vendredi 9 décembre 2016

Les gars, l’école et le Conseil du statut de la femme

Chronique de Mario Dumont sur les difficultés des garçons et le récent rapport du Conseil du statut de la femme sur l’école... Il y poursuit notre billet désabusé intitulé Le Conseil du statut de la femme, déconnecté : « Du chemin à faire pour l’égalité des sexes en milieu scolaire ».


Le problème du décrochage scolaire des garçons est connu. Les garçons décrochent presque deux fois plus que les filles. Si on juge un arbre à ses fruits, force est d’admettre que notre système d’éducation comporte des failles par rapport aux gars.

Pourtant, le Conseil du statut de la femme a publié cette semaine un rapport sur l’égalité entre les sexes en milieu scolaire qui n’en fait pas véritablement mention. Je gage que si la situation avait été inversée, soit un décrochage supérieur chez les filles, une part importante du même rapport aurait sonné l’alarme.

Au contraire, le rapport du Conseil détaille les travaux d’un groupe de femmes qui se sont efforcées dans les dernières années de trouver dans les écoles et les cahiers scolaires des exemples de stéréotypes négatifs pour les femmes qui seraient encore véhiculés. Comme des chercheurs de bijoux avec leur détecteur de métaux sur une plage, elles ont fouillé et trouvé peu d’exemples convaincants. [Note du carnet : en quoi être une femme au foyer est négatif, pourtant le CSF et son bras coercitif au Monopole de l’éducation, le BAMD, font la chasse à ces images comme si elles étaient dégradantes parce que stéréotypées.]

Détourner l’attention

Sauf que leur exercice crée une gigantesque diversion par rapport à la vraie inégalité flagrante : l’écart de décrochage. [Note : et la féminisation massive de la profession d’enseignant.] Le choix de ne pas en parler n’est pas insignifiant, surtout dans un rapport dont le titre parle d’égalité entre les sexes.

Doit-on comprendre que le Conseil du statut de la femme utilise le mot égalité pour bien paraître pendant que ses travaux font un tri parmi les inégalités ? J’ai d’ailleurs sursauté en entendant leur porte-parole tenter de justifier que le décrochage chez les garçons serait moins grave que chez les filles.

Avec des mots polis, l’étude du Conseil semble même ouvrir la porte à une réduction des chances des garçons dans le milieu scolaire. On y voit une remise en cause des programmes particuliers comme les concentrations sport-études s’adressant à des groupes de garçons. Pourtant, ces activités apparaissent comme un moyen d’accrocher certains sportifs à l’école.

Que dire de ce concept « d’interventions pédagogiques visant la socialisation égalitaire [...] hors classe » ? Finis les jeux de gars à la récréation ?

Compliqué


Comprenons-nous. Le problème est complexe. Le Québec n’est pas le seul endroit où les garçons ont tendance à quitter l’école trop tôt. Il s’agit au contraire d’un constat répandu. Mais la performance du Québec en la matière est particulièrement mauvaise.

Les solutions ne sont pas simples. Nous avons vu passer une multitude d’hypothèses au fil des ans. Il manque de modèles masculins parmi les enseignants. Les choix de romans ou d’autres textes de lecture sont faits par des femmes qui inconsciemment préfèrent des sujets plus intéressants pour les filles.

Certains pensent que l’ensemble du modèle de l’organisation scolaire rebiffe les gars. Pas assez de sport, d’activités qui brassent. D’autres croient que les garçons auraient besoin d’une approche plus pratique, moins théorique. Qui a raison ? Qui détient la clé ? Difficile à dire. Cependant, la négation du problème a peu de chance de nous mener à bon port.

Puisque cela semble n’être qu’une affaire de femmes, j’espère que le Conseil va recevoir l’avis des mamans inquiètes de la réussite de leurs fils.


Voir aussi 

Le Conseil du statut de la femme du Québec et son influence idéologique sur les manuels scolaires au Québec

Pour le Conseil du statut de la femme, seuls les croyants doivent faire des concessions

La révolution sexuelle et le féminisme, héritage des années soixante

Classement des écoles de l’Institut Fraser (2016) : les filles dominent désormais aussi en maths

L’État se féminise et se « diversifie »

Le Petit Chaperon rouge serait trop sexiste

Le ministère [français] n’approuve pas les manuels. « Seul le régime de Vichy s’est permis cela. » [Et le Québec...]

Table ronde sur le matériel pédagogique ECR

Conférence du « politburo » du Monopole de l’Éducation du Québec

Québec — Les garçons et la lecture

Comment faire réussir les garçons à l’école (donnez-leur des profs masculins par exemple)

Les garçons éduqués dans le cadre d’une famille traditionnelle ont de meilleurs résultats scolaires

Boris Cyrulnik : l’école valorise la docilité des filles et dévalorise la hardiesse des garçons


La CAQ veut que la DPJ puisse sévir contre les parents rétifs au Monopole de l'Éducation du Québec

Sébastien Schneeberger
La Coalition avenir Québec (CAQ) propose de donner plus de pouvoirs à la Direction de la protection de la jeunesse (DPJ), pour qu’elle puisse débarquer dans les écoles dites clandestines ou illégales et contraindre les enfants qui y sont à fréquenter une école qui respecte le programme scolaire du Monopole de l’Éducation du Québec.

Les députés Jean-François Roberge (ex-instituteur et partisan du programme ECR) et Sébastien Schneeberger ont demandé à l’Assemblée nationale mercredi de profiter du projet de loi 99, qui modifiera la Loi sur la protection de la jeunesse, pour donner des armes supplémentaires à la DPJ. Celle-ci pourrait s’assurer que tous les petits Québécois fréquentent une école conforme aux critères du Ministère (ce que ne vérifie pas en ce moment le ministère de l’Éducation), et mieux enquêter sur ce qu’ils pensent être des cas de « négligence éducationnelle ».

Selon M. Roberge, il faut qu’au Québec, le droit à l’éducation soit traité « sur le même pied que le droit à un toit, le droit d’être vêtu, le droit d’être nourri, le droit d’avoir des soins de santé ».

Nous sommes d’accord avec M. Roberge quant au devoir d’éduquer ses enfants, le problème c’est qui décide du type de l’éducation de ses propres enfants ? Les parents ont-ils encore leur mot à dire ou le gouvernement sera-t-il juge et partie, et même seul juge et partie ? Les parents ont-ils encore le droit à ne pas suivre le programme étatique unique ?

Pour ces deux députés, deux problèmes persistent au Québec depuis plusieurs années :

— Un manque d’encadrement pédagogique pour les jeunes qui font l’école à la maison, comme le soulignait la Protectrice du citoyen dans son rapport de 2015 [M. Roberge ne semble n’en avoir retenu que ce que la presse avait souligné : il faut plus surveiller ces parents originaux, ce rapport était nettement plus riche, on peut par exemple aider les parents avec des ressources supplémentaires sans vouloir à tout prix qu’ils se conforment à une méthodologie ou à une idéologie particulière] ;

— Le statut des écoles clandestines et illégales, où les élèves ne suivent pas le cursus approuvé par le gouvernement.

Selon eux, il est temps de remplir le trou béant qui figure dans la Loi sur la protection de la jeunesse de manière à ce que tout jeune au Québec reçoive une éducation de qualité.

À nouveau, nous sommes d’accord, mais ces deux députés prétendent-ils que les élèves des écoles publiques québécoises reçoivent une éducation de qualité ? Selon quels critères ? Pourquoi tant d’élèves vont-ils au privé ? Pourquoi tant d’élèves finissent-ils leur secondaire avec un si faible bagage culturel ? Qu’en est-il des parents de décrocheurs ? La DPJ interviendra-t-elle aussi ? Ou ces députés ont-ils choisi une cible facile avec les écoles « clandestines » parce qu’elles sont surtout religieuses ?

