes, au début de la pandémie, ont plaidé pour le maintien des écoles ouvertes.
Ils l’ont fait pour plusieurs raisons. Premièrement, personne ne savait si les fermetures d’écoles auraient un effet bénéfique. D’une part, il y avait une certaine base historique à la politique : les expériences des vacances scolaires lors des épidémies de grippe en France, et les réponses variables à la pandémie de 1918 aux États-Unis, ont suggéré que le nombre de cas pourrait « peut-être » être réduit de 15 % par des fermetures, dans un scénario optimiste. Mais cela suggérait également que ces gains seraient probablement perdus si les enfants renvoyés à leurs parents n’étaient pas complètement isolés à la maison.
Cette politique coûte aussi cher. La facture de la fermeture des écoles britanniques pendant 12 semaines a été estimée à 1 % du PIB du pays dans un article du Lancet (parmi les auteurs figuraient à la fois Anders Tegnell et Neil Ferguson). Aux États-Unis, une intervention équivalente a coûté 6 % du PIB selon le même article.
C’était une décision difficile à prendre, à moins que vous ne soyez Johan Giesecke. Il était complètement convaincu que la fermeture des écoles n’était pas la bonne voie à suivre. Surtout, pensait-il, ce serait injuste pour les enfants. Tout le monde dans le secteur de la santé publique savait que les absences scolaires avaient un effet néfaste sur les conditions de vie des enfants (voir ici, ici, ici et ici) jusque tard dans la vie.
Cette nuit-là, même si lui et Tegnell avaient réussi à convaincre le gouvernement suédois de garder les écoles ouvertes, Giesecke savait que défendre la décision serait difficile. Les politiciens du monde paniquaient. Tôt le lendemain matin, Giesecke a écrit dans un courriel à Tegnell : « An nescis, mi fili, quantilla prudentia mundus regatur ? » Juste pour être sûr, il ajouta une traduction : « Ne sais-tu pas, mon fils, avec quel peu de sagesse le monde est gouverné ? [La phrase latine est celle d’Axel Gustafsson Oxenstierna, grand chancelier de Suède, écrite à son fils lors des négociations du Traité de Westphalie en 1648. On prête aussi la phrase latine à Richelieu.]
Les Suédois surveillaient le cours des événements qui se déroulaient sur le reste du continent. Les pays qui fermaient leurs écoles et écoles maternelles étaient de plus en plus nombreux. Tegnell ne comprenait pas ce qu’ils faisaient.
Ses confidents à l’agence étaient d’accord avec son évaluation : le reste du monde se précipitait tête baissée dans une expérience dangereuse aux conséquences imprévues. Le responsable de l’analyse de l’agence a expliqué que les fermetures d’écoles espagnoles avaient poussé le virus des villes vers les côtes, alors que les familles aisées fuyaient les villes pour s’installer dans leurs maisons de vacances. Et les fermetures d’écoles obligeraient de nombreux travailleurs clés, y compris des médecins et des infirmières, à rester chez eux.
« Le monde est devenu fou », écrivit Tegnell à deux collègues.
Il y avait une exception notable à cette folie. Au Royaume-Uni, les choses semblaient encore normales. Le 16 mars, Tegnell et Giesecke se sont envoyé un courriel à propos d’une vidéo de Boris Johnson et Chris Whitty expliquant la stratégie britannique en cas de pandémie, ont un des axes était de garder les écoles ouvertes. Le fil de discussion s’intitulait « Allez, l’Angleterre ! ».
Mais ce que ni Tegnell ni les autres ne savaient en regardant les décideurs britanniques expliquer leur stratégie, c’est que bientôt le Royaume-Uni changerait de cap à la suite de la publication d’un rapport de l’Imperial College qui faisait de sombres prédictions. Selon ce rapport, sans une action résolue pour ralentir la propagation du coronavirus, jusqu’à 510 000 personnes au Royaume-Uni et 2,2 millions de personnes aux États-Unis pourraient mourir en l’espace de quelques mois. Ramenés à la population de la Suède, cela signifiait que près de 100 000 Suédois périraient.
Mais Giesecke était sceptique. Il a cité l’exemple de la « maladie de la vache folle » : en 2001, les Britanniques avaient abattu des millions de têtes de bétail pour éviter qu’elle ne se propage. « Ils pensaient que 50 000 personnes mourraient. Mais combien sont décédés ? » Giesecke aimait demander.
