jeudi 7 janvier 2016

Rémi Brague sur les « phobies » et la censure modernes

Extrait d’un entretien avec le philosophe Rémi Brague :

Après les attentats de janvier, vous aviez déclaré « en France, on a le droit de tout dire, sauf ce qui fâche ». À quoi faisiez-vous référence ?

Tout dépend de ceux qu’il ne faut surtout pas fâcher. Qui sont aujourd’hui les vrais puissants, ceux qui sont véritablement influents ? Cette question a été valable, quelle que soit l’époque. Ainsi, les jésuites, au XIXe siècle, pour des gens comme Edgar Quinet, la cinquième colonne pour l’armée, les juifs pour les antisémites, les francs-maçons ou la synarchie pour la droite française, le Comité des forges pour la gauche, ont représenté le fantasme d’une toute-puissante araignée dont la toile est partout.

Cela étant, l’existence de groupes de pression, de lobbies, d’amicales de toutes sortes, le tout plus ou moins discret dans ses affiliations comme dans ses buts, est une évidence. Il serait naïf de nier leur existence et leur intention tout à fait avouée de défendre leurs intérêts ou de promouvoir leur vision de la société, comme il serait naïf de leur attribuer tout ce qui nous déplaît.

Concrètement, pourquoi certains sujets seraient-ils inabordables ?

D’abord, parce qu’ils sont, en soi, difficiles à traiter. Ils demandent une culture que tout le monde n’a pas pris le temps d’acquérir. Et plus encore peut-être le courage intellectuel de briser les cadres de réflexion habituels pour voir les phénomènes en face. Bien des journalistes à qui on demande des rythmes de travail intenables n’ont pas le temps d’apprendre, et certaines écoles les ont formatés si efficacement qu’ils s’imaginent déjà en possession des clefs conceptuelles qui ouvrent toutes les portes.

Ensuite, parce qu’il n’est pas toujours facile de résister à certaines pressions ; le refus poli de publier ou de faire traduire chez de grands éditeurs, le refus poli de relayer une information pourtant bien attestée, tout cela est efficace, et d’autant plus que c’est discret.

Enfin, nous avons de plus en plus de mal à pratiquer certaines distinctions qui sont pourtant de la logique tout à fait élémentaire. Ainsi, entre les personnes, d’un côté, et, de l’autre côté, leurs croyances ou leurs pratiques. Le suffixe « phobie », qui a connu depuis quelques années une inflation remarquable, sert à rendre impossible cette distinction : dire que les pratiques homosexuelles sont des perversions, ce serait de l’homophobie et « stigmatiserait » (encore un mot dont l’inventeur a dû se retirer fortune faite...) les homosexuels ; dire que le Coran, les hadiths et la vie de Mahomet contiennent de quoi justifier le meurtre, le viol et le vol, ce serait de l’islamophobie et « stigmatiserait » les musulmans. Mais dire que le tabac augmente les risques de cancer, est-ce de la « fumeurophobie » ? Est-ce « stigmatiser » les fumeurs ? N’est-ce pas plutôt leur rendre service en les avertissant des risques qu’ils courent ?

Source :  Valeurs actuelles du 6 janvier

mercredi 6 janvier 2016

L’école privée profite à tous les élèves québécois

Un texte de Michel Kelly Gagnon dans le Journal de Montréal de mardi 5 janvier.

Les résultats d’une étude récente du professeur Pierre Lefebvre, de l’UQAM, démontrent que la présence accrue du secteur privé dans le système d’éducation profite à tous les élèves québécois, autant ceux qui étudient dans des écoles privées que ceux qui étudient dans des écoles publiques.

« Les résultats suggèrent que la minorité considérable des élèves qui fréquentent l’école privée au secondaire explique en partie les résultats supérieurs du Québec aux tests PISA, tant dans les écoles privées que publiques (par effet de concurrence).

Selon les estimés conservateurs, l’école privée ajoute approximativement une année d’études en termes des scores de lecture et math. De façon plus importante, pour le développement du capital humain, les résultats soutiennent l’existence d’un effet causal important de l’école privée sur les niveaux (hiérarchie) des compétences mesurées par PISA. »

Selon le professeur, la différence s’explique par plusieurs facteurs, dont l’autonomie plus grande des écoles privées et le degré plus grand de responsabilité (et donc de reddition de comptes) du privé dans l’allocation des ressources, notamment l’embauche et le congédiement des enseignants (l’Institut économique de Montréal, IEDM, publiera dans les prochains jours une Note économique sur ce sujet précis).

Le chercheur souligne également que l’effet de la concurrence du privé force les écoles publiques à se surpasser, ce qui bénéficie à tous. Ces résultats ne devraient pas surprendre. Déjà en 2005, l’IEDM recensait les résultats d’expériences internationales sur la concurrence entre écoles, notamment en Suède et aux États-Unis, et les effets étaient similaires.

« En fait, sur sept analyses qui ont examiné la question, cinq montrent un effet positif sur les résultats (notamment en lecture et en mathématique) des élèves des écoles publiques rattaché à une hausse de la proportion des inscriptions à l’école privée, alors que deux ne notent aucun effet significatif.

Les impacts de la concurrence sur d’autres mesures de performance des écoles, comme le taux de diplomation au secondaire, sont également positifs. La concurrence des écoles privées a aussi pour effet indirect de hausser le nombre d’années de scolarité des individus et leur salaire à 24 ans. »

Certains souhaitent que le gouvernement mette fin au financement public des écoles privées. Pourtant, il n’existe aucune preuve que la présence de ce secteur nuit à la performance des écoles publiques. Au contraire, une majorité d’études le démontrent : la présence d’écoles privées performantes entraîne un effet d’émulation par les écoles publiques qui profite à tous.

Source

Mise en contexte


Rappelons les chiffres : au Québec, environ 22 % des ados fréquentent le privé au secondaire, trois fois plus qu’ailleurs au Canada. En Ontario, cette proportion n’est que de 3 %. L’écart s’explique parce que le Québec subventionne fortement le privé, un financement dont le principe a été maintenu par tous les gouvernements depuis les réformes des années 60.

Dans une récente étude, l’économiste Pierre Lefebvre, de l’UQAM, tente d’éclaircir le débat en utilisant les fameux résultats de PISA depuis l’an 2000, soit le Programme international pour le suivi des acquis.

