dimanche 27 mars 2016

Grande-Bretagne – La lente disparition de la mention « Pâques » sur les œufs

C’est la plus importante fête chrétienne de l’année. Elle célèbre la résurrection du Christ fondamentale à la foi chrétienne. Si deux milliards de personnes commémorent celle-ci dans le monde, elle semble disparaître lentement pour ce qui est des œufs de Pâques, du moins en Grande-Bretagne.



Un nombre croissant d’œufs en chocolat sont en vente au Royaume-Uni sans aucune mention du mot « Pâques » sur le devant de l’emballage. Beaucoup de marques parmi les plus connues de Grande-Bretagne ont tranquillement laissé tomber le nom de la fête chrétienne de leurs produits pascaux, elles vendraient maintenant des produits de Pâques décrits comme de simples « œufs en chocolat » ou même « œufs ». C’est ce qu’affirment les responsables de « Real Easter Egg » (Véritable Œuf de Pâques), des chocolatiers « équitables » qui n’hésitent pas orner d’un message chrétien au lieu d’images de lapins et des poussins et versent les bénéfices à des institutions charitables.



La société « Chocolats pleins de sens », basée à Manchester, a été fondée il y a six ans dans une tentative de réintroduire sur le marché des œufs de Pâques qui mentionnent l’histoire de Pâques ainsi que calendriers de l’Avent. Mais, depuis lors, selon le fondateur de l’entreprise David Marshall, la tendance à la sécularisation n’a fait que progresser alors que, désormais, de nombreux produits ne mentionnent plus du tôt Pâques. « Il semble qu’il y ait une tendance. Beaucoup d’entreprises ne sont pas à l’aise avec l’aspect religieux de la fête de Pâques. »

David Marshall mentionne plusieurs exemples notamment le « Cadbury Easter Egg Trail Pack » (le paquet de la piste des œufs de Pâques) dont l’emballage ne porte désormais plus que la mention de « Egg Hunt Pack » (le paquet de la chasse aux œufs). L’emballage version 2016 de l’œuf de Pâques de Quality Street, produit par Nestlé, dit simplement : « Grand œuf de chocolat au lait fourré au Quality Street ». De même, l’œuf de Pâques Milkybar (Galak), également un produit Nestlé, est maintenant étiqueté d’un simple « Œuf de chocolat blanc Galak ». L’emballage des œufs vendus par les concurrents de Nestlé, Cadbury, suit un modèle similaire. « Il semble qu’il y ait une tendance », a déclaré M. Marshall. « Beaucoup d’entreprises ne sont pas à l’aise avec l’aspect religieux de la fête. » S’ils veulent rendre leur produit attrayant au plus grand nombre de personnes, il se peut qu’ils veuillent supprimer les références à la fête chrétienne parce que toute mention sera considérée comme un attachement à une tradition religieuse ».



Mais un porte-parole de Nestlé a insisté sur le fait qu’il n’y avait pas eu de décision délibérée de laisser tomber le mot de Pâques sur ses œufs et que les clients font un lien « automatique » avec le festival, même si le mot n’est pas mentionné. Les « Œufs en chocolat » sont synonymes de Pâques et de l’histoire de Pâques depuis le début du siècle dernier, et l’association se fait désormais de façon automatique », a-t-il ajouté au Daily Telegraph de Londres. « Il n’y a pas eu de décision délibérée de laisser tomber le mot Pâques de nos produits et le nom est encore largement utilisé chez Nestlé. »

Cadbury n’a pas répondu aux demandes de commentaires du Daily Telegraph. On apprend par ailleurs que Cadbury a déclaré que « Pâques est indiqué sur le dos de l’emballage de nos Œufs de Pâques — la plupart de nos œufs de Pâques ne mentionnent ni Pâques ni Œuf à l’avant de l’emballage parce que nous n’avons pas l’impression que nous devions le préciser.

Source

samedi 26 mars 2016

Pâques — Chorale Cœur Joie de Damas en Syrie

Cent quatorze enfants syriens ont apporté un message de paix et d'espérance. La chorale syrienne Cœur Joie de Damas, invitée par SOS Chrétiens d'Orient en France.













vendredi 25 mars 2016

Pologne — Allocation familiale universelle pour lutter contre l'implosion démographique

Famille polonaise, nombreuse elle est devenue rare
À partir du 1er avril, l’État polonais versera aux familles 500 zlotys (environ 160 $) par enfant et par mois à partir du deuxième enfant. Ce montant, dans un pays où le salaire net moyen est de 2800 zlotys par mois, représentera une aide non négligeable, notamment pour les familles avec 4 enfants et plus dont le quart environ vivent avec un revenu en dessous du minimum vital (statistiques de 2012).

