dimanche 7 mai 2017

Étude — La légalisation du cannabis inciterait les ados à en consommer

Le journal La Presse s’est entretenu avec l’auteur principal d’une étude sur les adolescents dans deux États américains où le cannabis a été légalisé, le Colorado et l’État de Washington publiée juste avant Noël dans la revue JAMA Pediatrics, Magdalena Cerda de l’Université de Californie à Davis.

Pourquoi avez-vous fait cette étude ?

Nous avons connu récemment des changements sans précédent sur le plan des lois sur le cannabis. Les attitudes envers cette drogue deviennent plus permissives, notamment chez les enfants et les adolescents. Il semble que ce soit en partie à cause de la légalisation, qui envoie un message qu’il ne s’agit pas d’une drogue dangereuse. Or nous savons que plus un adolescent commence jeune à fumer du cannabis, plus augmentent son risque d’en utiliser tous les jours à l’âge adulte et son risque de dépendance. Il semble aussi y avoir un lien accru entre le cannabis et la psychose à l’adolescence. Nous avons utilisé un sondage administré à 254 000 ados de 13 à 17 ans entre 2010 et 2015 pour savoir s’ils jugeaient le cannabis dangereux ou pas.

Le cannabis est jugé moins dangereux au Colorado que dans l’État de Washington, même si les deux États l’ont légalisé en même temps, au début de 2014. Pourquoi ?

La proportion de jeunes qui en fument souvent, tous les mois, a aussi augmenté dans l’État de Washington, alors qu’elle est restée stable au Colorado : de 6,2 % à 8,2 % à 13 ans et de 16 % à 20 % à 15 ans, entre 2010 et 2015 [NDLR: la moyenne pour tout le secondaire au Québec en 2013 était de 10 %]. Notre hypothèse, c’est que le système est plus permissif au Colorado. Il y avait déjà un système de dispensaires médicaux de marijuana assez développé, et la publicité est permise. La proportion des jeunes ados qui jugent le pot peu dangereux ne bouge plus trop, d’ailleurs. On peut penser que si l’âge légal pour consommer de la marijuana avait été fixé plus bas plutôt qu’à 21 ans, les attitudes seraient encore plus favorables.

Les attitudes envers le pot sont-elles différentes dans les États où il est illégal ?

La perception que c’est dangereux diminue, mais beaucoup moins que dans les États où il a été légalisé. La différence est particulièrement grande à 13 ans : au Colorado, 63 % à cet âge considèrent la marijuana comme très ou modérément dangereuse, contre 60 % dans l’État de Washington et 70 % ailleurs.

Pourquoi n’y a-t-il pas de changements entre 2010 et 2015 dans l’attitude envers la marijuana chez les ados de 17 ans ?

Nous pensons qu’à cet âge, on est plus enclin à s’informer par soi-même, à se rebeller, voire à enfreindre les lois. Ceci dit, la consommation à 17 ans a baissé dans les États où le cannabis n’était pas légal, alors qu’elle a stagné au Colorado et dans l’État de Washington.

Le danger de commencer tôt à fumer de la marijuana s’applique-t-il à tous les ados, ou seulement à ceux qui sont à risque d’avoir des problèmes de comportement, académiques ou psychiatriques ?

Il y a beaucoup plus de risques pour les ados de classes sociales plus basses, dont les parents ont un dossier criminel ou des dépendances à la drogue ou à l’alcool, qui ont un QI plus bas que la moyenne ou des problèmes d’impulsivité. Mais une initiation précoce à la marijuana semble néfaste pour tous les ados.

La marijuana mène-t-elle à d’autres drogues ?

C’est controversé, il y a des études qui penchent des deux côtés. Il n’est pas clair non plus si la marijuana remplace l’alcool pour les ados, ou si les deux sont combinés.

Continuez-vous à étudier le sujet ?

Nous analysons maintenant les données en provenance de l’Uruguay, le premier pays à avoir légalisé le pot. L’approche est très différente de celle des États américains : ce gouvernement réglemente, produit et vend le cannabis, la puissance du cannabis, entre autres, et interdit les dérivés comme les huiles ou les aliments contenant du cannabis, ainsi que la publicité. Il sera aussi intéressant de voir comment les choses se feront dans les provinces canadiennes. [Ô joie, le Canada encore cobaye]

dimanche 30 avril 2017

Conférence : révolution française et révolution tranquille

Deux historiens : Marion Sigaut et Jean-Claude Dupuis

  • Révolution française – La philosophie des Lumières par Marion Sigaut
  • Révolution tranquille – La Réforme Parent par Jean-Claude Dupuis

Mercredi, le 10 mai 2017 à 19h00
Cathédrale Marie-Reine du Monde
1110, rue Mansfield, Montréal (entrée sur le côté de la Cathédrale)
Métro Bonaventure

Contribution libre

Association des Parents catholiques du Québec (APCQ)
Informations : 514-276-8068 Info@ParentsCatholiques.org

Bilan mitigé pour le projet-pilote sur l'éducation sexuelle

Improvisation, retards, malaises au sujet du contenu pédagogique : une série de difficultés a marqué la première année du projet-pilote d’éducation à la sexualité dans 18 écoles primaires et secondaires du Québec, révèle un bilan obtenu par Le Devoir. Ce projet-pilote a été lancé à la rentrée scolaire de l’automne 2015, en pleine période de négociation (et de moyens de pression) entre les employés de l’État et le gouvernement, note le document de 88 pages classé « confidentiel ». La formation des enseignants et la livraison du matériel pédagogique ont été retardées. Cela a entraîné le report ou même l’annulation de certains apprentissages en classe, indique le bilan de l’an 1 du projet-pilote, préparé par le ministère de l’Éducation et de l’Enseignement supérieur (MEES).

Très peu de réponses au questionnaire du Ministère

Pour dresser ce bilan (daté du 20 avril 2017), le ministère a envoyé un questionnaire à tous les enseignants, tous les professionnels, toutes les directions d’école et tous les responsables de commission scolaire qui prennent part au projet-pilote de deux ans. Le faible taux de réponse, notamment auprès des directions d’école — aucune école privée n’a répondu au questionnaire —, incite les analystes du MEES à recommander la « prudence » dans l’interprétation des résultats. Dix-huit écoles ont été choisies pour participer à ce programme amélioré d’éducation à la sexualité (aucune à Montréal), qui s’étend sur toute la durée des études primaires et secondaires. Devant les difficultés qui s’accumulaient, une école s’est retirée du projet-pilote. Le ministre de l’Éducation, Sébastien Proulx, a décidé la semaine dernière de retarder l’implantation du programme dans toutes les écoles, laquelle implantation était envisagée pour la rentrée de l’automne prochain. Des écoles s’ajouteront en septembre, mais cette nouvelle version de l’éducation à la sexualité ne deviendra pas obligatoire dans tout le réseau.

