Le 19 octobre 2026, les électeurs albertains seront appelés aux urnes pour un référendum provincial hors du commun. Parmi la dizaine de questions qui leur seront soumises, cinq portent directement sur l’immigration et l’accès aux services publics. La première ministre Danielle Smith présente ce scrutin comme une réponse à une pression financière qu’elle juge devenue insoutenable. Selon elle, pour chaque dollar d’impôt généré par un travailleur temporaire, les contribuables albertains assumeraient environ dix dollars en services de santé, d’éducation et d’aide sociale.
Elle a notamment évoqué quelque 282 000 travailleurs temporaires dont les coûts de santé atteindraient environ 1,9 milliard de dollars, auxquels s’ajouteraient près de 600 millions pour les quelque 45 000 enfants de ces travailleurs inscrits dans le système scolaire.
En mars 2026, le ministre de l’Éducation, Demetrios Nicolaides, a notamment déclaré en comité budgétaire qu’il y avait 45 554 élèves « résidents temporaires » dans le système scolaire, à un coût d’environ 12 000 $ par élève, soit 544 millions $ pour 2026.
La facture totale approcherait ainsi 2,5 milliards de dollars pour des personnes qui, selon le gouvernement provincial, n’ont pas encore pris d’engagement permanent envers l’Alberta. La première ministre compare régulièrement cette situation à celle d’un visiteur à l’étranger, qui devrait généralement souscrire une assurance plutôt que de compter immédiatement sur les régimes publics du pays d’accueil.
Ces questions sont issues des consultations menées par le panel Alberta Next en 2025. Les électeurs devront notamment se prononcer sur la possibilité pour le gouvernement provincial d’exercer un maîtrise accrue sur les seuils d’immigration, de privilégier les migrants économiques et de donner la priorité aux Albertains pour les nouveaux emplois. D’autres propositions visent à restreindre l’accès immédiat à certains programmes provinciaux aux citoyens, aux résidents permanents et aux personnes titulaires d’un statut d’immigration approuvé par l’Alberta; à imposer un délai de résidence de douze mois avant l’accès à certains programmes; et à faire payer aux titulaires d’un statut temporaire une contribution pour l’utilisation des systèmes de santé et d’éducation. Ces questions n’auront toutefois pas de force juridique contraignante.
Les sondages récents montrent néanmoins un appui majoritaire à ces propositions. Une enquête de Research Co., réalisée à la fin août 2026 auprès d’électeurs probables, fait état d’un soutien compris entre 58 % et 66 % selon les différentes questions relatives à l’immigration. Environ 65 % des répondants se disent notamment favorables à un contrôle provincial accru afin de ramener l’immigration à des niveaux jugés plus soutenables. Ces résultats contrastent avec la question de la séparation : une nette majorité d’Albertains continue de préférer que la province demeure au sein du Canada.
Le débat est toutefois loin d’être tranché. Certaines analyses soulignent que la forte croissance démographique a également accru les recettes fiscales. Entre 2022 et 2026, la population albertaine a augmenté d’environ 11 %, tandis que les revenus provenant de l’impôt des particuliers et des sociétés ont progressé davantage que les dépenses consacrées à la santé et à l’éducation. Les travailleurs temporaires contribuent par ailleurs à combler des pénuries de main-d’œuvre dans plusieurs secteurs, notamment l’agriculture, la restauration, la construction et les soins. Le Programme des travailleurs étrangers temporaires du gouvernement fédéral exige généralement une étude d’impact sur le marché du travail destinée à démontrer qu’aucun résident canadien n’est disponible pour occuper le poste. Pour les critiques, le ratio avancé par Mme Smith — un dollar de recettes pour dix dollars de dépenses — donne donc une image trop simplifiée de la réalité, puisque les cotisations, la consommation et la production de ces travailleurs doivent également être prises en compte.
Sur le plan constitutionnel, l’immigration relève principalement de la compétence fédérale, même si les provinces disposent de certains pouvoirs de sélection, notamment pour les immigrants économiques. Le Québec bénéficie déjà, en vertu de l’Accord Canada-Québec de 1991, d’un pouvoir de sélection beaucoup plus étendu que celui des autres provinces. L’Alberta cherche à obtenir un levier comparable. Il ne s’agirait pas, affirme Edmonton, de fermer la porte à l’immigration, mais de pouvoir en déterminer davantage le rythme et le profil, ainsi que les conditions d’accès aux services financés par les contribuables provinciaux. Pour le gouvernement Smith, l’objectif est de protéger des systèmes mis sous pression par la forte croissance démographique et de recentrer l’immigration sur des personnes susceptibles de s’établir durablement dans la province.
