vendredi 21 août 2009

Gérard Bouchard : une connaissance superficielle du cours ECR, mais une chaude recommandation

MM. Gérard Bouchard et Charles Taylor dans leur rapport recommandaient vivement l'implantation du cours obligatoire du cours d'Éthique et de culture religieuse.

Rappel de la recommandation G4 du rapport Bouchard-Taylor :
« G4 Que le gouvernement fasse une promotion vigoureuse du nouveau cours d'Éthique et de culture religieuse qui doit entrer en vigueur en septembre 2008. »
Or que connaissait M. Bouchard du programme ECR quand il a fait cette recommandation ?

Très peu, si ce n'est les grandes lignes. C'est, en effet, ce qu'il a avoué lors du procès de Drummondville. Le voici interrogé par Me Belisle :
15 h 31

Me Bélisle – Est-ce que vous avez lu, M. Bouchard, les 94 pages du programme d’éthique et de culture religieuse du niveau primaire et les 86 pages du cours éthique et culture religieuse du programme secondaire avant la publication de votre rapport déposé le 22 mai 2008 ?

M. Bouchard – Euh. Je ne suis pas certain de l’identité des documents auxquels vous vous référez, mais ce que j’avais lu à l’époque c’est donc le livre de Georges Leroux et des instruments pédagogiques que nous avait transmis Mme Bouchard, la professeure en question à l’UQAM qui donnait le cours de formation des futurs enseignants.

Me Bélisle – Donc, je dois comprendre que vous n’avez pas lu le programme du ministère de l’Éducation, des Loisirs et du Sport concernant le cours d’éthique et culture religieuse. Vous avez eu quelques documents, vous n’avez pas vu, pas lu l’entièreté du programme adopté par le gouvernement du Québec ?

M. Bouchard – Euh. Je ne pourrais pas garantir que j’ai pris connaissance d’une façon détaillée de ce programme-là parce que, encore une fois, je ne sais pas dans quelle mesure il est différent des documents dont je vous ai parlé, dont je vous ai dit les avoir lus.

Me Bélisle – D’accord. La séance de formation à l’UQAM dont vous avez été le bénéficiaire avec M. Taylor, en formation des formateurs, des éducateurs, elle a duré combien de temps, M. Bouchard ?

M. Bouchard – C’était un avant-midi.

Me Bélisle – Un avant-midi. Complet ? Trois heures ?

M. Bouchard – À peu près, oui.

Me Bélisle – Avez-vous eu l’occasion de voir avant la publication de votre rapport le 20 [recte : 22] mai 2008, des manuels scolaires, du matériel didactique pour les classes de première année dans le réseau scolaire du Québec qui seraient utilisés, employés au début septembre 2008 dans les écoles du réseau scolaire québécois ? Des manuels approuvés par le ministère.

M. Bouchard – J’hésite un peu à vous répondre parce que je me rappelle les instruments que nous montrait Mme Bouchard dans le cadre de son cours et je ne sais pas si c’étaient des éléments approuvés par le ministère ou pas.

Me Bélisle – D’accord, donc vous n’aviez pas connaissance, vous ne saviez pas si les documents qu’on vous montrait étaient approuvés ou pas.

M. Bouchard – Non, je ne serais pas vous dire.

Me Bélisle – Vous n’avez pas cru bon de poser la question à Mme Bouchard, pendant les trois heures, si ces manuels scolaires et ces matériels didactiques étaient oui ou non approuvés par le ministère de l’Éducation, du Loisir et des Sports pour l’année 2008 dans le réseau scolaire québécois ?
Trois heures de présentation, la lecture d'une plaquette partisane de la part d'un apologiste (Georges Leroux), quelques documents pédagogiques non approuvés parcourus (aucun manuel ni SAÉ ne l'était) et voilà, c'est tout. Mais les parents qui ont scruté les manuels et cahiers ECR, eux ne seraient que des ignares ?

