vendredi 2 août 2024

La France compte de moins en moins de bébés


La France continue de voir sa natalité baisser drastiquement. Sur les six premiers mois de l'année 2024, un peu plus de 326.000 bébés ont vu le jour en France, soit un recul de 2,4% par rapport à la même période l'année précédente.

La natalité française en chute libre. C'est ce que révèlent les données provisoires publiées jeudi 2 août par l'Insee. Si ce constat avait déjà été posé pour l'année 2023, le bilan démographique de la France à mi-chemin de 2024 ne semble marqué d'aucune amélioration, au contraire : seuls 326.000 enfants sont nés en France sur cette période, soit 2,4% de moins par rapport à la même période l'an dernier. Au mois de juin 2024, 52.701 naissances ont été enregistrées, soit 1.757 naissances en moyenne par jour. Ceci correspond à une baisse de 7,9% par rapport à juin 2023. Depuis plus de deux ans (25 mois exactement), chaque mois, le nombre de naissances est inférieur à celui du même mois un an auparavant.


La baisse de la natalité française est loin d'être nouvelle. Elle s'est amorcée dès 2011, et depuis les naissances sont chaque année moins nombreuses. Seul un rebond avait été constaté en 2021, conséquence de la crise sanitaire. Déjà en 2023, cette baisse démographique avait atteint un record : alors qu'elle était de 1,6% par an environ entre 2014 et 2019, elle avait atteint 6,6 % en 2023. Le nombre de naissances était ainsi passé sous la barre symbolique des 700.000, pour la première fois depuis la fin de la Seconde guerre mondiale.

Baisse du taux de fécondité à 1,68 enfant/femme (en âge de procréer)

Cette baisse de la natalité s'explique tout d'abord par le facteur démographique : le nombre de femmes en âge d'avoir des enfants, soit âgées entre 20 et 40 ans, a diminué. D'autre part, le taux de fécondité de ces femmes ne cesse, lui aussi, de diminuer. En 2023, l’indicateur conjoncturel de fécondité s’établissait à 1,68 enfant par femme, après 1,79 en 2022. "Auparavant, les Français étaient moins nombreux qu'ailleurs à ne pas avoir d'enfant et plus nombreux qu'ailleurs a en avoir trois", indique à l'AFP Didier Breton, chercheur associé à l'Institut national d'études démographiques (Ined). Emmanuel Macron avait appelé au "réarmement démographique" de la France en 2023, et annoncé notamment la création d'un "congé de naissance" de six mois pour remplacer le congé parental et encourager ainsi la parentalité, pour le moment sans succès.

Malgré un fort désir d’enfants, la France s’enfonce dans l’hiver démographique.


Kamala Harris : Une autre phrase circulaire et répétitive

Pour une fois, depuis que Joe Biden a renoncé à la course présidentielle, Kamala Harris ne lisait pas une déclaration préparée. Elle s'est lancée dans une de ces longues phrases circulaires dont elle a le secret :  


« C'est un témoignage extraordinaire de l'importance d'avoir un président qui comprend le pouvoir de la diplomatie et qui comprend la force qui réside dans la compréhension de l'importance de la diplomatie  ».


En 2022, Kamala Harris parlait en ces termes du passage du temps:

« Le gouverneur et moi-même avons visité la bibliothèque et parlé de l'importance du temps qui passe, c'est vrai, de l'importance du temps qui passe. Quand on y pense, le temps qui passe a une grande importance pour ce que nous devons faire pour poser ces fils, ce que nous devons faire pour créer ces emplois. Et le temps qui passe a aussi une grande importance lorsque nous pensons à une journée dans la vie de nos enfants ».


