vendredi 19 juin 2009

Prions en Église au service de l'État

Le texte affligeant de Prions en Église mis en pièces par Jean Renaud :
Dans son édition du 7 juin dernier, le Prions en Église, qui a fait montre une nouvelle fois de son manque de jugement, a cru bon de se mettre au service de l’État en publiant un texte d’une rare médiocrité. J’ose offrir à nos courageux lecteurs quelques-unes des perles relevées dans le maladroit plaidoyer du professeur Yves Roy en faveur du cours obligatoire d’éthique et de culture religieuse :
« En tant qu’enseignant au secondaire, j’ai dû expliquer la visée principale du nouveau cours d’éthique et de culture religieuse aux parents, dès septembre dernier. En quelques mots, je présentais cette visée comme suit: permettre au jeune de se comprendre lui-même et de comprendre le monde qui l’entoure. »
L’auteur de cette candide bluette croit-il que les parents hostiles au cours ÉCR ne veulent pas que leurs enfants se comprennent eux-mêmes et comprennent le monde qui les entoure ? Aucune discussion n’est possible à partir de tels poncifs. Tout le monde sait que le ministère de l’Éducation est, comme l’enfer, pavé de bonnes intentions : il n’en produit pas moins des analphabètes fonctionnels en quantité industrielle ! En réalité, le nouvel âne de Balaam à l’origine de ce texte prophétise par antiphrases : il annonce sans le savoir une génération de jeunes manipulables à loisir. Car, si le passé est garant de l’avenir, une chose est certaine : non seulement l’État et ses experts n’atteindront pas leurs objectifs, mais ils échoueront lamentablement.

« Dans la majorité des cas, je n’avais pas à m’expliquer davantage, cela coulait de source. » Cela coulait de source pour qui ? Pour ceux qui se contentent d’affirmations aussi générales que creuses !
La suite ici.

Loyola High School trial against the government imposed Ethics and Religious Culture curriculum

Interwiew at the end of Loyola trial with one of the High School's lawyers, maître Jacques Darche, and McGill professor John Zucchi, a plaintiff whose son is scheduled to have to follow the government imposed Ethics and Religious Culture curriculum next year.

Me Jacques Darche summarizes the court case, prof. John Zucchi explains why he is part of this court challenge: government should not interfere in the transmission of values and religious faith between a parent and his children.



See also: Loyola High School wins in Court (in French)

Loyola, entretiens avec Me Jacques Darche et le professeur John Zucchi

Entretiens alors que le procès du collège Loyola vient de se terminer avec un des avocats du collège, Me Jacques Darche, et un des plaignants, le prof. John Zucchi de Mc Gill qui s'insurge contre le fait que l'État s'immisce dans la transmission de valeurs religieuses dans un collège privé et s'interpose de la sorte entre son fils et lui-même en tant qu'éducateur et parent.



Extrait de l'émission Zoom de Sel + Lumière

France — Où va l'école catholique ?

jeudi 18 juin 2009

Le « dialogue » assure-t-il un meilleur « vivre ensemble » ?

Christopher Caldwell commente dans le magazine Slate le livre Going to Extremes de Cass Sunstein, professeur de droit constitutionnel à l'université Harvard. Caldwell, journaliste dont les chroniques sont publiées dans le Financial Times et le New York Times, est l’auteur de Reflections on the Revolution in Europe: Immigration, Islam and the West.

Dans son commentaire, Caldwell observe que la théorie de Sustein n'apporte aucune contribution à la lutte contre l'extrémisme malfaisant. Il souligne les points suivants :
  1. Sustein confirme que les campagnes publiques bien-pensantes et le « dialogue » sont une perte de temps. Les gens ont une préférence naturelle pour ceux qui leur ressemblent et qui partagent leurs valeurs. Les personnes dont les valeurs sont sincères et profondément ancrées éviteront l’entourage de celles qui ne les partagent pas.
  2. Le « dialogue » entre groupes renforce souvent les camps qui se braquent sur leurs positions. [Il peut, bien sûr, en aller différemment pour des individus très minoritaires dans un groupe.]
  3. L’extrémisme, que Sustein voudrait contrer, n’est pas en soi une mauvaise chose. Les arguments de Sustein pourraient tout aussi bien servir à contrer l’extrémisme désirable, par exemple celui d’une Mère Thérésa, d’un Martin Luther King ou, pour citer des exemples non mentionnés par Caldwell, d’un Gandhi ou d'un dalaï lama.