Le rôle de l’école d’État pour façonner les enfants

Et pourquoi M. Bouchard recommandait-il énergiquement le cours d'éthique et de culture religieuse que certains osent encore nous dire « neutre » ? Pour façonner les enfants dans le sens qu'il considère adéquat. Ce cours n'est donc pas sans effet dans l'esprit d'un de nos grands intellectuels interculturels comme on veut nous le faire accroire.
15 h 21

« M. Bouchard – L’école ça nous paraît être le creuset pour apporter des solutions à ces problèmes sociologiques ou à ces problèmes de fond, pour changer les perceptions, pour changer les mentalités – et quand il s’agit d’école on ne parle même pas de changement, puisque les élèves qui arrivent à l’école sont tellement jeunes, ils sont encore nourris de perceptions, de stéréotypes comme le sont les adultes, on parle de formation, et non pas de changement de mentalités – et l’école nous apparaissait être le creuset, le rouage fondamental pour préparer les nouveaux citoyens qui vont vivre dans ce Québec nouveau qui n’est pas du tout celui dans lequel leurs parents, leurs grands-parents ont vécu. Et ça demande donc des changements extrêmement importants. Et l’école nous paraissait évidemment le rouage fondamental pour remplir cette fonction-là.

mercredi 19 août 2009

On reparle de la liberté scolaire à l'ADQ

Deux candidats à la chefferie de l'ADQ se sont déclarés troublés ou opposés au fait que le gouvernement impose le cours d'éthique et de culture religieuse à tous les enfants du Québec pendant toute leur scolarité obligatoire.

Jean-François Plante a, par exemple, mentionné à plusieurs reprises son opposition au cours d'éthique et de culture religieuse. Notamment, à l'émission de Paul Houde sur la radio 98,5 FM à Montréal.



Amusante l'entrevue de Simon Durivage à l'antenne de Radio-canada où M. Plante revient sur le cours d'ECR :



Également en lice, Éric Caire s'est également inquiété de l'imposition du cours ECR :
« Quoi qu’il en soit, les tenants de la république qui doit assurer la pérennité de la nation sont souvent, pour ne pas dire tout le temps ceux qui défendent aussi la sacrosainte laïcité de l’État et, évidemment, le fameux cours d’Éthique et culture religieuse. La république ne saurait tolérer que le peuple se souvienne officiellement de l’apport de la religion catholique et aussi protestante au développement du Québec et de son peuple. Plus ironiques encore, ces mêmes personnes agissent comme s’ils détenaient le monopole de la tolérance et de la défense des droits et libertés. Or, l’imposition de ce cours s’est faite en retirant un droit, celui de choisir entre le cours de religion et celui de morale. Bravo pour la cohérence.

Christian Rioux publie aujourd’hui dans Le Devoir un texte qui devrait faire réfléchir ceux qui considèrent que de se tenir debout pour maintenir le livre choix en matière d’enseignement religieux est contre révolutionnaire !

[…]

je précise que je suis un catholique involontaire et non pratiquant qui défend néanmoins la liberté de choix en cette matière si personnelle que les fonctionnaires devraient s’abstenir de penser à la place des parents. »
Addendum du 21 août : Le Soleil de ce vendredi nous apprend que, si M. Caire se dit en désaccord avec les cours d’éthique et de culture religieuse au primaire, le député de La Peltrie n’est pas contre, au secondaire. Il reprend de la sorte la position traditionnelle de l'ADQ sur ce programme.

Par ailleurs, M. Caire croit toujours que les commissions scolaires devraient être abolies afin de redonner une plus grande autonomie aux écoles. « Les commissions scolaires menottent les écoles, qui n’ont pas la liberté nécessaire pour adapter leur offre à leur clientèle », note M. Caire.

Selon lui, le système privé tire très bien son épingle du jeu sans la présence des commissions scolaires. C’est d’ailleurs pourquoi il est convaincu que cette proposition adéquiste est toujours valable. Notons que le procès de Drummondville a bien démontré l'inféodation des commissions scolaires qui suivent la ligne du Monopole de l'Éducation et se déchargent de leurs prérogatives en polycopiant des lettres de refus d'exemption commune à au moins sept commissions scolaires, niant par là-même la réalité d'un palier autonome de décision.

Enfin, M. Caire estime que les professeurs doivent être mieux formés. « Si un professeur de français fait plus de fautes que mon attaché de presse, on est un petit peu dans le trouble », a-t-il lancé.

mardi 18 août 2009

Le « dialogue » du Monopole de l'Éducation au sujet du cours d'éthique et de culture religieuse

On l'a appris, lors du procès de Drummondville, de la bouche même du responsable du programme Éthique et culture religieuse (ECR) auprès du Monopole de l'Éducation du Québec (MELS), M. Jacques Pettigrew, quand les parents ont commencé à vouloir dialoguer avec les membres du gouvernement, le gouvernement a décidé de rapidement mettre un terme à ces réunions d'information.

