jeudi 13 octobre 2022

L’enseignement à domicile a doublé au Canada entre 2019 et 2021

L'inscription à l’enseignement à domicile a considérablement augmenté pendant la pandémie. Selon l'Enquête de Statistique Canada sur l'enseignement primaire et secondaire de 2020-2021, plus de 83 784 élèves étaient inscrits en enseignement à domicile en 2020, soit le double (40 608) par rapport à l'année scolaire précédente.

Le nombre d'inscriptions était particulièrement élevé pour les première et deuxième années du primaire, avec des augmentations respectives de plus de 134 %.

Ces chiffres demeurent marginaux dans la mesure où plus de 90 % des élèves inscrits du primaire et du secondaire vont dans les écoles publiques et 7,5 %, dans les écoles privées. La part de l’enseignement à domicile est de 1,5 %.

De plus, l’enquête de Statistique Canada souligne que l’inscription aux programmes de langue seconde a augmenté pendant la décennie 2006-2016. Les plus hauts taux ont cependant été enregistrés en 2020-2021, de la quatrième à la huitième année.

Enfin, l’enquête relève une légère hausse (+0,5 %) du taux de diplomation secondaire au Canada par rapport à 2019-2020.


mercredi 12 octobre 2022

France — La mise à mort de SOS Éducation par le ministère des Finances ?

Le site de l’association SOS Éducation. L’Éducation nationale ouvre ses portes aux associations LGBT et intégrationnistes, mais fait tout pour faire disparaître celles qui militent contre le déclassement scolaire ?


Pour Valeurs actuelles :

Dans le viseur de l’administration fiscale depuis cinq ans, SOS Éducation, une association militant pour l’amélioration du système éducatif français, a écopé d’une amende de près de 1,6 million d’euros.

Un cas d’école de mise à mort politique par étranglement financier.

Mieux vaut ne pas contester la doctrine de l’Éducation nationale : c’est la leçon que retiendra SOS Éducation. Si toutefois elle survit aux sanctions du fisc. Fondée en 2001 par des professeurs et parents d’élèves alarmés par les premières chutes françaises dans le classement PISA, l’association à but non lucratif paie aujourd’hui un lourd tribut à son engagement.

À l’origine de la pétition contre l’écriture inclusive qui donnera naissance à la circulaire Blanquer, SOS Éducation nage à contre-courant, et défend depuis vingt ans « une école loin de toute idéologie, qui respecte les choix des parents en matière d’instruction et l’autorité des professeurs, et qui permette notamment aux enfants issus de milieux défavorisés d’avoir accès à une instruction de qualité ». Un combat qui n’a pas l’air de plaire à tout le monde.

Harcèlement administratif 

Ce n’est pas la première fois que l’on tente de mettre des bâtons dans les roues de SOS Éducation. Au bas mot. Menaces téléphoniques, mobilisation d’huissier pour freiner son action, les sapeurs ont déjà tout tenté. Jusqu’à la falsification de documents pour enrayer le conseil d’administration. « Le projet était d’infiltrer l’association pour y prendre le pouvoir et la vider de sa substance », témoigne Sylvain Marbach auprès de Valeurs actuelles. L’actuel président de l’association était en première ligne : il avait alors dû démissionner de son poste de trésorier, du fait de pressions et manipulations internes. « Nous essayons d’améliorer le système éducatif, pour des millions d’élèves, pour tous les Français… Mais une bonne action ne reste jamais impunie », sourit-il.

À terme, l’entreprise de sabotage interne s’avère être un échec. Alors ses détracteurs tentent de faire condamner l’association. Après le dépôt d’une plainte auprès du procureur de la République vient une dénonciation calomnieuse à la Cour des comptes. La première est classée sans suite. La seconde entraîne trois contrôles sur une durée totale de plus de trois ans. S’engagent alors des fouilles à répétition — jusqu’à trois fois par semaine. « C’était absurde : dans les locaux, il y avait plus de contrôleurs que de salariés », soupire Sophie Audugé. Tout juste nommée, la nouvelle déléguée générale de l’association subit un accueil on ne peut plus rude. « Nous recevions des courriels très lourds, détaille Sylvain Marbach : des milliers de documents, des avalanches de questions dès six heures du matin, jusqu’à 22 heures trente, et durant les vacances, et la veille de Noël… C’était tout simplement du harcèlement. ».

Malgré tout, SOS Éducation coopère, espérant que la transparence leur permettra de tourner cette page au plus vite. Pour contrôler la modeste association de sept salariés, on mobilise jusqu’à la brigade d’intervention rapide de la direction générale des enquêtes fiscales. Un spécialiste des systèmes d’information et d’analyses de données, en détachement de l’armée pour l’occasion, est missionné.

Si l’équipe de contrôle ne trouve rien, on en change dans l’espoir de trouver quelque chose. Tout est passé et repassé au peigne fin. On finit par dénicher un compte bancaire à l’étranger non déclaré… « Un compte PayPal, pour collecter les dons en ligne », soupire Sylvain. La montagne accouche d’une souris.

Pionnier de l’accompagnement et du conseil des associations non lucratives, Me Xavier Delsol n’en revient pas : « En quarante ans de spécialisation en droit fiscal, je n’ai jamais vu ça. Un cumul de contrôles aussi sévères, dans une telle ambiance de suspicion et de haine, pour une si petite association, c’est inédit. » La pression n’est pas sans effet. « Il est certain que l’acharnement administratif subi par SOS Éducation a eu raison de ma stabilité émotionnelle », confie Sylvain. À bout, n’en dormant plus, il a été contraint de mettre son activité professionnelle entre parenthèses, se privant de deux ans et demi de salaire. « Pour vivre, j’ai vidé l’épargne prévue pour les études de mes enfants », souffle-t-il. Et d’ajouter : « Cette affaire m’a volé cinq ans de vie, personnelle, familiale et professionnelle. »

Le fait du prince Chatel

Pour comprendre les dessous de l’affaire, il faut remonter vingt ans en arrière. En 2002, la jeune association met un point d’honneur à refuser toute subvention, pour demeurer indépendante. Ne lui reste qu’à espérer être éligible au mécénat, afin que les dons défiscalisés puissent nourrir son travail. SOS Éducation s’en enquiert auprès de l’administration fiscale : cette dernière lui renvoie un rescrit positif, entérinant sa capacité à émettre des reçus fiscaux. Quelques mois se passent, et l’association a grandi. Elle en tient informée l’administration fiscale, et veut s’assurer que le rescrit vaut toujours. Trop bonne élève, elle ne sait pas encore que ce zèle précipitera sa perte.

Le dossier, intégralement reconstitué pour l’occasion, est perdu dans les méandres de l’administration. À deux reprises. Puis, silence radio durant quatre ans, malgré les relances de l’association. Or, les lois en vigueur à l’époque sont claires : l’absence de réponse administrative en six mois vaut approbation. SOS Éducation peut dès lors se satisfaire de cette validation tacite et poursuivre son activité, sans craindre aucun redressement. C’est sans compter la cabale politique qui ne fait que commencer.

Une enveloppe parvient aux locaux de SOS Éducation. Elle renferme une correspondance entre Luc Chatel et Éric Woerth, qui s’y opposent fermement à la demande de l’association. Peut-être le ministre de l’Éducation n’appréciait-il pas les vives critiques formulées par l’intéressée à l’encontre de sa réforme scolaire. « Qu’importe, n’en tenez pas compte », tranche Me Delsol, conseiller de l’association. Et pour cause : le texte, simple échange interministériel, ne présente aucune valeur juridique, et ne peut assurément pas faire office de réponse administrative, d’autant qu’il ne peut faire l’objet d’aucun recours puisqu’il n’est pas adressé à l’association elle-même.

Et pourtant. Les contrôleurs fiscaux ressortent la poussiéreuse lettre du placard. Malgré ses airs d’intimidation politique, l’administration y voit une réponse officielle de sa part, dix-neuf ans après le dépôt du premier dossier. Et de remettre en cause tant d’années de perception de dons. Un fait du prince qui n’inspire qu’ironie à Me Delsol : « Si un ministre dit à sa concierge que les Restos du cœur ne sont pas une association à mission sociale, faut-il sanctionner Coluche ? »

Rien n’y fait : le couperet tombe. SOS Éducation perd son droit au mécénat et écope d’une amende exorbitante — l’équivalent de trois ans de recettes. « Tout au long de cette affaire, Bercy avait la possibilité d’être de bonne foi, de reconnaître son erreur et de clarifier la situation », s’exaspère Me Delsol. « S’ils ne voulaient pas tuer la structure, ils auraient négocié. Ce dossier n’est rien d’autre qu’une affaire politique : quand on ne peut pas vous parasiter de l’intérieur, ni vous dissoudre, on vous coupe les vivres », ajoute-t-il.

