samedi 3 juin 2023

Allemagne — évolution de la proportion des immigrés (2005 p/r 2019)

Part des immigrés d’origine chez les moins de 16 ans dans chaque 𝘭𝘢𝘯𝘥𝘬𝘳𝘦𝘪𝘴 (district) allemand, avant Merkel (en 2005) et après 14 de ses 16 années au pouvoir (en 2019).


En 2005

Moins de 16 ans

Plus de 65 ans


En 2019
 
Moins de 16 ans

Plus de 65 ans

Clé
 

 

Suède — évolution de la proportion des immigrés (2002 p/r 2020)

Deux graphiques sur la proportion d’immigrés chez les plus de 65 ans en haut et chez les moins de 14 ans en bas.

 

 

En 2002

 

Plus de 65 ans. Les zones colorées en haut sont des migrants venus principalement de Finlande.

Moins de 14 ans.

 

En 2020

Les plus de 65 ans.   

Les moins de 14 ans.

Clé


 

jeudi 1 juin 2023

Le météorologue Gilles Brien se plaint des réactions après avoir dit que l'enjeu climatique relevait de la police

Le 11 mai, le météorologue Gilles Brien répondait à l’affirmation que les politiciens n’étaient pas assez « ambitieux » dans le dossier climatique en affirmant que cet enjeu ne devrait plus relever de la politique, mais de la police tant le laisser-aller des partis de « droite » était criminel. La nuance ne semble pas la qualité première de ce message.

Ces propos exagérés et provocateurs, hyperboliques, suscitèrent de vives réactions de la part des abonnés de Tweeter et par la suite de « certaines radios de Québec ». Les réactions rivalisaient dans la modération les propos excessifs de M. Brien. Il dira plus tard que son tweet était une blague...

Depuis, l’ancien météorologue a radicalement limité la visibilité de son compte Twitter :

Voici comment le Journal de Montréal relate cet échange (en omettant le début) :

« C**** sont ben rendu fou les météorologues [sic] », a écrit, samedi matin [27 mai], un utilisateur Twitter sous une publication du météorologue Gilles Brien.  

Mercredi dernier, l’ancien président de l’Association professionnelle des météorologistes du Québec a partagé un tweet mentionnant que le sud de la province allait possiblement vivre sa première canicule de la saison dans les prochains jours. 

[Le mot canicule correspond à 3 jours de 30 °C ou plus au Québec, mais ce n’est pas le cas en Europe.  En Belgique, on parle de vague de chaleur climatique lorsque la température maximale du jour est égale ou supérieure à 25,0 °C pendant au moins cinq jours consécutifs, dont trois jours supérieurs à 30,0 °C. À Marseille, la chaleur est dite caniculaire s’il fait au moins 36 °C le jour et 24 °C la nuit.]

Il ne s’attendait toutefois pas à ce qu’elle reçoive plus de 250 commentaires, dont la majorité représente des insultes ou des théories contre les changements climatiques. [Il est impossible de vérifier si cela est vrai depuis que M Brien ait « protégé » son compte.]

« On gèle depuis 7 mois, on peut tu avoir un été a 30 degré et plus sans tes commentaires alarmiste de cave ? [sic] », lit-on notamment sous la publication.  

Plusieurs comptes s’affichant en faveur de certaines radios de Québec ont notamment pris à partie le météorologue.

S’en prendre au messager

« La météo change tellement vite à ce temps-ci de l’année à cause des changements climatiques que les gens sont déboussolés et aiment mieux s’en prendre au messager et refuser le message », déplore M. Brien, en entrevue avec Le Journal.  [C’est vraiment mettre le réchauffement climatique à toutes les sauces : selon M. Brien il expliquerait même l’agacement des gens qui se plaignent de ses lamentations quand il annonce tel Cassandre une « canicule » possible… alors qu’il commence à faire bon à la fin du printemps.]

Le météorologue assure qu’il n’a jamais vu un tel mouvement en 43 ans de carrière et qu’il ne comprend pas pourquoi lui et ses collègues de partout dans le monde sont ciblés.

[…]

« Maintenant, les complotistes se tournent vers les prévisionnistes, comme les météorologues. Ils ne sont pas contents des prévisions », estime M. Brien. 

« C’est une tendance naturelle des complotistes pas seulement ici, mais partout dans le monde », observe-t-il. 

L’été 2023 pourrait être l’un des plus chaud depuis des dizaines d’années selon le météorologue Gilles Brien, qui prévoit d’importantes canicules pour la période estivale. «La température la plus chaude au Québec c’est près de 40 degrés Celsius en Abitibi, 38-39 à Montréal, mentionne M. Brien. On n’est pas loin de dépasser ces marques-là.»

«Ce qui est surtout inquiétant, c’est que quand les records sont battus, de plus en plus, ce n’est pas par une fraction ou un dixième de degré, c’est par 4, 5 ou 6 degrés de plus, affirme M. Brien. On se pose la question: le prochain record à Montréal, ce ne sera pas 40, ça pourrait être 45 ou 46 comme on a vu en Colombie-Britannique.»

Les prédictions caniculaires de Brien pour l'été (à gauche) fin avril, et les prédictions plus modérées de ce même média à la fin mai (à droite).

