samedi 15 février 2020

« À Montréal, l'anglais a déclassé le français comme langue des études postsecondaires »

Entretien de Mathieu Bock-Côté avec Frédéric Lacroix selon qui le réseau d’éducation postsecondaire français est appelé à s’effondrer à Montréal.

Mathieu Bock-Côté. — Nous apprenions ce matin que le cégep Dawson, le plus gros cégep du Québec, n’accepte que 30 % des demandes d’admission qu’il reçoit. Que signifie ce pourcentage ? Que Dawson est tout simplement un établissement d’excellence ? Ou autre chose ?

Frédéric Lacroix. — Cette nouvelle signifie une chose : qu’il y a actuellement à Montréal une ruée massive vers le collégial anglophone ! Dawson College est le plus gros cégep à Montréal, et de loin : il accueille 8207 étudiants temps plein cette année (11 000 en incluant la formation continue). C’est 1700 étudiants de plus que le deuxième plus gros cégep à Montréal, soit John Abbott College. Qu’ont en commun ces deux institutions ? Il s’agit bien sûr d’institutions anglophones. Voilà la clé pour comprendre ce qui se passe au collégial à Montréal.

Ce qui est en cause ici, ce n’est pas tant « l’excellence » de Dawson College ou de John Abbott (il n’y a aucune surprise ici : recruter des étudiants avec des moyennes supérieures à l’entrée conduit à des taux de diplomation supérieurs à la sortie), mais sa langue d’enseignement : l’anglais. La demande pour de la formation postsecondaire en anglais au Québec, et à Montréal en particulier, est en train d’exploser. Le cégep de la Gaspésie et des îles a choisi d’ouvrir un campus exclusivement anglophone à Montréal en 2017 et s’est rendu à 2500 étudiants en trois ans : ce n’est pas un hasard ou le fait de la chance. Cela reflète la dynamique linguistique actuelle à Montréal. J’ai écrit ailleurs que la situation du français à Montréal était une « catastrophe ». Mais en apprenant ce matin que Dawson acceptait seulement 30 % des demandes au premier tour, je me demande si je n’avais pas enjolivé le portrait que je faisais du français à Montréal !

Car enfin, si on arrive à remplir un cégep de 8207 places en acceptant seulement 30 % des demandes, et comme environ 40 % de l’effectif collégial doit être renouvelé chaque année (la moitié de l’effectif au préuniversitaire et le tiers dans les techniques), cela signifie que Dawson ne reçoit pas très loin de 10 000 demandes d’admission au premier tour chaque année ! Songeons que l’effectif total des cégeps de l’île de Montréal, au préuniversitaire et technique, en français et en anglais, était de 52 860 étudiants en 2018. L’effectif du secteur français était de 32 499 et celui du secteur anglais était de 20 361. Dawson, à lui seul, reçoit un nombre de demandes d’admission équivalent à environ le tiers de l’effectif total du secteur francophone à Montréal. Une proportion importante (20 %) des étudiants qui se destinent au collégial à Montréal font une demande de premier tour à Dawson. Comme les demandes au premier tour reflètent les souhaits des étudiants, on peut comprendre que la demande pour l’anglais au collégial à Montréal est absolument massive, renversante. En comparaison, la demande pour le collégial français est beaucoup plus faible. Comprenons que puisque Dawson refuse plus de 6000 étudiants par année, ceux-ci se retrouvent, pour plusieurs, dans les cégeps français. Malgré eux.

Dans un récent article, paru dans la revue l’Action nationale de février 2020 (« Les cégeps français à Montréal : le début de la fin »), j’analyse la dynamique d’inscriptions au collégial dans la région de Montréal. La tendance à la hausse au collégial anglais dans la part globale du collégial à Montréal est quasi continue depuis 1995. Depuis 2013, on note cependant une nette accélération de la part occupée par le collégial anglais : en 2018, le secteur anglais était rendu à 19 % de l’effectif collégial global. Rappelons que les anglophones formaient, en 2016, seulement 8,1 % de la population du Québec (selon la langue maternelle). Depuis 1995, les cégeps anglais ont capté 95 % de la hausse de clientèle des cégeps à Montréal. Au secteur préuniversitaire, les cégeps français ont perdu 1001 étudiants depuis 1995. Pendant ce temps, les cégeps anglais en gagnaient 3532. Il faut aussi noter que les anglophones sont minoritaires dans leurs cégeps depuis 2001.

Si on regarde seulement la part occupée par les programmes préuniversitaires anglophones au collégial, cette part était en 2018 de 26,6 %. Plus d’un étudiant sur quatre qui se destine à l’université étudie en anglais au Québec ! Cela est tout à fait considérable : c’est plus de trois fois le poids démographique des anglophones au Québec !

Ce que ce chiffre de 30 % d’acceptation des demandes au premier tour révèle, c’est l’effondrement du prestige du français comme langue d’enseignement au postsecondaire à Montréal. Il y a actuellement un « sauve-qui-peut » vers l’anglais à Montréal. Le seul facteur qui limite la croissance du secteur anglophone (et qui freine la chute du secteur francophone), c’est le béton : il est impossible de construire des pavillons assez vite pour suivre la demande au collégial anglais. C’est le béton qui soutient, pour un temps encore, la vitalité du français à Montréal. 



Le collège (cégep) Dawson à Montréal, le plus grand cégep — et de loin — de tout le Québec est anglophone. Ancienne maison-mère de la Congrégation de Notre-Dame (francophone...)

MBC. — Comment expliquer qu’autant de francophones se dirigent vers Dawson ? Faut-il y voir seulement, comme on le dit souvent, une simple volonté pour la plupart d’entre eux d’améliorer leur connaissance de l’anglais ?

FL. — Une importante étude, la plus importante jamais réalisée sur le sujet, commanditée par la CSQ en 2010 et réalisée par l’IRFA, avait analysé les motivations derrière le choix du cégep anglais. Les résultats de cette enquête sont majeurs. Chez les francophones, la principale raison mentionnée pour justifier le choix du cégep anglais était le désir d’améliorer la maîtrise de cette langue. Il faut cependant réaliser une chose : la plupart des francophones qui font ce choix sont des diplômés d’écoles privées ou de programmes particuliers de Montréal : ces élèves ont déjà un très haut niveau de bilinguisme. Pourquoi cherchent-ils à améliorer encore leur maîtrise de l’anglais ?