Voici une traduction d’extraits de la chronique de Caldwell : How on Earth Do You Tame Extremists ? Cass Sustein tackles an impossible task, Slate, 15 juin 2009 :

Lors des primaires démocrates de 2008 qui virent Barack Obama l’emporter sur Hillary Clinton, en grande partie grâce au soutien des États qui utilisaient le système de caucus, les partisans de Mme Clinton se sont plaints que le système délibératif des caucus n’a pas uniquement permis d’exprimer le sentiment des électeurs, mais il l’a également déformé [en le radicalisant : le groupe relativement uniforme adopte une position plus radicale que l'opinion moyenne de ses membres].

[…]

Si vous réunissez les deux côtés opposés à une question, ils ne trouvent pas un terrain d’entente. Chaque camp se braque. Sunstein nous apprend que si on demande de lire « un ensemble d’articles mesurés et réfléchis » à des groupes qui s’opposent sur les questions de l’avortement ou de la discrimination dite positive, chaque côté filtre simplement l’information pour y trouver ce qui confirme son point de vue. Il s’avère que l’idéologie n’est pas simplement une question d’opinion ou de point de vue, c’est aussi une prédisposition à accepter un certain type d’arguments et à en refuser d’autres. Complication supplémentaire : certains types d’arguments extrémistes bénéficient d’un « avantage rhétorique automatique » dans un débat; il est plus difficile de se rallier à « Moi, aussi, mais moins » qu’à « Quand le vin est tiré il faut le boire. » Ces dernières années, on n’a vu aucun argument efficace contrer l’augmentation constante des peines de prison contre les trafiquants de drogue ou les demandes constantes de diminution des impôts.

[…]

Si Sunstein est à la recherche de principes neutres qui entraveraient les extrémistes de mauvais aloi mais qui favorisent les bons – et pour une bonne partie de son livre, il semble le faire – sa quête est vaine. Il cherche une solution dans les travaux du juriste philosophe Heather Gerken, qui semble, selon la description de Sunstein, avoir effectué une analyse plus étoffée et subtile des groupes qui s’affrontent que tout ce que Sustein a décrit dans son propre livre.

Gerken opère une distinction entre la diversité de premier ordre (diversité au sein d’organismes) et la diversité de second ordre (la diversité entre les organismes). Pour faire simple, la première consiste à s’assurer que la rédaction du Los Angeles Times ait un certain nombre de Latinos, alors que la seconde signifie que le public puisse choisir entre, disons, le Los Angeles Times, la New Republic et le Final Call. Ce n’est alors pas grave si certains organismes ne sont pas divers pour autant que la société bénéficie une diversité d’organismes.

La version de la diversité selon Gerken serait que mille fleurs fleurissent. Elle s’accorde mieux avec le concept de liberté que la diversité de premier ordre, en vogue actuellement, qui se fonde sur une suspension ciblée de la liberté d’association. Toutefois, cette version ne permet pas d’éviter les difficultés que Sunstein a décrites avec une admirable audace au début de son ouvrage. Car, cette variété de groupes, quelques soient leur ampleur et diversité au départ, se rangent à la longue en deux camps qui s’enguirlanderont avec un mépris insensé et mutuel. Est-ce que ce n’est pas précisément ce qui a empoisonné la culture politique américaine depuis l’essor d’Internet ?