M. Roberge a affirmé : « En juin dernier, nombre de Québécois [Note du carnet : M. Roberge devrait parler en son nom] espéraient que le problème se réglerait quand la DPJ est débarquée dans une école clandestine [juive] à Montréal. Malheureusement, ils ont été déçus, car rien ne s’est passé. »

En réalité, rien ne prouve que cette école (en fait deux) soit illégale... En effet, les yéchivas — comme les séminaires catholiques — ne sont pas soumises à la loi de l’enseignement... (Lire la décision du juge Dugré.) Le reste fait partie du sensationnalisme facile des médias dès qu’on parle d’écoles dites illégales ou clandestines, ouvertes pourtant depuis plus de 50 ans dans certains cas ! La DPJ est intervenue avec fracas et un intérêt médiatique prévisible dans deux écoles juives de Montréal pour enquêter sur des signalements de négligence. Signalements de la part de qui ? On ne le sait. Quelques semaines plus tard, les dossiers ont été fermés comme à l’accoutumée parce que les enfants n’avaient subi aucuns sévices physiques et se développaient normalement. Les acquis éducationnels des enfants n’ont pas été évalués, les parents ayant certifié que leurs enfants bénéficient de l’école à la maison et qu’ils sont suivis par la commission English Montréal... Ce que les médias avaient déjà rapporté auparavant.

Les juifs hassidiques ont des écoles talmudiques pour les garçons depuis plus de 50 ans à Montréal. Où est le problème ? Quelle est la raison de cette crispation soudaine de la part des politiciens québécois ? Notons que les juifs ne sont pas contre une bonne éducation (certaines de leurs écoles pour filles sont parmi les meilleures au Québec, Beth Rivkah notamment), mais ils sont pour une éducation particulière dont ils veulent conserver l’essence et l’originalité. Qui est M. Roberge pour décider de l’éducation des jeunes garçons juifs ?

Actuellement, la DPJ intervient seulement si un jeune est victime de négligence. Pour M. Roberge, « malheureusement, une scolarisation qui ne respecte pas le programme, qui ne mène pas à un diplôme, ce n’est pas considéré comme de la négligence. On a un problème. En 2016, la non-scolarisation devrait être considérée comme de la négligence. »

Des solutions simples et non liberticides : permettre facilement l’obtention de diplômes par équivalence de compétences, permettre d’autres programmes scolaires que celui du gouvernement ou encore réduire singulièrement les aspects obligatoires dans la scolarité au Québec (en abrogeant par exemple l’obligation de donner le cours ECR). C’est le manque de souplesse du Québec qui crée les écoles « illégales ». C’est ainsi que la Belle Province est l’unique juridiction en Amérique du Nord qui interdise les écoles mennonites conservatrices (principalement pour une question de qualification des enseignants qui doivent être membres de cette église), tous les autres États ou provinces ont réussi à trouver des aménagements qui ne mettent en rien en danger la qualité des écoles de leur ressort. Mais, au Québec, c’est la raideur administrative (aucune dispense !) soutenue par une presse et des députés qui font goulûment la chasse aux écoles « illégales » avec constance.

Que veut la CAQ en faisant intervenir la DPJ ? Que l’État québécois enlève les enfants des juifs hassidiques parce que ceux-ci ont une scolarité qui ne se conforme pas assez au programme pédagogique unique du Québec ?

Ce qui est neuf ce n’est évidemment pas l’éducation des enfants à la maison (des générations de fils de nobles et de bourgeois avaient des précepteurs) ou les écoles non soumises aux diktats de l’État, mais la mainmise croissante de l’État sur l’éducation des enfants. Mainmise qui ne garantit pas la qualité de l’enseignement. Notons que cet État est de plus en plus juge et partie­. Quels parents isolés pourront résister à des contrôles arbitraires, à des pressions de la part des commissions scolaires, de la DPJ armée de pouvoirs répressifs supplémentaires et qui bénéficie d’une certaine immunité ?

Rappelons une évidence : l’immense majorité des parents dans la ligne de mire de la CAQ ne cherchent pas à ce que leurs enfants ne sachent ni lire, ni écrire, ni compter. Ils ne sont pas négligents. Ils font ce choix parce qu’ils considèrent que l’éducation « dans les clous » tracés par le Monopole ou dans une école particulière n’est pas adaptée à leur enfant et cela pour des raisons diverses : parfois parce que l’enfant se sent mal à l’école, il s’en sent exclu ; parfois parce que les parents considèrent que l’éducation de l’école du coin n’est pas de qualité, n’offre pas un programme particulier ; que les enfants y feraient de mauvaises fréquentations (violence, drogues, élèves turbulents, etc.) ou encore que l’école ne respecte pas leurs convictions philosophiques ou religieuses.

Le problème du manque de diplomation est la conséquence même du monopole de l’éducation au Québec : seul l’État diplôme, un seul programme obligatoire est permis. Le monopole crée lui-même cette « négligence » que serait l’absence de diplôme québécois.

Mais, il faudrait d’abord à M. Roberge qu’il démontre que ne pas suivre le programme gouvernemental constitue une négligence : en quoi les garçons juifs orthodoxes ou les enfants mennonites qui n’ont pas de diplômes quand ils sortent de leurs écoles sont-ils victimes de négligence ? Sont-ils en général plus malheureux que les jeunes Québécois qui suivent le programme scolaire ? Seront-ils moins heureux par la suite ? Pour les enfants mennonites, par exemple, M. Roberge, sait-il quoi que ce soit ? A-t-il déjà rendu visite à ceux-ci ? Visiter les fermes de ces parents non munis d’un diplôme dûment estampillé par l’État ? Ces parents ne sont pas pauvres, il risque d’ailleurs d’être surpris... Quels sont les critères objectifs au-delà de préjugés corporatistes qui permettent à M. Roberge, instituteur au primaire jusqu’en 2014, de parler de négligence ?

Certains enfants instruits à la maison s’inscrivent dans des collèges ou universités hors Québec et en sortent diplômés. Ils sont parfois forcés à cet exil par le rigorisme et le manque d’ouverture des établissements québécois. Voir cette liste de 25 collèges ou universités anglophones qui acceptent des enfants instruits à la maison. Notons que le mouvement de l’instruction à domicile aux États-Unis connaît un succès croissant et que les jeunes instruits de la sorte s’en sortent bien, mieux en moyenne que les enfants de l’école publique américaine. Et il n’y a pas d’écart de résultats scolaires notables entre les États américains qui pratiquent le laissez-faire et ceux plus tatillons et autoritaires, pardon ceux qui « offrent [sic] un encadrement pédagogique pour les jeunes qui font l’école à la maison »... (Sur le mot « offrir » qui, en novlangue pédagogique, veut souvent dire plus clairement « imposer sans exception », lire notre lexique.)

Enfin, notons que ne pas suivre le programme du gouvernement québécois au primaire ou au secondaire ne signifie pas aujourd’hui qu’il soit impossible d’être diplômé, même au Québec et malgré les difficultés faites par les administrations scolaires, notamment les cégeps, aux enfants instruits à la maison. D’une part, il est possible de passer certains examens en tant qu’étudiant libre, c’est le cas du baccalauréat français, c’est l’équivalent du DEC québécois. On peut donc étudier à la maison comme on veut et passer l’examen quand on est prêt. Évidemment, à la fin on se conforme au programme choisi pour passer l’examen, mais ce n’est pas le cas pour toutes les années de la scolarisation à domicile. D’autre part, on peut ne pas suivre le programme du gouvernement, passer un examen très facile comme le TENS ou le GED reconnu au niveau international puis s’inscrire à une formation de type technique au Québec pour devenir électricien, mécanicien, etc. Nous connaissons de nombreux exemples de ce type. En quoi les parents de ces jeunes ont-ils été négligents ? Parce qu’ils n’ont pas suivi la voie que privilégie M. Roberge ?