Des contenus qui dérangent

Des ajustements doivent prendre place pour la suite du programme, note le bilan de la première année du projet-pilote (2015-2016). « Globalement, les directions d’écoles primaires et, surtout, les directions d’écoles secondaires étaient peu à l’aise avec le contenu des apprentissages en éducation à la sexualité », indique le document. La formation sur les agressions sexuelles — en première, en troisième et en cinquième année du primaire — provoque un malaise chez la plupart des intervenants, y compris chez les enseignants. L’apprentissage intitulé Globalité de la sexualité (enseigné au primaire et au secondaire) suscite aussi un questionnement, tout comme des éléments du programme secondaire : vie affective et amoureuse, agir sexuel, violence sexuelle, infections transmissibles sexuellement et par le sang, ainsi que grossesse. Certaines écoles ont omis d’enseigner ces contenus aux élèves parce qu’elles manquaient de personnel compétent. Les enseignants sont mal préparés pour aborder ces enjeux délicats en classe. Les deux tiers des enseignants du primaire et la moitié de ceux du secondaire qui participent au projet-pilote n’ont aucune formation en sexologie (à part les sessions offertes par le MEES, les commissions scolaires ou les directions d’école), note le bilan.

Le ministère ne se demande pas, toutefois, si c’est le rôle de l’État de prescrire une philosophie sur la « globalité de la sexualité » ou des conseils en termes de « vie affective et amoureuse » ou sur l’« agir sexuel » (qu’est-ce à dire ?)...

Apprentissages inégaux

Ces « apprentissages » en éducation à la sexualité ne sont pas une matière en bonne et due forme. Il s’agit de « contenus » à transmettre au moment choisi par les enseignants ou par les directions d’école. Les participants au projet-pilote ont choisi d’intégrer ces notions dans les cours de français, de mathématiques, d’éthique et culture religieuse ou encore de sciences et technologie, révèle le rapport. Ces apprentissages en sexualité doivent atteindre 5 heures par année au primaire et 15 heures au secondaire, mais des variations importantes sont survenues entre les écoles participantes. Aussi, « des écoles ont développé du matériel pédagogique complémentaire parce que les canevas pédagogiques [fournis par le ministère pour le projet-pilote] ne répondaient pas entièrement à leurs besoins », indique le bilan. « Le souhait que le MEES produise des activités “clé en main” a été clairement exprimé, comme celui d’avoir accès à un matériel en langue anglaise. Comme la production de matériel didactique ne fait pas partie de la mission du MEES, ce résultat est surprenant », poursuit le document.

Improvisation

Des retards sont survenus dans la livraison du matériel pédagogique. Mais ces « canevas » pédagogiques répondaient généralement bien aux besoins des enseignants lorsqu’ils devenaient accessibles, note le bilan. L’identité de la personne qui livre l’éducation à la sexualité est laissée à la discrétion des directions d’école. La majorité de ces « animateurs » (des animatrices, en fait) sont des enseignantes, parfois appuyées par des psychoéducateurs, des travailleurs sociaux ou des psychologues. « Bien que, collectivement, toute l’équipe soit volontaire pour participer au projet-pilote, quand est venu le temps de s’impliquer individuellement, personne n’a voulu s’impliquer », dit un cadre scolaire dans le bilan. La majorité des « animatrices » au primaire ont été désignées par les directions d’école, souligne le rapport. Au secondaire, elles avaient plutôt manifesté de l’intérêt pour cette tâche délicate. La tâche pouvait même devenir ingrate : les enseignantes ont dû « improviser, en quelque sorte », à cause des retards dans la planification des apprentissages et dans la livraison de certains canevas, note le bilan. Les écoles ont « manqué de temps et de ressources financières pour la planification des apprentissages et l’appropriation du contenu ». Il faut libérer les enseignants pour les former. Le MEES a prévu des budgets pour embaucher des suppléants pendant la formation, mais l’existence de ces fonds était méconnue, indique le document.

Conclusion du ministre : accélérer la mise en place

Le ministre Sébastien Proulx compte tout mettre en œuvre pour implanter l’éducation sexuelle dans l’ensemble des écoles primaires et secondaires du Québec en septembre 2018. D’ici là, il prévoit d’accélérer la mise en place de projets-pilotes dans les écoles dès la prochaine rentrée scolaire. Des sources indiquent que la volonté du ministère de l’Éducation et de l’Enseignement supérieur (MEES) est de créer un projet-pilote par commission scolaire à l’automne 2017, mais le ministre refuse de s’avancer aussi clairement. « Ce qu’on veut, c’est être capables de passer à la vitesse grand V pour l’implantation, a dit le ministre Proulx à des journalistes, mercredi, en marge des travaux de l’Assemblée nationale. J’anticipe déjà que dès l’an prochain, pas en septembre 2017 mais dès l’an prochain, on pourra penser à aller beaucoup plus loin, voire à rendre obligatoire [l’éducation à la sexualité]. » Chose certaine, le ministre de l’Éducation entend s’assurer que toutes les écoles désireuses d’offrir le projet-pilote d’enseignement de la sexualité ont accès au matériel pédagogique du MEES et peuvent former leurs enseignants. Le bilan de la première année du projet-pilote (2015-2016), dévoilé mardi dans Le Devoir, a ciblé des lacunes dans la formation et dans la livraison des canevas pédagogiques. Le matériel et la formation sont jugés de bonne qualité, mais peu accessibles. Résultat : des enseignants et d’autres professionnels (psychologues, infirmières, etc.) chargés de donner les enseignements en éducation à la sexualité sont mal à l’aise. C’est délicat, faire l’éducation sexuelle d’enfants du primaire ou du secondaire. Surtout quand il est question d’agressions sexuelles, d’infections transmises sexuellement ou de grossesse non désirée.

