lundi 19 novembre 2018

États-Unis — La secte universitaire

La secte universitaire, extrait de l’article d’Andrew Marzoni paru dans le Washington Post le 4 novembre 2018.

Avec le recul, les preuves étaient omniprésentes : j’avais vu des larmes inutiles dans les yeux de mes camarades de classe, harangués aux heures de bureau pour avoir eu le culot de demander une lettre de recommandation à un conseiller universitaire. La vie d’autres personnes a été suspendue pendant des mois, voire des années, par le refus des membres du comité de thèse de programmer un examen ou de répondre à un courrier électronique. J’ai rencontré les épouses et amies de professeurs chevronnés, j’ai entendu des rumeurs selon lesquelles de réputés universitaires auraient été exilés à l’étranger dans des institutions sœurs à la suite d’affaires avec des étudiantes diplômées qui avaient mal tourné. [...]

Une directrice de département, formé en tant qu’organisateur communautaire dans les années 1960, a menacé d’utiliser la loi sur la liberté de l’information pour lire les courriers électroniques des étudiants diplômés ; elle aurait pu le faire, puisque nous étions techniquement des employés de l’État. Ailleurs, une collègue de haut rang a proposé à mon amie un acte sexuel que je ne saurais nommer dans ce journal avant même le début de son nouvel emploi. Après s’être plainte à son patron, elle a été démise de ses fonctions sous d’autres prétextes. J’ai vu des étudiants diplômés dont on s’attendait à ce qu’ils paient des verres de whisky à 16 dollars pour leurs conseillers avec des cartes de crédit presque en dépassement au bar de l’hôtel lors d’une conférence universitaire. Il n’est pas rare pour un universitaire à la recherche d’emploi de consacrer 10 % de son revenu annuel — l’équivalent de la dîme — pour participer à une seule conférence et passer un entretien (le billet d’avion, le logement, les frais d’inscription et les frais accessoires). Un conseiller a même demandé à un de mes collègues d’écrire une thèse de doctorat sur un thème différent de son mémoire de maîtrise qui portait sur un philosophe dont les vues ne concordaient pas avec celles dudit conseiller. [...]

Nous endurons ces indignités lors de la recherche de postes rares, voire inexistants. En novembre dernier, Inside Higher Ed a annoncé que le nombre d’emplois annoncés par la Modern Language Association [anglais et langues étrangères] en 2016-2017 avait diminué pour une cinquième année consécutive, atteignant ainsi un nouveau plancher. La liste des postes disponibles pour 2018-2019, publiée début octobre, contient actuellement moins de 50 emplois dans mon domaine, la littérature américaine. Bien que la liste continue d’être mise à jour tout au long de l’année et que tous les postes n’y figurent pas, le décompte final n’aura aucune incidence sur le nombre de doctorats décernés cette année : malgré la pénurie de postes, les programmes de sciences humaines ont décerné 5 891 doctorats en 2015, l’année de ma thèse, un record depuis que de telles données sont tenues en 1987. Près de trois fois plus que le nombre de postes publiés pour professeurs universitaires en anglais et en langues étrangères pour la même année universitaire.

Cette asymétrie contribue à une culture de dépendance et convainc les doctorants qu’ils doivent obéir aux ordres de leurs directeurs pour obtenir des emplois de plus en plus rares. C’est aussi, au moins en partie, le résultat de l’envie des membres permanents du corps professoral, avides de disciples, qu’ils aient ou non un emploi. Inévitablement, cela se traduit par un bassin grandissant de docteurs ou de doctorants qui enseignent sur une base complémentaire, gagnant souvent moins que le salaire minimum, sans avantages sociaux, empêtrés dans des relations professionnelles inéquitables semblables à ceux des employés de l’église que je connaissais en grandissant : insécurité financière et donc enclins à accepter des offres qu’ils ne peuvent pas refuser. Avec peu de formation pratique, même en enseignement, les étudiants diplômés qui s’aventurent hors de leur discipline peuvent paraître surqualifiés pour les employeurs qui se méfient de leurs titres universitaires, mais ils sont généralement sous-qualifiés, leur expérience concrète se limitant à des emplois de service et à des piges qui les maintiennent à flot d’un semestre à l’autre. Ces fidèles qui travaillent comme adjoint, que ce soit par nécessité ou par choix, gagnent généralement moins de 5 000 dollars par classe. En 2015, le Berkeley Labor Center de l’Université de Californie a signalé qu’un quart des membres du corps professoral travaillant à temps partiel bénéficiaient de la sécurité sociale, ce qui les privait d’alternative et d’issues possibles.

L’exploitation est la base de toute secte religieuse. Les auxiliaires d'enseignement, comme les membres d’un culte, sont généralement tenus de travailler, longtemps et durement pour une rémunération modique, au service de l’institution afin de prouver leur dévouement au monde universitaire. Contrairement aux stéréotypes selon lesquels les professeurs sont au mieux de purs esprits contemplatifs et au pire des pantouflards partisans, de nombreux universitaires utilisent leurs étés et leurs congés sabbatiques pour rattraper leur retard dans la rédaction d’articles et d’un livre prévu de longue date, travaillant jusqu’à 60 heures de travail par semaine. Le cliché « publier ou périr » contredit une exigence constante de prouver son engagement et sa valeur. Cela équivaut à une peur paralysante de se « ridiculiser intellectuellement », comme l’a dit un de mes mentors. Il est difficile de ne pas considérer ces abus comme des rites de passage au service d’une cause supérieure. Les universitaires peuvent se faire passer pour des adversaires endurcis aux normes dominantes et du pouvoir constitué, mais leurs rituels de droits acquis et leur loyauté diabolique envers le réseau de leur caste et envers des privilèges établis contredit cette prétention critique. Personne ne le dit à haute voix, mais tous les étudiants diplômés le savent bien : c’est le prix à payer pour avoir une chance d’entrer dans le sanctuaire de la « titularisation ». Suivez le chef spirituel ou préparez-vous à enseigner dans une école secondaire.

Comme d’autres qui ont pris conscience de cela, je n’ai pas été étonné lorsque j’ai appris la récente enquête sur le harcèlement sexuel d’Avital Ronell [ci-dessous], professeure de littérature comparée à la New York University [une déconstructiviste de gauche radicale], que j’ai abondamment citée dans ma thèse de doctorat. La campagne de diffamation lancée par nombre de ses célèbres collègues [parmi lesquels Judith Butler, mère de la théorie du genre] contre son accusateur, Nimrod Reitman, m’a encore moins étonné. Elle ressemblait aux tactiques de réduction au silence employées par l’Église de Scientologie ainsi que d’autres sectes. Ces universitaires ne parviennent pas, honteusement, à défendre les théories radicales sur lesquelles reposent leur carrière et leur réputation.