Soudain, le nœud de l’affaire se resserre. Contraint de reconnaître le travail d’intérêt général de SOS Éducation, l’État nie sa dimension éducative. Les inspecteurs des impôts sont formels : pour être considéré « éducatif », il faut produire de l’enseignement. Une interprétation très restrictive de la loi, absolument inédite : « Le Bofip (Bulletin officiel des finances publiques, NDLR) reconnaît bien les associations de parents d’élèves, qui n’ont pourtant elles-mêmes aucune activité éducative, mais protègent l’intérêt des enfants, tout comme SOS Éducation », rétorque Me Delsol. « Faudrait-il trouver des baleines dans le bureau du WWF pour lui reconnaître sa mission de protection des espèces animales ? », renchérit Sophie Audugé.

Tout dans l’État, rien hors de l’État, rien contre l’État

Voilà plus de vingt ans que SOS Éducation se donne pour mission de défendre « une école qui instruit, où il n’y a pas la place pour l’idéologie, qui respecte le choix du mode d’instruction des parents et l’autorité de ses professeurs ». En d’autres termes, SOS Éducation défend l’instruction ; seulement, pas celle que vante l’Éducation nationale. C’est là que le bât blesse. Pour son président, le sort réservé à l’association est de mauvais augure : « Ce qui est en jeu ici, c’est bien entendu et avant tout la liberté d’association et la liberté d’expression. C’est une jurisprudence dangereuse, la porte ouverte à la mise à mort arbitraire d’autres associations indépendantes. » De quoi craindre que l’État verrouille sa doctrine éducative, loin de toute contradiction citoyenne.

Ambitionnant un rôle de garde-fou de l’école publique, SOS Éducation se revendique « non partisane, non confessionnelle et à l’écart des syndicats ». Bercy, pour sa part, lui prête un esprit « inspiré ». Comprenez « militant ». Un argument qui laisse perplexe, quand on sait que les associations LGBT ont, elles, pignon sur rue. « Elles sont subventionnées, présentent comme faits scientifiques des théories idéologiques, et interviennent dans les écoles avec le blanc-seing de l’Éducation nationale », déplore Sophie Audugé. Mais SOS Éducation communie à la mauvaise chapelle. Il faut tuer le chien. Alors, le rapport provisoire de la Cour des comptes l’accuse d’avoir la rage, et insinue que l’association jouirait d’un soutien du Rassemblement national. « Effectivement, Marine Le Pen nous a écrit une fois », se souvient Sylvain Marbach… « via son avocat, qui menaçait de nous attaquer pour diffamation ».

L’association, qui dénonce un traitement inédit et une rupture d’équité entre contribuables vis-à-vis de l’impôt, n’est pas seule à avoir soulevé ce lièvre. Dans un référé de décembre 2020, la Cour des comptes elle-même épinglait des pratiques de l’administration fiscale non déclarées au Bofip. Son président, Pierre Moscovici, dénonçait alors cette doctrine d’appréciation des associations dites « à contenu idéologique ». « Elle repose sur des bases juridiques fragiles, laissant une large part à l’appréciation, parfois subjective, de l’administration », avertit le référé. Qu’à cela ne tienne : « les observations de la Cour […] me laissent perplexe », répond Jean Castex.

Éducation nationale : couvrez cette faillite que je ne saurais voir

« Malgré nos désaccords, on a longtemps pu continuer à discuter avec l’Éducation nationale, se souvient Sylvain Marbach. À partir de 2017, c’est autre chose… » SOS Éducation est loin d’être la seule association constatant une rupture du dialogue avec les différents gouvernements de l’ère Macron. « Ils ne s’attaquent pas à SOS Éducation, assure Sophie Audugé, mais à sa clairvoyance évidente depuis vingt ans. » L’effondrement du niveau de l’école publique, nié par ses seuls responsables, lui a donné raison.

Exclue du champ du mécénat depuis août 2020, SOS Éducation a perdu près de 50 % de ses dons en trois ans. Ajoutez à cela 1,6 million d’euros de redressement et d’amende, et c’est la « mise à mort par asphyxie financière », assure Sophie. L’association a été contrainte de fermer ses locaux et de licencier deux tiers de ses effectifs. « On a envisagé de mettre la clé sous la porte, et de léguer ce qui nous reste à une association qui mène le même combat que nous, défendre l’école de Jules Ferry, souffle la déléguée générale… Avant de réaliser qu’il n’y en avait pas. »

Ils ne sont aujourd’hui plus que deux salariés à tenter de défendre ce qu’il reste de la seule association soucieuse de l’enseignement public français. « Si on avait cru en la Justice, on serait morts aujourd’hui, conclut gravement Sylvain Marbach. À moins d’une mobilisation citoyenne, nous ne tiendrons encore qu’un an, maximum ».

mardi 11 octobre 2022

Qu'est-ce qu’une femme ?
(vidéo sous-titrée en français)

Documentaire de Matt Walsh (Daily Wire) qui s'interroge sur la logique de l'idéologie du genre et le mouvement transgenre qui vise de nos jours les femmes et surtout les enfants, à travers cette question qui pourtant semble fondamentale : « Qu’est-ce qu’une femme ? »


France — Malgré un budget de l'éducation publique en hausse constante, l’enseignement privé remporte la mise

Alors que l’école de la République atteint les tréfonds des classements internationaux, l’enseignement privé tire son épingle du jeu grâce à une autonomie et des projets pédagogiques qui séduisent les familles de toutes origines, soucieuses de la réussite de leurs enfants.

Musulmane pratiquante, Dhekra Bedoui a fait le choix du privé pour ses deux garçons. À Aulnay-sous-Bois (93), puis à Choisy-le-Roi (94). « Des environnements pas toujours rassurants, résume-t-elle pudiquement. Je voulais un établissement sérieux, bienveillant, porteur de valeurs. » Lorsqu’elle découvre l’existence des écoles catholiques, elle se demande s’il « faut être chrétien » pour les intégrer. « Mon mari a connu l’école coranique en Tunisie. Il se demandait si c’était pareil, raconte-t-elle. À Saint-André, à Choisy, nous n’avons jamais eu de problèmes liés à nos origines. L’éveil religieux concerne toutes les religions et s’appuie sur la tolérance et l’unicité de Dieu. À la cantine, mes enfants ne mangent pas de porc. Mais s’ils veulent manger hallal, ils le feront ailleurs, ou plus tard. »

Présidente de l’Apel (Association de parents de l’enseignement libre) de son établissement depuis six ans, Dhekra Bedoui constate que Saint-André — qui affiche des frais de scolarité d’environ 250 euros par mois — accueille « de plus en plus de parents musulmans ». « Je dirais 40 %, précise cette chef de projet informatique chez Elior. Ils choisissent cet établissement pour son modèle éducatif et ses résultats au bac. » Son fils aîné est aujourd’hui en deuxième année d’école d’ingénieur.

Des familles musulmanes dans des écoles privées ? Un phénomène aujourd’hui banal, tant le privé est devenu un refuge pour les familles, et ce, quelle que soit leur origine. Il est vrai que l’exemple vient d’en haut. Pap Ndiaye, ministre de l’Éducation nationale, qui a déclaré en septembre vouloir s’attaquer au collège, « l’homme malade du système », ne cache pas avoir enlevé ses enfants du public pour les mettre à l’École alsacienne afin de leur assurer « une scolarité sereine et heureuse ». Avant eux, cet établissement privé laïc parisien a accueilli le ministre Gabriel Attal, la journaliste de France Inter Léa Salamé, l’avocat d’extrême gauche Juan Branco ou encore Élisabeth Badinter.

Davantage d’autonomie

« Il faut être lucide, l’école de la République française n’est plus à la hauteur. » C’est le président Macron lui-même qui en fait le « cruel » constat le 25 août, face aux recteurs réunis pour la rentrée. Évoquant des élèves « malheureux », des parents « anxieux », des professeurs « désabusés », il a appelé ces hauts fonctionnaires de l’Éducation à « l’audace » pour « changer de méthode ». De l’audace, il en faudra, tant la situation est préoccupante pour la France, septième puissance mondiale, mais 23 en lecture parmi les pays de l’OCDE, avec moins de 10 % de très bons lecteurs — un niveau comparable à la République tchèque, au Portugal et à la Belgique. Les taux de réussite au brevet et au bac (96 % au bac général en 2022) ne parviennent plus à leurrer personne.

« L’enseignement public aurait intérêt à s’inspirer du privé », lâche Jean-Paul Brighelli. L’auteur se désole d’avoir eu raison, il y a quinze ans, avec son succès de librairie La Fabrique du crétin, dont le second tome est paru en 2022. « Le privé est souvent conçu en cités scolaires, comme c’était le cas avant dans les lycées publics. Si l’on constate des lacunes en seconde, les professeurs du collège peuvent réagir plus rapidement », ajoute-t-il.