Ce programme, rappelons-le, compare les résultats des élèves de 15 ans de partout dans le monde à des tests de mathématiques, de lecture et de sciences. De plus, PISA pose des questions aux répondants sur leur profil socioéconomique.

En math, les ados du Québec se classent parmi les meilleurs au monde depuis plusieurs années et Pierre Lefebvre croit que la présence accrue du privé y est pour quelque chose.

Pour tenter d’y voir clair, l’économiste a comparé les résultats des ados au privé et au public en fonction de certains indicateurs socioéconomiques. Un enfant avec les mêmes caractéristiques socioéconomiques obtient-il de meilleurs résultats au privé ? Et globalement, cet effet du privé rehausse-t-il les notes moyennes de l’ensemble des ados du Québec par rapport au reste du Canada ?

Voyons voir. Les deux variables les plus significatives sondées par PISA à cet égard sont l’indice du statut professionnel (ISP), d’une part, et le nombre de livres à la maison, d’autre part. L’ISP est le niveau d’emploi le plus élevé des parents, rapporté sur une échelle de 10 (1 correspondant aux travailleurs sans qualification et 10 aux travailleurs très qualifiés, comme les juges, les médecins, etc.).

Pierre Lefebvre a constaté que, de deux élèves dont les parents ont le même ISP ou le même nombre de livres à la maison, celui qui fréquente le privé obtient des résultats nettement meilleurs aux tests PISA, en moyenne.

Par exemple, aux tests PISA de mathématiques, ceux qui ont un ISP de 8 obtiennent une note de 543 (sur 650) au public, mais de 589 au privé. Les écarts entre le public et le privé par échelon d’ISP varient de 27 à 58.

Écart semblable entre le privé et le public lorsqu’on tient compte du nombre de livres à la maison. Les enfants de foyers où il y a plus de 200 livres obtiennent de meilleures notes aux tests de maths du PISA (605) que ceux qui vont au public (561).

Cet écart d’environ 40 points dans les notes entre le privé et le public est observé également dans les tests de lecture. Selon les analystes de PISA, un écart de 30-40 points équivaut à environ une année d’étude supplémentaire.

Fait étonnant : en maths, les élèves de 15 ans du public obtiennent une note aussi bonne que la moyenne des élèves du reste du Canada (531 contre 526). C’est donc dire que les ados québécois sont plus forts en maths qu’ailleurs, même en excluant les « calés » du privé.

Pierre Lefebvre conclut qu’à « statut socioéconomique semblable, les élèves obtiennent de meilleurs résultats à l’école privée ». De plus, il estime que ce phénomène a globalement contribué à donner au Québec des élèves mieux formés.

Selon lui, cette différence peut s’expliquer par une série de facteurs mesurés lors des tests PISA. Trois ressortent du lot. Premièrement, il y a l’autonomie plus grande des écoles privées. Deuxièmement, les analystes notent le degré plus grand de responsabilité (et donc de reddition de comptes) du privé dans l’allocation des ressources (embauche et congédiement des profs, répartition des budgets, etc.). Troisièmement, il est question de l’impact du meilleur climat scolaire (moins de retards aux cours, plus grand respect des profs, moins d’intimidation, etc.).

Dans sa logique d’économiste, Pierre Lefebvre croit également que l’effet de la concurrence du privé force les écoles publiques à se surpasser, ce qui bénéficierait à tous.

Cela dit, l’étude ne mesure pas à proprement parler l’effet sur les résultats de la sélection des élèves dans certaines écoles. De plus, la forte croissance du privé au secondaire ces dernières années au Québec devrait avoir un impact sur les résultats moyens des élèves, ce que l’étude ne capte pas.

Enfin, on ne sait pas jusqu’à quel point la composition de plus en plus difficile des classes du public tire les résultats vers le bas et contrebalance négativement les effets du privé.

À cet égard, un comité d’experts concluait, en juin 2014, que la ségrégation des élèves en fonction de leurs aptitudes ou de leurs origines socioéconomiques est nuisible.

« De nombreux chercheurs arrivent à la conclusion qu’une plus grande mixité des élèves au regard de leur genre ainsi que de leur origine sociale et ethnique influence positivement la réussite de tous les élèves. Ainsi, les élèves qui sont plus à risque d’échouer pour des raisons liées à leur statut socioéconomique ou à leur origine ethnique bénéficient significativement de la présence d’élèves forts dans leur classe, alors que les élèves forts ne sont pas pénalisés par la composition hétérogène de leur classe. »


lundi 4 janvier 2016

Les écoles Montessori séduisent de plus en plus de célébrités


Le prince George (ci-contre) fera sa rentrée des classes dans quelques jours dans une école Montessori. Un label d’établissements scolaires qui attire de plus en plus d’enfants de vedettes, de politiques ou de décideurs.

À 2 ans et demi, le prince George fera sa rentrée dans quelques jours dans un jardin d’enfants Montessori à Norfolk comme l’annonçait Kensington Palace le 18 décembre dernier. Une annonce qui devrait renforcer encore un peu plus la vogue de cette méthode d’enseignement dans les milieux huppés. La Bilingual Montessori School of Paris, sur les bas-côtés de l’Église américaine, située quai d’Orsay, accueille des enfants de vedettes ou d’hommes d’affaires qui n’hésitent pas à débourser 12 000 euros pour une année de primaire. On a entendu Jean-Marie Messier se féliciter que ses enfants puissent bénéficier alternativement de cette même pédagogie en France et aux États-Unis. Les fondateurs de Google, d’Amazon et de Wikipédia ont aussi fréquenté des écoles Montessori…

« Finalement, une école privée traditionnelle lui a mieux convenu »

Argument souvent mis en avant par ces structures, elles s’annoncent « bilingues », voire pour certaines « trilingues » ! Le plus souvent, c’est l’un des deux intervenants de la classe qui parle en anglais aux enfants. « La plasticité des enfants est, à cet âge, étonnante », argumente la directrice d’une école Montessori dans le IXe arrondissement de Paris, Héloïse Wirth, qui accueille 178 enfants de 3 ans à 12 ans. En ce début d’année, elle compte déjà 100 demandes pour les 25 places de maternelle pour la rentrée prochaine malgré 6500 euros l’année.