Depuis la chute du communisme en 1989-90, c’est la première fois que des allocations familiales de ce type sont mises en place en Pologne. Cette allocation ne sera pas conditionnée aux de revenus des parents (contrairement à la politique du Parti libéral du Canada), mais elle sera versée à partir du premier enfant pour les familles dont le revenu par tête est inférieur à 800 zlotys (ou à 1200 zlotys pour les familles avec un enfant handicapé).

Cette mesure faisait partie des promesses électorales du PiS qui souhaite mener une politique familiale volontariste pour contrer le désastre démographique depuis l’effondrement du régime communiste. Car avec 1,3 enfant par femme, la Pologne est un des pays au monde avec le taux de fécondité le plus bas. Les faibles salaires polonais n’y sont sans doute pas pour rien, puisque les Polonaises résidant au Royaume-Uni ont au contraire un taux de fécondité supérieur à 2,1 (c’est toutefois un effet de sentiment de richesse relative connu à travers le monde : les Tunisiennes de France ont plus d’enfants que les Tunisiennes de Tunisie par exemple).

Parallèlement, la nouvelle majorité conservatrice (PiS) au pouvoir depuis novembre a voté il y a quelques jours une nouvelle loi qui interdit aux tribunaux de confisquer les enfants à leurs parents au motif de l’incapacité financière de ces derniers à assurer des conditions de vie suffisantes. Jusqu’ici, il n’était malheureusement pas rare que des juges retirent la garde d’enfants à leurs parents précisément pour des motifs liés au niveau de vie et aux conditions d’habitation des familles.

dimanche 20 mars 2016

Québec — Le français perd de plus en plus de terrain au travail

Extrait d’une lettre ouverte de Jacques Létourneau parue dans Le Devoir  :

Si l’application de la Charte de la langue française adoptée en 1977 avait réussi à faire passer le nombre de Québécois et de Québécoises travaillant généralement en français de 64 % en 1971 à 73 % en 1989, cette proportion a diminué à 66 % en 2010, soit un taux similaire à celui qui prévalait avant l’application de la Charte.

Situation inquiétante

Dans le secteur privé, la situation est inquiétante. À l’échelle du Québec, la main-d’œuvre qui travaille généralement en français dans les entreprises s’élevait à 70,8 % en 1989 pour tomber à 59,7 % en 2010 ! Dans la région de Montréal, toujours en 2010, ce pourcentage a chuté sous la barre des 50 %, pour atteindre 44,4 %. Sur l’île de Montréal même, la situation est catastrophique : le pourcentage d’employées et employés dans les entreprises qui travaillent généralement en français est passé de 45,3 % en 1989 à 32,1 % en 2010. À Montréal, d’ailleurs, 40 % des petites et moyennes entreprises exigent la connaissance de l’anglais lors de l’embauche. [Note du carnet : tous ces postes n’ont pas de contact avec des clients ou des collègues anglophones...]

Au-delà de ces données chiffrées préoccupantes, un constat se dessine : la bilinguisation est de moins en moins le fruit de l’apprentissage d’une autre langue, mais bien une obligation pour beaucoup trop de travailleurs et de travailleuses d’apprendre l’anglais pour obtenir un poste. À Baie-Comeau, par exemple, le syndicat de Hôtel-Motel la Caravelle se bat pour le droit de travailler en français. La situation dans le secteur de la santé, pourtant régi par le gouvernement du Québec, est elle aussi inquiétante. Selon une étude de l’IREC2, plus de 35 % du personnel soignant québécois s’exprime régulièrement en anglais au travail. La considération des allophones comme des demandeurs de services en anglais est l’un des vecteurs de ce phénomène. [Et certains prétendent que l’immigration n’a plus d’impact sur l’anglicisation du Québec... ce ne serait que l’effet de la « mondialisation » qui a bon dos.]