À la lumière de ces éléments, le reste de l’intervention de M. Roberge à l’Assemblée nationale peut mieux se savourer : « On parle de milliers d’enfants qui n’auront jamais un diplôme, parce qu’ils sont victimes de la négligence du gouvernement libéral. À la CAQ, nous avons une solution audacieuse à proposer. Il faut changer la définition de négligence dans la Loi sur la protection de la jeunesse pour que tous les élèves québécois aient accès à une éducation qui respecte le programme et qui mène à l’obtention d’un diplôme ».

De son côté, Sébastien Schneeberger exhorte la ministre responsable de la DPJ à faire preuve de « courage » et à défendre cette idée auprès de ses collègues. Tout comme le ministre de l’Éducation, elle doit s’assurer qu’aucun enfant n’échappe au monopole gouvernemental scolaire québécois. « Nous avons à notre disposition des outils [répressifs], comme la DPJ, mais elle n’a pas toute la latitude pour intervenir. Le gouvernement n’est pas capable d’identifier ni de repérer les jeunes qui ne suivent pas une éducation appropriée [euh, disons plutôt approuvée par le gouvernement]. Résultat : on les laisse tomber. [Une preuve ?] Il faut mettre fin à cette triste réalité. Actuellement, avec le projet de loi 99, la Loi sur la protection de la jeunesse est ouverte. La ministre doit saisir cette occasion et accepter notre proposition », estime le député de Drummond–Bois-Francs.


En chambre, le ministre de l’Éducation Sébastien Proulx s’est montré ouvert à donner plus de pouvoirs répressifs soit à la DPJ ou au ministère de l’Éducation pour « cibler et intervenir » auprès des enfants qui ne fréquentent pas une école reconnue par le ministère de l’Éducation et à « revoir l’encadrement » de l’école à la maison. « Il y a d’ailleurs un projet de loi qui est en rédaction à cet effet-là. »

La ministre déléguée à la Protection de la jeunesse, Lucie Charlebois, a quant à elle affirmé qu’il « y aura des amendements » au projet de loi 99. Nous adresserons [sic : aborderons, répondrons à] cette question-là. »


Source : Journal des débats à l’Assemblée nationale

Voir aussi

La CAQ n’est pas la seule à faire dans la surenchère dans ce dossier, lire les propos ahurissants d’Agnès Maltais (PQ) : École clandestine « où 22 jeunes filles y recevraient l’enseignement de travaux ménagers »

Aux États-Unis par contre, l’administration Trump sera pour une liberté scolaire renforcée et plus autonome : États-Unis — Trump nomme Betsy Devos à l’éducation

Un État tatillon en éducation est-ce mieux ?


Radio-Canada écrit : « Québec donne plus d’argent pour l’école à la maison », mais ce n’est pas pour aider les parents dans leurs frais, mais pour les surveiller de plus près et payer des fonctionnaires.

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Le rapport du protecteur du citoyen sur la scolarisation à la maison

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jeudi 8 décembre 2016

Le cours d'éthique et de culture religieuse sera revu

Le très influent Conseil du statut de la femme (vos impôts à l’œuvre) recommande que le cours d’éthique et de culture religieuse soit complètement revu. La dimension reliée à la culture religieuse devrait être intégrée dans le programme d’histoire. L’« éducation à l’égalité » estampillée conforme au féminisme dudit Conseil, à la citoyenneté et à la sexualité devrait faire partie d’un cours d’éthique bien moderne, idéologique et laïque. À n’en pas douter, nous sommes au Québec après tout, il serait sans doute aussi obligatoire.

On apprend aussi aujourd’hui que Québec révise le cours d’éthique et de culture religieuse, offert depuis 2008 au primaire et au secondaire. Mais il ne s’engage pas à ce que les changements soient en vigueur pour la prochaine rentrée scolaire.

Ce cours, qui a remplacé l’enseignement religieux confessionnel (catholique ou protestant) et moral, fait l’objet de critiques. Dans un avis rendu public mercredi, le Conseil du statut de la femme (CSF) estime qu’il n’est pas assez féministe et qu’il « ne remet pas en question les pratiques sexistes existant au sein des religions » et soutient que « le traitement conjugué de l’éthique et de la culture religieuse peut entraîner des confusions en incitant à considérer les doctrines religieuses comme des réponses valides aux enjeux éthiques actuels ». Donc la doctrine catholique, par exemple, ne serait pour cet organisme gouvernemental pas une réponse valide aux enjeux éthiques de notre époque... Rien de moins et le tout en toute neutralité, bien sûr.

Lors de la période des questions à l’Assemblée nationale jeudi, le Parti québécois a soutenu que l’avis du CSF est « dévastateur ». Le PQ a toujours privilégié la critique féministe à la critique nationaliste du multiculturalisme. Il n’a ainsi jamais déclaré que le rapport Quérin sur le cours ECR était dévastateur, il ne l’a même pas défendu en place publique, pourtant ce rapport d’une brillante universitaire était bien étayé. Pauline Marois n’a jamais voulu revenir sur le programme ECR, peut-être trouvait-elle que c’était une étape nécessaire pour abolir le choix de cours confessionnels. Est-ce que maintenant le PQ prônerait-il l’étape suivante : la suppression de ce programme qui ose encore préconiser le respect de la spiritualité et des opinions religieuses pour le remplacer par un autre programme qui « remet en question les pratiques sexistes existant au sein des religions » et ainsi promouvoir un cours d’éthique dénué de tout élément religieux, mais qui serait résolument plus féministe et progressiste.

Notons que le programme scolaire n’est pas le seul où le PQ privilégie le féminisme au nationalisme sans doute trop conservateur. Ce fut également le cas dans le dossier démographique. Le PQ n’a pas voulu d’une politique nataliste, il lui fallait une politique « familiale » qui permette aux femmes de concilier bureau et enfant (1,6 en moyenne au Québec). Au début des années 1990, une politique des allocations à la naissance avait été mise en place. Elle s’accompagna d’une remontée de la fécondité au Québec à 1,7 enfant par femme. Elle était nettement moins coûteuse que la « politique familiale » actuelle, de l’ordre de 10 fois moins cher. Mais, voilà les allocations à la naissance avaient été vivement critiqué par des féministes comme la présidente du Conseil du statut de la femme (eh oui, déjà !) de l’époque, Claire Bonenfant, qui s’était interrogée, au sujet d’une politique avec de timides conséquences natalistes : « Cette politique sera-t-elle une politique nataliste déguisée cherchant à nous retourner aux berceaux et aux fourneaux ou bien se présente-t-elle comme une politique de justice sociale ? » On supprima donc les allocations à la naissance, on construisit un réseau de garderie fortement subventionnée et contrôlée par l’État... Et, évidemment, malgré des sommes énormes consacrées à cette politique féministe de la famille, la natalité anémique n’a pas durablement augmenté au Québec, elle continue doucement à descendre malgré la part de plus en plus grande des naissances issues de l’immigration récente.

Le Conseil du statut de la femme demande le remplacement du cours d’éthique et de culture religieuse par un autre sur la citoyenneté dans les plus brefs délais. « Est-ce que le ministre reconnaît qu’il y a un problème ? Est-ce qu’il entend le corriger ? Est-ce qu’il entend agir pour s’assurer qu’en septembre prochain la situation soit réglée ? » a lancé le porte-parole du PQ en matière d’éducation, Alexandre Cloutier.

Le ministre Sébastien Proulx a répondu que le cours est « en révision ». « On va travailler pour voir comment on peut améliorer les choses », a-t-il ajouté sans donner plus de précisions. Il n’a pas voulu promettre un nouveau cours à temps pour la rentrée de l’an prochain. « Le suivi de cela sera connu au moment opportun », s’est contenté de dire son cabinet.

Modifier un tel cours peut s’avérer complexe, car il est donné du début du primaire jusqu’à la fin du secondaire à l’exception de la 3e année du secondaire.

Rappelons que le ministre Proulx quand il était encore à l’ADQ avait critiqué assez mollement (et sottement) le programme ECR (voir la fin de La réforme de l’enseignement de l’histoire au secondaire reportée par le ministre Proulx [PLQ, ex-ADQ].

