Des navettes gratuites relient l’université Saint George (SGU) à la plage de sable blanc de Grand Anse, la plus belle de la Grenade. Des étudiants américains en maillot de bain se pressent au bar en bord de mer. Ce rituel d’après-examens suscite l’envie de leurs camarades restés aux États-Unis, explique Daniel Nathan, originaire de Virginie. Il avait essuyé plusieurs refus de la part de diverses facultés de médecine américaines avant d’être admis à la SGU, et n’avait pas envie d’attendre un an pour retenter sa chance. « La Grenade, c'est plutôt sympa », dit-il.
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| L'université Saint George à la Grenade |
M. Nathan n'est pas un cas isolé. Soixante-dix pour cent des étudiants de la SGU sont américains. L'effectif est important, avec plus de 1 000 étudiants par an, alors qu'une faculté de médecine américaine admet en moyenne 200 étudiants. Les frais de scolarité y sont plus élevés qu'à Harvard. Malgré cela, un nombre croissant de candidats au métier de médecin optent pour une formation sur l'île. En 2010, les Américains représentaient 48 % des diplômés des facultés de médecine des Caraïbes. En 2022, cette part était passée à 67 %. La SGU fournit plus de médecins aux États-Unis que n’importe quelle autre faculté au monde, y compris les facultés américaines. « Le système traditionnel ne forme tout simplement pas assez de médecins pour le système de santé américain », explique Scott Liles, directeur de la faculté de médecine de l’université Ross à la Barbade, où 98 % des étudiants sont américains ou canadiens. Ross est le deuxième plus grand fournisseur de médecins aux États-Unis.
L’engouement est réciproque : la SGU contribue pour une part importante au PIB de la Grenade et est le plus grand employeur privé. Ses dons caritatifs lui valent la sympathie de la population locale. « Tout dépend de St George’s », déclare Lincus Baptiste, un vendeur de plats à emporter qui travaille sur le campus depuis 11 ans.
Malheureusement, la notoriété de Ross et de la SGU masque l’existence d’acteurs moins scrupuleux. L’attrait de la possibilité d’exercer la médecine aux États-Unis constitue une incitation puissante. On recense environ 100 facultés de médecine dans les Antilles. De l’autre côté de la Barbade, face à Ross, se trouve le Queen’s University College of Medicine. Le soir où l'hebdomadaire britannique The Economist s’est rendu sur place – une maison quelconque au sommet d’une colline –, il n’y avait personne. Des fils de discussion sur Reddit, un forum de discussion, font état de formations exclusivement en ligne et de promesses non tenues concernant l’obtention de diplômes reconnus. Le site web de Queen’s indique que l’établissement figure dans le World Directory of Medical Schools, mais cette inscription n’implique pas pour autant une accréditation.
Le parcours menant des Antilles au statut de médecin agréé aux États-Unis est complexe. Avant de postuler à un internat, un diplômé doit faire reconnaître ses qualifications auprès de l’Educational Commission for Foreign Medical Graduates, une ONG américaine. Celle-ci ne certifie que les diplômés d’écoles elles-mêmes accréditées par un organisme agréé par un comité du ministère américain de l’Éducation, ou son équivalent international.
Mais ces organismes peuvent opérer depuis n’importe où dans le monde. « Ça nous laisse un peu perplexes de voir une île des Caraïbes, qui fait partie du Royaume des Pays-Bas, obtenir son accréditation médicale du Kirghizistan », explique Rosalie Hancock, du Bellevue College dans l’État de Washington, co-auteure d’un rapport sur les facultés de médecine antillaises. « On ne voit pas vraiment cela dans aucun autre domaine de l’enseignement. »
Cette complexité peut rendre difficile l’identification des opérateurs illégitimes. Certains étudiants se retrouvent criblés de dettes sans pour autant se rapprocher de leur objectif de devenir médecin. Rashed, 32 ans, originaire de Trinidad, a pleuré de joie lorsqu’il a été admis à l’All Saints University College of Medicine de Saint-Vincent. Il avait été refusé par près de 50 autres facultés de médecine. Mais l’établissement, qui a par la suite changé de nom pour devenir la Richmond Gabriel University, a soudainement transféré tous ses cours en ligne et annoncé aux étudiants l’ouverture d’un nouveau campus à Curaçao. Ce campus n’a jamais vu le jour. En avril, l’un des fondateurs a comparu devant un tribunal de Chicago pour répondre d’accusations fédérales de fraude et de détournement de fonds liées à l’hôpital Loretto de la ville.