Nous y reviendrons en septembre pour voir si nous avons survécu aux canicules.

mercredi 31 mai 2023

Les deux tiers des Québécois sont les descendants de 2600 colons français


Il y a 260 ans, la Nouvelle-France s’étendait de la Louisiane jusqu’au nord de l’actuel Québec. Le traité de Paris (10 février 1763), venu sceller la guerre de Sept Ans, cède l’entièreté de ce territoire aux Britanniques (à l’exception de Saint-Pierre-et-Miquelon). Au Québec, les descendants des premiers colons français ont conservé une forte identité en continuant de parler français et en maintenant leur culte catholique. Une étude publiée dans la revue Science et menée par une équipe de l’université McGill au Québec, combine données génétiques et d’état civil pour remonter l’arbre généalogique de la population actuelle. La très grande majorité des Québécois aujourd’hui tire ses ancêtres d’environ 8 500 des 10 000 colons qui ont émigré de France aux XVIIe et XVIIIe siècles pour s’installer dans cette région. Chose encore plus impressionnante, les deux tiers du patrimoine génétique canadien-français sont hérités de 2 600 colons seulement.

« C’est un travail d’une grande qualité, commente Évelyne Heyer, professeur en anthropologie génétique au Muséum national d’histoire naturelle de Paris (MNHN), qui consacre un chapitre au Québec dans son livre, L’Odyssée des gènes. On comprend ici l’importance de la géographie et du fleuve Saint-Laurent sur les structures humaines, et bien entendu l’influence de la langue et de la religion. »

« Guerre de berceau »

Pour raconter cette histoire, les scientifiques ont utilisé l’ensemble des données liées aux actes de mariage catholiques qui ont été numérisées dans le cadre d’un projet de recherche qui dure depuis cinquante ans à l’Université du Québec à Chicoutimi, et baptisé Balsac. « L’Église catholique a eu une forte influence sur la société québécoise depuis le XVIIe siècle, explique Simon Gravel, professeur agrégé au département de génétique humaine à l’université McGill et coauteur de l’article. Les prêtres ont scrupuleusement noté toutes les unions sur le territoire en renseignant les noms des deux époux et de leurs parents. » Une source inestimable qui a été numérisée à partir des années 1970 et qui donne aux scientifiques et chercheurs québécois un outil quasi unique au monde ! « L’objectif de ces registres était en partie d’éviter les mariages consanguins, continue le scientifique. L’Église a appliqué une forte pression nataliste à la société québécoise qui a contribué à un accroissement très rapide de la population. » [C’est en partie faux : au début la croissance démographique des Anglais dans les 13 colonies est similaire, voir le doublement de la population en 25 ans selon Benjamin Franklin. Voir aussi « La légende noire du clérico-natalisme »] La croissance annuelle atteint ainsi un taux de 25 pour 1 000, à comparer aux 3 pour 1 000 à la même période en France : entre 1681 et 1765, la population passe de 10 000 à 70 000 habitants, essentiellement du fait de l’accroissement naturel.

L’équipe de l’université McGill a complété ce recueil par des données génétiques et généalogiques de 20 451 Québécois. « Notre objectif initial était de comprendre la prévalence de certaines maladies génétiques dans le pays, détaille Simon Gravel. Et de comprendre si elles pouvaient être liées au contexte de peuplement. La prévalence de maladies spécifiques à certaines régions québécoises ne se retrouve pas en France. »
 
Moins de 1 % d'ascendance amérindienne
 
Les premiers 2 600 colons français ont contribué les deux tiers du bassin génétique franco-québécois. Les colons français ont occupé un territoire habité et utilisé par les Premières Nations (Indiens) et les Inuits (Esquimaux) depuis des milliers d’années.

« Malgré des croyances populaires impliquant les origines métissées des Canadiens-Français, les études génétiques et généalogiques montrent que les Franco-Québécois portent en moyenne moins de 1% d’ascendance génétique autochtone et une majorité d’ascendance française », souligne l'étude.
 
« Super-fondateurs »

En arrivant en Nouvelle-France, les premiers colons, dont plusieurs étaient originaires du Perche, se sont d’abord installés dans la capitale, à Québec. « Comme la population augmentait très vite, il y a eu une migration vers Charlevoix, où l’érosion d’un cratère d’impact vieux de 400 millions d’années a créé une petite poche de terre fertile au sein d’un terrain autrement montagneux, raconte le chercheur. Là encore la population a augmenté très vite. Les conditions de vie devaient être très difficiles et les gens ont ensuite migré vers la région du Saguenay–Lac-Saint-Jean, qui était jusque-là une terre de chasse réservée au roi. »

Étonnamment, bien que chaque région ait son événement fondateur près de la ville de Québec, aucune ne partage les mêmes « super-fondateurs », ces individus ayant une très grande descendance et qu’un grand nombre de Québécois partagent comme ancêtre. C’est donc localement que les communautés se sont créées et que des effets régionaux se sont mis en place. « Dans des travaux que j’avais publiés en 1995, nous avions montré qu’un groupe de 50 super-fondateurs se retrouve dans les généalogies de tous les individus du Saguenay–Lac-Saint-Jean, explique Évelyne Heyer. Ils avaient tous plusieurs dizaines de petits-enfants ! »


Source : Le Figaro

Canada — pas de pénurie de main-d’œuvre pour emplois très qualifiés, autres facteurs expliquent nombre élevé de postes à pourvoir

Un nouveau rapport met en doute l’idée que le Canada compose avec une pénurie de main-d’œuvre généralisée et renforce les arguments de certains économistes du travail, selon lesquels le nombre élevé de postes vacants n’est pas dû à une pénurie de travailleurs.


