samedi 27 février 2016

Québec — Menace sur la liberté d'expression : le projet de loi 59

Texte de Mathieu Bock-Côté sur le projet de loi 59. Une nouvelle loi du cadenas ? Les intertitres sont de nous

Depuis quelques mois, on a cessé de suivre les débats entourant le projet de loi 59, grâce auquel le gouvernement Couillard entend lutter contre les discours haineux.

À tort.

Car nous sommes là devant une menace sans précédent pour la liberté d’expression.

Mais on apprenait il y a quelques jours que la députée du Parti québécois Agnès Maltais pratique contre lui une obstruction systématique. Elle veut nous alerter.

Car sous le couvert de la lutte aux discours haineux, c’est à la liberté d’expression qu’on s’en prend.

Propos haineux, concept vague et liberticide

La ministre de la Justice Stéphanie Vallée (ci-contre), qui porte le projet de loi, prétend l’avoir amélioré. Pourtant, nous sommes toujours devant une proposition catastrophique.

Qu’est-ce qu’un propos haineux ? Quoi qu’en dise le gouvernement, cela demeure terriblement flou. Ce grand flou autorisera toutes les dérives.

En fait, chaque minorité identifiée par la Charte des droits pourra se présenter comme victime de propos haineux.

Sera-t-il encore permis de critiquer l’islam comme religion et l’islamisme comme idéologie ? Sera-t-il permis de dire que certaines communautés culturelles s’intègrent moins bien que d’autres à la société occidentale ?

En fait, chaque minorité identifiée par la Charte des droits pourra se présenter comme victime de propos haineux. Comme d’habitude, ce sont les radicaux de chaque communauté qui décideront s’ils se sentent heurtés et qui militeront pour la censure.

Voyons plus loin. Qu’il s’agisse du souverainiste excité, du fédéraliste enragé, de la féministe radicale, du militant homosexuel sourcilleux ou de l’islamiste, chacun pourra se tourner vers son contradicteur obstiné et l’accuser de propos haineux.

Museler par le bras de l’État les opinions divergentes

Tous ceux qui dérangent l’idéologie dominante ou un groupe trop sensible pourraient le payer très cher. La liberté de critiquer la religion sera muselée.

Cette loi accorderait des pouvoirs exceptionnels à la Commission des droits de la personne et de la jeunesse (CDPDJ), qui porte bien mal son nom.

Car pour peu qu’on s’intéresse aux travaux de cette dernière, on constate qu’elle rêve fondamentalement d’une chose : devenir une police politique et trier entre les opinions respectables et celles qui ne le sont pas.

Nous n’avons pas besoin de contrôleurs idéologiques payés à temps plein pour surveiller les propos des uns et des autres.

Donner des droits à la CDPDJ, c’est en enlever aux citoyens.

Islamophobie ?

Martin Lemay, ancien député du Parti québécois de Sainte-Marie–Saint-Jacques, dans un texte paru il y a quelques mois, a parlé de la « loi du cadenas de Philippe Couillard ». La formule était aussi percutante qu’éclatante de vérité.

On s’en souvient, il s’agissait alors, sous le gouvernement Duplessis, au nom de la lutte contre la propagande communiste, de casser les mouvements sociaux progressistes.

Aujourd’hui, la déviance politique a changé de nom. Officiellement, on veut lutter contre l’islamophobie, ce mot fourre-tout qui vise à faire croire que la simple critique de l’islam ou de ses dérives relève de l’agressivité pathologique.

Dans les faits, ce sont les critiques du multiculturalisme et tous ceux pour qui la « diversité » peut poser problème qui sont visés. Au nom de la lutte contre les discriminations, on cherchera à les museler.

Stéphanie Vallée devrait mettre sa loi à la poubelle.

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jeudi 25 février 2016

Québec — L'immigration et son augmentation pour consolider l'option fédéraliste ?

Texte de Mathieu Bock-Côté dans La Vie agricole :

On parle en ce moment d’une nouvelle politique d’immigration à Québec. Mais nous pouvons déjà être à peu près certains du résultat : le gouvernement libéral proposera une hausse des seuils d’immigration. C’est normal : elle contribue à la consolidation de sa base électorale. Alors que le PLQ peine à obtenir plus de 25 % du vote francophone, il obtient des scores soviétiques chez les immigrants et les anglophones.

Cela lui permet aussi de cadenasser constitutionnellement l’avenir du Québec. On sait qu’en 1995, ce sont les immigrants et les anglophones qui ont fait pencher la balance vers le camp du Non en l’appuyant à peu près à l’unanimité. Il n’y a aucune raison de croire que lors d’un prochain référendum, les choses se passeraient autrement. Voyons-y un réalisme démographique élémentaire.

S’ils avaient un peu de vision et de courage, les partis d’opposition nationalistes militeraient pour une baisse significative des seuils d’immigration. Ils rappelleraient, comme on nous l’a encore confirmé récemment, qu’elle contribue à l’anglicisation de la métropole. 60 % des immigrants qui ne connaissent pas le français en arrivant ici ne veulent pas l’apprendre et se dérobent aux cours de francisation.

Ils démonteraient les légendes urbaines entretenues par la propagande patronale et relayées par un système médiatique convaincu des vertus de la mondialisation entourant la nécessité économique et démographique de l’immigration. On le sait, sa contribution économique est généralement neutre, et contrairement à la mythologie qui circule dans les médias, elle ne parviendra pas à rajeunir la population.

Mais nos partis d’opposition, pour l’instant, sont timorés. Le PQ et la CAQ se sont laissés convaincre que baisser les seuils ne se fait pas. Il suffit de poser la question pour risquer les injures habituelles des roquets au service du politiquement correct, pour qui la diversité est automatiquement une richesse, même si la multiplication des cas d’accommodements déraisonnables nous donne régulièrement la preuve du contraire.