Il répondait toujours à sa propre question : « 157 ».
Il avait d’autres exemples. Quatre ans plus tard, l’Imperial College a averti que 150 millions de personnes dans le monde pourraient mourir de la grippe aviaire. Ce fut finalement 455. Quatre ans plus tard, c’était la grippe porcine : le pronostic prévoyait 65 000 morts britanniques. Les résultats ? 474. Pourquoi quelqu’un ferait-il confiance aux scientifiques britanniques maintenant ? Le nouveau rapport, écrivit Giesecke, était « loin de la vérité ».
La Suède défierait alors le reste du monde. Les gens n’avaient généralement pas à y porter de masques, les activités de loisirs étaient largement autorisées à se poursuivre sans entrave — et les jeunes enfants continuaient d’aller à l’école, aux entraînements de football et aux cours de musique. Certaines fêtes d’anniversaire ont été annulées, bien sûr, mais par rapport au reste du monde, la vie des jeunes Suédois a très peu changé. Ils n’ont jamais eu à porter de masques à l’école ni à subir des procédures de test systématiques.
Les médias étrangers n’ont pas tardé à qualifier la stratégie de « catastrophe » (Time), de « récit édifiant du monde » (New York Times) et de « folie mortelle » (Guardian). En Allemagne, Focus a qualifié la politique de « négligence » ; La Repubblica italienne a conclu que le « pays modèle nordique » avait commis une dangereuse erreur.
De nombreuses théories sont apparues pour expliquer pourquoi la Suède aurait suivi une voie si différente. Certaines d’entre elles se concentrent sur la constitution suédoise, qui diffère de celle des autres pays européens, par exemple par l’extrême autonomie des agences gouvernementales et le droit constitutionnel de se déplacer dans le pays. D’autres soulignent le fait que les autorités suédoises ont été inutilement agressives pendant l’épidémie de VIH et n’étaient pas disposées à répéter la même erreur.
Mais la principale raison de la trajectoire particulière de la Suède est simple : les Suédois ont fait une interprétation différente des données scientifiques au début de la pandémie. Ils croyaient simplement que les scénarios présentés par le reste du monde, et en particulier celui de l’Imperial College, étaient largement exagérés. Et ils pensaient que les confinements et les fermetures d’écoles étaient terribles pour la santé publique en général.
D’après ce que nous savons aujourd’hui, deux ans après le début de la pandémie, il est assez clair que les Suédois ont bien fait les choses. En juillet 2020, alors que les décès en Suède — selon les étalonnages des chercheurs des universités de Lund et d’Uppsala, basés sur le rapport de l’Imperial College, étaient censés se situer entre 85 000 et 96 000 — le nombre de morts suédois était inférieur à 6 000. Tout au long de ce printemps, les gens avaient été libres de bouger, de faire du ski, d’aller à la gym ; les écoles maternelles et les écoles pour les enfants de moins de 16 ans étaient ouvertes.
Les enfants d’autres pays souffrent encore des séquelles du confinement. Aux États-Unis, les compétences en mathématiques et en lecture des enfants âgés de trois à huit ans étaient inférieures à la normale l’automne dernier — et, selon le Center for School and Student Progress, des étudiants amérindiens, noirs et hispaniques, ainsi que des élèves fréquentant des écoles de quartiers pauvres ont été touchés de manière disproportionnée.
« Les enfants américains commencent 2022 en crise », a conclu David Leonhardt du New York Times après avoir parcouru les recherches disponibles.
L’histoire est la même dans tous les pays confinés et masqués. En Allemagne, des études montrent une augmentation de l’obésité infantile, une détérioration des compétences linguistiques et concernent des déficiences motrices fines ; en Norvège, les journaux rapportent une « vague de jeunes malades ». Et en Grande-Bretagne, le médecin-chef Chris Whitty a admis que les confinements exacerbaient l’obésité infantile. La proportion d’enfants qui commencent l’école avec un problème de poids a augmenté d’un cinquième depuis la pandémie.
[Pour le Québec, voir Des retards scolaires qui atteignent le « jamais vu » suite à la politique de confinement.]
