jeudi 14 mai 2020

Aide aux écoles françaises de l'étranger



Est-ce que le prêt de 100 millions d’euros attribué à l’AEFE et les 50 millions d’euros supplémentaires injectés pour les bourses scolaires seront suffisants pour sauver le réseau des Établissements Français de l’Étranger ?

Virginie Royer (ci-dessous), Vice-présidente de la FAPEE nous fait part des préoccupations des parents d’élèves qui font face à des difficultés financières, mais aussi pédagogiques. Aujourd’hui, nous parlons de survie du réseau des établissements français présents à l’étranger.


Comment les parents d’élèves qui scolarisent leurs enfants dans un établissement français à l’étranger perçoivent l’aide financière qui a été allouée à l’enseignement français à l’étranger ?

Pour commencer, nous sommes très contents d’avoir été entendus par le gouvernement français sur la nécessité d’annoncer des aides pour rassurer les familles qui sont confrontées à une situation exceptionnelle.

Depuis le début de la crise, nous avons demandé que toutes les familles rencontrant des difficultés financières, françaises et également celles qui ne le sont pas, puissent être aidées. Concernant l’aide financière d’un montant de 100 millions d’euros octroyés à l’enseignement français à l’étranger, il est important de noter que c’est une avance. Les établissements français à l’étranger vont devoir rembourser cette somme.

Il est important de savoir si l’aide financière qui va être versée aux familles étrangères passe par ces 100 millions d’euros. À ce moment-là, nous pouvons nous poser la question de la solidarité à crédit remboursable. Depuis plusieurs années, nous parlons de pistes de réformes de l’AEFE. Il faudra mener cette réforme en lien avec la crise actuelle que nous vivons. En l’état, les 100 millions d’aides ne suffiront pas. Le gel ou la maîtrise sur les frais de scolarité sur une durée de trois ans, rendu possible par cette aide vis-à-vis des établissements et des opérateurs serait un geste fort en vue de la rentrée qui s’annonce compliquée.

Il faut penser que nous sommes en pleine période de réinscription et comme l’a mentionné Olivier Brochet, directeur de l’AEFE lors de son audition au Sénat, la baisse d’effectif de la rentrée entraînera un cercle vicieux. La réduction d’élèves présents à la rentrée engendrera une diminution de postes et des frais de scolarité qui augmenteront. Quant aux familles, elles ne pourront pas continuer à payer.

Nous nous posons donc des questions : par quels critères et par quelles modalités l’aide sera calculée ? Comment, pour qui et quand cette aide financière sera-t-elle versée ? Il y a encore trois mois, nous parlions d’un plan de développement de l’enseignement français à l’étranger. Aujourd’hui, nous parlons de survie du réseau des établissements français présents à l’étranger.

Dans quelles zones géographiques, les familles rencontrent les plus grandes difficultés ?

Dès aujourd’hui, nous constatons que des familles sont en grandes difficultés et dans les prochains jours, semaines et mois, leur situation ne s’améliorera pas.

Les conséquences économiques dues à la crise sanitaire vont perdurer. De façon générale, certains parents d’élèves font face à la perte d’emploi entraînant une diminution forte de leurs revenus notamment dans les pays où les familles sont privées d’aides sociales ou dans des pays où l’économie s’est complètement effondrée comme au Liban.

Dans d’autres pays où l’économie est basée sur le tourisme ou encore la restauration comme les pays du sud de l’Europe ou l’Asie du Sud-Est, la situation est également très difficile pour les parents d’élèves.

L’industrie pétrolière en Russie et dans certains pays d’Afrique s’effondre complètement. Les familles sont aussi amenées à subir une dévalorisation de leur monnaie locale qui, comme en Amérique latine, provoque des hausses de prix concernant les frais de scolarité appelés en euros.

Même lorsque la crise sanitaire sera moindre, la crise économique, elle, impactera les familles pendant plusieurs années.

Est-ce que les fonds alloués aux bourses scolaires seront suffisants pour aider les familles ?

Les familles sont en train de déposer les dossiers de bourse donc nous ne savons pas pour le moment si l’aide allouée sera suffisante. Les parents d’élèves ont la possibilité de déposer soit des demandes de révisions de dossiers ou soit de nouveaux dossiers de bourse.

Habituellement, les bourses scolaires prennent en compte les revenus des familles de l’année n-1. Exceptionnellement, les revenus des familles de cette année seront pris en compte notamment pour calculer les baisses de revenus engendrés par la pandémie de Covid-19. Les familles n’auront donc pas besoin d’attendre l’année 2021 pour déclarer leurs revenus. Nous demandons que les bourses soient allouées dans une logique de besoin et non pas dans une logique d’enveloppe.

Cette enveloppe de 50 millions d’euros devrait permettre d’aider de nouveaux demandeurs de bourse sans affecter les boursiers actuels et nous espérons qu’elle sera suffisante. Le montant accordé aux bourses scolaires doit cependant être ajusté dans les années à venir. Nous avons des conseils consulaires de bourse, c’est-à-dire, des commissions locales présentes dans chaque pays qui vont statuer sur l’obtention des bourses.

Ces conseils consulaires de bourses se tiennent ou vont se tenir avant la date limite de dépôt des dossiers. Or, on nous a demandé de repousser la commission nationale des bourses en septembre pour que les commissions locales puissent être elles aussi repoussées. Nous craignons une certaine rupture d’égalité dans les traitements des dossiers puisqu’ils seront observés après les conseils consulaires des bourses. Les dossiers seront instruits en comités restreints et notamment sans la participation des représentants de parents d’élèves qui connaissent très bien les dossiers.

Les 50 millions d’euros qui ont été octroyés pour les bourses sont un montant conséquent puisqu’il représente quasiment 50 % d’augmentation du budget. Cette aide permettra d’aider les familles françaises en difficultés pour le troisième trimestre autant que pour l’année 2021 et ainsi éviter que les élèves ne quittent le réseau.