Ils jouent même contre leurs intérêts électoraux, et préfèrent se faire croire qu’il suffirait de mener une politique plus « inclusive » à l’endroit des immigrants pour les faire basculer vers la grande famille nationaliste. Comme si le marketing diversitaire était la solution à tout. Si l'on considérait les choses froidement, on comprendrait que les nouveaux arrivants ne voient pas trop pourquoi ils rejoindraient le camp nationaliste.



Dans ce débat, on en trouvera pour nous revenir avec l’habituelle solution miracle : il suffirait de régionaliser l’immigration pour réussir son intégration. Théoriquement, ce serait l’idéal. Un immigrant qui s’installe dans une région où les Québécois francophones sont la norme a beaucoup plus de chance de s’intégrer à eux. À Québec, à Sherbrooke, à Trois-Rivières ou à Chicoutimi, on s’intègre mieux au Québec qu’à Montréal.

Mais depuis le temps qu’on nous en parle, c’est à se demander pourquoi nous ne nous y mettons pas. La réponse est pourtant simple : les immigrants n’en veulent pas. Massivement, ils s’installent à Montréal, parmi leurs proches. Ils ne veulent pas de la splendide mission qu’on leur réserve : repeupler des régions que les Québécois francophones désertent eux-mêmes. Ils préfèrent vivre en métropole, dans une grande ville.

Parlons franchement : l’heure est venue de réduire les seuils.

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France — Enseignant condamné pour pédophilie autorisé à enseigner par sa hiérarchie

Une histoire qui choque en France. Un professeur a été autorisé par la hiérarchie de l’enseignement public à donner cours dans un collège alors qu’il avait été condamné pour pédophilie en Grande-Bretagne. Il a de nouveau commis des attouchements sur mineurs et a été arrêté.


Un professeur condamné pour pédophilie en Grande-Bretagne embauché en France

L’Éducation nationale française savait qu’un professeur, mis en examen pour agression sexuelle d’un mineur de moins de 15 ans, avait déjà été condamné pour de tels faits en Grande-Bretagne, mais l’a laissé continuer à enseigner, a révélé vendredi Najat Vallaud-Belkacem, pointant un dysfonctionnement « insupportable ».

Ce professeur de maths au collège Blaise Pascal de Villemoisson-sur-Orge, dans l’Essonne, a été mis en examen jeudi, également pour détention d’images pédopornographiques, et placé en détention provisoire. « Dès lors que nous l’avons appris, il a été suspendu », a déclaré la ministre de l’Éducation lors d’une conférence de presse convoquée à la hâte. « À ce stade, rien ne permet de penser que ses élèves ont été victimes de ses agissements. »

Mais l’examen de son dossier a révélé « des faits d’une extrême gravité », a-t-elle ajouté : il « avait déjà été condamné par un tribunal britannique en 2006 pour relations sexuelles avec un enfant à partir d’un poste de confiance et pour voyeurisme » à 15 mois d’emprisonnement, condamnation versée à son dossier professionnel.

Une commission paritaire de l’enseignement réunie en formation disciplinaire en mars 2007 « avait conclu à l’unanimité de ses 35 membres à l’absence de sanctions ayant constaté que la “matérialité des faits” reprochés était sujette à caution et que le doute devait lui profiter », a-t-elle précisé, qualifiant d’« insupportable » le fait qu’il ait été autorisé à continuer d’enseigner. « L’Éducation nationale est responsable cette fois-ci puisqu’elle était informée. Elle n’aurait pas dû laisser ce monsieur continuer à exercer au contact d’enfants », a martelé la ministre, qui a lancé « une enquête administrative » et prendra, « le cas échéant, les sanctions qui s’imposent ».


Il a reconnu les faits

Depuis l’affaire de Villefontaine — un directeur d’école mis en examen au printemps pour viols d’une partie de ses élèves alors qu’il avait été condamné pour recel d’images pédopornographiques en 2008 —, l’Éducation nationale s’est engagée à passer au peigne fin le casier judiciaire de ses agents, a rappelé Najat Belkacem. Un projet de loi en cours d’examen au Parlement doit garantir que toutes les affaires mettant en cause ses personnels dans des affaires de pédophilie « soient transmises en temps utile » pour que des sanctions disciplinaires puissent être prises.

Une cellule psychologique a été mise en place au collège Blaise Pascal. « Je suis atterrée. On n’a pas été mis au courant » de la condamnation en Grande-Bretagne avant les déclarations de la ministre, a réagi Catherine Lucas, représentante de la fédération de parents d’élèves FCPE au collège de l’enseignant. « L’équipe pédagogique était déjà très choquée » après la mise en examen.

Les enquêteurs sont remontés jusqu’au professeur après l’arrestation le 10 février « pour des faits distincts » d’un jeune homme à Corbeil-Essonnes, qui leur a expliqué avoir été recruté par « des jeunes » pour « organiser une expédition punitive à l’encontre d’un individu susceptible d’avoir commis des faits d’agressions sexuelles », selon un communiqué du parquet d’Évry.

Le jeune homme remet alors spontanément à la police un téléphone portable récupéré par les personnes qui avaient fait appel à lui, dans lequel les enquêteurs retrouvent « plusieurs milliers d’images et de vidéos pédopornographiques ». Ils y trouvent également « un film vidéo » dans lequel un homme, qui s’avérera plus tard être l’enseignant, « était en présence d’un mineur sur lequel il commettait une agression sexuelle ».