Pourquoi ne plus vouloir informer et mettre fin au dialogue alors que le gouvernement prétend que ce cours apprendra le dialogue aux jeunes élèves otages de son monopole ?

Parce que ces parents isolés qui ne bénéficient d'aucun relais dans les médias francophones [1] du Québec s'en tiraient fort bien devant les fonctionnaires. Voir le récit d'une réunion à Valcourt avec les représentants du Ministère.

Extrait de la déposition de M. Jacques Pettigrew où il avoue candidement la volonté de ne pas dialoguer de la part du gouvernement après cette réunion à Valcourt et une réunion similaire à Drummondville :
11 h 24, Me Bélisle – Votre dernière page de votre rapport (JP-1). Il y a eu un débriefing après la rencontre.

M. Pettigrew – Oui, Monsieur.

[Long accouchement pour apprendre qui était présent à la rencontre dont nous faisons grâce aux lecteurs]

Me Bélisle, lisant le rapport – Première conclusion de l’avis de deux représentants du MELS, – je suppose que c’est vous et M. Bergevin ? –

M. Pettigrew – Exact.

Me Bélisle, continue la lecture — « …ce genre de rencontres risque d’offrir aux représentants de la CLÉ une tribune que ce mouvement, pour l’instant marginal, recherche à des fins de promotion de ses idées, ainsi nous estimons qu’il serait préférable de ne pas répéter ces rencontres. » C’est bien ça ?

M. Pettigrew – Exact.

Me Bélisle – Alors votre stratégie à vous autres c’est on ne fait plus de rencontres, on ne va pas exposer ou communiquer ou faire la pro-mo-tion é-ner-gique du programme, du nouveau produit parce qu’on se fait brasser. Vous l’avez dit aux pages précédentes que vous vous êtes fait brasser.

[…]

Me Bélisle – Vous avez eu Valcourt, vous avez eu effectivement ici à Drummondville. Puis vous en avez eu assez. Deuxième commentaire, conclusion : « Une fois l’année scolaire engagée, le MELS devrait peut-être utiliser la stratégie de soutien aux autorités scolaires locales, les laisser assumer le rôle de prestataire de services, et éviter de se présenter localement comme le premier interlocuteur auprès des parents. » Vous disparaissez de la circulation, vous laissez là la commission scolaire avec ses problèmes. C’est vous qui êtes responsable du programme ECR, il y a un peu de houle dans le bateau, vous vous retirez, vous laissez la commission scolaire effectivement aller au bâton pour vous autres.
En matières de communication, les commissions scolaires se borneront à ânonner un « Non ! » et à polycopier des lettres de refus aux parents qui demandaient l'exemption. Lettres préparées par une association des directeurs de commissions scolaires. Le panurgisme en action. Certaines commissions plus zélées et faisant montre d'un bel esprit de tolérance et de dialogue, comme celle de Granby, suspendirent les élèves récalcitrants.


[1] Remarquons ici que le quasi-unanimisme pro-ECR des médias francophones n'est pas chose nouvelle et qu'il y a d'autres domaines où il existe un clivage entre la population du Québec (près de 50 % des Québécois sont contre le cours ECR, 76 % est pour la liberté de choix) et les médias qui servent surtout de caisse de résonance au gouvernement et reproduisent le discours multiculturel le plus éculé et le plus béat.

Paul Wells dans le magazine Maclean's faisait aussi remarquer ce divorce entre, d'une part, les éditorialistes et « intellectuels » québécois et, d'autre part, la population québécoise dans leur attitude respective face au crime :

You’ll note that when Colleague Phil wanted to demonstrate a “chasm between Tories and Quebecers” on crime in the post I link above, he linked to an article from last autumn’s election that quotes only Quebecers who teach criminology at universities or write editorials for newspapers. Polling data consistently demonstrates that on perceptions of the appropriate response to crime, the most easily demonstrable chasm is between Quebecers who write editorials for a living and Quebecers who don’t.

