dimanche 9 octobre 2022

Le Conseil de l'Europe songe à interdire le « temps mort » (File dans ta chambre ! Dans le coin !)

Après avoir recommandé ce « châtiment non violent » envers les enfants pendant quinze ans, le Conseil de l’Europe réfléchit à le déconseiller.

Le Conseil de l’Europe, cette grosse machine productrice de normes, de chartes et de conventions, dispose d’un service parentalité. Qui prescrit des normes, des chartes et des conventions destinées à combattre les violences dans l’éducation. D’après nos informations, ce service est sur le point de produire une nouvelle norme. Alerté par des associations, dont Stop VEO (violences éducatives ordinaires), il songe à réviser sa posture au sujet du « temps mort ».

Le « temps mort », est la punition classique connue via la formulation qui l’ordonne : « File dans ta chambre ! ». La mise au coin en est une variante. « C’est sans doute la punition la plus vieille du monde », résume le pédopsychiatre Maurice Berger.


Cette méthode d’éducation garde de fervents défenseurs à l’image de Caroline Goldman, auteur de « File dans ta chambre » en 2020. Cette psychologue pour enfants et adolescents estime que la mise à l’écart temporaire d’un enfant hors de l’espace commun est la solution pour éduquer un enfant sans violence et sans laxisme. Dans le balado « Établir les limites éducatives », elle rappelle dans le même temps qu’un enfant a besoin de limites pour grandir.

Fessée, gifle, tape sont désormais interdites en France pour punir un enfant. Or 33 % des parents l’ignorent, selon un sondage réalisé en France par Mpedia auprès de 1300 parents en 2021. 85 % des parents interrogés estiment qu’il est difficile, voire impossible d’élever un enfant sans crier.

Alors, quelle attitude adopter face à son enfant si l’envoyer dans sa chambre pour se calmer n’est plus la bonne solution ? Le Conseil de l’Europe est en train d’y travailler.

Sources : la Dépêche et le Figaro


L’Algérie mène la chasse à la langue française

Fronton de l’université d’Alger (fondée par les Français en 1909) désormais en arabe et en anglais

Depuis cette rentrée, le gouvernement a imposé l’apprentissage de l’anglais dès le primaire, où la mise en concurrence avec le français va évidemment se faire au détriment de « la langue de la colonisation », alors que l’épuration est entamée depuis plusieurs années dans les administrations.

« En Algérie, l’arabe et le français n’arrivent plus à cohabiter. » À quelques mois de la retraite, Khaoula Taleb Ibrahimi, qui a passé sa carrière à former de jeunes Algériens aux sciences du langage à l’université d’Alger, a bien du mal à cacher sa tristesse. Ses étudiants de première année, qui autrefois savaient écrire et parler en français, « ne savent même plus former les caractères latins », constate l’éminente linguiste. « Au cours de leur scolarité, une grande partie d’entre eux n’ont été en contact avec aucune langue étrangère. »

Et pourtant. En Algérie, le français est inscrit au programme en troisième année de primaire (l’équivalent du CE2). Mais face à la raréfaction des instituteurs formés à une telle mission, il a progressivement disparu des emplois du temps.

Le 30 juillet, le président de la République, Abdelmadjid Tebboune, a décidé de l’achever en décidant que l’anglais serait obligatoire dès la rentrée en troisième année, à raison d’une heure et demie hebdomadaire, au même titre que le français. « La langue française est un “butin de guerre”, mais l’anglais est une langue internationale », a-t-il justifié en faisant référence à l’expression d’un des pères de la littérature algérienne, Kateb Yacine.

Pour Charif Ben Boulaïd, petit-fils de Mostefa Ben Boulaïd, un des six « chefs historiques » du FLN, résistants algériens à l’origine de la guerre d’indépendance, cette décision est « historique ». Enseignant-chercheur en langue anglaise — il a participé à l’élaboration de la stratégie linguistique et la diffusion du projet de l’anglais en Algérie —, il rappelle sur son mur Facebook que cette introduction de l’anglais à l’école est le « fruit d’un travail de longue haleine initié [lancé/débuté] dans les années 1990 ».

La résistance des écoles privées

Si la mise en concurrence du français et de l’anglais prend cet automne une nouvelle tournure, des signaux forts avaient été envoyés ces dernières années par les politiques. En 2019, le ministre de l’Enseignement supérieur, Tayeb Bouzid, décrétant que le français « ne mène nulle part », décida, pour attirer les étudiants étrangers en Algérie, que l’anglais devait « remplacer le français ». Une note avait été adressée aux recteurs d’université pour que les en-têtes des documents administratifs soient écrits en arabe et en anglais.

En octobre 2021, après une crise diplomatique provoquée par les propos d’Emmanuel Macron qui s’était notamment interrogé sur l’existence « d’une nation algérienne avant la colonisation française », le ministère de la Jeunesse et des Sports et celui de la Formation professionnelle avaient ordonné à leurs services d’utiliser l’arabe dans leurs correspondances et d’en bannir le français.

L’onde de choc s’était même propagée dans les écoles privées, où sont dispensés à la fois le programme algérien et le programme français dans une spécificité algérienne que l’on appelle « le double programme ». Les enfants étudient sur les mêmes livres que ceux adoptés dans le système éducatif français, mais leurs notes, dans les matières françaises, ne sont pas reportées sur le bulletin.

« Un soir, mon fils de 8 ans est rentré de l’école complètement paniqué. Il m’a dit, au bord des larmes : “Maman, la maîtresse nous a dit de ne pas amener notre livre de français demain et qu’elle nous punirait si elle le trouvait dans notre sac !” », raconte une mère dont l’enfant est scolarisé dans une des écoles privées de la capitale, à ce moment-là menacée d’une inspection.

Si en pratique les autorités tolèrent que le double programme soit enseigné, certains établissements ont pris des précautions en ouvrant des centres consacrés à l’étude des langues, qui échappent aux contraintes réglementaires des écoles. Le matin, les élèves suivent le programme algérien dans l’école principale et, l’après-midi, passent de l’autre côté de la rue pour suivre le programme français, à l’abri dans l’annexe consacrée aux langues.

« Est-ce que vous imaginez un peu les dégâts sur le cerveau des enfants ? », s’emporte Khaoula Taleb Ibrahimi, tout en comprenant « les stratégies développées par les parents ». Car c’est à l’initiative de parents d’élèves que les écoles privées ont vu le jour à fin des années 1990, rappelle-t-elle. « La société n’est pas inerte ! Voyant que l’école publique algérienne perdait pied, ils ont voulu créer des écoles qui permettent d’assurer un avenir à leurs enfants. » En clair : de maîtriser le français pour pouvoir suivre des études scientifiques dans une université algérienne (le cursus de médecine, par exemple, se fait en français) ou… de l’autre côté de la Méditerranée.

Certes, les écoles privées sont minoritaires dans l’ensemble du système éducatif algérien, réservées aussi à une classe moyenne qui a les moyens de payer chaque mois environ 150 euros par enfant (en Algérie, le salaire minimum est de 127 euros), « mais on voit aussi des parents dont les enfants sont scolarisés dans le système public inscrire leur progéniture au CNED (le Centre français d’enseignement à distance, NDLR) ou se saigner pour leur proposer des cours particuliers en français, note Khaoula Taleb Ibrahimi. Y compris chez les arabisants nationalistes pour lesquels l’arabe a une profondeur historique. Ce ne sont pas eux qui récusent le français, mais plutôt les islamistes, qui font le choix de l’anglais ».