L’analyse de Statistique Canada révèle qu’il n’y a pas de pénurie de main-d’œuvre pour les emplois qui exigent des niveaux de scolarité élevés, ce qui suggère que d’autres facteurs, comme un décalage entre les compétences requises et la rémunération, pourraient être à l’origine du nombre élevé de postes vacants.

Au lendemain de la pandémie de COVID-19, la pénurie de main-d’œuvre a fait la une des journaux d’un océan à l’autre, alors que les entreprises ont annoncé plus d’offres d’emplois que jamais. Les postes vacants ont grimpé en flèche pour atteindre plus d’un million à un moment l’année dernière.

La pénurie de main-d’œuvre perçue à l’échelle du pays a exercé des pressions sur les gouvernements pour qu’ils aident les entreprises à trouver des travailleurs, notamment en augmentant les objectifs d’immigration du Canada.

Le rapport publié la semaine passée compare le taux de chômage et les postes vacants par niveau d’éducation, et brosse un tableau plus nuancé du marché du travail.

« Les choses semblent vraiment différentes selon que vous regardez les postes vacants qui nécessitent un niveau d’éducation élevé, par rapport à ceux qui nécessitent un diplôme d’études secondaires ou moins », a souligné René Morissette, directeur adjoint de la division de l’analyse sociale et de la modélisation à l’agence fédérale.

Le rapport, qui a examiné les données sur le marché du travail entre 2016 et 2022, a révélé que pour les emplois nécessitant un baccalauréat [licence en Europe] ou plus, il y avait toujours eu moins d’emplois disponibles que de personnes pour les occuper.

Par exemple, il y avait 113 000 postes vacants exigeant un baccalauréat [licence] ou des études supérieures au quatrième trimestre de 2022, mais 227 000 personnes qui détenaient une telle formation étaient au chômage au cours de la même période.

Pour les postes exigeant un diplôme d’études secondaires ou moins, la pénurie de travailleurs n’a commencé qu’au troisième trimestre de 2021.

René Morissette a déclaré que les résultats ne signifient pas qu’il n’y a pas de pénurie de main-d’œuvre dans certains marchés, mais que les pénuries pourraient ne pas être aussi importantes qu’on le supposait auparavant.

« Il est certainement concevable qu’il y ait des pénuries locales dans certains postes, a précisé M. Morissette. Ce que nous disons, c’est que les pénuries ne sont peut-être pas aussi répandues qu’on le supposait initialement dans les premières discussions sur les taux d’inoccupation élevés au Canada. »

Pour les employeurs qui tentent de pourvoir des postes vacants nécessitant une formation postsecondaire, le rapport indique que leurs difficultés d’embauche ne peuvent être attribuées à un manque de travailleurs disponibles possédant ces qualifications.

Les difficultés peuvent plutôt résulter d’un décalage entre les compétences requises pour le poste et celles que possèdent les candidats. Un autre facteur pourrait être que les employeurs n’offrent pas des salaires qui correspondent aux attentes des demandeurs d’emploi.

Le rapport met également en doute les difficultés d’embauche auxquelles sont confrontées les entreprises qui tentent de recruter des travailleurs ayant un niveau d’éducation plus faible.

« La question de savoir dans quelle mesure ces emplois vacants peuvent être attribués à des pénuries de main-d’œuvre dans des professions précises peu qualifiées, plutôt qu’à des offres de salaires et d’avantages sociaux relativement bas, ou à d’autres facteurs reste ouverte », indique le rapport.

Jim Stanford, économiste et directeur du Center for Future Work, affirme que le rapport de Statistique Canada défait les « mythes de longue date » sur la pénurie de main-d’œuvre au pays.

« Si vous manquez vraiment de main-d’œuvre et que vous ne pouvez pas trouver quelqu’un pour faire ce travail au salaire minimum dans un restaurant McDonald, alors pourquoi n’augmenteraient-ils pas le salaire ou n’essaieraient-ils pas de remplacer le travail par des machines ? », s’est demandé M. Stanford.

« Ni l’un ni l’autre ne se produisent, ce qui me suggère que les employeurs en général sont assez satisfaits de l’état actuel des choses, peu importe à quel point ils se plaignent de la pénurie de main-d’œuvre », a-t-il ajouté.

Alors, qu’est-ce qui explique le nombre élevé d’emplois vacants ??

René Morissette a évoqué que pour les industries où peu de qualification est nécessaire, les entreprises pourraient choisir de maintenir des salaires bas et d’accepter des taux d’inoccupation d’emplois plus élevés.

« Pour les employeurs qui ont des coûts de formation négligeables, une stratégie de ressources humaines qui combine des salaires relativement bas avec une rotation élevée des travailleurs et certains postes vacants pourrait en fait maximiser les profits », a-t-il déclaré.

Le gouvernement fédéral est resté à l’écoute des groupes d’entreprises qui sonnaient l’alarme au sujet de la pénurie de main-d’œuvre.

Cet automne, Ottawa a annoncé de nouveaux objectifs d’immigration visant à accueillir 500 000 immigrants par an d’ici 2025 au pays. Le ministre de l’Immigration, Sean Fraser, a présenté le nouveau plan comme une solution aux problèmes de main-d’œuvre du pays.

Le Canada a également connu une augmentation du nombre de travailleurs étrangers temporaires venant au pays pour aider les entreprises à pourvoir les postes vacants.

L’apparente pénurie de travailleurs peu qualifiés pourrait pousser les décideurs politiques à penser qu’il faut encore plus de travailleurs temporaires, mais M. Stanford a évoqué que ce serait une conclusion « désastreuse » à tirer du rapport.

