samedi 21 décembre 2019

Noël: une fête dérangeante

Chronique de Denise Bombardier dans le Journal de Québec.

Il y a environ trente ans, je fus invitée à participer à une émission pour diffusion à Noël à la radio de Radio-Canada.

J’y suis allée sans hésiter croyant me retrouver dans une ambiance nostalgique où nous aurions l’occasion de réfléchir sur le sens de cette fête religieuse dans le Québec en voie de laïcisation.

L’émission était enregistrée et en studio j’ai vite découvert le pot aux roses. Les animateurs, se croyant affranchis, dirigeaient les échanges entre invités sur des thèmes aussi plombés que le suicide, la dépression, la sexualité et bien sûr le système capitaliste. Ces échanges étaient ponctués par des chansons, toutes déprimantes. Pas un chant de Noël.

Au bout d’une vingtaine de minutes de cette atmosphère délétère, j’ai quitté le studio non sans avoir interpellé les animateurs qui, eux, croyaient sans doute préparer un scandale médiatique qui les propulserait à l’antenne de la radio enfin libérée des « niaiseries » à caractère religieux.

J’ai décidé alors d’en informer la direction. Après avoir écouté le « chef d’œuvre » iconoclaste, un responsable en a annulé la diffusion.

Cette anecdote vécue, la romancière que je suis ne pourrait pas l’inventer. Car il est évident que les personnes qui ont baigné dans la culture chrétienne traversent rarement Noël et le jour de l’An dans l’indifférence.

D’abord, Noël raconte la naissance d’un enfant, ce qui nous ramène inévitablement à notre propre enfance. La nostalgie fait alors son œuvre. Une enfance malheureuse renvoie au malheur comme une enfance heureuse également. Car à l’âge adulte, qui peut prétendre à une vie sans souci, sans angoisses et sans échecs. Le bonheur à vif est par définition fugace. Et la lucidité fait aussi son œuvre. Il vaut mieux écouter Édith Piaf chanter « la vie en rose » que de croire qu’on peut la vivre au quotidien.

Et bien sûr Noël est une fête religieuse. L’Enfant dont il est question est Dieu pour les chrétiens. Nous sommes alors renvoyés à la foi de notre enfance, parfois à la perte de cette foi à l’âge adulte ou à l’absence de croyances religieuses chez plusieurs. Cela pose problème.

Au Québec, à la grande surprise de nombreux observateurs, une majorité de gens se déclarent encore croyants. Mais l’objet de leur foi n’est plus incarné uniquement par l’image du Dieu auquel la grande majorité adhérait autrefois. Comment définir sa foi dans notre culture catholique alors qu’elle était enrobée d’une moralité rigoriste, faite de péchés, d’interdits et de culpabilité ?

Noël est devenu une épreuve moins spirituelle que psychologique pour les Québécois de souche, orphelins des cérémonies liturgiques où la lumière des cierges, l’odeur de l’encens et les chants solennels, remplis d’espérance, émouvaient les cœurs des petits et des grands.

Le déni de nos racines religieuses ne mène qu’au refoulement identitaire. Tous les diktats de la foi religieuse, par contre, étouffent le désir de parvenir à concilier les croyances enfantines et l’angoisse de l’adulte devant la mort. Autrement dit, Noël est une épreuve pour tous où brille pour certains une lumière d’espérance.

Joyeux Noël et bonne année à tous.

« Il y a un retour de la censure »

François-Bernard Huyghe, politologue, essayiste français et auteur de ce livre « L’art de la guerre idéologique » (édition du Cerf) est l’invité d’André Bercoff sur Sud Radio. Pour lui, il y a un retour de la censure.




Présentation de l’éditeur du livre

Pourquoi les convictions des « élites » ne séduisent-elles plus les masses ? Comment une guerre idéologique, que les libéraux avaient l’habitude de remporter, a finalement basculé ? En quoi les nouvelles technologies ont-elles été les premiers outils de ce renversement ?

Pour comprendre ce phénomène à l’œuvre, François-Bernard Huyghe part d’un constat : la gestion économique de droite alliée à des références morales de gauche se heurtent au mécontentement populaire. Ce qui ne serait rien si ce couple ne menait à l’effondrement de la crédibilité des appareils politiques, culturels et médiatiques. C’est donc une « crise de la séduction » à laquelle nous assistons. Les promoteurs de « la société ouverte » ont accumulé des erreurs qui ont non seulement conduit à leur effacement, mais ont aussi détruit un logiciel idéologique qu’il leur faudra, à terme, renouveler.

Diagnostic lucide et sans concession, ce livre expose les moyens mis en œuvre par les deux camps idéologiques pour imposer leur hégémonie.

Docteur d’État, directeur de recherche à l’Iris, médiologue, spécialiste de l’influence, François-Bernard Huyghe est l’auteur d’une trentaine d’ouvrages parmi lesquels La soft-idéologie, Maîtres du faire croire, ou encore Fake news.

Extrait du livre

Pendant une période qui suit la chute du Mur, beaucoup se persuadent, sinon comme Fukuyama, que l’Histoire est finie, du moins que toute opposition à la société ouverte est obsolète et qu’un modèle l’a emporté. Reste à liquider les dernières poches de résistance archaïques. Il faut aussi quelques interventions militaires (Golfe, ex-Yougoslavie…) pour aider les peuples à se libérer. Mais le sens de l’Histoire semble affaire assurée. Le démenti vient vite.

Nous avons vécu le soulagement postmoderne : chute de l’empire soviétique et déclin des doctrines conquérantes. Nous avons connu la « mélancolie démocratique », l’ennui de ne plus avoir d’ennemi. Nous avons cru à l’enchantement des technologies de l’information, remède à l’incertitude et au conflit. Puis nous avons déchanté. Ce que d’autres appelaient domination de la pensée unique se révéla n’être ni unique ni dominante. Elle se heurtait à une double contestation.

