mardi 16 janvier 2018

Québec — Les immigrés allophones s'anglicisent rapidement

Les données du dernier recensement indiquent que les habitants de Laval, ville de 422 993 habitants au Nord de Montréal, sont deux fois plus nombreux à avoir l'anglais comme langue d'usage qu'il n'y a d'anglophones de naissance dans la ville. La Société Saint-Jean-Baptiste dénonce la situation et demande à la Ville et au gouvernement du Québec d'agir.

À Laval, 7 % de la population est anglophone de naissance, mais 13 % des résidents disent parler l'anglais à la maison. Les gens qui emploient l'anglais comme première langue officielle parlée sont encore plus nombreux : ils représentent 17 % de la population.

Ces données tirées du recensement canadien de 2016 inquiètent le président de la Société Saint-Jean-Baptiste. Selon Maxime Laporte, Laval est la ville qui s'anglicise le plus rapidement au Québec.
On remarque que la langue anglaise a une force d'attraction nettement supérieure au français, donc qu'elle attire dans son giron les allophones, c'est-à-dire les gens qui ne parlent ni français ni anglais.
Maxime Laporte, président de la Société Saint-Jean-Baptiste

Sur le terrain, les Lavallois sont nombreux à constater un glissement vers l’anglais, particulièrement dans le quartier Chomedey. « On n'a qu'à tendre l'oreille », disent certains passants.

Diane S. Boutin remarque qu'on l'accueille en anglais dans certains commerces du boulevard Curé-Labelle. « Il y en a qui vont faire l'effort, si on leur répond en français, de nous parler français. Mais si on continue la conversation en anglais, ce qu'il ne faut pas faire à mon avis, c'est sûr que ces gens-là ne feront pas d'effort. Je trouve ça désolant », explique Mme Boutin.

Lors de notre micro-trottoir, nous avons demandé à cinq jeunes s'ils trouvaient que Laval s'anglicise. Un seul a répondu non et les quatre autres ont répondu oui. Deux d'entre eux trouvaient même que c'est une bonne chose, dont Amid, un adolescent de 16 ans d'origine algérienne et donc considéré comme un immigrant susceptible de renforcer le français.

« La majorité des personnes parlent plus en anglais qu'en français. Ils préfèrent l'anglais parce que c'est une meilleure langue. C'est la langue numéro un au monde. Alors les gens préfèrent parler en anglais, c'est sûr. Puis même moi, si j'avais eu la chance de parler en anglais à la place du français, j'aurais préféré », résume-t-il.

Que faire?

Pour freiner l'anglicisation, le président de la Société Saint-Jean-Baptiste demande au gouvernement du Québec et aux villes de respecter la loi 101 et d'offrir leurs services uniquement en français aux nouveaux arrivants.

Maxime Laporte affirme que la « bilinguisation » des services publics est responsable du phénomène. Le message que cela envoie, dit-il, est que le français est une langue optionnelle et facultative. Il faut, selon lui, faire comme partout ailleurs sur la planète, y compris en Grande-Bretagne, c'est-à-dire offrir les services publics uniquement dans la langue nationale.

À l'heure actuelle, à Laval, tout résident peut demander à recevoir sa correspondance et ses services municipaux en anglais. Le maire de Laval, Marc Demers, soutient que, par courtoisie, il répond en anglais aux résidents qui lui posent des questions dans la langue de Shakespeare aux séances du conseil municipal.

Notre source, cet article de Radio-Canada, ne considère pas la possibilité de limiter l'immigration pour limiter le bassin d'allophones et donc l'anglicisation rapide par assimilation de ces allophones.

lundi 8 janvier 2018

Éveil à la programmation : robots-jouets programmables

Protégez-Vous a testé des robots-jouets LEGO, Makeblock, Fisher-Price, Learning Resources, WowWee, Sphero, etc. Consultez leur mise à l'épreuve : TEST DE 13 ROBOTS-JOUETS.


dimanche 7 janvier 2018

Démographie : la population de la Turquie rejoint celle de l'Allemagne

La Turquie compte désormais 82,8 millions d’habitants selon les dernières statistiques collectées par l’agence de presse gouvernementale Anadolu. Entre le début de l’année 2017 et le début de l’année 2018, la population nationale a donc augmenté de trois millions de personnes. Un chiffre qui illustre l’accélération de la croissance démographique du pays alors que la population avait progressé de 1 073 818 au cours de 2016.