Du côté des Français, où l’on a bien pris conscience de cette perte d’influence, on recadre d’abord le débat : cette remise en question de la langue « est une problématique propre aux pays du Maghreb ». Les pays du Golfe, à l’opposé, « cherchant à diversifier leurs partenaires, expriment une réelle demande pour le français et l’expertise culturelle française », explique un responsable de la diplomatie culturelle.

Ensuite, on rappelle quelques faits. En 2021, Campus France, la structure par laquelle passent les bacheliers qui veulent partir faire des études en France, a enregistré quelque 50 000 dossiers algériens, un record. En France, les Algériens représentent le deuxième vivier d’étudiants derrière les Marocains. Aucun pays ne propose par ailleurs aux Algériens une offre de bourses, de coopération ou de résidences artistiques aussi importante que la France.

« L’attrait pour la France et le français reste important. Mais, même si nos cours sont complets, on doit sans cesse se questionner pour proposer une offre de cours moderne, plus ludique pour la jeunesse, et contrer ce discours selon lequel le français est une “langue du passé”, “des romans d’amour”, comme on peut le lire sur les réseaux sociaux, explique ce responsable. À nous de mieux communiquer pour montrer que le français est, comme l’anglais, une langue scientifique et de la recherche, la langue de Victor Hugo, mais aussi celle de l’intelligence artificielle. »

Logique de guerre des langues

Face à la force de diffusion de l’anglais, les Français doivent comprendre qu’en Algérie, la guerre déclarée au français « a toujours eu une dimension politique », souligne Khaoula Taleb Ibrahimi. Lors de la visite d’Emmanuel Macron en août, les présentations des pupitres de la conférence de presse conjointe avec le président Tebboune étaient écrites… en anglais et en arabe. Lors de sa rencontre avec les startuppeurs, c’est aussi en anglais que certaines questions ont été posées au chef de l’état français.

Macron, le 25 août 2022 à Alger avec un lutrin d’où le français était banni
 

« Dès l’indépendance, en 1962, les élites arabisantes se sont rendu compte que les élites francophones avaient pris le pouvoir », raconte la linguiste. L’arabisation imposée dans les années 1970 fut une façon de se réapproprier cette identité algérienne « spoliée » par la colonisation.  [La colonisation arabe a largement effacé le berbère, langue autochtone du Maghreb, alors que le latin (surtout urbain) a été éliminé en quelques siècles d'arabisation. Cette arabisation a été renforcée depuis le départ des Français.]  « Je crains d’ailleurs que l’enseignement de l’anglais se fasse comme celui de l’arabe dans les années 1970, à la hussarde », poursuit-elle.

Des syndicats de l’éducation et des pédagogues ont déjà protesté, dénonçant « une précipitation », affirmant que « l’école n’est pas prête », que les enseignants « ne sont pas assez nombreux » et « pas assez formés » pour enseigner l’anglais, et qu’il aurait fallu « une année de réflexion » pour que la cohabitation avec les autres langues enseignées au primaire se passe bien.

« En 2021-2022, la filière compte plus de 8200 licenciés et 4 400 diplômés en master, et 425 diplômés sont sortis de l’école normale supérieure (qui forme les enseignants). Le nombre d’enseignants ne constitue aucunement un souci. Quant à l’accompagnement pédagogique, les outils numériques peuvent assurer cela », note Charif Ben Boulaïd.

« Le problème n’est pas d’introduire l’anglais, mais la façon dont c’est fait, dans une logique de guerre des langues, dans un pays où la question linguistique est le creuset de toutes les batailles idéologiques depuis les années 1960 », analyse l’écrivain algérien francophone Adlène Meddi, qui se souvient qu’à école, dans les années 1980, « il était mal vu de maîtriser le français, la langue du dominant, c’est-à-dire des classes sociales algériennes supérieures ». Ce n’est d’ailleurs pas un hasard si les Algériens qui ont entre 20 et 30 ans aujourd’hui sont très anglophones. « Ces jeunes, qui ont été exclus des cercles francophones des centres urbains ont, avec la généralisation d’internet, trouvé une revanche dans l’anglais pour se former, animer des clubs de lecture, créer de jeunes startups, se projeter ailleurs qu’en France, etc. », poursuit l’auteur.

« Dans le fond, nous n’avons pas su construire une intelligentsia nationale qui prenne en compte la diversité du pays, ce qui inclut la langue coloniale. L’aliénation est telle que la seule solution pour couper, c’est d’éradiquer. On ne comprend pas qu’entrer dans la modernité n’implique pas de gommer ce passé qui fait aussi ce que nous sommes, conclut Khaoula Taleb Ibrahimi. Or, le français est présent dans l’humus social, nous ne pouvons pas l’éradiquer, quand bien même certains le voudraient. »

Source : Le Figaro

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Le refus de la propagande à l'école devrait aussi être la règle au Québec, c'est très très loin d'être le cas.

Un petit bémol sur les classements internationaux comme PISA : ils n'évaluent pas la culture générale, ni la faculté de rédiger des textes un peu longs. Voir notamment : PISA évaluerait-il plus l'intelligence que les acquis ?

L'émission au complet :

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samedi 8 octobre 2022

Faute la plus fréquente parmi les étudiants à universités : des « s » oubliés

Même si la règle est enseignée depuis le début du primaire, oublier d’ajouter un « s » au pluriel est la faute d’orthographe la plus fréquente dans les textes d’étudiants universitaires québécois.

C’est la conclusion étonnante pour certains à laquelle est parvenue Mireille Elchacar, professeure de linguistique à l’Université TÉLUQ, après avoir réalisé une étude sur la question. Pour ce carnet, c’est peut-être simplement parce que le « s » du pluriel serait le signe « grammatical » muet le plus fréquent en français (bien plus que l’accord du participe passé qui n'est qu'un cas particulier, la distinction entre participé et infinitif ou encore les homophones du type c’est/ses/sait/s’est).

« Au Québec, on parle souvent des fautes, des anglicismes, mais on n’avait pas de portrait des erreurs que les étudiants font en réalité », a-t-elle expliqué au Journal de Québec.

Pour en avoir le cœur net, Mme Elchacar (ci-contre) a analysé 400 textes, d’environ 150 à 200 mots chacun, provenant d’étudiants inscrits à un cours de maîtrise du français écrit. 

Ce cours regroupe des étudiants faibles en français, qui ont besoin d’une mise à niveau, mais aussi d’autres étudiants inscrits dans des programmes de révision de textes ou de perfectionnement en français qui peuvent aussi être très bons, précise la chercheuse.

Les plus fréquentes

L’exercice permet de démontrer que les erreurs qui reviennent le plus souvent à l’écrit sont les fautes d’orthographe. Parmi celles-ci, l’accord en nombre se retrouve en tête.

« J’ai été surprise, je pensais que les fautes seraient plus en lien avec la complexité des règles comme l’accord du participe passé », qui arrive toutefois au deuxième rang, indique Mme Elchacar.

Il s’agit d’erreurs qui « persistent » même si les étudiants avaient accès à un logiciel de correction pour rédiger ce texte. « [Ils] connaissent la règle, mais ils oublient de l’appliquer parce qu’on ne prononce pas ce “s” à l’oral. Lorsqu’on écrit, on se concentre sur le fond et ensuite il faut se relire pour la forme. Parfois, on oublie de faire cette relecture », explique la linguiste.

La majorité des phrases étaient toutefois « très bien construites » et en général, il n’y avait « pas tant de fautes que ça », précise-t-elle.