La première était « archaïque », identitaire, djihadiste, notamment. Après le 11 Septembre et la fin de la mondialisation heureuse, le spectre de la démocratisation tragique. Ce sera la guerre à la Terreur qui programme l’extension par la force, d’un modèle occidental. Le « tsunami démocratique » était censé gagner le monde depuis le Proche-Orient, comme pensaient les néoconservateurs, théoriciens de la Bonne Puissance. Elle a échoué que ce soit son volet militaire, guerre préemptive contre les États voyous, changements de régime… Elle a échoué dans son volet politique : démocratiser le Grand Moyen-Orient, assécher les sources du terrorisme qui sont les tyrannies et l’obscurantisme. Elle a échoué en termes de contagion des idées.

Quand se révèle la dimension du péril djihadiste, le premier réflexe est d’ailleurs d’en nier le projet pourtant explicite et argumenté. D’où la pauvreté de l’explication alternative par les Occidentaux : c’est un problème d’extrémisme violent ou de radicalisation. Des gens qui passent leur temps à dire qu’ils combattent pour réaliser un ordre divin, donneraient un alibi à leurs appétits de violence. Ils tomberaient dans le djihad comme on tombe dans l’alcoolisme, la délinquance ou la drogue, pour des raisons socio-économiques que nos systèmes régulent mal. La pauvreté de l’explication en révèle surtout sur ceux qui l’emploient.

Avec le djihad, la pensée unique libérale a rencontré l’altérité absolue. Elle refuse le fondement même d’une démocratie, condamné par la prééminence de la parole divine. Elle inverse l’idéal d’une expansion illimitée de l’individu, de ses jouissances et de ses droits et impose l’obéissance absolue et de dévouement illimité à la communauté. D’où l’extraordinaire inefficacité des arguments anti-djihadistes : c’est méchant, ce n’est pas vraiment dans le Coran, tu risques ta vie, tu t’épanouirais bien mieux chez nous après un petit stage, etc.

Au cours des premières années du millénaire, il faut aussi rappeler qu’il y a des milliards de Chinois, Russes, Indiens, Brésiliens, etc. qui ne désirent se soumettre ni au modèle ni au soft power [l’influence] occidental : l’enchaînement automatique libéralisme économique, État de droit, société ouverte, libéralisme culturel ne fonctionne pas. Ou ne séduit plus. Car il se produit une scission interne : les classes inférieures ou périphériques votant Trump aux États-Unis ou illibéral en Europe n’y croient plus. La soft-idéologie aura duré une génération. Le monopole du modèle occidental moins encore.

Les questions oubliées ressurgissent : l’identité, l’autorité, la protection. Face à cela, la pensée dominante a produit de nouvelles grilles d’explication et le macronisme en est le meilleur exemple. Son contenu positif n’est pas très différent de celui que professent la plupart des partis de gouvernement occidentaux : libéralisme économique et sociétal, européisme, transition écologique, rééquilibrage de l’État providence, libre-échangisme. Stratégiquement, le discours du « et en même temps » a très bien fonctionné pour rassembler droite traditionnelle et droite branchée, plus une gauche moderniste récupérable. Mais le macronisme est surtout remarquable par sa capacité d’évoquer les dangers contre lesquels il serait la seule protection : populismes, ambitions géopolitiques étrangères, idées extrémistes, tendance illibérales, etc.

La nouvelle vulgate distingue deux camps, ouverts modernes versus radicalisés et loi des temps contre anti-pensée. L’idéologie est assimilée à un passé qui revient (autoritarisme, stalinisme, nationalisme) et à un inconscient qui remonte. Le retour de…, les thèses qui « oseraient » s’exprimer, et ceux qui « lèveraient un tabou ».

L’idéologue aujourd’hui, c’est l’anti. La montée d’idées anti-libérales, anti-européennes, anti-mondialistes, anti-système suscite des réflexes de défense. Leur succès ne s’expliquerait pas par le brio de ses théoriciens, par les intérêts objectifs de ceux qui y adhèrent, par des fractures sociales ou culturelles ou par des expériences historiques. L’incompréhension du Système est incompréhensible. Elle traduit un anachronisme, un inconscient ou une allergie à la vérité.



Entretemps, au Canada le gouvernement progressiste multiculturaliste annonce sa volonté de sanctionner les plateformes numériques qui ne luttent pas contre le « discours haineux »...

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Réflexions sur l'antichristianisme primaire en Occident

La chronique de Mathieu Bock-Côté dans le Figaro sur l’antichristianisme primaire en Occident.

L’agression contre une crèche vivante à Toulouse le 14 décembre dernier avait quelque chose de sidérant. On a compris qu’elle était le fait de militants radicaux déambulant à la fin d’une manifestation qui n’ont pu cacher leur hostilité devant cette expression de la religion populaire. Le catholicisme suscite apparemment chez eux une aversion irrépressible. « Stop aux fachos ! ». Le slogan lancé par ces manifestants apparemment anticapitalistes, aussi stupide soit-il, est révélateur de l’empoisonnement idéologique du vocabulaire politique par des termes n’ayant plus aucun rapport avec la réalité. L’homme de notre temps, lorsqu’il veut maudire quelque chose, est-il capable de ne pas la réduire au fascisme ?

 
Les agressions contre les crèches ne sont pas rares, après la crèche vivante de Toulouse, celle de Dijon vandalisée deux fois en quelques jours

Que l’attaque ait été préméditée ou non ne change rien à l’hostilité affichée à l’endroit de ceux qui témoignaient paisiblement leur foi, même si plusieurs médias ont voulu relativiser l’agression, en expliquant qu’elle n’avait pas vraiment eu lieu ou qu’elle ne serait finalement qu’un fâcheux incident. Comme d’habitude. Soyons toutefois sans crainte : s’il fallait un jour que des hooligans troublent les prières de rue musulmanes, on décréterait assurément la République en danger et les cortèges citoyens défileraient à Paris en disant « plus jamais ça », avec la classe politique au premier rang. Nous aurions alors droit aux discours les plus emportés sur le vivre-ensemble à sauver.

De même, le vandalisme contre les églises régulièrement rapporté ne semble pas émouvoir exagérément les médias, qui n’y voient généralement qu’une série de faits divers sans signification politique. On l’explique rarement, sinon jamais, par la haine, un sentiment apparemment réservé aux populations majoritaires, dans leurs rapports avec les minorités, toujours victimes de la société où elles se sont installées. Il est difficile de ne pas voir là une forme singulière d’asymétrie symbolique. Le moindre commentaire critique à l’endroit de l’islam est théâtralisé et transformé en scandale médiatique, alors que le procès systématique du catholicisme est banalisé.