Les secteurs public et privé de la région métropolitaine se révèlent des lieux stratégiques quant à l’intégration des immigrants et immigrantes au marché du travail. Et si le bilinguisme devait continuer à dominer les milieux de travail montréalais, la vitalité du français sera vraiment menacée. Les statistiques tirées d’une autre étude de l’IREC3 montrent que 20 % des immigrants, soit environ 200 000 d’entre eux, ne parlent pas le français. Ce constat menace la survie de la langue française au Québec.

[Note du carnet : nous avons aussi connu plusieurs patrons francophones à Montréal (ne parlons même pas des anglophones !) qui imposaient le bilinguisme aux francophones (les anglophones pouvaient être unilingues) alors que ces employés n’avaient aucun contact avec de la clientèle hors Québec.]

Absence de volonté politique

L’aspect le plus inquiétant de la situation demeure l’absence de volonté politique d’agir. Le gouvernement a l’intention d’accepter un plus grand nombre d’immigrants sans investir davantage dans les services d’intégration et de francisation. Dans ce contexte d’austérité, la francisation des nouveaux arrivants sera mise en péril.

Par ailleurs, l’Office québécois de la langue française (OQLF), affaibli par les coupes budgétaires, peine à jouer son rôle. Il faut lui redonner les moyens pour qu’il puisse s’assurer de la mise en place et du soutien de comités paritaires fonctionnels dans les entreprises de plus de 100 employées et employés, et ainsi faire respecter la prépondérance du français au travail.

Pour éviter que les célébrations de la Semaine de la langue française ne deviennent un jour que des activités folkloriques, le gouvernement se doit de protéger à tout prix le statut du français comme langue officielle de travail partout au Québec.

samedi 19 mars 2016

Australie — Le programme « écoles sûres » fait polémique, le gouvernement recule

Des « écoles sûres » : c'est le nom d'un programme mis en place dans 500 établissements australiens censément pour lutter contre l'intimidation contre les homosexuels, les bisexuels et les transgenres à l'école. (Ce n'est pourtant pas un motif habituellement important d'intimidation, voir le graphique ci-dessous.) Des élus conservateurs font pression sur le Premier ministre pour qu'il suspende le projet.


C'est Tony Abbott qui avait lancé ce programme « des écoles sûres » lorsqu'il était Premier ministre. Aujourd'hui, il a signé une pétition demandant qu'une enquête parlementaire soit diligentée et que le programme soit mis sur pause en attendant ses conclusions.

Le mois dernier, le premier ministre Malcolm Turnbull avait dit faire un geste envers les élus les plus conservateurs en acceptant d'ordonner une révision du programme « Écoles sûres ». Le rapport doit être publié très bientôt, mais George Christensen, député conservateur du Queensland, ne veut pas attendre. C'est lui qui est à l'origine de la pétition. Des parents sont inquiets :
« Des parents sont venus me voir, ainsi qu'un enseignant qui travaille dans une école qui offre ce programme. Les gens sont inquiets, et je pense que le gouvernement devrait demander l'avis des parents, des professeurs et de tous ceux qui sont concernés. »

Le programme prétend aider les enseignants à lutter contre l'homophobie et à aborder la question de la « diversité sexuelle » avec les élèves pour éviter toute discrimination au sein des écoles. Mais pour George Christensen et les autres élus qui ont signé sa pétition, le programme fait la promotion d'une idéologie LGBT dans les écoles.

Une vidéo amateur enregistrée lors du Symposium national de la Coalition pour des écoles sûres en 2014 montre clairement que le but du programme n'est pas d'éviter l'intimidation dans les écoles, mais de valoriser l'homosexualité, la bisexualité et le transgénérisme. La campagne vise, par ailleurs, à intimider ceux qui s'opposeraient à cette valorisation. La vidéo montre la coordinatrice de la Coalition pour des écoles sûres dans l'État de Victoria, Roz Ward à la coupe garçonne et aux vêtements unisexes, qui s'adresse à un public clairsemé. Elle y affirme que « Coalition pour des écoles sûres vise à soutenir la diversité sexuelle et « de genre ». Il ne s'agit pas de célébrer la diversité, ni de mettre fin à l'intimidation. » Roz Ward se plaint aussi du « fait qu'il n'y a pas d'élèves homosexuels dans nos écoles » en offrant cette explication « parce qu'ils ne sont pas visibles, n'est-ce pas ? » Il s'agit donc de les faire sortir du placard et de valoriser une orientation LGBT.