Cette nouvelle dynamique vient mettre un frein, au moins temporaire, au vieillissement de la population observé par les démographes au cours du temps. En effet, d’après les projections de l’Institut statistiques de Turquie réalisées en 2013, l’âge médian devrait passer de 34 ans en 2023 à près de 43 ans en 2050. Malgré tout, la Turquie reste, selon les chiffres de 2016, le pays qui compte la plus importante jeune population en comparaison aux États membres de l’Union européenne.


Pour ce qui est de l’Allemagne, sa population à la fin de 2016 (les chiffres de 2017 ne sont pas encore disponibles contrairement à l’Allemagne) atteignait 82,8 millions d’habitants, soit 600 000 personnes de plus qu’un an plus tôt. Grâce à cette poussée, le précédent record de population, qui datait de 2002 et se situait à 82,5 millions d’habitants, a été dépassé. Ces chiffres doivent cependant être pris avec beaucoup de réserves, prévient Destatis, en raison d’un changement méthodique. On se souvient que le recensement de 2011 avait révélé une population inférieure de 2 millions à l’estimation annuelle alors publiée par Destatis qui s’appuie sur les chiffres des enregistrements municipaux parfois peu fiables.

La raison de cette croissance démographique allemande demeure le solde migratoire hautement positif, estimé pour 2016 à plus de 750 000 personnes. En 2015, ce solde migratoire se situait à 1,1 million de personnes. Le détail de ce chiffre n’est pas encore connu, mais il supposerait des entrées de personnes en Allemagne à un niveau proche de 1,5 million de personnes l’an dernier, car environ 400 000 Allemands auraient quitté l’Allemagne la même année. En 2015, il y avait eu outre-Rhin 188 000 décès de plus que de naissance en Allemagne, on devrait donc se situer un peu en deçà de ce chiffre en raison d’une stagnation des décès et d’une légère remontée des naissances.

À l’instar de 2015, les populations réfugiées du moyen et Proche-Orient devraient représenter une grande partie de ces entrées sur le territoire allemand, mais il convient de ne pas oublier que plusieurs pays d’Europe méridionale et centrale (Pologne, Espagne, Grèce, Portugal) continuent de connaître des soldes migratoires négatifs vis-à-vis de l’Allemagne. En 2014, avant l’arrivée des réfugiés, l’Allemagne avait ainsi déjà connu une forte croissance de son solde migratoire de 550 000 personnes en termes nets.

La croissance démographique turque s’explique principalement par une augmentation du taux de natalité qui s’accompagne d’une réduction du taux de mortalité en Turquie. Ce phénomène correspond à la politique de natalité menée par les autorités politiques depuis quelques années. La Turquie à la population très homogène (contrairement à l’Allemagne de plus en plus diverse et vieillissante) devrait donc bientôt dépasser celle de l’Allemagne, si ce n’est déjà fait.

Évolution comparée de l’espérance de vie à la naissance (1960-2015) en Allemagne et en Turquie

La Turquie devrait aussi connaître une des plus fortes croissances économiques au monde en 2017 : 11 % de plus que 2016. Cette croissance suit une légère contraction de 0,8 % en 2016 à la suite du coup d’État avorté.


Novlangue : « Interruption volontaire de vie, sans demande du patient »

Nouveau terme novlangue pour « homicide » : l’« Interruption volontaire de vie, sans demande du patient ».

Jacqueline Herremans, membre de la commission fédérale euthanasie et avocate, explique à la RTBF (télévision gouvernementale belge), à la suite à la démission d’un médecin qui refusait l’assassinat d’une personne âgée :

« Ce médecin me paraissait être un homme qui avait le souci du bien-être de la patiente. Il a sans doute été un peu dépassé par la situation. Jamais nous n’avons reçu une telle déclaration à la commission. Lorsque nous nous sommes interrogés sur la qualification à donner à cet acte, nous ne l’avons pas qualifié d’euthanasie, mais bien d’interruption volontaire de vie, sans demande du patient »...