Sur plus de 12 millions d’élèves, près de 17 % sont scolarisés dans l’enseignement privé sous contrat — 97 % l’étant dans l’enseignement catholique. Un « contrat » avec l’État qui rémunère les enseignants, en contrepartie de quoi les établissements doivent se conformer aux programmes officiels. Le fameux « caractère propre », inscrit dans la loi Debré de 1959, leur laisse cependant une marge de liberté. « Le caractère propre, ce n’est pas seulement la catholicité. Ce sont les projets pédagogiques, très variés d’un établissement à un autre, et le fait que l’on sait où l’on met les pieds, explique Frédéric Gautier, actuel directeur de Stanislas à Paris, passé par Saint-Joseph à Reims et Franklin à Paris. Cela procure chez les familles un sentiment d’adhésion et de sécurité. Les élèves ne sont pas affectés par territoire, en fonction d’une carte scolaire, mais par choix. » Et puis il y a « les valeurs ». « Dans l’enseignement public, les valeurs républicaines ne font finalement référence qu’au “vivre-ensemble”. Elles déclinent la lutte contre le racisme, l’antisémitisme, ou encore la transphobie. Dans l’enseignement catholique, nous n’avons pas “une certaine idée” de la personne, mais “une idée certaine” de ce qu’est un homme, une femme, une jeune fille, un jeune garçon. Une conception éclairée par l’Évangile, loin des délires du moment », ajoute-t-il.

Stanislas, qualifié de sexiste [par l’extrême gauche]

Un caractère propre et des valeurs attaquées par l’extrême gauche, bien décidée à relancer la guerre public-privé. En juin dernier, c’est un article de Mediapart [média d’extrême gauche] qui a mis le feu aux poudres, dénonçant Stanislas comme un établissement « sexiste et homophobe », en ciblant notamment ses classes non mixtes, son règlement intérieur qui précise la tenue des élèves (des hauts opaques pour les filles, interdiction de pantalons taille basse, de survêtements, etc.). Ce qui n’a pas fait trembler l’établissement. Dans un communiqué, l’école vieille de plus de deux cents ans a affirmé son « attachement indéfectible à tout l’enseignement de l’Église catholique, même sur les questions qui peuvent susciter l’incompréhension d’une partie de nos contemporains et qui sont parfois ressenties comme un “scandale” ». Dans la foulée, le groupe écologiste Gauche communiste, écologiste et citoyenne (GCEC) en a profité pour demander la suppression des subventions de la région. Une demande rejetée illico par Valérie Pécresse. À la rentrée, le règlement intérieur qui interdit les mangas à Stanislas, mais aussi jeux électroniques et jeux de rôle, a encore fait beaucoup réagir sur les réseaux sociaux.

Toutefois, il faut être lucide, Stanislas est une exception. En réalité, la discipline a beaucoup molli ces dernières années dans le privé. L’uniforme et la non-mixité ont disparu avec les années 1980. « Beaucoup d’écoles catholiques n’ont de catholique que le nom », regrette même Servane, institutrice en retraite dans les Bouches-du-Rhône, qui avait choisi l’école privée par conviction religieuse. « Le collège privé de notre ville ne proposait même pas de pastorale », se souvient-elle. Reste que le privé affiche généralement un règlement intérieur plus strict sur la tenue scolaire, les retards, les absences, le niveau de langage, l’utilisation du téléphone portable, ce qui est apprécié des familles. Caroline*, professeur du public dans le Val-de-Marne, a opté pour le privé en raison de « l’encadrement, des fréquentations, et pour que ses enfants soient tirés vers le haut ». Et surtout, les familles adhèrent au règlement imposé. « Au moment de l’entretien, je l’explique aux familles qui choisissent ou pas d’inscrire leur enfant. C’est la grande différence avec le public où les élèves sont affectés », explique Marie-Astrid Courtoux-Escolle, directrice de Saint-Michel-de-Picpus dans le 12e arrondissement de Paris.

Dans le privé, on travaille plus

Le Covid a aussi exacerbé cette impression que dans le privé « on travaille plus que dans le public ». « Pendant la crise, je voyais bien que les profs de mon fils se contentaient d’envoyer des courriels, alors que les enfants de mes amies, qui étaient dans le privé, suivaient leurs cours sur Zoom », raconte Béatrice, dont le fils était en troisième, en 2020, au collège Chappe dans le 19e, et qui avoue s’être ruinée en cours particuliers afin qu’il puisse suivre une fois au lycée.

Les établissements privés se distinguent aussi par une plus grande souplesse et une « gestion » plus proche du terrain. « Si un prof de maths est absent une semaine, les élèves feront plus de physique et rattraperont les heures de maths la suivante », fait valoir Gilles Demarquet, le président de l’Apel.

Dans le privé, le directeur a davantage de marge de manœuvre. Il recrute lui-même ses enseignants et ses suppléants (l’équivalent des contractuels). La gestion des ressources humaines est aussi plus décentralisée. Là où un enseignant stagiaire du public peut être affecté à l’autre bout de la France, les débutants du privé ont toutes les chances de rester dans leur académie d’origine. « Pour les professeurs des écoles, la gestion est départementale, et pour ceux du collège et du lycée, elle est académique, précise Yann Diraison, adjoint au secrétaire général de l’enseignement catholique. Nous essayons de faire du cousu main. » De fait, sur 2300 lauréats au concours du second degré, seuls 33 ne sont pas affectés dans l’académie de leur choix. « Les salaires sont les mêmes. Mais la grosse différence est que j’ai la liberté de choisir les enseignants, qui eux aussi peuvent nous choisir. Cela change tout en termes de bien-être, de motivation, d’ambiance dans l’équipe, explique Marie-Astrid Courtoux-Escolle. Ils ne sont pas envoyés loin de chez eux. Il y a des établissements compliqués aussi dans l’enseignement catholique, mais l’enseignant n’est pas déraciné. » D’ailleurs, le dernier bilan social de l’Éducation nationale (2020-2021) montre que les enseignants du privé sont moins en arrêt maladie que leurs homologues du public (près de 5 points de différence dans le second degré).

Des professeurs choisis

Des atouts déterminants à l’heure où « le plus beau métier du monde » souffre d’une grave crise d’attractivité. Une crise à laquelle le privé n’échappe pas. Tout en réussissant, jusqu’alors, à sauver les meubles. « Il y a quinze ans, nous comptions sept candidats au concours de professeurs des écoles pour un poste. Aujourd’hui, nous sommes à 2,8 », explique Yann Diraison. Reste que, depuis 2018, la totalité ou presque des postes proposés sont pourvus. Là où dans le public 75,7 % ne l’ont pas été en 2022, contre 92 % en 2016. « Au-delà de la question du salaire (1800 euros net mensuels pour un enseignant débutant, après l’année de stage rémunérée à 1400 euros, NDLR), nous voulons une affectation digne », répète Loïc, qui a enseigné pendant vingt ans dans le public, en lycée professionnel.

Après avoir obtenu brillamment le Capes de lettres, pour enseigner en lycée général, le voilà aujourd’hui contraint de faire son année de stage à Rennes, où il a passé le concours — « C’est une circulaire qui le dit ! », explique-t-il —, alors qu’il vit à Bordeaux, avec sa femme, magistrate, et son fils. Il fera donc des allers-retours. À ses frais. Alors même que l’académie de Rennes, parmi les plus attractives de France, ne souffre pas de la pénurie de professeurs, comme celles de Créteil ou de Versailles, où des « job dating » [entretiens d’embauche minute/rencontres express] ont été organisés à l’été, pour recruter des contractuels.

Les professeurs sont-ils « meilleurs » dans le privé que dans le public ? A priori, peu de différences. Ils ont le même niveau de formation, passent des concours comparables et touchent le même salaire. La proportion de contractuels y est même supérieure : 30 % des enseignants de collèges et lycées, contre 8 à 9 % dans le public. « Quand les jeunes enseignants, diplômés bac + 5, arrivent à la Goutte-d’Or, ils tombent de haut, qu’ils enseignent dans le privé ou le public », résume Isabelle, au rectorat de Paris, qui fait passer les oraux de concours aux deux populations. »

Et la pédagogie ? Là encore, pas de fossé criant entre les deux mondes, le « pédagogisme » à l’œuvre depuis les années 1970 ayant infusé partout. Mais dans le monde du privé sous contrat, on trouve des projets bien différents. « Dans le public, j’entends souvent la formule “la pédagogie que l’on défend”, explique Baptiste Jacomino, adjoint au directeur diocésain de Paris. De la tradition jésuite à Montessori, il y a chez nous DES pédagogies. Mon travail consiste à encourager les établissements à aller au bout de leurs projets. » À Stanislas, établissement d’excellence, où 70 % des bacheliers font une prépa et 20 % intègrent médecine, on considère « qu’apprendre par cœur reste la meilleure manière d’apprendre, explique son directeur, Frédéric Gautier. Nous nous appuyons sur une tradition pédagogique ancienne, qui a fait ses preuves. Dans une époque de fragilité, cette approche classique est rassurante pour les familles. »