Voir aussi ce que disait l'ombudsman du service français de Radio-Canada, Mme Julie Miville-Deschênes :

Il n’y a pas assez de diversité d’opinions et de diversité culturelle dans les grands médias québécois. Le Québec, avec ses 7,6 millions d’habitants, est une petite société. Cette réalité démographique nuit à la diversité. Parlons d’abord des journalistes. Les plus influents appartiennent souvent à la génération des baby-boomers. Et la grande majorité d’entre eux – jeunes ou vieux – partagent la même idéologie. Ces Québécois « de souche » ont surtout étudié les sciences humaines et ont été contestataires dans la mouvance nationaliste et/ou de gauche. Souvent, leur façon de voir le monde comporte, par exemple, les éléments suivants : préjugés favorables envers les syndicats, antiaméricanisme, anticléricalisme, etc. Cela ne les empêche pas de s’être embourgeoisés au fil des ans, grâce notamment à des conventions collectives de plus en plus généreuses. En outre, ils vivent en ville et font partie de la classe moyenne ou même aisée. Il est difficile pour eux de voir venir des phénomènes comme la montée de l’ADQ ou le malaise qui sous-tend le code de conduite pour les immigrants de Hérouxville puisque chacun sait, dans les grands médias, que le Québec est laïc, accueillant et plus tolérant que le reste du Canada… Remarquez que ce phénomène du « trop petit nombre » ne touche pas la classe journalistique plus que les autres. La preuve nous en est donnée chaque jour par les médias lorsque nous écoutons les experts sollicités pour nous éclairer. Les mêmes têtes reviennent. Un exemple : à lui seul, Steven Guilbeault, ex-directeur de Greenpeace au Québec, a été entendu 120 fois à la radio et à la télévision de Radio-Canada en 2007. [suite ici]

dimanche 16 août 2009

Ceci est impossible au Québec

Liberté de programme, liberté d'embauche (un diplôme d'études collégiales suffit), liberté des méthodes, c'est en France, pays que l'on prétend plus jacobin et socialisé que le Québec.

Ceci est impossible au Québec, certainement pas pour des raisons de qualité d'instruction.


Reportage de TF1 du 28 janvier 2008 — Pour plus d’information, consultez le site « Créer son école », fondé par Anne Coffinier (interrogée dans le reportage ci-dessus).

Quels sont les avantages des écoles indépendantes en France ?

  • Elles peuvent sélectionner les professeurs sur des critères conformes à leurs attentes et à leur projet éducatif ;
  • Elles jouissent d'une totale liberté pédagogique (choix des méthodes, des horaires, des pédagogies, des programmes) ;
  • Les effectifs sont petits et les enseignants sont motivés et attentifs : les enfants peuvent ainsi bénéficier d'un suivi individualisé ;
  • Elles recrutent qui elles veulent et ne sont donc pas obligées de garder les élèves qui ont décidé de semer le désordre ou qui contestent radicalement l'esprit de l'école, comme c'est le cas du public et, dans une certaine mesure, dans les écoles privées sous contrat ;
  • Les parents sont réellement libres et peuvent changer leur enfant d'école s'ils le souhaitent, ce qui pousse l'équipe pédagogique à donner le meilleur d'elle-même.


Mais il doit bien y avoir des inconvénients ?


Bien sûr, car :
  • Les écoles hors contrat sont payantes, puisqu'elles n'ont aucune aide de l'Etat – c'est bien sûr un inconvénient majeur et une injustice : le droit des parents de vraiment décider de la formation de leurs enfants implique une double imposition (les impôts sur le revenu pour l'école qu'ils ne veulent pas et des contributions supplémentaires pour l'école qu'ils désirent) ;
  • Les professeurs ne sont pas toujours bons. Mais, notons que la qualité des professeurs n'est pas plus garantie dans le privé sous contrat ou le public. Tout dépend du directeur d'école et du soin avec lequel il recrute les professeurs.
  • Il est difficile de se faire une idée de la qualité d'une école hors contrat. Notons là encore que cette absence d'évaluation prévaut également dans le public ou les écoles privées sous contrat. Il n'est donc pas toujours facile pour les parents de choisir leur école. Cependant, en parlant aux autres parents et avec votre enfant, vous vous rendrez vite compte si l'école donne satisfaction ou non, sachant toutefois que tout le monde n'a pas les mêmes exigences.

vendredi 14 août 2009

Contre le pluralisme du cours d’Éthique et de culture religieuse. Une défense de « l’exclusivisme chrétien » d’après Alvin Plantinga

Le philosophe Jean Laberge, auteur de En quête de sens a écrit un billet intéressant sur le cours d'éthique et de culture religieuse et son apologue le plus connu, Georges Leroux qui se dit volontiers « jacobin » et « pluraliste normatif » et dont la conception de la philosophie morale, dont Dieu est absent, a des élans messianiques et utopistes (il semble même s'en rendre compte voir la vidéo ci-dessous).