De nombreux économistes émettent des réserves sur les programmes de travailleurs étrangers temporaires qui, selon eux, peuvent faire baisser des salaires au pays, s’ils sont utilisés de manière excessive.

« L’objectif de la politique d’immigration ne devrait pas être de résoudre les problèmes de recrutement auxquels sont confrontés les employeurs à bas salaires, ou tout employeur d’ailleurs », a-t-il déclaré.


Source : Presse Canadienne

« Transition de genre » : un procès intenté par une jeune Californienne dont les seins ont été coupés

Une jeune Californienne, âgée aujourd’hui de 18 ans, a intenté une action en justice contre les médecins et les professionnels de santé qui ont « pratiqué, supervisé et conseillé l’hormonothérapie et la chirurgie de transition de genre » y compris la mastectomie qu’elle a subie à 13 ans.

Layla Jane, originaire de Central Valley, souffrait « d’anxiété et de dépression, d’anxiété sociale, de dysmorphie corporelle, de troubles alimentaires et a été victime d’intimidation » pendant son enfance et une partie de son adolescence. À 9 ans, son état de santé mentale s’est dégradé au point d’avoir des idées suicidaires.

« Personne, aucun de mes médecins, n’a essayé de faire en sorte que je me sente mieux dans mon corps » regrette-t-elle. Après avoir demandé conseil, elle est orientée vers une clinique spécialisée dans les questions de genre à Oakland, en Californie. Des bloqueurs de puberté lui sont prescrits et six mois plus tard de la testostérone (cf. Genre : la Californie autorise les traitements sur les mineurs).

Un peu plus tard, à 11 ans, souhaitant changer de genre, elle en parle à ses parents qui ne s’y opposent pas. Elle subit alors une mastectomie. Un choix qu’elle regrette aujourd’hui. Au cours de l’année 2021, elle a cessé ses injections de testostérone. Désormais, elle se sent « plus heureuse » et sa « santé mentale commence à s’améliorer ».

Confrontée à un « risque accru d’infertilité », elle poursuit le Permanente Medical Group, Inc. et les Kaiser Foundation Hospitals, ainsi que les médecins qui l’ont suivie, pour « négligence grave » et « consentement éclairé frauduleux » (cf. « Transition de genre » : le mineur apte à consentir ?). Selon elle, tout médecin devrait, avant de prendre une décision, vérifier l’état de santé mentale des patients. […]


Genethique

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Espagne — une première fille trans repentie poursuit la Santé publique

 


Israël, une société tournée vers l'enfant

Traduction par le Courrier International d’un article d’Asahi Shimbun

Alors qu’au Japon la natalité est en chute libre, en Israël le taux de fécondité est de trois enfants par femme — un record dans l’OCDE. Le correspondant du journal « Asahi Shimbun » observe avec un certain enthousiasme les caractéristiques qui rendent la société israélienne si disposée à avoir des familles nombreuses.

Une femme monte dans un tramway bondé en tenant fermement des deux mains une poussette à deux places, qui transporte ce qui semble être des jumeaux. Elle empêche les gens de descendre et roule sur les chaussures de plusieurs passagers, qui font la grimace. Mais loin de se laisser impressionner, elle se fraie un passage à travers la foule. Une fois sa place assurée, elle pousse un soupir.

Cette scène serait-elle possible à Tokyo ? La mère se confondrait probablement en excuses, la tête dans les épaules, et des passagers l’interpelleraient d’un « Eh, faites attention ! Pliez votre poussette ! »

Mais nous ne sommes pas à Tokyo, ni même au Japon. Nous sommes en Israël, au Moyen-Orient. Ici, on ne voit pas de parents contraints de s’excuser. Ici, personne ne s’offusque si des enfants font du vacarme dans les restaurants. Ici, l’enfant est roi.
 

Trois enfants, la normalité en Israël

Avec un taux de fécondité de 3 en 2021 selon le Bureau central des statistiques israélien, le pays fait figure d’exception parmi les membres de l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE), qui réunit 38 pays développés. Les études réalisées en 2020 par l’OCDE en matière de natalité permettent d’établir un classement : Israël arrivait en tête avec 2,90, suivi du Mexique, avec 2,08, et de la France, qui, avec 1,79, est considérée comme un « modèle de réussite » en matière de lutte contre la baisse de la natalité. Le Japon, en proie au vieillissement de sa population, n’est qu’à 1,33. [Il n’est que de 1,49 au Québec…]  [Le seuil de renouvellement des générations, en dessous duquel la population décroît, est fixé à 2,1 enfants par femme.]

Alors que nombre de pays développés souffrent d’une baisse de la natalité, comment se fait-il qu’Israël soit si fécond ?

« Si vous n’avez pas d’enfant, on vous demande pourquoi. Si vous avez un enfant, on vous demande : “À quand le deuxième ?” Et ainsi de suite, jusqu’à ce que vous ayez trois enfants ou plus, ce qui est considéré comme “normal” ici. »

C’est ce que m’explique Keren Gil, 44 ans, employée d’une société pharmaceutique qui vit dans la banlieue de Tel-Aviv, la capitale économique du pays. Elle et son mari, Yaron, 45 ans, agent immobilier, élèvent trois enfants : deux garçons, de 15 et 12 ans, et une fille de 7 ans.

L’« oppression » des Israéliennes sans enfants Si, vu du Japon, Israël peut paraître comme un exemple à suivre en matière de natalité, la sociologue féministe israélienne Orna Donath, auteure de « Le Regret d’être mère » (disponible en français chez Odile Jacob), souligne que l’injonction sociale de faire des enfants peut bel et bien se transformer en une « oppression » pesant sur les femmes.