Les premières indications suggèrent que les enfants suédois, en revanche, ont été épargnés. Selon une nouvelle étude publiée dans l’International Journal of Educational Research, la proportion d’élèves ayant de faibles compétences en lecture n’y a pas augmenté pendant la pandémie, et les élèves issus de milieux socio-économiques défavorisés n’y ont pas souffert de manière disproportionnée. Bien sûr, chaque étude particulière doit être prise avec un grain de sel : si les politiciens et les décideurs du monde avaient tenu compte de ce principe en mars 2020, cela aurait épargné au monde beaucoup de souffrances.
Quel prix la Suède a-t-elle payé pour la santé de ses enfants ? Étrangement, dans le pays qui a servi de groupe témoin pendant la pandémie, les décès ont non seulement été bien inférieurs aux prévisions, mais inférieurs à ceux de la plupart des autres pays comparables. Selon les derniers chiffres de l’OMS, la Suède avait un taux de mortalité excédentaire moyen en 2020 et 2021 de 56 pour 100 000 — inférieur à une grande partie de l’Europe et inférieur à la moyenne mondiale. Le chiffre correspondant est de 109 au Royaume-Uni, 111 en Espagne, 116 en Allemagne et 133 en Italie.
Au cours des dernières semaines, les médias sociaux bruissent au sujet de plans de l’OMS pour un « traité pandémique ». Beaucoup pensent que cela permettra à l’OMS d’abroger les lois nationales et d’imposer des confinements et d’autres restrictions sans le consentement des citoyens. Bien que les préoccupations spécifiques soient en grande partie infondées, cette peur n’est pas difficile à comprendre. Si la Suède avait suivi l’idée reçue mondiale lors de la dernière pandémie, cela aurait pu aboutir à une génération d’enfants suédois traumatisés. Alors que la plupart des sociétés ont évité de remettre en question l’efficacité des fermetures d’écoles et ne peuvent toujours pas avoir de débat raisonné sur les restrictions, en Suède, nous avons tranquillement suivi notre propre chemin. Peut-être que la méthode nordique demeure un modèle, après tout.
Voir aussi
Le confinement aurait détruit plus d’années de vie qu’il n’en a épargné
La gestion du Covid ruine l’apprentissage de la lecture pour 100 millions d’enfants
Covid-19 — Indicateurs ne confirment pas l’épidémie catastrophique annoncée, mais la gestion le fut
Québec — Augmentation de la consommation de drogues, des dépressions et de l’obésité
Covid-19 — A-t-on donné le mauvais type de vaccins ? (étude danoise vaccins ARNm par rapport à vaccins à vecteur adénovirus)
Modèles informatiques et prise de décision, il ne s’agit pas uniquement de science mais de valeurs
Le confinement aurait détruit plus d’années de vie qu’il n’en a épargné
Couvre-feu inspiré par étude pour laquelle variant anglais serait 59 % plus contagieux… Or, données des épidémiologistes seraient erronées
Des enseignants s’inquiètent de l’évolution plus lente que d’habitude des jeunes en raison de la gestion de la pandémie. Le Journal de Québec relate :
![]() |
| Prise de présence en 2020 |
« Je n’avais jamais vu ça avant. »
Cette phrase, Le Journal de Québec l’a entendue à répétition en parlant ce printemps à une vingtaine d’enseignants et d’intervenants de plusieurs régions. Des travailleurs d’expérience qui en avaient pourtant vu de toutes les couleurs avant.
Jean-Philippe Viau est orthopédagogue depuis plus de 10 ans dans la même école primaire de Montréal auprès de jeunes de 5e et 6e année. Avant, il pouvait compter environ cinq élèves sur une classe de 20 qui peinaient à comprendre un texte en français.
« Maintenant, c’est la moitié. Facilement. »
Toujours pas revenu
Bien que la dernière année se soit déroulée presque entièrement en présentiel [en classe, en personne], la normalité ne semble pas être revenue dans les apprentissages, selon les gens interrogés.
Plusieurs précisent que c’est en fait l’écart entre les plus forts et les plus faibles qui s’est creusé.
« D’habitude, j’ai des étudiants forts, des moyens et des faibles. Là, je n’ai pas vraiment de moyens », remarque François Régimbal, professeur de sociologie au cégep du Vieux Montréal.
Quand on braque le projecteur sur les plus faibles, le portrait semble alarmant à plusieurs endroits, particulièrement en milieu défavorisé et allophone.