La réponse est simple : pour intégrer le Montréal anglais, promesse d’opportunités économiques, de juteux revenus et d’un statut social supérieur. Pour la majorité des étudiants de l’étude de l’IRFA, l’anglicisation était un choix de vie assumé. Ainsi, les étudiants interrogés indiquent qu’après le cégep, ils souhaitent s’inscrire à des études universitaires en anglais : 91 % des allophones au cégep anglais avaient l’intention de s’inscrire ensuite à McGill et Concordia tandis que ce n’était le cas que de 18 % des étudiants allophones au cégep français. Les francophones inscrits au cégep anglais suivaient ce comportement de près avec une intention de 80 % en faveur de l’université en anglais. Il est à noter, et ce n’est pas un hasard, que les inscriptions à l’UQAM ont reculé de plus de 10 % l’automne dernier.

La plupart des étudiants inscrits au cégep anglais projetaient de travailler en anglais suite à leur graduation (72 % des allophones, 54 % des francophones). Au cégep français, seuls 10 % des francophones et 15 % des allophones projetaient la même chose. Il est à noter qu’outre l’intention de travailler en anglais suite à la graduation, les étudiants au cégep anglais qui travaillaient durant leurs études travaillaient beaucoup moins en français et utilisaient beaucoup moins le français comme langue d’usage publique que les étudiants inscrits au cégep français.

Le choix du cégep anglais avait aussi une forte influence sur la langue de socialisation des étudiants : ainsi, seuls 15 % des allophones inscrits au cégep anglais avaient des amis francophones alors que c’était le cas pour 85 % des allophones inscrits au cégep français. Enfin, la langue d’enseignement au cégep était corrélée avec les habitudes de consommation culturelle ; moins de 5 % des étudiants au cégep anglais disaient écouter des films en français alors que c’était le cas pour 60 % de ceux inscrits au cégep français.

Globalement, les cégeps anglais de Montréal agissent donc, pour les francophones et les allophones, comme des foyers d’anglicisation. La hausse continue de leur popularité alimente le recul du français à Montréal.

Revenons au point de départ : pourquoi ce désir massif du cégep anglais ? Parce que les jeunes sentent bien, comprennent bien que le français est en perte de prestige et de statut accéléré à Montréal : faire des études postsecondaires en français, c’est maintenant risquer de se retrouver avec un diplôme de faible valeur provenant d’institutions de second rang, de se fermer des portes, de rétrécir son avenir. On assiste à la mise en place d’une sorte de prophétie autoréalisatrice : plus les étudiants se ruent vers le réseau anglais, plus le diplôme anglais monte en valeur et plus le diplôme français en perd. C’est la loi de l’offre et de la demande, qui conduit ici à un cercle vertueux pour le réseau anglais, mais vicieux pour le réseau français.

MBC. — On a longtemps envisagé d’étendre la loi 101 au niveau collégial — cette idée était très présente dans la décennie post-référendaire. Elle semble disparue du radar. Faudrait-il y revenir et si oui, de quelle manière ?

FL. — On se rappellera que c’est la Commission Gendron qui, la première, établit l’objectif de faire du français la « langue commune ». La Charte de la langue française le reprit explicitement en 1977. Cet objectif est censé être au cœur de la politique linguistique québécoise. Mais la situation des cégeps dans la région de Montréal révèle que cet objectif de faire du français la langue commune a été abandonné par le gouvernement du Québec.

L’enquête de l’IRFA a démontré dès 2010 que les cégeps anglais étaient des foyers d’anglicisation. Si l’objectif était toujours de faire du français la langue commune, cette information aurait dû normalement mener à une profonde remise en question de la politique linguistique québécoise. Car il faut conclure une chose : Camille Laurin et les concepteurs de la Charte de la langue française, hélas, ont perdu leur pari : ceux-ci pensaient que l’application des clauses scolaires de la Charte au préscolaire, primaire et secondaire conduirait naturellement les allophones à se franciser et les francophones à s’inscrire ensuite dans le réseau français au postsecondaire. Ce n’est pas le cas.

Il faut souligner également l’incompétence de l’Office québécois de la langue française (OQLF), qui écrivait dans son étude sur les cégeps en 2017 la phrase suivante : « les collèges francophones attirent de plus en plus les élèves de langue maternelle autre ». L’OQLF aurait dû formuler sa conclusion ainsi : « les collèges francophones accueillent de plus en plus les élèves de langue maternelle autre, refusés dans les collèges anglophones ». Voilà qui aurait été plus exact.

Il est difficile d’exagérer les conséquences que la hausse des inscriptions relatives dans les cégeps anglais, et l’accélération de cette hausse depuis 2013, aura sur la dynamique linguistique à Montréal. Il est prévisible que le recul du français à Montréal va s’accélérer dans les années qui viennent. Avec cette stupéfiante statistique qui sort de Dawson ce matin, on peut affirmer sans trop se tromper que le prestige et le statut du français sont en voie d’effondrement à Montréal. Les étudiants, au moment de choisir leur cégep, le savent et agissent en conséquence.

Notre élite a toujours prétendu que le prix politique à payer pour étendre les clauses scolaires de la Charte au niveau collégial était trop élevé et qu’il fallait mieux, somme toute, garder le statu quo.

Cela était une politique à courte vue. Le prix à payer pour ne pas étendre les clauses scolaires de la Charte au niveau collégial sera bien plus élevé ; le coût en sera l’effondrement du réseau postsecondaire de langue française à Montréal et la fin de la prétention de faire du français la langue commune. L’anglais sera la langue commune.

Par conséquent, étendre les clauses scolaires de la loi 101 au moins au niveau collégial (il faut réaliser que la même dynamique est présente dans les universités, comme les statistiques d’inscription à l’UQAM le prouvent) est une urgence. Si cela n’est pas fait très bientôt, nous allons perdre le réseau postsecondaire français à Montréal, qui n’aura pas le choix de s’angliciser pour survivre.

Après cela, il faudra bien admettre que la survie du Québec français sera rendue assez problématique.