Sources Le Devoir (26/IV) et Le Devoir (27/IV)

vendredi 28 avril 2017

« Trop de diversité sape les fondements de la solidarité »



Depuis longtemps, David Goodhart avertit les Britanniques que l’idéologie multiculturaliste constitue une menace à moyen terme pour les États-providences.

Quelles réactions provoque le livre de David Goodhart, The Road to Somewhere ? (Voir recension ci-dessous, après le filet) Comment les médias, en particulier, prennent-ils sa thèse selon laquelle ils sont eux-mêmes, comme la classe politique et l’Université, entre les mains des « Gens de Nulle Part », ces libéraux cosmopolites — que rejetterait « le Peuple de Quelque part » ?

Très intéressante réaction dans le quotidien de gauche, The Guardian. Sous la plume de Jonathan Freedland, on peut lire que David Goodhart est, hélas, une sorte de prophète. Freedland rappelle, en effet, la vague d’indignation qu’avait soulevée, dans l’intelligentsia de gauche de l’époque, l’article publié par Goodhart dans Prospect, intitulé « Est-ce que la Grand-Bretagne est trop diverse ? » C’était dans le numéro de février 2004 de ce magazine intellectuel, plutôt proche des idées du New Labour, dont Goodhart était alors le directeur. Ce papier a valu à son auteur, écrit The Guardian une quasi-proscription des milieux comme il faut. Et pourtant, ajoute-t-il, cet article était tout bonnement prophétique. Car il posait crûment une question que personne ne voulait voir, à l’époque, et qui est devenue le sujet dominant de notre vie politique.

Que la solidarité risquait d’entrer en conflit avec la diversité. Vous êtes d’autant mieux disposés à laisser l’État recueillir une part importante de vos revenus sous forme de cotisations et d’impôts, disait-il, que vous avez la certitude que cet argent sera redistribué à des gens qui sont comme vous. Si leurs valeurs et leurs styles de vie diffèrent trop des vôtres, alors vous deviendrez réticent.

Il faut choisir entre deux modèles de société, disait Goodhart. Celui de la Suède, cette nation très homogène où l’État-providence vous accompagne du berceau à la tombe, ou celui des États-Unis, où l’individualisme et la diversité font qu’on se sent peu d’obligations réciproques.

Il s’appuyait sur les travaux de deux économistes, Alberto Alesina et Edward Glaeser, qui avaient démontré cette thèse, chiffres à l’appui. Aux États-Unis, la majorité des pauvres appartiennent à des communautés ethniques minoritaires. Les plus aisés, majoritairement blancs, sont peu enclins à partager. Voilà ce qui risque d’arriver à notre Royaume-Uni, prévenait Goodhart, si nous poursuivons dans la voie du multiculturalisme. Car il crée, entre des communautés, un sentiment d’étrangeté qui ne favorise pas la solidarité. L’inclination à s’obliger mutuellement alors s’érode. L’État-providence britannique, très généreux, contrairement à ce qu’on croit chez nous, était déclaré menacé.

L’article était d’autant plus prophétique, poursuit The Guardian, qu’il a été publié à la veille de ce que Goodhart lui-même, dans son récent livre, appelle « the one », la grande vague migratoire, la plus inattendue. C’est celle qui a suivi l’ouverture du marché du travail britannique aux citoyens des nouveaux membres de l’Union européenne, l’Europe centrale. La plupart des autres États d’Europe occidentale, et même les Allemands, avaient décidé un moratoire de plusieurs années. Mais le New Labour au pouvoir a voulu montrer son ouverture. On attendait quelques milliers de « plombiers polonais » et ils furent un million.

C’est d’autant plus incompréhensible, écrit Goodhart, que déjà à l’époque, les sondages montraient que près des trois quarts de la population estimait le rythme de l’immigration dans le pays trop rapide. Trois quarts des sondés estimaient et que le pays avait changé au point qu’on ne s’y sentait « plus chez soi ». Pour Goodhart, qui fut lui-même membre du Labour, ce refus d’entendre ses propres électeurs sur la question de l’intégration constitue l’une des causes de l’échec électoral de 2010, face aux conservateurs.

Le modèle multiculturaliste n’a plus la cote auprès des Britanniques. On se souvient comme ils se moquaient, de notre modèle d’intégration républicain... Si l’on en croit Goodhart, le multiculturalisme n’est plus qu’une « idéologie qui a dominé les années 80 »…. Passée de mode. Et il cite une critique qui les résume toutes, celles de Maajid Nawaz, journaliste et homme politique libéral-démocrate, « au lieu d’introduire de la diversité dans la société, le multiculturalisme introduit de la diversité entre les groupes ethniques d’une même société ».

Quant à l’intégration, Goodhart écrit que les Britanniques sont encore trop réticents à l’idée de fournir aux nouveaux venus une « feuille de route ». Or, ajoute-t-il, les immigrés ont besoin de savoir ce qu’on attend d’eux. « Si on veut améliorer l’intégration, écrit-il, on ne peut pas se contenter de prêcher l’importance de la tolérance, on doit promouvoir l’interaction et le sentiment d’inclusion dans la communauté nationale. Comme l’a dit Jonathan Haidt, il est possible de faire en sorte que les gens se soucient moins des questions de race et d’identité, lorsqu’on les plonge dans une mer de ressemblances, de buts partagés et de dépendance mutuelle. » Une cause commune d’intérêt local, en particulier, est un puissant facteur de rassemblement.

Car la puissance des nations est fondée, poursuit-il, sur leur capital social — la confiance mutuelle qui existe entre leurs membres ; le fait qu’ils partagent les mêmes intérêts et les mêmes valeurs. C’est cette confiance en un avenir commun qui a rendu possible la construction, sur plusieurs générations, des cathédrales. C’est aussi sur cette confiance réciproque que sont fondés nos États-providence redistributifs. Seul, le cadre national, insiste Goodhart, fournit le cadre dans lequel peut s’exercer cette indispensable solidarité.





Un livre, récemment publié en Grande-Bretagne, par David Goodhart, créateur du magazine Prospect, explique pourquoi le Brexit l’a emporté et les travaillistes décrochent.

Le clivage droite/gauche, dans beaucoup de nos démocraties est en train de céder la place à d’autres différenciations. Europhiles versus europhobes, « ouverture »/« fermeture », libéralisme/protectionnisme… L’essayiste britannique David Goodhart suggère un nouveau partage politique. A quel camp appartenez-vous ? A celui des gens de n’importe où au peuple de quelque part ?