En moyenne, on en comptait 4,7 par texte, mais ce nombre n’est pas vraiment représentatif puisqu’il varie grandement d’une copie à l’autre, souligne Mme Elchacar.

14 pages de règles

Les participes passés donnent aussi du fil à retordre aux étudiants, ce qui est toutefois moins étonnant considérant leur complexité, ajoute la linguiste. « Les règles d’accord du participe passé, avec toutes les exceptions et les cas particuliers, font 14 pages dans le Grevisse », lance-t-elle à propos de cette grammaire réputée. [En fait, il s’agit de pages de règles, d’explications, de considérations historiques et d’exemples. L’emploi de la majuscule fait 20 pages dans notre Grevisse §§96 à 100, de la page 104 à la moitié de la page 124.]

Une des 14 pages de « règles » en question, comme on peut le voir il s’agit d’exemples, de notes historiques, de remarques sur l’artificialité passable de la règle avec l’auxiliaire avoir, etc.

Cette étude permet aussi de montrer que la réforme qui vise à simplifier l’accord des participes passés « cible réellement un problème dans l’orthographe », puisque ces accords « génèrent vraiment beaucoup de fautes », ajoute-t-elle.

L’an passé, l’Association québécoise des professeurs de français s’est notamment prononcée en faveur de ces modifications, qui sont toutefois loin de faire l’unanimité. Mme Elchacar est aussi favorable à cette réforme qui ne représenterait « pas du tout » un nivellement par le bas, comme l’affirment ses détracteurs.

« Notre système orthographique […] comporte beaucoup trop d’erreurs et d’irrégularités », affirme la linguiste. L’espagnol et l’allemand ont subi plusieurs rectifications au fil des ans alors que les règles entourant le français sont restées figées dans le temps, souligne-t-elle.

« En espagnol, on peut maintenant passer beaucoup plus de temps à apprendre des choses fondamentales, comme […] apprendre à mieux argumenter, alors qu’en français, on passe encore un nombre d’heures incroyable à maîtriser l’orthographe », déplore-t-elle.

Les fautes de français des étudiants universitaires québécois

  • Orthographe : 69 %
  • Ponctuation : 12 %
  • Anglicismes : 9 %
  • Vocabulaire : 2 %

L’accord en nombre (26 %)

Ex. :

Les efforts nécessaire (nécessaires)
Mon diplôme d’études secondaire (secondaires)

L’accord des participes passés (20 %)

Ex. :

Toutes les règles de grammaire que j’ai appris (apprises)
Je suis très heureuse de rédigée ce texte (rédiger)

Source : Étude réalisée par Mireille Elchacar, professeure de linguistique à l’Université TÉLUQ, à partir de 400 textes d’étudiants universitaires québécois (via Journal de Québec)


vendredi 7 octobre 2022

Canada — Trudeau envisage de régulariser près d'un demi-million d'immigrants illégaux

Près d’un demi-million de travailleurs sans statut (légal) pourraient obtenir leur résidence permanente, a appris Radio-Canada. Du jamais-vu dans l’histoire du pays.

Un programme massif de régularisation, le plus important dans l’histoire du Canada, pourrait prochainement voir le jour. Selon les informations obtenues par Radio-Canada, le gouvernement de Justin Trudeau a entrepris, au cours des dernières semaines, des démarches poussées auprès de plusieurs organismes pour dessiner les contours d’un tel programme.

« On explore et on regarde ce qu’on pourrait mettre en place », confie une source gouvernementale, qui n’est pas autorisée à s’exprimer publiquement. « On regarde les façons de régulariser des personnes qui vivent au Canada avec un statut précaire. », d’ajouter cette source gouvernementale.

Ottawa envisage de régulariser des dizaines de milliers de personnes sans statut légal. On parle potentiellement d’environ 500 000 personnes, reprend cette source gouvernementale.

Plusieurs acteurs du milieu de l’immigration ont confirmé ces informations à Radio-Canada et avoir confié avoir, depuis cet été, des discussions avec des représentants d’Immigration Canada.

Plusieurs manifestations ont été organisées depuis le début de la pandémie, dans plusieurs villes canadiennes, pour demander la régularisation des migrants sans statut légal.

Ni les travailleurs temporaires ni les demandeurs d’asile

Les critères d’accès à ce futur programme de régularisation sont encore méconnus. Aucune date de lancement ne circule non plus.

« On a été jaugé, on est au courant, mais le programme n’est pas encore ficelé », explique Hady Anne, responsable de Solidarité sans frontière.

 

À ce jour, ni les travailleurs temporaires ni les demandeurs d’asile ne seraient concernés par ce programme. Ni, donc, les dizaines de milliers d’immigrants illégaux (Radio-Canada parle uniquement de « familles » c’est plus douillet, plus sympa) arrivées récemment au chemin Roxham, dont l’étude du dossier est toujours en cours.

On parle plutôt des sans-papiers et des travailleurs qui ont vu leur permis ou visa expirer dans les dernières années, ou des personnes dont le statut de réfugié a été refusé, qui sont bloquées au Canada en raison d’un moratoire. Bref, des gens qui ne sont plus légalement au Canada.

En réalité, cette volonté du gouvernement Trudeau n’est pas une totale surprise.

Cette idée, passée totalement inaperçue jusqu’ici, figure dans la lettre de mandat du Premier ministre envoyée, en décembre dernier, au ministre de l’Immigration, Sean Fraser.

Dans ce document, il est demandé au ministre de « poursuivre l’exploration de moyens de régulariser le statut des travailleurs sans-papiers qui contribuent aux communautés canadiennes ».

Interpellé par Radio-Canada, le cabinet du ministre Fraser confirme de telles avancées et assure qu’Immigration Canada est en contact depuis « tout récemment » avec « des spécialistes universitaires et des intervenants de l’industrie ». « Le travail à exécuter pour mener à bien ce mandat est en cours », de préciser Rémi Larivière, porte-parole d’Immigration Canada.

Immigration Canada « continuera d’envisager de nouvelles avenues afin d’aider davantage d’étrangers qui habitent actuellement au Canada à s’y établir de façon permanente », précise Rémi Larivière, en rappelant les « politiques audacieuses et innovatrices » du gouvernement libéral.

Québec refuse de se prononcer

En coulisses, une question revient sans cesse : cet important programme de régularisation visera-t-il les sans-papiers du Québec ? En raison de l’Accord en immigration signé entre le Canada et le Québec, le gouvernement du Québec a son mot à dire.

Selon plusieurs personnes sondées par Radio-Canada, l’optimisme ne règne pas. « On craint que Québec aille compliquer les choses », affirme Hady Anne, de l’organisme d’extrême gauche Solidarité sans frontière, en pointant la régularisation des anges gardiens, durant la pandémie.

Ce programme, lancé fin 2020, a été réservé aux demandeurs d’asile qui ont donné des soins de santé aux personnes touchées par la COVID-19 dans les établissements de santé. Devant la volonté d’Ottawa d’élargir cet accès exceptionnel, Québec a refusé d’aller plus loin. Au printemps 2021, le gouvernement Legault s’est fermement opposé à l’accélération de l’obtention de la résidence permanente, proposée par le fédéral, pour des dizaines de milliers de travailleurs temporaires et étudiants étrangers. 