MBC. — La question de l’avenir du français trouve de l’écho en ce moment dans la course à la chefferie du PQ. Comment évaluez-vous les discours et propositions des candidats, jusqu’à présent ?

FL. — Je crois que la réalisation de la gravité de ce qui est en train de se produire à Montréal n’a pas encore percé largement la conscience collective.

Seul Paul Saint-Pierre Plamondon s’est positionné en faveur d’une réforme des modes de financement au collégial et à l’université pour éviter que les Québécois ne financent leur propre assimilation avec leurs impôts. Les institutions postsecondaires sont la clé de voûte du statut et du prestige du français à Montréal. [L'État devra rehausser le prestige du français en refusant de communiquer (et donc d'accepter des documents et formulaires de leur part) avec des avocats, des médecins ou des compatbles établis au Québec en anglais.]Leur effondrement signifie la fin du Québec français. Tout simplement.

Une chose est certaine : cette question est absolument fondamentale. Elle est urgente. Elle dépasse de loin le seul Parti québécois et devrait interpeller tous les partis présents à l’Assemblée nationale.

Mais chose certaine, elle devrait, au minimum, faire l’objet d’un vrai débat de la part des prétendants à la chefferie du parti qui a mis en place la loi 101.

[Note du carnet: On attend toujours que la CAQ, prétendûment de droite et identitaire, s'intéresse à ce sujet primordial. Mais voilà, les réformes de structures, la mise en place de maternelles à 4 ans en grande partie inutiles et la réforme d'un cours idéologique (ECR) par un autre tout aussi idéologique mais plus à la satisfaction des « laïques » du Québec semblent avoir la priorité.]

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Bon an mal an, le collège Dawson reçoit trois fois plus de demandes d’admission que de places disponibles, ce qui en fait selon toute vraisemblance le cégep le plus convoité de la province, en plus d’être celui qui accueille le plus grand nombre d’étudiants.

Cela lui permet de choisir les meilleurs élèves qui se présentent.

Seulement 30 % des demandes faites lors du premier tour, au 1er mars, sont acceptées. Parmi les quelque 8200 étudiants, environ 40 % sont francophones.

Dans les programmes de sciences, les étudiants arrivent du secondaire avec une moyenne générale particulièrement élevée, souligne M. Filion, directeur général du collège Dawson.

«Ça prédétermine considérablement les chances de succès et ça rend les profs heureux. Et ils en donnent plus parce qu’ils ont la chance d’être challengés [mis au défi, comme on dit dans ce collège] par des étudiants qui sont plus performants. Mais ça ne veut pas dire que la qualité de ce qui se fait ici est supérieure à ce qui se fait ailleurs. Ailleurs, ils ont d’autres défis à affronter.»

Que fera le gouvernement de François Legault pour valoriser les études en français ?

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vendredi 14 février 2020

Le Japon relève l’âge de la retraite à 70 ans

Le gouvernement japonais a adopté une série de propositions législatives permettant aux entreprises d’autoriser leurs employés à travailler jusqu’à l’âge de 70 ans.

Le fait que le Japon ait la démographie la plus problématique du monde n’est pas nouveau. Les écoles sont régulièrement transformées en maisons de retraite, et l’énorme groupe de personnes âgées — environ un quart des 128 millions de Japonais ont plus de 65 ans — consomme plus de couches que les nouveau-nés. La plupart des villes japonaises souffrent du cauchemar démographique du pays avec une population vieillissante. Les jeunes font à peine des enfants. Cela entraîne la vacance et la dégradation de zones résidentielles entières.


La société japonaise semble en effet évoluer vers le « type de société que nous ne connaissons que dans les films de science-fiction » décrit par le démographe Nick Eberstadt en 2012.

D’ici 2025, un Japonais sur trois aura plus de 65 ans. Selon une étude récente de l’Université de Chuo, il manquera 6,44 millions de travailleurs au pays à la fin de cette décennie. Le gouvernement japonais a donc adopté une loi qui fait passer l’âge de la retraite de 65 à 70 ans. Ces lois doivent encore être approuvées par le Parlement japonais. Si le feu vert leur est donné, elles entreront en vigueur dès la fin de l’année 2021.

La plupart des plus de 65 ans encore au travail

Selon des sources locales, le gouvernement japonais prévoit de rendre simplement obligatoire à long terme l’âge de la retraite à 70 ans. Le Japon prend également d’autres initiatives pour encourager les gens à travailler plus longtemps. Par exemple, les entreprises recevront une compensation financière si leurs retraités sont réemployés pour certaines tâches. En outre, les cotisations de sécurité sociale sont réduites pour les salariés âgés de 60 à 64 ans.

Les Japonais eux-mêmes ne semblent cependant pas troublés par cela. Des études montrent ainsi que 2 Japonais sur 3 de plus de 60 ans souhaitent rester plus longtemps au travail. Et 8 millions de personnes de plus de 65 ans — soit 12,5 % de la population — travailleraient encore. Un record absolu au sein des pays de l’OCDE.

Québec — la fin de la lune de miel en éducation pour la CAQ ?

Texte paru dans Le Devoir le 12 février 2020. 

Ajoutons que pour ce carnet, le ministre Roberge ne se distingue pas des ministres de l’Éducation précédents : il concentre les pouvoirs de plus en plus à Québec. Il lance des réformes de structures centralisatrices, se lance dans un projet coûteux et inutile (lire ci-dessous le manque de personnel pour ses maternelles), réforme le cours ECR plutôt que de l’abolir et le remplacera par un autre cours idéologique, serre la vis aux parents qui instruisent leurs parents à la maison. Mais il ne fait rien pour relever le niveau de culture générale des écoliers, garantir une plus grande liberté pédagogique des écoles, ne met pas en place un système (chèque scolaire ou déduction fiscale) qui permettrait aux enfants de familles moins nanties de fréquenter une école privée de leur choix et ne fait rien dans le domaine de la défense du français dans l’enseignement.

« La semaine dernière était la Semaine des enseignantes et des enseignants. Il s’agit d’une période devant servir à valoriser celles et ceux qui travaillent à pied d’œuvre afin d’éduquer les enfants et les adultes québécois. Disons que la Coalition avenir Québec de François Legault et de Jean-François Roberge a une drôle de conception du terme “valoriser”.