Notre point de vigilance repose sur le fait que cette aide ne concerne que les enfants français. Or, deux tiers des élèves du réseau des Établissements français à l’étranger ne sont pas de nationalité française. L’aide ne concerne donc qu’un tiers des élèves du réseau. Nous sommes inquiets sur le sort des familles étrangères : vont-elles recevoir une aide quelconque ?

Le directeur de l’AEFE, Olivier Brochet, a abordé ce point, devant les sénateurs, en parlant de la mise en place de commissions au sein des Établissements conventionnés ou en gestion directe qui permettrait d’attribuer des remises partielles ou totales des frais de scolarité à ces familles. Nous attendons d’avoir plus d’informations notamment sur la composition de cette commission et sur les critères qui seront appliqués. Nous sommes conscients que les difficultés des familles ne vont pas disparaître dans les six mois à venir, c’est pour cela que les familles doivent être accompagnées sur le moyen terme.

Pensez-vous que les établissements français à l’étranger ont bien assuré la continuité pédagogique ?

Les équipes enseignantes et les directions des Établissements français à l’étranger se sont mobilisées pour assurer la meilleure continuité pédagogique possible. Au fil des semaines, les cours en distanciel se sont organisés.

Le ministre de l’Éducation nationale, Jean-Michel Blanquer et Olivier Brochet ont mentionné l’évidence que l’enseignement à distance ne remplace pas l’enseignement en présentiel. Néanmoins, les deux objectifs principaux sont d’atteindre les objectifs fixés de l’année par des moyens différents et faire en sorte qu’aucun élève ne décroche.

Encore une fois, la continuité pédagogique n’est pas la même pour les élèves qui sont allophones puisque les parents ne peuvent pas les accompagner dans l’enseignement de la langue française. Dans certains établissements, les agents territoriaux spécialisés des écoles maternelles (ATSEM), les établissements français à l’étranger ou encore les parents bénévoles aident à traduire les cours pour ces élèves et leurs familles.

De plus, nous constatons des disparités entre les établissements que ce soit par zone géographique ou par type d’établissement. Certains élèves font face à des difficultés d’accès à Internet dans des pays. Les enseignants n’ont pas tous été formés aux nouveaux outils de la communication. Les parents d’élèves ne sont pas tout le temps du même avis que les enseignants concernant la liberté pédagogique, tel que le recours ou non aux visioconférences.

Les visioconférences permettent aux enfants de rester en contact avec la langue française, et le rythme proposé par les enseignants est parfois contesté par les parents. La continuité pédagogique à distance n’est pas prévue sur le long terme, or, nous avons des établissements qui sont fermés depuis la mi-janvier comme c’est le cas au Vietnam et en Chine.

Des établissements commencent à rouvrir leurs portes, mais d’autres resteront fermés jusqu’en septembre comme c’est le cas dans les pays du Golfe et fort probablement en Italie et en Espagne. Une certaine forme de culpabilité ou de colère naît chez certains parents d’élèves qui ne peuvent pas faire cours à leurs enfants, car ils télétravaillent. Au cours des prochaines années, il faudra réfléchir sur un grand plan de numérisation à destination des établissements français présents à l’étranger en gestion directe par l’AEFE. Les établissements doivent tous avoir accès aux équipements numériques et des formations massives au numérique doivent être organisées pour les enseignants.

Quelles sont vos inquiétudes concernant les examens nationaux ou encore le baccalauréat que devront passer certains élèves à la fin de l’année ?

Jean-Michel Blanquer, ministre de l’Éducation nationale, a déclaré que le contrôle continu serait pris en compte dans l’obtention du baccalauréat. Toutefois, nous restons vigilants concernant certaines situations, comme au Vietnam où les élèves n’ont que des notes pour le premier trimestre. Ces élèves obtiendront peut-être des notations au troisième trimestre seulement si la réouverture des classes est confirmée. Pour l’oral de français, nous nous demandons comment il va être organisé puisque beaucoup d’établissements restent fermés. Nous travaillons avec le service pédagogique de l’AEFE, qui est pleinement mobilisé avec les missions de pilotage des examens du ministre de l’Éducation nationale et de la jeunesse.

Je pense qu’il y aura bientôt des précisions sur les modalités de passage d’examens. Nous restons persuadés que les spécificités de l’enseignement français à l’étranger sont bien défendues et comprises et qu’aucun élève ne sera délaissé.

Les parents d’élèves redoutent-ils la fermeture d’établissements français à l’étranger ou des fermetures de classes ?

Les gros établissements devraient réussir à rester ouverts, car ils pourront adapter leur structure pédagogique si nécessaire. Mais comme je l’ai précisé, il y aura peut-être des fermetures de postes si la baisse des effectifs s’avérait trop grande. À un moment donné, il faudra réorganiser la structure des établissements français à l’étranger, car nous ne pouvons pas seulement fonctionner sur la base d’une aide financière.

Concernant les petits établissements qui ont parfois une seule classe par niveau, certains rencontreront sûrement des difficultés de réouverture dès la rentrée. Il faudra les aider notamment sur le moyen terme pour qu’ils retrouvent une stabilité pour pouvoir poursuivre l’enseignement. Nous pensons que malgré l’aide financière, il y aura peut-être des établissements qui devront fermer des classes homologuées, avoir recours au Centre national d’enseignement à distance (CNED) ou les deux.

Il est très difficile aujourd’hui d’avoir des chiffres clés. Comme l’a précisé Olivier Brochet, lors de son audition devant les sénateurs, une perte d’effectif de 5 %, ce qui fait environ 20 000 élèves, représenterait 140 millions d’euros en moins dès la rentrée de septembre. La réouverture des établissements français de l’étranger coûte cher.

De plus, les établissements français à l’étranger sont dépendants des mesures sanitaires demandées et prises par chaque pays d’accueil. Nous n’avons donc pas un seul plan de déconfinement, une seule date de réouverture. La hausse des frais de scolarité ne doit pas être le seul moyen permettant de faire face aux pertes financières.