En raison de cette pression sociale, souvent intériorisée, il est « difficile de réfléchir de manière libre » au fait d’avoir des enfants, avance-t-elle dans son interview au journal Asahi. Orna Donath souligne que, dans certains cas, la solitude des parents psychologiquement opprimés entraîne une maltraitance infantile.

Selon elle, pour les Israéliennes, il est compliqué d’être femme sans être mère. « On a tendance à considérer que les femmes sans enfants […] ne sont pas de “vraies femmes” », continue-t-elle. Pour son livre, elle a recueilli des témoignages de mères regrettant d’avoir choisi d’avoir des enfants. Des voix que la société a tendance à bâillonner, en prétextant à un coup de déprime que le temps guérira forcément. « Le choix de ne pas devenir parent. Le regret d’avoir fait des enfants sans avoir vraiment réfléchi si on était prêt. [À travers le livre], je voulais changer la situation actuelle où ces choses sont vues comme tabous », raconte la sociologue à Asahi.

Ce qu’elle dit n’est pas du tout exagéré. Moi-même, homme marié de 42 ans sans enfant, on me demande souvent en Israël, quand j’aborde le sujet de la famille, pourquoi je n’ai pas d’enfant, avant de tenter de me convaincre que « c’est merveilleux d’avoir des enfants ». L’une des personnes avec lesquelles je me suis entretenu a même sorti son téléphone pour me donner les coordonnées d’un hôpital réputé en matière de traitement de la stérilité.

Un état d’esprit

D’où vient cette obsession des enfants ? Il y a d’abord un aspect religieux. Chez les ultraorthodoxes, qui observent strictement les préceptes juifs, [refusent la contraception] et restent fidèles à l’idée que « les enfants sont une bénédiction », il n’est pas rare d’avoir cinq enfants ou plus.

Évolution du nombre de naissances au sein des différentes communautés d’Israël ces quarante dernières années.

Et puis, il y a un lien avec l’histoire des souffrances du peuple juif et de la fondation du pays. L’Holocauste, qui a fait quelque 6 millions de victimes, et les conflits qui opposent Israël aux pays arabes voisins depuis sa création ont imprégné la société israélienne d’un besoin vital d’assurer une descendance.

Comme l’ont confirmé plusieurs experts que j’ai rencontrés, la fécondité exceptionnelle des Israéliens est davantage un « état d’esprit » façonné par l’histoire et la culture du pays que le résultat des politiques du gouvernement.

Autre caractéristique d’Israël, le taux de natalité est également élevé dans les familles laïques, c’est-à-dire peu attachées aux doctrines religieuses, qui représentent une grande partie de la population.

Si, comme dans les autres pays développés, l’éducation des femmes et leur participation dans la société progressent, le taux de natalité ne montre aucun signe de fléchissement significatif. Dans un sondage publié en 2019 par le Bureau central des statistiques israélien, 71 % des femmes juives laïques déclaraient désirer trois enfants ou plus. [En général, en Occident, il y a un écart 0,7 enfant entre le nombre désiré d’enfants et le nombre final d’enfants nés… Ainsi, si
les désirs de chacun en Suisse se concrétisaient, il y aurait une moyenne de 2,2 enfants par femme, soit suffisamment pour renouveler les générations. La moyenne effective avoisine 1,5Alors que seule une Québécoise sur dix, tous âges confondus, ne veut qu’un enfant (11 %), alors que près d’une sur deux rapporte en vouloir deux (48 %) et qu’une sur trois en désire trois ou plus (32 %). En 2011, les Québécoises disaient vouloir 2,11 enfants.]

Éloge de l’entraide

Trouver un bon équilibre entre vie familiale et vie professionnelle est le défi auquel sont confrontés tous les couples à double revenu des pays développés.

Les Gil ont-ils hésité à faire un deuxième ou un troisième enfant ? « Nous n’étions pas inquiets parce que nous savions que nous pouvions compter sur notre entourage », répond Keren. Sa mère, qui vit à proximité, et sa belle-famille, qui habite à une heure de route, viennent fréquemment chez eux pour leur donner un coup de main avec les enfants.

Même lorsqu’elle a repris le travail après ses congés parentaux, Keren n’a subi aucune pression. « En Israël, on ne vous demande pas d’être au bureau à l’heure où il faut aller chercher les enfants à la maternelle, et on vous laisse généralement travailler de chez vous quand cela est possible. »

David Slama (47 ans) et sa femme, Mishal (45 ans), qui vivent à Netanya, au nord de Tel-Aviv, élèvent également trois enfants tout en travaillant tous les deux. Dans leur quartier, qui compte de nombreuses autres familles, il est tout à fait courant de s’entraider entre voisins.

À côté de son travail prenant dans une entreprise de haute technologie et de sa vie familiale, David participe activement à la vie locale en tant que bénévole. « Je le fais surtout parce que j’aime côtoyer les gens mais, pour être honnête, c’est aussi une question de “survie” », confie-t-il.

« Nous ne pourrions pas offrir une bonne éducation à nos enfants si mon épouse et moi-même ne travaillions pas tous les deux et, pour ce faire, nous avons besoin de toute l’aide que peuvent nous apporter aussi bien nos parents que la communauté. » Une certaine idée de l’éducation familiale

Pouvoir compter sur ses proches, et parfois même ses amis et ses voisins, semble idéal. Mais, dans les faits, arrive-t-il que cela ne se passe pas si bien ? Que faire si, par exemple, les personnes qui vous aident à garder vos enfants interfèrent avec la façon dont vous les éduquez ?