Lien vers le site de la RTBF

mardi 2 janvier 2018

Marvel Comics met fin à une série de titres politiquement corrects

Le Thor masculin (1978).
Marvel Comics a annulé plusieurs de ses bandes dessinées phares lancées ou modifiées depuis 2015 alors que l’entreprise avait annoncé son intérêt pour des héros et héroïnes politiquement corrects. La raison en est simple : ces séries ne se vendent pas.


Le nouveau Thor féminin (2015-2017)
En Octobre 2014, Marvel Comics avait lancé un Thor avec non plus un musculeux dieu nordique, mais une femme dans le rôle de Thor puisque le héros classique ne serait plus digne de soulever Mjöllnir (son marteau emblématique). Le scénariste Aaron avait déclaré que « ce n’est pas une Thor-elle, ce n’est pas Madame Thor, ce n’est pas Thorita, c’est Thor, c’est le Thor de l’Univers Marvel, mais il ne ressemble à aucun Thor vu auparavant. » (Voir l’annonce).

Cette féminisation d’un dieu scandinave n’était qu’un des nombreux exemples de soumission au correctivisme politique actuel.

Le retour Marvel Comics aux séries plus « classique » devient apparent quand on considère la liste  des sorties de bandes dessinées prévues pour 2018 publiée le 19 décembre. Un éventail de bandes dessinées « progressistes » sont absentes de cette liste. Sont absents, notamment, America Chavez dont l’héroïne est une lesbienne latina élevée par ses deux mères et Iceman désormais homosexuel. She-Hulk, un Hulk féminin qui devient gris et fait des crises de panique, Luke Cage, un superhéros afro-américain né dans un ghetto noir sous la plume de David Walker, et Black Panther protecteur du Wakanda, un pays africain imaginaire, passent tous également à la trappe.



Walker a indiqué sur Twitter que Luke Cage a été annulé en raison de la faiblesse des ventes des albums.  La bande dessinée, dit-il, a été annulée parce qu’« elle s’est mal vendue. Très mal. »



Sina Grace, le père du nouvel Iceman homo

En avril 2015, dans le numéro 40 des All-New X-Men, une version décalée dans le temps qui se penchait sur l’adolescence de Iceman, Marvel Comics tout à sa rectitude politique avait fait dire à sa coéquipière, Jean Gray, douée de télépathie, que Iceman était homosexuel.... Cela a soulevé des questions de cohérence avec les épisodes précédents où, adulte, Iceman sortait avec des femmes. Dans Uncanny X-Men n° 600, publié en novembre de la même année, le jeune Iceman confronte sa version adulte et lui confirme qu’il est homosexuel, mais qu’il refoule sa vraie nature, ne voulant pas être à la fois homosexuel et mutant. En 2017, Iceman a eu l’honneur d’une série solo éponyme, elle mettait l’accent sur l’adulte Bobby Drake qui se réconcilie avec sa vie en tant qu’homme gay... Cette série passe donc aussi à la trappe, son dernier numéro sortant au début de 2018. Comme le rapporte OneAngryGamer, les ventes d’Iceman ont régulièrement chuté pour passer d’environ 16 000 exemplaires en juillet à 12 000 en novembre, scellant ainsi le sort de la série.

Le jeune Iceman apprend (récemment) qu'il est homosexuel...

Si ces séries dessinées consacrées à ces personnages passent à la trappe, ces mêmes personnages pourraient se retrouver comme seconds rôles dans d'autres comics ou dans des films, feuilletons ou jeux électroniques.




vendredi 29 décembre 2017

États-Unis — De plus en plus de femmes enceintes fument du cannabis

D’après une étude américaine, le cannabis est la drogue illicite (pour l’instant) la plus utilisée pendant la grossesse, et son utilisation augmente. De 2002 à 2014, la prévalence de consommation de marijuana aux États-Unis pour les femmes enceintes adultes est passée de 2,4 % à 3,9 %.

Les études actuelles se limitent à des questionnaires, lesquels sous-estiment probablement la prévalence de ce comportement puisque fumer et se droguer, plus particulièrement pendant la grossesse, sont des comportements socialement inacceptables.

L’étude a voulu vérifier ces déclarations et les tendances à la consommation du cannabis pendant la grossesse en se basant sur un large échantillon de plus de 279 000 femmes californiennes enceintes.