Les premiers, les Gens de n’importe où, sont bien dotés en capital culturel libéral et en diplômes donnant accès aux emplois cotés sur le marché du travail. Disposant de réseaux relationnels acquis dans quelque grande école française, ou une prestigieuse université anglo-saxonne, ils disposent d’une « identité portative ». C’est dire qu’ils sont à leur aise partout dans le monde. Ils valorisent la réussite professionnelle et l’autoréalisation. Ils sont favorables à la mondialisation et leur valeur préférée est l’ouverture. Optimistes, curieux d’autrui et tolérants par principe, ils sont spontanément multiculturalistes.

Le Peuple de quelque part est plus enraciné. Ses membres sont rarement passés par l’enseignement supérieur. Ils sont assignés à une identité prescrite. La mondialisation, pour eux, cela signifie que les usines s’en vont et que les immigrés arrivent. La dignité qui s’attachait à la condition ouvrière est perdue. L’économie du savoir et les emplois qualifiés, que promettait l’Agenda de Lisbonne, ce n’était pas pour eux. Ils se considèrent comme les laissés-pour-compte de l’intégration européenne. Il y a de fortes chances qu’ils habitent une petite ville proche du domicile de leurs parents. Car ils ont le sens de la communauté et de la famille. Ils sont culturellement conservateurs.

David Goodhart a déclenché bien des débats en Grande-Bretagne, avec la publication d’un essai intitulé The Road to Somewhere. The populist revolt and the future of politics. En français, La route vers quelque part. (Révolte populiste et avenir des politiques populistes). Et il propose, si l’on veut comprendre quelque chose au redéploiement en cours de la vie politique dans nos vieilles démocraties, de remplacer l’axe gauche/droite, par le clivage Nulle part/Quelque part. Car pour lui, les oppositions basées sur des critères purement socio-économiques sont devenues insuffisantes. Il faut leur ajouter des éléments culturels. Les « politiques de l’identité » qu’avait mises en avant le New Labour, à l’époque de Tony Blair — identité ethnique, identité de genre, identité religieuse — font désormais partie du paysage. Elles ont définitivement bousculé une société britannique autrefois structurée par les appartenances de classe.

David Goodhart a longtemps joué un rôle important dans le monde intellectuel britannique en tant que directeur de la revue Prospect, un mensuel de réflexion politique qu’il a créé en 1995 et dont il en a tenu les rênes jusqu’en 2010. Prospect, d’après le chroniqueur de France Culture Brice Couturier qui l’a lu depuis sa création, est aussitôt après son départ de la direction devenu beaucoup moins intéressant.

Pour ce même chroniqueur le magazine Prospect, tout en veillant à ne pas s’aligner sur quelque parti ou personnalité politique que ce soit, a tout de même accompagné la montée en puissance de Tony Blair, puis les gouvernements du New Labour, en alimentant leur réflexion. Goodhart avoue, dans son livre, avoir appartenu au parti travailliste à cette époque. Son départ de la direction du magazine a coïncidé avec la défaite du New Labour.

Dans son dernier livre, David Goodhart enquête sur les causes idéologiques et sociologiques du Brexit et de l’élection de Donald Trump. A ses yeux, ces deux évènements sont liés et témoignent de phénomènes fort comparables. Car ces votes protestataires constituent la revanche du « Peuple de quelque part », furieux de n’avoir jamais eu réellement voix au chapitre.

Ce sont, en effet, les « Gens de n’importe où » qui dominent la vie politique, les médias et l’Université. Ayant progressivement conquis l’hégémonie culturelle, ils ont imposé une idéologie qui sert leurs intérêts. Ce que Goodhart, après d’autres, nomme le « double libéralisme ». Un libéralisme culturel, venu des années 60, qui a ébranlé toutes les structures d’autorité. Et un libéralisme économique, imposé à partir des années 80, avec la prééminence accordée aux marchés sur les régulations étatiques. Progressivement, tout ce qui contestait ce double libéralisme a été chassé de la scène publique.

Dans un premier temps, le centre-gauche politique ne s’est que trop bien adapté à cette double révolution. Ainsi Tony Blair présentait-il la mondialisation et l’immigration de masse comme des phénomènes quasi naturels, face auxquels il n’y avait d’autre issue, pour les Britanniques, que de s’adapter. Mais aujourd’hui, les partis sociodémocrates sont dans la nasse. Car leurs électeurs appartenaient autrefois au Peuple de quelque part. Et celui-ci estime qu’il a perdu à ces changements, rapides et radicaux. 62 % des Britanniques approuvent ainsi l’opinion : « le pays a tellement changé dans les dernières années qu’il est devenu méconnaissable et cela provoque en moi un malaise. »

Pourtant, le « Peuple de quelque part » ne remet pas en cause la totalité des acquis de la double révolution libérale. Il voudrait seulement que les élites, qui la pilotent, en ralentissent le rythme. La rapidité avec laquelle les sociétés ont été bouleversées par une immigration sans précédent a créé, chez lui, une « anxiété culturelle ». Ses membres réclament un accord général sur des normes de comportement communes. David Goodhart qualifie leur idéologie de « populisme de la décence ».

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Québec — Notes dans le primaire et secondaire revue systématiquement à la hausse ?

Près de la moitié des enseignants du primaire et du secondaire ayant répondu à un questionnaire syndical affirment que des résultats inscrits aux bulletins de leurs élèves ont été modifiés sans leur accord.

Quelque 47 % des répondants à un sondage interne de la Fédération autonome de l’enseignement (FAE) indiquent que des notes attribuées à leurs élèves ont été changées à leur insu depuis la rentrée scolaire de septembre 2015. Ce résultat « troublant » fait dire à la FAE que les gestionnaires de l’éducation « tripotent » les résultats d’examen pour gonfler artificiellement le taux de réussite des élèves.

« L’évaluation des élèves au Québec, c’est un grand mensonge », dit au Devoir Sylvain Mallette, président de la FAE, qui représente 34 000 enseignants dans 10 commissions scolaires (Montréal, Laval, Outaouais, Granby, Haute-Yamaska, Basses-Laurentides et Montérégie).

« Le ministère de l’Éducation, les commissions scolaires et les directions d’école fixent des cibles de réussite. Si les élèves ont des résultats en deçà des cibles fixées, les enseignants sont rencontrés pour augmenter les notes. On le dit depuis longtemps et ça se confirme », ajoute Sylvain Mallette.