Le référendum d’octobre ne modifiera évidemment pas, à lui seul, le partage constitutionnel des compétences. Il pourrait néanmoins fournir au gouvernement albertain un mandat politique difficile à ignorer. Si les propositions relatives à l’immigration recueillent une majorité, Edmonton pourra s’en prévaloir dans ses négociations avec Ottawa, dans l’élaboration de mesures relevant de sa compétence et dans la mise en place éventuelle de frais ou de délais d’accès aux services pour les titulaires de statuts temporaires.
Au-delà de leur portée juridique limitée, les questions posées aux Albertains auront donc une portée politique considérable. Le scrutin permettra de mesurer leur degré d’acceptation du modèle actuel — croissance démographique rapide, accueil important de travailleurs temporaires, accès relativement immédiat aux services publics et prise en charge collective des coûts — ou leur volonté d’établir un contrat plus explicite entre ceux qui s’installent temporairement dans la province et la collectivité qui les accueille.
Ces questions sont issues des consultations menées par le panel Alberta Next en 2025. Les électeurs devront notamment se prononcer sur la possibilité pour le gouvernement provincial d’exercer un maîtrise accrue sur les seuils d’immigration, de privilégier les migrants économiques et de donner la priorité aux Albertains pour les nouveaux emplois. D’autres propositions visent à restreindre l’accès immédiat à certains programmes provinciaux aux citoyens, aux résidents permanents et aux personnes titulaires d’un statut d’immigration approuvé par l’Alberta; à imposer un délai de résidence de douze mois avant l’accès à certains programmes; et à faire payer aux titulaires d’un statut temporaire une contribution pour l’utilisation des systèmes de santé et d’éducation. Ces questions n’auront toutefois pas de force juridique contraignante.
Les sondages récents montrent néanmoins un appui majoritaire à ces propositions. Une enquête de Research Co., réalisée à la fin août 2026 auprès d’électeurs probables, fait état d’un soutien compris entre 58 % et 66 % selon les différentes questions relatives à l’immigration. Environ 65 % des répondants se disent notamment favorables à un contrôle provincial accru afin de ramener l’immigration à des niveaux jugés plus soutenables. Ces résultats contrastent avec la question de la séparation : une nette majorité d’Albertains continue de préférer que la province demeure au sein du Canada.
Le débat est toutefois loin d’être tranché. Certaines analyses soulignent que la forte croissance démographique a également accru les recettes fiscales. Entre 2022 et 2026, la population albertaine a augmenté d’environ 11 %, tandis que les revenus provenant de l’impôt des particuliers et des sociétés ont progressé davantage que les dépenses consacrées à la santé et à l’éducation. Les travailleurs temporaires contribuent par ailleurs à combler des pénuries de main-d’œuvre dans plusieurs secteurs, notamment l’agriculture, la restauration, la construction et les soins. Le Programme des travailleurs étrangers temporaires du gouvernement fédéral exige généralement une étude d’impact sur le marché du travail destinée à démontrer qu’aucun résident canadien n’est disponible pour occuper le poste. Pour les critiques, le ratio avancé par Mme Smith — un dollar de recettes pour dix dollars de dépenses — donne donc une image trop simplifiée de la réalité, puisque les cotisations, la consommation et la production de ces travailleurs doivent également être prises en compte.
Sur le plan constitutionnel, l’immigration relève principalement de la compétence fédérale, même si les provinces disposent de certains pouvoirs de sélection, notamment pour les immigrants économiques. Le Québec bénéficie déjà, en vertu de l’Accord Canada-Québec de 1991, d’un pouvoir de sélection beaucoup plus étendu que celui des autres provinces. L’Alberta cherche à obtenir un levier comparable. Il ne s’agirait pas, affirme Edmonton, de fermer la porte à l’immigration, mais de pouvoir en déterminer davantage le rythme et le profil, ainsi que les conditions d’accès aux services financés par les contribuables provinciaux. Pour le gouvernement Smith, l’objectif est de protéger des systèmes mis sous pression par la forte croissance démographique et de recentrer l’immigration sur des personnes susceptibles de s’établir durablement dans la province.
Le référendum d’octobre ne modifiera évidemment pas, à lui seul, le partage constitutionnel des compétences. Il pourrait néanmoins fournir au gouvernement albertain un mandat politique difficile à ignorer. Si les propositions relatives à l’immigration recueillent une majorité, Edmonton pourra s’en prévaloir dans ses négociations avec Ottawa, dans l’élaboration de mesures relevant de sa compétence et dans la mise en place éventuelle de frais ou de délais d’accès aux services pour les titulaires de statuts temporaires.
Au-delà de leur portée juridique limitée, les questions posées aux Albertains auront donc une portée politique considérable. Le scrutin permettra de mesurer leur degré d’acceptation du modèle actuel — croissance démographique rapide, accueil important de travailleurs temporaires, accès relativement immédiat aux services publics et prise en charge collective des coûts — ou leur volonté d’établir un contrat plus explicite entre ceux qui s’installent temporairement dans la province et la collectivité qui les accueille.

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