Tant que le lecteur suppose que l'extrémisme est un problème en soi, on pourrait penser que la solution consiste à renforcer la diversité de façon à ce qu’elle ne se dissolve pas au contact d’esprits obstinés. À titre d’exemple, c’est ce que suggère Sunstein pour le terrorisme. « Si une nation tente d’éviter les activités terroristes », écrit-il, « une bonne stratégie est d’empêcher l’établissement d’enclaves formées de personnes partageant les mêmes idées. » Mais que se passe-t-il lorsqu’une enclave n’est pas constituée de terroristes ? Que faire s’il s’agit d'un syndicat ? D’un cercle privé masculin ? D’un département d'études féminines ? De militants des droits civiques ? De croyants ordinaires ? Aime ton prochain comme toi-même et We shall overcome (nous triompherons !) répondent aussi à la description de l’extrémisme. Il s’agit là aussi de visions partielles du monde qui ont tendance à s’autorenforcer.

Sunstein est déchiré. L'idée centrale de cet ouvrage est que la délibération, loin d’unir les gens, peut les mener à l’extrémisme. Les campagnes bien-pensantes d’information du public et le « dialogue » risquent donc de faire plus de mal que de bien. Les arguments de Sunstein minent les idéaux de la démocratie délibérante, mais il refuse de l'admettre. « Mon livre se borne à suggérer que nous devons simplement faire mention de l’idée de délibération, plutôt que d'en faire l’apologie » écrit-il, sur un ton défensif.

Que signifie « faire mention de l'idée de délibération » ? Cela ne peut signifier autre chose qu’un raisonnement à rebours. Pour des raisons éthiques, on ne serait plus à la recherche des résultats désirables, mais des balises désirables dans les débats. Pour Sunstein, les mauvais extrémistes ont une « épistémologie déficiente » : ils en connaissent moins qu’ils ne le pensent, et ce qu’ils connaissent est biaisé. Mais en réalité, on peut dire la même chose de Martin Luther King et de Mère Theresa. Ce n'est pas l'épistémologie qui les sépare, par exemple, des bouchers du Rwanda. C’est la morale. Au plan conceptuel, l’« extrémisme » n’explique pas grand-chose. C'est un ruisselet qui se déverse dans un vaste océan de bien et de mal. La seule façon de contrer le genre d'extrémisme que vous n'aimez pas, que vous soyez à la tête d'un conseil scolaire ou d'un État, consiste à dire : « Nous croyons en ceci et nous ne croyons pas en cela », en espérant que vous serez suffisamment nombreux pour prévaloir – probablement, hélas, au moyen de tactiques qui sont moins délibératives que vous ne l’auriez souhaité.




Une partie de la traduction et de l'introduction vient du Poste de veille.

Réponse de la communauté orthodoxe juive au cours ECR

Le 28 mai 2009, l'hebdomadaire juif Canadian Jewish News (CJN) a publié, dans son édition montréalaise, une publicité bilingue pleine page (page 17) qui annonçait la formation d'un mouvement populaire, le Conseil sur l’éducation juive au Québec (CEJQ) qui représente la « réponse du judaïsme orthodoxe vis-à-vis du programme d’éthique et de culture religieuse ». Le directeur général du CEJQ est le rabbin Chalom Spira.

Le CEJQ félicite, habilement, le gouvernement du Québec pour sa promotion de l'amitié universelle entre les peuples et, dans cette optique, décrit le gouvernement québécois comme honorable, juste et digne d'éloges. Toutefois, selon ce mouvement populaire, les juifs orthodoxes doivent limiter l'étude de la religion à la Torah tel que le rappellent des décisions ecclésiastiques comme celles de Chlomo Zalman Auerbach, Joseph Ber Soloveitchik, Avigdor Nebenzahl, Norman Lamm et Moché Feinstein et que la manière orthodoxe de mettre en œuvre le programme d'Éthique et de culture religieuse est d'utiliser le code noachide (ou de Noé) comme base, puisque le code noachide est la religion universelle que tous, juifs et non-juifs, doivent suivre.