Son MBA décroché à Yale en impose aux parents. Elle compte 40 % d’enfants binationaux, de cadres supérieurs, médecins, avocats, professeurs d’université, de classes préparatoires. Mère d’un enfant resté deux ans dans une école Montessori, Marie se souvient d’une scène « surréaliste où l’institutrice pouvait décider sur un coup de tête d’emmener le surlendemain des enfants de CP voir Van Gogh à Amsterdam. On nous disait : “Ça va vous coûter 500 euros.” Tous les parents applaudissaient ». Elle décrit beaucoup de parents avec des enfants uniques, des « gens avec beaucoup d’argent » et une « minorité qui se saigne ».

5000 euros l’année à l’école Montessori d’Évry

Avec quelque 200 écoles d’inspiration Montessori, la France reste loin derrière les États-Unis qui en comptent plus de 5000. Elles se concentrent pour l’essentiel en région parisienne même si on en compte aussi beaucoup dans le sud-est. À Évry (Essonne), Muriel Bouchon accueille 54 enfants pour 5000 euros l’année. « C’est l’une des moins chères de la région », précise-t-elle. « La philosophie Montessori, c’est que chacun doit apprendre à son rythme. Lorsqu’un enfant sait lire à 4 ans, les parents sont émerveillés, mais lorsqu’à 6 ans, il ne sait toujours pas lire en décembre comme le petit copain de l’école publique, c’est la panique… », observe-t-elle.

Anne-Claire a testé cette pédagogie à Cannes (Alpes-Maritimes) : « Ma fille adorait. Timide, elle y a trouvé le goût de l’apprentissage, la joie », dit-elle. Maxime, lui, garde un souvenir plus circonspect : « L’école nous a coûté une fortune sans résultats probants. C’est séduisant sur le papier, mais je pense que ça marche avec des enfants assez autonomes naturellement. Mon fils avait besoin d’être cadré. À force d’aller à son rythme, il en est sorti sans savoir ses tables de multiplication, sa grammaire. Finalement, une école privée traditionnelle lui a mieux convenu. »


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vendredi 1 janvier 2016

Étude — Plus on est « progressiste », plus idéaliserait-on ou nierait-on la réalité ?

La revue érudite, le Journal of Personality and Social Psychology, a récemment effectué trois tests lors duquel elle a demandé aux gens d’identifier une forme. On a donc présenté aux participants trois figures géométriques et on leur a demandé dans quelle mesure celles-ci étaient des « cercles », des « triangles », des « carrés » ou une autre forme géométrique.

Dans un des cas, on leur a présenté une forme qu’on pourrait appeler une ellipse irrégulière, une sorte de vague tracé ovale à la circonférence irrégulière.

Quelle forme voyez-vous ?
Les chercheurs ont découvert que ceux qui disaient y voir un « cercle » étaient plus susceptibles d’être des « progressistes ». Les personnes qui ont déclaré qu’il ne s’agissait pas d’un cercle, mais d’une autre figure assez différente étaient plus susceptibles d’avoir des opinions politiques conservatrices.

De façon plus précise, ceux qui voyaient dans la forme biscornue un cercle (un carré ou un rectangle) étaient plus susceptibles d’être accueillants envers les immigrants et les plus enclins à tolérer des modes de vie minoritaires ou déviants. L’expert en psychologie Ben Ambridge a écrit dans The Guardian que les participants qui ont répondu qu’ils voyaient une figure régulière (cercle, carré ou rectangle) étaient plus susceptibles d’être en faveur du « mariage » homosexuel, de la légalisation du cannabis et de l’aide du gouvernement envers les chômeurs et les sans-abri.

Les interprétations des résultats divergent : certains, comme le journal de gauche The Guardian, y voient une tendance des progressistes à la générosité ou à la tolérance par rapport à la norme, à la déviance ; d’autres, comme le Spectator, y voient plutôt de l’aveuglement, une tendance à l’illusion sotte.

À la London School of Economics, un chercheur appelé Satoshi Kanazawa a suggéré que les libéraux étaient plus intelligents parce qu’ils étaient « prêts à épouser des valeurs évolutivement novatrices » à savoir des valeurs qui n’ont pas existé dans notre environnement ancestral. Mais ne s’agit-il pas là que de l’avis de Satoshi, opinion qui ne prouve rien. Se pourrait-il, par le plus grand des hasards, que Kanazawa se dise progressiste ?

Il se peut que, pour le bien de l’humanité, nous ayons besoin de cobayes qui adoptent de temps en temps des « valeurs évolutivement novatrices », même si 99 des 100 d’entre elles nous entraînent dans un cul-de-sac sur le plan de l’évolution ou mènent à une dépravation grotesque. Une de ces valeurs novatrices pourrait, il est vrai, nous faire progresser, mais ce ne serait pas un signe d’intelligence, mais une simple conséquence du hasard statistique.

Voir

L’effacement du réel (balai lexical sous le tapis)

L'effacement du réel

Le dernier quart de siècle aura été celui de l’effacement du réel. La télévision et la radio y ont beaucoup contribué, l’une en laissant croire que ce qui était montré était le seul réel, l’autre, en affirmant que c’était ce qui se trouve entendu. Or, la télévision montre ce qu’elle choisit et la radio ne fait entendre que ce qu’elle a élu. De sorte que ça n’est pas le réel qu’on nous présente, mais la fiction choisie par le journaliste. Nous vivons dans la fable d’un monde créé par les médias. Le réel n’ayant pas eu lieu, la fiction le remplace.