Ce sont les personnalités qui président aux grandes organisations professionnelles, enseignent dans les meilleures écoles, utilisent leur prestige pour offrir à leurs étudiants diplômés les meilleurs emplois (ou prétendent du moins le faire), ils rédigent même les « Écritures » que leurs disciples dissémineront. Jusqu’à sa mort en 1983, le fondateur de Living Word, John Robert Stevens, partageait beaucoup de traits avec ces saints universitaires. Ses textes sont des trames denses et complexes tissées de métaphores, de termes jargonneux et de références qui exigent l’interprétation d’autres gourous dont la proximité avec la source n’est pas toujours uniquement spirituelle ou intellectuelle. Ronell, pour sa part, a commencé à parler en invoquant son propre maître disparu : le philosophe Jacques Derrida. Comme le note Andrea Long Chu, décrivant son apprentissage auprès de Ronell, la professeure a écrit qu’elle avait été « conditionnée à accomplir toute servitude, sachant que passer du temps, que ce soit à l’école supérieure ou dans le cadre d’un corps enseignant, équivalait à des actes — ou des “passivités” — de sujétion dignes d’une secte. » Les réseaux d’adulation que Derrida et d’autres évangélistes de déconstruction ont ainsi tissés ressemblent à ceux d’autres dirigeants charismatiques : les Rajneesh, Sun Myung Moon, Marshall Applewhite et Jim Jones.

Le scandale Ronell devrait nous ouvrir les yeux sur le fait que l’université du XXIe siècle est devenue une institution absolutiste qui encourage les sycophantes et une ennemie de la dissidence. La faute ne réside pas tant dans une école de pensée particulière que dans l’institution universitaire elle-même.

Voir aussi

La protestation radicale dans les universités, un acte religieux ?

Australie — Le gouvernement conservateur veut sévir contre les universités qui briment la liberté d'expression

La liberté d’expression est une part fondamentale de ce qu’est une université. Fondamentale pour mener à bien des recherches et fondamentale pour que les étudiants puissent s’épanouir intellectuellement.

L’annonce du gouvernement selon laquelle l’ancien juge en chef Robert French dirigera une enquête sur la liberté d’expression dans les universités est à la fois bienvenue et importante. Les universités australiennes devraient saisir l’occasion de revoir et d’améliorer leurs politiques et leur culture institutionnelles.

Le ministre fédéral de l’Éducation, Dan Tehan, a déclaré que Robert French examinera les codes de conduite, les accords d’entreprise et les plans stratégiques, l’efficacité du cadre juridique existant et ce que d’autres pays font pour promouvoir la liberté d’expression à l’université.

Nos universités ne parviennent pas à protéger la libre recherche intellectuelle.

Le Bilan de la liberté d’expression sur les campus 2017 mené par l’Institute of Public Affairs a évalué plus de 165 politiques et actions dans les 42 universités australiennes. Il a révélé que les quatre cinquièmes des politiques et des mesures prises par celles-ci sont hostiles à la libre expression. Elle a également constaté que seules huit des 42 universités australiennes ont des politiques autonomes pour la liberté d’expression comme l’exige la loi de 2003 sur le soutien à l’enseignement supérieur.

Certaines politiques universitaires empêchent tout commentaire dit « insultant » ou « importuns », un langage « offensant » et même, dans certains cas, le « sarcasme ».

La politique de bonne conduite des étudiants à l’Université Curtin, par exemple, définit le harcèlement comme « toute forme de comportement indésirable ou importun qui vous est offensant ». L’Université La Trobe [famille huguenote émigrée en Angleterre] définit l’intimidation comme une « offense [ou délit selon la traduction] non intentionnelle » et insiste pour que les étudiants n’utilisent pas un langage qui causerait des « blessures émotionnelles ». Une douzaine d’universités, dont l’Université nationale australienne, Monash et l’Université de la Nouvelle-Galles-du-Sud, maintiennent des dispositions sur le blasphème qui interdisent d’offenser les gens en raison de leur religion.

Il y a également eu un certain nombre d’incidents préoccupants.

L’Université James Cook a licencié Peter Ridd après qu’il eut exprimé une opinion contraire au consensus dominant sur la Grande Barrière de Corail. La brigade antiémeute a été convoquée à l’Université de Sydney en raison d’une violente protestation contre la psychologue Bettina Arndt. L’université a fait payer aux étudiants des frais de sécurité liés à la conférence, ce qui ne fait qu’encourager un type de « droit de véto donné aux harceleurs » et aux censeurs. L’Université Victoria a annulé la projection d’un film critiquant les Instituts Confucius financés par la Chine.

Robert French sera en mesure d’élaborer un code de conduite inspiré de celui de l’Université de Chicago. La Déclaration de Chicago affirme qu’« il n’est pas du ressort des universités de protéger ses élèves des idées ou des opinions qu’ils trouveraient importunes, désagréables ou même profondément offensantes ». Tout en se félicitant des critiques formulées à l’encontre des orateurs invités, il conclut également qu’il est erroné d’« entraver ou de porter atteinte à la liberté d’expression d’autrui ». Suivant le précédent établi par une douzaine d’États américains, l’Australie devrait légiférer sur les principes de la déclaration de Chicago.

La réforme des politiques est bienvenue et importante. Néanmoins, le défi auquel sont confrontées les universités australiennes est plus vaste et plus profond.

Les universités australiennes manquent de diversité de points de vue — des perspectives différentes qui s’opposent les unes aux autres dans la recherche de la vérité. Cela conduit à une culture de censure dans laquelle les individus qui s’expriment sont traités comme des hérétiques, et des propositions telles que celles du Centre Ramsay pour la civilisation occidentale sont farouchement opposées.

Le manque de diversité des points de vue conduit également à l’autocensure. Plus tôt ce mois-ci, Andrew Marzoni a écrit dans le Washington Post que « l’université est une secte… enracinée dans la soumission à un dogme manifesté par une figure d’autorité » sous la forme de professeurs titulaires. [Pour plus détails, voir un large extrait de cet extrait ci-dessous.]

Florian Ploeckl, maître de conférences à l’Université d’Adélaïde, a averti qu’« il est plus facile d’obtenir un financement abondant si vous choisissez le bon sujet, il est plus facile de publier un article si vous ne faites pas de vagues, et la vie dans la faculté est plus facile si vous voyez le monde comme le font vos collègues. »

Le but d’une université est miné par une culture qui ne tolère pas la dissidence. La recherche dépend de personnes ayant des points de vue différents qui remettent en question les conclusions des autres pour éviter tout raisonnement motivé [un biais de confirmation par esprit panurgien dans la profession qui travaille en vase clos].