Le suspect, un homme de 55 ans rapidement identifié, est interpellé mercredi matin à son domicile de Sainte-Geneviève-des-Bois, le lieu où « l’enfant avait été filmé ». Il a reconnu les faits en garde à vue, évoquant « des pulsions homosexuelles à tendances pédophiles ». Il a également raconté avoir fait « plusieurs voyages dans des pays du Sud-est asiatique pour y rencontrer de jeunes hommes au physique juvénile ».

L’enseignant, originaire de l’Essonne, dit sur sa page « Copains d’avant » être marié et avoir quatre enfants. Il a aussi « mis en musique Rimbaud, Baudelaire, Verlaine, Apollinaire », des disques qu’il propose à l’achat sur son site internet, où il offre aussi des fiches de révision pour le brevet de mathématiques.

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Pédophilie — Un rapport sur l'affaire Jimmy Savile révèle que la hiérarchie (de la BBC) savait

Affaire Jimmy Savile (ci-contre) : un rapport révèle que la BBC savait, mais prend soin de disculper la haute hiérarchie.

La culture de la peur et de la déférence envers les célébrités à la BBC a favorisé les agissements pédophiles de son ancienne vedette Jimmy Savile, mort en 2011, selon une enquête interne publiée jeudi, qui absout toutefois la direction d’une responsabilité directe.

« Ma conclusion est que certains responsables juniors et de rang intermédiaire étaient au courant de la conduite sexuelle inappropriée de Savile dans le cadre de son travail pour la BBC » pendant des dizaines d’années, écrit Janet Smith, l’auteur de ce rapport de près de 800 pages.

« Cependant, je n’ai trouvé aucune preuve que la BBC, en tant que personne morale, était au courant » des agissements de l’animateur, qui a agressé 72 personnes dans le cadre de son travail à la BBC, a ajouté cette ancienne magistrate de la Cour d’appel, à qui cette enquête fut confiée en octobre 2012.

En cause : une culture de la peur et de la déférence envers les célébrités du groupe audiovisuel qui persiste encore aujourd’hui, une réticence du personnel à se plaindre ou à parler de leurs préoccupations par crainte de perdre leur travail ou encore le fait que les responsables les plus hauts placés n’encourageaient pas le dialogue.

Janet Smith prend ainsi l’exemple du révérend Colin Semper, responsable des contenus religieux de la BBC pendant de longues années, qui a eu des soupçons sur la conduite de Savile envers les jeunes filles sans aller jusqu’à les exprimer.

« Il y avait une culture hiérarchique au sein de la BBC qui favorisait l’idée que ce n’était pas à lui de soulever le problème de la conduite de Savile, mais que c’était de la responsabilité de quelqu’un de plus haut placé. Après tout, tout le monde semblait connaître les rumeurs », rapporte l’ancienne magistrate.

Le directeur général de la BBC, Lord Hall, a accueilli le rapport en exprimant ses regrets.

« Ce terrible épisode nous apprend que la célébrité est un pouvoir (...). Et comme tout pouvoir, il doit être mis face à ses responsabilités, il doit être remis en cause et il doit être surveillé, ce qui n’a pas été le cas », a-t-il dit, en présentant ses excuses aux victimes.

Selon un rapport d’enquête publié il y a trois ans par la police, Jimmy Savile avait profité de son statut de célébrité pour commettre 214 « actes criminels », dont 34 viols, entre 1955 et 2009.

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Complicité de la hiérarchie de l’institution pour dissimuler de nombreux cas de pédophilie

États-Unis — Pédophilie dans une école primaire

Canada — La pédophilie : une orientation sexuelle comme l’hétérosexualité pour des experts

Scouts Canada s’excuse des cas de pédophilie qui auraient pu survenir

Pédophilie dans l’enseignement

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École laïque et républicaine — Enseignants pédophiles, on n’en parle que depuis récemment

Deux poids, deux mesures ? (artistes pédophiles excusés par des journaleux)

Mark Steyn : Penn State’s institutional wickedness (avec des détails scandaleux)



mardi 23 février 2016

Guernesey – Un devoir sur la conversion à Islam des élèves provoque la colère des parents

L’île de Guernesey, dépendance de la couronne britannique est secouée depuis peu par une polémique. Des élèves ont eu comme devoir à effectuer chez eux, la rédaction d’une lettre expliquant à leurs parents, leur choix d’embrasser l’Islam. Les jeunes élèves âgés de 12 à 13 ans devaient expliquer en détail les raisons de cette conversion. Un devoir qui n’a pas été du goût de nombreux parents qui ont fustigé cette initiative proposée dans un des collèges de l’île anglo-normande située non loin des côtes françaises, dépendance de la couronne britannique.

Pour beaucoup d’entre-deux, il s’agit ici d’une dérive dangereuse au regard de l’actualité marquée par le nombre croissant de ressortissants britanniques rejoignant les groupes terroristes en Syrie. Une mère de famille prénommée Gemma Gough a rapporté au DailyMail qu’elle et son mari avaient décidé de porter plainte auprès du département de l’éducation de Guernesey. « Les enfants sont trop influençables, imaginez si ces lettres tombent dans de mauvaises mains au cours des années à venir », a-t-elle ajouté.

Une inquiétude qui n’est pas partagée par le département de l’Éducation qui a déclaré : « Il est important que nos élèves soient capables d’apprendre, de comprendre, d’enquêter et d’interroger tout ce qui est autour d’eux. » De son côté, l’actuel Premier ministre de Guernesey Jonathan Le Tocq a récemment invoqué « l’islamophobie et la négativité » qui règnerait sur l’île pour justifier sa décision de ne pas accueillir les réfugiés syriens. Moins d’un pour cent de la population de Guernesey est musulmane et les autorités locales de l’île ont récemment refusé d’accueillir des réfugiés syriens.