Mme Roz Ward s'adresse au public : « Il ne s'agit pas de lutter contre l'intimidation »

Les députés et des sénateurs conservateurs s'inquiètent de l'inopportunité de certains documents en regard de l'âge des écoliers, certaines activités de jeu de rôle seraient également inappropriées.

Cette polémique révèle aussi les dissensions qui existent au sein de la majorité, puisque de nombreux élus libéraux sont favorables au programme. C'est le cas d'Ewan Jones :
« Ma femme est enseignante, mon frère était prof. De nombreux amis de ma femme sont enseignants. Ils voient ça comme un outil qu'on leur donne et qu'ils peuvent utiliser comme ils le souhaitent pour faire ce qu'ils considèrent bien au sein de leurs écoles, auprès de leurs classes et pour les élèves. Est-ce que je suis d'accord avec tout ce qu'il y a dans le programme ? Non. Je pense qu'il y a des choses inappropriées, mais je ne veux pas l'interdire ».
À la suite de cette fronde, vendredi 18 mars 2016, le ministre de l'Éducation, Simon Birmingham, a déclaré que certaines parties du programme changeraient et que celui-ci ne serait utilisé dans les écoles secondaires.

Le député Christensen s'est réjoui de ces changements : « Les élèves ne seront pas dirigés vers des sites pour adultes ou vers des groupes qui organisent des ateliers de jouets sexuels pour les jeunes et ce genre de choses. »

Voir aussi

Québec — Détourner la lutte contre l'intimidation à l'école et intimider les hétérosexistes

vendredi 18 mars 2016

Allemagne — proposition de réintroduction des « idées brunes » de ponctualité et de respect

Ah, ces journalistes !

Lu dans Le Progrès, Le Bien Public,   L'Est Républicain, et  Le Journal de Saône et Loire du 13 mars 2016, au sujet du parti eurosceptique et anti-immigration Alternative pour l'Allemagne (AfD) qui a obtenu 24,2 % des suffrages en Saxe-Anhalt (ancienne Allemagne de l'Est) :

« Dans le programme également, les idées brunes ont bonne place : [...] réintroduction des « valeurs allemandes » de ponctualité, de respect de l'autorité dans les écoles ».

Et voilà ! La ponctualité et le respect des maîtres font craindre la résurgence des heures les plus sombres de l'histoire de l'humanité...



lundi 14 mars 2016

Suède — La baisse du niveau scolaire en partie imputable à l’immigration ?

Selon l’Education nationale suédoise, la baisse globale du niveau scolaire dans le pays est en grande partie imputable à l’arrivée d’élèves immigrés qui peinent à rattraper leurs condisciples.

Qualifié autrefois de modèle du genre, à l’instar de son voisin finlandais, le système d’éducation en Suède marque dangereusement le pas ces dernières années, comme le révèle le ministère de l’éducation ce lundi. Ainsi, selon un rapport intitulé « L'importance [ou le rôle] de l'immigration pour les résultats scolaires », l'Agence de l'éducation a calculé que « jusqu'à 85 % » de ce phénomène était dû à « la hausse de la part d'élèves arrivés dans le pays après l'âge de scolarisation et le fait que ce groupe d'élèves a vu ses résultats se dégrader par rapport aux autres ».

Écolières à Malmö (Sud de la Suède)
Non seulement de plus en plus d'élèves sont d'origine étrangère - c'est-à-dire qu'ils sont soit nés à l'étranger ou que leurs deux parents le soient (10 % en 2006, 14 % en 2015) -, mais en plus ils étaient de plus en plus en souvent en échec scolaire (37 % en 2006, 50 % en 2015).

Pénurie d’enseignants

« Ceux qui ont immigré après l'âge où on commence d'ordinaire à aller à l'école viennent par ailleurs en plus grande proportion de pays au système scolaire défaillant », a estimé la directrice de l'Agence de l'éducation, Anna Ekström.

La vague inédite de demandeurs d'asile arrivés depuis 2014 devrait accentuer cette tendance, dans un pays qui peine à recruter des enseignants et à contrer l'accroissement des inégalités au sein du système scolaire.