Le questionnaire a été diffusé entre le 6 et le 26 février 2017 auprès des membres de la FAE ; 632 enseignants (66 % du primaire et 34 % du secondaire) ont répondu à la consultation menée en ligne. Seuls les enseignants qui ont administré une épreuve ministérielle en juin 2016 pouvaient répondre.

Un enseignant sur cinq (20 %) affirme s’être fait demander de modifier des résultats (à une épreuve ou au bulletin) d’un ou de plusieurs de ses élèves. Selon ce que rapportent les enseignants, les motifs invoqués pour justifier ces demandes sont les suivants :

  • pour donner une chance aux élèves (48 %) ;
  • pour améliorer le taux de réussite ou atteindre les cibles de réussite fixées (28 %) ;
  • pour arrondir les résultats (23 %).

Pour la FAE, ces faits confirment les effets pervers de la gestion du système scolaire par résultats. Le ministère, les commissions scolaires et les directions d’école cherchent à gonfler les résultats des examens ministériels pour démontrer que les élèves « réussissent » bien.

Le ministre se dit préoccupé

Le ministre de l’Éducation, Sébastien Proulx, a évoqué cette consultation de la FAE, jeudi en commission parlementaire à Québec. Il a reconnu être préoccupé par les échos qu’il a eus du questionnaire. « Je souhaite que des vérifications soient faites très rapidement » au ministère au sujet de l’évaluation des élèves, a-t-il dit.

Des éléments bien connus de la Loi sur l’instruction publique peuvent expliquer les modifications apportées aux notes des élèves, estime le ministre. Il a rappelé que le ministère fait la « conversion » et la « modération » des notes aux épreuves ministérielles pour s’assurer que les résultats sont équitables d’une école à l’autre ou d’une classe à l’autre.

Source

jeudi 27 avril 2017

Colloque à Montréal « L'éducation sexuelle: une idéologie imposée aux enfants »




L’Association des parents catholiques du Québec organise le samedi 13 mai un colloque destiné à tous les parents qui se questionnent sur le nouveau programme d’éducation sexuelle scolaire.

Avec les conférencières Judith Reisman et Marion Sigaut.

En tant que chercheure et auteure, historienne et enseignante, la Dre Judith Reisman travaille à révéler les effets mondiaux, juridiques et générationnels de l’abus sexuel criminel des enfants perpétré par le Dr Alfred C. Kinsey, de la frauduleuse science de la sexualité et de son impact sur la pandémie de la pornographie.

Conférencière de renommée internationale, Marion Sigaut est auteure de plusieurs livres. Depuis quelques années, elle se penche sur l’idéologie sous-jacente aux cours d’éducation sexuelle.

10 h 30 — Enregistrement
11 h — Mot de bienvenue

Explication du déroulement de la journée

11 h 15— Judith Reisman : Les origines de l'éducation sexuelle à l'école
11 h 55 — Marion Sigaut : L’implantation de l'éducation sexuelle à travers le monde 
12 h 35 — Période de questions

13 h  — Goûté/pause café

13 h 40 — Présentation du programme au Québec
14 h 25 — Commentaires et réactions/discussion
15 h — Période de questions
15 h 50 — Conclusion du colloque



DATE ET HEURE

samedi 13 mai 2017
10 h 30 – 16 h HAE

ENDROIT

Salles de réception LDG
2953, rue Bélanger
Montréal,
(Québec) H1Y3G4

FRAIS DE PARTICIPATION

15 $

Pour s’inscrire, cliquer sur billets (en haut à droite) ici.

ORGANISATEUR
Association des parents catholiques du Québec (APCQ)
info@parentscatholiques.org
(514) 276-8068

samedi 22 avril 2017

« Le taux de réussite », mesure contestée

Le taux de diplomation au Québec, déjà l’un des plus faibles au pays, serait encore pire que les chiffres couramment véhiculés par le gouvernement. Cette fausse impression résulterait de la méthodologie utilisée pour le calculer.

Loin dans les pages du récent budget 2017-2018, le gouvernement écrit que le taux de réussite scolaire atteignait les 78,8 % en 2014-2015, non loin de l’objectif de 80 % d’ici 2020. Cette cible a été fixée par le ministère de l’Éducation il y a près de 25 ans et, malgré l’augmentation des fonds consacrés à l’éducation dans le récent budget provincial, rien n’y indique que l’objectif sera revu à la hausse.

Le taux de réussite suscite d’ailleurs une certaine controverse, puisqu’il comprend à la fois les taux de diplomation et les taux de qualification.

Taux de diplomation : diplômes d’études secondaires, diplôme d’études professionnelles, attestation spécialisée professionnelle ou attestation d’études professionnelles –  63 449 jeunes en 2014-2015

Taux de qualification : certificats de formation visant à préparer au marché du travail un élève en difficultés d’apprentissage, sans exigences quant aux résultats scolaires — 3466 jeunes en 2014-2015.
« L’indicateur de réussite au secondaire est confus présentement parce qu’on inclut une certaine forme de reconnaissance qui ne représente pas des diplômes du secondaire, explique le professeur de l’Université Laval Égide Royer, pour nous prévenir du discours gouvernemental. J’ai l’impression qu’on semble compenser des chiffres qui sont trop faibles. »

« Je n’aime pas qu’on discrimine de la force ou de l’importance, mais je comprends que, pour des fins statistiques, les gens demandent plus de clarté. Peut-être qu’on peut en faire plus », reconnaît le ministre de l’Éducation, Sébastien Proulx.

Le taux de diplomation réel

Dans la réalité, le taux de diplomation au Québec est de 74,7 %. Et quand on se compare à l’Ontario, on ne se console pas. Dans cette province, le taux d’obtention de diplômes secondaires en cinq ans a été supérieur à l’objectif de 85 % en 2015, en hausse de 17 points de pourcentage par rapport à 2004.

Pour Égide Royer, alors que nous évoluons de plus en plus vers une société du savoir, il s’agit d’une illustration évidente que le Québec est sous-scolarisé. « C’est indécent qu’autant de jeunes aient plus de difficultés à réussir que de l’autre côté de la rivière des Outaouais. »

Les garçons tirent toujours de l’arrière par rapport aux filles, soit un retard de plus 10 %.