Les investisseurs en embuscade

Toutefois, beaucoup pensent que le privé sous contrat n’en fait pas assez et suit trop la pédagogie et les valeurs Éducation nationale. « Si c’était à refaire, je mettrais mes enfants dans le privé hors contrat », déclare Caroline, enseignante dans le Val-de-Marne, qui a mis ses trois enfants dans le privé sous contrat avec des allers-retours dans le public. Ces dernières années, le petit monde du hors contrat (0,7 % des élèves y sont scolarisés) connaît une croissance significative. Ses quelque 1700 établissements ne sont pas tenus au cadre Éducation nationale, même s’ils sont soumis à des contrôles de l’État, de plus en plus fréquents depuis la loi contre le séparatisme d’août 2021. Cette année, 172 établissements hors contrat ont ouvert, selon l’association Créer son école. « Contrairement aux idées reçues, 82 % des écoles indépendantes sont aconfessionnelles », relève Anne Coffinier, sa présidente. À leurs côtés, 11 % d’établissements catholiques, 5 % musulmans, 1 % juifs et 1 % protestants. « Les créations, en cette année 2022, montrent que les écoles sont en harmonie avec l’évolution de la société, ajoute Anne Coffinier. On trouve beaucoup d’établissements spécialisés — des troubles de l’apprentissage au sport de haut niveau —, ainsi qu’un fort ancrage à la nature, avec des “forest schools” [c’est la France !, l’école en forêt au Québec]. Mais la tendance de fond, c’est l’ouverture croissante d’écoles bilingues. »

Et la dégringolade du système français aiguise les appétits des fonds de pension américains. Le groupe Globeducate, propriété du fonds d’investissement américain Providence, possède ainsi une dizaine d’établissements en France, dont le Cours Hattemer, Mougins British International School dans le Var, mais aussi les EIB (Écoles internationales bilingues à Paris), des écoles bilingues privées sous contrat réputées, qui se développent à vitesse grand V dans la capitale. Dans ce paysage, le bac français cède du terrain. De plus en plus d’écoles privées proposent à leurs élèves de passer le bac américain, avec une préparation qui débute dès la troisième, à raison de 1250 euros par an. Les organismes privés, eux, créent à tour de bras des certificats en orthographe, en maths, en physique, en anglais, sortes de badges de compétences que les jeunes peuvent exhiber dans leur dossier scolaire à défaut de diplôme reconnu. Nulle crainte que le bac enterré soit rapidement remplacé.

* Les prénoms ont été changés à la demande des intéressés.


Source : Le Figaro

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dimanche 9 octobre 2022

Le Conseil de l'Europe songe à interdire le « temps mort » (File dans ta chambre ! Dans le coin !)

Après avoir recommandé ce « châtiment non violent » envers les enfants pendant quinze ans, le Conseil de l’Europe réfléchit à le déconseiller.

Le Conseil de l’Europe, cette grosse machine productrice de normes, de chartes et de conventions, dispose d’un service parentalité. Qui prescrit des normes, des chartes et des conventions destinées à combattre les violences dans l’éducation. D’après nos informations, ce service est sur le point de produire une nouvelle norme. Alerté par des associations, dont Stop VEO (violences éducatives ordinaires), il songe à réviser sa posture au sujet du « temps mort ».

Le « temps mort », est la punition classique connue via la formulation qui l’ordonne : « File dans ta chambre ! ». La mise au coin en est une variante. « C’est sans doute la punition la plus vieille du monde », résume le pédopsychiatre Maurice Berger.


Cette méthode d’éducation garde de fervents défenseurs à l’image de Caroline Goldman, auteur de « File dans ta chambre » en 2020. Cette psychologue pour enfants et adolescents estime que la mise à l’écart temporaire d’un enfant hors de l’espace commun est la solution pour éduquer un enfant sans violence et sans laxisme. Dans le balado « Établir les limites éducatives », elle rappelle dans le même temps qu’un enfant a besoin de limites pour grandir.

Fessée, gifle, tape sont désormais interdites en France pour punir un enfant. Or 33 % des parents l’ignorent, selon un sondage réalisé en France par Mpedia auprès de 1300 parents en 2021. 85 % des parents interrogés estiment qu’il est difficile, voire impossible d’élever un enfant sans crier.

Alors, quelle attitude adopter face à son enfant si l’envoyer dans sa chambre pour se calmer n’est plus la bonne solution ? Le Conseil de l’Europe est en train d’y travailler.

Sources : la Dépêche et le Figaro


L’Algérie mène la chasse à la langue française

Fronton de l’université d’Alger (fondée par les Français en 1909) désormais en arabe et en anglais

Depuis cette rentrée, le gouvernement a imposé l’apprentissage de l’anglais dès le primaire, où la mise en concurrence avec le français va évidemment se faire au détriment de « la langue de la colonisation », alors que l’épuration est entamée depuis plusieurs années dans les administrations.

« En Algérie, l’arabe et le français n’arrivent plus à cohabiter. » À quelques mois de la retraite, Khaoula Taleb Ibrahimi, qui a passé sa carrière à former de jeunes Algériens aux sciences du langage à l’université d’Alger, a bien du mal à cacher sa tristesse. Ses étudiants de première année, qui autrefois savaient écrire et parler en français, « ne savent même plus former les caractères latins », constate l’éminente linguiste. « Au cours de leur scolarité, une grande partie d’entre eux n’ont été en contact avec aucune langue étrangère. »

Et pourtant. En Algérie, le français est inscrit au programme en troisième année de primaire (l’équivalent du CE2). Mais face à la raréfaction des instituteurs formés à une telle mission, il a progressivement disparu des emplois du temps.

Le 30 juillet, le président de la République, Abdelmadjid Tebboune, a décidé de l’achever en décidant que l’anglais serait obligatoire dès la rentrée en troisième année, à raison d’une heure et demie hebdomadaire, au même titre que le français. « La langue française est un “butin de guerre”, mais l’anglais est une langue internationale », a-t-il justifié en faisant référence à l’expression d’un des pères de la littérature algérienne, Kateb Yacine.

Pour Charif Ben Boulaïd, petit-fils de Mostefa Ben Boulaïd, un des six « chefs historiques » du FLN, résistants algériens à l’origine de la guerre d’indépendance, cette décision est « historique ». Enseignant-chercheur en langue anglaise — il a participé à l’élaboration de la stratégie linguistique et la diffusion du projet de l’anglais en Algérie —, il rappelle sur son mur Facebook que cette introduction de l’anglais à l’école est le « fruit d’un travail de longue haleine initié [lancé/débuté] dans les années 1990 ».

La résistance des écoles privées

Si la mise en concurrence du français et de l’anglais prend cet automne une nouvelle tournure, des signaux forts avaient été envoyés ces dernières années par les politiques. En 2019, le ministre de l’Enseignement supérieur, Tayeb Bouzid, décrétant que le français « ne mène nulle part », décida, pour attirer les étudiants étrangers en Algérie, que l’anglais devait « remplacer le français ». Une note avait été adressée aux recteurs d’université pour que les en-têtes des documents administratifs soient écrits en arabe et en anglais.

En octobre 2021, après une crise diplomatique provoquée par les propos d’Emmanuel Macron qui s’était notamment interrogé sur l’existence « d’une nation algérienne avant la colonisation française », le ministère de la Jeunesse et des Sports et celui de la Formation professionnelle avaient ordonné à leurs services d’utiliser l’arabe dans leurs correspondances et d’en bannir le français.

L’onde de choc s’était même propagée dans les écoles privées, où sont dispensés à la fois le programme algérien et le programme français dans une spécificité algérienne que l’on appelle « le double programme ». Les enfants étudient sur les mêmes livres que ceux adoptés dans le système éducatif français, mais leurs notes, dans les matières françaises, ne sont pas reportées sur le bulletin.

« Un soir, mon fils de 8 ans est rentré de l’école complètement paniqué. Il m’a dit, au bord des larmes : “Maman, la maîtresse nous a dit de ne pas amener notre livre de français demain et qu’elle nous punirait si elle le trouvait dans notre sac !” », raconte une mère dont l’enfant est scolarisé dans une des écoles privées de la capitale, à ce moment-là menacée d’une inspection.

Si en pratique les autorités tolèrent que le double programme soit enseigné, certains établissements ont pris des précautions en ouvrant des centres consacrés à l’étude des langues, qui échappent aux contraintes réglementaires des écoles. Le matin, les élèves suivent le programme algérien dans l’école principale et, l’après-midi, passent de l’autre côté de la rue pour suivre le programme français, à l’abri dans l’annexe consacrée aux langues.

