samedi 15 août 2026

La fermeture de restaurants rapides qui emploient massivement des immigrants temporaire est une bonne nouvelle



Tania Longpré, professeure spécialisée dans l’enseignement des langues et l’intégration par le français, salue les restrictions imposées par le gouvernement fédéral canadien limitant le recours aux travailleurs temporaires étrangers pour des emplois peu qualifiés. 

Elle prend pour exemple un restaurant de la chaîne Tim Hortons (une enseigne canadienne emblématique de restauration rapide, comparable à McDonald’s ou Quick en Europe) situé aux Îles-de-la-Madeleine (un archipel du Québec), menacé de fermeture faute de main-d’œuvre. Les Îles-de-la-Madeleine sont situées à 1000 km à l'est de Montréal à vol d'oiseau.

Elle dénonce l’absurdité de recruter des travailleurs aux Philippines pour occuper des postes simples dans la restauration rapide. Selon elle, cette situation doit inciter à remettre en question le modèle de consommation de masse porté par des chaînes comme Tim Hortons ou McDonald’s.

Plutôt que de faire appel à une main-d’œuvre étrangère, elle propose des alternatives :
  • Réorganiser les horaires de travail pour mieux répartir la charge ;
  • Soutenir les cafés et restaurants locaux ;
  • Encourager la cuisine maison ;
  • Explorer l’automatisation pour pallier la pénurie, sans dépendre de l’immigration temporaire.
Un article de presse à l'origine 

C'est le Journal de Montréal et la chaîne de télévision qui sont à l'origine de cette histoire qui se veut emblématique. Un article récent relatait la fermeture prochaine, le 5 septembre, de l’unique Tim Hortons des Îles-de-la-Madeleine, à Cap-aux-Meules. Le restaurant, très fréquenté par les habitants, est victime d’un paradoxe particulièrement marqué dans les régions éloignées : la pénurie de main-d’œuvre est telle que l’entreprise ne peut fonctionner sans travailleurs étrangers, mais le durcissement des règles d’immigration l’empêche de conserver ces travailleurs.

Le franchisé Patrick Chevarie avait recruté 14 travailleurs étrangers en 2022, principalement des Philippins (13) ainsi qu’une Tunisienne, pour un investissement d’environ 200 000 $. Cette main-d’œuvre était devenue indispensable : avant même leur recrutement, le restaurant devait parfois fermer certains jours faute de personnel.

En 2026, les permis de travail de ces employés n’ont toutefois pas été renouvelés. Ottawa avait pourtant annoncé un sursis d’un an pour certains titulaires de permis de travail liés à un employeur précis (« permis fermés »). Mais cette mesure ne réglait pas complètement le problème, notamment pour les familles des travailleurs. Le gouvernement a ensuite assoupli les règles concernant les conjoints en juin, mais cela n'a pas suffi à sauver le restaurant.

Le propriétaire avait d’ailleurs exposé sa situation devant un comité parlementaire en avril, en expliquant que les réalités des régions éloignées étaient très différentes de celles des grands centres : il n’y a tout simplement pas assez de travailleurs locaux pour pourvoir les emplois dans les commerces et les services.

Le contexte politique : le virage contre les travailleurs temporaires

Cette fermeture s’inscrit dans le resserrement des politiques canadiennes concernant les travailleurs étrangers temporaires. Après avoir fortement augmenté le recours à cette main-d’œuvre au cours des dernières années, Ottawa cherche désormais à en réduire le nombre, notamment pour freiner la croissance de l’immigration temporaire et répondre aux critiques selon lesquelles le programme exercerait une pression à la baisse sur les salaires ou permettrait à certaines entreprises de contourner le recrutement local.

Rappel : Tim Hortons a fait pression auprès du fédéral pour davantage de travailleurs étrangers

En décembre 2025, une enquête de la CBC révélait que Tim Hortons avait fait pression pendant environ 18 mois auprès du gouvernement fédéral pour que certains de ses franchisés puissent recruter davantage de travailleurs étrangers temporaires. Des représentants de Tim Hortons et de sa société mère avaient multiplié les rencontres avec des députés et des fonctionnaires alors qu'Ottawa cherchait justement à réduire le recours au programme.

Si un Tim Hortons ne trouve pas de Canadiens disposés à travailler pour le salaire et les conditions proposés, est-ce réellement une « pénurie de main-d'œuvre » — ou un problème de salaire et de conditions de travail ?

Une analyse de Reuters en 2024 relevait justement que les critiques du programme lui reprochaient de faire pression à la baisse sur les salaires et de placer les travailleurs dans une situation de grande vulnérabilité, particulièrement lorsqu'ils sont liés à un seul employeur par un permis fermé.

Le rapporteur spécial de l'ONU Tomoya Obokata est allé beaucoup plus loin en 2024, décrivant le système canadien comme un « terreau propice aux formes contemporaines d'esclavage », en raison notamment de la dépendance des travailleurs envers leur employeur, de l'endettement lié à leur recrutement et des cas d'abus et de vol de salaire qu'il avait documentés.

Il existe des précédents très concrets.

En Colombie-Britannique et en Alberta, un franchisé Tim Hortons avait été accusé par un travailleur philippin de lui avoir fait rembourser en espèces des heures supplémentaires pourtant inscrites sur ses chèques de paie. Le travailleur affirmait également que les employés craignaient de se plaindre parce qu'ils risquaient de perdre leur statut et d'être renvoyés aux Philippines. Tim Hortons a finalement rompu ses relations avec ce franchisé après une enquête des autorités du travail. Un syndicat avait par ailleurs porté des accusations de violations des normes du travail et des droits de la personne.

En mai 2026, Tim Hortons a annoncé une campagne visant à recruter 10 000 travailleurs « locaux », tout en affirmant qu'il réduisait désormais son recours au programme des travailleurs étrangers temporaires.

La société affirme aujourd'hui qu'elle compte environ 110 000 employés au Canada, dont seulement 4 000 — 3,6 % — seraient recrutés par le programme des travailleurs étrangers temporaires. Elle explique que le recours massif au programme était lié aux « pénuries aiguës » de main-d'œuvre de 2021 et de l'après-Covid et qu'avec le chômage élevé des jeunes en 2026, il n'est plus nécessaire de faire pression pour élargir ce programme.

C'est précisément ce changement de position qui nourrit certaines critiques : en 2025, Tim Hortons demandait à Ottawa de desserrer les restrictions ; en 2026, la même entreprise explique qu'il est désormais possible de recruter localement.

Ce revirement si rapide affaiblit fortement l'idée d'une pénurie structurelle et inévitable qui rendrait indispensable le recrutement international.

Pourquoi un modèle de restauration rapide reposant sur des emplois peu rémunérés en était-il venu à considérer l'importation de travailleurs étrangers comme une composante normale de son fonctionnement ?

Et là, Tim Hortons porte une part de responsabilité, puisque l'entreprise a non seulement utilisé ce dispositif, mais a activement cherché à en élargir l'accès.

Il y a même un élément assez savoureux : Tim Hortons affirme maintenant que seulement 3,6 % de ses employés sont des travailleurs étrangers temporaires, comme si cela réglait la question. Mais ce chiffre ne comprend évidemment pas les autres catégories de travailleurs étrangers présents dans les restaurants — notamment certains étudiants étrangers et détenteurs d'autres types de permis. Il faut donc être prudent avant de traduire « 3,6 % de TFW » par « 3,6 % de travailleurs étrangers ». 

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