Pour corriger le tir, le ministre Proulx rappelle que son gouvernement injectera 1,8 milliard de dollars d’investissements supplémentaires au cours des cinq prochaines années. Il ouvre également la porte à de nouvelles initiatives au sujet du taux de diplomation lors du dévoilement de sa politique sur la réussite éducative d’ici l’été.

Des certificats controversés

« Diplômes bidon », « médailles en chocolat »... Les certificats de qualification ont déjà reçu leur lot de critiques par le passé. « Avoir un niveau de lecture de sixième année, avoir 18 ans et être considéré comme un diplômé au Québec, il y a quelque chose qui ne fonctionne pas », déplore M. Royer, spécialiste en éducation.

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mercredi 19 avril 2017

Encore moins de bébés au Québec en 2016

L’indice synthétique de fécondité a continué de décliner au Québec l’année dernière, selon de nouvelles données de l’Institut de la statistique du Québec (ISQ). Il s’est établi à 1,59 enfant par femme en 2016, après avoir légèrement reculé chaque année depuis le sommet de 1,73 enfant par femme enregistré en 2008 et 2009.

Statistique Canada définit l’indice synthétique par le nombre d’enfants qu’aurait hypothétiquement une femme au cours de sa vie reproductive si elle connaissait les taux de fécondité par âge observés au cours d’une année donnée. Rappelons qu'il faut en moyenne 2,1 enfants/femme pour qu'une population soit remplacée par ses descendants. La population d'origine québécoise est donc appelée à se réduire rapidement.

L’ISQ ajoute que malgré la baisse de l’indice au cours des dernières années, la fécondité québécoise n’est pas à un niveau aussi faible que ce qui a été observé au début des années 2000 et vers le milieu des années 1980. Lors de ces deux périodes, l’indice était inférieur à 1,5 enfant par femme.

L’analyse de l’ISQ montre que la baisse récente de l’indice est liée à la diminution des taux de fécondité chez les femmes âgées de moins de 30 ans. Au-delà de cet âge, on a observé une hausse de la fécondité pendant plusieurs années, mais cette tendance semble graduellement faire place à une quasi-stabilité. Bref, les femmes attendent de plus en plus pour avoir peu d’enfants.



En 2016, l’âge moyen des mères pour la première naissance était de 29 ans, soit 4 ans plus tard qu’en 1975.

On a dénombré 86 400 nouveau-nés au Québec en 2016, comparativement à 86 800 en 2015 et 87 700 en 2014. Le nombre de naissances diminue depuis quelques années, après avoir connu une période de relative stabilité de 2009 à 2013, oscillant entre 88 000 et 89 000. Il avait connu une croissance rapide de 2005 à 2008.

L’ISQ précise qu’en 2016, la fécondité était plus élevée dans la région Nord-du-Québec, zone à forte présence autochtone, à 2,51 enfants par femme, mais qu’elle n’était qu’à 1,43 à Montréal.

Près de deux enfants sur trois (63 %) sont issus de parents non mariés. Cette part a augmenté rapidement à partir des années 1970, mais semble vouloir se stabiliser depuis le milieu des années 2000.

La proportion de nouveau-nés ayant au moins un parent né à l’étranger est de 31 % au Québec en 2016 : 20 % ont deux parents nés à l’étranger et 11 % ont un seul de leurs parents né dans un autre pays. La proportion de nouveau-nés ayant au moins un parent né à l’étranger était de 16 % il y a 20 ans.

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Très forte augmentation des élèves allophones à Montréal

En 15 ans, le nombre d’élèves allophones n’a cessé d’augmenter sur le territoire montréalais, au point où des écoles primaires ont aujourd’hui plus de 9 enfants sur 10 dont la langue maternelle n’est ni le français ni l’anglais.

« Nous, on a toujours considéré ça comme une richesse », résume Martine Leboeuf, directrice de l’école de la Mosaïque, dans Côte-Saint-Luc, la 3e école primaire de Montréal avec le plus haut taux d’allophones cette année (94,72 %). « Pour certains, le français est leur 4e langue », ajoute-t-elle.

Sa commission scolaire, Marguerite-Bourgeoys, a d’ailleurs connu une hausse de 70 % du nombre d’élèves allophones depuis 1998, presque autant que celle de la Pointe-de-l’Île, dont le taux a augmenté de 80 % sur la même période. Ces chiffres s’expliquent notamment par le choix des nouveaux arrivants de s’établir davantage en périphérie, à la recherche de logements moins chers, plus grands, proche des communautés déjà installées.

Fin mars, l’Office québécois de la langue française confirmait qu’entre 1971 et 2015, la proportion d’élèves de langue maternelle tierce avait plus que triplé, passant de 12,7 % à 41,2 %. (incluant préscolaire, primaire et secondaire).

À l’école La Voie, à Côte-des-Neiges


Des coûts supplémentaires

« Le défi c’est la planification budgétaire, il faut anticiper les élèves qui vont arriver en cours d’année, sinon les élèves allophones sont introduits dans des classes ordinaires trop vite », souligne Nathalie Morel, vice-présidente à la vie professionnelle à la Fédération autonome de l’enseignement.

Un défi qui a d’ailleurs coûté 9 M$ de trop à la Commission scolaire de Montréal, en budget d’accueil et de francisation. « On fait le choix de ne pas intégrer [dans des classes ordinaires] des élèves rapidement, car on a une obligation de réussite », affirme la présidente Catherine Harel-Bourdon.

Au ministère de l’Éducation, on rappelle qu’en plus des budgets dédiés à l’accueil, la francisation et l’intégration des élèves immigrants, un montant de 16,9 M$ a été ajouté cet automne.

« CE N’EST QU’UN DÉBUT »

Déjà élevée, la proportion d’élèves allophones devrait aller en s’accentuant dans les prochaines années, croit le démographe Marc Termote.

« Ce n’est qu’un début et d’ailleurs les dernières prévisions de Statistique Canada le confirment, l’île et la périphérie vont devenir de plus en plus allophones, ça a déjà commencé à Laval et à Longueuil. »

Fin janvier, Statistique Canada dévoilait ces prédictions selon lesquelles les allophones pourraient représenter 43 % de la population de l’île en 2036, à parité avec la population de langue maternelle française, et même dépasser légèrement celle-ci.

Hors île, l’organisme prévoit même que la proportion d’allophones pourrait doubler en 25 ans, passant de 6,8 % en 2011 à un peu plus de 14 % en 2036.