En 2021, K. Harris avait utilisé cette même lancinante musique répétitive pour dire très peu en de nombreux mots :

« Nous devons travailler ensemble pour voir où nous en sommes, où nous nous dirigeons, où nous nous en allons, et notre vision de ce que nous devrions être, mais aussi pour voir que c'est le moment, oui, de relever ensemble les défis et de travailler sur les occasions qui se présentent à ce moment-là.  »

Madrid ne pourra plus lever d'impôt en Catalogne selon un préaccord

Le Premier ministre espagnol, Pedro Sanchez, à gauche et le président de la Généralité catalane Pere Aragonès

Le Parti des socialistes de Catalogne (PSC), arrivé premier mais sans majorité absolue aux élections régionales de mai dernier, est parvenu à un « préaccord » avec la gauche indépendantiste catalane (ERC). Le pacte prévoit que les députés régionaux d’ERC votent l’investiture du candidat socialiste, Salvador Illa, à la tête de la région, en échange d’une série de conditions programmatiques dont la plus spectaculaire concerne les impôts. Le PSC s’engage, avec le feu vert du gouvernement espagnol du socialiste Pedro Sanchez, à céder à la région la capacité de lever l’ensemble des impôts sur son territoire, à lui transférer les compétences en matière de gestion et de contrôle fiscal, et à plafonner sa contribution au pot commun.

Des deniers publics qu’elle percevrait donc par elle-même, la Catalogne consentirait à en reverser une fraction à l’état. Fonds qui serviront d’un côté au remboursement des politiques régaliennes (défense, sécurité…) payées par Madrid et dont bénéficie la Catalogne, et de l’autre à une solidarité avec les territoires moins favorisés. Mais cette solidarité sera limitée par le principe dit d’ordinalité. Lequel, inscrit noir sur blanc dans l’accord, est une vieille revendication des indépendantistes catalans qui limite la redistribution fiscale. En clair, si la Catalogne, parce qu’elle a sur son sol davantage de contribuables aisés que d’autres régions, est la deuxième contributrice par habitant, elle doit être la deuxième réceptrice des fonds versés par l’état. Et ce indépendamment des besoins de ses habitants.

Le projet doit encore être entériné par un vote des militants de la gauche indépendantiste (ERC), prévu ce vendredi, puis traduit par une loi dont il n’est pas dit qu’elle convainque la majorité des députés espagnols. Sur le papier, le plan ressemble beaucoup à ce qui existe déjà au Pays basque et en Navarre depuis le retour de l’Espagne à la démocratie, un système hérité de privilèges féodaux. Sauf que le PIB catalan représente 19% du PIB espagnol, contre 6 % pour le Pays basque et 1,7 % pour la Navarre.

« L’état ne peut pas se permettre de renoncer à lever l’impôt sur près de 30 % de son économie, dans trois des régions les plus riches en PIB par habitat, résume Ignacio Zubiri, professeur de finances publiques à l’université du Pays basque (UPV). C’est un jeu à somme nulle. Tout le monde perd sauf la Catalogne, qui gagne. Si cette dernière ne participe plus, ou très peu, à la solidarité nationale, il ne restera que la région de Madrid pour financer l’éducation ou la santé publique des communautés les moins dotées. Et face à une crise économique, il n’y aura plus que les pauvres à qui augmenter les impôts. » Zubiri souligne enfin le paradoxe de confier les clés du Trésor public à qui promeut la partition du pays.

« Imaginez un instant qu’au moment de déclarer l’indépendance, en 2017, ils aient eu la main sur tous les impôts… »

La proposition catalane scandalise les autres communautés autonomes, l’opposition de droite et même une partie significative des « barons » du Parti socialiste espagnol (PSOE). « Ça suffit ! », s’est rebellé le président socialiste de la Castille-la Manche, Emiliano Garciapage, connu pour sa liberté de ton et, cette fois-ci, suivi par plusieurs homologues d’ordinaire plus réservés.

«Qu’une communauté autonome exige de recevoir autant que ce qu’elle apporte est obscène et honteux. Botin (la multimillionnaire PDG de la banque Santander, NDLR) ne doit pas recevoir autant que ce qu’elle paie », a-t-il illustré.

Le texte prévoit que dès 2026 l’agence des impôts catalane, qui ne gère aujourd’hui que des taxes mineures, perçoive elle-même l’impôt sur le revenu.