Depuis des années, cette profession est en crise. C’est une longue traversée du désert qui a débuté sous le règne des libéraux. Quand on constate le piteux état des écoles, les conditions de travail qui s’alourdissent année après année et les salaires risibles quand on les compare à ceux des autres provinces canadiennes, on en arrive à ce qui se passe actuellement : un exode des enseignantes. Les jeunes ne choisissent pas cette profession et les plus âgées fuient avant d’avoir atteint l’âge de la retraite.

Lors de son passage dans l’opposition, Jean-François Roberge était inspirant. C’était bon de voir un confrère parler avec passion de notre profession. De plus, lors de la dernière campagne électorale, François Legault promettait de faire de l’éducation une priorité nationale. Se laissant berner par ces grands espoirs, plusieurs enseignantes ont voté pour eux. Force est de constater, après deux ans de règne, qu’il s’agissait d’un mirage.

Les gifles en plein visage se multiplient depuis leur arrivée au pouvoir. Dans la dernière année, par exemple, le dépôt patronal en vue du renouvellement de la convention collective démontrait très bien le mépris de Jean-François Roberge et de la CAQ envers les enseignantes. Plus d’heures de travail, plus d’élèves par classe à certains niveaux, la possibilité de nous imposer des mesures disciplinaires si les élèves ne réussissent pas, etc. Le tout en nous appauvrissant, car ils n’offrent même pas une augmentation salariale qui suit l’inflation. Les enseignantes québécoises sont déjà les moins bien payées au Canada, faut-il les appauvrir davantage ?

Rebondissements

Cette année, la Semaine des enseignantes et des enseignants a été marquée de plusieurs rebondissements. Tout d’abord, le ministre était fier d’annoncer 350 nouvelles classes de maternelle 4 ans. Sait-il que de nombreuses classes actuelles, faute de suppléantes, n’ont même pas d’enseignantes et que de nombreuses enseignantes à temps plein doivent utiliser leur temps de planification et de correction pour remplacer des collègues absents ou malades ? La pénurie actuelle représente déjà un surplus de travail pour l’ensemble des enseignantes et le ministre est fier d’annoncer qu’il y en aura davantage.

De plus, le ministre, dans un mégaprojet de loi de 312 articles, vient d’adopter sous bâillon, et sans adéquatement consulter les enseignantes, une loi qui va modifier leurs conditions de travail. Par exemple, 15 heures de formation seront obligatoires chaque année. Ce qui est encore plus insultant avec cette décision, c’est que le ministre utilise une loi sur l’abolition des élections scolaires pour modifier la tâche des enseignantes. Le ministre ignorait-il qu’une négociation pour le renouvellement de la convention collective est en cours et qu’une telle loi bafoue le processus légitime de négociation ?

Finalement, pour clore en beauté la Semaine des enseignantes et des enseignants, le Premier ministre a indiqué que la formation des enseignantes se ferait pendant leurs vingt jours de congé. Avec ses paroles, le Premier ministre vient d’illustrer avec éloquence son manque de compréhension de cette profession si importante pour les jeunes Québécois.

Rappelons au passage qu’il a été ministre de l’Éducation sous le Parti québécois. On peut se questionner sur ce qu’il en a retenu, car les vingt jours de “congé” sont dans les faits des journées pédagogiques qui servent à planifier des cours, à corriger des évaluations, à rencontrer la direction ou des parents, à remettre des bulletins et aussi [déjà] à se former.

Enfin, si le ministre Roberge, qui disait au début de l’année souhaiter faire de la lutte contre la pénurie d’enseignantes sa priorité, pense qu’il est sur la bonne voie, il est dans l’erreur. Pendant que les enseignantes traversent le désert, lui, il marche dans les nuages. »

Poutine : « Un mariage, c’est une union entre un homme et une femme »

Lors d’une réunion avec les membres du groupe de travail chargé d’étudier les propositions d’amendements à la Constitution de la Fédération de Russie, le président russe a réitéré sa ferme opposition à toute réforme concernant la filiation.

Le président Poutine en compagnie
d’une famille nombreuse russe (2018)
Le président russe Vladimir Poutine a déclaré qu’un mariage n’était possible qu’entre un homme et une femme, en apportant son soutien à l’idée de fixer ce principe dans la Constitution russe.

« Un mariage, c’est une union entre un homme et une femme », a déclaré le chef de l’État russe, lors d’une rencontre avec un groupe de travail formé par le Kremlin pour plancher sur la réforme constitutionnelle proposée en janvier par le chef d’État russe. « C’est une bonne idée et elle doit être soutenue. Il nous faut juste réfléchir de quelle manière la formuler et où », a-t-il estimé, après une proposition faite par la députée conservatrice Olga Batalina de fixer dans la Constitution que le gouvernement doit soutenir les valeurs familiales traditionnelles.

Selon la députée, la notion de famille est actuellement en danger en raison des tentatives d’introduire de nouveaux termes comme « parent numéro un » et « parent numéro deux ». « Tant que je serai président, nous n’aurons pas de parent numéro un et [parent numéro deux] — il y aura toujours un père et une mère », a déclaré Vladimir Poutine lors d’une réunion avec les membres du groupe de travail chargé de préparer les amendements à la Constitution, une réforme annoncée par le président russe début janvier.

Ce n’est pas la première fois que le chef de l’État russe s’exprime sur ce sujet. Lors d’une discussion sur l’identité nationale russe, Vladimir Poutine a fermement rejeté l’idée de remplacer les rapports de filiation traditionnels par des catégories plus « progressistes », utilisées par certaines administrations en Occident, notamment en France.

« Dans certains pays, ils [les mots “père” et “mère”] ont été remplacés par “parent numéro un” et “parent numéro deux”. J’espère que cela ne se produira jamais ici », a déclaré le 29 novembre le chef d’État russe lors d’une réunion du Conseil pour les relations interethniques, organe consultatif du Kremlin.