Rashed se dit « complètement fauché ». Il a réussi à s’inscrire dans une autre faculté de médecine agréée. Ses camarades de la SGU et de Ross constituent un pilier du système médical américain. L’attrait d’une carrière dans la médecine aux États-Unis risque fort de plonger d’autres personnes comme lui dans des difficultés.
L’engouement est réciproque : la SGU contribue pour une part importante au PIB de la Grenade et est le plus grand employeur privé. Ses dons caritatifs lui valent la sympathie de la population locale. « Tout dépend de St George’s », déclare Lincus Baptiste, un vendeur de plats à emporter qui travaille sur le campus depuis 11 ans.
Malheureusement, la notoriété de Ross et de la SGU masque l’existence d’acteurs moins scrupuleux. L’attrait de la possibilité d’exercer la médecine aux États-Unis constitue une incitation puissante. On recense environ 100 facultés de médecine dans les Antilles. De l’autre côté de la Barbade, face à Ross, se trouve le Queen’s University College of Medicine. Le soir où l'hebdomadaire britannique The Economist s’est rendu sur place – une maison quelconque au sommet d’une colline –, il n’y avait personne. Des fils de discussion sur Reddit, un forum de discussion, font état de formations exclusivement en ligne et de promesses non tenues concernant l’obtention de diplômes reconnus. Le site web de Queen’s indique que l’établissement figure dans le World Directory of Medical Schools, mais cette inscription n’implique pas pour autant une accréditation.
Le parcours menant des Antilles au statut de médecin agréé aux États-Unis est complexe. Avant de postuler à un internat, un diplômé doit faire reconnaître ses qualifications auprès de l’Educational Commission for Foreign Medical Graduates, une ONG américaine. Celle-ci ne certifie que les diplômés d’écoles elles-mêmes accréditées par un organisme agréé par un comité du ministère américain de l’Éducation, ou son équivalent international.
Mais ces organismes peuvent opérer depuis n’importe où dans le monde. « Ça nous laisse un peu perplexes de voir une île des Caraïbes, qui fait partie du Royaume des Pays-Bas, obtenir son accréditation médicale du Kirghizistan », explique Rosalie Hancock, du Bellevue College dans l’État de Washington, co-auteure d’un rapport sur les facultés de médecine antillaises. « On ne voit pas vraiment cela dans aucun autre domaine de l’enseignement. »
Cette complexité peut rendre difficile l’identification des opérateurs illégitimes. Certains étudiants se retrouvent criblés de dettes sans pour autant se rapprocher de leur objectif de devenir médecin. Rashed, 32 ans, originaire de Trinidad, a pleuré de joie lorsqu’il a été admis à l’All Saints University College of Medicine de Saint-Vincent. Il avait été refusé par près de 50 autres facultés de médecine. Mais l’établissement, qui a par la suite changé de nom pour devenir la Richmond Gabriel University, a soudainement transféré tous ses cours en ligne et annoncé aux étudiants l’ouverture d’un nouveau campus à Curaçao. Ce campus n’a jamais vu le jour. En avril, l’un des fondateurs a comparu devant un tribunal de Chicago pour répondre d’accusations fédérales de fraude et de détournement de fonds liées à l’hôpital Loretto de la ville.
Rashed se dit « complètement fauché ». Il a réussi à s’inscrire dans une autre faculté de médecine agréée. Ses camarades de la SGU et de Ross constituent un pilier du système médical américain. L’attrait d’une carrière dans la médecine aux États-Unis risque fort de plonger d’autres personnes comme lui dans des difficultés.
Source : The Economist

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