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lundi 22 février 2016

Éthique — Pourquoi les médecins ont des réticences envers l'euthanasie

Texte de la docteur Dominique GARREL, médecin.

On a récemment observé que depuis que l’« aide médicale à mourir » est devenue légale au Québec, un nombre significatif de médecins ont manifesté leur refus de poser eux même le geste qui mettra fin à la vie de leur patient. Certains s’en étonnent, vu le consensus qui semblait régner lors de l’adoption du projet de loi 52 [adopté sous le nom Loi concernant les soins de fin de vie].


Je crois qu’on assiste à un retour du réel après une longue période de confusion. La première confusion est celle qui veut faire croire que l’euthanasie, rebaptisée « aide médicale à mourir », est un geste médical. [Le nom de la loi a bien sûr participé à cette confusion, à dessein.]

La deuxième confusion découle de la première, à savoir qu’un médecin, comme tout citoyen, peut parfaitement être en accord avec la légalisation de l’euthanasie, incluant le suicide assisté, au nom du droit à disposer de sa vie, sans accepter l’idée que non seulement il s’agisse d’un geste médical, mais d’un soin qu’il a l’obligation de prodiguer ou de contribuer à donner.

Le principe fondamental de la pratique médicale est de proposer des gestes dont les bénéfices l’emportent sur les risques. Toute la médecine rationnelle repose sur ce principe, qu’elle soit curative ou palliative.

« Mourir dans la dignité » autre euphémisme utilisé pour faire passer la loi autorisant l’euthanasie au Québec

Or le geste de donner la mort [même s’il était considéré comme moralement juste par d’aucuns,] ne peut d’aucune façon être qualifié de médical.

En effet, personne ne connait les conséquences de la mort. Nous savons seulement qu’elle est irréversible et que la personne qui meurt ne revient pas. Le médecin, comme tout le monde, ne sait rien d’autre. L’idée que la personne va cesser de souffrir si on met fin à ses jours est très répandue, mais elle repose sur des croyances quant à ce qui se passe, ou ne se passe pas, après la mort. Il n’y a rien de scientifique dans ces croyances.

C’est devant cette ignorance que les médecins ont toujours refusé l’euthanasie et pas seulement à cause de convictions morales ou religieuses. La Loi [sur l’euthanasie et « les soins de fin de vie »] instrumentalise les médecins pour poser un geste dont la justification est une question de philosophie politique. Il n’est pas étonnant que certains d’entre eux ne veuillent pas collaborer.

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Grande-Bretagne : projet de loi d’« aide à mourir dans la dignité » résolument rejeté

L’euthanasie, jusqu’où ?

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Suicide assisté : décision disproportionnée de la Cour suprême dans ses effets prévisibles et potentiels ?

Euthanasie au Québec — Quid de l’autonomie des médecins ? Consensus fondé sur la confusion des termes.


vendredi 19 février 2016

Le Maroc enterre trente ans d’arabisation pour retourner au français

Le 1er décembre 2015, le chef du gouvernement, Abdelilah Benkirane, apprend que le ministre de l’Éducation nationale, Rachid Belmokhtar, unproche du palais, avait présenté au cabinet royal un important programme visant à « franciser » l’enseignement des mathématiques, des sciences naturelles et des sciences physiques. Ce projet, qui prévoit aussi l’enseignement du français dès la première année du primaire au lieu de la troisième actuellement, a été préparé en catimini et présenté par le ministre au roi sans que Benkirane en soit informé. Benkirane est le principal dirigeant du Parti de la justice et du développement (arabe : حزب العدالة والتنمية, Hizb al-εadala wa at-tanmia) ou PJD, un parti politique marocain islamiste.

Celui-ci est hors de lui et devant les députés médusés, il ne mâche pas ses mots en s’adressant à son ministre de l’Éducation : « Tu t’es attelé à l’introduction du français, mais alors le feu va prendre ! Cela, c’est le chef du gouvernement qui l’estime et l’évalue... C’est pour cela que quand Sa Majesté le roi a décidé un jour de choisir un chef du gouvernement, il n’a pas désigné Belmokhtar, il a choisi Benkirane… S’il voulait Belmokhtar, il l’aurait pris, il le connaît avant moi. Il m’a désigné moi pour que ce soit moi qui décide… et c’est pour cela que je [t’ai] adressé une lettre pour [te] dire que cette décision de franciser ces matières, il faut que [tu] l’ajournes afin que nous y réfléchissions parce que moi je n’étais pas au courant et que [tu] n’y as pas accordé d’importance. »

Mais rien n’y fait. Le 10 février, l’enterrement de l’arabisation de l’enseignement est validé lors du dernier conseil des ministres présidé par le roi à Lâayoune, chef-lieu du Sahara occidental. La bataille pour la mise à l’écart de ce projet paraît définitivement perdue pour les islamistes qui dirigent l’actuel gouvernement, se réjouissent les partisans du retour à la langue de Molière dans les écoles et les lycées. Notons que le roi Mohammed IV a également fortement soutenu les revendications des berbérophones au Maroc (environ 30 % de la population), le berbère est enseigné dans les écoles marocaines depuis une dizaine d’année, un Institut royal de la culture berbère (IRCAM) est richement et responsable de la normalisation de la langue.

Enseignement du berbère (avec des tifinaghs) dans une école marocaine


« Arabisation et islamisation vont de pair »


« Pour eux [les islamistes], arabisation et islamisation vont de pair, car la langue est liée à la pensée », se félicite Ahmed Assid, un professeur de philosophie aux positions laïques. « Ce retour aurait dû se faire depuis longtemps. Nous avons perdu trente ans à cause de petits calculs idéologiques. Avant d’arabiser, l’État marocain aurait dû d’abord réformer la langue arabe dont le lexique et les structures n’ont pas varié depuis la période préislamique », ajoute-t-il.