Elle a comparé les déclarations de ces femmes aux données issues de prélèvements urinaires lors d’un dépistage universel. Toutes ces futures mères étaient suivies dans des cliniques qui effectuent systématiquement, auprès de toutes les futures mères, un test de dépistage du THC, la principale molécule active du cannabis. Ce test permet de déterminer si la patiente a fumé du cannabis, ou en a consommé sous une autre forme, durant les 30 derniers jours.

Prévalence ajustée de la consommation de cannabis en % de 2009 à 2016

Forte sous-déclaration de la part des futures mères

Parallèlement donc, les femmes étudiées ont été amenées à indiquer, à l’aide de questionnaires, si elles fumaient du cannabis, à quelle fréquence et en quelles quantités. Parmi celles qui se sont révélées positives au test du THC, 55 % s’étaient abstenues de le déclarer par écrit.

Aux États-Unis, la proportion de femmes enceintes consommant du cannabis serait passée de 4,2 % à 7,1 % de 2009 à 2016. Parmi les moins de 18 ans, ce taux est passé de 13 % en 2009 à près de 22 % en 2016. Et de 10 % à 19 % chez les femmes âgées de 18 à 24 ans.

Prévalence ajustée de la consommation de cannabis en % de 2009 à 2016 selon l'âge

Intérêt de cette étude

Selon le directeur de cette étude Kelly Young et l’auteur principal de l’étude, Dr Nancy Goler, « Des études américaines antérieures ont montré que la prévalence de la marijuana chez les femmes enceintes adultes a augmenté ces dernières années, mais ces études ne se fondant pas sur des mesures objectives de consommation de marijuana vérifiée par des tests biochimiques [mais plutôt des déclarations des futures mères], elles sous-estiment probablement la prévalence ».

Effets néfastes du cannabis lors de la grossesse

Pour les auteurs de l’étude, « Les premiers résultats de la recherche suggèrent que la consommation de marijuana pendant la grossesse peut nuire à la croissance et au développement neurologique du fœtus [1], mais 79 % des femmes enceintes interrogées entre 2007 et 2012 perçoivent peu ou mal les risques à sa consommation prénatale. [2] Une surveillance suivie de cette tendance, du moment de l’exposition et des résultats de la progéniture est importante alors que le taux de THC du cannabis a augmenté ces dernières années [3], et cela dans un environnement juridique de plus en plus permissif. »

« Nous ne faisons qu’effleurer les questions liées à la consommation de cannabis pendant la grossesse », a déclaré le Dr Marcel Bonn-Miller, chercheur à l’école de médecine Perelman de l’Université de Pennsylvanie. Le Dr Bonn-Miller n’a pas participé à l’étude.

Bien que les résultats du dépistage en Californie du Nord pourraient ne pas refléter les taux d’utilisation de drogues dans d’autres régions des États-Unis, cette tendance est cependant alarmante, a déclaré Bonn-Miller par courriel au Globe and Mail.

« En raison de la possibilité de consommation concomitante de marijuana et d’autres substances toxiques, on ne peut isoler le cannabis comme la seule substance parmi celles-ci directement responsable du travail prématuré, de la moindre croissance fœtale, de l’accouchement prématuré, de l’insuffisance pondérale à la naissance et de la mortinatalité que l’on observe parmi les enfants nés de mère consommant du cannabis », a déclaré Yankey, chercheuse en santé publique à l’Université de l’État de Géorgie à Atlanta. Mme Yankey n’a pas pris part à l’étude.

« Les effets néfastes sur le développement et les complications de l’utilisation de la marijuana sur l’enfant à naître dépendent également de la fréquence et de la dose d’utilisation de la marijuana », a ajouté Yankey.

« Plus nous étudions l’usage de cannabis pendant la grossesse, plus nous comprenons à quel point ceci peut être nocif », a ajouté Bonn-Miller.

Le rôle de la légalisation 

L’utilisation de la marijuana pendant la grossesse pourrait être en hausse notamment en raison de la légalisation de la marijuana médicale qui pousserait les gens à penser que celle-ci est peu dangereuse, même pendant la grossesse, a déclaré Barbara Yankey.

Sources : Journal of the American Medical Association et The Globe and Mail

Notes :

[1] Volkow ND, Compton WM, Wargo EM. The risks of marijuana use during pregnancy.JAMA. 2017; 317 (2):129–130.