Un programme « ambitieux » selon les partisans de celui-ci

Tout en applaudissant cette idée fédérale, l’avocate Lisa Middlemiss craint une certaine jalousie provenant « des personnes qui sont là légalement au Canada ». De nombreux immigrants, travailleurs temporaires, connaissent actuellement des « obstacles » et « de longs délais pour obtenir leur résidence permanente », rappelle la présidente de la section du droit de l’immigration de l’Association du Barreau canadien. 

Le gouvernement libéral de Justin Trudeau, de son côté, menace de « continuer à soutenir les programmes d’immigration inclusifs qui [répondraient] aux besoins économiques du Canada et qui [alimenteraient] notre croissance ». L’immigration de masse n’alimente pas la croissance par habitant ni du Canada ni du Québec (voir notamment L’économiste Pierre Fortin : non, le Québec n’a pas besoin de 80 000 immigrants par an).

Voir aussi

Canada — Faire passer l’immigration de 300 000 personnes par an à un million

L’initiative du Siècle (dont un des cofondateurs est Dominic Barton, actuellement ambassadeur du Canada en Chine populaire). En anglais uniquement.

Le patronat québécois reprend de plus belle sa campagne en faveur de l’immigration massive : 64 000 par année au Québec ! (1er avril 2021, ce n’est hélas pas un poisson d’avril)

Et si la diversité diminuait la confiance ?  

L’Institut Fraser : la politique migratoire actuelle coûterait près de 20 milliards par année au Canada [2011]

Les immigrés coûtent de plus en plus cher au Canada : ils coûtent plus de 16 [jusqu’à 23] milliards de dollars par an aux contribuables [2012]

« Le français hors Québec ? C’est terminé. » Sauvons les meubles…

Sondage [fin 2020] — Seuls 17 % des Canadiens interrogés d’accord avec l’importation de 1,2 million d’immigrants en 3 ans

La « diversité » ou la tarte à la crème

Un Québec de plus en plus divers, est-ce vraiment une bonne chose ? 

« Trop de diversité sape les fondements de la solidarité » 

Étude — Baisse de « solidarité » corrélée à l’augmentation du nombre d’étrangers

Multiculturalisme, « hybridation », « métissage culturel », une nouvelle illusion théorique dans les sciences sociales 

L’immigration, le remède imaginaire 

Des personnes ayant la nationalité américaine réclament le statut de réfugié au Canada

Afflux renouvelé de réfugiés au Québec et impact sur le réseau scolaire déjà en sous-effectif  

Crise du logement : le tabou des seuils d’immigration trop élevés

Humour — désolé d’être là 

Les ⅔ des Québécois contre une hausse du nombre d’immigrants 

Immigration de masse : le Canada connaît la plus forte croissance démographique du G7

L’augmentation de l’immigration a amplifié la crise du logement

L’État-providence : une pompe aspirante pour tous les immigrants « illégaux »

France — Les catholiques et les droites (m à j)

Recension de l’ouvrage dans le Figaro Histoire 

La droite du Père ? Sous cette appellation, une trentaine d’auteurs explorent les relations des catholiques français avec les droites entre 1945 et aujourd’hui. 

L’ouvrage suit un ordre chronologique et thématique, avec à la fin de chaque chapitre le portait d’un protagoniste (Jacques Barrot, Jean Ousset ou Chantal Delsol, par exemple).

Passons sur les erreurs matérielles (né en 1944, Jacques Trémolet est présenté comme l’avocat du maréchal Pétain) ou sur les jugements à l’emporte-pièce (l’intellectuel Jean Madiran assimilé au complotisme).

Si ce volume regorge d’informations, ses biais méthodologiques interrogent parfois en ce qu’ils laissent dans l’ombre des pans du catholicisme de droite actuel (les universités et les actes de Renaissance catholique ou le monde des écoles hors contrat complètement ignorés, par exemple, le traditionalisme traité avec désinvolture). Étonnant.

 


Entretien dans La Nef, 3/X/2022

Florian Michel (FM) et Yann Raison du Cleuziou (YRC) ont dirigé un ouvrage : À la droite du Père. Les catholiques et les droites de 1945 à nos jours. Ils nous parlent ici de ce livre appelé à devenir une référence.

— Quel était votre objectif en vous lançant dans ce travail important ?

Florian Michel – Le volume, qui rassemble les contributions d’une trentaine d’auteurs, examine les liens depuis le sortir de la Seconde Guerre mondiale entre les droites et les catholiques. Il offre de ce fait une large fresque sur presque huit décennies de l’histoire de France. L’objectif était de restaurer la complexité de ce segment du paysage politique, d’en étudier la vitalité, les expressions, les idées, les combats, mais aussi les silences et les épuisements. Les termes du titre — les catholiques et les droites — sont au pluriel pour inclure à la fois les droites de gouvernement et les droites extrêmes, les catholiques de centre droit — les « modérés » qui transigent avec la modernité — et les catholiques plus conservateurs, voire réactionnaires ou contre-révolutionnaires.

— En quoi le volume publié comble-t-il un manque ?

FM – Le point de départ du projet est un constat : émiettement de la bibliographie, avec des études poussées sur des sujets circonscrits, et absence d’une synthèse qui couvrirait le spectre politique depuis le centre jusqu’aux marges. Une vaste synthèse existait pour les « cathos de gauche », avec le volume À la gauche du Christ. Les chrétiens de gauche en France de 1945 à nos jours (Seuil, 2012), alors même que les catholiques de gauche sont minoritaires au sein des gauches et dans l’Église. Nous avons voulu proposer la part complémentaire de ces analyses : la droite du Père. Il fallait pour commencer revenir sur un point aveugle de l’étude classique de René Rémond, qui avait — avec soin — esquivé le sujet, alors même que son ouvrage, La droite en France, paru en 1954, soulignait le lien étroit entre les droites et les catholiques. René Rémond était alors convaincu que les « droites catholiques » étaient un objet historique en phase terminale, en train, pour ainsi dire, de sortir de l’histoire. La suite de l’histoire montre au contraire qu’il n’en était rien.

— Que conclut votre étude sur la « proximité naturelle » entre droite et catholicisme, et que doit cette proximité à la Révolution ?

FM – Cette proximité entre droite et catholicisme, que René Rémond n’avait pas souhaitée préciser, est en fait à la fois un angle mort et une image d’Épinal, qui se traduit dans le langage en des formules quasi proverbiales : l’alliance du trône et de l’autel, du sabre et du goupillon, de l’autel et du coffre-fort, etc. Depuis la Révolution française, il est établi que la droite, le parti du Roi et de l’ordre, et le catholicisme ont formé un ménage inégal, mais stable, uni pour le meilleur et pour le pire, aux heures sombres et aux heures de gloire, traversant ensemble les bouleversements de l’histoire de France.

Cette proximité naturelle entre droite et catholicisme a été contestée par la voix singulière du sociologue Émile Poulat, qui avait ainsi retracé l’opposition au XIXe siècle entre l’Église et la bourgeoisie dans un livre fameux (1977), et qui, résumant des années de recherche, écrivait : « Pour le catholicisme, la distinction classique droite-gauche n’est pas pertinente. […] Il a conscience d’être pris dans un jeu triangulaire où il représente l’offre d’une troisième voie. » L’hypothèse d’Émile Poulat valait avant tout pour les pays autres que la France — l’Allemagne, l’Italie, la Belgique, etc. — où le processus révolutionnaire a été moins violent et où un « bloc catholique », associant un parti politique et un syndicat, a pu effectivement se constituer. Pour la France, du point de vue des électeurs, et non pas du point de vue du catholicisme pris en soi, abstraitement considéré, cette troisième voie catholique, celle du « ni droite ni gauche », a surtout été une hypothèse intellectuelle ou pastorale — pas de politique dans la maison de Dieu ! —, alors même que selon les élections une proportion stable, entre 70 et 75 % des catholiques pratiquants, ne cesse de voter pour les partis des droites. La « proximité naturelle » entre les droites et les catholiques a été également dénoncée en France par les partis de gauche, de la SFIO au PCF, en ce qu’elle ruinait par avance le schéma de la « lutte des classes » : le petit paysan catholique ou la postière catholique avaient plus d’affinités culturelles et politiques avec les droites qu’avec les partis de la Révolution.