C’est dans le début des années 1980, avec l’arrivée au gouvernement du parti conservateur de l’Istiqlal, que l’arabisation de l’enseignement public a été mise en place avec la bénédiction implicite du roi Hassan II (1961-1999). Renforcer les conservateurs et les islamistes au détriment de la gauche marocaine (moins enthousiaste à l’égard de l’arabisation) était un objectif majeur du palais.

« À partir des années 1960, le Maroc a commencé à “importer” des enseignants d’Égypte et de Syrie afin de conduire le processus d’arabisation. C’est à cette époque que le wahhabisme et la pensée des Frères musulmans se sont progressivement introduits dans le royaume », souligne l’historien Pierre Vermeren. Plus de seize ans après la mort d’Hassan II, la réforme de l’éducation n’a toujours pas eu lieu alors que l’enseignement privé ne cesse de s’amplifier au détriment de l’école privée : de 9 % en 2009, la part des élèves scolarisés dans le privé est passée à 15 % en 2015, selon Global Initiative for Economic, Social and Cultural Rights, un centre de recherches sur les inégalités dans l’accès à l’éducation.

Entrée du lycée français d’Agadir, section maternelle

Une école publique marocaine de piètre qualité

L’enseignement dans les écoles publiques est considéré comme de mauvaise qualité (ce que semblent prouver les chiffres de l’OCDE qui classent le Maroc au bas des pays évalué 73e sur 76) alors que les écoles privées francophones y sont réputées comme strictes. Alors que les écoles publiques sont musulmanes (les élèves doivent y apprendre des passages du Coran par cœur, ce qui insupporte certains parents progressistes), les écoles francophones sont généralement laïques. Il existe des écoles officielles subventionnées françaises, une belge francophone et plusieurs des missions laïques françaises non subventionnées.

Les autres pays du Maghreb (l’Algérie et la Tunisie) ont également connu cette même arabisation forcée (parfois de populations berbérophones...) et une radicalisation religieuse croissante. Le chef spirituel du parti islamiste tunisien Ennahda, Rached Ghannouch, refuse de parler français.

« Inutile et contreproductif »

Ouvertement hostiles au projet, les islamistes du PJD adoptent pour l’instant un profil bas. « Franciser notre enseignement n’est pas la meilleure solution, mais nous n’allons pas entrer en conflit avec la monarchie. C’est inutile et contreproductif. Ce projet montre à quel point le lobby francophone est encore puissant et à quel point notre pays dépend de la France », commente, désabusé, un député du PJD qui a préféré garder l’anonymat.

Selon les derniers chiffres officiels, le réseau des établissements scolaires d’enseignement français au Maroc est tout simplement le plus dense au monde avec, à la rentrée de 2015, plus de 32 000 élèves dont plus de 60 % des Marocains. Ces établissements (près de vingt-cinq aujourd’hui) couvrent les principales villes du royaume. Seuls les Marocains les plus aisés ont les moyens financiers d’y inscrire leurs rejetons. Voir les prix pratiqués.

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mercredi 17 février 2016

Mathieu Bock-Côté : L’école brisée

Texte de Mathieu Bock-Côté publié aujourd’hui :

L’école, l’école ! Péquistes, libéraux et caquistes, tous ensemble, répètent à quel point ils y tiennent.

Ces temps-ci, on parle d’un plan pour encourager la persévérance scolaire. C’est très bien.

Mais une question demeure : pourquoi les jeunes sont-ils si nombreux à croire l’école superflue et à décrocher ? Comment leurs parents peuvent-ils les laisser faire ?

Cela témoigne de la persistance d’une vieille croyance remontant à la part la plus triste de notre passé : les meilleurs s’instruiront, les autres se débrouilleront. C’est une croyance funeste.

À quoi sert l’école ? Cette question nous hante.

La droite économique a sa réponse : préparer les jeunes gens au marché du travail.
Nous avons renoncé au culte des livres : on les traite comme des objets désuets, faits pour accumuler la poussière.

Elle insiste pour que l’école soit connectée à l’entreprise. On convaincra les jeunes d’y aller et d’y rester en leur montrant qu’elle sert à quelque chose. Avec elle, on peut faire de gros sous.

La gauche pédagogique prend le problème autrement : pour elle, l’école sert à combattre les inégalités.

C’est une machine de nivellement social. Et pas toujours vers le haut. On l’invite aussi à lutter contre les préjugés, les discriminations et tout le tralala qui alimente le politiquement correct.

La culture

Ce qui se perd, ici, c’est la valeur de l’éducation en soi.

On continue de croire que la culture est un luxe, une passion pour les riches, et peut-être même un signe de snobisme.

Honte à celui qui parle bien sa langue ! Ce ne peut être qu’un prétentieux. Si c’est un garçon, c’est encore pire : on veut qu’il se passionne pour le basketball et le motocross, pas pour Woody Allen ou Alexandre Dumas. Sans quoi, on doutera de sa virilité.

Il y a quelques années, une femme ardemment engagée dans la vie publique m’avait expliqué que l’enseignement de l’histoire était superflu au niveau collégial.

Sa raison ? Les uns aiment l’histoire, les autres non. Il faudrait respecter les goûts personnels de chacun et ne pas imposer une matière commune.

La technophilie débile en rajoute. On s’imagine que Google est l’encyclopédie dont chacun a besoin. Mais on peut s’y perdre si on ne s’y aventure pas avec une solide culture.