Conscients, peut-être, que la quasi-indépendance fiscale n’est pas acquise, les signataires ont prévu toute une série de dispositions transitoires, dont le fameux principe d’ordinalité et en plus une augmentation « substantielle » des transferts de l’État dans la région.

jeudi 1 août 2024

Pour Montesquieu, la démocratie exige, pour fonctionner, la vertu (du stoïcisme antique ou surtout de la religion chrétienne)

L'auteur de l' Esprit des lois ne fut pas un pur libéral. Il savait que la démocratie exige, pour fonctionner, la vertu. Recension parue dans le Figaro Histoire ce la leçon de Jean Starobinski.

Montesquieu, c'est avant tout une langue. La clarté jointe à l'ironie, le pouvoir d'abstraction de la raison combiné à la puissance évocatrice de la littérature qui fondent l'esprit français. Son regard distancié et perçant, sa capacité foudroyante d'extraire de l'observation du réel des lois générales est à mille lieues du jargon ronronnant des spécialistes d'aujourd'hui. Que dirait ce fervent défenseur de la séparation des pouvoirs de l'hypertrophie du pouvoir judiciaire ? Cet apologiste du doux commerce du retour de la guerre au cœur de la mondialisation ? Ce théoricien des climats qui associait les empires tyranniques à la chaleur du midi lierait-il le réchauffement climatique aux penchants renouvelés pour l'autoritarisme ?

Pour comprendre ce que nous devons à Montesquieu et comment il nous aide encore à voir plus clair dans notre temps présent, il faut lire le magnifique essai que lui a consacré le fameux théoricien de la littérature Jean Starobinski , publié en 1994 et réédité ces jours-ci aux éditions Seuil. « Nous vivons dans une société aménagée en grande partie selon les vœux de Montesquieu : l'exécutif, le législatif et le judiciaire y sont séparés ; les peines y sont en principe proportionnées aux délits ; le libéralisme économique y est pratiqué avec quelques correctifs », écrit Starobinski. Mais si les grands principes de l'auteur de l' Esprit des lois nous régissent, son état d'esprit manque cruellement à notre époque. Héritier de Montaigne, préfigurateur de Tocqueville et de Raymond Aron, cet esprit libéral est « l'un des rares qui sachent occuper les mi-distances, sans se laisser gagner par la médiocrité ».

Avec Diderot, Voltaire, et Rousseau, il est l'un des membres du quatuor des « philosophes des Lumières » qu'on apprend au collège. Pourtant faut-il vraiment le mettre dans le même sac que les théoriciens de salon qui prétendirent démolir la France d'Ancien Régime pour la rebâtir sur de nouveaux fondements ? Cet aristocrate, enraciné dans sa vigne du Bordelais, avait vu avec consternation s'abîmer le règne de Louis XIV où les vieilles vertus d'honneur et d'héroïsme avaient été détournées par la guerre et la courtisanerie, où l'absolutisme royal avait noyé tous les anciens corps intermédiaires.

Montesquieu ou les Lumières conservatrices

Montesquieu est un homme de transition. Encore habité par l'esprit de la philosophie classique, il adopte le rationalisme de son temps pour jeter un regard critique sur les institutions. Il s'inspire de la loi de la gravitation de Newton pour concevoir sa théorie des pouvoirs et des contre-pouvoirs. Mais il n'est pas du tout un adepte de la table rase et voudrait au contraire que la France retrouve ses racines féodales ignorées par l'arbitraire royal.

Selon lui, le plus haut degré des institutions humaines s'annonce le plus souvent en l'origine. L'histoire n'est pas une longue marche vers le Progrès, mais elle est faite de vicissitudes. Il faut le croire plus sincère que prudent lorsqu'il défend la foi chrétienne face aux spinozistes et aux athées. S'il souhaite séparer les lois religieuses des lois humaines, c'est parce qu'il se méfie de l'absolutisme en politique. En cela il diffère radicalement de Rousseau qui divinisera la volonté générale. Son optimisme rationaliste est tempéré par une sorte de pessimisme anthropologique : il rappelle, nous dit Starobinski, « aux hommes leur condition historique : ils ne peuvent être qu'en rapport variable avec l'absolu, malheureux s'ils l'oublient, peu certains de réussir s'ils veulent lui donner force de réalité dans toutes les relations qu'ils établissent entre eux ».