La réforme des politiques est un premier pas important, mais les universités australiennes ont un long chemin à faire pour redevenir des bastions de la libre recherche intellectuelle.

Source : The Australian, 15 novembre 2018

Qui est Peter Ridd

Le Pr Peter Ridd de l’université James Cook, à Cairns en Australie, qui enseigne la physique et participe aux travaux du Centre de recherches sur les eaux tropicales et les écosystèmes aquatiques, a simplement essayé d’être honnête en publiant de nombreux articles scientifiques rendant compte de ses constats : une grande partie des données « scientifiques » invoquées pour faire état de dommages importants subis par la grande barrière de corail « sont soit totalement erronées soit fortement exagérées », ainsi qu’il a déclaré lui-même au Herald Sun la semaine dernière.


« Un seul exemple : les taux de croissance du corail qui se sont supposément effondrés tout au long de la barrière corallienne ont au contraire un peu augmenté… Les incidences massives de décoloration le long du récif dont on prétend se servir pour apporter la preuve d’une dévastation d’origine humaine et irréversible sont presque certainement totalement naturelles », a déclaré le savant.

Pour Peter Ridd la grande barrière de corail est actuellement « dans une forme excellente » et elle repousse largement après des épisodes de décoloration et le cyclone. Ainsi, il rapporte que certaines parties du récif méridional ont vu leur masse de corail tripler en six ans après un cyclone particulièrement violent.

Que le professeur ait tort ou raison — après tout, ses affirmations, tout comme celle des réchauffistes, méritent d’être vérifiées, évaluées, passées au crible de l’expérience — il a du moins ouvert un débat qui attend une réponse scientifique. Mais c’est du débat dont l’université James Cook ne veut à aucun prix. Il a été jugé coupable de « faute professionnelle grave » et de « manque d’esprit collégial » — pour avoir contrevenu à la pensée unique…

L’affaire a été déclenchée après que Sky News eut invité le Pr Ridd à présenter ses arguments l’an dernier au mois d’août. Ridd s’était expliqué, ajoutant qu’il ne voyait pas comment continuer de faire confiance à des organisations scientifiques comme l’Institut australien des sciences marines ou encore l’Australian Research Council Centre of Excellence for Coral Reef Studies qui prêche les thèses les plus apocalyptiques.

La secte universitaire, extrait de l’article d’Andrew Marzoni

Avec le recul, les preuves étaient omniprésentes : j’avais vu des larmes inutiles dans les yeux de mes camarades de classe, harangués aux heures de bureau pour avoir eu le culot de demander une lettre de recommandation à un conseiller universitaire. La vie d’autres personnes a été suspendue pendant des mois, voire des années, par le refus des membres du comité de thèse de programmer un examen ou de répondre à un courrier électronique. J’ai rencontré les épouses et amies de professeurs chevronnés, j’ai entendu des rumeurs selon lesquelles de réputés universitaires auraient été exilés à l’étranger dans des institutions sœurs à la suite d’affaires avec des étudiantes diplômées qui avaient mal tourné. [...]

Une directrice de département, formé en tant qu’organisateur communautaire dans les années 1960, a menacé d’utiliser la loi sur la liberté de l’information pour lire les courriers électroniques des étudiants diplômés ; elle aurait pu le faire, puisque nous étions techniquement des employés de l’État. Ailleurs, une collègue de haut rang a proposé à mon amie un acte sexuel que je ne saurais nommer dans ce journal avant même le début de son nouvel emploi. Après s’être plainte à son patron, elle a été démise de ses fonctions sous d’autres prétextes. J’ai vu des étudiants diplômés dont on s’attendait à ce qu’ils paient des verres de whisky à 16 dollars pour leurs conseillers avec des cartes de crédit presque en dépassement au bar de l’hôtel lors d’une conférence universitaire. Il n’est pas rare pour un universitaire à la recherche d’emploi de consacrer 10 % de son revenu annuel — l’équivalent de la dîme — pour participer à une seule conférence et passer un entretien (le billet d’avion, le logement, les frais d’inscription et les frais accessoires). Un conseiller a même demandé à un de mes collègues d’écrire une thèse de doctorat sur un thème différent de son mémoire de maîtrise qui portait sur un philosophe dont les vues ne concordaient pas avec celles dudit conseiller. [...]

Nous endurons ces indignités lors de la recherche de postes rares, voire inexistants. En novembre dernier, Inside Higher Ed a annoncé que le nombre d’emplois annoncés par la Modern Language Association [anglais et langues étrangères] en 2016-2017 avait diminué pour une cinquième année consécutive, atteignant ainsi un nouveau plancher. La liste des postes disponibles pour 2018-2019, publiée début octobre, contient actuellement moins de 50 emplois dans mon domaine, la littérature américaine. Bien que la liste continue d’être mise à jour tout au long de l’année et que tous les postes n’y figurent pas, le décompte final n’aura aucune incidence sur le nombre de doctorats décernés cette année : malgré la pénurie de postes, les programmes de sciences humaines ont décerné 5 891 doctorats en 2015, l’année de ma thèse, un record depuis que de telles données sont tenues en 1987. Près de trois fois plus que le nombre de postes publiés pour professeurs universitaires en anglais et en langues étrangères pour la même année universitaire.

Cette asymétrie contribue à une culture de dépendance et convainc les doctorants qu’ils doivent obéir aux ordres de leurs directeurs pour obtenir des emplois de plus en plus rares. C’est aussi, au moins en partie, le résultat de l’envie des membres permanents du corps professoral, avides de disciples, qu’ils aient ou non un emploi. Inévitablement, cela se traduit par un bassin grandissant de docteurs ou de doctorants qui enseignent sur une base complémentaire, gagnant souvent moins que le salaire minimum, sans avantages sociaux, empêtrés dans des relations professionnelles inéquitables semblables à ceux des employés de l’église que je connaissais en grandissant : insécurité financière et donc enclins à accepter des offres qu’ils ne peuvent pas refuser. Avec peu de formation pratique, même en enseignement, les étudiants diplômés qui s’aventurent hors de leur discipline peuvent paraître surqualifiés pour les employeurs qui se méfient de leurs titres universitaires, mais ils sont généralement sous-qualifiés, leur expérience concrète se limitant à des emplois de service et à des piges qui les maintiennent à flot d’un semestre à l’autre. Ces fidèles qui travaillent comme adjoint, que ce soit par nécessité ou par choix, gagnent généralement moins de 5 000 dollars par classe. En 2015, le Berkeley Labor Center de l’Université de Californie a signalé qu’un quart des membres du corps professoral travaillant à temps partiel bénéficiaient de la sécurité sociale, ce qui les privait d’alternative et d’issues possibles.