Nous avons toutefois une lueur d’espoir grâce aux témoignages de plusieurs établissements qui rouvrent. Nous avons des chaînes de courriels où différentes associations d’élèves membres de la FAPEE échangent sur les bonnes pratiques afin d’assurer le retour à l’école.

Le garçon dont on voulait faire une fille

En 1966 au Canada, Bruce, un bébé de 7 mois, a son pénis brûlé à la suite d’une erreur médicale. Désemparés, les parents se tournent vers un psychologue qui propose de lui retirer les testicules et de l’élever comme une fille. Bruce devient Brenda. Mais à l’adolescence les choses ne se passent pas comme prévu…




Voir aussi


L'affaire Bruce/Brenda/David Reimer c. la théorie du genre



Montréal — Une année scolaire écourtée

En raison de la prévalence du coronavirus dans la métropole montréalaise, le premier ministre du Québec, François Legault, annonce à 13 h cet après-midi que la rentrée des classes au primaire est repoussée en septembre dans le Grand Montréal. Hors Grand-Montréal, les écoles primaires sont rouvertes depuis le 11 mai pour ceux qui le souhaitent. Au secondaire, les cours seront donnés à distance (voir le site L'École ouverte). Des modalités d'enseignement spécifiques sont également prévues pour la formation aux adultes et la formation professionnelle.

Mario Dumont (ancien chef de l'ADQ) se dit préoccupé de cette fermeture pendant six mois pour certains élèves.



Mario Dumont et Éric Baril (père de deux enfants) se désolent de cette année scolaire écourtée (pour ceux qui n’instruisent pas leurs enfants à la maison) et l’absence des rites qui accompagnent la fin de l’année pour les jeunes « finissants ».





vendredi 8 mai 2020

Un documentaire, produit par Michael Moore, dénonce les ravages des énergies dites renouvelables (m-à-j)

Michael Moore, homme de gauche avéré, subit actuellement les foudres de la gauche écologiste pour ce documentaire qui torpille les énergies censées être renouvelables et moins polluantes. Michael Moore est actuellement impliqué dans un différend avec Michael Mann, l’homme de la courbe de hockey qui a perdu son procès contre le climatologue canadien Tim Ball, principalement parce qu’il avait usé de méthodes dilatoires, pendant neuf ans, avait refusé de fournir les informations demandées par un tribunal de Colombie-Britannique. (Plus de détails dans la note "Voir aussi » de ce billet)

Michael Moore, qui se présente à tort comme un lauréat du prix Nobel, attaque Michael Moore au sujet de son nouveau film La Planète des Humains (ci-dessous).

Mann demande que le documentaire soit « retiré ». Il a accusé Moore d’être un agent russe (la gauche américaine ne pratique pas le complotisme — non !). Voir les gazouillis de Michael Mann reproduits ci-dessous (il bloque vite ses critiques). Il a, pour l’instant, évité l’autre anathème pavlovien de la gauche américaine : le racisme. Attendons.

Michael Moore, un gauchiste militant certifié, apprend à ses dépens ce que les conservateurs aux États-Unis savent depuis des décennies : dans le monde des réchauffistes de Michael Mann, ceux qui ne se prosternent pas, ceux qui ne paniquent pas devant l’urgence climatique, ont juste le droit de se taire.





Le réalisateur Michael Moore a diffusé, ce mercredi 22 avril, un documentaire qui pointe notamment la présence de puissants lobbies au sein du mouvement de défense de l’environnement.


Toujours prompt à dénoncer les errements de la société américaine, Michael Moore récidive ce mercredi 22 avril. Avec son collaborateur et producteur Jeff Gibbs, il diffuse gratuitement Planet Of The Humans, réalisé par ce dernier. Un documentaire militant qui porte sur l’économie verte.

Nous ne partageons pas les craintes de Michael Moore sur de nombreux sujets dont ceux sur le « réchauffement climatique » ou sur la surpopulation alors que les Occidentaux ne font plus assez d’enfants pour se remplacer depuis 50 ans... La surpopulation n’est pas occidentale, l’immigration de masse vers l’Occident augmente l’émission de CO2 qui fait peur à Michael Moore, mais Michael Moore ne critique ni la natalité en Afrique ni l’immigration de masse vers l’Occident. Nous trouvons cependant ce documentaire utile devant le matraquage constant et peu critique en faveur des énergies dites renouvelables.


Version originale sous-titrée en français

« Le mouvement vendu aux riches intérêts »

« Nous sommes en train de perdre la bataille pour stopper le changement climatique sur la planète parce que nous suivons des dirigeants qui nous ont menés sur la mauvaise voie en vendant le mouvement vert aux riches intérêts et aux entreprises américaines », explique Michael Moore dans le texte descriptif de la vidéo, sur YouTube.

Le réalisateur ajoute : « Ce film ne fait aucune concession et expose la vérité sur comment nous avons été influencés dans cette bataille pour sauver la planète, au point où si nous ne renversons pas le cours des choses dès à présent, les événements comme la pandémie actuelle seront de plus en plus nombreux, dévastateurs et insurmontables. » Parmi les intervenants figurent des personnalités telles que Al Gore, Bill McKibben, Richard Branson ou Robert F Kennedy Jr.

Un habitué des documentaires-chocs

Michael Moore a pris l’habitude, ces dernières décennies, de s’attaquer au travers de la société et de la politique américaines. En 2002, il réalisait Bowling for Columbine, une enquête sur la violence liée aux armes à feu aux États-Unis, notamment au travers de la tuerie de Columbine, survenue dans un lycée du Colorado en 1999. En 2004, il réalisait Fahrenheit 9/11, qui portait sur les années post-11 Septembre et sur des liens supposés entre la famille Bush et la famille ben Laden.

mardi 5 mai 2020

Le « syndicat des enseignants fait preuve de mauvaise foi »

Lettre ouverte de Martine Bouliane, enseignante à la Commission scolaire de Montréal.