Le code noachide représente, selon l'opinion rabbinique, les sept principes moraux auxquels toute l'humanité doit obéir. Il s'agit de lois qui ordonnent l'établissement de tribunaux, et interdisent l’idolâtrie, le blasphème, l’homicide, l’inceste, le vol, et la consommation d’un membre prélevé sur un animal vivant (cruauté envers les animaux). Elles constituent pour les rabbins la fondation de toute moralité. Celles-ci s’étendraient, par des lois dérivant d’elles, à tous les aspects du comportement moral humain.

Le CJN a publié une publicité identique le 4 juin (page 19). Le même jour l'hebdomadaire orthodoxe juif « Hade'ah Vihaddibour » rapportait des sentiments similaires de la part de l'arbitre rabbinique (halakhique) Yosef Chalom EliaChiv.

Pour ce qui est du dialogue autour de sujets éthiques ou religieux, le CEJQ le considère comme absurde :
« Il faut comprendre que le « dialogue » est plus qu'une conversation polie, plus encore qu'une discussion érudite. Elle implique le logos, un engagement plein et entier de la foi. Il s'agit d'une confrontation profonde dans laquelle tout est mis en jeu et dont le résultat est toujours imprévisible, et dont les deux parties sortent rarement indemnes. C'est à cause de la nature unique et intime du logos, de l'incommensurabilité d'une foi par rapport à une autre, que nous considérons que le dialogue théologique est une absurdité...

Non, en ce qui concerne la foi et l'engagement ultime, le seul dialogue authentique est celui entre D_u et l'homme. Débattre de telles matières entre des membres de communautés religieuses représente une distraction et non une contribution au grand dialogue. »

Rabbin Norman Lamm,
chancelier de l'Université Yeshiva


Dans sa constitution, le CEJQ s'insurge contre des passages comme ceux-ci tirés du programme officiel :
«- p. 45 : "Des doctrines: le monothéisme, [sic] le panthéisme, l'animisme, le polythéisme, le déisme, l'agnosticisme, etc. Des critiques et des dénonciations: l'athéisme, l'idée de l'aliénation religieuse du Marc, Freud et Sartre, l'idée de la mort de [sic] Dieu chez Nietzsche, etc."
Le programme requiert donc de l'enseignant qu'il sensibilise l'élève qu'il y a (d'une certaine façon) plusieurs manières de représenter le divin, ainsi que des créatures mythiques et surnaturelles.

Il s'agit d'une équation relativiste de toutes les doctrines religieuses. Il faut respecter (en quelque sorte) le monothéisme, le polythéisme, l'agnosticisme et l'athéisme tous à la fois. En outre, on doit introduire les élèves à l'idée que D_u peut (pour ainsi dire) mourir. »
Le 5 juin, le Devoir publie enfin un long article informant ses lecteurs que le programme ECR ne se donne pas dans les écoles juives orthodoxes.

Étude de trois manuels du primaire d'ECR

Nous avons obtenu un rapport qui étudie les trois premiers manuels d'éthique et de culture religieuse du primaire publiés par les éditions CEC (Québécor). Ces trois manuels ont été approuvés par le ministère de l'Éducation (plus particulièrement le BAMD). La critique est souvent de nature religieuse (et non de nature politique ou sociologique, ce qui serait pourtant intéressant).

RÉSUMÉ
  1. Les manuels sont fortement illustrés, de bonne facture, plaisants au niveau graphique, pleins de contes. Tout dans la forme est fait pour plaire aux jeunes enfants. On distribue même des mascottes (une abeille et une fourmi en peluche) en classe.

  2. Ces manuels sont moins caricaturaux que ceux de Modulo pour les mêmes années du primaire.

  3. Nombreuses références à des contes autochtones (pour respecter le programme sans doute), on retrouve comme pour les manuels Modulo environ 20 % de pages consacrées aux spiritualités autochtones dans les pages à contenu religieux.

  4. Traitement assez libre des récits bibliques sur le même mode du conte, parfois adapté librement, d’où la possibilité que l’enfant considère la Bible comme un ensemble de contes, similaires aux contes autochtones ou hindouistes que rien ne semble distinguer dans leur véracité (ou manque de véracité).