« Nos jeunes ne vont pas bien », soupire Crystel*, qui travaille comme psychologue scolaire à Montréal.
Trois élèves de son école ont fait du mutisme sévère cette année, c’est-à-dire qu’ils ont cessé de parler. Ce trouble est rare. Dans une année normale, on en compterait au plus un seul dans tout l’établissement.
« On a un enfant de 5e année qui lit huit mots par minute. Ça, c’est un niveau première année. »
Cas plus sévères
Les élèves qu’elle voit sont ceux qui ont le plus de difficulté, ce qui n’est pas représentatif de l’ensemble. Mais la sévérité des cas qui se retrouvent dans son bureau s’est aggravée.
Certains enfants d’immigrants avaient déjà pris du retard en raison de leur parcours migratoire. Puis, une fois qu’ils sont arrivés au Québec, la pandémie et l’école à distance sont venues paralyser leur progrès à nouveau.
« Avant, quand un élève avait deux ans de retard, on se disait “oh, mon dieu”. Là, c’est trois ou quatre ans de retard […] J’ai peur que ça ne se rattrape pas, tout ça. »
Au secondaire, c’est la motivation et le manque d’organisation--- des adolescents qui inquiètent le plus les enseignants interrogés. Plusieurs admettent avoir dû baisser leurs attentes.
« La pandémie a tout arrêté. C’est comme si [les jeunes] étaient encore en attente », dit Pénélope*, qui enseigne le français à Montréal.
LE 20 JUIN 1686, Pierre de Troyes et Iberville à la baie James. Le 20 juin, une expédition d’une centaine d’hommes commandés par Pierre de Troyes et Iberville atteignent la baie James et s’emparent de postes de la Compagnie de la Baie d'Hudson.
Toujours le 20 juin 1686, les hommes encerclent le fort Monsoni, neutralisent le canon anglais, reprennent La Sainte-Anne, un vieux voilier dont les Anglais s'étaient emparés, et investissent la place l'épée à la main. « J'eus, pour lors, écrit le chevalier de Troyes, beaucoup de peine à arrêter la fougue de nos Canadiens qui, faisant de grands cris à la façon des sauvages, ne demandaient qu'à jouer des couteaux. » L'opération a duré une demi-heure.
![]() |
| L'expédition de 1686 est en rouge |
À Paris, la ruée vers l’école privée. Dans la capitale, l’enseignement privé sous contrat attire 37 % des élèves du secondaire. Certaines voix dénoncent une « concurrence déloyale » avec le public.
Un cri du cœur. « Le collège de mon enfant est fortement pénalisé par la nouvelle carte scolaire et la réforme Affelnet. Résultat, les parents sont en panique totale et se ruent vers le privé ! », lance cette mère de famille, qui intervient lors de la conférence sur « La tentation du privé » organisée par la FCPE Paris, ce 15 février. Cette rivalité entre le privé et le public déchaîne les passions.
La polémique engendrée par l’entrée prochaine des prestigieux Henri-IV et Louis-le-Grand dans le dispositif Affelnet (logiciel qui gère l’affectation dans les lycées depuis 2008) a encore durci le débat. Dorénavant, ces deux institutions ne pourront plus choisir elles-mêmes leurs recrues sur dossier, et devront se plier — en partie — aux mêmes règles que les autres établissements publics. L’idée ? Diversifier la sélection des candidats, aujourd’hui massivement issus des catégories sociales très favorisées. « Il y aura une fuite vers le privé », répondent ceux qui contestent cette réforme. La ruée a déjà commencé : 37 % des élèves parisiens étudient dans le privé. L’académie de Paris se place ainsi en troisième position de celles où la part du public est la plus faible, juste en dessous des académies de Rennes et de Nantes.
À Paris, la situation est d’autant plus brûlante que la mixité sociale est un défi constant. « Les collèges de la capitale comptent 16 % d’élèves d’origine sociale défavorisée. Or, dans le privé, on n’en retrouve que 3 %… Contre 23 % dans le public. Cet écart est le plus élevé de France », explique Julien Grenet, chercheur spécialiste des inégalités scolaires qui préside le comité de suivi d’Affelnet. Le fait que les CSP+ [catégories socioprofessionnelles les plus favorisées] cèdent aux sirènes du privé n’est certes pas un phénomène nouveau. Dans les arrondissements les plus privilégiés, comme le XVIe ou le VIIe, 50 à 70 % des familles font le choix du privé. Beaucoup de parents mettent en avant une tradition familiale, mais aussi l’adhésion à certaines valeurs morales et religieuses.