Une statue de la Vierge Marie en bronze, d’un poids de quelque 200 kg de d’une taille de 1,75 m, a été volée dans une niche d’un mur de l’église catholique Sainte-Marie-Madeleine de Göteborg au tout début du mois de décembre. On l’a retrouvé le 5 décembre, mais brisée en six morceau dans un lieu de stockage près d’un transformateur.

Si l’antichristianisme ne prend pas toujours une forme aussi brutale, il semble toutefois bien imprégné dans le discours public dominant. On l’a encore vu dans une étrange publicité de Monoprix qui a beaucoup circulé sur les réseaux sociaux cette semaine. À l’approche des fêtes de fin d’année, formule qui se substitue de plus en plus aux fêtes de Noël, l’entreprise invitait ses clients à réveillonner en s’affranchissant de la « tradition », qui ne tiendrait pas suffisamment compte de la diversité des situations familiales et qui nous enfermerait dans un calendrier usé, déphasé et désuet.



Étrange formulation, qui présente la tradition à la manière d’une contrainte symbolique dont les hommes de notre temps devraient s’affranchir pour vivre enfin libres. Le pragmatisme commercial masque ici une forme de relativisme déconstructeur. Que des publicitaires aient pu imaginer une telle manière de vendre leurs produits en dit beaucoup sur l’image qu’ils se font de la société française. Un jour, on en trouvera pour vouloir effacer toutes les références chrétiennes du calendrier, pour éviter qu’il ne soit discriminatoire envers ceux qui ne s’y reconnaissent pas. Pourquoi s’entêter à fêter Noël le 25 décembre ? Et pourquoi continuer de confondre l’an zéro avec la naissance du Christ ?

Ces manifestations d’antichristianisme primaire ont bien moins à voir avec la poursuite de la laïcité, dont nul ne contestera la nécessité pour reconstituer un monde commun dans une société fragmentée, qu’avec une forme d’aversion décomplexée à l’endroit de tout ce qui ressemble d’une manière ou d’une autre aux symboles historiques distinctifs de la civilisation occidentale. On prétend construire une société inclusive ouverte à toutes les croyances : en fait, on prépare un monde vide, hostile à son héritage, devenu étranger à lui-même.

Faut-il vraiment rappeler que le catholicisme, en France [et au Québec], n’est pas qu’une religion mais la matrice d’une civilisation ? Et si l’État doit sans le moindre doute être neutre devant les convictions de chacun, il ne saurait l’être par rapport à l’identité historique qui le fonde, à moins de consentir à sa désincarnation. On pourrait consacrer un long développement pour rappeler cette évidence mais il suffit de rappeler la portée symbolique de l’incendie de Notre-Dame de Paris en avril dernier pour s’en convaincre. Qu’il soit devenu audacieux de mentionner les racines chrétiennes de la France a quelque chose d’absurde.

L’antichristianisme primaire si complaisamment ignoré par les médias n’est peut-être rien d’autre qu’un autre symptôme de cette passion morbide bien singulière qu’est la haine de soi. Comme si une société progressait en s’effaçant. Comme si elle s’humanisait en se dénoyautant. Comme si elle grandissait en se déracinant.

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Unanimité, signe d'une erreur potentielle ?

Le sociologue Christian Morel, auteur de plusieurs ouvrages sur les décisions absurdes et comment la division du travail et la technocratie en crée sans doute davantage, le rappelle :

Dans le Talmud, il est question d’un tribunal, le Sanhédrin. Composé de 23 juges, il intervient en matière pénale avec une règle fort étrange à première vue : si les 23 magistrats décident la condamnation à mort d’un accusé, donc à l’unanimité, l’accusé est automatiquement acquitté. Parce que les sages juifs de l’Antiquité se sont dit : « Si tout le monde est d’accord, c’est qu’il n’y a pas eu véritablement discussion, donc que l’erreur n’est pas loin. »

C’est en quelque sorte comparable au principe de l’avocat du diable, présent dans la religion catholique pour la béatification de saints, mais aujourd’hui utilisé pour éviter les décisions absurdes.

Lorsque les Israéliens ont failli perdre la guerre du Kippour parce que le renseignement militaire a dysfonctionné, ils ont créé au sein même de l’armée israélienne un bureau des avocats du diable composé de deux colonels chargés de porter un regard critique sur les informations qui venaient du terrain et les analyses qui en étaient faites pour voir si on ne s’était pas fourvoyé. Au fond, exercer le contradictoire réduit le risque d’erreur.

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Affaire Michaud : 51 députés péquistes reconnaissent avoir eu tort (voir aussi ce livre qui y est consacré)

Comment Pauline Marois modifie une constitution... et une charte (à l’unanimité et à toute vapeur, malgré des promesses contraires faites au préalable)


Divergences au sommet de l'Église catholique

Extraits d’un article de Constance Colonna-Cesari dans Marianne, magazine en rien de droite, avec quelques corrections éditoriales et des remarques supplémentaires.

À quelques jours des fêtes et de son traditionnel discours de Noël, le premier pape issu du continent américain doit faire face à une vague d’attaques sans précédent.

[Alors que la fréquentation du culte est demeurée constante dans les églises protestantes, celle de la messe s'est effondrée sous le pape argentin. Pour plus de détails, voir Religion — baisse de la fréquentation de la messe sous le pape François, stabilité chez les protestants.


]


Alors que les finances du Vatican sont en berne, ses positions en faveur des migrants, sa volonté de dialogue avec l’islam et son discours antilibéral lui valent la haine tenace d’une partie de l’épiscopat.

Jorge Mario Bergoglio, qui a soufflé ses 83 bougies le 17 décembre 2019, subit des attaques comme jamais aucun pape avant lui. Et la fatigue commence à se lire sur son visage. Triste Noël, que rien n’évoque à Rome, mis à part le sapin et la crèche récemment installés sur le parvis de Saint-Pierre. Au moins n’ont-ils pas été facturés 300 000 €, comme il y a quelques années !