« Est-ce que vous imaginez un peu les dégâts sur le cerveau des enfants ? », s’emporte Khaoula Taleb Ibrahimi, tout en comprenant « les stratégies développées par les parents ». Car c’est à l’initiative de parents d’élèves que les écoles privées ont vu le jour à fin des années 1990, rappelle-t-elle. « La société n’est pas inerte ! Voyant que l’école publique algérienne perdait pied, ils ont voulu créer des écoles qui permettent d’assurer un avenir à leurs enfants. » En clair : de maîtriser le français pour pouvoir suivre des études scientifiques dans une université algérienne (le cursus de médecine, par exemple, se fait en français) ou… de l’autre côté de la Méditerranée.

Certes, les écoles privées sont minoritaires dans l’ensemble du système éducatif algérien, réservées aussi à une classe moyenne qui a les moyens de payer chaque mois environ 150 euros par enfant (en Algérie, le salaire minimum est de 127 euros), « mais on voit aussi des parents dont les enfants sont scolarisés dans le système public inscrire leur progéniture au CNED (le Centre français d’enseignement à distance, NDLR) ou se saigner pour leur proposer des cours particuliers en français, note Khaoula Taleb Ibrahimi. Y compris chez les arabisants nationalistes pour lesquels l’arabe a une profondeur historique. Ce ne sont pas eux qui récusent le français, mais plutôt les islamistes, qui font le choix de l’anglais ».

Du côté des Français, où l’on a bien pris conscience de cette perte d’influence, on recadre d’abord le débat : cette remise en question de la langue « est une problématique propre aux pays du Maghreb ». Les pays du Golfe, à l’opposé, « cherchant à diversifier leurs partenaires, expriment une réelle demande pour le français et l’expertise culturelle française », explique un responsable de la diplomatie culturelle.

Ensuite, on rappelle quelques faits. En 2021, Campus France, la structure par laquelle passent les bacheliers qui veulent partir faire des études en France, a enregistré quelque 50 000 dossiers algériens, un record. En France, les Algériens représentent le deuxième vivier d’étudiants derrière les Marocains. Aucun pays ne propose par ailleurs aux Algériens une offre de bourses, de coopération ou de résidences artistiques aussi importante que la France.

« L’attrait pour la France et le français reste important. Mais, même si nos cours sont complets, on doit sans cesse se questionner pour proposer une offre de cours moderne, plus ludique pour la jeunesse, et contrer ce discours selon lequel le français est une “langue du passé”, “des romans d’amour”, comme on peut le lire sur les réseaux sociaux, explique ce responsable. À nous de mieux communiquer pour montrer que le français est, comme l’anglais, une langue scientifique et de la recherche, la langue de Victor Hugo, mais aussi celle de l’intelligence artificielle. »

Logique de guerre des langues

Face à la force de diffusion de l’anglais, les Français doivent comprendre qu’en Algérie, la guerre déclarée au français « a toujours eu une dimension politique », souligne Khaoula Taleb Ibrahimi. Lors de la visite d’Emmanuel Macron en août, les présentations des pupitres de la conférence de presse conjointe avec le président Tebboune étaient écrites… en anglais et en arabe. Lors de sa rencontre avec les startuppeurs, c’est aussi en anglais que certaines questions ont été posées au chef de l’état français.

Macron, le 25 août 2022 à Alger avec un lutrin d’où le français était banni
 

« Dès l’indépendance, en 1962, les élites arabisantes se sont rendu compte que les élites francophones avaient pris le pouvoir », raconte la linguiste. L’arabisation imposée dans les années 1970 fut une façon de se réapproprier cette identité algérienne « spoliée » par la colonisation.  [La colonisation arabe a largement effacé le berbère, langue autochtone du Maghreb, alors que le latin (surtout urbain) a été éliminé en quelques siècles d'arabisation. Cette arabisation a été renforcée depuis le départ des Français.]  « Je crains d’ailleurs que l’enseignement de l’anglais se fasse comme celui de l’arabe dans les années 1970, à la hussarde », poursuit-elle.

Des syndicats de l’éducation et des pédagogues ont déjà protesté, dénonçant « une précipitation », affirmant que « l’école n’est pas prête », que les enseignants « ne sont pas assez nombreux » et « pas assez formés » pour enseigner l’anglais, et qu’il aurait fallu « une année de réflexion » pour que la cohabitation avec les autres langues enseignées au primaire se passe bien.

« En 2021-2022, la filière compte plus de 8200 licenciés et 4 400 diplômés en master, et 425 diplômés sont sortis de l’école normale supérieure (qui forme les enseignants). Le nombre d’enseignants ne constitue aucunement un souci. Quant à l’accompagnement pédagogique, les outils numériques peuvent assurer cela », note Charif Ben Boulaïd.

« Le problème n’est pas d’introduire l’anglais, mais la façon dont c’est fait, dans une logique de guerre des langues, dans un pays où la question linguistique est le creuset de toutes les batailles idéologiques depuis les années 1960 », analyse l’écrivain algérien francophone Adlène Meddi, qui se souvient qu’à école, dans les années 1980, « il était mal vu de maîtriser le français, la langue du dominant, c’est-à-dire des classes sociales algériennes supérieures ». Ce n’est d’ailleurs pas un hasard si les Algériens qui ont entre 20 et 30 ans aujourd’hui sont très anglophones. « Ces jeunes, qui ont été exclus des cercles francophones des centres urbains ont, avec la généralisation d’internet, trouvé une revanche dans l’anglais pour se former, animer des clubs de lecture, créer de jeunes startups, se projeter ailleurs qu’en France, etc. », poursuit l’auteur.

« Dans le fond, nous n’avons pas su construire une intelligentsia nationale qui prenne en compte la diversité du pays, ce qui inclut la langue coloniale. L’aliénation est telle que la seule solution pour couper, c’est d’éradiquer. On ne comprend pas qu’entrer dans la modernité n’implique pas de gommer ce passé qui fait aussi ce que nous sommes, conclut Khaoula Taleb Ibrahimi. Or, le français est présent dans l’humus social, nous ne pouvons pas l’éradiquer, quand bien même certains le voudraient. »

Source : Le Figaro

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Le refus de la propagande à l'école devrait aussi être la règle au Québec, c'est très très loin d'être le cas.

Un petit bémol sur les classements internationaux comme PISA : ils n'évaluent pas la culture générale, ni la faculté de rédiger des textes un peu longs. Voir notamment : PISA évaluerait-il plus l'intelligence que les acquis ?

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samedi 8 octobre 2022

Faute la plus fréquente parmi les étudiants à universités : des « s » oubliés

Même si la règle est enseignée depuis le début du primaire, oublier d’ajouter un « s » au pluriel est la faute d’orthographe la plus fréquente dans les textes d’étudiants universitaires québécois.

C’est la conclusion étonnante pour certains à laquelle est parvenue Mireille Elchacar, professeure de linguistique à l’Université TÉLUQ, après avoir réalisé une étude sur la question. Pour ce carnet, c’est peut-être simplement parce que le « s » du pluriel serait le signe « grammatical » muet le plus fréquent en français (bien plus que l’accord du participe passé qui n'est qu'un cas particulier, la distinction entre participé et infinitif ou encore les homophones du type c’est/ses/sait/s’est).

« Au Québec, on parle souvent des fautes, des anglicismes, mais on n’avait pas de portrait des erreurs que les étudiants font en réalité », a-t-elle expliqué au Journal de Québec.

Pour en avoir le cœur net, Mme Elchacar (ci-contre) a analysé 400 textes, d’environ 150 à 200 mots chacun, provenant d’étudiants inscrits à un cours de maîtrise du français écrit. 

Ce cours regroupe des étudiants faibles en français, qui ont besoin d’une mise à niveau, mais aussi d’autres étudiants inscrits dans des programmes de révision de textes ou de perfectionnement en français qui peuvent aussi être très bons, précise la chercheuse.

Les plus fréquentes

L’exercice permet de démontrer que les erreurs qui reviennent le plus souvent à l’écrit sont les fautes d’orthographe. Parmi celles-ci, l’accord en nombre se retrouve en tête.

« J’ai été surprise, je pensais que les fautes seraient plus en lien avec la complexité des règles comme l’accord du participe passé », qui arrive toutefois au deuxième rang, indique Mme Elchacar.

Il s’agit d’erreurs qui « persistent » même si les étudiants avaient accès à un logiciel de correction pour rédiger ce texte. « [Ils] connaissent la règle, mais ils oublient de l’appliquer parce qu’on ne prononce pas ce “s” à l’oral. Lorsqu’on écrit, on se concentre sur le fond et ensuite il faut se relire pour la forme. Parfois, on oublie de faire cette relecture », explique la linguiste.

La majorité des phrases étaient toutefois « très bien construites » et en général, il n’y avait « pas tant de fautes que ça », précise-t-elle.

En moyenne, on en comptait 4,7 par texte, mais ce nombre n’est pas vraiment représentatif puisqu’il varie grandement d’une copie à l’autre, souligne Mme Elchacar.