Voir aussi

Le Conseil du statut de la femme, déconnecté : « Du chemin à faire pour l’égalité des sexes en milieu scolaire » [comprendre davantage d’idéologie, de femmes inconnues dans les manuels d’histoire, formant les futures enseignantes à la lutte contre les stéréotypes genrées alors que les garçons sont à la peine dans les écoles québécoises et que la profession d’enseignant est très massivement féminine].


Cigarette électronique : un danger important pour la santé, « surtout pour les jeunes »

Les cigarettes électroniques prisées par un nombre grandissant d’adolescents et de jeunes adultes représentent un danger majeur pour la santé publique, conclut un rapport du Médecin en chef des États-Unis (General Surgeon) présenté jeudi.

La publication de cette étude, la plus exhaustive effectuée à ce jour sur ce sujet par les autorités sanitaires fédérales, avec plus de 150 experts, intervient au moment où le vapotage atteint des proportions alarmantes parmi les jeunes.

« La consommation de cigarettes électroniques a explosé au cours des dernières années, augmentant de 900 % parmi les lycéens de 2011 à 2015 », souligne dans une préface au rapport le Médecin en chef, le Dr Vivek Murthy.

Citant des statistiques des Centres de contrôle et de prévention des maladies (CDC), le rapport indique que 16 % des élèves du secondaire supérieur « vapotaient » avec des cigarettes électroniques en 2015, contre 13,4 % l’année précédente.

« Tous les Américains doivent savoir que les cigarettes électroniques sont dangereuses pour les adolescents et les jeunes adultes », insiste-t-il.

« Tout usage du tabac, y compris les cigarettes électroniques, est un danger pour la santé, surtout pour les jeunes », ajoute ce responsable sanitaire estimant que « ce rapport procure aux parents et enseignants les faits sur la manière dont ces produits peuvent être nocifs pour la santé des jeunes ».

Le rapport pointe que la nicotine, qui crée une forte dépendance à tout âge, a des effets durables particulièrement toxiques sur le cerveau en développement des jeunes.

Bien que les cigarettes électroniques soient moins nocives que les cigarettes traditionnelles chargées en goudrons, les auteurs de cette dernière étude ont également déterminé que les aérosols produits par le vapotage peuvent exposer passivement les autres à des substances chimiques potentiellement dangereuses.

Ces experts ont aussi noté que le vapotage était « fortement lié à l’usage d’autres produits du tabac chez les adolescents et jeunes adultes ».

Contenus sexuels

Le rapport du Médecin en chef critique également les publicités agressives de l’industrie des cigarettes électroniques, qui pèse 3,5 milliards de dollars, et insiste pour une stricte règlementation.

Ces campagnes visent surtout la jeunesse et reprennent les tactiques médiatiques utilisées il y a plusieurs décennies par les groupes de tabac pour encourager le public à fumer, déplore le document, citant notamment l’utilisation d’une gamme de saveurs populaires chez les jeunes.

« Ces sociétés font la promotion de leurs cigarettes électroniques avec des spots publicitaires à la télévision et à la radio qui utilisent des vedettes et des contenus sexuels pour rendre leurs produits séduisants », a de son côté critiqué dans un message accompagnant le rapport, le directeur des CDC, le Dr Tom Frieden.

Toutefois, les dangers de la consommation des cigarettes électroniques sont controversés, certains experts jugeant que les inquiétudes sur le risque que le vapotage ne conduise à fumer des cigarettes traditionnelles ne sont pas vraiment fondées.

Michael Siegel, un expert professeur à la faculté de santé publique de l’Université de Boston, décrit le rapport du Médecin général, dans une note publiée sur son site, estimant que « le vapotage n’est pas une forme d’utilisation du tabac » puisqu’il n’y a pas de combustion.

Il pointe aussi le fait que malgré l’explosion du vapotage parmi les jeunes, le nombre de fumeurs de cigarettes classiques est à un niveau historiquement bas aux États-Unis et est même passé sous les 40 millions pour la première fois depuis le début des statistiques il y a 50 ans.

Selon le Dr Siegel, le succès du vapotage, bien qu’il doive être contrôlé chez les plus jeunes, contribue à éliminer la culture du tabagisme, ce qui est une bonne chose.

Depuis mai, l’Agence des médicaments et des produits alimentaires (FDA) réglemente le marché des cigarettes électroniques. Ces règlementations comprennent surtout une interdiction de vente aux moins de 18 ans et forcent les fabricants à divulguer leurs ingrédients. Ils doivent également soumettre leurs produits à l’approbation des autorités fédérales.

Comment fonctionne une cigarette électronique


Le principe de la cigarette électronique est l’inhalation de vapeur aromatisée obtenue grâce à une réaction chimique. La cigarette électronique toujours selon le même principe : un « atomiseur », envoie de la vapeur dans une « cartouche » grâce à une réaction provoquée par un système électronique alimenté par une « batterie ». Par pression de l’utilisateur sur un bouton, une résistance entourant la mèche se met à chauffer, mélangeant la vapeur dégagée à l’air.



mercredi 7 décembre 2016

Brève : tout semble indiquer que la natalité au Québec baissera encore légèrement en 2016

D’après les statistiques préliminaires de l’Institut de la statistique du Québec, il est une nouvelle fois né un peu moins d’enfants au Québec pendant les 9 premiers mois de 2016 par rapport aux sept années précédentes. Ceci alors que la population du Québec a continuellement crû et qu’il y a en 2016 environ un demi-million de personnes de plus au Québec par rapport à 2009.

Tout semble donc indiquer que la natalité au Québec en 2016 connaîtra, à moins d'une sursaut tardif, une nouvelle légère baisse ou restera au mieux stationnaire. Si la tendance se maintient, le taux de natalité devrait être de 10,4 naissances pour mille habitants (10,4 ‰) en 2016 alors qu’il était de 10,5 ‰ l’année passée et encore de 11,3 % en 2009. Il ne s’agit bien sûr que de prédictions, on en saura plus au mois d'avril quand les chiffres complets de 2016 seront publiés, mais le lent déclin démographique du Québec semble bien se confirmer malgré les énormes sommes d’argent investies dans ce que le gouvernement nomme sa politique familiale.



Source : Institut de la statistique du Québec



Voir aussi

Québec — Trois nouveau-nés sur dix ont au moins un parent né à l’étranger

La fécondité continue de chuter au Québec

Québec — Plus bas nombre de naissances depuis 8 ans, record de décès [mars 2016]

Les CPE ont échoué sur le plan pédagogique... comportemental et démographique

Pologne — Allocation familiale universelle pour lutter contre l'implosion démographique

Le coût des garderies québécoises

Québec — La valeur marchande des garderies subventionnées est en baisse

Hara kiri

La famille nombreuse, antidote au vieillissement [personnel, non seulement sociétal] ?

La peur de l'avenir saisit les Allemands, la natalité remonte surtout grâce aux immigrés

Les Italiens, un peuple en voie d’extinction

Les femmes auraient peu d'enfants au Japon car elles se marient de moins en moins

La croissance de la population du Québec ralentit pour une cinquième année consécutive, malgré une immigration très importante

Québec (bizarre) — Hausse de 17 % du nombre d’élèves d’ici 2029 grâce « l’augmentation du nombre de naissances observée » ? selon le ministre de l'Éducation !

Québec — « Le désastre de l'euthanasie »

Lettre ouverte de Nicholas Newman, chirurgien à Montréal et 35 autres médecins :

Contrairement à ce qu’on peut laisser entendre, la vaste majorité des médecins s’y oppose toujours.

Au début du mois de novembre, les médecins d’un hôpital de Montréal ont reçu une lettre de la Direction des services professionnels, dans laquelle on leur faisait part du « besoin de médecins supplémentaires pour l’aide médicale à mourir ».