Balayer sous le tapis

L’un des signes de cet effacement du réel est l’effacement du mot qui dit le réel. Quiconque met le signifiant sous le tapis croit avoir aboli le signifié. Ainsi, il n’y a plus de clochards, mais, d’abord des sans domiciles fixe, avant que ceux-ci ne laissent place aux SDF ; il n’y a plus de nains, mais des personnes de petite taille ; plus de gros, mais des personnes en surcharge pondérale ; plus d’avortement, mais des Interruptions volontaires de grossesse, puis des IVG ; plus de contraception, mais un contrôle des naissances ; plus de prolétaires, mais des OS, des OQ, des OP – autrement dit des ouvriers spécialisés, des ouvriers qualifiés, des ouvriers professionnels ; plus de ceinture ou de banlieues, mais des ZUP et des ZEP ; plus de handicapés, mais des personnes à mobilité réduite , voire des « personnes en situation de handicap »; plus de noirs, mais des blacks ; plus de femmes de ménage, mais des techniciennes de surface ; plus d’allocations, mais des aides, voire des RSA ; plus de juifs, mais des feujs ; plus de Maghrébins, mais des beurs ; plus d’émigrés ou d’immigrés, mais des migrants ; plus de vieux, mais des personnes du troisième âge ; plus d’homosexuels, mais des gays ; plus de chômeurs, mais des demandeurs d’emploi ; plus de téléphones, mais des iPhone ou des Smartphones ; plus de droits de l’homme, mais des droits humains ; plus de Tiers monde mais des pays en voie de développement ; plus de prostituées, ni de putes bien sûr, mais des travailleuses du sexe ; plus d’élèves, mais des apprenants ; plus d’instituteurs, mais des professeurs des écoles ; plus de professeurs, mais des enseignants ; plus de ballons, mais des référentiels bondissants ; plus de lectures sur scène, mais des mises en voix ; plus de romanichels, mais des gens du voyage ; plus de sexe, mais du genre ; plus de races, mais des peuples ; plus de mensonges, mais des contre-vérités ; sans parler des tsunamis qui ont remplacé les raz-de-marée ou les congères qui prennent la place des tas de neige, voire de la neige à laquelle la vulgate médiatique substitue désormais le stupide manteau neigeux …

Voilà comment on ne peut plus parler de marchandisation d’utérus puisqu’il s’agit d’une gestation pour autrui ; ni de crimes de guerre puisque ce sont des dommages collatéraux. De même pourquoi ferait-on encore la révolution puisqu’il n’y a plus ni prolétaires ni femmes de ménage, ni chômeurs ni clochards. Et pourquoi y aurait-il encore une école puisqu’il n’y a plus ni instituteur ni professeur ? Rabelais faisait dire à Pantagruel : « Si les signes vous fâchent, ô quand vous fâcheront les choses signifiées ? » Les signes étant morts, les choses signifiées le sont aussi. Le désert avance…

Source : Carnet de Michel Onfray

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Étude — Plus on est « progressiste », plus idéaliserait-on ou nierait-on la réalité ?

mardi 29 décembre 2015

L'affaire Bruce/Brenda/David Reimer c. la théorie du genre

David Reimer (22 août 1965 - 5 mai 2004) était un Canadien né garçon et en bonne santé ; une circoncision mal faite lui valut l'ablation du pénis et, pensant que c'était le mieux à faire, on pratiqua une réassignation sexuelle et on l'éleva comme une fille. Avant l'adolescence de David, le psychologue John Money parlait de cette réassignation comme d'une réussite et y voyait la preuve que l'identité sexuelle est essentiellement due à l'éducation, mais à quinze ans David, devenu Brenda, voulut reprendre son identité masculine. Par la suite, il publia son histoire pour décourager de telles pratiques médicales. Il se suicida à l'âge de 38 ans.

David Reimer naquit à Winnipeg dans le Manitoba ; il avait un vrai jumeau, Brian, et son nom alors était Bruce. Quand ils eurent six mois, on s’inquiéta de voir que les deux garçons avaient des difficultés à uriner et on diagnostiqua un phimosis. Il fut donc décidé de les faire circoncire à l'âge de huit mois. On ne sait pas si des thérapies alternatives furent essayées. Le 27 avril 1966, le chirurgien Jean-Marie Huot et l'anesthésiste Max Cham pratiquèrent la circoncision à l'aide d'une machine à cautériser Bovie, alors que celle-ci n’était pas destinée à être utilisée sur les extrémités ni sur les organes génitaux. Le pénis de Bruce se retrouva irrémédiablement endommagé. On préféra alors ne pas faire circoncire Brian qui guérit fort bien sans traitement supplémentaire.

Les parents de Bruce, pensant à son bonheur futur et à sa vie sexuelle sans pénis, le conduisirent au Centre Médical Johns Hopkins à Baltimore pour soumettre son cas à John Money, un psychologue qui, dans le domaine du développement sexuel et de l'identité de genre, jouissait d’une réputation de pionnier fondée sur son travail avec des patients intersexués. Money était partisan de la théorie selon laquelle l'identité de genre est relativement plastique au cours de la première enfance et se développe essentiellement à la suite de l'apprentissage social qui la suit ; certains universitaires vers la fin des années 1960 croyaient que toutes les différences psychologiques et de comportement entre garçons et filles sont le résultat d’un apprentissage. Avec d'autres médecins qui travaillaient avec des petits enfants nés avec des organes sexuels anormaux, il croyait que, si un pénis ne peut pas être remplacé, un vagin fonctionnel peut être réalisé par une opération et que Bruce atteindrait mieux son épanouissement sexuel fonctionnel en tant que fille plutôt tant que garçon.


Documentaire britannique sur la théorie de John Money et sa fatale mise en application sur Bruce/Brenda/David Reimer.
Nous n'avons pas trouvé de documentaire en français (rien dans les archives de Radio Canada)


Ils persuadèrent ses parents qu'une réassignation sexuelle serait pour Bruce le plus profitable et, à l'âge de 22 mois, on lui enleva chirurgicalement les testicules. On l'éleva donc comme une fille et on lui donna le nom de « Brenda ». Le soutien psychologique après sa réassignation chirurgicale fut confié à John Money, qui continua à voir Brenda pendant plusieurs années, à la fois pour son traitement et pour écrire une étude. Cette réassignation était considérée comme un cas particulièrement intéressant pour tester le concept d'apprentissage social d'identité de genre et pour deux raisons. D'abord, Bruce/Brenda avait un frère jumeau, Brian, ce qui constituait un contrôle idéal puisque les deux enfants ne partageaient pas seulement leurs gènes et l'environnement familial, mais ils avaient également eu le même environnement intra-utérin. Ensuite, on se disait qu'il s'agissait de la première réassignation avec reconstruction exécutée sur un bébé garçon qui ne présentait aucune anomalie dans la différenciation sexuelle prénatale ou néo-natale.