14 pages de règles

Les participes passés donnent aussi du fil à retordre aux étudiants, ce qui est toutefois moins étonnant considérant leur complexité, ajoute la linguiste. « Les règles d’accord du participe passé, avec toutes les exceptions et les cas particuliers, font 14 pages dans le Grevisse », lance-t-elle à propos de cette grammaire réputée. [En fait, il s’agit de pages de règles, d’explications, de considérations historiques et d’exemples. L’emploi de la majuscule fait 20 pages dans notre Grevisse §§96 à 100, de la page 104 à la moitié de la page 124.]

Une des 14 pages de « règles » en question, comme on peut le voir il s’agit d’exemples, de notes historiques, de remarques sur l’artificialité passable de la règle avec l’auxiliaire avoir, etc.

Cette étude permet aussi de montrer que la réforme qui vise à simplifier l’accord des participes passés « cible réellement un problème dans l’orthographe », puisque ces accords « génèrent vraiment beaucoup de fautes », ajoute-t-elle.

L’an passé, l’Association québécoise des professeurs de français s’est notamment prononcée en faveur de ces modifications, qui sont toutefois loin de faire l’unanimité. Mme Elchacar est aussi favorable à cette réforme qui ne représenterait « pas du tout » un nivellement par le bas, comme l’affirment ses détracteurs.

« Notre système orthographique […] comporte beaucoup trop d’erreurs et d’irrégularités », affirme la linguiste. L’espagnol et l’allemand ont subi plusieurs rectifications au fil des ans alors que les règles entourant le français sont restées figées dans le temps, souligne-t-elle.

« En espagnol, on peut maintenant passer beaucoup plus de temps à apprendre des choses fondamentales, comme […] apprendre à mieux argumenter, alors qu’en français, on passe encore un nombre d’heures incroyable à maîtriser l’orthographe », déplore-t-elle.

Les fautes de français des étudiants universitaires québécois

  • Orthographe : 69 %
  • Ponctuation : 12 %
  • Anglicismes : 9 %
  • Vocabulaire : 2 %

L’accord en nombre (26 %)

Ex. :

Les efforts nécessaire (nécessaires)
Mon diplôme d’études secondaire (secondaires)

L’accord des participes passés (20 %)

Ex. :

Toutes les règles de grammaire que j’ai appris (apprises)
Je suis très heureuse de rédigée ce texte (rédiger)

Source : Étude réalisée par Mireille Elchacar, professeure de linguistique à l’Université TÉLUQ, à partir de 400 textes d’étudiants universitaires québécois (via Journal de Québec)


vendredi 7 octobre 2022

Canada — Trudeau envisage de régulariser près d'un demi-million d'immigrants illégaux

Près d’un demi-million de travailleurs sans statut (légal) pourraient obtenir leur résidence permanente, a appris Radio-Canada. Du jamais-vu dans l’histoire du pays.

Un programme massif de régularisation, le plus important dans l’histoire du Canada, pourrait prochainement voir le jour. Selon les informations obtenues par Radio-Canada, le gouvernement de Justin Trudeau a entrepris, au cours des dernières semaines, des démarches poussées auprès de plusieurs organismes pour dessiner les contours d’un tel programme.

« On explore et on regarde ce qu’on pourrait mettre en place », confie une source gouvernementale, qui n’est pas autorisée à s’exprimer publiquement. « On regarde les façons de régulariser des personnes qui vivent au Canada avec un statut précaire. », d’ajouter cette source gouvernementale.

Ottawa envisage de régulariser des dizaines de milliers de personnes sans statut légal. On parle potentiellement d’environ 500 000 personnes, reprend cette source gouvernementale.

Plusieurs acteurs du milieu de l’immigration ont confirmé ces informations à Radio-Canada et avoir confié avoir, depuis cet été, des discussions avec des représentants d’Immigration Canada.

Plusieurs manifestations ont été organisées depuis le début de la pandémie, dans plusieurs villes canadiennes, pour demander la régularisation des migrants sans statut légal.

Ni les travailleurs temporaires ni les demandeurs d’asile

Les critères d’accès à ce futur programme de régularisation sont encore méconnus. Aucune date de lancement ne circule non plus.

« On a été jaugé, on est au courant, mais le programme n’est pas encore ficelé », explique Hady Anne, responsable de Solidarité sans frontière.

 

À ce jour, ni les travailleurs temporaires ni les demandeurs d’asile ne seraient concernés par ce programme. Ni, donc, les dizaines de milliers d’immigrants illégaux (Radio-Canada parle uniquement de « familles » c’est plus douillet, plus sympa) arrivées récemment au chemin Roxham, dont l’étude du dossier est toujours en cours.

On parle plutôt des sans-papiers et des travailleurs qui ont vu leur permis ou visa expirer dans les dernières années, ou des personnes dont le statut de réfugié a été refusé, qui sont bloquées au Canada en raison d’un moratoire. Bref, des gens qui ne sont plus légalement au Canada.

En réalité, cette volonté du gouvernement Trudeau n’est pas une totale surprise.

Cette idée, passée totalement inaperçue jusqu’ici, figure dans la lettre de mandat du Premier ministre envoyée, en décembre dernier, au ministre de l’Immigration, Sean Fraser.

Dans ce document, il est demandé au ministre de « poursuivre l’exploration de moyens de régulariser le statut des travailleurs sans-papiers qui contribuent aux communautés canadiennes ».

Interpellé par Radio-Canada, le cabinet du ministre Fraser confirme de telles avancées et assure qu’Immigration Canada est en contact depuis « tout récemment » avec « des spécialistes universitaires et des intervenants de l’industrie ». « Le travail à exécuter pour mener à bien ce mandat est en cours », de préciser Rémi Larivière, porte-parole d’Immigration Canada.

Immigration Canada « continuera d’envisager de nouvelles avenues afin d’aider davantage d’étrangers qui habitent actuellement au Canada à s’y établir de façon permanente », précise Rémi Larivière, en rappelant les « politiques audacieuses et innovatrices » du gouvernement libéral.

Québec refuse de se prononcer

En coulisses, une question revient sans cesse : cet important programme de régularisation visera-t-il les sans-papiers du Québec ? En raison de l’Accord en immigration signé entre le Canada et le Québec, le gouvernement du Québec a son mot à dire.

Selon plusieurs personnes sondées par Radio-Canada, l’optimisme ne règne pas. « On craint que Québec aille compliquer les choses », affirme Hady Anne, de l’organisme d’extrême gauche Solidarité sans frontière, en pointant la régularisation des anges gardiens, durant la pandémie.

Ce programme, lancé fin 2020, a été réservé aux demandeurs d’asile qui ont donné des soins de santé aux personnes touchées par la COVID-19 dans les établissements de santé. Devant la volonté d’Ottawa d’élargir cet accès exceptionnel, Québec a refusé d’aller plus loin. Au printemps 2021, le gouvernement Legault s’est fermement opposé à l’accélération de l’obtention de la résidence permanente, proposée par le fédéral, pour des dizaines de milliers de travailleurs temporaires et étudiants étrangers. 

Un programme « ambitieux » selon les partisans de celui-ci

Tout en applaudissant cette idée fédérale, l’avocate Lisa Middlemiss craint une certaine jalousie provenant « des personnes qui sont là légalement au Canada ». De nombreux immigrants, travailleurs temporaires, connaissent actuellement des « obstacles » et « de longs délais pour obtenir leur résidence permanente », rappelle la présidente de la section du droit de l’immigration de l’Association du Barreau canadien. 

Le gouvernement libéral de Justin Trudeau, de son côté, menace de « continuer à soutenir les programmes d’immigration inclusifs qui [répondraient] aux besoins économiques du Canada et qui [alimenteraient] notre croissance ». L’immigration de masse n’alimente pas la croissance par habitant ni du Canada ni du Québec (voir notamment L’économiste Pierre Fortin : non, le Québec n’a pas besoin de 80 000 immigrants par an).

Voir aussi

Canada — Faire passer l’immigration de 300 000 personnes par an à un million

L’initiative du Siècle (dont un des cofondateurs est Dominic Barton, actuellement ambassadeur du Canada en Chine populaire). En anglais uniquement.

Le patronat québécois reprend de plus belle sa campagne en faveur de l’immigration massive : 64 000 par année au Québec ! (1er avril 2021, ce n’est hélas pas un poisson d’avril)

Et si la diversité diminuait la confiance ?  

L’Institut Fraser : la politique migratoire actuelle coûterait près de 20 milliards par année au Canada [2011]

Les immigrés coûtent de plus en plus cher au Canada : ils coûtent plus de 16 [jusqu’à 23] milliards de dollars par an aux contribuables [2012]

« Le français hors Québec ? C’est terminé. » Sauvons les meubles…

Sondage [fin 2020] — Seuls 17 % des Canadiens interrogés d’accord avec l’importation de 1,2 million d’immigrants en 3 ans

La « diversité » ou la tarte à la crème

Un Québec de plus en plus divers, est-ce vraiment une bonne chose ? 