L’exploitation est la base de toute secte religieuse. Les auxiliaires d'enseignement, comme les membres d’un culte, sont généralement tenus de travailler, longtemps et durement pour une rémunération modique, au service de l’institution afin de prouver leur dévouement au monde universitaire. Contrairement aux stéréotypes selon lesquels les professeurs sont au mieux de purs esprits contemplatifs et au pire des pantouflards partisans, de nombreux universitaires utilisent leurs étés et leurs congés sabbatiques pour rattraper leur retard dans la rédaction d’articles et d’un livre prévu de longue date, travaillant jusqu’à 60 heures de travail par semaine. Le cliché « publier ou périr » contredit une exigence constante de prouver son engagement et sa valeur. Cela équivaut à une peur paralysante de se « ridiculiser intellectuellement », comme l’a dit un de mes mentors. Il est difficile de ne pas considérer ces abus comme des rites de passage au service d’une cause supérieure. Les universitaires peuvent se faire passer pour des adversaires endurcis aux normes dominantes et du pouvoir constitué, mais leurs rituels de droits acquis et leur loyauté diabolique envers le réseau de leur caste et envers des privilèges établis contredit cette prétention critique. Personne ne le dit à haute voix, mais tous les étudiants diplômés le savent bien : c’est le prix à payer pour avoir une chance d’entrer dans le sanctuaire de la « titularisation ». Suivez le chef spirituel ou préparez-vous à enseigner dans une école secondaire.

Comme d’autres qui ont pris conscience de cela, je n’ai pas été étonné lorsque j’ai appris la récente enquête sur le harcèlement sexuel d’Avital Ronell [ci-dessous], professeure de littérature comparée à la New York University [une déconstructiviste de gauche radicale], que j’ai abondamment citée dans ma thèse de doctorat. La campagne de diffamation lancée par nombre de ses célèbres collègues [parmi lesquels Judith Butler, mère de la théorie du genre] contre son accusateur, Nimrod Reitman, m’a encore moins étonné. Elle ressemblait aux tactiques de réduction au silence employées par l’Église de Scientologie ainsi que d’autres sectes. Ces universitaires ne parviennent pas, honteusement, à défendre les théories radicales sur lesquelles reposent leur carrière et leur réputation.

Ce sont les personnalités qui président aux grandes organisations professionnelles, enseignent dans les meilleures écoles, utilisent leur prestige pour offrir à leurs étudiants diplômés les meilleurs emplois (ou prétendent du moins le faire), ils rédigent même les « Écritures » que leurs disciples dissémineront. Jusqu’à sa mort en 1983, le fondateur de Living Word, John Robert Stevens, partageait beaucoup de traits avec ces saints universitaires. Ses textes sont des trames denses et complexes tissées de métaphores, de termes jargonneux et de références qui exigent l’interprétation d’autres gourous dont la proximité avec la source n’est pas toujours uniquement spirituelle ou intellectuelle. Ronell, pour sa part, a commencé à parler en invoquant son propre maître disparu : le philosophe Jacques Derrida. Comme le note Andrea Long Chu, décrivant son apprentissage auprès de Ronell, la professeure a écrit qu’elle avait été « conditionnée à accomplir toute servitude, sachant que passer du temps, que ce soit à l’école supérieure ou dans le cadre d’un corps enseignant, équivalait à des actes — ou des “passivités” — de sujétion dignes d’une secte. » Les réseaux d’adulation que Derrida et d’autres évangélistes de déconstruction ont ainsi tissés ressemblent à ceux d’autres dirigeants charismatiques : les Rajneesh, Sun Myung Moon, Marshall Applewhite et Jim Jones.

Le scandale Ronell devrait nous ouvrir les yeux sur le fait que l’université du XXIe siècle est devenue une institution absolutiste qui encourage les sycophantes et une ennemie de la dissidence. La faute ne réside pas tant dans une école de pensée particulière que dans l’institution universitaire elle-même.





dimanche 18 novembre 2018

Arrêter le cannabis et la mémoire revient

Un mois d’abstinence de cannabis et la mémoire reviendrait.. Une étude menée au Massachusetts General Hospital, aux États-Unis, et parue dans le Journal of Clinical Psychiatry montre que suspendre la consommation de cannabis sur cette période chez des utilisateurs réguliers entraîne aussitôt une amélioration de la mémoire. Un constat important quand on sait que dans cette étude les utilisateurs sont âgés de 16 à 25 ans, en pleine période d’apprentissage scolaire ou universitaire.

Le lien entre cannabis et altération des fonctions cognitives n’est plus à démontrer. «Cette évidence clinique est désormais prouvée par des études robustes en termes de qualité et de suivi des sujets sélectionnés, explique la Dre Geneviève Lafaye, spécialisée dans la prise en charge des adolescents et jeunes adultes dans le service d’addictologie de l’hôpital PaulBrousse à Villejuilf. Le cannabis altère non seulement la mémoire, mais aussi l’attention, la concentration, et de façon très handicapante les fonctions exécutives qui permettent de s’organiser, d’anticiper, de planifier, de prendre des décisions. »

Cette étude a donc porté sur des jeunes de 16 à 25 ans fumant du cannabis au moins une fois par semaine. Les chercheurs ont demandé à la moitié d’entre eux de suspendre leur consommation (moyennant rémunération) et à l’autre moitié de poursuivre ses habitudes. Pendant le mois qui a suivi, ils ont vérifié l’absence de cannabis dans les urines du groupe abstinent et ont évalué à plusieurs reprises les capacités d’attention et de mémorisation de l’ensemble des volontaires. Dès la première semaine, ils ont constaté une amélioration de la mémoire chez ceux qui avaient suspendu leur consommation alors qu’aucun effet n’était observé dans l’autre groupe.

Au terme d’un mois, les abstinents se souvenaient plus facilement de nouvelles informations et pouvaient aisément les restituer. En revanche, le degré d’attention n’avait pas bougé. Pour les auteurs, ces résultats sont un véritable encouragement au sevrage. «Il est vrai que les jeunes sont sensibles à l’argument de l’amélioration des fonctions cognitives, car ils souhaitent ne pas échouer scolairement et pouvoir suivre une orientation qui leur convienne. Or, il y a une réversibilité importante de ces fonctions après l’arrêt de la consommation. Mais attention, si la mémoire s’améliore vite, comme le montre cette étude, les fonctions exécutives mettent du temps à rentrer dans l’ordre et il ne faut pas s’attendre à un retour normal des choses en un mois. En particulier quand la consommation est ancienne, importante, ou a débuté précocement. Dans ces situations, la réversibilité est plus laborieuse voire incomplète. Mais le bénéfice est évident sur la motivation, l’engagement dans les études et le sentiment général d’aller mieux», explique Geneviève Lafaye.