Opter pour un « ghetto privé » ou pour un « ghetto public »
Ces dernières années, un autre profil de familles a gagné du terrain, notamment dans le Nord et l’Est parisien. De plus en plus de parents, plutôt marqués à gauche, attachés à la mixité et jusqu’ici « pro-public » se résignent à rédiger des lettres de motivation pour inscrire leurs enfants dans des institutions religieuses : il s’agit là de la seule alternative… pour éviter le collège public de secteur. En cause, une forme de ségrégation sociale, criante à certains endroits. « Ces parents se retrouvent face à un choix cornélien : opter pour un “ghetto privé” ou pour un “ghetto public”. Sachant que ni l’un ni l’autre ne reflète la réalité sociale de leur quartier », déplore Julien Grenet.
Cette stratégie d’évitement n’est évidemment pas le seul facteur qui explique le succès des écoles privées sous contrat à Paris. « Leur atout est qu’elles ne sont pas dans une logique administrative, mais dans une logique d’adhésion à un projet qui tient compte des besoins spécifiques de chaque enfant », avance Gilles Demarquet, président national de l’Association de parents d’élèves de l’enseignement libre. Ceux qui font ce choix évoquent aussi un meilleur encadrement, une certaine stabilité des équipes pédagogiques, une plus grande diversité d’activités périscolaires, un climat scolaire plus apaisé…
Inès, une habitante du XIIIe arrondissement qui ne jurait que par l’école publique, a fini par déchanter. « Dès sa première année de maternelle, mon fils se plaignait de ne rien faire en classe. Lui qui était si calme s’est mis, peu à peu, à devenir violent, sans doute influencé par l’ambiance générale », raconte-t-elle. Un jour, le petit Mickaël revient avec une plaie sous l’œil. « L’un de ses camarades l’avait blessé avec des ciseaux, mais personne n’avait pris la peine de me prévenir. Ça a été le déclic », poursuit Inès. À la rentrée suivante, son petit garçon intègre l’école Sainte-Jeanne-d’Arc voisine. « Un établissement à taille humaine avec une seule classe par niveau, un directeur qui connaît chaque enfant personnellement, des parents invités à collaborer aux différents projets. Bref, l’école rêvée ! » s’enthousiasme-t-elle. Un rêve coûteux puisque Inès doit débourser 117 euros par mois de frais de scolarité et 7 euros de cantine par jour pour chacun de ses deux enfants.
Une concurrence « déloyale » L’autre particularité de Paris est l’extrême densité de population. D’où une large offre d’établissements au sein d’espaces relativement réduits… et l’élaboration de stratégies visant à inscrire son enfant dans le « meilleur » établissement. « On a choisi notre appartement, situé dans le XIIe arrondissement, en fonction de la carte scolaire », reconnaît Aurélie. Mais, à l’entrée en troisième de son aîné, le découpage avait changé. « L’opacité du système d’affectation au lycée nous angoissait terriblement. Ne sachant pas du tout où mon fils allait atterrir, on a préféré l’inscrire dans le privé, à Saint-Michel de Picpus », explique-t-elle. Les témoignages en ce sens se multiplient depuis la réforme d’Affelnet de l’année dernière et l’introduction du nouvel « indice de position sociale ». Ce bonus IPS, calculé par collège en fonction de la profession des parents, donne droit à un certain nombre de points. « L’idée est d’inciter les familles plus favorisées à revenir dans les collèges fortement ghettoïsés en attribuant un avantage à leur enfant au moment de leur entrée au lycée », explique Julien Grenet.