« Trop de diversité sape les fondements de la solidarité » 

Étude — Baisse de « solidarité » corrélée à l’augmentation du nombre d’étrangers

Multiculturalisme, « hybridation », « métissage culturel », une nouvelle illusion théorique dans les sciences sociales 

L’immigration, le remède imaginaire 

Des personnes ayant la nationalité américaine réclament le statut de réfugié au Canada

Afflux renouvelé de réfugiés au Québec et impact sur le réseau scolaire déjà en sous-effectif  

Crise du logement : le tabou des seuils d’immigration trop élevés

Humour — désolé d’être là 

Les ⅔ des Québécois contre une hausse du nombre d’immigrants 

Immigration de masse : le Canada connaît la plus forte croissance démographique du G7

L’augmentation de l’immigration a amplifié la crise du logement

L’État-providence : une pompe aspirante pour tous les immigrants « illégaux »

France — Les catholiques et les droites (m à j)

Recension de l’ouvrage dans le Figaro Histoire 

La droite du Père ? Sous cette appellation, une trentaine d’auteurs explorent les relations des catholiques français avec les droites entre 1945 et aujourd’hui. 

L’ouvrage suit un ordre chronologique et thématique, avec à la fin de chaque chapitre le portait d’un protagoniste (Jacques Barrot, Jean Ousset ou Chantal Delsol, par exemple).

Passons sur les erreurs matérielles (né en 1944, Jacques Trémolet est présenté comme l’avocat du maréchal Pétain) ou sur les jugements à l’emporte-pièce (l’intellectuel Jean Madiran assimilé au complotisme).

Si ce volume regorge d’informations, ses biais méthodologiques interrogent parfois en ce qu’ils laissent dans l’ombre des pans du catholicisme de droite actuel (les universités et les actes de Renaissance catholique ou le monde des écoles hors contrat complètement ignorés, par exemple, le traditionalisme traité avec désinvolture). Étonnant.

 


Entretien dans La Nef, 3/X/2022

Florian Michel (FM) et Yann Raison du Cleuziou (YRC) ont dirigé un ouvrage : À la droite du Père. Les catholiques et les droites de 1945 à nos jours. Ils nous parlent ici de ce livre appelé à devenir une référence.

— Quel était votre objectif en vous lançant dans ce travail important ?

Florian Michel – Le volume, qui rassemble les contributions d’une trentaine d’auteurs, examine les liens depuis le sortir de la Seconde Guerre mondiale entre les droites et les catholiques. Il offre de ce fait une large fresque sur presque huit décennies de l’histoire de France. L’objectif était de restaurer la complexité de ce segment du paysage politique, d’en étudier la vitalité, les expressions, les idées, les combats, mais aussi les silences et les épuisements. Les termes du titre — les catholiques et les droites — sont au pluriel pour inclure à la fois les droites de gouvernement et les droites extrêmes, les catholiques de centre droit — les « modérés » qui transigent avec la modernité — et les catholiques plus conservateurs, voire réactionnaires ou contre-révolutionnaires.

— En quoi le volume publié comble-t-il un manque ?

FM – Le point de départ du projet est un constat : émiettement de la bibliographie, avec des études poussées sur des sujets circonscrits, et absence d’une synthèse qui couvrirait le spectre politique depuis le centre jusqu’aux marges. Une vaste synthèse existait pour les « cathos de gauche », avec le volume À la gauche du Christ. Les chrétiens de gauche en France de 1945 à nos jours (Seuil, 2012), alors même que les catholiques de gauche sont minoritaires au sein des gauches et dans l’Église. Nous avons voulu proposer la part complémentaire de ces analyses : la droite du Père. Il fallait pour commencer revenir sur un point aveugle de l’étude classique de René Rémond, qui avait — avec soin — esquivé le sujet, alors même que son ouvrage, La droite en France, paru en 1954, soulignait le lien étroit entre les droites et les catholiques. René Rémond était alors convaincu que les « droites catholiques » étaient un objet historique en phase terminale, en train, pour ainsi dire, de sortir de l’histoire. La suite de l’histoire montre au contraire qu’il n’en était rien.

— Que conclut votre étude sur la « proximité naturelle » entre droite et catholicisme, et que doit cette proximité à la Révolution ?

FM – Cette proximité entre droite et catholicisme, que René Rémond n’avait pas souhaitée préciser, est en fait à la fois un angle mort et une image d’Épinal, qui se traduit dans le langage en des formules quasi proverbiales : l’alliance du trône et de l’autel, du sabre et du goupillon, de l’autel et du coffre-fort, etc. Depuis la Révolution française, il est établi que la droite, le parti du Roi et de l’ordre, et le catholicisme ont formé un ménage inégal, mais stable, uni pour le meilleur et pour le pire, aux heures sombres et aux heures de gloire, traversant ensemble les bouleversements de l’histoire de France.

Cette proximité naturelle entre droite et catholicisme a été contestée par la voix singulière du sociologue Émile Poulat, qui avait ainsi retracé l’opposition au XIXe siècle entre l’Église et la bourgeoisie dans un livre fameux (1977), et qui, résumant des années de recherche, écrivait : « Pour le catholicisme, la distinction classique droite-gauche n’est pas pertinente. […] Il a conscience d’être pris dans un jeu triangulaire où il représente l’offre d’une troisième voie. » L’hypothèse d’Émile Poulat valait avant tout pour les pays autres que la France — l’Allemagne, l’Italie, la Belgique, etc. — où le processus révolutionnaire a été moins violent et où un « bloc catholique », associant un parti politique et un syndicat, a pu effectivement se constituer. Pour la France, du point de vue des électeurs, et non pas du point de vue du catholicisme pris en soi, abstraitement considéré, cette troisième voie catholique, celle du « ni droite ni gauche », a surtout été une hypothèse intellectuelle ou pastorale — pas de politique dans la maison de Dieu ! —, alors même que selon les élections une proportion stable, entre 70 et 75 % des catholiques pratiquants, ne cesse de voter pour les partis des droites. La « proximité naturelle » entre les droites et les catholiques a été également dénoncée en France par les partis de gauche, de la SFIO au PCF, en ce qu’elle ruinait par avance le schéma de la « lutte des classes » : le petit paysan catholique ou la postière catholique avaient plus d’affinités culturelles et politiques avec les droites qu’avec les partis de la Révolution.

— Comment la hiérarchie catholique française a-t-elle évolué depuis 1945 dans son rapport à la politique en général ?

FM – Pour les évêques français, la leçon de la Seconde Guerre mondiale est celle de la prudence en matière politique. En 1944, le chrétien-démocrate Étienne Gilson écrivait par exemple : « Je ne demande pas la tête de nos cardinaux, mais je souhaite qu’on leur fasse une belle peur, si épouvantable même que leurs successeurs se souviennent une fois pour toutes de ne pas se mêler de politique, fût-ce pour nous dire qui est le chef légitime de l’État. » Le positionnement des évêques dans le domaine de la politique partisane suscite par définition l’irritation non seulement des pouvoirs publics — cela est minime — mais plus profondément la division des fidèles légitimement partagés entre les diverses sensibilités et options. Pour les évêques, après 1945, on observe tout à la fois — selon les moments — un désir de neutralité, puisque « l’unité de l’Église transcende la division politique de ses membres », comme l’explique Mgr Haubtmann, recteur de la « catho de Paris » en 1971, mais aussi la volonté, un peu maladroite parfois, de se tenir à l’écart de « Matignon » et de « l’Élysée », l’obligation de négocier avec quelques ministres ou, en sens contraire, de sembler organiser la riposte, comme Mgr Lustiger en 1984 au sujet de la bataille scolaire. Le texte crucial sur ce point, adopté par les évêques à Lourdes en octobre 1972, a pour titre « Pour une pratique chrétienne de la politique ». La subtilité est dans l’adjectivation : il n’y a pas de « politique chrétienne » ; il y a en revanche une « pratique chrétienne » de la politique, ce qui en interne validait le pluralisme des engagements, tout en mettant l’accent sur l’humain qui doit demeurer au cœur des politiques.

— Quelle est la place des catholiques dans la vie politique française durant la longue période traitée par le livre ?