[2] Ko JY, Farr SL, Tong VT, Creanga AA, Callaghan WM. Prevalence and patterns of marijuana use among pregnant and nonpregnant women of reproductive age. Am J Obstet Gynecol. 2015; 213 (2):201.e1-201.e10.

[3] ElSohly MA, Mehmedic Z, Foster S, Gon C, Chandra S, Church JC. Changes in cannabis potency over the last 2 decades (1995–2014). Biol Psychiatry. 2016;
79 (7):613–619.

mercredi 27 décembre 2017

Belgique — Cours de religion menacé en Belgique, un enseignant réagit


Les parents et les élèves majeurs belges de l’enseignement officiel (non religieux « neutre », subventionné) avaient jusqu’il y a quelques années le choix entre des cours relevant des religions reconnues par l’État belge (catholicisme romain, protestantisme, anglicanisme, christianisme orthodoxe, judaïsme, islam) et un cours de morale non confessionnelle. Ces cours sont organisés dans les enseignements primaire et secondaire, quel que soit le nombre d’élèves inscrits.

Depuis 2015, possibilité de ne pas choisir le cours de morale non confessionnelle ni de religion

Saisie par des parents qui ne souhaitaient pas que leur enfant suive obligatoirement des cours de morale non confessionnelle à la place des cours de religion, la Cour Constitutionnelle belge a jugé le 12 mars 2015 que « le législateur décrétal permet que le cours de morale non confessionnelle […] soit un cours engagé et qu’il autorise le titulaire de ce cours à témoigner en faveur d’un système philosophique déterminé ». De ce fait, il n’est pas garanti que « les cours de religion et de morale non confessionnelle offerts au choix des parents […] diffusent des informations ou connaissances de manière à la fois “objective, critique et pluraliste” […] ». En conséquence, « […] pour que soit assuré le droit des parents à ce que leurs enfants ne soient pas confrontés à des conflits entre l’éducation religieuse ou morale donnée par l’école et les convictions religieuses ou philosophiques des parents, les élèves doivent pouvoir être dispensés de l’assistance au cours de religion ou de morale ».

À la suite de cette décision, la Fédération Wallonie-Bruxelles a publié un communiqué de presse, le 12 mars 2015, indiquant que : « Cet arrêt implique notamment la modification de l’art. 8 du Pacte scolaire en vue de prévoir, dans les écoles du réseau officiel subventionné et de la Fédération Wallonie-Bruxelles, que le choix entre le cours des différentes religions reconnues ou du cours de morale non confessionnelle, n’est désormais pas obligatoire et que les parents pourront, le cas échéant, décider de n’inscrire leur enfant à aucun de ces cours car ils ne correspondent pas à leurs convictions ou souhaits.

Tout élève dispensé des deux enseignements (religieux et morale laïque) devra obligatoirement fréquenter un enseignement (encadrement pédagogique) alternatif de deux heures par semaine ayant pour objectif le développement de “prestations personnelles ou collectives visant à l’éveiller à la citoyenneté et au questionnement dans le cadre de diverses thématiques précisées dans le décret et liées à l’éducation à la démocratie, à la solidarité, au questionnement philosophique et au bien-être et à la connaissance de soi et des autres”.

Les prestations et activités devront s’inscrire dans une ou plusieurs thématiques, telles que l’éducation :
  • à la démocratie ;
  • au questionnement, à la méthode et à la pensée philosophiques ;
  • et au bien-être et à la connaissance de soi et des autres.

Depuis un an, 1 heure par semaine de cours de philosophie et de citoyenneté est obligatoire dans l’enseignement officiel (primaire et secondaire). La deuxième heure peut faire l’objet d’un choix à l’occasion d’une demande de dispense des cours dits philosophiques (les religions et la morale non confessionnelle).

Le Mouvement réformateur (libéral sur le plan économique) au pouvoir a annoncé le dépôt d’une proposition de décret visant à porter de 1 à 2 le nombre d’heures obligatoires par semaine de cours de philosophie et de citoyenneté dans l’enseignement officiel et libre non confessionnel, et d’y rendre optionnelle l’heure de cours de religion ou de morale devenue surnuméraire. Il s’agit visiblement d’éliminer la multiplicité des cours de religions.