Une intention certes louable, mais de nombreuses voix dénoncent les effets pervers de ce nouveau système. « Dans le public, ça devient le chaos ! Beaucoup de parents cherchent à quitter le navire en urgence, alerte Loys Bonod, professeur de lettres au lycée Chaptal, dans le VIIIe arrondissement. Le fait que les notes deviennent un critère secondaire, que la sélection se fasse de moins en moins au mérite, est un non-sens. » L’enseignant cite l’exemple du collège Condorcet (Paris VIIIe) : l’année dernière, aucun élève n’a pu accéder à l’excellent lycée du même nom. Le fameux indice IPS les a disqualifiés d’office. « Durant toute leur scolarité, on leur avait répété que, en travaillant dur, ils arriveraient à atteindre leurs objectifs. Imaginez leur désarroi ! » se désole Loys Bonod. Pour lui, les nouvelles mesures annoncent la mort des lycées d’excellence parisiens, comme Henri-IV ou Louis-le-Grand, qui réussissaient encore à se hisser en tête des palmarès.
Est-ce à dire que l’enseignement est meilleur dans le privé ? Pour Julien Grenet, les écarts de performance entre les collèges publics et privés s’expliquent en grande partie par les écarts de composition sociale. « Pour le dire crûment, c’est surtout l’écrémage des CSP+ qui permet d’avoir de bons résultats au brevet » dans les collèges privés. Pour Loys Bonod, la différence concerne surtout l’environnement et l’ambiance de travail. « Évidemment, puisque le privé est totalement libre de son recrutement ! À eux les meilleurs élèves et ceux qui posent le moins de problèmes de discipline. Le public, lui, doit composer avec certains profils plus difficiles, ce qui a forcément une incidence sur les conditions d’apprentissages », explique le professeur, qui évoque une « concurrence déloyale ». D’autant que l’enseignement privé sous contrat est financé à 77 % par l’État et les collectivités territoriales. « Ce qui représente 7 milliards d’euros par an. Je connais peu de secteurs de l’économie où la puissance publique met autant d’argent sans demander aucun compte », renchérit Julien Grenet.
Source : L’Express.
Selon les décrets d’application récemment publiés, les familles françaises ont trois mois, du 1er mars au 31 mai 2022, pour adresser leur demande d’autorisation à l’administration si elles veulent pouvoir instruire leur enfant à la maison à la rentrée prochaine. Famille Chrétienne détaille la procédure à suivre.
Quatre motifs invocables
Concrètement, quatre motifs peuvent être invoqués par les parents à l’appui de leur demande :
Fruit de l’opposition au projet du gouvernement d’interdire l’instruction en famille, ce quatrième motif, le plus ouvert, devrait permettre de voir les demandes d’autorisation des parents largement satisfaites. Le Conseil constitutionnel a en effet indiqué que, en établissant ce critère, le législateur avait voulu confier à l’administration le soin de vérifier que « le projet d’instruction en famille comporte les éléments essentiels de l’enseignement et de la pédagogie adaptés aux capacités et au rythme d’apprentissage de l’enfant » ; et que « la personne chargée de l’instruction est en mesure de permettre à l’enfant d’acquérir le socle commun de connaissances, de compétences et de culture ». La demande des parents pour leur(s) enfant(s) doit être adressée au Directeur académique des services de l’éducation nationale (DASEN), représentant du Ministère dans le département.
Quels documents fournir ?
Les décrets publiés en février précisent également la liste des documents que les parents doivent joindre à leur demande. Certains d’entre eux sont communs aux quatre motifs invocables : un formulaire de demande d’autorisation élaboré par le Ministère de l’Éducation nationale ; un document justifiant de l’identité de l’enfant, de celle des parents, de leur domicile et de l’identité de la personne chargée d’instruire l’enfant s’il ne s’agit pas des parents.
D’autres documents, spécifiques à chaque motif, s’y ajoutent : un certificat médical de moins d’un an sous pli fermé attestant de la pathologie de l’enfant lorsque la demande est motivée par la santé de l’enfant ; un certificat médical sous pli fermé ou les décisions relatives à l’instruction de l’enfant de la commission des droits et de l’autonomie des personnes handicapées lorsque la demande est motivée par le handicap de l’enfant ; une attestation d’inscription auprès d’un organisme sportif ou artistique, lorsque la demande s’appuie sur ce motif ainsi qu’une présentation de l’organisation du temps de l’enfant, de ses engagements et contraintes établissant qu’il ne peut de ce fait fréquenter assidûment un établissement public ou privé ; « toute pièce utile » justifiant de l’impossibilité pour l’enfant de fréquenter avec assiduité un établissement public ou privé lorsque la demande est motivée par l’itinérance en France des parents ; et également « toute pièce utile » établissant l’éloignement géographique de tout établissement scolaire public lorsque la demande est déposée sur ce fondement.