  5. Les trois manuels étudiés n’abordent pas jamais la notion de péché, ni pour parler de la création, ni des raisons du Déluge. Le mot péché n’apparaît pas; quand le texte du Nouveau Testament parle de pécheur (Zachée), le manuel parle de « malhonnête ». On ne parle nulle part non plus de salut ou d’âme.

  6. Ailleurs, en éthique, forte promotion de la liberté chez de jeunes enfants (6 ans) qui auraient plus besoin de repères clairs et de discipline.

  7. Renforcement d’idées « progressistes » et « multiculturelles » à la mode : indien écologiste avant l’heure, extrêmement forte natalité au Québec il y a 60-70 ans (treize enfants ?), la diversité permet de faire un tout harmonieux (plus que l’homogénéité ?), égalitarisme candide (en prenant exemple sur les autochtones, les bons sauvages) et un certain irénisme béat (le dialogue respectueux comme solution aux problèmes, même le mal ?).

  8. Les religions ne sont que des formes particulières essentiellement inutiles, quoique pittoresques et folkloriques que l’on retrouve par exemple dans un musée, seule l’éthique planétaire (Weltethos) semble compter. Elle est représentée dans ces manuels par la « spiritualité » amérindienne. Tout revient – et tout doit aboutir – à une sorte de panthéisme humaniste, assez pélagien, on ne croit pas au mal ou du moins on le prend tellement peu au sérieux qu’on croit suffisant de le combattre par le « dialogue » et l’établissement égalitaire de règles consensuelles sans aucune mention à une quelconque transcendance.

  9. En éthique, on introduit également un certain relativisme en soulignant que les sociétés ont des règles différentes, les religions aussi. De même, les différences entre les religions n’ont peut-être aucune importance (on donne simplement des noms différents à Dieu), alors qu’en définitive il existe pourtant – en dehors du cours ECR – des différences qui portent sur les définitions mêmes de Dieu, du bien, de l’homme, etc.


L'étude est ici (PDF).

Le lecteur averti aura remarqué que l'expertise de M. Guy Durand, théologien et éthicien, reprend un certain nombre de ces critiques (voir annexe 6).

Réal Gaudreault — ECR = multiculturalisme et finalités politiques

Capsule 37 - ÉCR = Le multiculturalisme canadien



Résumé de Réal Gaudreault :
« Qui aurait cru qu’un jour le P.Q. servirait les intérêts du multiculturalisme canadien de Pierre Elliot Trudeau ? En souscrivant à l’imposition du cours ÉCR dans les écoles québécoises, Pauline Marois contribue à l’affaiblissement de l’identité québécoise. Mme Marois, pourquoi voulez-vous l’indépendance ? Ou plutôt pour qui ? Dans 30 ou 40 ans, il n’y aura plus de petits Québécois au Québec, mais juste de petits «  multiculturalisés » dopés aux idéologies de l’État. »

L'État désormais entièrement responsable de la formation en matière de religion
« Le second défi est celui du relai institutionnel de la formation en matière de religion. Conçue et contrôlée jusqu’ici par les Églises, celle-ci passe cette fois totalement sous la responsabilité de l’État.  »

Georges Leroux,
résumé de son intervention au congrès de l'ACFAS
mardi 16 juin 2008
source (complaisante)
Texte complet reproduit dans
Les défis de la formation à l'éthique et à la culture religieuse,
Presses de l'université Laval, 2008




Capsule 38 - ÉCR = Finalités politiques de l’État



Résumé de Réal Gaudreault :
« Dans divers articles, Georges Leroux y va de déclarations très claires : le cours ÉCR veut assigner des finalités que l’État détermine pour lui-même, et qui sont d’abord sociales et politiques. Ce projet politique qu’est le cours ÉCR serait le « remède » pour contrer le fondamentalisme religieux au Québec. Eh oui, les croyants sont des gens qu’il faut dès maintenant « guérir » de leur fondamentalisme religieux. »