Depuis plus d’une semaine, mon syndicat d’enseignants, l’Alliance des professeures et professeurs de Montréal, m’envoie des photos des membres du conseil d’administration. Ils se disent solidaires avec telle ou telle cause.

Dans la vraie vie, je me demande bien avec qui ils sont vraiment solidaires. Parce que bien qu’ils disent ne pas s’opposer à un retour, disons qu’ils font beaucoup pour que ça ne se passe pas rondement.

À preuve, mon syndicat, affilié à la Fédération autonome de l’enseignement, m’a envoyé mercredi dernier un courriel nous rappelant que les directions ne pouvaient nous obliger à nous rendre à l’école avant la date d’entrée des élèves à Montréal. Finalement, il a admis avoir fait une erreur et dit que nous pourrions être convoqués à nos lieux de travail. Toutefois, le simple fait de nous enjoindre à ne pas aller organiser nos classes en vue du retour est un non-sens. À moins qu’on ne veuille, rempli de mauvaise foi, critiquer par la suite la sécurité déficiente.

Ici, nous ne sommes assurément pas solidaires des élèves. Ceux qui vivent dans des familles où la vie n’est pas facile ou ceux qui n’ont pas le confinement bourgeois. Mais aussi tous les autres, parce qu’être en congé sans pouvoir rien faire, ça joue dans la tête des grands et des petits. Des enfants qui n’étaient pas à risque pourraient le devenir parce que les parents sont épuisés, en manque d’argent, déprimés.

[Personne, même cette enseignante, ne semble croire que l'école est importante parce qu'elle enseignerait des savoirs, ce qui compte c'est de ne pas isoler les enfants dans des familles épuisées, de les socialiser, de faire garderie. Notons que cela représente bien la fonction principale de l'école québécoise : socialiser puis inculquer des valeurs progressistes, multiculturalistes, « modernes ».]

Nous ne sommes pas non plus solidaires avec les parents de nos élèves qui ont perdu leur emploi et les autres travailleurs qui seront déconfinés. L’idée n’est pas d’être un service de garde pour la reprise de l’économie – les enfants auront toujours des apprentissages à faire et à consolider. Quand le déconfinement sera chose faite, les parents nouvellement chômeurs pourront chercher un nouveau travail sachant que leur enfant est en sécurité à l’école.

Nous ne sommes pas plus solidaires avec les travailleurs de l’alimentation et des services essentiels, qui n’ont jamais arrêté de travailler. Nous nous plaignons en encaissant notre plein salaire pour des prestations non seulement variables, mais qui ne totalisent jamais le nombre d’heures que nous faisons habituellement.

Nous voudrions être exemptés de travailler ou avoir des masques, des gants et tout le tralala alors que les éducatrices, en service de garde d’urgence pour la petite enfance notamment, n’en ont pas eu depuis le début de la crise. Même chose pour les gens qui travaillent dans les épiceries, qui côtoient des personnes beaucoup plus à risque que nos élèves.

Opposition systématique

Malheureusement, comme bien souvent, le syndicat des enseignants fait preuve de mauvaise foi. Il s’oppose systématiquement à tout ce qui est proposé, représentant ainsi une seule frange de la population enseignante. Ainsi, moi, qui paie près de 1000 $ par année à mon syndicat, je ne l’entends JAMAIS prendre une position qui me rejoigne.

Au fil des ans, j’en suis même venue à me dire que les syndicats en éducation sont responsables de plusieurs problèmes d’apprentissage et du décrochage des élèves.

En protégeant des enseignants qui ne sont pas compétents, dont certains qui tirent même des oreilles ou insultent des élèves. En s’opposant à la formation continue obligatoire et à la diffusion des façons de faire approuvées par la recherche, ce qui diminuerait le nombre d’élèves en difficulté. En critiquant le manque de services, notamment en orthopédagogie quand, dans la réalité, plusieurs enseignants ne veulent pas que les services dérangent leur horaire plus de deux fois par semaine et refusent que l’orthopédagogue vienne travailler dans la classe. Les recherches insistent pourtant sur la fréquence élevée et le fait que mieux vaut garder l’élève en difficulté en classe avec un soutien additionnel.

L’autonomie professionnelle est un paravent derrière lequel des gens peuvent perpétuer des façons de faire qui posent problème. Le syndicat et le gouvernement devraient encourager les enseignants qui désirent se réorienter à le faire. Un enseignant malheureux, ça ne peut pas donner des élèves heureux.

Pour la présente période très particulière, notre syndicat a été aussi intransigeant que d’habitude.

Il nous a répété ad nauseam que
personne ne pouvait nous obliger à envoyer les trousses du ministère de l’Éducation ni à les modifier ou les bonifier. Personne ne pouvait nous obliger à contacter ou à appeler nos élèves.

Cette intransigeance ne nous a pas amenés à faire du vrai enseignement à distance comme en Ontario. Si nous l’avions fait, je suis certaine que le gouvernement n’aurait pas eu le même empressement à ouvrir les écoles. Là-dessus, le syndicat devrait se regarder dans le miroir.

Je dis à tout le monde que je vais croire au retour le jour où je serai debout dans ma classe et que je verrai les élèves y entrer. Je n’y crois pas tant ; j’ai l’impression que les syndicats d’enseignants essaient de faire dérailler le processus. Ils sont très, trop puissants.


Dans le cas d’un non-retour à l’école, je rirais dans ma barbe que le gouvernement utilise son décret concernant les enseignants. Une belle main-d’œuvre payée de toute façon à déployer dans les CHSLD, de soir, de fin de semaine et de nuit. J’espère que si c’est le cas, les représentants syndicaux qui auront si bien défendu nos droits auront la décence d’être à nos côtés.