Comment étayer le motif d’une « situation propre à l’enfant » ?
Pour le dernier motif invocable (« l’existence d’une situation propre à l’enfant motivant le projet éducatif »), les parents ne doivent pas apporter de justification particulière du motif invoqué, mais simplement présenter un « projet éducatif » étayé pour leur enfant. Selon le décret, ils doivent donc fournir à l’appui de leur demande d’autorisation « une présentation écrite du projet éducatif comportant les éléments essentiels de l’enseignement et de la pédagogie adaptés aux capacités et au rythme d’apprentissage de l’enfant ».
Celle-ci comprendra : « 1/Une description de la démarche et des méthodes pédagogiques mises en œuvre pour permettre à l’enfant d’acquérir les connaissances et les compétences dans chaque domaine de formation du socle commun de connaissances, de compétences et de culture ; 2/ les ressources et supports éducatifs utilisés ; 3/ l’organisation du temps de l’enfant (rythme et durée des activités) ; 4/ Le cas échéant, l’identité de tout organisme d’enseignement à distance participant aux apprentissages de l’enfant et une description de la teneur de sa contribution ». Par ailleurs, les décrets demandent aux parents de fournir « toutes pièces utiles justifiant de la disponibilité de la ou des personnes chargées d’instruire l’enfant » (qu’il s’agisse d’un des parents ou d’une personne tierce), une copie du diplôme de baccalauréat, ou de son équivalent, de la personne qui instruira l’enfant, ainsi qu’une déclaration sur l’honneur que la personne qui instruira l’enfant le fera majoritairement en langue française.
Dans le cas où il manquerait une pièce à réception de la demande, l’administration fixera un délai pour fournir les pièces manquantes, « qui ne pourra en aucun cas être supérieur à quinze jours ». Un délai court qui incite les parents à tout faire pour fournir du premier coup un dossier complet. Si celui-ci est soigneusement rempli, l’administration n’aura aucun moyen de refuser la demande d’autorisation qui s’appuiera sur ce quatrième motif.
Les exceptions
Pour les parents désireux d’avoir recours à l’instruction en famille à la rentrée, deux exceptions se présentent par rapport au délai de trois mois courant du 1er mars au 31 mai. Tout d’abord, les décrets indiquent que la délivrance de l’autorisation peut « toutefois » être sollicitée en dehors de cette période « pour des motifs apparus postérieurement à cette dernière ». Mais, elle ne pourra alors faire référence qu’aux trois premiers motifs (état de santé de l’enfant ou handicap, activités sportives ou artistiques intenses, itinérance géographique ou éloignement géographique de tout établissement scolaire public).
Pour le quatrième motif invocable (« existence d’une situation propre à l’enfant motivant le projet éducatif), aucune demande ne sera instruite en dehors des trois mois. Par ailleurs, si des parents déposent une demande hors délai sur le fondement des trois premiers motifs, ils devront fournir « tout élément justifiant que les motifs de la demande sont apparus postérieurement à la période » allant du 1er mars au 31 mai. Autant dire que là aussi les parents ont intérêt à ne pas trop compter sur les dérogations et à viser un dépôt de demande complet sans tarder.
Autorisations de plein droit pour certains enfants
Fruit de l’opposition suscitée par le projet qu’avait le gouvernement d’interdire l’instruction en famille, une autre exception concerne les enfants qui sont actuellement déjà instruits en famille au cours de l’année scolaire 2021-2022. Pour ceux-ci, l’autorisation « est accordée de plein droit » pour les années scolaires 2022-2023 et 2023-2024, indique la loi sur le séparatisme. Pour cela, il faut seulement que les résultats du contrôle annuel réalisé par les représentants du Ministre de l’Éducation nationale aient été jugés « satisfaisants ».
Toutefois, cette dérogation ne concerne que les enfants déjà instruits à la maison. Ainsi, des parents qui la pratiqueraient déjà pour un de leurs enfants en 2021-2022, et qui souhaiteraient y avoir recours pour un autre de leurs enfants pour l’année scolaire 2022-2023, devront passer pour ce dernier par la procédure de demande d’autorisation ouverte du 1er mars au 31 mai.
Source : Famille chrétienne