C’est ce qu’avait révélé un certain Mgr Vigano, alors un inconnu. Il ne l’est plus depuis que, au mois d’août 2018, cet ancien nonce apostolique aux États-Unis a fait paraître une lettre ouverte, véritable bombe contre le pontife élu concernant sa campagne de « tolérance zéro » anticorruption et antipédophilie. Carlo Maria Viganò y dénonçait la responsabilité supposée du pape dans la protection du cardinal McCarrick, ancien archevêque de Washington, en affirmant l’avoir informé, en personne, des innombrables abus et harcèlements commis par ce prélat sur de jeunes séminaristes ainsi que sur deux mineurs.

Selon Jean-Pierre Dickès, « Le 4 octobre au Vatican, le pape a fait organiser un raout avec des Indiens de l’Amazonie ; il y fit une déclaration à la fois syncrétiste (toutes les religions méritent d’exister : air connu depuis la réunion à la mosquée du Caire) et panthéiste (Dieu est dans tout, c’est le culte à Gaïa). Après que François ait planté un chêne, les cardinaux se sont regroupés pour faire leurs dévotions d’adoration à la déesse Pachamama avec les Indiens, quelques Blancs et un moine ».

Voix hostiles

Conclusion de son « J’accuse ! » : une demande de démission de François, démarche sans précédent ! McCarrick sera réduit à l’état laïque, mais trop tard. Les fonds de Legatus, de la Fondation Centesimus annus, de la Papal Foundation, richissimes organismes caritatifs américains, n’arrivent plus au Saint-Siège : un déficit de plusieurs centaines de millions d’euros, soit 50 % de recettes en moins, avec pour conséquence la soudaine paralysie de certains secteurs clés de l’activité de l’Église.

Quant à l’affaire de détournement des dons des fidèles ayant débouché, début octobre, sur l’arrestation, à la secrétairerie d’État du Vatican (la plus haute instance du gouvernement central de l’Église), de cinq personnes soupçonnées d’opaques placements spéculatifs, elle tombe mal elle aussi. Quoi que le pape en dise, notamment lorsqu’il précise que, pour la première fois, cela ne vient pas de l’extérieur, mais que l’enquête a été diligentée de l’intérieur : cette unique ligne de défense ne peut suffire à redorer ni son blason ni les finances de son État…

L’argent est le nerf de cette guerre anti-François, mais pas seulement. Frondes doctrinales, menaces de schisme, accusations d’hérésie, voire d’apostasie, instrumentalisation effrénée des scandales de pédophilie, tout est désormais bon pour tirer sur le pape argentin. Ainsi, sur la scène politique italienne, Matteo Salvini, le dirigeant de la Ligue, l’attaque sans relâche, un chapelet à la main, ou revêtu d’un tee-shirt au slogan clair comme de l’eau bénite : « Mon pape, c’est Benoît ! »

Pour Matteo Salvini, chef de file de la droite italienne, son pape est Benoît.



Difficile de ne pas entendre toutes ces voix hostiles. Elles portent loin et font mal. Même le cardinal Parolin, le secrétaire d’État du Vatican, l’a reconnu implicitement, en le déplorant, lors d’une audience à une délégation de chefs d’entreprise français, fin novembre. On dénaturerait le message du pontife, s’est-il désolé. C’est ce que répète aussi Mgr Duffé, le secrétaire du dicastère (l’équivalent d’un ministère) pour le Développement humain intégral, officieusement le nouveau centre de gravité du pontificat, puisque c’est là que se déploie cette double priorité de l’accueil des migrants et de l’écologie. 

Priorité du pape François : les immigrants, en grande partie musulmans



[...]

Benjamin Harnwell est l’associé anglais de Steve Bannon (ex-conseiller de Trump et figure de la droite américaine), pour lequel François est l’ennemi juré. À deux pas de Rome, il a fondé Dignitatis Humanae, un réseau pensant conservateur dans lequel gravitait jusqu’à peu le cardinal américain Raymond Burke, l’opposant numéro un du pape à la curie. À cet institut est adossé le projet de fondation d’une école de formation des élites populistes européennes dans la chartreuse médiévale de Trisulti, à une centaine de kilomètres à l’est de Rome, dans le Latium, où réside Harnwell. Ce dernier, tout comme Bannon, est en croisade pour la défense de la vie et de la famille, et la sauvegarde des fondements de l’Occident judéo-chrétien. « Salvini a raison : l’Italie aux Italiens », tonne cet Anglais qui a voté pour le Brexit. Parmi ses pires griefs : le combat pontifical en faveur des migrants, son dialogue avec l’islam ou ses préoccupations écologiques, mais aussi les attaques de François contre « l’économie qui tue », un discours antilibéral irrecevable pour les Anglo-Saxons. « L’Église doit s’occuper de sauver les âmes, pas se mêler de politique, dit-il. Le pape se trompe sur le capitalisme, sur le climat et sur l’islam, qu’il continue de regarder comme s’il s’agissait d’une religion pacifique ! » Autre voix largement relayée, celle de Roberto de Mattei, l’historien à la tête de la Fondation Lepante, un mouvement de reconquête catholique abrité dans une église des premiers siècles sur le mont Aventin. Pour ce leader d’opinion de la galaxie traditionaliste, François menace depuis le début de son règne l’avenir de l’Église et celui de l’Europe. [Europe que le pape François n'aime pas selon Odon Vallet, voir vidéo ci-dessous.]





Menace de schisme

[...  Le] dernier acte [du pape], le Document sur la fraternité, un engagement signé en février 2019 aux Émirats arabes unis entre le pape et le recteur de l’université Al-Azhar du Caire, plaidoyer pour un dialogue islamo-chrétien plus ouvert que jamais, engagerait l’Église trop loin. « Moi, catholique militant romain, je ne veux pas d’un schisme, mais je le vois pourtant venir », avertit le professeur, dont les voyages aux États-Unis se multiplient. À l’unisson des évêques de ce pays, ou de l’archevêque d’Astana, au Kazakhstan, Roberto de Mattei égrène la longue série d’hérésies pontificales, dont celle contenue dans l’exhortation apostolique Amoris laetitia de 2016 consacrée à l’amour dans la famille : selon lui, un premier coup de canif au magistère de l’Église et aux sacrements du mariage. C’est à sa suite que quatre cardinaux de la curie, dont Burke, avaient émis des dubia (« doutes »), puis des correctio, soit, en d’autres termes, une menace de schisme.