Montesquieu n'est pas un pur libéral. Il ne pense pas naïvement que les sociétés humaines peuvent s'organiser simplement par les règles du marché et du droit. Certes le commerce « adoucit les mœurs barbares » mais il « corrompt les mœurs pures » ; s'il unit les nations, il divise les particuliers en monnayant toutes les transactions humaines. Pouvait-il prévoir que sa critique des excès de l'Ancien Régime allait conduire à sa disparition ? Que ses propres principes déboucheraient sur la consécration d'un individualisme peu soucieux des exigences de la vie sociale ? Il avait prévenu que la démocratie ne saurait fonctionner sans la « vertu » des citoyens, et cette vertu ne se fabriquerait pas toute seule. Elle dépendait d'une vision du monde : le stoïcisme antique, et surtout la religion chrétienne qui forme un tribunal intérieur retenant par mille fils les excès des passions humaines.



 
Montesquieu
de Jean Starobinski 
Publié au Seuil,
à Paris,
le 31 mai 2024,
320 pp,
ISBN-10 ‏ : ‎ 2021226778
ISBN-13 ‏ : ‎ 978-2021226775

Trudeau — Augmenter le nombre d'immigrants admis soulagera le système d'accueil des réfugiés

Pour Justin Trudeau, l'augmentation du flux d'immigrants permanents légaux soulagera le système d'accueil des réfugiés. Car c'est au moment où nous voulons passer du statut de réfugié à celui de résident permanent que le système se trouve engorgé.

Il suffisait d'y penser : accepter tout de suite plus de gens (comme immigrés permanents) afin qu'ils ne prétendent plus être réfugiés. On ne voit pas pourquoi d'autres, refusés comme immigrés (ou faut-il comprendre que tout le monde sera accepté ?), ne se présenteront pas comme réfugiés. Bref, pourquoi cela ne créera pas un appel d'air supplémentaire et n'empirera pas les choses.

Traduction automatique en français

mercredi 31 juillet 2024

Canada — 500 000 illégaux perdus de vue

 Selon un rapport, il pourrait y avoir 500 000 sans-papiers au Canada.

Le ministre de l'immigration, Marc Miller, a déclaré au Toronto Star : « Le système lui-même est ébranlé lorsque nous voyons des flux qui entrent au Canada sans que ce soit pour les raisons pour lesquelles ils étaient censés le faire au départ ».

Il pourrait y avoir 500 000 étrangers sans papiers dans le pays, selon les estimations d'Immigration, Réfugiés et Citoyenneté Canada. Cette estimation ne tient pas compte des immigrés légaux ni de ceux qui se trouvent dans le pays avec un visa d'étudiant ou en tant que travailleurs migrants.

Le ministère de l'immigration a admis qu'il n'existait pas d'estimations fermes sur le nombre ou la composition des étrangers sans papiers, mais « les estimations suggèrent que ce nombre pourrait atteindre 500 000 personnes », selon une note d'information sur la question, rapportée par Blacklock's Reporter.

« Nous avons pris la décision d'être un pays ouvert »

Citant deux programmes déployés au niveau régional pendant la pandémie, la note d'information suggère que le ministère de l'immigration pourrait chercher à « régulariser ceux qui n'ont pas de statut d'immigrant ».

Les chiffres n'incluent pas les immigrés légalement établis, les étudiants détenteurs d'un permis et les travailleurs migrants.