Yann Raison du Cleuziou – Il faut d’abord dire qu’il n’y a pas de sens de l’histoire : la vie politique française ne s’est pas vidée de sa dimension religieuse de manière continue depuis la Révolution française. Au contraire, la IVe République puis les débuts de la Ve sont marqués par l’omniprésence de militants catholiques assumés aux rôles de premier plan, contrairement à la IIIe République. Il suffit de penser à Robert Schuman, Edmond Michelet, Georges Bidault, Antoine Pinay, Jean Foyer, Jean Royer… et de Gaulle ! Le MRP propulse les démocrates-chrétiens au gouvernement de manière durable. Le président René Coty est le premier à aller en voyage officiel à Rome où il reçoit la décoration de l’Ordre du Christ. En 1958, bien que le préambule de la Ve République ne fasse pas mention de Dieu comme le demandait une partie des droites mobilisée derrière l’UDCA de Pierre Poujade, il sera fait mention qu’elle « respecte toutes les croyances », ce qui est le signe net d’une rupture avec le passé anticlérical de la République. Le général de Gaulle se rend à Rome pour recevoir le titre de chanoine honoraire du Latran. Il est même question de l’opportunité d’un nouveau concordat. La loi Debré qui pacifie la question scolaire en tient quasiment lieu. Durant les années 1960, l’Église catholique et la République convergent donc dans la recherche d’un nouvel alliage entre tradition et modernité. Mais derrière ce moment d’entente aux sommets, les droites et le catholicisme se fissurent de l’intérieur et une nouvelle expression réactionnaire se constitue en opposition à la décolonisation légitimée par le général de Gaulle, tout autant qu’en opposition à l’aggiornamento mis à l’agenda par le concile Vatican II.

— La place du catholicisme est aussi fragilisée dans la société française à cette période. C’est en 1965 que la chute de la pratique religieuse s’accélère, quel est le tournant à partir duquel le catholicisme est marginalisé en politique ?

YRC – Pour penser la marginalisation politique du catholicisme, il faut partir du contexte de la « Seconde Révolution française » décrit par Henri Mendras, car c’est un processus complexe. À partir de l’après-guerre, les structures sociales ont évolué plus rapidement qu’au cours des deux siècles précédents. Mai 68 est un point émergent de ce processus profond. René Rémond avait coutume de dire que l’Église catholique et le Parti communiste en furent les principales victimes. On pourrait ajouter aussi le gaullisme. Car ce qui change, c’est que l’horizon de l’émancipation qui était jusqu’alors pensé à une échelle collective (la classe sociale, l’Église militante, la nation) s’individualise.

— Désormais c’est à la société de rendre des comptes face aux exigences de l’épanouissement individuel. Le progressisme se recharge-t-il alors d’une série de nouveaux combats orientés vers la libération des droits individuels ?

YRC – Oui, ce progressisme devient compatible avec les droites. Valéry Giscard d’Estaing marque ce tournant libéral au sein des droites. L’électorat catholique le suit, car la foi catholique elle-même est reconfigurée par l’individualisation de l’horizon de l’émancipation. Le dédain pour les obligations religieuses s’affirme à mesure que l’expérience de Dieu est identifiée à l’épanouissement personnel. L’encyclique Humanae Vitae de Paul VI est reçue avec défiance pour cette raison. C’est une majorité parlementaire composée de catholiques qui votent la loi Veil. Si des catholiques pensent encore tirer une politique de l’Écriture Sainte, ils se trouvent plutôt à gauche. En 1974, 11 évêques signent un manifeste de l’Action Catholique en faveur de François Mitterrand. L’opposition catholique à ces nouveaux droits individuels qui recomposent la norme de la filiation, de la famille ou la sexualité va se construire de manière marginale tout autant au sein des droites que de l’Église. Ce n’est qu’à partir de l’élection de Jean-Paul II que ces catholiques conservateurs recevront plus de soutien au sein de celle-ci.

— Vous expliquez que « la sécularisation de la société entraîne… une désécularisation interne du catholicisme » : que voulez-vous dire précisément ?

YRC – Si maintenant on se penche sur les décennies récentes, il est frappant de constater que les réseaux conservateurs qui se constituent à la marge dans les années 1970 ont aujourd’hui changé d’échelle et gagné en influence au moins dans l’Église de France si ce n’est au sein des droites. On l’a vu avec La Manif pour tous. En effet, dans un contexte de détachement massif à l’égard de la foi, le catholicisme se recompose sur ceux qui restent. Tendanciellement chez les jeunes catholiques pratiquants aujourd’hui, on ne trouve pas le même pluralisme que chez les pratiquants plus âgés. Les sensibilités conservatrices en se perpétuant mieux, gagnent en influence dans un catholicisme qui se rétracte, ce qui se traduit par une certaine désécularisation des formes et des convictions catholiques actuelles. J’avance qu’à ce titre au XXIe siècle, contrairement aux années 1960-1970, le catholicisme français est pris dans une dynamique dextrogyre si on regarde la base des fidèles. Cela parachève la marginalisation du catholicisme au sein des droites. Car celles-ci sont prises dans une dynamique inverse, sinistrogyre, décrite par Albert Thibaudet : l’acceptation du changement social déplace les droites vers la gauche. Ainsi en a-t-il été pour toutes les lois portant sur la famille, la sexualité ou la filiation. Les catholiques conservateurs qui refusent ces évolutions sont donc repoussés vers la droite de la droite. L’élection présidentielle de 2022 est symptomatique, car au sein des droites, les votes des pratiquants réguliers en faveur des droites contestataires (RN et Reconquête) y dépassent au premier tour ceux en faveur des droites de gouvernement (LR et LREM) [Sondage IFOP pour La Croix, 10 avril 2022]. Mais ce glissement droitier ne satisfait pas tous les catholiques conservateurs. Certains se replient sur leurs familles et leurs écoles où ils entrent dans une logique minoritaire et veillent avant tout à protéger les conditions de leur perpétuation. Les catholiques de droite modérés qui restent très nombreux (rappelons qu’Emmanuel Macron arrive en tête du vote des pratiquants au premier tour) invisibilisent, tendanciellement, quant à eux, leur identité catholique en politique afin de ne pas être marginalisés.

— En conclusion, vous écrivez : « le catholicisme est, à droite, la forme changeante de la nécessité immémoriale de donner sens, pondérer ou résister aux effets du changement social » (p. 619). Pouvez-vous nous expliquer ce phénomène ?

YRC – Alors que les catholiques s’effacent dans la société française si on retient le critère de la fidélité à la messe dominicale pour les identifier, on constate qu’il n’a jamais été autant question de la défense des racines chrétiennes en politique. Cela n’est qu’apparemment contradictoire, car c’est justement parce que le catholicisme devient un patrimoine qu’il peut faire l’objet de nouveaux usages politiques indépendamment de la foi. Éric Zemmour, par exemple, en a fait un marqueur de la frontière culturelle qui permet de distinguer les vrais Français de ceux qui sont inassimilables. Cette instrumentalisation du christianisme n’est pas sans évoquer l’usage que les républicains ont fait des Gaulois au XIXe siècle : un passé mythifié pourvoyeur d’identité et en capacité [capable] de recharger le sentiment d’appartenance nécessaire à la cohésion sociale et à la défense contre les ennemis. Ainsi, le recours aux racines chrétiennes sert à conjurer des changements sociaux évalués comme des menaces. « Il n’y a pas de sacré du jour même », écrit l’historien Alphonse Dupront. Pour sacraliser quelque chose face à une altération possible, le recours aux grandeurs passées et au christianisme comme « incarnation sacrale du temps » (toujours Dupront) est un mouvement classique au sein des droites. La foi ou le catholicisme comme culture ne sont plus des dimensions essentielles des droites actuelles, mais, de manière caractéristique ces dernières décennies, celles-ci redeviennent une ressource de sens ou de mobilisation à chaque fois que le changement social s’accélère.

— Finalement, vous proposez de distinguer les catholiques de droite en fonction de leur rapport au temps.

YRC – Oui je montre que si on prend du recul par rapport aux ancrages doctrinaux, les catholiques de droite déterminent souvent leur position en fonction de leur « régime d’historicité », c’est-à-dire leur manière de penser l’articulation entre passé, présent et avenir. Le concordiste pense que l’avenir est plein de potentialité pour le christianisme et qu’il ne faut pas avoir peur de se détacher de ses formes héritées. Refuser le changement, c’est marginaliser le catholicisme dans la société à venir. Le conservateur pense que l’avenir ne sera profitable que dans la mesure où le legs du passé y est conservé. Il est prêt à accepter certains changements dans la mesure où cela ne compromet pas la perpétuation de cet héritage. En fonction de son interprétation de ce qui est au cœur de la tradition, il aura ainsi plus ou moins de souplesse. Enfin, le réactionnaire considère le présent et l’avenir avec défiance, comme des conséquences mauvaises d’un choix passé qu’il convient de corriger. La marche arrière est ainsi la condition d’une restauration de l’avenir. Et bien sûr, au cours de leur vie politique, les militants catholiques peuvent aller d’une attitude à une autre en fonction de la profondeur du changement qui est à l’ordre du jour.

Source : La Nef

À la droite du Père.
Les catholiques et les droites de 1945 à nos jours,
Sous la direction de Florian Michel et Yann Raison du Cleuziou,
paru au Seuil,
à Paris
en octobre 2022,
784 pp.,
ISBN-10 : 2 021 472 337
ISBN-13 : 978-2021472332

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