Le récent synode sur l’Amazonie a réactivé toutes les inquiétudes dans ce camp de l’Église. Ancien préfet de la Congrégation pour la doctrine de la foi, remercié en 2017, le cardinal allemand Gerhard Ludwig Müller en parle avec d’autant plus de réticence que ce sont les fonds de l’Église allemande qui ont financé l’événement, en mettant à son agenda la question de l’ordination possible dans cette région d’hommes mariés (viri probati) comme celle de femmes diacres. Cela, afin d’ouvrir une brèche visant à introduire ces sujets sensibles dans le propre synode de l’Église allemande, prévu pour débuter en janvier. Une Église allemande décidément bien trop audacieuse et progressiste pour Müller, ancien gardien du dogme.

Les statuettes de la Pachamama, installées dans une église de Rome pour les représentants amazoniens du synode, puis dans les jardins du Vatican, et enfin dans la basilique Saint-Pierre, avant d’être volées par un jeune et fervent catholique autrichien, qui s’est filmé en les jetant dans le Tibre, ont créé un ramdam sur Internet. Pour Roberto de Mattei, intervenant dans une vidéo défendant l’acte de l’Autrichien, cette adoration idolâtre d’un autre culte admise sous la coupole de Saint-Pierre relève de l’apostasie… [plus de détails ici].

La fin de règne de François pourrait être agitée alors que le prochain conclave se fomente déjà et que de puissants lobbys médiatico-financiers américains y travaillent avec beaucoup de moyens. Baptisé « Red Hat report », leur projet promet une campagne à l’américaine, avec investigations et révélations des moindres éventuelles « casseroles » de tout cardinal de la ligne « bergoglienne » ayant un profil de papabile. Pour cette Amérique [...] la plus va-t-en-guerre contre François, le pape péroniste, sinon même marxiste, il serait bon que son successeur soit ouvertement pro-vie, moins pro-homo, qu’il ne se mêle ni des questions migratoires ni du réchauffement climatique et qu’il arrête de dialoguer avec l’islam. [...]

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Rémi Brague : Y a-t-il un islam des Lumières ?

Houellebecq et Lejeune sur l’histoire, la religion, Zemmour, le catholicisme

L’idée banale selon laquelle il suffirait d’oublier ce qui sépare ne mène à rien…

Le pape Benoît XVI : révolution sexuelle, relativisme moral, absence de Dieu et rejet de la Tradition à l’origine de la crise des abus sexuels

vendredi 20 décembre 2019

France — La carrière d'enseignant de moins en moins courue

Benjamin Briand, professeur de philosophie en Île-de-France, a tweeté :



Après 5 ans de carrière, il explique sur France 24 :

« J’avais besoin de le dire, car cela faisait longtemps que je refoulais cette décision ». « J’en peux plus, j’ai donné tout ce que je pouvais, je n’ai plus la foi. Mes missions de transmettre un savoir et d’accompagner le développement des esprits des élèves sont devenues impossibles à atteindre ».

« Mon métier, je l’aime énormément ». « Enseigner, j’adore ça, il y a des moments extraordinaires comme par exemple, expliquer quelque chose à un élève et voir son regard s’illuminer, son cerveau s’éveiller parce qu’il a compris. Cela vaut tout l’or du monde, mais ce qui me peine c’est que ces moments sont de plus en plus rares ».

Aujourd’hui, Benjamin Briand, qui enseigne dans deux lycées d’Argenteuil, en banlieue parisienne, estime ne plus réussir à préparer ses élèves en vue du cycle supérieur.

« J’ai l’impression de récupérer des blessés de guerre qui sont en manque de savoir et qu’il est aujourd’hui impossible de les aider à aller vers l’avenir. J’ai le sentiment de les envoyer à l’abattoir ».

« Le rapport entre nous et eux est de plus en plus tendu. Avant, les lycéens qui avaient le sentiment que l’école les méprisait prédominaient dans les filières techniques. Aujourd’hui, ce mal-être s’est étendu aux classes générales ».

La première réforme qui a heurté Benjamin Briand est celle du collège, menée en 2015 par Najat Vallaud-Belkacem.

« Dans les faits, elle a considérablement appauvri les enseignements fondamentaux ». « Les bases de français ne sont pas acquises. Tout comme en mathématiques, où les élèves accusent d’énormes lacunes ». « Comment voulez-vous construire un nouvel étage d’apprentissage si les niveaux inférieurs de l’édifice ne sont pas solides ? » « Le retard est souvent trop important pour être résorbé. Et nous, on n’a pas assez de temps pour y remédier ».

En 2017, l’arrivée d’un ancien recteur d’académie rue de Grenelle a suscité une vague d’espoir.

« Jean-Michel Blanquer remplaçait la très politique Najat Vallaud-Belkacem, qui était hors des réalités. On a cru qu’il allait réparer les erreurs passées ».

Mais rien n’a changé.

« Il en a rajouté une couche ». « En clair, dès la seconde, les élèves devaient avoir une idée des options à prendre pour la première et la terminale. Sauf que leur demander de choisir plus tôt que d’habitude avec moins de savoir, cela donne un cocktail explosif de tensions et de pressions ».

« Je suis trop jeune pour me sentir visé par les retraites, mais cette question affecte beaucoup de mes collègues qui, entre la perte de sens du métier et le salaire qui n’est pas mirobolant, nous accable et nous décourage encore plus. Avec un avenir si sombre, je ne peux pas rester. J’ai l’impression de sortir d’un grand théâtre dans lequel tout le monde joue la comédie ».

Le nombre de candidats au Certificat d’aptitude au professorat de l’enseignement du second degré (CAPES) de 2020 est en recul de près de 8 % et chute à 30 883. Soit le chiffre le plus faible depuis 2013.

