Par Mark Steyn† — Mes propos ce soir ont pour
titre les mots du général Stark1,
le grand héros du Nouvel Hampshire durant la Guerre d'indépendance des États-Unis : « vivre
libre ou mourir ! »2.
Lorsque je suis venu habiter dans le Nouvel Hampshire, où ces mots sont inscrits sur nos plaques minéralogiques, je croyais que le général Stark avait prononcé ces paroles à l’occasion d’une quelconque bataille – quelques mots bien sentis pour encourager ses hommes avant la charge ; un peu à la Henri V à Azincourt.
Mais j’ai rapidement découvert que le général avait fait cette fameuse déclaration des décennies après la guerre, dans une lettre où il exprimait ses regrets de ne pouvoir assister à un diner auquel il était convié. Curieusement, j’ai trouvé cela encore plus frappant. Dans des circonstances extrêmes, beaucoup de gens sont capables de redécouvrir en eux-mêmes les impulsions primitives. C’est ce qu’ont fait les courageux
passagers du vol 933.
Ces hommes ont décollé pour ce qu’ils croyaient être un voyage d'affaires de routine et, lorsqu’ils ont compris que ce n’était pas le cas, ils sont entrés en mode général Stark et se sont écriés « On fonce ! »4.
Mais il est plus difficile de conserver cet état d’esprit – « vivre libre ou
mourir ! » – lorsque ce n’est pas à une crise immédiate que vous faites face,
mais à mouvement un lent, progressif, impitoyable, incessant, toujours dans la
même direction5.
« Vivre libre ou mourir ! » ressemble à un cri de
guerre : nous l’emporterons ou bien nous mourrons en essayant, nous mourrons
d’une mort honorable. Mais c’est en fait quelque chose de beaucoup moins
dramatique : c’est la description toute simple de la réalité de nos existences
dans l’Occident prospère. Vous pouvez vivre comme des hommes libres, mais, si
vous choisissez de ne pas le faire, votre société mourra.
On suppose en général que mon livre America
Alone6 a pour sujet l’islam radical, les imans éructant des prêches
enflammés, les jeunes gens irritables qui s’agitent dans les rues en exécutant
la vieille pantomime « mort au Grand Satan ».
« L’indolence, comme Machiavel
l’avait bien compris, est le plus grand ennemi d’une
république »
Ce n’est pas le cas. Son sujet, c’est nous. Son
sujet c’est la manifestation, peut-être fatale, d’une vieille tentation des
civilisations. L’indolence, comme Machiavel l’avait bien compris, est le plus
grand ennemi d’une république. Lorsque j’ai commencé à avoir des ennuis avec les
soi-disant commissions « des droits de l’homme », au Canada, il semblait étrange
que la gauche progressiste fasse cause commune avec l’islam radical7.
Une partie de l’alliance se compose de laïcards féministes et homophiles,
l’autre partie de théocrates misogynes et homophobes. Même comme une version au
rabais du pacte Hitler-Staline, cela n’avait aucun sens. Mais, en fait ce
qu’ils ont en commun l’emporte sur ce qui les oppose, et qui est en apparence
plus évident : aussi bien les progressistes laïcs étatistes que l’islam
politique repoussent avec horreur le concept de citoyen, de l’individu libre
investi de la possibilité d’agir à l’intérieur de sa propre sphère sociale,
d’assumer ses responsabilités, et de développer son potentiel.
Dans la plupart des pays développés, L’État a
progressivement accaparé toutes les responsabilités de l’âge adulte – les soins
de santé, la garde des enfants, les soins aux personnes âgées8
– à tel point qu’il a effectivement coupé ses citoyens des instincts primaires
de l’humanité, à commencer par l’instinct de survie.
Hillary Rodham Clinton a déclaré qu’il fallait un
village pour élever un enfant9.