Déjà, le ton amical de la lettre pour solliciter « l’aide » des médecins réfractaires à l’euthanasie tranchait nettement avec le discours politique des derniers mois. Cependant, le timbre suppliant de la lettre a surtout dévoilé l’inexactitude de nombreuses idées reçues en démontrant avec clarté le désastre causé par l’euthanasie au Québec.

Tout d’abord, la direction avoue, dans sa lettre, qu’il n’y a que « quelques médecins ayant donné leur accord de participation à ce processus », alors que l’idée populaire attribue le refus de participer à un groupe minoritaire seulement. Nous pouvons donc conclure que, dans les faits, la réalité est exactement à l’opposé de ce préjugé : la vaste majorité des médecins s’oppose toujours à toute participation à l’euthanasie.

Incidemment, quand il a été question de « mater les médecins réfractaires », nous savons désormais qu’il s’agissait là d’une menace faite à la majorité des médecins…

Ensuite, nous voyons apparaître dans la lettre les conséquences d’une année d’euthanasie au Québec, alors que le discours politique nous assure encore que tout va « très, très, très bien ». Pendant cette première année, l’accent a été mis essentiellement sur l’accessibilité à cette mesure exceptionnelle pour des cas exceptionnels.

Or, le résultat (prévisible) d’une telle approche nous place maintenant devant un déferlement croissant d’euthanasies — utilisées « de plus en plus régulièrement dans nos milieux » pour reprendre les mots de la lettre. Paradoxalement, la solution envisagée par la direction pour remédier à ce comportement irresponsable impliquerait la participation des médecins « réfractaires ».

Finalement, la lettre nous rappelle que l’euthanasie ne sera jamais un geste banal, bien que beaucoup d’efforts soient déployés pour en faire une « procédure » socialement acceptable. En rappelant que « le groupe interdisciplinaire de soutien (GIS) vous assure son support dans le processus », la direction montre bien que la véritable exception dans ce geste faussement qualifié de « soin » réside dans la gravité de son impact sur le médecin qui le pratique.

En conclusion, nous, les médecins soussignés, tenons à réaffirmer que nous ne participerons pas à ce drame social qui ne fait qu’ajouter de la souffrance à la souffrance. Nous sommes toujours d’avis que la réponse passe par des soins de qualité, par un plus large accès à des soins palliatifs et par un accompagnement humain, respectueux de la personne.

Avec le soutien des signataires suivants :

Évelyne Huglo, MD, médecin de famille, Montréal ; Richard Haber, MD, professeur associé de pédiatrie, MUHC ; Michel Brouillard, MD, médecine générale, Rouyn-Noranda ; Tommy Aumond-Beaupré, MD, médecin de famille, Montréal ; Jean-Pierre Beauchef, MD, endocrinologie, Greenfield Park ; Mark Basik, MD, chirurgie générale, Montréal ; Jacques R Rouleau, MD, CSPQ, FRCPC, FACC, cardiologue, Institut universitaire de cardiologie et de pneumologie de Québec, Université Laval ; Mathieu Gazdovich, MD, médecin de famille, Montréal ; Liette Pilon, MD, médecin de famille, Montréal et Rive-Sud de Montréal ; Renata Sava, MD, médecin de famille, Montréal ; Simon Wing, MD, endocrinologie, Montréal ; Catherine Ferrier, MD, médecin de famille, Montréal ; Michel R. Morissette, MD, médecin retraité ; Dr Nathalie de Grandpré, MD, médecin de famille, Montréal ; Melanie Ghobril, résidente médecine familiale, Université de Montréal ; Marie Jetté-Grenier, MD à la retraite ; Guy Bouchard, MD, omnipraticien et médecine du travail, retraité ; Odile Michaud, MD, médecine familiale, Otterburn Park ; José A. Morais, MD, FRCPC, gériatrie, Montréal ; Abdallah Dallal, MD, psychiatre, Hôtel-Dieu de Saint-Jérôme ; Sonia Calouche, MD, psychiatre, Saint-Eustache ; Bernard H. Doray, MD, pédiatre retraité ; Michel Masson, MD, pédiatre retraité, Québec ; Judith Trudeau, MD, rhumatologue, Lévis ; Céline Devaux, MD, hémato-oncologue, hôpital Charles-LeMoyne ; Pierrette Girard, MD, orthopédiste, clinique médicale McDermot ; Louis Martel, MD, médecin de famille, Trois-Rivières ; Ibrahim Mohamed, MD, pédiatre-néonatalogiste à l’hôpital Sainte-Justine, Montréal ; Jacques Beaudoin, MD, cardiologie, Québec ; Julien Marc-Aurèle, MD à la retraite ; Katia Khoukaz, MD, médecin de famille, Montréal ; Daniel Viens, MD, médecine interne, Drummondville ; Louis Morissette, MD, FRCP ; Rosaire Vaillancourt, MD, FRCSC, chirurgien thoracique, IUCPQ, Québec ; Suzanne Labelle, MD, médecine de famille, Laval.


Voir aussi

Euthanasie au Québec : des médecins objectent et pas uniquement pour des raisons religieuses

Le Conseil du statut de la femme, déconnecté : « Du chemin à faire pour l'égalité des sexes en milieu scolaire »

La société d’État d'information (la SRC) publie sans aucune distance critique :

Le Conseil du statut de la femme propose 10 recommandations pour promouvoir l’égalité entre les sexes dans le milieu scolaire en intégrant par exemple davantage les femmes dans les manuels d’histoire et en formant les futurs enseignants sur les notions d’égalité.

Bref de l’idéologie féministe surannée mise en œuvre grâce à vos impôts, année après année.

Rappel de la réalité : les garçons peinent à l’école québécoise, la profession d’enseignante (ainsi que la fonction publique en générale) est massivement féminine. Voilà des pistes plus porteuses de « lutte » pour « l’égalité des sexes en milieu scolaire » : augmentons le résultat des garçons et luttons contre le stéréotype de la femme qui bénéficie d’un bon salaire avec une sécurité d’emploi de fonctionnaire : masculinisons la fonction publique et l’enseignement...


Célébration des 40 ans du Conseil du statut de la femme en 2013 (conseil très « genré »)


Voir aussi

Le Conseil du statut de la femme du Québec et son influence idéologique sur les manuels scolaires au Québec

Pour le Conseil du statut de la femme, seuls les croyants doivent faire des concessions

La révolution sexuelle et le féminisme, héritage des années soixante

Classement des écoles de l’Institut Fraser (2016) : les filles dominent désormais aussi en maths

L’État se féminise et se « diversifie »

Québec — Les garçons et la lecture

Comment faire réussir les garçons à l’école (donnez-leur des profs masculins par exemple)

Les garçons éduqués dans le cadre d’une famille traditionnelle ont de meilleurs résultats scolaires

Boris Cyrulnik : l’école valorise la docilité des filles et dévalorise la hardiesse des garçons




Conférence de Mathieu Bock-Côté sur son livre « Le multiculturalisme comme religion politique »



Courte conférence par Mathieu Bock-Côté, sociologue, enseignant et essayiste, sur son nouveau livre Le multiculturalisme comme religion politique, à l’occasion de la fête du livre organisée à Villepreux le dimanche 4 décembre 2016.

Jean-Pierre Maugendre clôt l’intervention de Mathieu Bock-Côté par un éloge et une citation latine un peu détournée (Asinus asinum fricat) quand il prévient ceux qui voudraient acheter le livre du sociologue québécois que sa table se trouve à côté de celle de Michel de Jaeghere. Ni Bock-Côté, ni le directeur de rédaction du Figaro Histoire n’est un asinus... Bien au contraire.

Nous recommandons vivement la lecture du livre Le multiculturalisme comme religion politique pour comprendre les fondements de l’idéologie qui sape la cohésion de nos sociétés. Par certains aspects M. Bock-Côté est parfois plus un philosophe des idées politiques qu’un sociologue ; ce qui est une bonne chose quand vient le temps d’analyser (avec force références) la religion politique qui domine nos sociétés occidentales.