Pendant plusieurs années, Money publia des rapports sur l'évolution de Brenda qu'il appelait « le cas John/Joan », décrivant chez elle un développement féminin apparemment réussi, et il utilisait cet exemple pour soutenir qu'une réassignation sexuelle avec reconstruction chirurgicale était parfaitement réalisable, même dans les cas où il n'y avait pas d'intersexuation. On donna des œstrogènes à Brenda quand elle atteignit l'adolescence pour provoquer le développement de sa poitrine. Et pourtant Brenda ressentait les visites à Baltimore comme des traumatismes plutôt que comme une thérapie, si bien que sa famille arrêta le suivi, mais John Money s'abstint de rien publier sur le cas qui pût laisser entendre que la réassignation n'avait pas été réussie.

Ce que Reimer écrivit deux décennies plus tard, en collaboration avec John Colapinto, nous montre comment, et contrairement à ce que prétendait Money, Brenda n'avait pas l'impression d'être une fille. Elle était victime de l'ostracisme et des brimades des autres enfants, et ni les jolies robes ni les hormones féminines ne la faisaient se sentir une femme. À l'âge de 13 ans, Brenda passa par une phase de dépression suicidaire et déclara à ses parents qu'elle se tuerait s'ils l'obligeaient encore à voir John Money. En 1980, les parents de Brenda lui apprirent la vérité sur sa réassignation sexuelle, sur les conseils de l'endocrinologue et du psychiatre de Brenda. Quand elle eut 15 ans, Brenda décida de reprendre une identité masculine et se fit appeler David. Après avoir appris à entretenir de nouvelles relations avec son ex-sœur, Brian commença à éprouver toute une série de troubles mentaux qui se développèrent plus tard en schizophrénie. À partir de 1997, David se soumit à un traitement pour inverser la réassignation, avec injections de testostérone, une double mastectomie et deux opérations de phalloplastie. Il se maria également avec une femme et devint le beau-père des trois enfants qu'elle avait.

Livre de Colapinto en allemand
Nous n'avons pas trouvé de
traduction en français
Son cas commença à être connu du monde entier en 1997 quand il raconta son histoire à Milton Diamond, professeur d’anatomie et de biologie reproductrice de l’université de Hawaï, qui réussit à obtenir de lui l'autorisation de la publier, afin de dissuader les médecins de traiter de la même façon d'autres bébés. Milton Diamond découvre la falsification et la dénonce. Money réplique et dénonce… une conspiration de l’extrême-droite et des mouvements anti-féministes ! Ses partisans épousent son délire : les vrais souvenirs de David sont présentés comme relevant du « syndrome des faux souvenirs »…

David rendit publique son histoire et, en décembre 1997, John Colapinto publia dans Rolling Stone Magazine un compte-rendu qui connut une large diffusion et eut un grand impact. Ils continuèrent en exposant l'affaire plus en détail dans un livre.

Bien que cette publication eût donné à David Reimer une sécurité financière plus grande, il connaissait beaucoup d'autres problèmes dans sa vie, entre autres une séparation d'avec sa femme, de graves difficultés avec ses parents et la mort de son frère jumeau Brian, en 2002, victime d'une combinaison toxique d'alcool et d'antidépresseurs. Son frère Brian aurait assisté (parfois nu pour comparer les appareils sexuels des jumeaux) pendant de nombreuses années aux travaux et séances de John Money sur son frère. Brian vit très mal l'annonce de la supercherie entretenue pendant 14 ans. David Reimer se suicida en 2004.

Silence de John Money qui avait publié Homme & Femme, Garçon & Fille en 1972 en racontant l’histoire qui prouvait selon lui la validité de ses hypothèses. Précisons, par ailleurs, que Money défendait la pédophilie[1][2] et stigmatisait l’hétérosexualité[1][2] comme une convention à déconstruire…

Notes

[1] Interview: John Money. PAIDIKA: The Journal of Paedophilia, Spring 1991, vol. 2, no. 3, p. 5.

[2] Cité en ligne dans John Colapinto, The True Story of John / Joan, Rolling Stone de décembre 1997 : pp. 54–97 (1re partie, 2e partie).

Voir aussi

De la violence de la théorie du genre à la négation du droit et de la réalité.

Le paradoxe de l'égalité entre les sexes c. la théorie du genre.

École québécoise : l'homoparentalité expliquée aux enfants du primaire par l'État

Violences conjugales : les hommes battus oubliés en France comme au Québec ?

Après les drogues et le SIDA, le tabou des violences dans les couples homosexuels

La campagne gouvernementale sur la violence faite aux femmes que désirait Mme David






Soutenons les familles dans leurs combats juridiques (reçu fiscal pour tout don supérieur à 50 $)

lundi 21 décembre 2015

Universités — Quand le refus de la sélection engendre la spirale du gaspillage

Texte de Jean-Louis Caccomo, maître de conférences en sciences économiques à l’université de Perpignan-Via Domitia.

Chaque année, la France consacre un budget important aux étudiants sans aucune évaluation de son résultat, juste pour faire du chiffre, faisant croire au passage à certains jeunes esprits qu’ils sont faits pour les études alors qu’ils sont tout bonnement égarés dans des filières de complaisance ou des formations sans débouchés. Je fais ce constat amer sans réjouissance aucune. Mais chaque année, à la rentrée, je suis convoqué pour les examens de rattrapage.

Et chaque année, j’observe que la moitié des étudiants, que l’on cherche pourtant à repêcher, ne s’est pas dérangée. Sur ceux qui sont présents, 60 % sont des étudiants étrangers dont la maîtrise du français est largement insuffisante.

Que l’on ne se méprenne pas sur mes propos. Je n’ai rien contre les étrangers et je consacre une grande partie de mon temps à la coopération universitaire à l’étranger, notamment dans les pays émergents, où je rencontre d’excellents étudiants (il faut dire que, dans la plupart de ces pays, le système d’enseignement supérieur est resté très sélectif, le plus souvent calqué sur le fonctionnement des universités américaines, de sorte que les étudiants refusés dans leur propre pays cherchent à tenter leur chance en France).

Mais il est manifeste qu’une partie non négligeable des étudiants étrangers utilise l’inscription à l’université pour obtenir une carte de séjour et contourner ainsi les lois sur l’immigration, la motivation pour les études étant plus que secondaire (puisque ces étudiants inscrits ne viennent pas en cours). À leurs yeux, la qualité et la générosité du modèle social exercent plus d’attraction que l’excellence annoncée de notre système d’enseignement supérieur.