Quant à elle, la pédagogie des compétences, qui a remplacé celle des connaissances, a programmé l’inculture du plus grand nombre.

L’âme

Nous avons renoncé au culte des livres : on les traite comme des objets désuets, faits pour accumuler la poussière. Nous nous comportons comme des barbares.

On l’oublie, mais la culture a quelque chose de sacré. Elle parle à l’âme. Elle touche à ses besoins les plus fondamentaux. Ceux qu’on ne peut chiffrer, mais que tous ressentent intimement.

Elle modèle de jeunes esprits en leur apprenant à admirer plus grand qu’eux.

Elle sème dans le cœur le désir des belles et grandes choses.

La littérature nous fait aimer la langue.

L’histoire nous délivre d’un présent refermé sur lui-même.

La philosophie nous rappelle l’existence de questions éternelles.

On ne raccrochera les jeunes à l’école qu’en comprenant qu’elle doit transmettre un patrimoine de civilisation aussi nécessaire à la vie que l’oxygène.

Nous en sommes loin.

Voir aussi

Le PQ et l'éducation, la méthode comptable : ne penser qu'à lutter contre le décrochage

France — Le pédagogiste, symbole de l'égarement intellectuel


La réforme du collège, défendue par Najat Belkacem (ci-contre) et censée entrer en vigueur à la rentrée 2016, peine toujours à faire l’unanimité du côté des professeurs. Enseignant de lettres classiques dans l’académie de Strasbourg, Didier Jodin dénonce la fascination de la ministre et de ses conseillers pour les dogmes de ce qu’il est convenu d’appeler le « pédagogisme » dans les colonnes du Nouvel Obs, l'hebdomadaire emblématique de la gauche parisienne :

La réforme du collège provoque une vaste indignation chez les professeurs. Oscillant entre mensonges condescendants et silence méprisant, Najat Belkacem ajoute à cette exaspération sans précédent. Une ministre qui donne des leçons de pédagogie, et de manière si dogmatique, est comparable à un notaire qui prétendrait entraîner une équipe de curling.

Les éléments idéologiques destinés à justifier la réforme, à défendre contre tout bon sens ses absurdités et ses incohérences, lui ont été donnés par ses conseillers. Ils n’approchent jamais, ni de près ni de loin, ce qui pourrait ressembler, de près ou de loin, à un élève. Mais ils ont su collecter les dogmes de ce qu’il est convenu d’appeler le « pédagogisme ».

En suivant le mot-croisillon #College2016 [ils acceptent pourtant les accents...] sur Twitter, on voit le terme apparaître souvent. La colère des professeurs y est vive, depuis bientôt un an, et ils utilisent ce néologisme pour synthétiser l’égarement intellectuel qui a guidé cette réforme. Très minoritaires, les pédagogistes utilisent parfois la même balise pour dire leurs louanges au sort jeté sur le collège.

De quoi tenter, par ce double éclairage, l’ébauche d’un portrait du pédagogiste.

Une passion pour le gadget

Le dogme de base, celui auquel se réfère tout pédagogiste digne de ce nom, peut s’énoncer ainsi : ce qui est innovant est bon.

Il se passe volontiers de toute analyse de ce qui fonctionne mal au collège tel qu’il est, et n’analyse pas plus les vertus réelles ou supposées de l’innovation. Il ne considère que cet axiome : si c’est nouveau, c’est bien — et l’on sait qu’un axiome n’a pas à être démontré. Le pédagogiste est la victime de la mode de tout ce qui peut se présenter comme neuf.

Explose ainsi une passion furieuse pour les « cartes mentales ». Cette nouveauté, vieille comme le monde, est ce qui s’appelle en français un schéma, à ceci près qu’il s’agit ici d’un schéma à la modalité unique : les liens entre les notions abordées se présentent en embranchements multiples, avec des subdivisions à l’infini. Buissonnant de tous ses mots, l’exposé ainsi créé est le plus souvent d’une complexité qui rend l’ensemble illisible.

Par son principe, la « carte mentale » est censée imiter les réseaux neuronaux du cerveau, et certaines cartes conduisent à s’inquiéter de l’équilibre psychiatrique de leurs auteurs. Mais ce qui étonne, c’est l’attitude du pédagogiste face à ce jouet. Il en fait une panacée innovante, donc un objet à vénérer, et de fait on le voit célébrer les enchevêtrements comme il le ferait d’une divinité.

Une fascination pour l’informatique

La « classe inversée » est une autre de ces modes. Il s’agit de faire les exercices en classe, après que l’élève, chez lui et seul, a lu ou vu la leçon. Le pédagogiste ayant une méfiance naturelle pour les manuels scolaires — structurés, donc suspects —, la leçon, rebaptisée « capsule », devra de préférence prendre la forme d’une vidéo.

Avec son esprit de système, le pédagogiste ne fait pas de la « classe inversée » un dispositif ponctuel, mais un rituel dont il serait malvenu de s’écarter.

Dans un extraordinaire paradoxe, il cherche l’innovation en renouant avec l’enseignement scolastique dont Rabelais et Montaigne nous avaient débarrassés. Et tant pis pour l’élève qui, chez lui, ne comprend pas pourquoi son professeur de français s’est déguisé en Superman pour sa capsule vidéo sur le superlatif (non, ce n’est pas une caricature, cela existe).


Une salle d’ordinateurs dans une école secondaire

Plus généralement, tant pis pour l’élève qui n’a pas des parents en mesure de décoder pour lui ces « capsules » venues de l’espace, ces cours magistraux donnés ex cathedra, sur un ton comique pas drôle, sans aucune interaction d’aucune sorte entre le professeur et l’élève, pas même celle d’un croisement de regards.