Le régime de Kagamé essaie de réécrire l'histoire


En rendant, l’an dernier, un non-lieu en faveur de proches du président rwandais Paul Kagamé poursuivis pour leur rôle dans l’attentat contre le Falcon de l’ancien chef d’État hutu Juvénal Habyarimana, la justice française a officiellement clos vingt ans d’enquête chaotique sur l’événement déclencheur du génocide de 1994. L’équipe Macron avait également obtenu d’imposer une Rwandaise à la tête de la Francophonie alors que le régime de Kagamé (exilé éduqué en anglais à l’étranger revenu au Rwanda, francophobe notoire) a remplacé d’autorité le français par l’anglais dans l’administration et l’enseignement ! 

Le régime autoritaire de Kagamé est accusé d’avoir trafiqué ses statistiques économiques pour présenter sous un jour favorable son bilan. Il est « très probable » que les chiffres relatifs à la pauvreté aient été manipulés au Rwanda, selon le quotidien britannique Financial Times. La Banque mondiale aurait été alertée par plusieurs de ses employés dès 2015 sur ce fait. Le miracle économique rwandais a été remis en cause à plusieurs reprises par les universitaires, notamment en 2015, après la publication de statistiques montrant un taux de pauvreté qui avait baissé de six points entre 2011 et 2014.

Des chercheurs et historiens poursuivent néanmoins leur travail, à rebours des « vérités » martelées par le régime de Kigali et de nombreux médias français. C’est le cas de Charles Onana, un proche du journaliste d’enquête Pierre Péan (disparu en juillet 2019).  Nourri par des archives inédites, il vient de publier une somme sur l’intervention controversée de la France, et plus largement sur la stratégie de conquête du pouvoir du Front patriotique rwandais (FPR) de Kagamé. 
 
Entretien avec le chercheur et journaliste Charles Onana.

Marianne — C’est votre sixième ouvrage traitant de la tragédie rwandaise. Pourquoi ?

Charles Onana — Par curiosité intellectuelle et parce qu’un immense doute m’habite sur le brouillard entretenu autour de l’assassinat de deux chefs d’État, Juvénal Habyarimana, du Rwanda, et Cyprien Ntaryamira, du Burundi, et de l’ensemble de l’équipage français du Falcon, le 6 avril 1994. Les zones d’ombre et la censure palpable dès que l’on commence à poser des questions sur cet assassinat m’ont convaincu de chercher davantage. En 2005, la procureure générale du Tribunal pénal international pour le Rwanda (TPIR), Carla Del Ponte, à La Haye, m’a fait des confidences sur les obstacles déployés par Paul Kagamé, l’ONU et les États-Unis contre les enquêtes spéciales qu’elle avait lancées sur le rôle des membres du FPR dans les massacres. Elles ont achevé de me convaincre qu’il fallait aller plus loin et être patient pour découvrir la vérité. Selon vous, tout ce qui a été écrit sur l’opération « Turquoise », l’intervention française au Rwanda, relevait de mensonges.

— Quels nouveaux éléments apportez-vous pour le démontrer ?

Les accusations contre les militaires et les dirigeants français de l’époque ont toujours été considérées comme des évidences. Pourtant, leur examen serré prouve qu’aucune ne résiste au doute cartésien. Après les avoir étudiées pendant plus de dix ans, je suis obligé de constater qu’elles relèvent tantôt du mensonge, tantôt de la calomnie, voire des deux. Par exemple, soutenir que les militaires de l’opération Turquoise ont exfiltré les membres du gouvernement intérimaire au Zaïre en 1994 n’est corroboré par aucun fait précis, aucun document, ni aucune preuve. Autre exemple, le régime de Kigali et plusieurs journalistes, dont Patrick de Saint-Exupéry, ont prétendu que les militaires de Turquoise auraient livré des armes aux militaires des Forces armées rwandaises (FAR) au Zaïre. Mais ils ne présentent aucun élément rigoureux ! Même l’officier de Turquoise Guillaume Ancel, venu soutenir avec beaucoup de zèle cette accusation, est incapable de donner des détails sur ces allégations. Les archives américaines auxquelles j’ai eu accès montrent que les services de renseignement des États-Unis n’ont trouvé aucune preuve tangible de ces livraisons d’armes.

En revanche, celles de la Mission des Nations unies pour l’assistance au Rwanda (Minuar) révèlent que des officiers supérieurs [y compris le Canadien Dalaire qui a beaucoup à se reprocher] de la mission d’observation de l’ONU savaient que le FPR, pendant les accords de paix d’Arusha [entre le FPR et l’État rwandais], faisait entrer des armes clandestinement au Rwanda, via la frontière ougandaise, pour préparer la guerre contre le régime du président Habyarimana. De même, après l’assassinat de ce dernier, le FPR a bénéficié de l’aide militaire et diplomatique des États-Unis pour asseoir son pouvoir et diaboliser ses adversaires politiques, en les traitant collectivement de « génocidaires ». Beaucoup ont néanmoins été acquittés de cette accusation devant le TPIR. D’autres puissances, comme le Royaume-Uni ou la Nouvelle-Zélande, ont suivi Washington dans cette stratégie visant à installer le FPR et Kagamé au pouvoir par la violence, plutôt que d’appliquer les accords de paix qui consacraient le partage du pouvoir entre Hutus et Tutsis.


L’Histoire inédite du Rwanda reportage de la BBC interdit de diffusion au Rwanda

— Vous relisez la tragédie d’un point de vue politique et social, et pas seulement ethnique, et la resituez parmi les enjeux internationaux, plutôt qu’à l’aune d’une vision franco-française…