On ne saurait leur reprocher d’être rationnels. C’est à nous de changer un système qui envoie des incitations qui ne sont pas de nature à faire émerger les meilleurs éléments et les meilleurs comportements.

L’administration universitaire est complice de cette immigration déguisée dans la mesure où la dotation budgétaire que reçoit chaque université est fonction du nombre d’inscriptions. Voilà comment on déchaîne un dérapage de la dépense publique sans aucune garantie de résultats en termes d’orientations et de compétences acquises, dans une spirale inflationniste que plus personne ne contrôle. Voilà pourquoi une réforme de l’université s’impose, basée sur la restauration véritable de l’autonomie et de la responsabilité.

Alors, si l’on est en droit de reprocher aux banques de prendre des risques inconsidérés en prêtant à des ménages insolvables (on leur reprochait jadis de ne prêter qu’aux riches…), on doit aussi épingler les comportements similaires en matière de capital humain, d’autant plus que ce dernier constitue notre capital le plus précieux.

En effet, au nom d’une conception erronée et caricaturale de la démocratisation de l’université, la collectivité se retrouve à financer des études d’individus qui n’en ont aucunement le profil, les capacités et les conditions intellectuelles requises. La dépense publique est un investissement (publiquement rentable à terme) dans la mesure où elle sert à financer les études de ceux — d’où qu’ils viennent — qui auront les aptitudes et la volonté de réussir. Ainsi, grâce à leurs compétences acquises à l’université et valorisées sur le marché du travail, ils deviendront demain de futurs contribuables, ce qui est une façon de rembourser la dépense initiale et de rentabiliser l’effort de la collectivité. Mais pour que cela fonctionne, encore faut-il évaluer et orienter, en d’autres termes, sélectionner.

La sélection n’est pas antidémocratique, tandis que les plus modestes feront les frais de la non-sélection. La sélection s’impose même moralement dans le système public où le coût des études est pris en charge par l’État. En effet, je ne peux pas être libre d’étudier ce que je veux avec l’argent des autres : si je veux être entièrement libre dans le choix de mon orientation, alors je finance intégralement le coût de mes études. Il en est de même pour une entreprise.

Si elle veut être totalement libre dans le choix de ses investissements, elle doit autofinancer ses projets. Si elle finance à crédit ou si elle ouvre son capital, elle devra rendre des comptes à sa banque pour obtenir un crédit ou à ses actionnaires pour continuer à bénéficier de l’accès au marché financier. Dans la mesure où l’on dépend des autres, on doit rendre des comptes aux autres. Dans le cas contraire, la dépense publique reste un pur gaspillage si elle n’engendre pas un flux de revenus futurs, prenant le risque d’augmenter la part de la population définitivement à la charge de la collectivité.


Dernier ouvrage de Jean-Louis Caccomo : Histoire des Faits Économiques, Ellipse, Paris, 18 août 2015, 304 pages, ISBN-13: 978-2340007017

dimanche 20 décembre 2015

Mariage et adoption pour les homosexuels — 63 % Slovènes s'y opposent par référendum

Selon les résultats de la Commission électorale d'État, les Slovènes ont voté contre une loi qui permettrait aux couples de même sexe de se marier et d'adopter des enfants.

Quelque 63,48 pour cent des électeurs se sont déclarés opposés à la loi, tandis qu'environ 36,52 % l'appuient, selon les résultats préliminaires après le dépouillement de plus de 99 pour cent des votes.

La loi avait été adoptée à une large majorité au Parlement par la gauche et le parti centriste du premier ministre Miro Cerar et elle donnait aux couples homosexuels les mêmes droits qu’aux hétérosexuels, dont celui de l’adoption, point le plus contesté par les opposants au mariage homo. Le premier ministre et le président Borut Pahor soutenaient le camp du Oui.

Le Pape investi pour le « non »

Grâce à 40 000 signatures, l’opposition de droite et l’Église catholique avaient obtenu la tenue d’un référendum d’initiative populaire, suspendant immédiatement l’application de la loi. Aussi, aucun homosexuel ne s’était encore « marié ».

En 2012, les Slovènes avaient déjà dit non à 55 % au prétendu mariage homosexuel lors d’un référendum similaire.

Si ce pays de deux millions d’habitants, membre de l’Union européenne depuis 2004, est généralement considéré comme le plus libéral des anciennes nations communistes, l'importance de l’Église catholique y demeure très forte. Sans évoquer explicitement le vote, le Pape a encouragé mercredi dernier « tous (les Slovènes), spécialement ceux qui ont des responsabilités publiques, à soutenir la famille, structure de référence de la vie en société ».

Sondages et médias 

Selon Reuters, les derniers sondages laissaient augurer d'un résultat serré... TV5 parlaient de sondages serrés.



La télé belge parlait de même d'un sondage serré à 19 h 30 heure locale lors de son journal télévision, répétant ainsi la dépêche sur son site internet :






Un sondage mené par Delo Stik en février 2015 indiquait que 51 % des Slovènes soutenaient le projet de loi alors qu'il était débattu à l'Assemblée nationale à l'époque, alors que 42 % s'y opposaient.

Un autre sondage réalisé par Ninamedia en mars 2015 indiquait qu'il ne restait plus que 42 % de répondants favorables à la nouvelle loi, tandis que 54 % y étaient opposés. Les jeunes de moins de 30 ans et les Slovènes de la région littorale étaient ceux qui soutenaient le plus cette nouvelle loi.

Un sondage réalisé en novembre 2015 montrait que 46 % des répondants appuyaient la loi alors que 54% étaient contre. Le sondage suggérait une forte polarisation. Alors que la plupart des femmes, des athées et des citadins soutenaient le projet de loi, une majorité importante d'hommes, de catholiques et de ruraux s'y opposait.

L'avenir  ?

Comme nous l’avons vu, les Slovènes avaient déjà refusé à 55 % le « mariage homosexuel » en 2012. Le peuple ayant mal voté, les partis politiques de gauche avaient décidé de passer par la voie législative. On peut craindre qu’on ne fasse bientôt revoter les Slovènes jusqu’à ce qu’ils votent « bien » ou que l’on trouve une Cour suprême qui décide « correctement » pour le peuple. Entretemps, les écoles et les médias prépareront les Slovènes à s'ouvrir à la modernité et lutteront contre l'hétérosexisme.  À partir de ce moment, uniquement, le débat sera clos et on ne pourra y revenir. La Lumière étant enfin descendue sur ce peuple « où l’Église catholique a encore un poids très fort ».