Liens connexes

Suède — Échec de l'intégration des immigrés, ce n'est pas faute de moyens ou de bons sentiments

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Le pronom personnel neutre « hen » fait son entrée dans le dictionnaire suédois

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Garderie asexuée en Suède

dimanche 13 mars 2016

Novlangue : « implanter des mesures d'appui au vivre ensemble »

La diversité culturelle est un enrichissement à Montréal.

C’est pourquoi le gouvernement du Québec a décidé d’octroyer 400 000 $ au Collège de Maisonneuve pour y « implanter des mesures d’appui au vivre ensemble ».

Comprendre : lutter contre la radicalisation islamiste et le climat d’intimidation qui règne au collège.

En effet, le Collège Maisonneuve a fait parler de lui à quelques occasions au cours de la dernière année. Cinq de ses élèves ont quitté le Canada en janvier 2015 et ont réussi à se rendre en Syrie et en Irak pour y grossir les rangs du groupe État islamique (EI). Quatre ont été interceptés en mai et deux autres sont derrière les barreaux en attendant leur procès pour avoir eu des substances explosives en leur possession.

Plus récemment, des membres du personnel se sont plaints du climat d’intimidation mis en place par des groupes d’élèves qui avaient pris le contrôle de certains secteurs de l’établissement, notamment un coin de la bibliothèque.

La somme consentie servira principalement à l’embauche de spécialistes qui seront appelées à intervenir dans ces situations, dans le cadre d’un projet-pilote qui devrait durer un an.

« Les événements de l’année dernière ont exacerbé des tensions, de telle sorte que des incidents qui seraient probablement passés inaperçus et qui existent dans tous les cégeps ont pris chez nous une ampleur, ou en tout cas ont été lus avec des lunettes différentes. »

« Ces 400 000 $ vont permettre d’avoir une présence pour être témoin ou prévenir des situations », a pour sa part estimé le maire de Montréal, Denis Coderre. « C’est le chaînon manquant dans le processus pour ramener un climat propice aux études. »

Voir aussi

Étude — Plus on est « progressiste », plus idéaliserait-on ou nierait-on la réalité ?

L’effacement du réel

« Avoir droit » ou « être obligé » ?

Parlez-vous le français socialiste ?

Sélection novlangue de la semaine (en construction)

Sélection novlangue de la semaine (2)

Novlangue au Monopole : le mot athée désormais tabou

Ne dites plus... parlez pédagogiste...

Lexique du Plateau

Novlangue — OQLF prescrit « action positive » plutôt que « discrimination positive »


L'anglais intensif est optionnel en 6e au Québec, il progresse peu malgré les fonds supplémentaires

Depuis trois ans, les écoles sont libres de mettre l’accent sur l’anglais intensif en 6e année ou de se concentrer plutôt sur l’enseignement des matières de base en français. Les différences régionales sont importantes. La région de Québec se distingue comme la région où les parents croient qu’il est important de former leurs enfants en anglais dès ce jeune âge. (Des linguistes trouvent ce genre de programme prématuré peu efficace à long terme ou même néfaste.)

Selon des données du monopole de l’Éducation obtenues par Le Soleil, environ 10 % des élèves de 6e année du primaire étaient inscrits à l’anglais intensif en 2012-2013. Deux ans plus tard, en 2014-2015, ils étaient 13,3 %. Dans la région de Québec, c’est plutôt de l’ordre de 6 élèves sur 10.

La hausse globale est fort loin de l’objectif que s’était fixé l’ancien premier ministre libéral Jean Charest, qui souhaitait que tous les petits Québécois de 11 ou 12 ans puissent apprendre la langue de Shakespeare pendant la moitié de l’année scolaire, en 2015-2016, sans que ce souhait d’une exposition précoce et prolongée pendant six mois à l’école soit ancré dans des études linguistiques sérieuses.

En mars 2013, l’ex-ministre péquiste de l’Éducation Marie Malavoy a rendu le choix aux établissements (et indirectement aux parents) dans ce dossier en annonçant qu’il serait facultatif. L’idée du Parti libéral de rendre obligatoire l’enseignement de l’anglais intensif (aux seuls francophones, le pendant n’étant pas imposé au secteur anglophone) avait soulevé tout un tollé dans le monde de l’éducation, surtout chez les enseignants, qui craignaient pour la réussite des jeunes dans les autres matières.