Les chercheurs qui ont pris le génocide comme centre d’explication de la tragédie rwandaise sont hors sujet. Ce n’est pas le génocide qui permet de comprendre ce qu’il s’est passé au Rwanda, mais plutôt la conquête du pouvoir par les armes et, ensuite, le contrôle des ressources minières du Zaïre, car ceux qui ont soutenu le FPR comptaient se faire payer sur les mines de coltan et de diamant de l’est du Zaïre. Plusieurs pays et puissances étaient donc impliqués dans cette tragédie, pas seulement la France. Soyons clairs : c’est la décision du FPR, en octobre 1990, de renverser militairement le régime de Habyarimana qui a conduit la France à intervenir pour empêcher un bain de sang dans le pays. Et pour inciter en même temps ce régime à ouvrir des négociations avec l’opposition armée et non armée. Le FPR a d’ailleurs remercié le président François Mitterrand pour cette dernière initiative ! En outre, c’est pour éviter que la conquête du pouvoir ne dégénère en affrontement armé entre le gouvernement hutu et la rébellion tutsie que la Minuar a été instaurée en 1993 au Rwanda. Enfin, si l’opération Turquoise a été enclenchée, c’est bien en raison du désastre humanitaire provoqué par l’effondrement de l’État, après l’assassinat de Habyarimana, le 6 avril 1994, suivi de la lutte armée et des massacres de civils. Ceux qui cherchent des explications uniquement à travers le génocide ne les trouveront jamais. C’est ce que deux chercheurs américains de l’université du Michigan, Allan Stam et Christian Davenport, ont démontré, créant un grand malaise parmi leurs collègues, surtout les plus dogmatiques, qui ont bâti leur notoriété sur le génocide. Ces deux spécialistes des conflits armés sont censurés au Rwanda, aux États-Unis et en Europe alors qu’ils ont creusé un sillon pour faire évoluer le débat scientifique sur les massacres de 1994. C’est dans la même optique que je propose de sortir d’une polémique stérile franco-rwandaise ou franco-française pour analyser la dimension politique et géopolitique du conflit rwandais et ses conséquences sur l’impunité de certains acteurs majeurs dans le drame qui pèse encore sur la région des Grands Lacs plus de vingt-cinq ans après.

— Le développement du Rwanda depuis la victoire de Kagamé ne rend-il pas très compliquée la tâche de ceux qui s’obstinent à établir la responsabilité du FPR avant et après 1994 ?

Le régime de Kagamé essaie de réécrire l’histoire en étouffant la vérité et en intimidant, grâce à ses relais, des journalistes et des chercheurs s’opposant à la version officielle des faits. De plus, il a profité de la paralysie des gouvernements français et européens sur le génocide pour jouer de l’émotion suscitée par les horreurs diffusées par les médias en 1994. Accepter d’interroger froidement la réalité du développement apparent du Rwanda, comme celle des tragiques événements de 1994, revient à interroger le rôle de Kagamé et celui de ses soutiens dans le massacre de millions de Congolais, révélé, depuis 2001, par des rapports d’experts de l’ONU, et dans le pillage de la République démocratique du Congo [et ses millions de morts qui ne sont, eux, pas instrumentalisés...]


Source : Marianne

 


Rwanda, la vérité sur l’opération Turquoise :
Quand les archives parlent
de Charles Onana
paru le 30 octobre 2019

chez L’Artilleur
à Paris
688 pp.
ISBN-13 : 978-2810009176


Ces médias de grand chemin qui se plaisaient à annoncer la chute prochaine du méchant Boris Johnson

Texte de Samuel Piquet, blogueur et ancien professeur de lettres, créateur de quamel.eklablog.com. Ces médias, souvent massivement subventionnés, aiment faire la leçon sur les « infox », bobards et autres fausses nouvelles des petits médiaux sociaux. Ces gros médias semblent ne pas être gênés par leur patent parti-pris et leurs prédictions si souvent démenties.


Comme après l’élection de Trump ou le referendum sur le Brexit, la victoire écrasante du parti de Boris Johnson aux élections législatives du Royaume-Uni a une nouvelle fois laissé place à une immense remise en question des médias et des analystes politiques.


« Brexit : le chemin de croix politique et familial de Boris Johnson » titrait Le Monde en septembre avant de nous avertir en novembre : « Élections britanniques : Boris Johnson, menacé dans sa propre circonscription ». « Boris Johnson pourrait bien devenir l’occupant le plus rapide du 10 Downing Street » nous expliquait le journal Les Échos en octobre, ajoutant : « De jour en jour les chances de parvenir à un accord entre Londres et Bruxelles s’amenuisent.



Boris Johnson tente de trouver un bouc émissaire pour un probable échec ». La veille du scrutin, L’Obs titrait même : « Jeremy Corbyn, l’inflexible idéaliste qui a sorti la gauche britannique du coma », se révélant aussi doué pour les prédictions qu’Alain Minc. L’article en lui-même vaut son pesant d’or : « le leader du Parti travailliste fait trembler l’Angleterre libérale et secoue l’aile modérée du Labour », annonce la journaliste, avant de s’interroger : « Et si, par un jeu d’alliances, Jeremy Corbyn devenait Premier ministre après les élections du 12 décembre ? ». Puis d’expliquer que les circonstances avaient permis d’« ouvrir une autoroute à ce candidat improbable ». En fait d’autoroute, c’était plutôt le tunnel sous la Manche avant sa construction.

DIABOLISATION

Le Parti conservateur du Premier ministre a remporté une majorité absolue de 365 sièges sur les 650 de la chambre basse du Parlement. Jamais depuis 1987, au sommet du règne de Margaret Thatcher, les Tories n’avaient bénéficié d’un tel rapport de force.

Devant cette erreur de diagnostic, cette incapacité à discerner le réel, cette tendance à sous-estimer constamment la colère du peuple, journalistes et analystes se sont empressés de faire profil bas. Le Parisien a évoqué « un étonnant retournement ». C’est vrai que 53 % de « Yes » en juin 2016, ce n’était pas très clair, beaucoup moins en tout cas que le traité de Lisbonne qu’avait fait ratifier Nicolas Sarkozy, modèle français de limpidité, 2 ans après le non au referendum de 2005.

Quant aux Inrocks, ils ont opté pour la flagellation en titrant « “You f*cking idiots” [en anglais, ils sont anglomanes aux Inrocks] : les musiciens s’insurgent contre la victoire des conservateurs au Royaume-Uni ». Dans cet article, ils citent le membre de Portishead Geoff Barrow qui gazouille : « Je souhaite personnellement à nouveau la bienvenue à la réintroduction du système féodal », un tweet qui a fait rire les journalistes « malgré (eux) ». L’article se termine par une analyse politique brillante de la situation de Lily Allen, « dévastée sur Instagram », qui pointe le « racisme et la misogynie » du candidat, puis par cette sentence pleine de clairvoyance et de hauteur de vue des Inrocks : « C’est beaucoup d’amertume et de désespoir qui se dégagent des témoignages plus ou moins humoristiques de ces célébrités — parmi tant d’autres. Autant essayer de trouver un peu de réconfort dans leurs mots : la jeunesse britannique risque de subir un changement de vie radical dans les années à venir ». Difficile, en effet, de ne pas verser une petite larme en pensant aux futures invasions normandes que la sortie de l’UE aura permises.