Source

dimanche 3 mai 2020

Angleterre — gouvernement considère interdire les chirurgies transgenres pour les mineurs

Le 22 avril, le Daily Telegraph, un des grands journaux du Royaume Uni, a publié cette histoire : « Les enfants trans ne pourront pas avoir de chirurgie pour changer leur sexe, a déclaré le ministre de l’égalité ».

Liz Truss (ci-contre) est la ministre pour les femmes et l’égalité au sein du gouvernement conservateur du Premier ministre Boris Johnson. Johnson lui-même a été le Premier ministre depuis juillet, et a été victorieux avec une large majorité lors de la récente élection de décembre 2019.

Boris Johnson est l’ancien maire de Londres et il a une réputation d’être un franc partisan des demandes des LGBT.

Liz Truss s’est donc présentée récemment au Comité parlementaire sur les femmes et l’égalité en tant que ministre des Égalités pour présenter un mémoire comprend sur la question transgenre et la réforme — reportée, peut-être définitivement — de la loi sur la Reconnaissance du genre.

Les remarques d’ouverture de Truss au comité étaient intéressantes et méritent l’attention, car elle a choisi d’aborder l’aspect le plus controversé de ce débat : les enfants.

Il est désormais largement admis qu’on assiste à une augmentation significative du nombre d’enfants se présentant dans les hôpitaux publics anglais qui traitent les transgenres. Certains — pas tous — de ces enfants se verront prescrire des médicaments bloquant la puberté puis, plus tard dans la vie, un traitement hormonal et une intervention chirurgicale.

Cela inquiète beaucoup de gens qui se demandent si les enfants sont capables de donner un consentement éclairé approprié pour des interventions médicales qui peuvent avoir des effets durables et parfois inconnus. C’est ainsi que les médicaments bloquant la puberté (non conçus à cette fin) donnés aux enfants peuvent réduire la fertilité à l’âge adulte. Parmi certaines militantes féministes et parents inquiets qui ont cherché à sensibiliser le public à ces questions, il existe un aphorisme : « Un enfant transgenre c’est comme un chat végétarien. On sait qui prend vraiment les décisions. »

La ministre Truss a déclaré que le gouvernement veut s’assurer que les gens âgés de moins de 18 ans sont « protégés de décisions qu’ils pourraient prendre [sous pression] et qui sont irréversibles dans le futur. »


Les études révèlent que 80 % des enfants qui remettent en question leur sexe finissent par s’identifier avec le « sexe de leur naissance » avant qu’ils atteignent l’âge de 18 ans. Sachant cela, pourquoi est-ce que le gouvernement du Canada permet-il aux enfants de subir une chirurgie de changement de sexe ?

Le projet de loi C-16 de Trudeau a enchâssé l’idéologie du genre dans la Loi canadienne sur les droits de la personne. Selon le candidat à la présidence du Parti conservateur du Canada, Derek Sloan, « Le projet de loi C-8 récemment proposé rendra possible pour les parents canadiens d’être emprisonnés simplement parce qu’ils essaient d’aider leur enfant à résoudre des problèmes de dysphorie de genre. C’est le projet de loi des libéraux de la prétendue “interdiction de la thérapie de conversion”, un projet de loi qui, en tant que Premier ministre, je vais voter contre. Aux yeux des activistes sociaux, aider un enfant à accepter le corps avec lequel il est né a été criminalisé en tant que “thérapie de conversion”, tout en donnant au même enfant des hormones artificielles et une chirurgie plastique pour les mutiler est célébré comme une “affirmation du genre”. »


Sources : Sky News, Spectator

vendredi 1 mai 2020

Québec — Écoles privées: plus de 80% des élèves de retour en classe

Plus de 80 % des élèves qui fréquentent les écoles privées seront de retour en classe à partir du 11 mai, selon la fédération qui les représente.

Même si les données restent préliminaires, les établissements privés ont déjà une bonne idée du nombre d’étudiants qu’ils accueilleront au cours des prochaines semaines.

« On estime déjà que plus de 80 % de nos élèves vont revenir, ça va être difficile de s’organiser. C’est tout un défi logistique », affirme David Bowles, président de la Fédération des établissements d’enseignement privés.


Comme dans le réseau public, les écoles privées se demandent où mettre tous leurs élèves, avec un maximum de 15 enfants par classe et deux mètres de distance entre eux à respecter.

Des ententes sont en cours afin de pouvoir notamment utiliser les locaux vides d’écoles secondaires privées.

Modèle hybride demandé

Les établissements auraient toutefois préféré pouvoir mettre en place un modèle d’enseignement hybride, qui aurait permis de combiner une fréquentation en classe à temps partiel accompagné d’enseignement à la maison.

« On s’attendait à ça, pour être bien honnête », affirme M. Bowles.

Jeudi, le ministre de l’Éducation, Jean-François Roberge, a refusé que les écoles prévoient un retour en classe à temps partiel en raison des contraintes d’espace et de manque de personnel, évoquant un « demi-service » qui représenterait l’équivalent de trois semaines de classe d’ici la fin de l’année scolaire.

« C’est un compromis qu’on n’a pas le goût de faire », a-t-il affirmé.

Pertes financières causées par la décision gouvernementale de fermer les écoles

Les écoles privées qui ont subi des pertes financières pendant la période de fermeture réclament une compensation au gouvernement Legault pour éponger les pertes.

Un mandat a été inscrit au registre des lobbyistes à la fin mars en ce sens. David Bowles, président de la Fédération des établissements d’enseignement privés, explique que cette démarche vise entre autres à compenser les coûts reliés au transport scolaire qui ont dû être payés à 100 % pendant les deux premières semaines de fermeture, à la demande de Québec.

« On aimerait aussi pouvoir rembourser les parents pour les semaines où il n’y a pas eu de services. On demande qu’il puisse y avoir des compensations s’il y a des pertes subies à d’autres endroits », précise M. Bowles.

L’entente prise avec les parents dans « une majorité d’établissements » est d’évaluer en fin d’année ce qui pourra être remboursé ou non, ajoute-t-il.