Source : gouvernement slovène, AFP et Reuters

vendredi 18 décembre 2015

Les enfants non religieux sont-ils vraiment plus altruistes ?

Il y a quelques semaines, une dépêche de presse a fait le tour des salles de rédaction. « Les enfants religieux sont plus méchants que leurs camarades non religieux », titrait le Guardian, journal de gauche britannique de référence. « Les enfants religieux sont des connards », délirait pour sa part le Daily Beast.

Des centaines d’autres journaux reprirent la même nouvelle : Le Monde, Radio Canada, The Economist, Forbes, le Journal de Québec, le Los Angeles Times, Le Soir de Bruxelles, The Independent de Londres. Tous ces articles étaient basés sur une note de recherche de quatre pages et demie publiée dans Current Biology par le professeur Jean Decety, un franco-américain, et six de ses collègues.

L’unanimisme et l’amateurisme de la presse dominante





En se basant sur les résultats de cette étude, l’ineffable « doc » Mailloux n’a pas hésité à déclarer, dans son émission au 106,9 FM en Mauricie, que les enfants provenant de familles croyantes sont « inférieurs ».


Mais quelles sont les preuves qui étayeraient ces titres sensationnalistes ? Cette étude confirme-t-elle d’autres études ? Vaut-elle tout le battage médiatique qui a entouré sa parution ?

 L’unanimisme et l’amateurisme de la presse dominante (suite)



En réalité, ce projet a été mal conçu et l’analyse des données a été bâclée. Leurs auteurs n’ont fait aucun effort ni pour tester d’autres hypothèses ni pour atténuer les lacunes dans la conception de leur travail de recherche. Leurs résultats contredisent la grande majorité des autres recherches sur le sujet. Enfin, les chercheurs surinterprètent les données avant que les journalistes n’en fassent goulûment de même et s’aventurent bien au-delà de ce que les universitaires affirmaient.

Mais, afin que les choses soient claires, voyons d’abord ce qu’affirme l’étude et quelle est sa méthodologie.

L’étude, publiée dans le magazine Current Biology, a été menée auprès d’un échantillon non aléatoire de 1170 enfants de 5 à 12 ans provenant de 6 pays différents (le Canada, la Chine, la Jordanie, la Turquie, les États-Unis et l’Afrique du Sud).

Les enfants ont été divisés en trois groupes différents soit ceux dont les parents sont non religieux, ceux dont les parents sont chrétiens et finalement ceux dont les géniteurs sont musulmans. Les chercheurs n’ont jamais demandé aux enfants s’ils étaient religieux ou non.

Dans l’expérience principale, les chercheurs leur ont remis 30 autocollants et leur ont demandé de choisir leurs 10 préférés en leur mentionnant qu’il n’y en aurait pas assez pour tous leurs camarades.

Les universitaires ont ensuite dit aux enfants que l’on manquait de temps pour terminer l’expérience avec les autres enfants, mais que s’ils étaient prêts à donner certains de leurs autocollants, les chercheurs les distribueraient à leurs camarades moins chanceux. Les universitaires ont alors compté le nombre d’autocollants que les écoliers ont rendu et ont utilisé ce chiffre comme mesure de l’altruisme de ces enfants.

Les auteurs de l’étude ont comparé le nombre d’autocollants que les enfants issus de foyers religieux rendaient et l’ont comparé au nombre rendu par les enfants issus de foyers non religieux.

Les écoliers non religieux ont donné davantage d’autocollants (0,86 autocollant de plus pour être exact). Tout ce ramdam médiatique porte donc sur une fraction de vignette (sur dix).

Malgré la grande diversité de participants regroupés dans cet échantillon transnational (par exemple le Canada et la Jordanie) et les nombreux facteurs qui peuvent influer sur la générosité des enfants dans une telle diversité de contextes (notamment la pauvreté), les chercheurs ont supposé que la seule différence entre les écoliers issus de familles « religieuses » et ceux de familles « non religieuses » était la religion[1]. C’était faire une grosse hypothèse.

Dans la deuxième expérience, les chercheurs ont présenté une série de scénarios où un enfant en poussait un autre et commettait d’autres « préjudices interpersonnels ». Les étudiants religieux considéraient ces comportements comme plus « méchants » que les enfants non religieux. Les enfants de familles musulmanes recommandaient des punitions plus sévères pour ces mauvaises actions que les enfants non religieux. Les punitions recommandées par les enfants de famille chrétienne ne se distinguaient pas de celles proposées par les enfants de familles non religieuses.

Étrangement, dans la conclusion de l’article et dans la plupart des articles de presse, les différents auteurs affirment que les enfants « religieux » étaient « plus méchants », « plus sévères » ou « plus vindicatifs » sans préciser que seuls les enfants musulmans l’étaient (si tant est que l’échantillon était représentatif des enfants de familles musulmanes en général). Les chercheurs n’ont pas interprété le souci des enfants religieux envers les personnes qui avaient été poussées ou blessées par un autre enfant comme un signe d’altruisme, mais l’ont considéré comme vindicatif.

Les auteurs n’ont pas plus ajusté leurs évaluations de la sévérité des peines pour prendre en compte l’interprétation de la gravité des infractions du point de vue des enfants : si ces enfants considèrent que pousser quelqu’un n’est pas grave, ils seront bien évidemment enclins à plus de clémence envers les auteurs de ces impolitesses. Ils n’ont pas plus conclu que les enfants de familles chrétiennes étaient miséricordieux malgré le fait qu’ils considéraient ces actes d’incivilités comme plus mesquins que les écoliers de familles non religieuses alors qu’ils ne demandaient pas de punitions plus sévères que leurs camarades non religieux.