Mais c’est sans doute la réaction du politologue Philippe Marlière sur Twitter qui est la plus éclairante. Empreinte de retenue et de lucidité, elle est un mea culpa digne du Confiteor romain : « 10 ans d’austérité féroces + un Premier ministre qualifié par presque tous de charlatan et de menteur + un Brexit qui n’est plus majoritaire chez les électeurs = la plus grande majorité conservatrice depuis Margaret Thatcher. Besoin de comprendre... ».

La veille de l’élection, Radio-Canada et l’AFP (l’Agence France Presque) évoquaient la possibilité d’un gouvernement minoritaire travailliste... le lendemain ces mêmes travaillistes étaient réduits à leurs pires résultats depuis 1935. Ah, ces médias sérieux et subventionnés !


Comment ? Les médias vous disent que Boris Johnson est un charlatan et un menteur et ça ne vous suffit pas ? Que voudriez-vous en plus des critiques et des insultes ? Des arguments ? Le Monde vous l’a dit : « la stratégie de Boris Johnson paraît toujours aussi illisible ». Et que dire du personnage en lui-même ? C’est « le roi de la gaffe et des dérapages » (LCI), il est « controversé », capable de se contredire, provocateur, inflexible et adepte de promesses électoralistes » (France TV Infos), il est « machiste » (Mediapart), « coutumier des remarques acerbes, voire carrément racistes », ce « Trump britannique n’a rien à envier au président américain en termes de formules-chocs », d’ailleurs, « après l’annonce de son élection à la tête du parti conservateur, mais surtout du pays, un mot-croisillon a notamment vu le jour sur Twitter : #NotMyPM » (Le Huffpost).

Comment après tout ça, des citoyens oseraient-ils encore lui donner leur voix ? Impossible, de même qu’il était impossible, selon de nombreux médias, que Trump l’emporte. Alors, certes, les citoyens ont une nouvelle fois mal voté, mais ils sont très certainement en train de se repentir et de se fouetter le torse avec des drapeaux européens en réclamant à cor et à cri un nouveau referendum pour hurler leur amour de l’UE et leur haine du Brexit.




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Étude (Journal of Personality and Social Psychology) — Plus on est « progressiste », plus idéaliserait-on ou nierait-on la réalité ?


Médias — Membre de l'équipe chasseur d'intox du Monde condamné pour intox

Petite nouvelle ironique. Le journal Le Monde de Paris a été condamné pour son article du 16 mars 2017 d’Adrien Sénécat sur l’industrie de la désinformation. Adrien Sénécat était un des membres fondateurs de l'équipe des Décodeurs du Monde. Cette équipe a comme tâche de débusquer les fausses nouvelles, de traquer les désinfomateurs.

Mais, voilà, c'est un peu l'histoire de l'arroseur arroseur, du débusqueur de désinformation qui désinforme lui-même.

Dans deux jugements du 17 décembre 2019, le Tribunal de Paris a condamné le Monde et Samuel Laurent pour diffamation envers Olivier Berruyer.

I. Condamnation du journal Le Monde

Le Monde a été condamné (par l’intermédiaire de son Directeur de publication, Louis Dreyfus) pour son article du 16 mars 2017 d’Adrien Sénécat sur l’industrie de la désinformation (que nous avions démonté dans ce billet : L’Intox du Monde sur mes soi-disant 600 “articles erronés supprimés”), qui nous accusait à tort d’avoir supprimé 600 articles (ce qui est faux !), et ce pour cacher des erreurs (imaginaires…)

Le journal n’a pu démontrer la réalité de ses graves accusations (ce qu’on appelle “la base factuelle”) :


et a donc été condamné :



II. Condamnation de Samuel Laurent

Samuel Laurent a été condamné pour son tweet du 16 février 2017, dans lequel il me traitait de faussaire, reprenant sans vérification les accusations du livre de Cécile Vaissié (qui a également été condamnée en juin dernier) qui reprenait sans vérification les accusations délirantes de Bruno Zéni…

Comme il n’a pas pu démontrer la réalité de ses graves accusations :



Il a été condamné :




Source

jeudi 19 décembre 2019

Climat/Météo — Les catastrophes naturelles moins coûteuses et moins mortelles en 2019

Les pertes économiques liées aux catastrophes naturelles et aux désastres humains ont été moins élevées en 2019, soit 140 milliards de dollars, qu’en 2018, 176 milliards, selon une première estimation du réassureur suisse Swiss Re, publiée jeudi.

À elles seules, les catastrophes naturelles ont occasionné environ 133 milliards de dommages, en baisse de 20 % par rapport à 2018. Les 7 milliards restants résultent des désastres causés par les humains (tels que les incendies ou les accidents industriels), en baisse de 31 %.

En ce qui concerne les pertes humaines, quelque 11 000 personnes sont décédées ou ont été portées disparues à l’échelle mondiale.

Les pertes prises en charge par les compagnies d’assurance ont avoisiné les 56 milliards de dollars, soit un chiffre inférieur à la moyenne des dix dernières années.

Léger réchauffement climatique accompagné d’un effondrement des morts dus aux aléas climatiques

La température de la Terre s’est réchauffée depuis un siècle d’environ un (1) degré Celsius.

Ce léger réchauffement s’est en fait accompagné d’un effondrement des morts causées par des événements météorologiques. Les données du graphique sont bien connues et proviennent de la base de données sur les catastrophes internationales. Bjorn Lomborg a mis en graphique ces données.



Même en prenant les chiffres absolus illustrés ci-dessous (alors que la population mondiale a quadruplé de 1920 à 2018 !), le nombre de morts causés par des catastrophes météorologiques (ou climatiques) est en net déclin. Ces 11 000 décès pour 2019 confirment cette tendance à la baisse.



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Quarante-neuf prédictions écoapocalyptiques qui ne se sont jamais réalisées