Un point commun de ces deux exemples : cartes mentales et capsules vidéo se conçoivent en bricolant avec des logiciels. Probablement frustré par des parents qui ne l’ont pas laissé jouer à Mario Bros, le pédagogiste idolâtre l’informatique, même utilisée à contre-emploi.

Aussi pauvre soit-il, tout logiciel le fait entrer en transe.

La culture est un tabou

Si l’innovation est un totem, la culture est un tabou. Le pédagogiste a lu l’« Émile » sans comprendre qu’Émile n’existait pas, et en ignorant que Rousseau avait abandonné ses cinq enfants.

Il a lu Bourdieu et en a tiré la conclusion que tout héritage et toute transmission de connaissances étaient des œuvres du diable. Il a lu « La Pluie d’été » de Marguerite Duras en s’imaginant que le personnage d’Ernesto était un philosophe de l’éducation, lui qui déclare :

« Je retournerai plus jamais à l’école parce qu’à l’école on m’apprend des choses que je ne sais pas. »

Le pédagogiste est donc entré en croisade contre l’idée hérétique que les professeurs seraient là pour apprendre des choses aux élèves. L’UNSA, syndicat autoproclamé « utile » — et vite rebaptisé « futile » —, est le repaire des quelques professeurs favorables à la réforme.

Pour minoritaire, groupusculaire et crépusculaire qu’elle soit, cette chapelle permet, grâce aux interventions de ses membres, de révéler une autre ligne de force de leur idéologie : la condamnation du savoir. Un syndiqué futile a ainsi brillé par ce gazouillis :

« Et si on arrêtait de donner aux élèves des réponses à des questions qu’ils ne se posent pas ! »

Ce rejet de la culture peut aller très loin

On comprend l’idée : le professeur ne doit pas transmettre une culture tant que l’élève n’est pas avide de la recevoir.

Quand le collégien se préoccupera de connaître la hauteur d’une pyramide, quand cette question hantera ses nuits, quand il ne pensera plus qu’à cela, alors seulement il sera permis à son professeur de mathématiques de lui parler de Thalès, avec force cartes mentales et capsules vidéo. Mais lui imposer la compréhension d’un théorème alors que cela ne correspond à aucun de ses besoins premiers aurait quelque chose de sacrilège.

Dans l’Académie [grosse commission scolaire française] de Lyon, lors d’une présentation de la réforme à ses collègues atterrés, un pédagogiste (sans humour, par définition) a proposé (sans humour, donc) que la lecture de « Madame Bovary » soit commentée avec les élèves curieux d’étudier le régime alimentaire d’Emma, inquiets de vérifier s’il était équilibré, intéressés par l’action du vinaigre sur l’indice de masse corporelle, anxieux de connaître la dangerosité de l’arsenic.

Dans les écrits de Flaubert, ce ne sont pas le thème de la bêtise et le registre de l’ironie qui sauraient retenir l’attention du pédagogiste.

Le pédagogiste n’aime la liberté que corsetée

Liée à sa méfiance pour la culture, l’aversion du pédagogiste pour l’enseignement des disciplines trouve un bel écho dans la réforme du collège, elle qui fait de l’interdisciplinarité un saint Graal.

Chaque professeur, depuis toujours, fait des liens entre sa matière et les autres : un professeur de français situe une œuvre littéraire dans son contexte historique, un professeur de maths dit qui était Pythagore avant d’aborder son théorème. Ils se réunissent aussi, par affinités et librement, sur des projets interdisciplinaires précis et auxquels ils croient, avec un objectif clair et pour une durée limitée.

Mais le pédagogiste n’aime la liberté que corsetée, et il se réjouit que tout cela subisse le cadrage bureaucratique d’une réforme qui impose de l’interdisciplinarité quantifiée, sur 20 % du temps de l’élève, selon six thèmes parmi les huit qui sont imposés, répartis à raison de deux par année sur 3 ans.

Pourquoi 20 %, pourquoi six, pourquoi huit, pourquoi deux, pourquoi trois ? Voilà des questions auxquelles le pédagogiste de base aurait tout autant de peine à répondre que ses coreligionnaires ministériels. Peu lui chaut : souvent isolé dans son établissement, il n’aura plus à attendre qu’un collègue le trouve sympathique pour pouvoir travailler avec quelqu’un.

Une pensée qui empêche de fait l’interdisciplinarité

Attaché au constructivisme, théorie de l’éducation selon laquelle l’élève élabore son savoir par lui-même et librement, le pédagogiste aime paradoxalement recevoir la vérité révélée, quand c’est le ministère qui impose ses thèmes et ses cadrages. C’est alors une parole qui ne se critique pas, même lorsqu’elle empêche de fait l’interdisciplinarité qu’elle prétend mettre en place.

Des disciplines comme les langues et cultures anciennes étaient en effet interdisciplinaires par définition. La réforme casse cela, et le pédagogiste se réjouit de cette incohérence innovante : un saupoudrage de civilisation éventuellement dispensé ici, et un peu de langue éventuellement abordée là-bas.

Les programmes de français et d’histoire favorisaient naturellement l’interdisciplinarité, parce que pour chaque niveau les époques abordées étaient communes aux deux matières.

Il n’en est plus rien, car un cyclone dévastateur est passé par là, avec des programmes qui envisagent désormais les niveaux de 5e [12/13 ans], 4e [13/14 ans] et 3e [14/15 ans] en bloc, dans ce qui est curieusement appelé un « cycle », comme si les pédagogistes ministériels savaient confusément qu’en fin de 3e un élève resterait au niveau qu’il avait en début de 5e.