En France, environ 40% des adolescents de 17 ans avaient déjà fumé du cannabis dans leur vie en 2017 et 7,2% étaient des consommateurs réguliers, dont le double de garçons par rapport aux filles (4,5% vs 9,7%). L’âge de la première expérimentation est en moyenne de 15 ans pour les deux sexes et plus l’initiation est précoce plus les effets cognitifs sont importants. «Il y a aujourd’hui une banalisation effrayante du cannabis qui retarde la prise en charge des jeunes dépendants et réduit malheureusement leurs chances de succès dans les études », rappelle l’addictologue.


Québec — baisse des résulats en mathématiques, plus d'élèves en difficulté

Du Journal de Québec et de l'étude de l'Institut Fraser :

1. MOINS D’ÉLÈVES EN RETARD

Le taux d’élèves considérés « en retard » dans les écoles secondaires québécoises est à la baisse, étant passé de 27,9 % en 2013 à 24,6 % en 2017. Il s’agit des élèves de quatrième secondaire qui ne termineront probablement pas leurs études secondaires dans le délai habituel de deux ans à cause d’un retard dans leur parcours scolaire. Il s’agit d’un indicateur « important et fiable » qui permet de conclure que la situation progresse dans la bonne direction, affirme Peter Cowley, de l’Institut Fraser.

2. BAISSE DES RÉSULTATS EN MATHÉMATIQUES

Les résultats des élèves aux examens ministériels de mathématiques sont en baisse comparés à l’année précédente. La moyenne est passée de 75,4 % en 2016, par comparaison à 67,6 % en 2017. Or cette année-là, le niveau de difficulté de l’épreuve avait été jugé plus élevé qu’à l’habitude, à un point tel que des enseignants avaient demandé au ministère de l’Éducation de remédier à la situation.

3. L’ÉCART DEMEURE ENTRE LES GARÇONS ET LES FILLES

Sans surprise, les filles réussissent mieux, encore une fois cette année, aux examens ministériels de fin d’année que les garçons. En mathématiques, l’écart est de 3,4 % alors qu’en langue d’enseignement, il est de 4,5 %. Cette réalité est toutefois semblable dans plusieurs autres provinces canadiennes, fait remarquer Peter Cowley de l’Institut Fraser. « La grande question est de savoir si les écoles en font assez pour faire réussir les garçons », lance-t-il.

4. ENCORE PLUS D’ÉLÈVES EN DIFFICULTÉ

Les élèves handicapés ou en difficulté d’adaptation ou d’apprentissage (EHDAA) sont encore plus nombreux que l’an dernier, leur proportion au secondaire étant passée de 24,7 % l’an dernier à 26,1 % cette année. Il s’agit d’une tendance qui se maintient depuis plusieurs années.

L'uniforme soude les élèves des établissements et est une source d'économie énorme pour les familles




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Enseigner autrement : pourquoi ça dérange ?



Djelika Darbo, enseignante à l’école René-Descartes, suit depuis le début du primaire (CP) les mêmes élèves avec la méthode de Singapour. Aujourd’hui en quatrième année du primaire (CM1), la moitié de ces enfants ne lui a pas été confiée. Au grand dam des parents qui approuvent cet apprentissage des maths et soutiennent la maîtresse.

E Djelika Darbo, enseignante à l’école primaire René-Descartes est abasourdie. Depuis la rentrée scolaire, la professeure connue pour son approche non traditionnelle de l’enseignement n’a pas retrouvé sa classe de CM1 A.

L’institutrice est en arrêt maladie en raison du « stress » et du « choc » engendrés par une affaire qui a débuté le 31 août, lors d’un conseil de classe extraordinaire. Ce jour-là, une liste d’élèves de CM1, différente de celle qu’elle a proposée en juin dernier lors du conseil d’école, lui est alors désignée.

 « Du CP (1re année) au CE2 (3e année), j’ai eu les mêmes élèves, à 90 % environ. J’ai demandé à suivre ces enfants dans la continuité de mon projet pédagogique, connu par la direction de l’école qui n’y voyait jusque-là pas d’inconvénient. Mais la moitié des élèves qui étaient dans ma classe les années précédentes n’y sont plus. Ils ont été [répartis]. Je ne comprends pas cette décision, d’autant plus que les résultats sont là. J’ai toujours travaillé dans l’intérêt des enfants et des familles », confie-t-elle.



Depuis son arrivée à René-Descartes, il y a cinq ans, l’institutrice qui a grandi dans le quartier Franc-Moisin privilégie dans son travail une pédagogie innovante : prise en compte du niveau de l’enfant, adaptation à son rythme, implication des parents d’élèves. Sa manière de faire plaît. Et les méthodes dont elle s’inspire — la méthode de Singapour pour les mathématiques, qui permet aux élèves de s’approprier de façon progressive l’univers de cette matière, et la méthode Alpha pour le français, qui apprend aux enfants à lire dans une démarche ludique basée sur le son et l’image — ont séduit bon nombre de parents.

« Cette maîtresse, je la souhaite à tous les élèves de ces zones REP, REP+ (1). Elle connaît les difficultés des enfants et leur donne un bagage culturel important », relate Marina (2), maman d’un « petit garçon qui a eu la chance d’être dans la classe de Mme Darbo depuis le CP ».

Même son de cloche du côté de la maman de Brad : « Mon fils a un niveau moyen, mais il est intelligent. Il fait parfois des crises de convulsion. La méthode Singapour, ça l’a beaucoup aidé avec les mathématiques. Madame Darbo, je l’ai rencontrée, elle m’a expliqué la méthode, elle travaille en collaboration avec les parents et l’enfant. » Quant à Hélène (2), une autre maman dont la fille est inscrite dans cette classe de CM1 A, la situation est « incompréhensible. Depuis la rentrée, il y a eu plus de six remplaçants ».

L’affaire est complexe et a déjà fait grand bruit : une pétition a été signée par la majorité des parents de la classe concernée en faveur de l’enseignante, des mamans d’élèves se sont rendues à la DSDEN (3) du 93 à plusieurs reprises pour alerter sur ce problème, des rendez-vous ont été pris dès septembre auprès de l’inspecteur de la circonscription, qui a répondu aux inquiétudes des parents, mais n’a pas souhaité donner suite à nos sollicitations, à l’instar de la direction de l’école.