Un enseignant du secteur libre (ce secteur peut être laïque, mais il est le plus souvent confessionnel et subventionné) s’insurge contre cette dynamique.

Une opinion de Jean-Luc Vander Borght, professeur de religion catholique dans le secteur libre.

Voici mon coup de gueule de prof de religion catholique dans l’enseignement libre, à propos de la volonté affichée de supprimer les cours de religion dans l’officiel, voire de leur suppression totale.

Je ne peux assister au balcon à ce qui se trame dans notre société, en particulier dans l’enseignement, sans crier comme un prophète dans le désert, que nous sommes en train d’être les fossoyeurs de notre jeunesse. Quand l’Homme n’est plus éveillé à une dimension de verticalité, quand l’Homme n’est plus nourri dans son besoin de se relier à quelque chose qui le transcende, et qu’il n’est plus nourri dans son besoin de construire du sens, quand le seul horizon qu’on lui donne, est d’être un simple, bon citoyen, alors il ne faudra pas s’étonner de voir une désespérance s’exprimer de manière de plus en plus violente.

C’est criminel de supprimer les cours de religion. On ne peut réduire l’Homme ni à sa raison, ni à l’émotionnel (sa sensibilité), ni à son corps. Il lui manque l’essentiel, l’éveil de sa conscience profonde, de son être que dans le langage religieux on appelle l’âme.

Antoine de Saint-Exupéry a écrit : “Je te dirai la vérité sur l’Homme, il n’existe que par son âme.” Les grands hommes de toutes les cultures, de toutes religions qui ont vraiment apporté quelque chose à l’humanité, étaient éveillés au niveau de leur être/âme, et ils ont mis toute leur raison (leur intelligence, leur volonté), toute leur sensibilité, tout leur corps au service de leur être.

Une stratégie placée pion par pion


Depuis le début de ma carrière dans l’enseignement, j’ai vu comment une stratégie était mise en place pion par pion au niveau politique pour uniformiser les réseaux de l’enseignement et pouvoir, dans un agenda d’abord caché [anglicisme pour arrières-pensées, motivations secrètes] puis carrément au grand jour, défaire ce cours de religion et un jour sans doute arriver à un réseau unique de l’enseignement. Quelques grandes pétitions ont à l’époque un peu freiné le mouvement, mais la machine est bien en marche.

De la suppression programmée de la moitié du cours de religion dans l’enseignement officiel, on passe ces jours-ci à la volonté de sa suppression totale. Et je ne me fais aucune illusion. Si aujourd’hui encore le réseau libre subventionné catholique n’est pas touché par la suppression du cours de religion, là aussi les pions sont avancés depuis longtemps et de plus en plus rapidement.

Depuis quelque temps déjà, nous devons prouver que nous pratiquons dans notre cours de religion catholique les 3 grandes compétences du cours de citoyenneté. À coup sûr on nous dira un jour pourquoi maintenir votre cours de religion puisque vous faites la même chose. Peut-être même qu’à l’occasion des prochaines élections qui conduiraient à une révision de la constitution, les politiciens feront le grand nettoyage final, puisque plus aucun parti francophone ne défend le cours de religion.

Ce que je fais

Et pourtant je n’ai pas attendu les compétences du cours de citoyenneté pour éveiller mes élèves au questionnement philosophique, à les éduquer à la citoyenneté, et à travailler avec eux le dialogue inter-convictionnel. Mais comment aider ces jeunes à se situer face au ventre mou d’un professeur tenu à la neutralité ?

Combien de fois dans un débat les élèves se tournent vers moi, en disant : “Et vous Monsieur vous en pensez quoi ?” Et je peux encore aujourd’hui, leur répondre car je ne suis pas tenu par l’hypocrisie de leur laisser croire que je suis neutre. Personne n’est neutre, et il vaut mieux qu’ils sachent comment est situé leur prof pour pouvoir alors se situer librement de façon critique par rapport à ce que je leur dis.

Je les encourage à réfléchir et à se forger leur propre opinion par des recherches seuls ou en groupe, à animer eux-mêmes des débats dans la classe. Mais je reviens encore sur ce qui plus fondamentalement selon moi, constitue l’enjeu majeur du cours de religion. C’est quand même l’anthropologie, une science moderne (qui repose donc sur des preuves scientifiques), qui a relégitimé la dimension religieuse en tant qu’ordre existentiel profond de l’être humain.