— Comment la hiérarchie catholique française a-t-elle évolué depuis 1945 dans son rapport à la politique en général ?

FM – Pour les évêques français, la leçon de la Seconde Guerre mondiale est celle de la prudence en matière politique. En 1944, le chrétien-démocrate Étienne Gilson écrivait par exemple : « Je ne demande pas la tête de nos cardinaux, mais je souhaite qu’on leur fasse une belle peur, si épouvantable même que leurs successeurs se souviennent une fois pour toutes de ne pas se mêler de politique, fût-ce pour nous dire qui est le chef légitime de l’État. » Le positionnement des évêques dans le domaine de la politique partisane suscite par définition l’irritation non seulement des pouvoirs publics — cela est minime — mais plus profondément la division des fidèles légitimement partagés entre les diverses sensibilités et options. Pour les évêques, après 1945, on observe tout à la fois — selon les moments — un désir de neutralité, puisque « l’unité de l’Église transcende la division politique de ses membres », comme l’explique Mgr Haubtmann, recteur de la « catho de Paris » en 1971, mais aussi la volonté, un peu maladroite parfois, de se tenir à l’écart de « Matignon » et de « l’Élysée », l’obligation de négocier avec quelques ministres ou, en sens contraire, de sembler organiser la riposte, comme Mgr Lustiger en 1984 au sujet de la bataille scolaire. Le texte crucial sur ce point, adopté par les évêques à Lourdes en octobre 1972, a pour titre « Pour une pratique chrétienne de la politique ». La subtilité est dans l’adjectivation : il n’y a pas de « politique chrétienne » ; il y a en revanche une « pratique chrétienne » de la politique, ce qui en interne validait le pluralisme des engagements, tout en mettant l’accent sur l’humain qui doit demeurer au cœur des politiques.

— Quelle est la place des catholiques dans la vie politique française durant la longue période traitée par le livre ?

Yann Raison du Cleuziou – Il faut d’abord dire qu’il n’y a pas de sens de l’histoire : la vie politique française ne s’est pas vidée de sa dimension religieuse de manière continue depuis la Révolution française. Au contraire, la IVe République puis les débuts de la Ve sont marqués par l’omniprésence de militants catholiques assumés aux rôles de premier plan, contrairement à la IIIe République. Il suffit de penser à Robert Schuman, Edmond Michelet, Georges Bidault, Antoine Pinay, Jean Foyer, Jean Royer… et de Gaulle ! Le MRP propulse les démocrates-chrétiens au gouvernement de manière durable. Le président René Coty est le premier à aller en voyage officiel à Rome où il reçoit la décoration de l’Ordre du Christ. En 1958, bien que le préambule de la Ve République ne fasse pas mention de Dieu comme le demandait une partie des droites mobilisée derrière l’UDCA de Pierre Poujade, il sera fait mention qu’elle « respecte toutes les croyances », ce qui est le signe net d’une rupture avec le passé anticlérical de la République. Le général de Gaulle se rend à Rome pour recevoir le titre de chanoine honoraire du Latran. Il est même question de l’opportunité d’un nouveau concordat. La loi Debré qui pacifie la question scolaire en tient quasiment lieu. Durant les années 1960, l’Église catholique et la République convergent donc dans la recherche d’un nouvel alliage entre tradition et modernité. Mais derrière ce moment d’entente aux sommets, les droites et le catholicisme se fissurent de l’intérieur et une nouvelle expression réactionnaire se constitue en opposition à la décolonisation légitimée par le général de Gaulle, tout autant qu’en opposition à l’aggiornamento mis à l’agenda par le concile Vatican II.

— La place du catholicisme est aussi fragilisée dans la société française à cette période. C’est en 1965 que la chute de la pratique religieuse s’accélère, quel est le tournant à partir duquel le catholicisme est marginalisé en politique ?

YRC – Pour penser la marginalisation politique du catholicisme, il faut partir du contexte de la « Seconde Révolution française » décrit par Henri Mendras, car c’est un processus complexe. À partir de l’après-guerre, les structures sociales ont évolué plus rapidement qu’au cours des deux siècles précédents. Mai 68 est un point émergent de ce processus profond. René Rémond avait coutume de dire que l’Église catholique et le Parti communiste en furent les principales victimes. On pourrait ajouter aussi le gaullisme. Car ce qui change, c’est que l’horizon de l’émancipation qui était jusqu’alors pensé à une échelle collective (la classe sociale, l’Église militante, la nation) s’individualise.

— Désormais c’est à la société de rendre des comptes face aux exigences de l’épanouissement individuel. Le progressisme se recharge-t-il alors d’une série de nouveaux combats orientés vers la libération des droits individuels ?

YRC – Oui, ce progressisme devient compatible avec les droites. Valéry Giscard d’Estaing marque ce tournant libéral au sein des droites. L’électorat catholique le suit, car la foi catholique elle-même est reconfigurée par l’individualisation de l’horizon de l’émancipation. Le dédain pour les obligations religieuses s’affirme à mesure que l’expérience de Dieu est identifiée à l’épanouissement personnel. L’encyclique Humanae Vitae de Paul VI est reçue avec défiance pour cette raison. C’est une majorité parlementaire composée de catholiques qui votent la loi Veil. Si des catholiques pensent encore tirer une politique de l’Écriture Sainte, ils se trouvent plutôt à gauche. En 1974, 11 évêques signent un manifeste de l’Action Catholique en faveur de François Mitterrand. L’opposition catholique à ces nouveaux droits individuels qui recomposent la norme de la filiation, de la famille ou la sexualité va se construire de manière marginale tout autant au sein des droites que de l’Église. Ce n’est qu’à partir de l’élection de Jean-Paul II que ces catholiques conservateurs recevront plus de soutien au sein de celle-ci.

— Vous expliquez que « la sécularisation de la société entraîne… une désécularisation interne du catholicisme » : que voulez-vous dire précisément ?