L'État, seul propriétaire de l'enseignement des religions et de l'éthique
« Cette situation a pour conséquence que, pour la première fois dans l’histoire du Québec, la société peut se reconnaître, par la voix de l’État, seule propriétaire de cet enseignement, elle peut l’assumer comme sa vocation propre, au même titre que la santé ou la justice. »

« Elle peut surtout lui assigner des finalités qu’elle détermine pour elle-même, et qui sont d’abord sociales et politiques : assurer un vivre ensemble harmonieux. »

Georges Leroux
Éthique, culture religieuse, dialogue, chez Fides, p. 21



M. Georges Leroux est un défenseur zélé du cours ECR ; il a témoigné en faveur de son imposition à tous les élèves sans exception lors des procès de Drummondville et Loyola. Il est assez fier qu'on considère son option comme jacobine.

mercredi 17 juin 2009

Le cercle carré

Article intéressant de Joseph Facal qui montre bien le dilemme devant lequel le Monopole de l'Éducation s'est placé. (Tiré de son carnet)

« 
Le cercle carré

17 juin 2009 par Joseph Facal

Croyez-moi, nous ne sommes pas à la veille d’en avoir fini avec la religion au Québec.

Plusieurs écoles privées juives orthodoxes vivent depuis longtemps dans l’illégalité. Par exemple, elles ne donnent pas le nombre minimal d’heures d’enseignement des matières de base exigé par la loi, parce que beaucoup d’heures sont consacrées à l’étude des textes sacrés du judaïsme. Le gouvernement, qui les subventionne, cherche une solution, paraît-il.

Un nouveau problème vient d’apparaître. Depuis septembre 2008, TOUTES les écoles au Québec doivent obligatoirement enseigner le nouveau cours Éthique et Culture religieuse (ECR) qui remplace l’ancien enseignement confessionnel. Ces écoles juives demandent aujourd’hui d’être exemptées de cette obligation, ou de pouvoir adapter le contenu du cours à leur convenance.

Le problème est que les parents catholiques qui ont demandé la même chose se sont heurtés à des refus nets des autorités. Ils sont présentement devant les tribunaux.

Il est parfaitement illusoire de penser que les Juifs hassidiques cèderont là-dessus. Cela peut sembler étrange, voire incompréhensible pour vous et moi, mais ces gens vivent dans un monde parallèle entièrement régi par leur religion jusque dans les moindres détails.

Ils refusent de s’intégrer au reste de la société, non par malveillance, mais par conviction que se mêler à nous les empêcherait de mener une vie en totale conformité avec leurs préceptes religieux. Le cours ECR est donc, de leur point de vue, une intolérable atteinte à leur liberté de conscience.

Admettons un instant qu’on leur consent une sorte de régime d’exception au nom de l’inviolabilité de leur liberté de conscience. Est-ce à dire que la liberté de conscience des catholiques orthodoxes est moins inviolable ? Ce serait parfaitement indéfendable.

Imaginons maintenant que le gouvernement s’adresse aux tribunaux. Les hassidim invoqueront sans doute l’article 3 de la Charte des droits et libertés qui affirme le caractère inaliénable de la liberté religieuse. Il n’est pas dit qu’ils ne gagneraient pas.

S’ils gagnent, cette victoire sera aussi celle de toutes les autres religions. S’ils perdent, ils ne se soumettront pas davantage : les lois divines l’emportent, pour eux, sur les lois humaines. Ils feront alors semblant de se conformer, ou choisiront de s’enfoncer davantage dans l’illégalité, voire la clandestinité.

Suspendons leur financement, me direz-vous. Le problème est que le cours ECR est obligatoire même si une école n’est pas subventionnée par les fonds publics.

Théoriquement, le gouvernement pourrait décider que, désormais, une école non subventionnée n’est plus tenue de suivre le régime pédagogique prévu par la loi actuelle. À coup sûr, d’autres sectes religieuses choisiraient alors cette voie, et c’est toute la laïcisation du système scolaire qui serait compromise. Bref, c’est la quadrature du cercle.