Cette religion politique mise en œuvre par l’école (cours d’ECR, d’histoire et même de français) et les tribunaux (voir ici pour la fonction de prêtres des juges) est renforcée par une immigration très importante et différente de celles du passé qui renforce cette idéologie. En effet, non seulement l’idéologie de nos sociétés a-t-elle changé, mais la nature de l’immigration a, elle aussi, en grande partie changé. Elle est de moins en moins occidentale et chrétienne. Dans le cas de l’islam, elle ne veut souvent pas s’intégrer (considérant sa religion et sa civilisation supérieures), elle ne s’est d’ailleurs jamais vraiment intégrée, même lorsque l’idéologie dominante était celle de l’intégration. Comme nous l’avait confié un jour un commerçant clairvoyant : « Avant les choses étaient simples au Québec, il y avait les Anglais et les Français... »

Le multiculturalisme et ses succédanés, l’interculturalisme et pluralisme normatif, doivent être combattus, notamment pour des raisons philosophiques : à quel Autre particulier (et non abstrait) faut-il s’ouvrir et pourquoi ? En quoi le multiculturalisme assure-t-il plus le vivre-ensemble que l’assimilation pure et simple ? Comment peut-on dire que toutes les cultures, civilisations ou religions se valent tout en affirmant qu’une culture bigarrée et métissée (issue de l’immigration) serait supérieure à la culture trop pure de la majorité  ?

Mais il n’est pas certain que la fin du multiculturalisme sera suffisante pour que le Québec intègre culturellement et politiquement les immigrés. Pour que leur vote aux élections se distribue comme celui des francophones de souche, par exemple. Se débarrasser du multiculturalisme est sans doute une condition nécessaire, mais non suffisante au moins à Montréal et à notre époque de la mondialisation du travail et des médias. Les immigrants non francophones de naissance seront toujours plus intéressés (voire fascinés) par l’anglais, langue continentale ou même impériale, que par le français.

Hier encore, Radio Canada tentait de nous convaincre de la réussite de l’intégration des réfugiés syriens en allant à Granby, dans une ville très majoritairement francophone donc plus susceptible d’intégrer au fait français. Voir « Le parrainage des réfugiés syriens, un véritable succès d’intégration ». L’accueil des réfugiés est généreux (donc coûteux), mais le résultat de cette famille que la société d’État veut exemplaire est peu probant : après un an, aucun des parents ne peut s’exprimer en français au-delà de petites formules de politesse. L’ainé des quatre enfants (bientôt cinq enfants) parle très mal français (il ne se souvient pas du mot « guerre » par exemple), mais l’on voit un des enfants collé à la télé et à un poste anglophone...

Combien de jeunes réfugiés syriens à Winnipeg regardent la télé francophone et parlent aussi mal l’anglais que ceux-ci parlent mal français à Granby ?

Même avec l’abandon de la doctrine du multiculturalisme, l’assimilation complète sera difficile à mettre en œuvre sur l’île de Montréal où les francophones de naissance sont devenus minoritaires et où leur taux de fécondité est désastreux (1,1 enfant/femme francophone sur l’île de Montréal, 2,6 enfants/femme pour les arabophones !) Dans ces circonstances, quelle est la majorité dans de nombreuses écoles de Montréal ? Plus les petits Québécois de souche... Il n’est même pas impossible que les rares jeunes « pures laines » adoptent des comportements ou des conceptions partagées avec leurs congénères issus de l’immigration. Se pourrait-il que ces petits francophones minoritaires développent une plus grande tolérance au bilinguisme, un moindre intérêt à la souveraineté, un relativisme grandissant envers leur histoire en tant que peuple québécois ? Nous ne connaissons pas de sociologues qui s’intéressent à l’influence de cette mixité scolaire où les jeunes Québécois de souche ne sont plus massivement majoritaires. Quel impact cette position de minoritaires à Montréal a-t-elle sur les conceptions linguistiques, historiques et politiques de ces jeunes pures laines ? Un sujet à creuser pour expliquer, en partie, la désaffection de la jeunesse québécoise « de plus en plus bigarrée » envers l’indépendance et la lutte pour le français comme seule langue commune ?

Dans ces conditions, il nous semble qu’il faut non seulement mettre un terme à la religion politique qu’est le multiculturalisme, mais qu’il faut aussi mettre en place une politique nataliste pour augmenter la natalité propre au Québec (elle ne fait que diminuer depuis 7 ans après un bref et timide redressement) et diminuer de manière très importante l’immigration afin de mieux la sélectionner et mieux pouvoir l’intégrer en consacrant notamment plus d’argent à la francisation.


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Brève : tout semble indiquer que la natalité au Québec baissera encore légèrement en 2016

« Le multiculturalisme tue toute identité commune enracinée dans une histoire » (m-à-j entretien)

Montréal : en 2031 les minorités visibles représenteront 31 % de la population

PISA 2015 — Les bonnes notes du Québec remises en question

Après notre article sur les tests TIMSS (TIMSS 2015 : le Québec s’en sort bien en maths, les garçons encore mieux mais faible participation québécoise), Le Devoir souligne un problème similaire de faible participation (et donc de représentativité) des écoles québécoises aux tests PISA.
Le boycottage d’un test international en sciences, en mathématiques et en lecture par un groupe d’écoles publiques soulève des questions sur les résultats enviables des élèves du Québec par rapport à ceux de 72 pays.

Le Canada et le Québec se classent dans le peloton de tête du Programme international pour le suivi des acquis des élèves (PISA), qui a évalué en 2015 les compétences de dizaines de milliers d’élèves âgés de 15 ans partout dans le monde.

Les élèves canadiens restent parmi les meilleurs de la planète en sciences (7e rang mondial), en lecture (2e rang, ex aequo avec Hong Kong) et en mathématiques (10e rang). Les élèves du Québec suivent la tendance et font généralement mieux ou aussi bien que la moyenne canadienne, indiquent les résultats du PISA 2015, rendus publics mardi.

Le rapport, publié par l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE), soulève cependant des questions sur les résultats du Québec : à peine 51,7 % des écoles québécoises invitées à prendre part au PISA ont participé au test, ce qui est nettement moins que le taux de réponse de 85 % considéré comme la norme par l’OCDE.
 [Pour les tests TIMSS, le taux de participation global au Québec s’élevait à 58 %.]

Les données du Québec sont teintées par ce que le PISA décrit comme un « biais de non-réponse ». Ce biais concerne le pourcentage d’écoles anglophones, le pourcentage d’écoles publiques et la taille des écoles figurant dans l’échantillon, indique le rapport.

« À la lumière de l’analyse du biais de non-réponse, le consortium international du PISA a jugé que les données du Canada étaient globalement de qualité acceptable et pouvaient être incluses dans leur intégralité dans les ensembles de données du PISA, sans aucune restriction », indique le rapport.

« Cependant, il a été décidé que les résultats de la province de Québec doivent être traités avec circonspection, en raison d’un possible biais de non-réponse, et qu’une note à ce sujet devrait figurer dans toutes les analyses régionales internationales et dans le rapport pancanadien. »

Boycottage de protestation

Tout indique que les écoles publiques sont sous-représentées dans l’échantillon en raison du boycottage du test PISA par les écoles de 46 commissions scolaires. La Fédération québécoise des directions d’établissement d’enseignement (FQDE), qui représente 2050 directeurs et directeurs adjoints d’établissement, a confirmé au Devoir qu’elle a boycotté le PISA pour protester contre le gouvernement Couillard.
 [L’ennui c’est que le Québec est un habitué des faibles taux de participation... On l’a vu pour le TIMSS, mais c’était déjà le cas, bien avant le gouvernement Couillard, pour l’Évaluation du PPCE-13 de 2007 à laquelle seuls 64,7 % des jeunes Québécois francophones avaient participé alors qu’en Ontario 90 % des étudiants sondés avaient pris part à l’enquête.]