YRC – Si maintenant on se penche sur les décennies récentes, il est frappant de constater que les réseaux conservateurs qui se constituent à la marge dans les années 1970 ont aujourd’hui changé d’échelle et gagné en influence au moins dans l’Église de France si ce n’est au sein des droites. On l’a vu avec La Manif pour tous. En effet, dans un contexte de détachement massif à l’égard de la foi, le catholicisme se recompose sur ceux qui restent. Tendanciellement chez les jeunes catholiques pratiquants aujourd’hui, on ne trouve pas le même pluralisme que chez les pratiquants plus âgés. Les sensibilités conservatrices en se perpétuant mieux, gagnent en influence dans un catholicisme qui se rétracte, ce qui se traduit par une certaine désécularisation des formes et des convictions catholiques actuelles. J’avance qu’à ce titre au XXIe siècle, contrairement aux années 1960-1970, le catholicisme français est pris dans une dynamique dextrogyre si on regarde la base des fidèles. Cela parachève la marginalisation du catholicisme au sein des droites. Car celles-ci sont prises dans une dynamique inverse, sinistrogyre, décrite par Albert Thibaudet : l’acceptation du changement social déplace les droites vers la gauche. Ainsi en a-t-il été pour toutes les lois portant sur la famille, la sexualité ou la filiation. Les catholiques conservateurs qui refusent ces évolutions sont donc repoussés vers la droite de la droite. L’élection présidentielle de 2022 est symptomatique, car au sein des droites, les votes des pratiquants réguliers en faveur des droites contestataires (RN et Reconquête) y dépassent au premier tour ceux en faveur des droites de gouvernement (LR et LREM) [Sondage IFOP pour La Croix, 10 avril 2022]. Mais ce glissement droitier ne satisfait pas tous les catholiques conservateurs. Certains se replient sur leurs familles et leurs écoles où ils entrent dans une logique minoritaire et veillent avant tout à protéger les conditions de leur perpétuation. Les catholiques de droite modérés qui restent très nombreux (rappelons qu’Emmanuel Macron arrive en tête du vote des pratiquants au premier tour) invisibilisent, tendanciellement, quant à eux, leur identité catholique en politique afin de ne pas être marginalisés.

— En conclusion, vous écrivez : « le catholicisme est, à droite, la forme changeante de la nécessité immémoriale de donner sens, pondérer ou résister aux effets du changement social » (p. 619). Pouvez-vous nous expliquer ce phénomène ?

YRC – Alors que les catholiques s’effacent dans la société française si on retient le critère de la fidélité à la messe dominicale pour les identifier, on constate qu’il n’a jamais été autant question de la défense des racines chrétiennes en politique. Cela n’est qu’apparemment contradictoire, car c’est justement parce que le catholicisme devient un patrimoine qu’il peut faire l’objet de nouveaux usages politiques indépendamment de la foi. Éric Zemmour, par exemple, en a fait un marqueur de la frontière culturelle qui permet de distinguer les vrais Français de ceux qui sont inassimilables. Cette instrumentalisation du christianisme n’est pas sans évoquer l’usage que les républicains ont fait des Gaulois au XIXe siècle : un passé mythifié pourvoyeur d’identité et en capacité [capable] de recharger le sentiment d’appartenance nécessaire à la cohésion sociale et à la défense contre les ennemis. Ainsi, le recours aux racines chrétiennes sert à conjurer des changements sociaux évalués comme des menaces. « Il n’y a pas de sacré du jour même », écrit l’historien Alphonse Dupront. Pour sacraliser quelque chose face à une altération possible, le recours aux grandeurs passées et au christianisme comme « incarnation sacrale du temps » (toujours Dupront) est un mouvement classique au sein des droites. La foi ou le catholicisme comme culture ne sont plus des dimensions essentielles des droites actuelles, mais, de manière caractéristique ces dernières décennies, celles-ci redeviennent une ressource de sens ou de mobilisation à chaque fois que le changement social s’accélère.

— Finalement, vous proposez de distinguer les catholiques de droite en fonction de leur rapport au temps.

YRC – Oui je montre que si on prend du recul par rapport aux ancrages doctrinaux, les catholiques de droite déterminent souvent leur position en fonction de leur « régime d’historicité », c’est-à-dire leur manière de penser l’articulation entre passé, présent et avenir. Le concordiste pense que l’avenir est plein de potentialité pour le christianisme et qu’il ne faut pas avoir peur de se détacher de ses formes héritées. Refuser le changement, c’est marginaliser le catholicisme dans la société à venir. Le conservateur pense que l’avenir ne sera profitable que dans la mesure où le legs du passé y est conservé. Il est prêt à accepter certains changements dans la mesure où cela ne compromet pas la perpétuation de cet héritage. En fonction de son interprétation de ce qui est au cœur de la tradition, il aura ainsi plus ou moins de souplesse. Enfin, le réactionnaire considère le présent et l’avenir avec défiance, comme des conséquences mauvaises d’un choix passé qu’il convient de corriger. La marche arrière est ainsi la condition d’une restauration de l’avenir. Et bien sûr, au cours de leur vie politique, les militants catholiques peuvent aller d’une attitude à une autre en fonction de la profondeur du changement qui est à l’ordre du jour.

Source : La Nef

À la droite du Père.
Les catholiques et les droites de 1945 à nos jours,
Sous la direction de Florian Michel et Yann Raison du Cleuziou,
paru au Seuil,
à Paris
en octobre 2022,
784 pp.,
ISBN-10 : 2 021 472 337
ISBN-13 : 978-2021472332

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Affiche subventionnée par Québec « contre la violence sexuelle » faite aux trans (m à j)

Sur la page Facebook du Cégep de Valleyfield:

« Ça aussi, c’est de la violence sexuelle. »

Plusieurs formes de violences sexuelles sont spécifiques aux communautés LGBTQIA2S+. Trop souvent, on a tendance à banaliser la violence sexuelle vécue par ces communautés.

Ce projet est rendu possible grâce au Collectif social, au Bureau de lutte contre l’homophobie et la transphobie, au Ministère de la Justice du Québec et au Gouvernement du Québec, en collaboration avec Interligne et le GRIS Montréal.

Au Cégep de Valleyfield, la violence sexuelle, c’est l’affaire de tout le monde et on prend ça au sérieux. Dans les prochaines semaines, tu pourras voir toutes les affiches de notre nouvelle campagne sur la violence sexuelle vécue par les communautés LGBTQIA2S+ sur les espaces d’affichage du cégep.

#hyperbole

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Éric Zemmour : l'école française est à la confluence des maux du pays

Pour le président de Reconquête ! , Éric Zemmour, qui a lancé le réseau des « Parents vigi­lants », l’ins­ti­tu­tion sco­laire française est à la confluence des maux du pays. Il a publié ce texte dans Le Figaro de ce 7 octobre.

Je vais vous faire une confidence : lorsque le 11 septembre dernier, j’ai décidé de créer un réseau des « Parents vigilants » dans toute la France, je n’imaginais pas que l’actualité nous donnerait raison si vite, si fort. J’avais pourtant été marqué pendant ces mois de campagne présidentielle par l’inquiétude des parents pour l’école de leurs enfants. Ici un couple m’expliquait qu’ils rêvaient de déménager pour éviter à leur enfant d’intégrer une école où les « Gaulois » étaient désormais minoritaires. Là, un grand-père effondré me dépeignait la façon dont l’histoire de notre pays était enseignée à son petit-fils, qui ne connaissait pas Napoléon, alors qu’il était en seconde. Une mère célibataire était désemparée face à son fils de 7 ans qui lui demandait s’il pouvait devenir une petite fille après le passage d’une association dans sa classe. Tous me livraient la chronique d’une institution à la dérive.

Tous ces récits ont été corroborés par les témoignages recueillis sur le site internet créé dans le cadre de notre campagne. Parallèlement se répandaient sur les réseaux sociaux les images de violences — contre les élèves ou les professeurs — sans compter les provocations islamiques : la semaine dernière, je découvrais une vidéo de jeunes Maghrébins, hilares, revêtus du qamis pour leur photo de classe au lycée. Fin août, une note du comité interministériel de prévention de la délinquance et de la radicalisation (CIPDR — dont il faut saluer le travail minutieux) avait déjà alerté sur une offensive islamique en milieu scolaire. De fait, les vidéos incitant au port du voile en classe, ou encore invitant à faire la prière dans l’enceinte du lycée, se sont multipliées ces dernières semaines.