Le nœud du problème vient de ce que les zélotes de la laïcité, qui sont tout aussi religieux à leur manière, ont rendu obligatoire et sans possibilité d’exemption ce cours, mais sans s’assurer auparavant que l’État aurait les moyens de faire appliquer sa propre loi.

C’est tout à l’honneur de la ministre de l’Éducation d’avoir dit clairement qu’elle ne permettrait pas deux poids, deux mesures. Mais elle en viendra peut-être à regretter d’avoir été si transparente. Une affaire à suivre de près.
 »

mardi 16 juin 2009

Jean-Pierre Proulx se mêle de droit

Un des pères du cours gouvernemental obligatoire d'éthique et de culture religieuse imposé à tous les élèves québécois tout autant dans les écoles publiques que privées, Jean-Pierre Proulx, a décidé de « réfléchi[r] à la question sous l’angle juridique, à partir de la requête soumise par des parents à la Cour supérieure de Drummondville ».

D'abord sur son carnet, puis dans les colonnes complaisantes du Soleil.

Jean-Pierre Proulx y glose en amateur — il n'est pas juriste — des prétendus quatre objectifs des requérants (Mme Lavallée) :
« 
  1. d'accorder à leurs enfants l'exemption du cours ECR qui leur a été refusée par leur commission scolaire au début de l'année scolaire 2008 ;
  2. de rendre inopérante et de déclarer inconstitutionnelle la loi 95 de 2005 qui a supprimé le régime d'options entre l'enseignement catholique, l'enseignement protestant et la formation morale non-confessionnelle ;
  3. de déclarer inconstitutionnelle la suppression de la disposition de la Charte des droits et libertés de la personne qui accordait aux parents le droit d'exiger pour leurs enfants à l'école publique un enseignement religieux conforme à leurs convictions. Cette disposition a été remplacée par une autre qui garantit aux parents «le droit d'assurer l'éducation religieuse et morale de leurs enfants conformément à leurs convictions, dans le respect des droits de leurs enfants et de l'intérêt de ceux-ci»;
  4. de déclarer inconstitutionnel le cours d'éthique et de culture religieuse inscrit au régime pédagogique des écoles primaires et secondaires.
 »


Il y a un petit problème : il ne s'agit pas des griefs ou objectifs invoqués devant le Cour supérieure du Québec à Drummondville il y a quelques semaines ! Et M. Proulx serait un spécialiste de ce dossier !

Le seul grief réellement invoqué est le premier énuméré, à savoir « d'accorder à leurs enfants l'exemption du cours ECR qui leur a été refusée par leur commission scolaire au début de l'année scolaire 2008 ».

Et qu'en dit M. Proulx ?
« La joute juridique risque d'être plus dure sur le premier point, soit sur la demande d'exemption du cours. On sait d'abord que les tribunaux n'interviennent pas pour juger de la substance ou de la pertinence des décisions de l'administration publique, en particulier sur les questions pédagogiques. La jurisprudence est constante à cet égard depuis une décision de la Cour suprême du Canada dans les années 50.

[...]

Sans préjuger, une fois encore de la décision des tribunaux, on peut faire l'hypothèse raisonnable que le tout va se jouer autour, non pas de la constitutionnalité du cours ECR, mais plutôt à propos de l'interprétation qui sera faite de la «croyance sincère» touchant les effets potentiellement préjudiciables du cours ECR à l'égard de la liberté de conscience et de religion.

Si le tribunal donne raison aux requérants sur ce point, la légalité générale du cours ECR ne sera pas compromise [Note du carnet, d'autant plus qu'elle n'est pas pour l'instant attaquée], mais il faudra, évidemment, que l'État trouve pour les « croyants sincères » un accommodement qui pourrait bien passer par l'exemption de quelques milliers d'enfants.
 »
Une fois de plus, M. Proulx qui avait déjà mentionné ce sujet dans le Devoir le 30 mars, quand il célébrait par un long article les dix ans de son propre rapport, semble craindre l'issue de la doctrine de la croyance sincère, car elle «ouvr[e] ainsi la porte à des décisions imprévisibles.»