Le prof. Georges Leroux au sujet du cours d'éthique et de culture religieuse :
« On peut s'interroger sur quelque chose qui pourrait s'apparenter à de la folie. Actuellement, personne au Québec ne mesure l'amplitude du changement et ses conséquences réelles »

« Le pluralisme en question Les promoteurs du nouveau cours d’Éthique et de culture religieuse tablent dans leur argumentaire sur les vertus du pluralisme moral et religieux.

Par exemple, l’argument central de l’essai de Georges Leroux, Éthique et culture religieuse, dialogue. Arguments pour un programme (Fides, 2007) est, en gros, le suivant : il y existe, de facto, un pluralisme dans la société québécoise ; ergo, l’apprentissage du pluralisme moral et religieux dans le dialogue doit être la norme. D’autres prémisses sont invoquées, dont celle voulant que personne ne peut s’ériger en juge des croyances d’autrui ; de plus, le principe d’égalité, au cœur de l’État démocratique québécois, veut que toutes les confessions de foi soient considérées sur un même pied. Devant ces faits sociaux et ces valeurs partagées par une majorité de Québécois, l’auteur conclut à la nécessité d’une éducation au pluralisme moral et religieux.

À lire la défense de Leroux du programme en question, on a souvent l’impression qu’il commet une erreur de raisonnement que les philosophes désignent sous le nom de «sophisme naturalisme», car Leroux semble passer allègrement de ce qui est à ce qui doit être, au sens où la diversité des valeurs et des croyances ambiante de la société québécoise et de ses institutions laïques est si prégnant qu’il convient d’abouter l’éducation à cette nouvelle réalité sociale non seulement québécoise mais internationale. En ce sens, le pluralisme paraît être une démarche irrésistible, et chercher à s’y opposer c’est s’engager dans un combat d’arrière-garde. Qui peut sérieusement s’opposer au rouleau compresseur de la laïcité ?[1] Le pluralisme de jure, dont Leroux se fait l’apôtre, consacre ainsi la victoire totale de la laïcité sur le religieux.

[…]

Conclusion

Le pluralisme rejette au départ la vérité ; le chrétien part avec la vérité et cherche à la comprendre. C’est le mot fameux de saint Anselme : fides quaerens intellectum. Je crois pour comprendre. Plantinga est philosophe d’abord parce qu’il est chrétien. Aussi scandaleux que cela puisse paraître aux tenants du pluralisme, l’exclusivisme est la meilleure voie pour le développement de l’esprit critique car il ne rejette pas au départ l’idée de vérité. Malgré ses positions antichrétiennes notoires, Nietzsche avait excellemment compris la démarche épistémologique qui sous-tend l’exclusivisme chrétien. L’exclusivisme chrétien de Plantinga, offre plus de garantie à la vérité, même si on n’est pas en mesure de prouver les croyances fondamentales chrétiennes, tout simplement, comme nous l’avons vu, parce que cette entreprise fondationnelle est illusoire. Pour penser le pluralisme, il faut partir de l’exclusivisme, et non l’inverse, comme le souhaite le programme d’Éthique et de culture religieuse. À mon avis, il n’aurait pas fallu abolir le cours d’enseignement religieux catholique dans nos écoles. À la lumière de ce qui précède, je suis d’avis que le pluralisme religieux sur lequel repose le cours d’Éthique et de culture religieuse est une voie sans issue et conduit tout droit à un échec. »
Texte complet ici.

jeudi 13 août 2009

Italie — l'heure de religion à l'école fait débat

Les professeurs en instruction religieuse des écoles publiques italiennes ont annoncé aujourd'hui qu'ils allaient faire appel de la décision d'un tribunal administratif de les exclure des conseils de classe et de priver la religion du statut des matières comptant pour les résultats scolaires.

Orazio Ruscica, secrétaire du syndicat autonome des enseignants de religion (Snadir), a déclaré à Radio-Vatican qu'ils n'acceptaient pas que les élèves qui suivent l'heure d'enseignement en religion catholique hebdomadaire, proposée par l'école publique, ne voient pas leur travail récompensé en fin d'année en points de résultats comme pour les autres matières. Le tribunal administratif du Latium avait accédé mardi à la requête de 24 associations laïques et confessions non catholiques en décidant que l'enseignement de la religion catholique ne pourrait plus « contribuer à l'attribution de la note scolaire » et que les enseignants ne devaient donc pas siéger dans les conseils de classe.