Source : RT

Voir aussi

Poutine sur la situation démographique de la Russie

Sondage — Forte opposition au Québec et Canada aux avortements tardifs et sélectifs

Un récent sondage indique qu’une majorité de Canadiens est opposée aux avortements tardifs ainsi qu’aux avortements sélectifs en fonction du sexe et serait favorable à l’interdiction de ces pratiques.

Rappelons que le Canada est un des rares pays occidentaux où aucune loi ne régit l’avortement : il est légalement permis à une mère d’avorter pendant les 9 mois de sa grossesse, quelle qu’en soit la raison.

En ce qui concerne l’avortement sélectif, le sondage indique qu’une « vaste majorité (84 %) s’oppose à permettre l’avortement si celui-ci vise les bébés d’un certain sexe ».

En outre, sept sur dix (70 %) « Les Canadiens pensent que l’avortement devrait être généralement illégal au cours des trois derniers mois de la grossesse ».





Mené par le groupe de sondage DART et Maru/Blue, le sondage a sélectionné au hasard 1 515 adultes canadiens de chaque province, à l’exception de l’Île-du-Prince-Édouard et de tous les territoires canadiens.


Les données du sondage suggèrent un fort soutien à l’avortement des bébés en début de grossesse avec seuls 14 % qui pensent que l’avortement devrait être illégal pendant le premier trimestre, bien que 34 % estiment que la vie commence dès la conception.

jeudi 13 février 2020

Emmanuel Macron : « Votre problème, c’est que vous croyez qu’un père est forcément un mâle » (m-à-j)

 Le président français Macron avant déclaré à la fin janvier 2020 (voir le billet ci-dessous) : « Je comprends. Votre problème, c’est que vous croyez qu’un père est forcément un mâle. Tous les psychanalystes vous diront le contraire. »

Nous avions déjà mis en doute cette affirmation. Tous les psychanalystes ? Elle nous semblait très exagérée. Voici qu’un psychanalyste s’insurge contre les propos à l’emporte-pièce du président Macron.  Il s’agit de Christian Flavigny, pédopsychiatre et psychanalyste. Il est intéressant de noter que selon M. Flavigny l’idée exprimée par M. Macron n’est pas tant celle de tous les psychanalystes, mais d’un seul psychiatre pour adultes : Boris Cyrulnik.

Extraits de son article dans Valeurs actuelles de ce jeudi :

Oui, Monsieur le Président, le père est « forcément » un homme.

Usurper le sens des mots pour défendre une loi qui viole les besoins fondamentaux de l’enfant est plus qu’une faute, c’est une forfaiture.

Valeurs actuelles a rapporté sur son site Internet que vous contestez, Monsieur le président, que « le père soit forcément un mâle », vous appuyant sur les propos réducteurs du psychiatre pour adultes Boris Cyrulnik ; permettez-moi de vous expliquer votre erreur, qui porte sur le sens des mots. Le père est nécessairement un homme et, de plus, un homme qui a été un garçon dans son enfance. Cette condition d’« être un homme » n’est pas suffisante, mais elle est nécessaire ; toute personne qui se prétendrait être « le père » sans répondre à ces critères le serait à faux, dès lors que l’approche s’accorde à privilégier le regard de l’enfant sur ce qu’est pour lui « un père », ce qui est essentiel.

La fonction de père, au sens humain du terme, est de transmettre à ses enfants le principe de la paternité. Ce principe ne peut être résumé à un rôle social, celui de partager sa vie avec la mère (ainsi le beau-père, s’il peut jouer un rôle éducatif auprès de l’enfant, n’est pas son père), ni au rôle biologique (le père peut être le géniteur, mais le géniteur ne fait pas le père ; en témoigne l’adoption), ni au fait de porter sur sa carte d’identité l’identification au sexe masculin (une personne née fille, mais ayant obtenu un changement de sexe ne peut être père au sens psychique, même si elle peut jouer pour un enfant le rôle de tuteur).

Être le père, au regard de l’enfant, comporte deux conditions. La première : avoir partagé avec la mère le pouvoir procréateur, qui résulte du don d’incomplétude fait d’un sexe à l’autre, don qui porte la venue de l’enfant et que celui-ci aspire à incarner ; autrement dit, être celui qui avec la mère a fondé pour l’enfant son originaire. La deuxième : transmettre à son enfant d’avoir été le fils de son propre père, déléguant à son enfant le temps de l’enfance, affrontement à la finitude personnelle ; cette transmission est essentielle, car elle instaure le principe de régulation du lien parent-enfant, ce que l’on appelle les interdits familiaux de l’inceste et du meurtre.

[...]

L’actuelle loi est donc fallacieuse, car elle est sans signification accessible pour une psyché d’enfant ; pour lui, il n’y a « sa mère » que s’il y a « son père » : les places symboliques s’interdéfinissent mutuellement. Les considérations sociales (absence fréquente des pères, femmes élevant seules les enfants, etc.) sont certainement à prendre en considération et à accompagner ; le faire en usurpant le sens des mots est une insigne violence à l’égard de l’enfance et de ses besoins fondamentaux, c’est une tromperie à l’égard des générations à venir. Déconstruisant les fondamentaux, préparant une société déstabilisée, la loi de bioéthique n’est pas progressiste, mais profondément délétère.

Christian Flavigny est pédopsychiatre, psychanalyste, membre du groupe de travail « famille » de l’Institut Thomas-More et auteur du « Débat confisqué, PMA, GPA, bioéthique, “genre : # MeToo... “(Salvator).





Billet originel du 29 janvier

Invitée à l’Élysée pour fêter les trente ans de la ratification de la Convention des droits de l’enfant, la présidente des Associations familiales catholiques (AFC) a pu discuter avec Emmanuel Macron de la ‘PMA pour toutes’. Une discussion surréaliste.


Emmanuel Macron avec Pascale de la Morinière, présidente des associations familiales catholiques. Pour le président de la République française, le rôle du papa n’est pas forcément assumé par un homme.


L’Élysée était plein d’enfants venus à l’invitation du couple présidentiel. À 17 heures, dimanche dernier, de nombreux acteurs de la protection de l’enfance étaient rassemblés pour fêter les 30 ans de la ratification de la Convention internationale des droits de l’enfant. Aucun discours, mais de longs échanges d’Emmanuel Macron avec ces jeunes. Avant que le chef de l’État convie les seuls présidents d’associations à un cocktail plus restreint. Parmi eux, Pascale Morinière, présidente des Associations familiales catholiques (AFC), qui avait décidé de ‘tenter sa chance’ en recevant le carton, trois jours plus tôt.