Depuis, il revient à chaque conseil d’établissement, formé de personnel scolaire et de parents, de décider si son école fera entrer le programme d’anglais intensif en ses murs. Ça peut être selon une formule de cinq mois en anglais, cinq mois pour les autres matières, ou toute autre formule qui consacre 40 % du temps d’enseignement à l’anglais, soit en 5e ou 6e année du primaire.

La fin de l’obligation de la solution unique préconisée par le ministre à l’époque de Jean Charest a permis aux écoles de se prononcer (voir le tableau ci-dessous). Dans certaines régions plus éloignées, soit la Côte-Nord, la Gaspésie–Îles-de-la-Madeleine et le Nord-du-Québec, aucune école n’a jugé bon d’implanter l’anglais intensif en 6e année. En Outaouais, région voisine de l’Ontario, non plus.

D’autres secteurs de la province, comme le Bas-Saint-Laurent, l’Abitibi-Témiscamingue et la Mauricie, se plient légèrement à ce programme anglais intensif. L’anglais intensif n’est pas très populaire non plus dans les écoles de la grande région de Montréal, surtout si l’on tient compte du grand nombre d’écoles qui s’y trouvent.

Quelques régions moins populeuses, comme le Centre-du-Québec et le Saguenay-Lac-Saint-Jean, montrent quant à elles un intérêt marqué pour l’apprentissage de l’anglais. Mais l’engouement le plus important pour ce programme d’anglais intensif s’est imposé dans les régions de Québec et de Chaudière-Appalaches. À Québec et à Lévis, plus de la moitié de toutes les écoles primaires enseignent l’anglais intensif en 6e année.

Matières qui doivent être réorganisées

Bien sûr, certaines matières ont dû être réorganisées. Du contenu qui était appris autrefois en 6e année a été ramené en 5e année.

Oui, l’implantation de l’anglais en 6e année a donné lieu à de « bonnes discussions » avec les enseignants, qui ont dû réaménager leur tâche. De la récupération dans les autres matières a aussi été instaurée pour les élèves en difficulté.

S’appuyant sur certaines recherches, Mme Beaulieu, directrice générale adjointe aux Premières-Seigneuries, soutient que l’anglais intensif ne placerait pas les élèves en difficulté en situation d’échec. Il augmenterait plutôt l’estime qu’ils ont d’eux-mêmes, car ils partent sur le même pied d’égalité que les autres en début d’année. [Note du carnet : nous avons de grands doutes quant à ces prétentions : un élève qui a un riche vocabulaire en français, qui lit avec facilité en français, qui connaît bien sa grammaire française aura probablement un avantage en anglais par rapport aux élèves francophones qui lisent mal, ne savent pas analyser une phrase, ne connaissent pas les catégories grammaticales communes aux deux langues, etc.]

Le ministère de l’Éducation collige actuellement des données sur les taux de réussite en français et en mathématiques des cohortes d’élèves qui ont suivi le cours d’anglais intensif ces dernières années.

Le maire de Montmagny milite

Alors que plusieurs régions du Québec privilégient les matières de base en français plutôt que l’enseignement de l’anglais intensif en 6e année, le maire de Montmagny, Jean-Guy Desrosiers, a décidé de militer pour une bilinguisation précoce des écoliers francophones inscrits à l’école primaire de son secteur.

« Il me semble qu’en 2016, dans une société moderne, on est rendus là ! » lance-t-il en entrevue téléphonique. Plus de 400 personnes ont signé la pétition mise en ligne par la MRC de Montmagny et le Centre local de développement (CLD), qui se sont réunis pour demander à la commission scolaire de la Côte-du-Sud d’implanter le programme.

Le maire Desrosiers pense que la connaissance de l’anglais est un facteur de développement important pour sa région. « Ça permet de retenir des familles. On en a qui déménagent à Lévis ou qui envoient leurs jeunes à l’école privée à cause de l’anglais », raconte-t-il.

« Nos entreprises manquent de main-d’œuvre et souvent, c’est de la main-d’œuvre bilingue dont ils ont besoin [note du carnet : qu’ils demandent, c’est parfois fort différent du besoin, comme nous l’apprend notre expérience professionnelle]. On a fait des missions de recrutement au Nouveau-Brunswick pour en trouver dernièrement », illustre pour sa part Martine Leuillier, coordonnatrice du CLD.