M. Bowles ne craint pas « pour l’instant » pour la survie de certaines écoles privées. La situation financière de certaines d’entre elles pourrait toutefois devenir « complexe » l’an prochain si la crise se poursuit, admet-il.

De son côté, le mouvement L’école ensemble, qui s’oppose au financement public des écoles privées, dénonce cette démarche.

Stéphane Vigneault, coordonnateur du mouvement, affirme que le financement public accordé aux écoles privées est déjà trop élevé.

Cette crise pourrait toutefois être l’occasion pour les écoles privées qui se retrouveraient dans une situation financière difficile d’opérer une transition afin de rejoindre le réseau public, avance toutefois M. Vigneault.

Cette demande d’indemnisation de la part des écoles privées pour une décision gouvernementale, a suscité une réaction laconique d’Emmanuelle Latraverse, analyste politique TVA/LCN et chroniqueuse Journal de Montréal et Québec. Toute une kyrielle d’entreprises est indemnisée pour la décision gouvernementale de les fermer, on ne sache pas que Mme Latraverse ait eu la même réaction à leur sujet.


Rappelons que Mme Latraverse est au cœur d’accusations de harcèlement psychologique, d’agression verbale et d’intimidation, sur plusieurs années. Telles sont les conclusions d’une enquête externe commandée par Radio-Canada il y a près d’un an au sujet de son ex-chef de bureau à Ottawa, Emmanuelle Latraverse, récemment embauchée à TVA.





jeudi 30 avril 2020

Légère baisse de la fécondité en 2019 au Québec : 1,58 enfant/femme en 2019

Alors que l’indice synthétique de fécondité au Québec s’établissait en 2018 à 1,59 enfant par femme (nettement insuffisant pour remplacer les générations), cet indice a encore légèrement diminué en 2019 pour atteindre 1,58 enfant par femme.

L’indice synthétique de fécondité au Québec est inférieur à 1,6 enfant par femme pour une deuxième année consécutive. Il s’était maintenu au-dessus de ce niveau de 2006 à 2017, atteignant un maximum de 1,73 enfant par femme en 2008 et en 2009. Depuis 11 ans, il est en légère baisse continue. La fécondité au Québec est sous le seuil de remplacement des générations (2,1 enfants par femme) depuis 1970.


La fécondité demeure la plus élevée dans le Nord-du-Québec (2,6 enfants par femme) et les territoires amérindiens et esquimaux, alors qu’elle est la plus faible dans les grandes villes de Montréal (1,38 enfant/femme) et de Québec (1,48 enfant/femme).

L’indice synthétique de fécondité correspond au nombre moyen d’enfants qu’auraient un groupe de femmes si elles connaissaient, tout au long de leur vie féconde, les niveaux de fécondité par âge d’une année donnée.

En 2019, on estime à 84 200 le nombre de naissances au Québec, un nombre légèrement supérieur à celui enregistré en 2018 (83 840). Cette faible augmentation (environ 0,4 %) est la première observée depuis 2012. La hausse du nombre de naissances observée entre 2018 et 2019 s’explique par une augmentation du nombre de femmes en âge d’avoir des enfants, due principalement à l’immigration, et non par une hausse de la fécondité.

mercredi 29 avril 2020

L'instruction à la maison et le confinement selon le niveau culturel des parents

Olivier Babeau président du réseau pensant, du laboratoire d’idées, l’Institut Sapiens et, par ailleurs, professeur en sciences de gestion à l’université de Bordeaux s’est penché dans les colonnes du Figaro sur les effets sociaux du confinent. Il a récemment publié Éloge de l’hypocrisie (Éditions du Cerf, 2018).

Le confinement aura éprouvé en priorité les urbains habitant dans de petites surfaces. Jamais le mètre carré supplémentaire et le bout de jardin n’auront eu une telle valeur. Les salariés du secteur tertiaire auront eu la ressource du télétravail ; pas ceux, en majorité moins bien payés, dont la tâche est manuelle ou implique des services à la personne.

L’école à la maison n’a pas posé de problèmes aux familles éduquées et férues de transmission culturelle. Elles auront constaté que deux heures de préceptorat rigoureux égalaient aisément une journée de classe. D’autres enfants, hélas, n’auront pas eu la chance d’avoir des parents pouvant ou voulant s’investir. Ils auront été laissés à eux-mêmes et à l’abrutissement des écrans. Les élèves les plus faibles seront ceux qui auront décroché en priorité. Notre école était déjà impuissante à endiguer les déterminismes sociaux ; son absence prolongée élargira le fossé qui sépare les décrocheurs des autres.

La décroissance est peut-être un thème qui fait rêver certains cercles intellectuels de la rive gauche, sa réalité est, nous allons nous en rendre compte, beaucoup moins séduisante. Concrètement, la chute de la richesse produite se traduira par un chômage massif et une stagnation voire une régression des salaires. Les Gilets jaunes étaient l’expression de cette classe moyenne française qui craignait le déclassement social entraîné par la disparition des emplois faiblement qualifiés. Ce déclassement sera malheureusement accéléré par une crise qui va précipiter nombre d’entre eux dans la pauvreté. Les technologies, qui sont devenues plus indispensables que jamais pour maîtriser la diffusion du virus, vont symétriquement accroître la concentration de la valeur créée par quelques emplois hautement qualifiés.

Source : Le Figaro

Entretien : Mathieu Bock-Côté, « l’université est de plus en plus hostile à un authentique pluralisme intellectuel »

Campus Vox : Vous dénoncez souvent la pensée unique et la politique de la pensée dans le monde universitaire, en quoi ce concept est-il par nature antinomique avec celui de l’université ?