L’Homme est la seule espèce vivante et ce depuis le départ, qui enterre les membres de son espèce avec de la nourriture et avec des objets lui ayant appartenu. Cela veut dire qu’une société qui n’éveille plus les jeunes à leur intériorité, qui ne nourrit plus ce besoin de se relier à quelque chose qui nous transcende (religare), et qui ne les aide plus à construire du sens (relegere), est une société en danger de mort et qui deviendra alors de plus en plus violente.

Cette dimension religieuse peut se vivre en dehors des religions. Mais quand on aura supprimé le cours de religion, quand on aura relégué à la sphère privée toute religiosité, qui éveillera ou nourrira encore ces jeunes à cette dimension essentielle d’eux-mêmes ? Je commence tous mes cours par un temps de méditation de pleine conscience, et je pourrais écrire un livre de témoignages des fruits que cela porte.

Un prophète dans le désert


Se contenter d’une information neutre sur les religions, qui risque d’ailleurs d’être caricaturale, comme le proposent certains, n’éveille pas grand-chose, sinon rien chez les jeunes et ils n’en voient pas le sens. Je plaide donc pour pouvoir continuer à être un prof situé aux côtés de mes élèves, qui les nourrit dans cette dimension religieuse et les fait rentrer dans une compréhension intérieure, profonde et donc tolérante, des différentes réponses à cette dimension religieuse.

Mais j’ai l’impression d’être tel un prophète qui crie dans le désert d’une société qui s’enfonce dans l’impasse de l’ego, dans l’impasse du consumérisme, dans l’impasse d’un désert spirituel mortifère avec de graves conséquences environnementales, économiques, sociales. J’ai mal à mon âme devant tant de soif, tant de désespérance et de mal-être chez une foule de jeunes sans berger… Et pourtant je garde la Joie au cœur pour être jusqu’au bout et le mieux possible, signe d’une humanité au cœur de l’inhumanité du monde, être présence de l’Amour auprès de mes frères et sœurs en humanité de quelques bords qu’ils soient.

mardi 26 décembre 2017

samedi 23 décembre 2017

Laïcité — Dessin animé de Noël retraçant la naissance de Jésus arrêté en pleine séance scolaire

Le 13 décembre, un groupe scolaire de 83 écoliers du Langonnais (sud-ouest de la France) assistait à une projection du film d’animation américain « L’Étoile de Noël » au cinéma Le Rio de Langon (département de la Gironde) quand celle-ci a été interrompue à la demande des enseignantes.


Elles se sont en effet aperçues qu’il y avait « un problème de thématique » et qu’il ne correspondait pas au choix qu’elles avaient fait.

Selon Actu.fr, il est vrai que le synopsis de ce film de Timothy Reckart parle avant tout d’une histoire d’animaux : « Un petit âne courageux, Bo, rêve d’une vie meilleure loin du train-train quotidien du moulin du village. Un jour, il trouve le courage de se libérer pour vivre enfin la grande aventure avec une brebis, une colombe, trois chameaux déjantés et des animaux de la ferme, très excentriques [...] ». Actu.fr omet la fin du résumé «  ... plus excentriques les uns que les autres, Bo et ses nouveaux amis suivent l’Étoile… et vont devenir les héros méconnus de la plus belle histoire jamais contée : celle du premier Noël. » La bande-annonce (ci-dessous) est également assez claire.

Mais on se rend compte au fil de l’histoire qu’il ne s’agit pas d’un film sur une légende de Noël, mais sur l’histoire de la nativité, de la naissance de Jésus, du périple de Marie et Joseph jusqu’à Bethléem… Le film puise d’ailleurs son contenu dans les Évangiles, ce qui n’est pas laïque… selon le site Actu.fr. Ah !?



Les écoliers sont retournés en classe et une autre séance de cinéma aura lieu l’an prochain.




Notons que l’école « laïque » française fait lire la Bible, les récits mythologiques et des contes religieux ou non. Voir la liste des lectures obligatoires à 13 ans pour le Centre national d’enseignement à distance français (CNED), ci-dessous.