Il est absurde de fêter la ratification de la convention sur les droits de l’enfant tout en acceptant la PMA sans père !

Tenter sa chance ? C’est-à-dire parler au chef de l’État de son opposition au projet de loi de bioéthique actuellement discuté par le Sénat, en appuyant son propos sur… la convention des droits de l’enfant justement ! ‘Nous avons souvent brandi l’article 7 de cette convention qui stipule qu’un enfant a le droit, dans la mesure du possible, de connaître ses parents et d’être élevé par eux, confie-t-elle aujourd’hui. Il est absurde de fêter la ratification de cette convention tout en acceptant la PMA sans père’.

Concrètement, Pascale Morinière a commencé par discuter avec Brigitte Macron qui a botté en touche, faisant probablement attention à rester en dehors des discussions politiques en cours. Mais c’est ensuite Emmanuel Macron lui-même que la présidente des AFC a croisé. Ça tombait bien, elle avait apporté un livre pour lui, dans lequel elle avait glissé une lettre dont elle a pu exposer le contenu de vive voix au président de la République : sa demande de retrait du projet de loi de bioéthique, au nom du droit de l’enfant.

Un livre ‘non militant, exposant simplement la beauté de la paternité’, précise-t-elle. Ses références ? Paternité, rédigé par Fabrice Hadjadj, illustré par François-Xavier de Boissoudy, et éditée par De Corvelour. Après l’avoir feuilleté, Emmanuel Macron a demandé à ce qu’on le mette sur son bureau. S’en est suivi une conversation étonnante, en présence du secrétaire d’État chargé de la protection de l’enfance Aurélien Taquet et du sénateur LREM Martin Lévrier, qui a récemment voté contre la PMA.

Votre problème, c’est que vous croyez qu’un père est forcément un mâle.

Pascale Morinière a tenu à la rendre publique. Lorsque cette dernière explique qu’il est incohérent de célébrer les 30 ans de cette convention tout en défendant la ‘PMA sans père’, le président de la République répond que la paternité se divise en deux fonctions : l’une génétique et l’autre symbolique. Pour la partie génétique, poursuit-il, les enfants auront la possibilité de connaître leur géniteur. ‘Nous veillerons à ce que ça revienne à l’Assemblée’, a même précisé le Président, faisant référence à la restriction, par le Sénat, de l’accès aux origines pour les enfants nés de PMA. Et pour la partie symbolique ? ‘Il n’y a pas de problème’, enchaîne-t-il.

Pascale Morinière insiste, et le Président répond alors : ‘Je comprends. Votre problème, c’est que vous croyez qu’un père est forcément un mâle. Tous les psychanalystes vous diront le contraire.’ [Tous ?] Des mots que l’intéressée jure gravés dans sa mémoire. Présent lors de l’échange auquel il n’a pas participé, le sénateur LREM Martin Lévrier, contacté par Valeurs actuelles, n’a pas souhaité faire de commentaire. Jusqu’à présent, la ministre Agnès Buzyn avait été la seule à déclarer de façon assez stupéfiante qu’un père pouvait être une grand-mère. Elle a désormais l’appui du chef de l’État.

Dans les quelques secondes qui lui restaient, la présidente des AFC a abordé la question financière, précisant que tous les pays qui avaient élargi l’accès à la PMA avaient été obligés d’acheter du sperme ou de rétribuer les donneurs. Emmanuel Macron lui a assuré que cette question serait sécurisée dans le texte de loi. La présidente des AFC a insisté, s’étonnant que le Président accepte alors de créer des frustrations. Emmanuel Macron s’est alors fendu d’une réponse ironique : ‘les lois ne sont pas là pour répondre à tous les désirs’. Exactement l’argument qu’invoquent les opposants au projet de loi de bioéthique, donc.

Source

Mathieu Bock-Côté : La volonté de rééduquer l'homme occidental

Chronique de Mathieu Bock-Coté dans le Figaro :

Dans L’Homme surnuméraire, un roman paru en 2018, Patrice Jean a eu l’intuition géniale de mettre en scène un personnage dont le travail consiste à réécrire les classiques de la littérature pour les rendre compatibles avec les valeurs de notre temps. Mais comme c’est trop souvent le cas, le réel vient de dépasser la fiction.

Dans certaines maisons d’édition américaine, la tendance est à l’embauche des « sensitivity readers ». Leur rôle ? Réviser les manuscrits pour y traquer les préjugés raciaux ou les stéréotypes de genre et s’assurer d’une représentation positive de la diversité dans le texte publié, qu’il faudrait délivrer de l’emprise du « patriarcat blanc ». Parfaits commissaires politiques, ils lisent les œuvres à partir d’une grille idéologique et distribuent les bons et mauvais points. La littérature doit s’y soumettre ou se démettre.

On peine à ne pas penser à la censure aux temps de l’URSS : là aussi, les textes devaient passer sous les yeux des lecteurs du régime, qui s’assuraient de leur conformité avec l’idéologie officielle. L’art devait contribuer à la célébration du régime, et non en miner les fondements. La mobilisation des intellectuels et des artistes, perçus comme des « ingénieurs des âmes », était jugée nécessaire pour parachever la révolution dans l’imaginaire collectif. De même, aujourd’hui, dans plusieurs pays occidentaux, les subventions publiques dans le domaine de la culture sont attachées à des critères idéologiques explicites – il importe généralement d’assurer la promotion du vivre ensemble et de la diversité, pour le dire avec le jargon autorisé. C’est le retour de la littérature édifiante, au service d’une pédagogie à destination des masses.