Mathieu Bock-Côté : Théoriquement, mais je dis bien, théoriquement, l’université devrait être le lieu du libre examen de toutes les idées, de tous les problèmes, sous le signe d’un savoir qui se sait par définition inachevé, qui n’a jamais la prétention d’être une vérité révélée, définitive, incontestable. Si elle était fidèle à elle-même, elle verrait dans la curiosité intellectuelle une authentique vertu philosophique. Telle n’est pas la réalité, hélas. En philosophie politique comme en sciences sociales, certaines tendances idéologiques qui ne veulent pas se reconnaître comme telles sont absolument hégémoniques et dominent complètement la vie académique. Elles travaillent à exclure ceux qui ne s’y reconnaissent pas et plus encore, ceux qui les défient, en les transformant en parias académiques. De manière plus large, il faudrait parler de l’idéologisation des sciences sociales, qui paradoxalement, prétendent plus que jamais se conformer à une exigence de scientificité tout en contribuant à la normalisation théorique d’abracadabrantes lubies. Ne nous laissons pas bluffer.

N’oublions pas non plus le rôle de certains groupuscules étudiants associés à l’ultragauche ou à certaines franges extrêmes de « l’antiracisme » ou du « féminisme » qui entendent encadrer la parole sur les campus, en distinguant ceux qui ont le droit de s’exprimer et ceux qui ne l’ont pas. De leur point de vue, la liberté d’expression n’est qu’une ruse « conservatrice » servant à légitimer l’expression de propos haineux ou discriminatoires — c’est ainsi qu’ils ont tendance à se représenter tous les discours qui s’opposent à eux frontalement. Ces groupuscules au comportement milicien n’hésitent pas à verser dans la violence, et pas que verbale, et cela, avec la complaisance d’une partie du corps professoral, qui s’enthousiasme de cette lutte contre les « réactionnaires » et autres vilains. Ils entrainent avec eux des étudiants emportés par une forme d’hystérie collective dont les manifestations font penser à la scène des deux minutes de la haine chez Orwell. Nous pourrions parler d’ivresse idéologique : des idées trop vite ingérées et mal comprises montent à la tête de jeunes personnes qui se transforment en vrais fanatiques.

On comprend, dès lors que l’université est de plus en plus hostile à un authentique pluralisme intellectuel. Cela ne veut pas dire qu’on ne trouve pas de nombreux professeurs qui font un travail admirable, dans le domaine qui est le leur, mais que certaines questions jugées sensibles seront laissées de côté, tant le prix à payer est élevé pour les explorer librement. Évidemment, certains parviennent à se faufiler dans ce système de plus en plus contraignant. Convenons qu’ils ne sont pas si nombreux et qu’ils le seront de moins en moins. Et les jeunes chercheurs qui entrent dans la carrière comprennent vite quelle posture adopter s’ils veulent être admis dans l’institution. Certaines adoptent des positions qui ne sont pas vraiment les leurs, dans l’espoir de donner des gages idéologiques pour favoriser leur reconnaissance institutionnelle. Ils se croient rusés, mais à force de faire semblant, ils finissent par croire à ce qu’ils disent et se laisser piéger par leur propre stratégie. Il vaudrait la peine de relire La pensée captive de Czeslaw Milosz sur la schizophrénie propre aux milieux intellectuels dans les régimes idéocratiques.

Campus Vox : Vous avez écrit un ouvrage sur « l’Empire du politiquement correct » et vous dénoncez au Québec la culture victimaire et les fables des oppressions, pensez-vous que cette culture soit aussi présente en France ?

Mathieu Bock-Côté : Je la dénonce au Québec, certes, mais comme vous l’aurez noté dans mon livre, je la dénonce en France et ailleurs dans le monde. Aucune société occidentale ne me semble épargnée par cette tendance : c’est en se présentant comme la victime du grand méchant homme blanc hétérosexuel de plus de 50 ans qu’on peut accéder à l’espace public aujourd’hui et y obtenir une position favorable, symboliquement privilégiée. Contre lui, tout est permis : il incarne le mal dans l’histoire. Il faut en finir avec lui en démantelant ses privilèges pour qu’un nouveau monde lavé de ses péchés advienne, en renaissant à travers une diversité sacralisée. Il y a une prime à la revendication minoritaire, pour peu qu’elle participe à la dénonciation rituelle d’une civilisation décrétée raciste, sexiste, homophobe, transphobe et ainsi de suite. Chez vous, par exemple, le discours indigéniste se normalise de plus en plus dans le langage médiatique, il se banalise, et à travers lui, on assiste à la racialisation des rapports sociaux, comme on le voit avec cette effrayante manie qui se veut aujourd’hui progressiste de ramener les individus à la couleur de leur peau en les classant dans une petite catégorie identitaire dont ils ne pourront tout simplement plus s’extraire. Mais il n’est pas présent qu’aux extrêmes : certaines figures politiques associées à la majorité présidentielle, en France, parlent ce langage et le placent au cœur de ce qu’on appelle le progressisme.

Campus Vox : Vous évoquez souvent le déconstructivisme, en quoi cette idéologie peut tuer l’université française ?

Mathieu Bock-Côté : Il y a dans la logique déconstructrice une forme de tentation du néant. Elle décrète, en fait, que le réel n’existe pas, que le monde n’est que discours. Il y aurait une plasticité infinie de la matière sociale. On comprend l’idée : si tout peut être déconstruit, tout peut être reconstruit, à partir d’un autre plan. Nous retrouvons la matrice de l’utopisme, à l’origine du totalitarisme. On peut ainsi soumettre le monde à ses fantasmes. Le constructivisme prépare  théoriquement le terrain à une ingénierie sociale de plus en plus ambitieuse et militante. C’est dans cet esprit qu’on en trouve plusieurs, aujourd’hui, pour contester l’existence de l’homme et de la femme, non seulement en rappelant que la signification du masculin et du féminin ont évolué à travers l’histoire, ce qui est incontestable, mais en cherchant à nier l’empreinte même de la nature sur la culture. Et ceux qui refusent de se soumettre à ce discours sont suspectés d’obscurantisme. Comment ne pas voir là une forme de lyssenkisme ? Le réel n’existe plus, c’est même une catégorie réactionnaire, puisqu’il vient limiter la prétention des idéologues à soumettre l’entièreté de la société à leur vision du monde. Il n’est plus possible de chercher à dégager des invariants anthropologiques : ceux qui relèveraient de la terrible pensée de droite ! De ce point de vue, derrière le constructivisme, on trouve un impensé religieux : celui d’idéologues qui se croient démiurges et qui veulent avoir le pouvoir de décréer le monde pour ensuite le recréer dans un acte de pure volonté.