Pendant ce temps, notre ministre de l’éducation, inclusive davantage que nationale, a de tout autres préoccupations. Pap Ndiaye a récemment prouvé qu’il n’en avait pas fini avec sa mise en accusation de la France, s’en prenant à notre pays depuis les États-Unis. S’il n’était pas occupé à disserter sur la difficulté de la France à parler des races — cela s’appelle peut-être l’universalisme républicain ! —, Pap Ndiaye aurait vu la déferlante de messages postés par des jeunes issus de l’immigration lors de la rentrée, regrettant le nombre de Français — c’est-à-dire pour eux de Blancs — dans leurs classes. Il aurait également visionné le documentaire diffusé sur la chaîne Public Sénat montrant des jeunes noirs et maghrébins du collège parisien Berlioz accueillant sans tendresse une « invasion des Blancs » venue du collège voisin Coysevox : « Les Blancs, ils ne servent à rien », rigole une jeune fille noire. De jeunes Blancs qui servent au moins de chair à canon à la propagande imposée par l’éducation nationale, contraints d’endosser le rôle d’Américains racistes dans une reconstitution théâtrale du célèbre épisode du bus dans lequel Rosa Parks refusa de se soumettre aux règles de l’Amérique ségrégationniste des années 1950. À voir ces enfants clamer leur credo antiraciste, on se croirait revenu au temps de la propagande communiste dans les écoles de L’URSS stalinienne.

À la même époque, il est vrai, Lyssenko expliquait doctement que les lois de Mendel sur l’hérédité étaient infondées et exigeait l’application de « la dialectique marxiste aux sciences de la nature ».

De nos jours, les héritières féministes de Lyssenko condamnent la biologie comme une science « patriarcale ».

Ce sont ces adeptes de la théorie du genre qui ont aujourd’hui pignon sur rue dans notre université. Ce sont à eux que notre ministre veut livrer les cerveaux malléables de nos enfants, en relançant « l’éducation à la sexualité », y compris dans les écoles maternelles et primaires, pour lutter en particulier contre « les LGBT-phobies ». Les plus hautes autorités de l’état se font les relais de cette propagande : une circulaire ministérielle (validée il y a quelques jours par le Conseil d’État) permet désormais aux élèves dits « transgenres » d’utiliser à l’école leur « prénom d’usage », c’est-à-dire celui qu’ils ont choisi eux-mêmes.

On le voit, l’école est à la confluence des trois phénomènes qui désagrègent notre nation millénaire : le grand remplacement, le grand déclassement, et le grand endoctrinement.

Le wokisme s’ajoute à l’islamisation pour détruire tout ce qui reste de français dans notre école publique. C’est une alliance conflictuelle, car les parents musulmans sont, plus que d’autres et avec raison, ulcérés par la dérive « genrée » et LGBT de l’éducation nationale. Mais, demain, entre militantes woke aux cheveux bleus et militantes islamiques aux cheveux couverts, les dernières petites têtes blondes longeront les murs la tête baissée.

La baisse du niveau scolaire, constatée dans tous les classements internationaux, ôte à nos enfants les moyens intellectuels de développer leur esprit critique face au grand endoctrinement, qu’il soit antiraciste, féministe, écologique, LGBT. Le grand déclassement des professeurs, social et culturel, les empêche de résister aux idéologues du pédagogisme qui leur interdisent de transmettre leur savoir.

Hors quelques courageux professeurs et chefs d’établissement encore désireux de transmettre le savoir, les parents doivent comprendre qu’ils ne peuvent aujourd’hui compter ni sur l’institution, ni sur le ministre, ni sur les juridictions. Je les invite à se regrouper, s’organiser, témoigner aussi, ne plus rien laisser passer, pour l’avenir de leurs enfants. C’est-à-dire celui de notre nation.

« La baisse du niveau scolaire, constatée dans tous les classements internationaux, ôte à nos enfants les moyens intellectuels de développer leur esprit critique » face au grand endoctrinement.


Douze juges fédéraux américains décident de ne plus recruter de candidats de la faculté de droit de Yale

Invoquant la liberté d’expression, 12 juges fédéraux déclarent qu’ils ne prendront plus d’auxiliaires juridiques provenant de la faculté de droit de Yale. Sous la direction du juge qui lui est affecté, l’auxiliaire juridique fait des recherches sur des points de droit, rédige des mémoires sur des questions juridiques et, d’une manière générale, assiste le juge dans les travaux de la Cour. Il s’agit d’un poste prestigieux très convoité par les jeunes diplômés en droit.

 

Une douzaine de juges fédéraux disent qu’ils n’embaucheront plus d’auxiliaires de l’Université de Yale, citant une série de scandales qui, selon eux, ont porté atteinte à la liberté d’expression et à la diversité intellectuelle.

Outre le juge de Cour d’Appel James Ho, qui a annoncé jeudi qu’il n’embaucherait plus d’auxiliaires diplômés de la faculté de droit la mieux classée du pays, 12 juges fédéraux — de tribunaux de première et de seconde instance — ont déclaré au Washington Free Beacon qu’ils se joignaient au boycottage.

« Les étudiants doivent être conscients qu’ils auront moins de perspectives s’ils étudient à Yale », a déclaré un éminent juge d’une cour d’appel, dont les assistants ont obtenu des postes à la Cour suprême. « Je n’ai aucune confiance qu’on leur enseigne quoi que ce soit ».

À une exception près, les juges ont clairement indiqué qu’il s’agit d’une politique qu’ils imposent aux futurs étudiants de la faculté de droit de Yale, et non aux étudiants actuels.

La porte-parole de la faculté de droit n’a pas répondu aux demandes de commentaires.

Si le boycottage s’étend à d’autres juges conservateurs, il pourrait porter un coup sérieux à la faculté de droit de Yale, qui a gardé la première place dans le classement de U.S. News and World Report depuis que cette publication a commencé à classer les facultés de droit dans les années 1980. Les stages, en particulier dans la magistrature fédérale, sont des emplois très convoités dans la profession juridique, et de nombreux étudiants choisissent Yale plutôt que d’autres facultés de droit d’élite parce que ses diplômés ont toujours eu plus de chances d’être stagiaires auprès de juges éminents. Un boycottage pourrait changer ce calcul, obligeant les administrateurs de Yale à modérer les étudiants et leurs collègues activistes s’ils veulent continuer à attirer les meilleurs et les plus brillants — et s’ils veulent maintenir ne serait-ce qu’un minimum de diversité idéologique.

Les juges qui se joignent au boycottage, qui ont tous requis l’anonymat afin de pouvoir s’exprimer librement, ont cité une série d’incidents au cours desquels, selon eux, la liberté d’expression a été attaquée à Yale, à commencer par une controverse survenue en septembre 2021, au cours de laquelle les administrateurs avaient fait pression sur Trent Colbert, étudiant en deuxième année de droit, pour qu’il s’excuse d’un courriel dans lequel il qualifiait son appartement de « planque » [de revendeur de drogues]. Le directeur de la diversité de la faculté de droit, Yaseen Eldik, a également qualifié de « déclencheur » [contrariant pour l’extrême gauche] l’appartenance de Colbert à la Société fédéraliste conservatrice, selon une fuite audio obtenue par le Free Beacon.