C’est censé être un proverbe africain, même s’il n’y a aucune preuve que qui que
ce soit ne l’ait jamais utilisé en Afrique, mais laissons cela. P. J. O’Rourke10
a magnifiquement résumé tout ça : il faut un village pour élever un enfant. Le
gouvernement est le village et vous êtes l’enfant. Oh, et à propos, même s’il
fallait un village pour élever un enfant, je ne voudrais pas que ce soit un
village africain. Si vous survolez la nuit la côte Ouest de l’Afrique, les
lumières ne forment qu’une seule et gigantesque mégalopole côtière : même les
Africains ne considèrent pas le village africain comme un modèle social
pertinent. Mais le village européen ne l’est pas non plus. La dépendance de
l’Europe à l’État-providence, aux droits sociaux financièrement insoutenables,
à la sécurité sociale du berceau à la tombe, et une dépendance à l’égard de
l’immigration de masse nécessaire pour soutenir ce système sont devenues
une menace existentielle pour quelques-uns des plus vieux États-nations du
monde.
Et maintenant les derniers à résister, les
États-Unis, sont en train de prendre le même sinistre chemin : après que le
Président ait dévoilé son budget, j’ai entendu des Américains se plaindre : « Oh,
c’est un nouveau Jimmy Carter » ou « C’est à nouveau la Grande Société de
Johnson », ou bien « un nouveau New Deal ». Si seulement c’était vrai. Ces
comparaisons bon marché permettent tout juste de donner une petite idée de
l’européanisation générale qui est en cours. Le budget gargantuesque de notre
44e Président, le premier d’une longue série, augmente davantage la
dette nationale que tous les 43 précédents réunis, de George Washington à George Deubeulyou11.
Le Président veut une assurance maladie à l’européenne, des crèches à
l’européenne, une éducation nationale à l’européenne, et, comme les Européens
l’ont découvert, même avec des taux d’imposition à l’européenne, le compte n’y
est pas. En Suède, la dépense publique représente 54 % du PIB. En Amérique,
c’était 34 % – il y a dix ans. Aujourd’hui, c’est près de 40 %. Dans quatre
ans, ce chiffre aura atteint un niveau très suédois.
« Oubliez l’argent, le déficit, la
dette, les grands nombres avec douze zéros derrière (…) Le problème ce n’est pas
le coût. »
Mais laissons de côté l’argent, le déficit, la dette, les
grands nombres avec douze zéros derrière. Ceux que l’on appelle les
conservateurs fiscaux se trompent souvent de problème. Le problème n’est pas
le coût. Ces programmes seraient mauvais même si Bill Gates faisait tous les
mois un chèque pour les financer. Ils sont mauvais parce qu’ils pervertissent la
relation entre le citoyen et l’État. Même s’il n’y avait pas de conséquences
financières, les conséquences morales et même spirituelles seraient toujours
fatales. C’est le stade qu'a atteint l’Europe.
L’Amérique est juste au début de ce processus.
J’ai regardé les classements dans La Liberté dans les 50 États, publié
par l’université George Mason le mois dernier12.
Le Nouvel Hampshire est numéro un, l’État le plus libre de la nation, ce qui en
fait presque à coup sûr l’endroit le plus libre dans tout le monde occidental.
Et ça m’a plutôt déprimé. Car « l’État du granit13
» me semble beaucoup moins libre que lorsque j’y suis arrivé, et puis vous
espérez toujours qu’il existe un ailleurs où aller, juste au cas où les choses
tourneraient mal et que vous deviez reprendre la route. Et, au fond du
classement, aux cinq dernières places, il y avait le Maryland, la Californie, le
Rhode Island, le New Jersey, et l’État le moins libre de toute l’Union, d’assez
loin : New York.
New York ! Que dit la chanson ? « Si vous pouvez
réussir ici, vous pourrez réussir n’importe où ! »14.
Si vous pouvez réussir ici, vous êtes une sorte de génie. « C’est le pire manque
à gagner fiscal depuis la Grande Dépression » a annoncé le gouverneur Patterson
il y a quelques semaines. En conséquence qu'annonce-t-il ? Il prépare la plus forte
augmentation d’impôt de toute l’histoire de New York. Si vous pouvez réussir
ici, il peut vous taxer ici – grâce à une taxe municipale, des taxes sur les
ventes, une taxe doublée sur la bière, une taxe sur l’habillement, une taxe sur
les courses en taxi, une « taxe iTunes », une taxe sur les coupes de cheveux,
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