« L’institution dévalue la pédagogie »

En France, aucune loi n’interdit à des enseignants de mettre en place de nouvelles pédagogies en matière d’enseignement. De plus, depuis une dizaine d’années, les méthodes Freinet, Alpha ou encore Singapour se sont introduites sur les bancs de l’école publique avec un certain succès. Mais pour certains professeurs, soucieux d’apporter au sein de leurs classes des projets innovants, le problème est à aller chercher du côté de l’institution elle-même. « Normalement, la règle, c’est la liberté pédagogique, mais celle-ci est de plus en plus remise en cause, avance un enseignant spécialisé anciennement directeur d’école, adepte de la pédagogie Freinet. Elle est fondée sur la méthode naturelle, le désir de l’enfant et son envie d’apprendre. » Après avoir mis en place avec son équipe un projet de « classes multiâges », « le projet a été saboté » faute de cohésion au sein de l’équipe enseignante.

Faire des expérimentations pédagogiques s’avère « difficile » aux yeux du professeur qui pointe du doigt la frilosité de l’Éducation nationale en ce qui concerne la constitution de projets innovants. « Il y a beaucoup de peurs, l’institution a de moins en moins de culture pédagogique, elle favorise les évaluations qui classent et stigmatisent. » Ces nouvelles méthodes qui pour certaines valorisent une éducation populaire, ne gagneraient-elles pourtant pas à être mises en avant dans un territoire comme Saint-Denis où les inégalités scolaires persistent ? « C’est encore plus impératif dans cette zone où il y a davantage qu’ailleurs une hétérogénéité des élèves et de la population. Cela a plus de sens. »

Yslande Bossé


Réseaux d’éducation prioritaire.
Les prénoms ont été changés.
Direction des services départementaux de l’Éducation nationale de la Seine–Saint-Denis.

Redmen de McGill – Dérives de l’université

Extraits d’une chronique de Joseph Facal au sujet de l’équipe de l’université anglophone de McGill (université sursubventionnée par Québec). La première mention par écrit au nom de Redmen remonte à 1929 sous la forme de « Red Men ». Elle aurait été utilisée pour décrire les uniformes rouges portés par les équipes sportives de McGill. Selon l’historien de McGill, le Dr Stanley Frost,  le nom des Redmen proviendrait de l’Antiquité, à l’époque où les Celtes étaient surnommés les « hommes rouges » en raison de leurs cheveux roux, « nos Redmen étaient sans aucun doute des Celtes rappelant l’origine écossaise de Scott McGill », note Frost. Les couleurs officielles de l’université sont également le rouge et le blanc. Il est possible que, par la suite, cette étymologie ait été oubliée et réinterprétée comme une allusion à des Peaux Rouges (mais pourquoi et lesquels ?), ce qui expliquerait que vers 1960 avec la féminisation de l’université, l’équipe féminine de hockey se soit appelées les Squaws.


L’Université McGill doit-elle abandonner le nom de Redmen pour ses équipes sportives masculines ? Un référendum organisé par les étudiants s’est soldé par un oui à 79 %, sauf que 72 % d’entre eux n’ont pas voté. Ce n’est donc pas un enjeu important pour la majorité des étudiants.



Pouvoir



L’association étudiante voit dans ce nom le symbole d’un « comportement oppressif et raciste » envers les Autochtones. L’administration explique qu’il renvoie à la couleur des chandails ou, possiblement, au fait que James McGill était Écossais, et que beaucoup d’Écossais sont roux. Bref, les Redmen ne sont pas les Redskins. [...]

Pour schématiser, deux contingents d’étudiants ont plus d’influence que les autres. Le premier contingent influent regroupe les étudiants qui visent une profession libérale : médecine, droit, génie, comptabilité, etc. Ils veulent un emploi sûr, de l’argent, un statut social. Ils ne vont pas à l’université par curiosité intellectuelle, mais pour obtenir les titres professionnels que le marché exige. Ils rapportent à l’université argent, prestige, classements dans les palmarès internationaux, donations philanthropiques, etc. [...] Leurs professeurs gèrent leurs propres carrières : recherche, publications, subventions, colloques, etc. L’enseignement est surtout assuré par des chargés de cours.

L’autre contingent influent, c’est cette poignée d’étudiants activistes dans les sciences humaines. Ils savent que leurs débouchés professionnels sont terriblement incertains. Ceux-là veulent surtout éliminer [ce qu’ils perçoivent comme] les injustices de notre monde. Il en faut, bien sûr, [...] mais on pourrait les souhaiter moins indignés à temps plein, moins certains d’avoir toujours raison, plus ouverts au doute et au questionnement. Comme les injustices sont insidieusement « systémiques », ils en voient partout. Dans leurs départements, beaucoup d’idéologies se déguisent en science. On leur inculque deux idées centrales, liées entre elles, issues de théories dites postmodernistes, structuralistes, néomarxistes, etc. Premièrement, on leur dit que la société repose d’abord sur une structure de domination. Tel objet est donc un symbole phallique, tel homme est l’archétype du patriarcat dominateur, et tel domestique est emblématique de toutes les minorités ethniques opprimées. L’oppression se construit notamment sur le langage. On traquera donc les mots « oppressants » comme Redmen.


Recul


Deuxièmement, on leur martèle qu’il n’y a pas une réalité objective : tout est construit, subjectif, relatif, tout n’est que discours. Comme tout est subjectif, leur propre subjectivité devient reine. Ce qui est important, c’est ce qu’ils pensent et ressentent. Ils se sentiront donc légitimés de censurer les conférenciers dont les propos leur déplaisent. Quelques-uns de leurs professeurs feront parfois office de véritables gourous. Ces étudiants soulèveront des controverses que nos médias vont mousser. Les administrations [tenteront] calmeront le jeu en cédant. C’est ainsi que reculent la transmission d’un patrimoine intellectuel commun, et l’authentique liberté de penser et de débattre.

lundi 12 novembre 2018

Zemmour à Béziers : Macron, Poitiers, démographie, Voltaire, Rousseau, la littérature contemporaine, de Beauvoir, la théorie du genre, enjeux de l'Armistice de 1918




Voir aussi

Éric Zemmour — Extraits de Destin français (m-à-j)

Éric Zemmour sur l’avortement

Au sujet de Poitiers, Zemmour cite Victor Davis Hanson et son Carnage et culture. Les grandes batailles qui ont fait l’Occident, Paris, Flammarion, 2002.