Puis, en mars, plus d’une centaine d’étudiants de Yale ont perturbé une table ronde bipartisane sur les libertés publiques, provoquant un tel chaos que la police a été appelée pour escorter les orateurs en lieu sûr. Bien que la perturbation ait constitué une violation apparente des politiques de Yale en matière de liberté d’expression, la doyenne de la faculté de droit de Yale, Heather Gerken, a exclu toute action disciplinaire à l’encontre des manifestants. Elle a même nié que les étudiants avaient transgressé une quelconque politique officielle, ce qui a suscité les réactions de sa collègue Kate Stith, qui a prévenu que Gerken créait un « terrible précédent ».

Un autre juge d’une cour d’appel, fournisseur d’un grand nombre d’auxiliaires juridiques à la Cour suprême, a déclaré qu’il était « tiraillé » quant à sa participation au boycottage, mais que les arguments en faveur de celui-ci s’étaient « renforcés » au cours de l’année écoulée. « J’ai engagé un tas d’excellents auxiliaires juridiques de Yale », de déclarer le juge. Mais « à un moment donné, l’institution devient tellement dépourvue de valeur et dégénérée qu’on se demande quel conservateur voudrait en faire partie ».

La faculté de droit a peu fait pour répondre aux préoccupations concernant l’ambiance sur le campus. Gerken a été reconduit dans ses fonctions de doyenne en janvier et, bien que l’une des administratrices impliquées dans le scandale de la « planque », la doyenne associée Ellen Cosgrove, ait pris sa retraite à la fin de l’année universitaire, Eldik reste sur son perchoir.

Alors que le boycottage officiel marque une aggravation de la guerre idéologique entre l’université de Yale et ses détracteurs, les préoccupations concernant l’ambiance à la faculté de droit ont percolé dans le système judiciaire depuis des années. Certains juges évitent déjà d’embaucher des membres de l’école de Yale, a déclaré un juge d’une cour d’appel, en raison de ce qu’ils considèrent comme une chambre d’écho [un milieu clos qui renforce sans cesse certaines idées] qui retarde la « croissance intellectuelle ».

Plusieurs juges ont noté que Yale est la seule faculté de droit d’élite qui n’emploie aucun éminent professeur conservateur, ce qui, selon eux, l’a rendue plus vulnérable à une pensée grégaire. « Il m’est difficile de voir comment on peut obtenir une éducation rigoureuse et bien équilibrée dans cet environnement », a déclaré un juge de district. « Et c’est un problème lorsqu’il s’agit d’embaucher des assistants juridiques ».

La monoculture idéologique de la faculté de droit pose également un problème pour l’examen des candidats aux postes d’assistants, ont déclaré certains juges, car il n’y a tout simplement pas de professeurs en qui ils ont confiance pour recommander des assistants conservateurs.

Le juge « fournisseur » a déclaré au Free Beacon qu’il s’était longtemps fié à Amy Chua, une professeur de droit de Yale de gauche mais hétérodoxe, pour ses recommandations, mais que, pour la faculté de droit, c’est désormais un « crime de parole et de pensée » pour des étudiants de s’associer à elle.

[La doyenne de la faculté de droit] Gerken a retiré à Chua certains de ses privilèges d’enseignement au printemps 2021 après que des étudiants se soient plaints qu’elle avait organisé des dîners en violation des restrictions COVID de la faculté. Les administrateurs de la faculté de droit ont ensuite fait pression sur deux étudiants en droit pour qu’ils déposent une plainte en justice contre elle, selon un procès intenté par deux étudiants contre l’école de l’Ivy League, qui allègue que Cosgrove et Eldik ont exercé des représailles contre eux lorsqu’ils ont refusé.

Avec ou sans boycottage, la mise à l’écart de Chua « rendra plus difficile » l’embauche d’auxiliaires juridiques diplômés de Yale, a déclaré le juge. « Je ne sais pas combien je vais continuer à en embaucher ».

Source : Free Beacon


jeudi 6 octobre 2022

Gestion de la pandémie — La sédentarité a bondi chez les jeunes

Le temps d’écran a beaucoup augmenté entre 2020 et 2022 au Québec. L’enseignement en mode virtuel a, sans surprise, fait bondir le temps d’écran. La note attribuée à ce chapitre est passée de D+ en 2020 à F deux ans plus tard.

Le dernier Bulletin de l’activité physique chez les enfants et les jeunes de l’organisme Participaction constate que l’activité physique, qui était déjà bien en deçà des recommandations, a baissé avec la mise en place des mesures de confinement.

Le pourcentage des enfants qui respectent les recommandations en matière d’activité physique d’intensité moyenne à élevée, soit 60 minutes par jour, est passé de 39 % avant la pandémie à 28 % durant les confinements [inutiles pour les enfants] imposés par la gestion de la pandémie.

« Sur deux ans de COVID, avec les mesures strictes, l’obligation de rester chez soi, le couvre-feu, les niveaux ont baissé. Les jeunes ne pouvaient aller jouer au soccer, au hockey… », note en entrevue le Dr Jean-Philippe Chaput, professeur associé à l’Université d’Ottawa et Membre du comité de recherche du Bulletin.

Participaction remarque cependant une hausse des activités à l’extérieur pour les jeunes. « Les gens étaient tannés de rester chez eux », remarque le Dr Chaput.

Mais globalement, il note que la pandémie a entraîné « un déclin de l’activité physique et une hausse du temps d’écran ». « Il y a des enfants avec des parents extrêmement sédentaires, qui ne bougent pas à la maison, dit-il. Au moins, à l’école, ils sont exposés à un environnement plus actif. »

Un défi pour la ministre

Ces résultats n’étonnent pas la Dre Julie St-Pierre, pédiatre spécialisée dans le traitement de l’obésité. « Ce n’est pas la première étude dans le monde qui montre cette tendance », dit-elle.

Dans une métanalyse publiée en juillet par la revue JAMA Pediatrics, des chercheurs ont analysé 22 études internationales. Ils concluent que les enfants et les jeunes passent 20 % moins de temps à bouger depuis le début de la pandémie.

Selon la Dre Julie St-Pierre, pédiatre spécialisée dans le traitement de l’obésité, « Maintenant, ce qui est important, c’est que les parents reprennent les routines : le samedi, c’est natation, dans la semaine on va au soccer... Beaucoup de gens dans nos cabinets de pédiatrie nous disent qu’ils n’ont pas repris les activités chez les jeunes. »

Elle note que d’autres facteurs, outre la pandémie, donnent du carburant à la sédentarité. Elle entend de plus en plus parler de la criminalité à Montréal, et de la peur de certains parents de laisser leurs enfants jouer au parc. Ou encore de l’inflation, qui pousse des parents à rogner dans les budgets alloués au sport.

« Je pense vraiment que la prochaine ministre déléguée aux Sports, que ce soit Isabelle Charest ou quelqu’un d’autre, devra prendre ce problème très au sérieux, et mettre des mesures en place comme des programmes gratuits chez les jeunes », dit la Dre St-Pierre.

La Fédération des éducateurs et éducatrices physiques du Québec (FEEPEQ) demande à Québec d’augmenter le temps réservé à cette matière.

« À la suite des dernières élections, la FEEPEQ pose aujourd’hui cette question : avec un budget provincial toujours plus gourmand en ce qui concerne le système de la santé du Québec, ne serait-il pas temps d’investir en amont et donc, en éduquant nos jeunes à la santé ? », fait valoir la Fédération dans un courriel envoyé jeudi à La Presse.

Les données de Participaction proviennent d’une multitude de sources, le plus possible objectives, c’est-à-dire avec des outils de mesure plutôt que des questionnaires. « L’enfant ne peut pas vraiment tricher », note Jean-Philippe Chaput.

Source : La Presse

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