[Note du carnet : Pourquoi ne pas aller recruter à Montréal qui a un haut taux de chômage (8,8 %) alors que c'est sans doute une des régions les plus bilingues... alors que Bellechasse par exemple très unilingue francophone a un chômage assez bas (5,2 %).]

« Ingérence », plus d’argent pour les écoles à anglais intensif

Alain Grenier, président de la commission scolaire de la Côte-du-Sud, a pris cette sortie publique comme « de l’ingérence ». Il a répliqué dès le lendemain lors d’une conférence de presse, stipulant que la commission scolaire injectait déjà de l’argent et des ressources éducatives dans les écoles qui souhaitent offrir le programme. « C’est pas vrai qu’on n’a rien fait », lance-t-il en entrevue. Mais le choix d’offrir l’anglais intensif revient au conseil d’établissement de chaque école. « On ne peut pas leur rentrer ça dans la gorge ! » plaide-t-il.

samedi 12 mars 2016

Mahomet et l'ange Gabriel à l'indicatif, la résurrection du Christ au conditionnel

Comparons le traitement de deux récits cruciaux dans le manuel d’ECR Mélodie publié par Modulo et destiné à tous les enfants québécois de 7 ans.

D’abord l’histoire de la révélation du Coran à Mahomet[1] :


(Illustration du manuel d’ECR Mélodie, publié par Modulo, destiné au 1er cycle du primaire, manuel B, p. 27)

Tous les temps sont à l’indicatif ou à l’impératif. C’est une constante adoptée dans les récits, voir par exemple ce récit amérindien sur la création du monde (en fin de billet).

(On notera, une nouvelle fois, dans la question posée en bas de page la volonté de renforcer auprès des enfants le fait que tous les récits religieux se ressemblent alors que ce qui est bien sûr plus intéressant, c’est ce qui les distingue).

Affirmer la résurrection était-il vraiment trop dur pour les éditeurs ?

Comparons maintenant avec le traitement de l’élément central de la foi des chrétiens : la résurrection.


(Illustration du manuel d’ECR Mélodie, publié par Modulo, destiné au 1er cycle du primaire, manuel B, p. 46)

Ici, on trouve un verbe au conditionnel ; celui qui prouve la résurrection du Christ : la rencontre des disciples avec le Christ ressuscité. Après on revient à l’indicatif pour affirmer plus sûrement que ces personnes dont on ne sait s’il faut croire les dires ont prétendu avoir vu le Christ ressuscité des morts.

On remarque la même chose avec Bouddha : « Il fut illuminé » (et non « il aurait été illuminé » ou « ses disciples disent qu’il a été illuminé ») et « il comprit le sens de toute chose » (et non « les bouddhistes croient qu’il comprit le sens de toute chose »). Aucun conditionnel, aucun verbe modal ou d’introduction, tout est à l’indicatif.



Alors que, lorsqu’on parle ailleurs du christianisme, on prendra soit de mettre force verbes introducteurs (« Les chrétiens reconnaissent en Jésus le Fils de Dieu »…, « les disciples de Jésus annoncèrent que Dieu l’avait ressuscité »… « Les chrétiens croient que Jésus a ainsi vaincu la mort »). Notons aussi le choix d’Antioche comme ville emblématique pour le christianisme dans ce livre (chaque religion à une capitale), Jérusalem étant déjà prise par le judaïsme.






[1] Mahomet dans les dictionnaires français depuis des siècles, Muhammad dans sa graphie pédante adoptée par le Monopole de l’éducation du Québec pour les enfants de 7 ans et, par la suite, par tous les éditeurs, conformistes et « suiveux », dans les livres d’éthique et de culture religieuse que nous avons pu consulter. Si on veut faire malin, pourquoi ne pas indiquer que le « h » est un ha' (ح) et non un hé' (ه) et écrire Muḥammad (h avec un point souscrit), c'est plus exact si on aime faire pédant.

Voir aussi

Cours d’éthique et de culture religieuse — Réponse du théologien Guy Durand à l’abbé Gravel

Spiritualité autochtone, écologie et norme universelle moderne (notamment dans manuels ECR)

L'harmonie dans le tipi (l'amérindien fantasmé et le faux sang indien des Québécois)

Étude de trois manuels du primaire d'ECR