Le pédagogisme, un objet hors-sol

Peu importe qu’on casse les liens qui étaient cohérents, car l’interdisciplinarité n’a plus à se justifier par sa pertinence, il faut simplement qu’elle soit. Le pédagogiste ne lui demande rien d’autre que cela : être.

La réalisation de maquettes d’éoliennes est un exemple donné par le ministère, et c’est un sujet d’extase pour le pédagogiste, d’autant plus qu’il considère que la matière « développement durable » doit primer sur l’allemand, le latin ou le grec.

Après un trimestre consacré aux maquettes, mais sans crédits pour acheter des alternateurs, le professeur de physique pourra expliquer aux élèves pourquoi leurs éoliennes ne donnent pas d’électricité, et cela ouvrira leur esprit. Une interdisciplinarité aura été, et le pédagogiste sera ravi.

Ces éoliennes en carton sont une belle allégorie, à la fois de la réforme et du pédagogisme qui la sous-tend : un brassage de vent et une perte d’énergie. Chaque discipline a une pédagogie qui lui est propre, c’est une évidence.


Classe d’une école française

Le pédagogisme, lui, est un objet hors-sol, qui ne se soucie d’aucune culture ni d’aucun savoir. C’est un objet qui se contient lui-même et ne contient rien d’autre.

Dans « La crise de l’Éducation », Hannah Arendt a analysé ce contresens d’un enseignement autocentré et vidé de son contenu. Si le pédagogiste avait lu la philosophe, il se ferait apostat. Mais ce n’est pas le cas, et le personnage continue à s’essouffler en agitant ses petits bras dans le vent. Sans les dégâts culturels que ses gesticulations provoqueront chez les élèves, il ferait rire.

Mais le désastre est annoncé.

Très soucieux des questions d’évaluation, passionné par les myriades d’items disparates à valider pour chacune des microactivités innovantes de ses élèves, le pédagogiste a en commun avec l’Éducation nationale d’être incapable de s’évaluer lui-même. Mais les Québécois, eux, savent le faire.



Baisse de niveau et accroissement des inégalités

Une étude scientifique, menée rigoureusement et sur le long terme, est parue en 2015 pour évaluer le « Renouveau Pédagogique », réforme qui a commencé chez eux à toucher le secondaire il y a dix ans, et dont la réforme française est jumelle : organisation par cycles, interdisciplinarité et pédagogie de projet, système de notation abscons, acquisition de compétences préférée à la transmission de connaissances. Le constat des Québécois est sans appel : baisse de niveau et accroissement des inégalités.

Cela s’explique aisément. Les élèves issus de familles favorisées ont la chance d’avoir la culture à la maison, même quand l’école s’égare et défaille. En revanche, plus un élève est en difficulté, plus il a besoin d’un cadre clair, d’un enseignement structuré, avec une progression connue. C’est tout cela que le pédagogiste lui refuse. Les Québécois recommandent donc maintenant un renforcement de l’enseignement disciplinaire et une élévation du niveau culturel.

De leur côté, sur Twitter, les professeurs en colère recommandent aux pédagogistes de terrain et aux pédagogistes ministériels de lire le rapport québécois. En vain. Il faut dire que Florence Robine, conseillère proche de la ministre, en première ligne pour tenter de défendre une réforme indéfendable, a fait cette recommandation :

« Faites comme moi, ne lisez rien. »

Le pédagogiste est docile.

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mardi 16 février 2016

Chantol Delsol et la modernité tardive

Court entretien avec la philosophe Chantal Delsol : « Nous vivons dans un monde fictif. Nous faisons comme s’il n’y avait plus d’histoire, comme si les guerres étaient finies, comme si la démocratie était éternelle et nous n’avions plus d’ennemis. Tout cela est faux. » « Le but que nous nous proposons aujourd’hui est le même que celui que se proposaient les communistes, c’est-à-dire l’émancipation sans limites, de prométhéisme (…) La dérision a remplacé la terreur qui marche beaucoup mieux, car c’est une méthode douce. ».




Le dernier ouvrage de Chantal Delsol

Une réflexion sur le débat entre ceux qui veulent changer de monde et ceux qui veulent le protéger. L’autrice explique comment une partie de l’Occident postmoderne mène une bataille radicale contre la réalité, au nom d’une émancipation totale héritée des Lumières. Le projet de la modernité tardive est une démiurgie émancipatrice œuvrant par la dérision et promouvant le désir individuel.

Quatrième de couverture
La haine du monde

Le XXe siècle a été dévasté par la démiurgie des totalitarismes qui, espérant transfigurer le monde, n’ont abouti qu’à le défigurer. Mais il serait faux de croire que ces illusions totalitaires nous ont quittés. Car nous avons rejeté avec force le totalitarisme comme terreur, mais tout en poursuivant les tentatives de transfiguration du monde.

Au point de l’histoire où nous en sommes, le débat et le combat opposent ceux qui veulent encore remplacer ce monde, et ceux qui veulent le défendre et le protéger.

La conviction de Chantal Delsol est qu’une partie de l’Occident postmoderne, sous le signe d’un certain esprit révolutionnaire, au sens de radicale utopie, mène une croisade contre la réalité du monde au nom de l’émancipation totale.

La philosophe définira ainsi le projet de la modernité tardive : une démiurgie émancipatrice dans le sillon des Lumières françaises de 1793 et du communisme, œuvrant sans la terreur et par la dérision, toujours barbare mais promue par le désir individuel et non plus par la volonté des instances publiques.

Un essai cinglant et sans compromission par l’une des meilleures philosophes de notre époque.


La haine du monde : Totalitarismes et postmodernité
par Chantal Delsol
paru aux éditions du Cerf
le 5 février 2016
à Paris
Broché : 237 pages
ISBN-13 : 978-2204108065