Victor Davis Hanson est professeur à l’Université de Californie, spécialiste de l’histoire militaire de l’Antiquité. La thèse de son ouvrage est forte : les sociétés occidentales bénéficient d’une supériorité militaire depuis l’Antiquité, qui découle des spécificités culturelles de leur ordre social et politique. Dans cette perspective, l’auteur remet en cause d’autres types d’interprétations de la supériorité militaire occidentale contemporaine. Il conteste d’abord toute idée d’un déterminisme biologique ou géographique, dans le cadre duquel les ressources naturelles de l’Europe, sa topographie particulière ou son climat lui auraient assuré une prospérité économique, gage de sa supériorité technologique et donc militaire. De même refuse-t-il d’expliquer cette supériorité par la maîtrise en matière d’armes à feu et d’explosifs acquise par ces sociétés à partir de la Renaissance et développée dans le cadre de la révolution industrielle. Pour Victor Davis Hanson, il existe une « culture militaire européenne », qui prend source au cœur des cités grecques, fut affiné par la République romaine et caractérise « la manière de faire la guerre » des sociétés héritières de cette antiquité classique. Paraphrasant Clausevitz, il affirme que « la guerre occidentale est souvent un prolongement de l’idée de la politique » (p. 38) et, qu’à ce titre, elle trouve ses fondements dans les principes qui organisent la place des individus au sein de la société, les relations qu’ils entretiennent avec le pouvoir et la nature des rapports qui les lient. Il évoque ainsi une « conception juridique de la liberté », « l’individualisme », « la liberté de recherche et le rationalisme » comme des traits distinctifs des sociétés occidentales et comme autant de facteurs déterminants de leur manière de faire la guerre. Ces caractéristiques culturelles décident selon lui des conditions dans lesquelles elle est abordée au sein de ces sociétés, conçue comme un moyen d’anéantir l’adversaire, affranchie de toute considération morale ou religieuse, et non comme un acte rituel. Elles influent sur les pratiques guerrières mises en œuvre par l’Occident : à la fois en ce qui concerne l’organisation des armées, conciliant discipline collective, souplesse du commandement et soumission à la critique publique, et leur comportement sur le terrain, où la recherche de l’affrontement frontal entre les troupes en présence est préférée à la ruse, à la tromperie ou à l’exaltation de l’exploit individuel.

Victor Davis Hanson met en évidence cette continuité de la létalité occidentale à travers l’examen de neuf batailles ayant opposé des forces européennes ou les États-Unis à des adversaires « non-occidentaux ». De l’Antiquité classique jusqu’à la Guerre du Vietnam, il s’intéresse ainsi aux batailles de Salamine (480 av. J.-C), Gaugamèles (331 av. J.-C), Cannes (216 av. J.-C.), Poitiers (732), Tenochtitlan (1521), Lépante (1571), Rorke’s Drift (1879), Midway (1942) et du Têt (1968). Les trois parties qui composent son ouvrage en décrivent la genèse dans la Méditerranée antique, sa diffusion progressive en Europe et dans l’hémisphère occidental, et son maintien à l’époque contemporaine. Pour chacune des batailles, il rend compte de son déroulement sur le terrain, de sa portée sur les relations entre les unités politiques impliquées, et des traits culturels propres aux Occidentaux ou à leurs adversaires qu’elle met en évidence. Il évoque ainsi l’ardeur des marins grecs de Salamine, convaincus de jouer leur liberté contre une Perse autocratique, dans une bataille à laquelle ils avaient consenti via leurs représentants. Il montre aussi le contraste entre les phalanges macédoniennes de Gaugamèles, disciplinées et tuant implacablement, et les troupes de Darius, promptes à rompre le combat pour se livrer au pillage ou à la fuite. Suivent les tableaux de l’infanterie lourde de Charles Martel opposant un mur de piques et de boucliers aux charges impétueuses, mais trop peu dévastatrices de la cavalerie arabe, du siège méthodique organisé par Cortès autour de Tenochtitlan, de l’ingéniosité technique et tactique de la flotte chrétienne à Lépante, etc. Autant d’événements et de faits qui sont abordés à partir de récits de contemporains ou de travaux d’historiens.

Alexandre Soljénitsyne : les libéraux précurseurs des révolutionnaires sanglants ?


Il y a un siècle naissait, en 1918, Alexandre Soljénitsyne. Il obtint le Nobel de Littérature en 1970. Déchu de sa nationalité en 1974 après la parution en Occident de L’Archipel du Goulag, il fut expulsé d’URSS, émigra aux États-Unis d’Amérique, où il vécut vingt ans avant de revenir vivre en Russie. L’Archipel du Goulag est sa première « cathédrale » d’écriture, selon l’expression de Georges Nivat, La Roue rouge (sur le « déraillement » de l’histoire russe) en constituant la seconde. Son éditeur français marque les dix ans de sa mort par la publication de trois textes politiques du grand écrivain. Pour mieux comprendre les révolutions française et russe. Loin des lieux communs progressistes.

En marge de ses grands romans, il y a des dizaines d’Écrits politiques d’Alexandre Soljénitsyne. Ce recueil s’ouvre sur une lettre publique, qui est l’axe de son œuvre, le moteur de sa vie : pour résister, il faut commencer par se réformer soi-même. Ce bref catéchisme du résistant fut rédigé en février 1974, à la veille de la seconde arrestation et de l’expulsion d’URSS de son auteur.

S’ensuivent les Leçons de Février (1983), inspirées par la lecture d’une immense littérature sur la révolution de 1917 et par une amère constatation : la monarchie russe, tricentenaire et encore populaire en 1914, est tombée en trois jours. Faute de savoir penser vrai, parler vrai ?

Pour terminer ce recueil, Deux révolutions : la française et la russe (1984), est une réflexion inédite en français, où Soljénitsyne compare le glissement vers mensonge et violence de ces deux révolutions.

Extraits de la chronique d’Éric Zemmour sur ce recueil :

Alexandre Soljenitsyne est mort il y a dix ans. Les polémiques autour de son nom se sont apaisées. Il n’y a plus assez de communistes pour aboyer aux mollets de l’« agent de la CIA » ; les « nouveaux philosophes » d’antan et libéraux de toujours n’osent plus le traiter de « réactionnaire », voire d’« antisémite ». Le rebelle controversé de jadis est devenu une statue du Commandeur. Quand son éditeur français a la bonne idée d’exhumer deux grands textes politiques, rédigés depuis son exil américain, quelques années avant la chute du mur de Berlin, il place en ouverture un court préambule intitulé « Vivre sans mentir », sorte de vade-mecum de survie spirituelle dans un régime totalitaire : « La clef de la libération est le refus de participer personnellement au mensonge. […] Nous ne sommes pas mûrs pour aller sur la place publique et proclamer à grands cris la vérité, et dire tout haut ce que nous pensons tout bas. Ce n’est pas pour nous, cela fait peur, mais refusons au moins de dire ce que nous ne pensons pas. »

On songe alors que nos régimes démocratiques d’aujourd’hui ressemblent de plus en plus aux régimes totalitaires d’autrefois, mais nous n’avons pas le temps de nous y attarder que le traducteur et préfacier du grand homme, Georges Nivat, nous explique que toute révolution est un « algorithme, celui du mensonge, du petit mensonge qui devient grand. […] Mensonge et révolution sont liés. » D’où le titre du recueil.