Cette surveillance idéologique des productions culturelles est indissociable de la révolution diversitaire qui oeuvre à la transformation des mentalités occidentales. On aurait tort de croire qu’elle se limite aux élucubrations théoriques d’universitaires. Elle a pénétré depuis longtemps administrations, entreprises et médias, qui intègrent à leurs activités nombre de « conseillers à la diversité », censés sensibiliser les cadres et les employés à la diversité, tout en les poussant à prendre conscience de leur « privilège blanc », pour mieux le déconstruire. Aucune société occidentale n’est épargnée. Il faudrait faire le décompte des séances de formation dans les milieux de travail pour constater l’étendue de son emprise. Voyons-y une forme de formatage idéologique permanent, pour pressuriser les consciences et assurer leur anesthésie ou leur soumission enthousiaste. Le régime diversitaire transforme la société en camp de rééducation à ciel ouvert.

L’autocritique théâtralisée devient une manière d’afficher sa noblesse morale dans un environnement où la haine du réactionnaire passe pour la forme achevée de l’amour de l’humanité. Mais c’est quand même avec étonnement qu’on a appris dans les pages du Guardian, ces derniers jours, que le marché de la culpabilisation de l’homme blanc, et plus particulièrement, de la femme blanche, était de plus en plus lucratif aux États-Unis. Des activistes « racisées » organisent de coûteux dîners en ville où se rassemblent des femmes blanches de la bonne société qui viennent s’y faire expliquer qu’elles sont racistes et comment ne plus l’être. On marchandise ainsi un sentiment de culpabilité médiatiquement entretenu. Ce désir d’être rééduqué relève de la névrose et témoigne de la destructuration psychique des sociétés occidentales, hantée par la haine de leur expérience historique.

On ne saurait sous-estimer la portée de cette entreprise de rééducation. À terme, il s’agit de faire basculer l’homme occidental dans un monde parallèle. Orwell disait que le propre du totalitarisme consiste à pousser l’homme à admettre que 2 + 2 = 5. De là une campagne de provocation permanente ayant pour vocation de déstabiliser définitivement les consciences et de détruire les repères anthropologiques les plus élémentaires. Même la classe politique s’y met. Quand Emmanuel Macron, selon Valeurs Actuelles, déclare à la présidente des Associations familiales catholiques, lors d’une conversation informelle à l’Élysée : « Votre problème, c’est que vous croyez qu’un père est forcément un mâle », il y participe, sans doute inconsciemment. Toujours, il s’agit de renverser les structures anthropologiques les plus fondamentales et de faire passer pour sot celui qui doute. C’est le règne de l’indifférenciation absolue et de l’interchangeabilité des êtres.

Il est tentant d’assimiler ces exemples à des dérives loufoques, devant davantage faire rire qu’inquiéter. À tort. C’est en les pensant ensemble que se révèle l’ambition fondamentale du régime diversitaire : fabriquer un homme nouveau, arraché à sa civilisation, et désirant même la renier de manière ostentatoire, pour se faire enfin pardonner d’exister.

États-Unis — Trois lycéennes portent plainte pour empêcher athlètes transgenres de concourir avec filles

Trois athlètes féminines du secondaire dans le Connecticut, ainsi que leurs familles, ont déposé mercredi une plainte devant un tribunal fédéral pour empêcher les athlètes transgenres de participer aux compétitions d’athlétisme féminin, arguant que les athlètes biologiquement masculins ont un avantage physique.

Selina Soule, lycéenne en dernière année à l’école secondaire Glastonbury, Chelsea Mitchell, lycéenne en dernière année de l’école secondaire de Canton, et Alanna Smith, une étudiante en deuxième année (14-15 ans) à l’école secondaire de Danbury, ont annoncé leur poursuite en justice lors d’une conférence de presse tenue sur les marches du capitole à Hartford, la capitale du Connecticut.

Dans cette photo du 7 février 2019, l’athlète transgenre de Bloomfield, Terry Miller, deuxième à partir de la gauche, remporte la finale du 55 mètres devant l’autre garçon de la course, l’athlète transgenre Andraya Yearwood, à l’extrême gauche. Les deux sont suivis de coureuses lors d’une rencontre sur piste couverte à l’école secondaire Hillhouse à New Haven au Connecticut.


« Notre rêve n’est pas d’arriver deuxième ou troisième, mais de gagner, à la loyale », a déclaré Chelsea Mitchell. « Tout ce que nous demandons, c’est une chance équitable. »

Les trois filles soutiennent que concourir contre des athlètes biologiquement masculins les empêche injustement de gagner des médailles et de bénéficier de bourses d’études.

L’Alliance Defending Freedom [Défendre la liberté], une organisation conservatrice américaine à but non lucratif, représente les filles devant la justice fédérale. Il y a quelques mois, l’Alliance avait déjà déposé une plainte relative au titre IX des amendements à la Loi sur l’Éducation de 1972 auprès du ministère américain de l’Éducation. Cette plainte fait toujours l’objet d’une enquête par le Bureau des droits civils du ministère.

La plainte en justice est centrée sur les coureurs transgenres (garçons se disant filles) de dernière année Andraya Yearwood de l’école secondaire Cromwell et Terry Miller de l’école secondaire Bloomfield qui ont fait la une des journaux nationaux après avoir terminés premier et deuxième aux 55 mètres aux championnats nationaux de piste couverte l’hiver dernier. Le printemps dernier, Terry Miller a remporté le 200 mètres et faisait partie de l’équipe de relais 4x400 mètres en première place aux championnats d’État en plein air. Yearwood et Miller ont remporté 15 titres au niveau de l’État lors de différentes compétitions.

Les plaignants soutiennent dans leur plainte que la politique de l’Association athlétique interscolaire du Connecticut et d’autres comme elle violent le titre IX parce que « les faits biologiques incontournables de l’espèce humaine [ne sont] pas des stéréotypes, des “constructions sociales” ou des reliques de la discrimination passée. »

Le Titre IX a permis l’éclosion de compétitions sportives féminines dans les universités et écoles américaines sous peine de perdre tout financement public, pour l’ensemble de l’établissement et pas uniquement pour les activités sportives.

Sources : Washington Post et Alliance Defending Freedom

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États-Unis : projet de loi pour décourager de faire concourir des transgenres chez les femmes

Remise en doute des origines autochtones d'une militante autochtone (m-à-j)

La pression d'étudiants autochtones de l’Université du Québec à Montréal (UQAM) aura fait fléchir le département de science politique. Alexandra Lorange et une autre chargée de cours non autochtone ne donneront plus le cours Femmes autochtones du Québec : débats et enjeux.