L’Éducation nationale française (laïque donc) propose aussi en accès numérique les textes antiques fondateurs suivants : Bible, Iliade, Odyssée et les Métamorphoses.




Source

mercredi 20 décembre 2017

Québec — Une école retire ses ateliers d'ouverture à l'homosexualité

Selon TVA Nouvelles, une centaine d’élèves de la Commission scolaire de la Région-de-Sherbrooke ont été privés de leurs ateliers sur « la sensibilisation aux stéréotypes et à l’homophobie » (comprendre pour l’ouverture à l’homosexualité), après qu’un père a déposé une plainte.

Le parent aurait rapporté que les enfants se seraient sentis humiliés puisque, durant le deuxième atelier, les intervenants de Prima Danse ont présenté des photographies tirées de la série « Les couples imaginaires » d’Olivier Ciappa. On y montre des personnalités publiques enlacées, qui incarnent un couple homosexuel.


« Ce sont des photos tirées d’Internet. Le but était de favoriser l’échange, provoquer le dialogue. On voulait outiller les jeunes afin qu’ils ne tombent pas dans le jugement si un jour ils se retrouvaient devant ce genre d’images », s’est expliquée la cofondatrice de Prima Danse, Katrine Journeau. Traduisons en langue de tous les jours, loin du jargon lénifiant des « pédagogues » : la cofondatrice voulait s’assurer que les enfants des autres trouvent normales les relations homosexuelles et que surtout ils n’osent pas exprimer leur dégoût ou désapprobation.

Toujours selon l’organisatrice de l’activité, le plaignant aurait aussi mentionné qu’on ne traite pas de l’homophobie de la même façon dans les grands centres qu’en région, comme à Sherbrooke. « J’en conviens que l’approche peut être différente, mais les besoins sont les mêmes, les jeunes ont les mêmes questionnements », a ajouté Katrina Journeau. Questionnements ? Vraiment. Pas une idée déjà bien établie qu’il s’agirait de combattre ? Opinion qu’on appelle un stéréotype ou un préjugé dès lors qu’on ne la partage pas).

La Commission scolaire de la Région-de-Sherbrooke (CSRS) a indiqué qu’elle réévaluera la pertinence de la collaboration entre Prima Danse et les écoles de la région. « Face à cette situation, la CSRS a recommandé à ses écoles de prendre le temps de voir à mieux concilier les objectifs pédagogiques de l’atelier offert par Prima Danse et les préoccupations des parents », précise-t-elle.

Prima Danse devait, selon le contrat octroyé, donner quatre ateliers d’ici la fin de l’année. Ceux qu’elle offre dans les régions de Lanaudière et de Québec ne sont pas compromis.

Réaction prévisible d’un lecteur publiée

La Tribune de Sherbrooke publie la réaction d’un lecteur féru de correctivisme politique qui n’hésite pas à se demander comment on peut donner à ces parents-là « un tel pouvoir » ? Imaginer des parents qui voudraient avoir leur mot à dire dans la formation morale de leurs enfants... Inouï ! Mais où va-t-on, je vous le demande... Alors que, et c’est pourtant de notoriété publique, les progressistes savent ce qui est bon pour les enfants des autres, surtout ceux des « homophobes » !

Je suis complètement sidérée et indignée que la CSRS ait cédé au chantage et aux pressions d’un parent borné et homophobe en retirant des ateliers de sensibilisation aux stéréotypes et sur l’homosexualité.

Pourquoi les enfants de Sherbrooke auraient-ils moins besoin de ces ateliers que ceux de Montréal ? C’est ridicule.

C’est le même genre de parents qui sont allés en cour pour empêcher les cours d’éthique et culture religieuse. Ce seront les mêmes qui vont contester les cours obligatoires d’éducation sexuelle.

Mais comment la CSRS peut-elle donner à ces gens un tel pouvoir ? N’y a-t-il personne à la CSRS capable de mettre ses culottes et dire non ? De quoi ont-ils peur ?

Nos enfants ont absolument besoin de ces ateliers, et les enfants de ces (...) homophobes sont justement ceux qui en ont le plus besoin, ce n’est pas à la maison qu’ils seront sensibilisés à ces enjeux !

Marie-Pierre Allard, Sherbrooke