À la Commission scolaire Marie-Victorin, sur la Rive-Sud, on confirme que le nombre d’élèves allophones a presque doublé en 10 ans, passant de 17,6 % en 2005 à 30,5 % cette année. Même phénomène à Laval, où leur taux est passé de 16 % à 35 % en 11 ans.

À l'école Parkdale de Saint-Laurent sur l'île de Montréal


Impacts linguistique et politique

Mathieu Bock-Côté commente aujourd’hui le fait que dans certaines écoles de Montréal, 9 enfants sur 10 sont allophones.

Ce chiffre vient confirmer ce que nous annonçait récemment Statistique Canada : d’ici 20 ans, les Québécois qui ont le français pour langue maternelle seront moins de 70 % au Québec.

Ne nous faisons pas d’illusions sur l’efficacité de ce qui reste de la loi 101 et traduisons concrètement : les Québécois francophones seront de plus en plus étrangers dans leur métropole.

Un jour, ils ne seront plus qu’une grosse communauté culturelle installée en région.

Dans ce contexte, l’identité québécoise est condamnée à régresser. On programme sa dilution démographique.

L’immigration massive devrait être un sujet de préoccupation permanent pour la classe politique.

Mais le PLQ l’encourage à cause de son fédéralisme radical. Il mise sur l’immigration massive pour conserver le pouvoir éternellement.

QS fait de même au nom de son culte des minorités victimisées.

Les nationalistes, eux, ne parlent de ce sujet qu’avec un grand malaise. Ils ne veulent pas avoir l’air négatifs.

Et que les Québécois ne s’inquiètent pas de disparaître comme peuple ! S’ils le font, on les accusera de racisme !

On voudrait qu’ils disparaissent dans la joie.

Hourra !
Élèves dont la langue maternelle n’est ni le français ni l’anglais
  • 5 commissions scolaires de l’île de Montréal : 31, 87 % en 1998 42,69 % en 2015
  • Commission scolaire de la Pointe-de-l’Île : 27,03 % en 1998 et 49,72 % en 2015 (80 % d’augmentation)
  • Commission scolaire de Montréal : 38,88 % en 1998 et 45,70 % en 2015 (20 % d’augmentation)
  • Commission scolaire Marguerite-Bourgeoys : 30,79 % en 1998 et 51,06 % en 2015 (70 % d’augmentation)

lundi 17 avril 2017

Québec — La « patate chaude » de l’éducation à la sexualité

Le ministre Sébastien Proulx renonce à implanter les cours d’éducation à la vie sexuelle dans toutes les écoles primaires et secondaires dès la rentrée scolaire de l’automne prochain.

Devant les craintes pour la formation des enseignants et pour la disponibilité du matériel pédagogique, le ministre se donne du temps avant d’étendre l’éducation sexuelle à l’ensemble du réseau. Il compte tout de même augmenter le nombre de classes qui offriront les « contenus » en éducation à la sexualité en septembre prochain.

« On souhaite davantage de classes dès l’automne. Il n’y aura pas une implantation obligatoire des contenus pour l’ensemble des élèves en septembre prochain. On a une quinzaine d’écoles [qui participe à des projets-pilotes], on ne peut pas passer à des milliers d’un coup. Par contre, il y aura des propositions pour accélérer l’implantation, pour que rapidement les contenus soient obligatoires pour l’ensemble des élèves », a dit le ministre de l’Éducation au Devoir, en marge des travaux de l’Assemblée nationale.

Des membres influents du milieu de l’éducation ont, en effet, mis en garde le ministre Sébastien Proulx : le cours d’éducation à la vie sexuelle, que Québec envisageait d’implanter au primaire et au secondaire dès la rentrée de septembre prochain, n’est pas prêt.

Les enseignants n’ont pas été formés pour donner cette matière. Des sources indiquent que le matériel pédagogique n’est pas prêt non plus. Résultat : l’implantation du programme à la rentrée de l’automne 2017 est « irréaliste », ont affirmé au Devoir des membres d’un comité consultatif créé par le ministère de l’Éducation.

Ce comité formé d’une vingtaine de représentants du milieu de l’éducation (syndicats d’enseignants, directions d’écoles et de commissions scolaires, comités de parents, etc.) doit se rencontrer le 20 avril à l’édifice G, à Québec. À environ une semaine de cette rencontre cruciale, les membres n’ont toujours pas en main le bilan de la première année du projet-pilote d’éducation sexuelle mis en place en 2015 dans une quinzaine d’écoles. Cette première année a pourtant pris fin en juin 2016, il y a 10 mois.

Le projet-pilote de deux ans a été lancé en 2015 parce qu’il existerait selon Le Devoir un consensus au Québec : il faut améliorer l’éducation sexuelle offerte aux élèves du primaire et du secondaire. Vraiment ? Au primaire, un consensus ? Le projet aborde la grossesse, les naissances, mais aussi la vie amoureuse, l’identité sexuelle — la théorie du genre pour parler clairement —, les rôles et les « stéréotypes sexuels » — depuis quand est-ce l’affaire du gouvernement de lutter contre ce qu’il qualifie de stéréotypes sexuels ? —, ainsi que les agressions sexuelles.

Pour l’instant, les élèves reçoivent une éducation à la sexualité qui varie selon l’école et sa clientèle.

« C’est prématuré »

Les syndicats d’enseignants estiment que l’éducation sexuelle doit être un cours en bonne et due forme, et non un apprentissage inséré dans plusieurs matières. Ils réclament aussi une formation universitaire en enseignement de l’éducation sexuelle, un peu comme les mathématiques ou le français, qui font l’objet de cours pour les futurs maîtres.

« Pour nous, c’est absolument inconcevable de lancer les apprentissages en éducation à la vie sexuelle en septembre prochain. C’est prématuré, c’est certain », dit Nathalie Morel, vice-présidente de la Fédération autonome de l’enseignement (FAE).

La Fédération des syndicats de l’enseignement (FSE) demande aussi une formation, du matériel pédagogique et l’appui de professionnels pour les titulaires de l’éducation à la vie sexuelle.