La direction de l’UQAM a pris la décision de retirer Mme Lorange ainsi que sa co-enseignante « pour des raisons académiques », a confirmé l'université tout en précisant qu'il ne « s’agit en aucun cas d’une mesure disciplinaire, mais plutôt d’un constat selon lequel les conditions pédagogiques ne sont pas réunies ».

Selon les informations obtenues par Espaces autochtones, les deux chargées de cours seraient remplacées par des personnes dûment racisées : l'ethnologue wendate Isabelle Picard et par Cyndy Wylde, doctorante de l'Université du Québec en Abitibi-Témiscamingue, qui est atikamekw et anichinabée.



Billet originel du 7 février

Dans notre série Faux autochtones et faux aborigènes, mais vrais opportunistes, nous présentons le cas de Alexandra Lorange.

Elle se présente comme une Autochtone aux médias, a travaillé pour diverses organisations autochtones, a même obtenu une bourse universitaire réservée exclusivement aux étudiants des Premières Nations et Inuit.

Or, Alexandra Lorange (ci-contre) n’aurait pas de racines autochtones, selon deux généalogistes. Furieux, des chefs atikamekw (aussi connus sous le nom de Têtes-de-boule ou de Poisson-blanc) dénoncent ce qu’ils considèrent comme un nouveau cas d’usurpation d’identité.

Conseillère à la vie étudiante autochtone jusqu’en septembre, Mlle Lorange, juriste de formation, est aujourd’hui chargée de cours à l’Université du Québec à Montréal (UQAM). Elle coenseigne un cours mis sur pied par le Département de science politique et par Femmes autochtones du Québec, organisme au sein duquel elle est analyste juridique.

En 2018, Mlle Lorange a obtenu une bourse de soutien de 1000 $, offerte aux étudiants autochtones du Centre interuniversitaire d’études et de recherches autochtones (CIERA) de l’Université Laval. Cette bourse doit permettre « d’aider les étudiants autochtones [...] dans leur cheminement académique [...] tout en favorisant la construction de liens forts entre les étudiants et leur communauté d’origine ».

Dans la foulée du tollé entourant l’œuvre Kanata du dramaturge Robert Lepage et le débat sur l’appropriation culturelle qui s’en est suivi, elle cosignait, en tant qu’Atikamekw, une lettre ouverte publiée dans La Presse intitulée « L’authenticité, notre plus grand atout ».

Née à Montréal, Mlle Lorange se dit atikamekw par sa mère et québécoise par son père. À Radio-Canada, elle déclarait à l’été 2018, lors de son embauche comme conseillère à l’accueil et à l’intégration des étudiants autochtones : « Je connais à la fois l’université où j’ai étudié et la réalité des Autochtones dont je fais partie ».

Pour la gauche diversitaire (notez les points médians révélateurs dans Québécois·e·s) mieux vaut être autochtones que blancs de souche
 Pourtant, il faudrait remonter jusqu’à la 12e génération (0,00025% de sang indien) pour trouver un ancêtre autochtone à Mlle Lorange, selon le chercheur en généalogie d’origine agnier (mohawk en anglais) Éric Pouliot-Thisdale. Il s’agit de Marguerite Pigarouiche, une femme née en 1646 qui est aussi l’ancêtre de 300 000 Québécois.

Des recherches confirmées par une autre chercheuse en généalogie, qui a mené une enquête en parallèle et a remonté jusqu’à la 7e génération de l’arbre généalogique de Mlle Lorange. « Alexandra Lorange n’a pas d’ascendance atikamekw et encore moins autochtone », écrit à Espaces autochtones la chercheuse Dominique Ritchot.

Contactée par Espaces autochtones, Mlle Lorange n’a pas voulu commenter, affirmant qu’il y avait « des démarches judiciaires » en cours.
Sidérés

Paul-Émile Ottawa, chef de la communauté de Manawan, une des trois communautés têtes-de-boule, se dit « sidéré » par la situation. « Elle se présente comme venant de Manawan. [...] Je ne sais pas par quelle manœuvre elle a réussi à obtenir une identité atikamekw », déplore le chef.

Il ajoute par ailleurs que la personne responsable « de la liste des membres [de la communauté] n’a jamais entendu parler d’elle et ne la connaît pas ».

Le chef Ottawa s’en prend par la bande au gouvernement fédéral qu’il accuse d’être trop laxiste dans sa façon d’accorder le statut d’Indien. « C’est totalement aberrant. Le gouvernement s’est donné la possibilité de créer des Indiens de toute part », dit-il, faisant notamment référence à la loi fédérale S-3 qui modifie la Loi sur les Indiens.

Le grand chef de la nation poissons-blancs, Constant Awashish, éprouve le même malaise. « [Mlle Lorange] aurait dit à tout le monde que je lui ai donné un numéro de bande. Ce n’est même pas de mon ressort, ça revient au ministère des Affaires autochtones », affirme-t-il.

« Je trouve ça très bizarre de [sa] part [...] de prétendre des choses comme celle-là », ajoute-t-il.
Bourses

À l’UQAM, on précise que le seul fait d’être autochtones n’est pas un critère officiel pour devenir chargés de cours sur les enjeux autochtones, mais que « la priorité leur est donnée ».

En ce qui concerne les bourses aux étudiants autochtones du CIERA, une réflexion est déjà entamée depuis quelques mois pour resserrer les critères d’admission. Pour s’assurer de l’appartenance à une communauté, une carte de statut et une lettre d’appui du conseil de bande pourraient être exigées des candidats, précise Laurent Jérôme, qui est membre du CIERA-Montréal et professeur à l’UQAM.

L’anthropologue et directrice du programme en études autochtones de l’Université de Montréal Marie-Pierre Bousquet note que l’absence d’exigence de preuve pour obtenir ce genre de bourse est un problème généralisé dans les universités. On se fie généralement à l’auto-identification.

« Il n’y pas le réflexe de demander des preuves, parce que les preuves qui existent sont issues de politiques coloniales », explique-t-elle, d’où ce « malaise » des institutions d’exiger, par exemple, des cartes de statut.

Source : Radio-Canada

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