« Depuis 2014, les membres de la Fédération ont décidé de ne plus répondre à des enquêtes de ce type-là pour se concentrer sur la réussite des élèves », indique Michèle Demers, conseillère aux communications de la FQDE.

Les directions d’école protestent ainsi contre ce qu’elles considèrent comme une absence de marge de manœuvre dans la gestion des établissements. [Demande qui, a priori, a toute notre sympathie.]  « Depuis deux ans, on se fait dicter comment faire notre travail [par Québec] alors que les experts sont dans les écoles, dit la porte-parole. L’argent arrive dans les écoles de manière ciblée. Les équipes-écoles veulent décider comment utiliser cet argent. »

Cette surreprésentation des écoles privées dans l’échantillon québécois du PISA est « inquiétante », estime Claude Lessard, professeur associé à la Faculté des sciences de l’éducation de l’Université de Montréal.

Les écoles privées ont généralement de meilleurs résultats que les écoles publiques, car elles sélectionnent leurs élèves, qui proviennent aussi de milieux plus favorisés. [C’est un peu simpliste : ce n’est pas nécessairement la seule raison de ces meilleurs résultats, la majorité des écoles privées ne sélectionnent pas... et parmi les meilleures, si elles sélectionnent ce serait par affinité religieuse et pas nécessairement des notes scolaires...] « Il faut vraiment considérer les résultats du Québec avec circonspection », prévient Claude Lessard.

Le Conseil des ministres de l’Éducation du Canada (CMEC), qui supervise le PISA au pays, estime que les données du Québec sont fiables malgré le faible taux de réponse de 51,7 %. Les résultats du Québec sont similaires à ceux enregistrés dans des tests comparables en 2006, 2009 et 2012, note une source au CMEC.
 [Oui, mais même en 2012 le Québec avait le plus faible taux de réponse de toutes les provinces canadiennes : 75, 6 % contre 82, 8 % pour l’Ontario par exemple. Aussi quel est l’impact du taux décrochage relativement important chez les jeunes Québécois, les tests se font à environ 15 ans et le taux de décrochage pour les moins de 16 ans est de 2,5 %. Notons que déjà en 2012, il y avait plus de non-répondants en provenance des écoles publiques que privées au Québec, c’était le plus souvent des garçons et ces non-répondants avaient eu de moins bons résultats aux examens provinciaux de français... Bref, déjà en 2012, les moins bons semblent avoir moins participé à l'enquête PISA.]

Au total, quelque 2885 élèves de 93 écoles secondaires du Québec ont participé à l’examen. Au Canada, 19 604 élèves de 726 écoles ont pris part au PISA.
Notons enfin que les tests PISA n’évaluent pas la culture générale, ni l’orthographe, ni la faculté de faire des dissertations ni des démonstrations.

Des professeurs d’université en Finlande (à une époque coqueluche des tests PISA) s’en plaignaient amèrement : « Comme le souligne le professeur George Malaty, PISA ne nécessite pas l’apprentissage des mathématiques comme structure : “Nous savons que nous n’aurions aucun succès à PISA si on demandait aux élèves une compréhension des concepts ou des relations mathématiques. Le plus difficile pour nos élèves est de faire une démonstration, ce qui est compréhensible puisqu’on n’apprend pas les mathématiques comme structure dans nos écoles [finlandaises].” Au XXe siècle, jusqu’à la fin des années 1960s, le curriculum de mathématiques comportait de l’algèbre et de la géométrie.

Puis vint la réforme des mathématiques modernes et, à partir des années quatre-vingt, le mouvement de contre-réforme. Ce dernier a conduit à une focalisation sur les seules “compétences”, notamment arithmétiques [note du carnet : compétences orientées ici vers la vie quotidienne, ce qui prépare bien à ce qu’évalue PISA], pour faire face aux critiques développées contre les mathématiques modernes. L’opposition de la transmission de compétences à celles de connaissances, à l’apprentissage des structures mathématiques, a conduit à inculquer simplement des règles pratiques aux élèves en les entraînant à les utiliser et à “donner les bonnes réponses”.

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Les traits du système finlandais que copie l’étranger n’expliquent pas le succès finlandais, ils
sont au contraire source de problèmes


Nathalie Bulle sur le modèle finlandais et les tests PISA

La Finlande a perdu des places dans le classement PISA, elle essaie de se réformer

Étude — En 40 ans les enfants ont perdu 25 % de leur capacité physique

Selon l’OCDE, les jeunes d’Angleterre maîtrisent moins bien la lecture, l’écriture et le calcul que leurs aînés

France — Pourquoi les garçons issus de l’immigration ont autant de mal à l’école

Baisse relative du nombre de diplômés au Québec par rapport à l’Ontario après la Grande Noirceur

mardi 6 décembre 2016

Ministre Proulx : le ministère de l’Éducation créé pour s'assurer que tous aient accès à l’école

Le ministre libéral de l’Éducation du Québec, Sébastien Proulx, commence sa lettre publiée dans Le Devoir ce 6 décembre par :
« Il y a 50 ans le ministère de l’Éducation a été créé pour assurer à toutes et à tous l’accessibilité à l’école. ».

Passons sur « l’accessibilité » bureaucratique, plutôt que simplement « l’accès ».

Mais est-ce vrai qu’il a fallu un ministère de l’Éducation pour que tous aient accès à l’école au Québec ?

Rien n’est moins sûr... Pourquoi fallait-il un ministère qui impose, notamment, un programme pédagogique unique pour que les jeunes aient accès à l’école ?

Rappelons aussi ce que Vincent Geloso, docteur en histoire économique de la London School of Economics, écrivait naguère au sujet du grand rattrapage du Québec avant la Révolution tranquille (et ce ministère de l'Éducation) :

« Cette rhétorique décrit la Révolution tranquille comme le début d’un âge d’or qui aurait permis au Québec de cesser d’être le cancre du Canada. Récemment, un chercheur [Simon Tremblay-Pepin] de l’Institut de recherche et d’informations socio-économiques (IRIS) illustrait bien cette croyance en affirmant qu’à la fin des années 1950, “le Québec était sous-éduqué, avec des taux incomparables avec les autres provinces canadiennes”, et que depuis les années 1960, l’accessibilité à l’école postsecondaire n’a cessé d’augmenter au Québec.

Selon cette perspective, les vastes progrès de la Révolution tranquille contrastent avec la période l’ayant précédée, qu’on a qualifiée de Grande Noirceur (1945-1960). Par opposition avec l’obscurantisme et le laisser-faire de la Grande Noirceur, l’État interventionniste mis en place pendant la Révolution tranquille aurait permis au Québec de rattraper son retard et d’entrer dans la modernité.

Est-il vrai, toutefois, que le Québec était si en retard sur le plan éducationnel par rapport au reste du pays, avant 1960, et qu’il n’a rattrapé ce retard que grâce aux nombreuses interventions de l’État pendant la Révolution tranquille ?



L’école de la Grande Noirceur et d’aujourd’hui selon un cahier d’ECR...
Page 56 — cahier-manuel d’éthique et de culture religieuse Entretiens II pour la 1re secondaire des éditions La Pensée


Grand rattrapage

S’il est vrai que le Québec accusait un certain retard face au reste du Canada à l’aube de la Révolution tranquille, cela n’avait pas toujours été le cas. En 1901, le Québec avait en fait une légère avance sur les autres provinces canadiennes en matière d’éducation. Même si les taux d’inscription y étaient plus bas qu’ailleurs, les élèves québécois qui s’inscrivaient à l’école la fréquentaient dans une proportion plus élevée qu’ailleurs au Canada.

Ainsi, le taux effectif de fréquentation scolaire des jeunes de 5 à 19 ans à cette époque était de 41 % au Québec, contre 40 % en Ontario et 38 % dans l’ensemble du Canada.