Dans la troisième expérience, les chercheurs ont demandé aux parents à quel point leur enfant est empathique et sensible à l’injustice. Les parents religieux ont classé leurs enfants comme plus empathiques et sensibles à l’injustice que les parents non religieux. Les chercheurs ont considéré ces témoignages comme de l’aveuglement parental et décidé que leur expérience avec les autocollants permettait de mieux capter l’empathie et la sensibilité des enfants que, d’une part, la préoccupation de l’enfant pour les enfants qui ont été poussés et, d’autre part, toute une vie de parents remplie d’expériences. Les chercheurs auraient pu demander à un enseignant ou d’autres élèves d’évaluer l’empathie et la sensibilité des enfants (comme évaluation extérieure), mais ils ne l’ont pas fait.

Dans la première et la troisième expérience, une différence entre les enfants de familles religieuses et non religieuses demeure après ajustement pour l’âge, le pays et une mesure approximative du niveau d’instruction de la mère[2]. L’effet de la religion sur le don d’autocollants devient sans doute plus petit une fois ces facteurs pris en compte, mais il est difficile de déterminer l’ampleur de cette réduction parce que les auteurs passent à des coefficients standardisés sans fournir d’écarts-types. Ainsi, nous ne savons pas ce que veut dire en termes d’autocollants cette phrase absconse de l’étude : « un changement d’écart-type dans l’identité religieuse correspond à un changement de -0,15 d’écart-type de dons d’autocollant ». On ne peut donc pas traduire ces coefficients en unités compréhensibles. Avant d’ajuster les valeurs en prenant en compte l’âge, le pays et le niveau d’éducation de la mère, les écoliers de familles religieuses donnaient 0,86 autocollant de moins ; après ajustement les enfants de familles religieuses donnent peut-être 0,20 autocollant de moins, mais dans les deux cas la différence est peu importante.

Tant dans la conclusion de l’étude que dans les articles de presse, les auteurs et les journalistes n’ont indiqué que la différence entre les écoliers issus de familles religieuses et non religieuses avant ajustement et aucun des articles recensés ne soulignait le peu d’importance de cette différence, à savoir moins d’un autocollant. Les auteurs ne précisent pas si, dans la seconde expérience, la différence dans « l’esprit vindicatif » entre les enfants « religieux » et « non religieux » demeure significative après ajustement pour l’âge, le pays et le niveau d’instruction de la mère, probablement parce que ce n’est pas le cas.

Les chercheurs ont conclu que ces trois expériences indiqueraient que les personnes religieuses se penseraient plus serviables alors qu’en réalité ils sont « moins serviables » et « plus vindicatifs ». Au cours d’entrevues avec des journalistes, Decety explique que si les gens pensent qu’ils sont plus moraux, ils se permettent d’être plus immoraux. Ainsi, penser qu’on est moral serait préjudiciable.

Decety prétend également que sa recherche démontre que la sécularisation est une bonne chose : « ... la sécularisation du discours moral ne réduit pas la bonté humaine. En fait, elle produit exactement le contraire. » Ces deux affirmations sont relativement générales et peu étayées par les données. Nous ne savons pas si les enfants se croient plus moraux, uniquement que leurs parents les pensent plus empathiques et sensibles à l’injustice. Nous ne savons pas pourquoi les enfants de familles religieuses ont donné un peu moins d’autocollants (ni même si cette association est causale), encore moins s’ils ont agi moins « moralement » parce qu’ils se pensent moraux. Les universitaires n’ont pas plus étudié l’effet de la sécularisation sur la bonté.

Les articles dans la presse populaire extrapolent encore plus. Un article paru dans The Mirror affirme que « les enfants des athées sont plus aimables et plus tolérants » — bien qu’il soit peu probable que les 28 pour cent de parents de l’échantillon identifiés comme « non religieux » soient tous des athées. Radio-Canada a commis la même généralisation abusive : « Athée et plus altruiste qu’un religieux ». Un article dans Forbes prétend que la recherche démontre que les personnes religieuses sont « moins morales » et que « l’histoire étaye la preuve scientifique que les laïcs sont plus moraux ». Visiblement pour ce journal une fraction d’autocollants (0,86 sans ajustement !) l’emporte sur les millions de morts d’Hitler et de Staline. Le Monde s’est également aventuré à prétendre que l’histoire prouvait la véracité de cette étude (sans considérer, notamment, les intérêts financiers des uns et des autres).

La plupart des comptes rendus dans la presse supposaient que la relation entre religion et légèrement moins d’autocollants rendus est causale. Aucune des dizaines d’articles de la presse grand public n’a mentionné la moindre étude précédente sur le même sujet ni interviewé un universitaire qui aurait un point de vue différent. Tous les articles de presse lus se félicitaient de cette étude au point de s’époumoner parfois en éloges. Il est clair que cette petite note de recherche allait dans le sens de ce que de nombreux journalistes voulaient entendre et voulaient diffuser. Visiblement, aucun d’entre eux n’a trouvé nécessaire ni de faire une petite recherche sur Google pour voir ce que la recherche publiée affirmait sur le sujet ni d’interroger n’importe quel spécialiste universitaire dans ce domaine.

Penchons-nous maintenant en détail sur cette étude et évaluons-la. Peut-on la prendre au sérieux ?

Pour ce faire, nous poserons six questions.

La peur de l'avenir saisit les Allemands, la natalité remonte surtout grâce aux immigrés

La menace terroriste, la situation économique du pays, l’arrivée soudaine de plus d’un million d’immigrants. Cela fait beaucoup pour un seul pays, et cela a un impact sur le moral des Allemands. Selon un sondage publié hier, plus de la moitié d’entre eux disent avoir « peur » de l’avenir, 55 % très précisément, et c’est un renversement de tendance complet : ils n’étaient que 31 % l’année dernière. La Bild Zeitung, dans un éditorial, constate que « ce n’est pas une bonne nouvelle. Beaucoup d’Allemands ont peur (…), et cela dans un pays que le reste du monde regarde avec admiration (sic). Ce n’est pas, quoi qu’en pensent les gens, un pays de cocagne. Les crises planétaires commencent à produire leurs effets. »



C’est un record depuis la réunification du pays en 1990 : les résidents en Allemagne n’ont jamais fait autant d’enfants. Le taux de natalité a atteint 1,47 en 2014. Est-ce le résultat d’une politique familiale plus volontariste (plus de places en crèche, plus d’allocations) ? Sans doute, mais ce regain de natalité est surtout porté par les étrangères, dont le taux de natalité s’élève à 1,86, contre 1,42 pour les Allemandes.