On lit. Et on relit certaines pages, séduits par la clarté virile du style sans effet de l’auteur, et étonné de ne pas y trouver la dénonciation du mensonge annoncée. Soljenitsyne n’est pas historien, mais il est mieux : il vit l’histoire de l’intérieur. Aucune des grandes réflexions sur la Révolution française — celles de Tocqueville, Thiers ou Taine — ne lui est inconnue. Les deux textes — le premier sur la seule révolution de février 1917, l’autre qui compare les deux révolutions de 1917 et de 1789 — font la paire.

La conclusion s’impose d’elle-même : ce n’est pas le mensonge qui a provoqué la chute des deux monarchies, mais la faiblesse des deux derniers rois. Nicolas II et Louis XVI étaient de bons chrétiens qui aimaient leur famille plus que le pouvoir, et ne voulaient pas faire couler le sang de leur peuple. Ces vertus chrétiennes et humanistes en faisaient de fort braves hommes et d’excellents pères de famille ; mais de détestables rois. Sans le citer, Soljenitsyne retrouve la leçon que professait déjà Richelieu dans son testament : les vertus privées font le plus souvent les malheurs publics. Ce qu’il dit de Nicolas II convient en tout point à Louis XVI : « Toutes les décisions […] procédaient chez le tsar de son attachement à la paix, qualité éminente pour un chrétien, fatale chez le dirigeant d’un grand empire. […] La dynastie s’est suicidée pour ne pas provoquer une effusion de sang, ou une guerre civile. Pour en provoquer une pire, plus longue, sans le drapeau unifiant au trône. »

La faiblesse coupable de ces rois tenait à leur caractère ; mais plus encore à l’environnement idéologique dans lequel ils ont baigné. Au contraire des libéraux et de tous les progressistes, Soljenitsyne ne fait pas de distinguo entre la « bonne » révolution (1789 et février 1917) et la « mauvaise » (1793 et octobre 1917). Il est même plus sévère avec les premières qu’avec les secondes ; avec les libéraux qu’avec les « terroristes » jacobins ou bolcheviques. Il a bien compris que c’est l’idéologie libérale, ce qu’il appelle le « Champ libéral-radical », qui a désarmé les monarques et les élites autour d’eux : « Durant cent ans, le Champ avait irradié si puissamment que la conscience nationale en lui s’était étiolée (“patriotisme primaire”), et la couche instruite avait cessé de prendre en considération les intérêts de l’existence nationale. Le sentiment national avait été rejeté par l’intelligentsia et négligé au sommet. C’est ainsi que nous avons pris le chemin de la catastrophe. »

Ce libéralisme antinational des élites avait été préparé de longue date — au siècle des Lumières pour la France et depuis le coup de main manqué des décembristes, en 1825, pour la Russie, par le travail de sape des intellectuels, des écrivains, des philosophes libéraux. Soljenitsyne reprend l’analyse de Tocqueville et de Taine : ce ne sont pas les difficultés économiques, sociales, voire militaires, qui ont « mûri la révolution, mais […] l’acharnement des intellectuels pendant des dizaines d’années, que le pouvoir n’a jamais pu surmonter ». Et de reprendre sans hésitation le jugement définitif des paysans russes qui fera hurler tous nos beaux esprits de Paris ou de Saint-Pétersbourg : « Ces troubles nous sont envoyés parce que le peuple a oublié Dieu. »

L’implacable diagnostic posé, on peut nuancer : si la parenté est frappante entre Girondins et Cadets, entre Danton et son groupe et les leaders SR (socialistes-révolutionnaires), sans oublier bien sûr les Jacobins de Robespierre et les bolcheviks de Lénine, Soljenitsyne n’est pas dupe de sa propre comparaison : « La Terreur de Robespierre a les jambes courtes » à côté de celle de Lénine : il n’a pas de force armée à sa dévotion ; respecte les formes parlementaires et surtout la propriété privée. Robespierre est un « patriote », Lénine se proclame « anti-patriote ». Soljenitsyne ne tombe pas dans le panneau dans lequel se précipiteront tous ses prétendus héritiers : il ne compare ni Robespierre à Lénine, ni Bonaparte à Staline. Il est un vrai réactionnaire, pas un libéral. Tous ses ennuis en Occident viendront de cette différence. Il a compris qu’une révolution commence lentement et finit fort : « La révolution est toujours une inflammation pathologique et une catastrophe. » Il a compris que pendant que l’est de l’Europe subissait le totalitarisme communiste, l’ouest du continent connaissait lui aussi une nouvelle révolution qui détruisait toute tradition, toute racine, tout patriotisme, toute spiritualité, avec la même alliance objective des libéraux qui désarment et des terroristes totalitaires qui détruisent.


Révolution et mensonge
de Alexandre Soljénitsyne (Auteur)
paru chez Fayard,
à Paris,
le 31 octobre 2018
192 pages
ISBN-10: 2213711682



dimanche 11 novembre 2018

France — recours au Conseil d’Etat des écoles indépendantes contre la réforme Blanquer du baccalauréat

Extrait d’un article paru sur le site Toute Educ :

ToutEduc : Vous avez introduit un recours pour excès de pouvoir devant le Conseil d’État contre la réforme du baccalauréat. En quoi estimez-vous que les élèves des écoles indépendantes sont discriminés ?

Anne Coffinier : Ils n’ont pas droit au contrôle continu et devront passer, « à la fin de l’année de terminale une épreuve ponctuelle pour chaque enseignement faisant l’objet du contrôle continu » [article 9 de l’arrêté du 16 juillet 2018]. Ils auront un examen très lourd, qui aura lieu en fin de terminale même pour la spécialité prévue pour la première seulement, avec un jury et des épreuves spécifiques, ce qui interdira de les comparer à leurs camarades. Cela va donc à l’encontre du sens de la réforme (simplification, évaluation…). De surcroît, ils n’auront pas d’éléments à fournir pour leur inscription sur la plateforme Parcoursup, qui doit être renseignée très tôt. Juridiquement, notre dossier est solide. D’autant que nos élèves de seconde n’ont pas eu droit au test de positionnement, ce qui constitue une discrimination supplémentaire.