Le Québec a toutefois commencé à perdre du terrain par la suite. Même si le taux effectif de fréquentation avait atteint 52 % au Québec en 1931, l’Ontario et le Canada dans son ensemble avaient dépassé le Québec avec des taux de 62 % et 55 %.

Ce retard grandissant du Québec se renverse complètement après 1945. À cette date, la proportion des enfants inscrits et présents à l’école au Québec était équivalente à 80 % de celle de l’Ontario et à 84 % de celle du reste du Canada. Douze ans plus tard, on voit un progrès considérable [avant la création du ministère donc] de la fréquentation scolaire au Québec : elle atteint 89 % du niveau de l’Ontario et 94 % de celui du reste du Canada. Il s’agit d’un rattrapage important entamé avant la Révolution tranquille.

Plus important encore, après 1945, lorsque les jeunes Québécois décident d’aller à l’école, ils y restent plus longtemps. C’est-à-dire que le décrochage scolaire diminuait. Pour l’année scolaire 1945-1946, seulement 28 % des jeunes qui auraient normalement dû être à l’école secondaire y étaient, contre 69 % en Ontario — un écart de 41 points de pourcentage. Pour l’année scolaire 1959-1960, cette proportion se situait à 68 %, contre 88 % en Ontario, un écart de seulement 20 points. Il s’agit d’un rattrapage remarquable.

École réelle pendant la prétendue Grande Noirceur. Région de Lanaudière, années 1950.

Les Québécois francophones étaient aussi de plus en plus nombreux à accéder aux études universitaires. À partir de 1955, la population étudiante totale à temps plein au Québec en pourcentage du groupe d’âge des 15 à 24 ans dépasse même le niveau observé en Ontario. Et on ne peut pas attribuer cette performance uniquement aux anglophones, puis que les universités francophones ont vu leurs inscriptions augmenter plus rapidement que les universités anglophones.

La propension des Québécois à aller plus longtemps à l’école a permis au Québec de combler une partie importante du retard éducationnel qu’il avait avec l’Ontario. En 1951, la proportion des Québécois de 15 ans et plus qui détenaient un diplôme universitaire était équivalente à 70 % du niveau observé en Ontario.

Seulement dix ans plus tard, cette proportion avait bondi à 85 %, et ce sont principalement les femmes qui ont contribué à ce rattrapage.

La plupart des historiens prétendent que le Québec est devenu une société de plus en plus arriérée sur le plan de l’éducation durant les années d’après-guerre. Les statistiques officielles démontrent le contraire.

Somme toute, cet impressionnant rattrapage a permis à la scolarité moyenne des Québécois (mesurée en années d’éducation accomplies) de passer de 87 % à 92 % du niveau observé en Ontario, entre 1951 et 1961. Un écart existait toujours entre le niveau d’éducation des jeunes Québécois et celui des autres jeunes Canadiens, mais cet écart allait rapidement en s’amenuisant.

Ces simples faits retirent une partie importante de la crédibilité accordée à la rhétorique populaire. Comment peut-on expliquer qu’une partie considérable du rattrapage du Québec se soit produite alors que l’État intervenait moins en éducation ?

Progrès décevants depuis 1960 en comparaison au reste du Canada

Ce rattrapage s’est-il poursuivi pendant la Révolution tranquille ? Plus précisément, est-ce que le rattrapage du Québec s’est accéléré ou a-t-il décéléré ? Soyons clairs, les progrès en termes absolus qui ont été réalisés depuis 1960 sont gigantesques. Toutefois, lorsqu’on compare ces progrès avec ceux accomplis durant la même période dans le reste du Canada, ils sont moins impressionnants — voire décevants.

Au-delà de la rhétorique de la “démocratisation” de l’éducation avancée par des sociologues comme Guy Breton, les faits ne concordent pas. Les données illustrant la participation scolaire au Québec démontrent que plus de la moitié du terrain que le Québec a gagné sur l’Ontario et le reste du Canada a pris place entre 1945 et 1960.

D’une part, cela signifie que le rattrapage scolaire du Québec face au reste du Canada s’est effectué en grande partie avant que l’État ne décide de s’impliquer davantage dans le domaine de l’éducation. D’autre part, cela indique que pendant la Révolution tranquille, le Québec n’a pas fait meilleure figure relativement au reste du Canada que dans les années qu’on qualifie — à tort — de Grande Noirceur.

En fait, on observe même des signes indiquant que le rattrapage du Québec a ralenti pendant et après la Révolution tranquille. Alors qu’il affichait un taux de participation aux études universitaires des 15 à 24 ans supérieur à celui de l’Ontario à partir de 1955, ce n’est plus le cas après 1964, alors que la participation commence à tirer de l’arrière, tant par rapport à l’Ontario qu’aux autres provinces.

Entre 1951 et 1961, la proportion des Québécois de 15 ans et plus qui détenaient un diplôme universitaire avait augmenté plus vite qu’ailleurs au Canada. En fait, cette proportion atteignait 98 % du niveau observé dans le reste du Canada en 1961 — c’est-à-dire que le Québec était virtuellement à parité avec le reste du pays.

Après 1961, les Canadiens des autres provinces sont plus nombreux que les Québécois à s’inscrire à l’université. En 1981, la proportion des Québécois de 15 ans et plus qui détenaient un diplôme universitaire équivalait à 78 % du niveau en Ontario et à 84 % du niveau dans le reste du Canada.

Selon les données les plus récentes provenant des recensements, la situation n’a guère changé, et ce fossé demeure. Il s’agit là d’un fait important puisque le Québec était en meilleure posture relativement au reste du Canada en 1961 qu’il ne l’est aujourd’hui.

À tout cela, ajoutons qu’aujourd’hui le Québec a un taux de décrochage scolaire dans les écoles secondaires dépassant celui de toutes les autres provinces canadiennes. La situation relative du Québec sur ce plan s’est dégradée depuis les années 1990.

En bref, l’héritage de la Révolution tranquille a été beaucoup moins glorieux qu’on le prétend.

Paramètres de discussion

De nombreuses études ont été réalisées ces dernières années par des économistes qui documentent le lien entre la performance scolaire et l’autonomie des écoles — indépendamment du niveau d’enseignement ou de leur nature religieuse.

Toutes choses étant égales par ailleurs, plus les écoles sont autonomes et que les parents ont un mot à dire dans les activités de celles-ci, plus la performance scolaire et la qualité de l’éducation augmentent.

En contrepartie, les régimes où l’État centralise davantage, contrôle le programme scolaire et bureaucratise le domaine de l’éducation sont marqués par des résultats décevants au titre de la performance et de la qualité.

Entre 1945 et 1960, l’État québécois intervenait très peu dans le domaine de l’éducation. Les écoles étaient largement autonomes et les parents avaient une influence importante sur le parcours scolaire de leurs enfants.

Après 1960, c’est l’inverse qui se produit : l’État intervient lourdement à tous les niveaux — des portes de la garderie jusqu’à la sortie de l’université. Et les résultats sont conformes à la théorie : lors que l’État intervenait peu, un rattrapage s’observait, et quand il s’est mis à intervenir, il y a eu ralentissement.

Il convient de se demander si les progrès en éducation auraient continué au même rythme sans la bureaucratisation de l’éducation. Certes [?], il fallait circonscrire le rôle de l’Église en la matière, mais la littérature économique et les développements observés laissent croire que les progrès auraient réalistement pu être plus importants sans l’intervention accrue de l’État.
»



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Du Grand Rattrapage au Déclin tranquille : déboulonner la prétendue Révolution tranquille

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Grande Noirceur — Non, l’Église n’était pas de connivence avec le gouvernement et les élites

La Grande Nouérrceurrr : portrait de famille monochrome, rictus, pénurie francocentrique et ânonnements (5 pages)

La Grande Noirceur, revue et corrigée

Le « mythe » de la Révolution tranquille

Héritage de la Révolution tranquille : lent déclin démographique du Québec ?

Révolution tranquille : Entre imaginaire et réalité économique et sociale