Ajoutons, puisque ce n’est pas un détail, que cela contribue à un terrible appauvrissement théorique des sciences sociales en général et de la sociologie en particulier, dans la mesure où elle ne sait rien faire d’autre que déconstruire, toujours déconstruire, tout déconstruire. Elle en devient terriblement lassante en plus de ne plus rien parvenir à expliquer.

Campus Vox : Dans une de nos vidéos on voit un jeune militant communiste invectiver un jeune militant de la cocarde en lui disant : « vous êtes pour le mérite », comment en est-on arrivé là ?

Mathieu Bock-Côté : Pour certains, le mérite est une fiction libérale cherchant à normaliser sous le signe du succès individuel la reproduction de rapports de pouvoir entre groupes antagonistes, en lutte au sein d’une structure de domination qui avantage les uns et désavantage les autres. Nous retrouvons ici une forme de marxisme primaire, qui pense les rapports sociaux sous le signe d’une guerre civile plus ou moins maquillée par le droit. Dans cette logique, l’individu avec ses efforts, son travail, ses talents, ses limites, n’existe tout simplement plus, et il faut déconstruire la possibilité même de son émancipation, qui serait toujours illusoire, sauf dans certains cas marginaux, insignifiants statistiquement. À cela, il faut répondre simplement en rappelant que la réalité sociale ne se laisse pas comprimer dans une telle théorie et que si nul ne conteste l’existence des déterminants sociaux sur l’existence humaine, il est insensé de postuler qu’ils l’écrasent totalement, surtout dans une société démocratique. Le mérite est l’autre nom donné à la possibilité pour l’individu d’avoir une certaine emprise sur son destin et de s’accomplir. Une société qui congédie cette idée, qui la décrète impossible, fait le choix d’abolir l’individu et la possibilité de son émancipation. Dans le cas de la France, cela consisterait aussi à abolir la meilleure part de l’idéal républicain.

Campus Vox : Il y a peu l’université française était encore épargnée par les dérives des universités nord-américaines, notamment racialistes. On voit bien dans le travail de recherche que l’on a mené et par les témoignages des étudiants que les ateliers non mixtes, les problématiques de races arrivent en force au cœur de l’université, l’exception universaliste française n’est-elle plus qu’un rêve ?

Mathieu Bock-Côté : L’université française était-elle autant épargnée qu’on l’a dit ? Une chose est certaine, la vie intellectuelle française n’était pas épargnée par le sectarisme. Il suffirait de se rappeler l’histoire de l’hégémonie idéologique du marxisme, d’abord, puis du post-marxisme, dans la deuxième moitié du XXe siècle, pour s’en convaincre. Cela dit, il est vrai que la France est aujourd’hui victime d’une forme de colonisation idéologique américaine — on le voit par exemple avec l’application systématique sur la situation des banlieues issues de l’immigration de grilles d’analyse élaborées pour penser la situation des Noirs américains, comme si les deux étaient comparables ou interchangeables. La sociologie décoloniale s’autorise cette analyse dans la mesure où elle racialise les rapports sociaux, évidemment.

La France, plutôt que de devenir une province idéologique de l’empire américain, devrait plutôt chercher à préserver sa singularité — sa remarquable singularité. La France a sa propre manière de penser la culture commune, la nation, les rapports entre les sexes, et tant d’autres domaines de l’existence humaine. Mais ne nous trompons pas : l’universalisme français est un particularisme inconscient de l’être. L’idée que la France se fait de l’universel est liée à son histoire, et plus particulièrement, à l’identité française — chaque peuple, en fait, élabore sa propre idée de l’universel. Il nous faudrait retrouver une certaine idée de la diversité du monde, en nous rappelant que les peuples ne sont pas des populations interchangeables et qu’on ne saurait voir dans les cultures des amas de coutumes superficielles, ne modelant pas en profondeur les comportements sociaux.

Campus Vox : On a vu récemment Caroline Fourest dénoncer cette nouvelle « génération offensée », peut-on dire qu’il y ait une prise de conscience en France de ces nouveaux phénomènes ?

Mathieu Bock-Côté : Cela fait des années que ceux qu’on appelle les conservateurs (mais pas seulement eux) tiennent tête au politiquement correct et il est heureux de voir qu’ils ont du renfort. Jacques Parizeau, l’ancien Premier ministre du Québec, disait, à propos de ceux qui rejoignaient le mouvement indépendantiste : « que le dernier entré laisse la porte ouverte s’il vous plaît ». Les conservateurs peuvent dire la même chose dans leur combat contre le régime diversitaire. L’enjeu est historique : il s’agit de préserver aujourd’hui la possibilité même du débat public en rappelant que le pluralisme intellectuel ne consiste pas à diverger dans l’interprétation d’un même dogme, mais dans la capacité de faire débattre des visions fondamentalement contradictoires qui reconnaissent néanmoins mutuellement leur légitimité. Ce n’est qu’ainsi qu’on pourra tenir tête à la tyrannie des offensés qui entendent soumettre la vie publique à leur sensibilité, et qui souhaitent transformer tout ce qui les indigne en blasphème. La France n’est pas épargnée par le politiquement correct, mais elle y résiste, en bonne partie, justement, parce qu’elle dispose d’un espace intellectuel autonome d’un système universitaire idéologiquement sclérosé. On peut croire aussi que la culture du débat au cœur de l’espace public français contribue à cette résistance. C’est en puisant dans leur propre culture que les Français trouveront la force et les moyens de résister au politiquement correct.

Source : Campus Vox