L'heure hebdomadaire d'enseignement de la religion catholique n'est pas obligatoire en Italie mais est explicitement prévu par le Concordat de 1929 entre l'Église et l'État. Une grande majorité des élèves suivent les cours d'instruction religieuse, notamment dans le primaire et le début du secondaire, et cet enseignement donne la possibilité d'obtenir des points supplémentaires aux examens au même titre que d'autres matières facultatives.

Une grande majorité des élèves suivent les cours d'instruction religieuse, notamment dans le primaire et le début du secondaire, et cet enseignement donne la possibilité d'obtenir des points supplémentaires aux examens au même titre que d'autres matières facultatives.

L'attribution de points « ne constitue ni une atteinte à la liberté, ni au principe de la laïcité », a affirmé M. Ruscica : « il s'agit simplement de reconnaître que l'élève s'est investi pendant l'année » et que « cela a un poids ».

Mgr Diego Coletti, président de la Commission épiscopale italienne pour l'éducation catholique, a de son côté estimé mercredi sur Radio-Vatican que la décision du tribunal était « dénuée de fondement » et qu'elle « faisait du tort à la laïcité de l'Etat ».

Écoutez l'entrevue en italien



mardi 11 août 2009

REAL Women s'oppose à l'ingérence du gouvernement québécois dans les écoles primaires

Récemment, alors que le gouvernement québécois décidait de « former » les enseignants et les enfants du primaire au sujet des familles dites homoparentales grâce à une trousse et une formation spéciale saluées par une association homosexuelle, le Journal de Québec n’avait interrogé qu’une militante homosexuelle (voir notre billet de samedi). Bel exemple d’information impartiale !

LifesiteNews est allé interroger des opposants à cette mesure gouvernementale. C’est ainsi que Diane Watts de REAL Women of Canada a critiqué le programme subventionné par les impôts des contribuables en particulier parce que celui-ci viole les droits naturels des parents : « Nous nous opposons à toute intrusion du gouvernement ou du système public d’enseignement dans la sphère parentale et l’éducation des enfants par les parents. Ce genre de mesures est imposé sans aucune consultation des parents et rentre en conflit avec les droits parentaux. »

« Si les parents s’opposent aux relations homosexuelles ou aux couples homoparentaux et qu’ils essaient d’enseigner des valeurs centrées sur la famille traditionnelle, a-t-elle poursuivi, ceci rentrera en conflit avec leur travail et ces parents n’auront aucune maîtrise sur ce qui sera enseigné à leurs enfants… Malheureusement, nos gouvernements provinciaux ne se soucient pas assez des droits et devoirs parentaux. »

Mme Watts considère la décision gouvernementale comme « une grande victoire pour le lobby homosexuel » et a souligné l’importance d’élever ses enfants dans un environnement familial traditionnel. « Les études sociologiques indiquent que le merlieeur cadre pour un enfant est la famille constituée d’une mère et d’un père. »

« Pour ce qui est de l’adoption, a-t-elle ajouté, quand les parents ne peuvent élever leur enfant, celui-ci devrait être adopté dans une famille formée d’un père et d’une mère. »

En 2004, REAL Women a publié un rapport qui énumère les études portant sur les problèmes observés chez les enfants adoptés par des couples de même sexe. Selon cette étude, les foyers homosexuels sont victimes d’un plus grand niveau de violences et affectés de plus de troubles sociaux et psychologiques, comme la maltraitance physique des enfants.

lundi 10 août 2009

Le Monopole de l'Éducation du Québec serre la vis aux parents-éducateurs

L'Association chrétienne des parents éducateurs du Québec révèle dans son bulletin (n° 37, printemps-été 2009) que le Monopole de l'Éducation aurait envoyer des directives aux collèges (CÉGEP) qui, en pratique, limitent l'accès de ces collèges aux seuls diplômés de l'école secondaire québécoise et défavorisent ainsi les enfants éduqués à la maison.

Extraits :

« Vers la fin mai, la responsable des admissions d'un autre collège a voulu nous informer des directives qu'elle venait de recevoir. Ces directives, bien qu'elles ne soient pas signées, proviennent apparemment du MELS. Vous trouverez en encadré ci-dessous la partie du document qui nous concerne en tant que familles qui font l'école-maison (le caractère gras fait partie du texte tel que transmis). »
Objet: les situations suivantes décrivent les cas d'élèves qui ne suivent pas un cheminement régulier :

[...]