Lorsque je demande à Keren si cela ne la dérange pas que ses beaux-parents viennent souvent à la maison, elle semble surprise par la question : « Pourquoi donc ? Si quelque chose nous chiffonne, il nous suffit d’en parler. » Yaron se rappelle avoir eu un léger désaccord avec sa belle-mère sur l’éducation des enfants. Sa femme a alors dit à sa mère sans détour : « Ce n’est pas notre manière de faire. »

En Israël, proches et amis se réunissent souvent nombreux pour le shabbat — repos prescrit par le judaïsme du vendredi soir au samedi soir — et les jours de fête, entretenant la solidarité et les liens sociaux, que l’on dit avoir perdu au Japon.

Mais, comme je l’ai appris en rencontrant des familles israéliennes, pour que ce réseau fonctionne, une condition est nécessaire : pouvoir dire ce qu’on pense. « Tu te trompes, Maman », « Tu ne comprends rien, Papa »… À table, les enfants, même les plus jeunes, n’hésitent pas à contredire leurs parents. Ces derniers répliquent alors et la discussion s’anime naturellement. Les enfants qui grandissent dans un tel environnement parlent avec leurs parents d’égal à égal et gardent ce franc-parler à l’âge adulte.

Avec le soutien de tous, celles et ceux qui désirent des enfants peuvent en avoir en Israël. Un couple d’Israéliens a récemment attiré l’attention des médias en ayant un petit-enfant avec le sperme prélevé sur leur fils mort et l’ovule d’une mère porteuse. Dans le pays, une société où même les personnes incapables de faire des enfants peuvent en avoir est en train de voir le jour.
 
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Les plus religieux hériteront-ils de la Terre ?

La population amish a augmenté de 110 % depuis 2000

mardi 30 mai 2023

Baisse du niveau scolaire : la Suède délaisse le numérique et revient aux manuels scolaires

La tribune de Michel Desmurget et Irene Cristofori sur ce sujet. Michel Desmurget est l'auteur de « La Fabrique du crétin digital. Les dangers des écrans pour nos enfants », Éditions du Seuil, 2019.

Un article récent du Monde nous apprend que la Suède a décidé de remettre en cause la numérisation généralisée de son système scolaire, au motif que cette dernière est « responsable de la baisse de niveau des élèves ». Ce n’est pas surprenant, ce pays a été l’un des premiers à se lancer dans l’aventure. Il est donc logique qu’il soit l’un des premiers à affronter l’ampleur des dégâts engendrés.

Non, ce qui est surprenant, c’est qu’il ait fallu attendre aussi longtemps pour qu’un pays réagisse au dogme fou d’une numérisation supposément incontournable et forcément bienfaisante. En effet, l’impact négatif de ce processus est documenté depuis plus de vingt ans. Toutes les études de grande ampleur ont révélé des retombées au mieux nulles et au pire délétères. Le programme international Pisa, par exemple, qui évalue en lecture, mathématiques et sciences les performances des collégiens de troisième, montre que les investissements numériques sont inversement corrélés à la progression des élèves. En France, un rapport de la Cour des comptes dénonçait en 2019 une gabegie financière, menée sans réflexion ni évaluation pédagogique (2,4 milliards d’euros entre 2013 et 2017). Certes, l’étude Elaine est régulièrement mise en avant pour contredire ces conclusions. Des collèges, sélectionnés sur la base d’un projet d’usage numérique jugé exemplaire au terme d’un lourd processus d’appel d’offres, furent gavés d’équipements informatiques. Au terme de l’étude (lors de l’entrée en seconde) l’impact mesuré représentait, en moyenne, une progression inférieure à 2 rangs pour l’élève médian d’une classe de 25 (le 13e approchait le niveau du 11e), sans qu’il soit possible de déterminer si cet effet provenait de la numérisation et/ou des caractéristiques des équipes enseignantes sélectionnées par l’appel d’offres (motivation, qualification, etc.). À titre de comparaison, selon les estimations d’une étude du ministère américain de l’éducation, cinquante heures de formation des enseignants entraînent une progression moyenne de 5 rangs.

Des données similaires existent concernant la numérisation des manuels scolaires, dont il est largement question dans la décision suédoise. Plusieurs travaux de synthèse montrent clairement que pour les textes un peu exigeants, le cerveau humain comprend et retient mieux ce qu’il lit dans un ouvrage imprimé plutôt que digital. Cela tient notamment à l’unité spatiale du livre qui favorise la création d’une représentation mentale des différents éléments de l’énoncé et de leurs relations. Toutefois, nous dit-on, le gain écologique doit être pris en compte. L’argument est fallacieux. Ce gain n’existe que dans des conditions peu plausibles de forte durabilité des tablettes (ce qui est loin d’être le cas nous dit, par exemple, la Cour des comptes) et de faible transmission des manuels (ce qui est rare pour des ouvrages qui sont souvent revendus ou réutilisés par d’autres classes).