Parents inquiets

Les parents sont une des sources du malaise entourant l’éducation à la sexualité, selon le Devoir : « Les enseignants et les directions d’école vous le diront : toutes les fois qu’il est question de sexualité en classe, l’école reçoit des appels de parents. Ils veulent savoir — de façon tout à fait légitime — pourquoi leur enfant entend parler de “sexe” à l’école. »

« De plus en plus de parents sont mal à l’aise par rapport à l’enseignement de la sexualité dans les écoles. Il me semble qu’il y a de la place pour un dialogue constructif », dit Jasmin Lemieux-Lefebvre. Ce père de deux enfants travaille pour le diocèse de Québec. Il dit être favorable à l’éducation à la sexualité en classe, mais il estime que certains enseignements vont à l’encontre de ses valeurs chrétiennes. Le Devoir qui l'a interrogé n'en dit pas plus. Rappelons, cependant, que le nouveau programme vise à l'« exploration de nouvelles valeurs et normes en matière de sexualité, au-delà de celles de la familles ». Le programme du Monopole se lamente également que les jeunes qui sont ouverts et « flexibles » au niveau de l’identité sexuelle sont ramenés par la pression sociale « grandissante » à des rôles et identités stéréotypées « traditionnels » et « nuisibles ». Thèse chère au lobby LGBT.



Le programme du ministère de l’Éducation qui se voudrait obligatoire pour tous dès le primaire — la taille unique pour tous, c’est ça le Québec, voir ECR — tient pour acquis que les élèves auront des relations amoureuses et sexuelles, et qu’ils seront exposés à la pornographie.

Jasmin Lemieux-Lefebvre connaît des parents qui réclament le droit de retirer leurs enfants du cours d’éducation à la sexualité. Le problème, c’est qu’il ne s’agit pas d’un cours. Les apprentissages sont saupoudrés tout au long de l’année scolaire dans les matières obligatoires, comme les mathématiques, le français ou la biologie. À quel moment ces « contenus » d’éducation à la sexualité sont-ils enseignés aux enfants ? Par qui ? Les réponses ne sont pas claires.

Génération « sacrifiée », car « stéréotypée »

En entrevue au Devoir, Jasmine Léger, membre du comité des femmes de l’Association pour une solidarité syndicale étudiante (ASSE) et victime elle-même, a parlé d’une génération sacrifiée en matière d’éducation à la sexualité.

« Quand on arrive à 17 ans avec des comportements et des stéréotypes bien ancrés, on est déjà dans la déconstruction. C’est pourquoi on aimerait bien que la ministre [de l’Enseignement supérieur], Hélène David, parle à son collègue [de l’Éducation], Sébastien Proulx, pour qu’il ramène des cours d’éducation sexuelle. »

La gauche et l’extrême gauche pressent le gouvernement d’agir

Le Parti québécois et Québec solidaire ont aussi pressé le ministre Sébastien Proulx d’agir rapidement. Le comité consultatif ne s’est pas réuni dans la dernière année, a souligné le député péquiste Alexandre Cloutier.

« Le gouvernement doit investir pour implanter rapidement l’éducation à la sexualité », a réagi la députée du parti d’extrême gauche Québec solidaire Manon Massé.

« La Fédération des comités de parents » inquiète des comportements à l’égard des LGBT

Le temps presse, ont souligné les partis d’opposition et la Fédération des comités de parents du Québec (FCPQ). « Oui, il se peut que toutes les conditions gagnantes ne soient pas réunies pour la mise en place parfaite et généralisée à l’automne. Mais si on attend les conditions parfaites, nous allons attendre longtemps ! On doit pouvoir avancer, le statu quo n’étant pas une option », a indiqué Corinne Payne, présidente de la FCPQ, dans une lettre au Devoir.

Campagne destinée aux écoles pour les familles homosexuelles

« Les parents du Québec sont convaincus qu’un enseignement fait par un pédagogue est, et de loin, plus pertinent que toute “l’information” propagée sur Internet. Ne voit-on pas, dans les dernières années, une recrudescence des ITSS [un peu partout dans le monde, même là où des cours à la sexualité existent depuis des décennies...!], des comportements sexuels à risques et de la violence sexuelle chez les jeunes ? Que penser, également, de l’intimidation et de la violence relativement à l’expression d’une sexualité différente ? », poursuit la lettre.


« La tête dans le sable »

« Des parents ont des inquiétudes. Ils ne savent pas de quelle façon c’est abordé. Ils se demandent qui sont ces personnes qui enseignent l’éducation à la sexualité à leurs enfants, quelles sont leurs valeurs et quel est le programme », dit Isabelle Arcoite, en dernière année de sexologie à l’UQAM.

« C’est un sujet délicat. L’éducation à la sexualité peut entrer en conflit avec la religion. Des parents croient que parler de sexualité équivaut à donner la permission. Ils croient que, si on n’en parle pas, ça n’arrivera pas. Ils se trompent ! » dit Isabelle Arcoite. C’est vrai qu’ils peuvent se tromper : tout dépend de ce que ce cours à la sexualité prônera. Or les cours d’éducation gouvernementaux ne prônent pas l’abstinence, la virginité jusqu’au mariage, ils ont plutôt tendance à banaliser la sexualité précoce tout en valorisant le plaisir d’une sexualité adolescente pour autant qu’on se « protège »... Cela ressemble très fort à une permission...

Une directrice adjointe d’école secondaire racontait au Devoir l’anecdote suivante : une mère de famille est venue demander qu’on retire sa fille des cours d’éducation sexuelle parce que, dans sa culture, les adolescents n’ont pas de vie sexuelle. La semaine suivante, cette élève est allée voir l’infirmière de l’école pour lui demander la pilule du lendemain.

Le Devoir semble croire que cette anecdote est convaincante et généralisable. Elle montre surtout que la fille en question était déjà bien au courant des méthodes contraceptives (sans le nouveau cours!) et que cette connaissance l’a peut-être rassurée pour adopter une sexualité précoce. Notons que Le Devoir ne nous dit pas quel est le climat qui règne dans l’école vis-à-vis de la sexualité : y trouve-t-on des affiches parlant explicitement de sexualité à une clientèle parfois très jeune (12 ans) comme nous avons pu le constater dans certaines écoles, à quoi ressemblent les cours actuels d’éducation à la sexualité, quels messages les enseignants font-ils passer au sujet de la sexualité précoce ?

La mère de famille en question était naïve, mais il se peut que cette naïveté fût surtout de ne pas savoir à quel point l’école québécoise qui n’est en rien conservatrice, ni même réservée, sur le plan des mœurs et de la sexualité et qu’elle tend à vouloir rendre obligatoire ces choix à toutes écoles. École inclusive... Vraiment ? Visiblement pas pour les parents conservateurs.

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