Études à domicile

L'élève qui est soustrait de l'obligation de fréquentation scolaire en raison d'une scolarisation [Note du carnet : terme déjà chargé, scolarisation = école, pas instruction] à la maison est soumis aux mêmes règles de sanction que les autres élèves. Il doit se présenter aux épreuves ministérielles et faire évaluer ses acquis par un enseignant employé de la commission scolaire. S'il répond aux exigences d'obtention du diplôme, il recevra le diplôme du MELS. Ces élèves sont admis sur la base d'un D.E.S.

[...]
L'article de l'ACPEQ continue : « Nous voyons ici, dans la formulation « faire évaluer ses acquis par un enseignant employé de la commission scolaire », l'intention délibérée de contrôler l'évaluation. Selon ces directives, une évaluation en-dehors de ce cadre, même si elle est effectuée par des personnes compétentes, n'est pas valable bien que l'article 15 § 4 de la Loi sur l'instruction publique (L.I.P.) puisse être interprétée dans ce sens. »

Rappelons ici cet article :
15.  Est dispensé de l'obligation de fréquenter une école l'enfant qui:

[...]

  4° reçoit à la maison un enseignement et y vit une expérience éducative qui, d'après une évaluation faite par la commission scolaire ou à sa demande, sont équivalents à ce qui est dispensé ou vécu à l'école.
L'intention de contrôle délibérée de la part du Monopole de toute la scolarisation est apparente dans cette demande que les élèves qui désirent entrer au cégep possèdent un D.E.S. québécois alors que, par le passé, il existait une certaine souplesse basée sur l'article 2.2 du Règlement sur le régime des études collégiales :
2.2.  Malgré les articles 2 et 2.1, un collège peut admettre à un programme d'études conduisant au diplôme d'études collégiales la personne qui possède une formation qu'il juge équivalente.

Un collège peut également admettre à un tel programme d'études la personne qui possède une formation et une expérience qu'il juge suffisantes et qui a interrompu ses études à temps plein pendant une période cumulative d'au moins 36 mois.

Le collège peut, dans le cas visé au deuxième alinéa, rendre obligatoires des activités de mise à niveau que peut déterminer le ministre.
Aujourd'hui, le Monopole de l'Éducation déclare que cet article ne s'appliquerait qu'aux étudiants hors Québec....

Préjudice sans fondement scolaire apparent

Cette interprétation restrictive est préjudiciable à toute une communauté d'étudiants québécois (à savoir, les jeunes instruits à la maison) qui, de surcroît, sont de bons candidats pour le collégial.

Il faut rappeler que rien ne vient fonder cette interprétation restrictive. Pourquoi le D.E.S. devrait-il être le seul moyen d'entrer dans un cégep québécois ? Pourquoi ce soudain manque de souplesse ? Est-ce que seul le D.E.S garantit vraiment — soyons sérieux ! — que les candidats sont aptes aux études collégiales ? Pourtant, les élèves instruits à la maison réussissent très bien les tests indépendants.

Préjudice sans fondement juridique apparent

Ces directives du Monopole de l'Éducation (car la réticence des collèges à admettre des enfants éduqués à la maison s'est bien renforcée) dépassent les bornes en essayant d'imposer son interprétation inflexible à un article de règlement pour tous les établissements collégiaux au Québec, leur enlevant ainsi un pouvoir décisionnel qui est le leur.

Québec, à nouveau, seul endroit en Amérique du Nord

Il est absolument faux — l'expérience l'a amplement prouvé — (pour ceux qui y croient encore) qu'il faille avoir le diplôme d'enseignement secondaire pour attester qu'un jeune possède les compétences requises pour réussir un programme d'études collégiales. Le Québec est d'ailleurs la seule juridiction en Amérique du Nord qui exigerait que ses jeunes souhaitant accéder aux études postsecondaires détiennent un DES (qui vaut moins qu'un High School Diploma !). En outre, la majorité des collèges et des universités sur ce même continent acceptent des candidats en fonction d'un large éventail de critères d'évaluation (portefeuille d'activités, tests normalisés, etc.)

La crispation du Monopole de l'Éducation de Québec se poursuit... tant pis pour les parents anticonformistes et trop originaux qui n'apprécient pas toutes les vertus de ses écoles et de son programme souvent médiocre.