Le problème s’accroît encore lorsque le manuel est remplacé par des « recherches internet ». Là encore, les études indiquent qu’il est plus difficile pour les élèves d’apprendre

Loin de tomber dans le consensus mou qui semble en ces domaines une norme générale, Mme Edholm a tranché en faveur du bien public, particuliers» contre les intérêts

efficacement lorsqu’ils doivent eux-mêmes extraire, trier, évaluer et organiser les flux d’informations retournés par les moteurs de recherche. L’auteur du manuel fait ce travail à la place des lecteurs. Ce n’est qu’après avoir acquis, sur un sujet donné, suffisamment de connaissances que ces derniers peuvent utiliser avec fruit les ressources disparates et éclatées d’internet. Comme l’avait montré les évaluations Pisa, l’espace numérique a ceci de particulier que ce sont les élèves qui l’utilisent le moins qui l’utilisent le mieux.

Le cas suédois montre aussi toute l’ambiguïté des arguments avancés par les zélateurs du numérique scolaire. « Que tous les enfants et élèves, durant leur scolarité, aient, nous dit le directeur de l’agence nationale de l’enseignement, la possibilité de développer des compétences numériques est une question de démocratie et d’égalité. » Mais ce n’est pas de cela dont il est question. Personne ne discute la pertinence de l’informatique en tant que discipline ou l’intérêt de certains programmes d’éducation aux médias. Ce qui est remis en cause c’est la capacité du numérique à être un vecteur pédagogique efficace. On nous dit toujours que le problème réside dans le manque de formation des enseignants. Ce n’est pas vrai, comme l’indique, entre autres, l’étude Elaine précédemment citée. La plus-value numérique s’avère modeste même dans un cadre optimal de sélection des professeurs et des projets. Ce qui est ici en jeu c’est la limite intrinsèque de l’outil : quel que soit leur âge, les élèves apprennent mieux avec un enseignant qualifié qu’avec un écran ; et globalement, leurs résultats changent peu lorsque cet enseignant qualifié se voit adjoindre des outils numériques.

Au final, les choses semblent donc assez claires : si l’on avait considéré les données disponibles, jamais cette folle « expérimentation », pour reprendre le terme de la ministre suédoise de l’éducation, Lotta Edholm, n’aurait dû se produire. C’est là que les choses deviennent intéressantes. Sa décision, la ministre l’a prise en accord avec les conclusions du corps médical, contre l’avis de l’agence nationale de l’enseignement. On retrouve peu ou prou la même ligne de fracture en France, entre des professionnels de santé de plus en plus inquiets, des données scientifiques de plus en plus préoccupantes et un noyau dur de chercheurs en éducation, toujours plus favorables au renforcement des politiques de numérisation scolaire. Nombre de ces spécialistes tirent une partie de leur crédibilité du fait qu’ils travaillent eux-mêmes à l’évaluation et au développement de logiciels pédagogiques. Certains sont actionnaires, dirigeant et/ou consultants de start-up visant la commercialisation à grande échelle de ces outils. Personne ne dit évidemment que tous les experts sont concernés et/ou insincères, mais il est clair que la légèreté avec laquelle ces conflits d’intérêts potentiels sont considérés au sein de certaines instances officielles est problématique ; surtout quand des prises de position, censément compétentes, s’éloignent à ce point des réalités expérimentales.

Le courage politique de Mme Edholm est remarquable. Loin de tomber dans le consensus mou qui semble en ces domaines une norme générale, elle a tranché en faveur du bien public, contre les intérêts particuliers.

Elle a osé remettre en cause les arguments doctrinaux d’un organisme éducatif obstinément favorable au maintien d’un processus de numérisation initié de façon totalement arbitraire, sans étayage scientifique et dont les impacts s’avèrent objectivement négatifs. Puisse ce courage être contagieux.
 
 

Délaissés depuis 15 ans au profit des ordinateurs et tablettes, les manuels scolaires font leur retour en Suède. Une étude internationale a montré que le niveau moyen des jeunes Suédois aurait diminué en lecture et en compréhension écrite ces dernières années.
 
Dans les classes suédoises, les manuels scolaires et autres cahiers se font rares, voire inexistants. Ils sont délaissés depuis 15 ans, au profit des ordinateurs et des tablettes. Mais écran et apprentissage ne font pas forcément bon ménage. Selon une étude internationale, le niveau moyen des jeunes Suédois aurait diminué en lecture et en compréhension écrite ces dernières années. Le gouvernement suédois a donc annoncé le déblocage de plusieurs millions d’euros en 2023 et les années suivantes pour racheter des manuels scolaires.
 
 
Le numérique de plus en plus présent en France aussi

En France aussi, le numérique prend de plus en plus de place à l’école, et neuf enseignants sur dix reconnaissent ses bénéfices pédagogiques dans le premier degré, selon une enquête du ministère de l’Éducation nationale. Pour le fondateur d’une association française d’éducation au numérique, manuels scolaires et écrans doivent cohabiter afin de répondre aux besoins pédagogiques de chaque élève. « L’erreur de la Suède, c’est d’avoir voulu faire du tout numérique », explique Thomas Rohmer, directeur de l’Observatoire de la parentalité et de l’éducation numérique (LOPEN). En Suède, le niveau moyen des élèves reste tout de même plus élevé que celui de ses voisins européens, et parmi les 15 meilleurs du monde.

Source : France TV

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États-Unis — De plus en plus de jeunes diplômés du secondaire renoncent à l'université , surtout les jeunes hommes

En ce début 2023, de plus en plus de diplômés du secondaire se détournent des campus universitaires en raison des meilleures perspectives d’emploi pour les cols bleus dans un marché du travail historiquement fort pour les travailleurs moins éduqués.

Selon les dernières données du département du travail, le taux d’inscription à l’université des récents diplômés du secondaire américains, âgés de 16 à 24 ans, est tombé à 62 % l’année dernière, contre 66,2 % en 2019, juste avant le début de la pandémie. Ce taux a culminé à 70,1 % en 2009.
 