Visiblement, il n'y a rien de plus pressant.

Suède : l'école-maison pratiquement illégale ?

En Suède, un projet de loi rendu public le 16 juin dernier ne permettrait plus l'éducation à domicile que dans des circonstances exceptionnelles, après une évaluation par les autorités gouvernementales, et à la condition que cette éducation soit « satisfaisante » par rapport à celle dispensée à l'école.

Cette permission exceptionnelle ne serait accordée qu'une année à la fois et sujette à réévaluation.

Le projet de loi stipule que l'éducation publique devrait être objective et polyvalente (aux yeux des autorités, juge et partie, voir notre cours d'éthique et de culture religieuse !) de sorte que l'éducation à la maison pour des raisons philosophiques ou religieuses ne sera plus acceptée.

Selon l'organisation laïque des parents-éducateurs suédois, Rohus, « le gouvernement suédois rend l'instruction en famille illégale, et affiche ainsi ses pires racines socialistes totalitaires. Nous avons besoin du soutien international pour montrer que la Suède, en tant que membre de la communauté démocratique internationale, ne peut pas prendre une telle décision. La Suède étant souvent considérée comme un idéal social au niveau international, il est important pour les familles suédoises qui instruisent leurs enfants de gagner cette bataille. Toute aide sera grandement appréciée. »

Les commentaires internationaux pertinents et courtois sur la nouvelle loi scolaire suédoise peuvent être envoyés à : registrator@education.ministry.se.

Plus de détails en français, en anglais et en suédois.

L’obligation de scolarisation par l’État est-elle toujours bénéfique ?

Gatto sur la scolarisation


Extrait du livre Dumbing us Down (« Nous abrutir ») de John Taylor Gatto, professeur de l’année de l’État de New York (1991) :
« Notre système d’éducation obligatoire, invention de l’État de Massachusetts, date des années 1850. Il fut combattu – parfois les armes à la main – par près de 80 % de la population du Massachusetts, le dernier réduit de Barnstable au cap Cod ne rendit ses enfants que dans les années 1880 quand la milice occupa la région et les enfants furent conduits sous garde armée à l’école.

Considérons maintenant ce fait curieux : le bureau du Sénateur Ted Kennedy a récemment publié un communiqué indiquant que le taux d’alphabétisme au Massachusetts avant l’imposition de l’éducation obligatoire était proche de 98 % et que, par la suite, ce chiffre n’a jamais excédé récemment 91 %, niveau où il se stagne en 1990. » (p. 22 de l'édition de 2005, publiée chez New Society Publishers)
Gatto souligne également l'existence d'un lectorat important avide de lire en l'absence de toute scolarisation publique obligatoire :
« Le livre de Thomas Paine Le Sens commun (1776) se vendit à 600 000 exemplaires sur une population [totale des États-Unis] de 3 000 000 dont 20 % étaient des esclaves et 50 % des serviteurs sous contrat. Les colons américains étaient-ils des génies ? Non, la vérité est qu’apprendre à lire, écrire et compter peut se faire en aussi peu qu’une centaine d’heures pour autant que l’élève soit enthousiaste et avide d’apprendre. Le truc, c’est d’attendre que quelqu’un demande et d’alors foncer pendant que l’élève est enthousiaste. » (p. 12, édition 2005)
Ces chiffres sont corroborés par plusieurs témoignages cités dans Public Schools, Public Menace de Joe Turtel :
« En 1765, John Adams écrivait qu’« un Américain de naissance, plus particulièrement en Nouvelle-Angleterre, qui ne sait ni lire ni écrire est un phénomène aussi rare qu’une comète. » Jacob Duché, aumônier du Congrès en 1772, disait de ses compatriotes : « Presque tous savent lire. » Daniel Webster confirma que l’instruction en famille avait eu comme résultat l’alphabétisation quasi complète de la population quand il déclara « un adolescent de quinze ans, quel que soit son sexe, qui ne sait ni lire ni écrire, est très difficile à trouver. » Au début des années 1800, l’entrepreneur et économiste français Pierre Samuel du Pont de Nemours [...] vint en Amérique et se pencha sur l’éducation ici. Il découvrit que la plupart des jeunes Américains savaient lire, écrire et compter et que les Américains de tout âge pouvaient lire la Bible et le faisaient. Il évaluait que moins de 4 Américains sur 1000 ne savaient pas écrire de manière claire et lisible. »