La croissance de l’emploi dans les restaurants, les parcs à thème et d’autres parties du secteur des loisirs et de l’hôtellerie — qui ont tendance à employer des jeunes et ne nécessitent généralement pas de diplôme universitaire — a augmenté plus de deux fois plus vite que les gains d’emploi en général au cours de l’année écoulée. Il reste également un grand nombre de postes à pourvoir dans la construction, la fabrication et l’entreposage, domaines qui exigent souvent une formation complémentaire, mais pas de diplôme d’études supérieures.

Le mois dernier, le taux de chômage des adolescents âgés de 16 à 19 ans est tombé à 9,2 %, son niveau le plus bas depuis 70 ans, ce qui a favorisé des augmentations de salaire plus importantes.

Les gains horaires moyens des travailleurs de base du secteur des loisirs et de l’hôtellerie ont augmenté de près de 30 %, corrigés des variations saisonnières, d’avril 2019 à avril 2023, contre environ 20 % au cours de la même période pour l’ensemble des travailleurs.

Le personnel de service dans les restaurants gagnait un salaire horaire médian de 14 $ américains en 2022, soit près du double du salaire minimum fédéral. Les salaires sont encore plus élevés dans les secteurs qui n’exigent pas de diplôme universitaire, mais qui nécessitent une formation supplémentaire, comme l’apprentissage. Les machinistes gagnent 23,32 dollars par heure, ce qui est supérieur au salaire médian national de 22,26 dollars de l’heure. Les charpentiers gagnaient 24,71 dollars par heure l’année dernière.

« La pandémie a tellement perturbé l’université que de nombreuses personnes ont retardé leur inscription », explique Julia Pollak, économiste en chef de ZipRecruiter. « Une fois qu’ils ont retardé leur inscription, ils deviennent accros aux revenus et au travail et ne reviennent pas » à l’université.

La valeur de l’université remise en question

Les inscriptions à l’université ont diminué d’environ 15 % au cours de la dernière décennie, selon les données fédérales. Les raisons en sont le coût élevé de l’enseignement universitaire, la fermeture d’établissements, la rentabilité inégale liée à l’obtention d’un diplôme, ainsi que le dynamisme du marché du travail.

Selon un sondage Wall Street Journal-NORC réalisé au début de l’année, la plupart des Américains ne pensent pas que le coût d’un diplôme universitaire en vaille la peine, ce qui constitue une nouvelle baisse de confiance dans ce qui a longtemps été la marque du rêve américain. Les diplômés de l’enseignement supérieur sont confrontés à une recherche d’emploi plus incertaine cet été, car les entreprises réévaluent la valeur de nombreux postes de cols blancs.

Les pénuries aiguës de main-d’œuvre qui ont suivi la pandémie de grippe aviaire ont contraint les employeurs à offrir de meilleurs salaires, avantages et conditions de travail pour attirer et retenir les travailleurs, en leur donnant par exemple plus de souplesse pour fixer leurs propres horaires. La demande de travailleurs manuels est élevée et devrait le rester, compte tenu du vieillissement de la population active et du ralentissement de l’immigration dû à la pandémie.

« Si l’on peut obtenir un emploi sans diplôme et avec une croissance salariale décente, pourquoi aller chercher un diplôme ? », s’interroge Pollak.

Le taux d’inscription à l’université a baissé ces dernières années, tant pour les hommes que pour les femmes, mais davantage pour les hommes. L’année dernière, 66,1 % des femmes âgées de 16 à 24 ans ayant obtenu leur diplôme d’études secondaires se sont inscrites à l’université, soit près de 10 points de pourcentage de plus que le taux des jeunes hommes, ce que les économistes attribuent au fait que les femmes bénéficient d’un meilleur rendement financier de l’université.

L’avantage d’avoir un diplôme universitaire s’émousse sur le marché du travail


La formation technique et l’apprentissage, plutôt que l’université


Certains jeunes suivent d’autres formes de formation professionnelle que l’université. Le nombre d’apprentis a augmenté de plus de 50 %, selon des données fédérales et l’Urban Institute, un groupe de réflexion de Washington.

Les apprentissages sont traditionnellement proposés dans des secteurs tels que la construction et la mécanique, mais ils sont de plus en plus courants dans les secteurs en col blanc tels que la banque, l’assurance et la cybersécurité.

Selon Steve Boden, superviseur des écoles publiques du comté de Montgomery, dans le Maryland, la stigmatisation longtemps associée au fait que les élèves passent directement du lycée au travail ou à l’apprentissage, plutôt qu’à l’université, s’est estompée ces dernières années, en raison de l’augmentation du coût de l’université. Il ajoute que les employeurs sont de plus en plus intéressés par l’embauche de diplômés de l’enseignement secondaire.

L’un d’entre eux est Simon Alvarado Jr, 21 ans, de Hyattsville, dans le Maryland. Il a récemment terminé un apprentissage pour devenir technicien de maintenance légère chez un concessionnaire Toyota. À l’origine, il avait prévu d’aller à l’université, mais le coût élevé d’un diplôme de quatre ans l’a découragé.

« Travailler sur les voitures est quelque chose qui m’intéressait vraiment quand j’étais enfant », a déclaré M. Alvarado. La prise en charge du coût de sa formation et l’obtention d’un emploi à la fin de celle-ci « étaient une occasion rare que je n’allais pas refuser », a-t-il déclaré.
 
 
Source : Wall Street Journal

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