« Il ne fait aucun doute que nous avons pris la décision consciente d'être un pays ouvert et un pays qui a besoin de se développer », a déclaré M. Miller (ci-dessus avec Justin Trudeau) lors d'une interview accordée à la National Public Radio en mars. Selon le ministre Miller, « La réalité, c'est que nous n'avons pas vraiment le choix. »
 
S'adressant au Toronto Star le 24 juillet, le ministre libéral de l'immigration a déclaré que les Canadiens n'étaient pas « immunisés » contre « ce que les gens ont vu en Europe, avec [un] flux important de migration irrégulière et les systèmes politiques qui ont tiré parti de cela ou l'ont utilisé comme arme, et qui ont amené des gouvernements typiquement de droite ».

« Le système lui-même est ébranlé lorsque nous voyons des flux qui arrivent sans que ce soit pour les raisons pour lesquelles ils étaient censés arriver », a déclaré M. Miller au Star.

La note d'information définit un sans-papiers comme « un individu qui n'a pas l'autorisation de résider ou de travailler au Canada », ajoutant qu'« une petite partie des sans-papiers sont supposés être entrés illégalement au Canada ou avoir fait l'objet d'un trafic ou d'un passage clandestin ».

mardi 30 juillet 2024

Baisse de niveau à Sciences Po, l'école recrute sur d’autres critères que ceux de l’excellence scolaire, dont l’engagement associatif


À l’Institut d’études politiques, comme ailleurs, la connaissance de la langue perd du terrain. Mais les correcteurs s’inquiètent aussi de la faiblesse des références culturelles des futurs diplômés.

L’école qui s’est donné pour mission de former l’élite politique française est secouée par une succession de crises depuis la mort (trouble) de Richard Descoings. Trois ans après le scandale de l’affaire Duhamel, Mathias Vicherat a été à son tour contraint à la démission. Et l’activisme militant de certains étudiants pro-palestiniens a terni l’image de l’institution au point d’éloigner d’importants mécènes. Enquête sur Sciences Po, un symbole en proie à une grave crise d’identité, entre inquiétudes sur les finances de l’établissement, errances idéologiques et baisse des exigences académiques.

« Ah, mais je croyais qu’à Sciences Po on n’était plus obligé d’apprendre ses leçons. » Cet enseignant a beau officier depuis une quinzaine d’années dans l’école de la rue Saint-Guillaume, et avoir vu défiler des centaines d’étudiants plus ou moins solides sur le plan intellectuel, il ne s’attendait pas à entendre un jour cette phrase de la bouche d’une future diplômée. Pour lui, ces quelques mots ne sont pas seulement une anecdote que l’on se raconte, entre collègues, à la machine à café. Ils illustrent une tendance de fond : la chute de niveau des élèves, régulièrement pointée dans les classements internationaux, s’observe aussi chez ceux de la célèbre institution parisienne.

Bien sûr, les étudiants ont « progressé dans le travail collectif et en anglais » et restent « nettement meilleurs qu’à l’université » [les bons élèves en France vont surtout dans les Grandes écoles], où le processus de sélection est moindre, confesse un membre du jury d’admission qui donne aussi des cours à la fac. Mais, à écouter les témoignages d’anciens diplômés et d’enseignants, la plupart d’entre eux s’accordent à dire que les lacunes en orthographe, les erreurs de syntaxe et les fautes de grammaire sont devenues monnaie courante dans les copies. « Je reçois une immense majorité de dossiers avec des moyennes au lycée avoisinant les 18-19, mais il n’y en a pas un seul dans lequel les écrits à fournir ne présentent pas de fautes d’orthographe », déplore un doctorant chargé d’examiner des dossiers d’admission. Et une fois lesdits élèves admis, les professeurs sont obligés de faire avec. « En ce qui concerne la maîtrise de la langue française, on ne peut plus être aussi exigeant qu’il y a vingt ans », confesse un enseignant de longue date. Un chargé d’enseignement vacataire a noté des « fragilités » dans la qualité de l’expression écrite.

Lacan disait que le réel, c’est quand on se « cogne ». Et en mettant les pieds sur le campus de Reims, lui s’est pris un sacré coup. Il évalue à « un sur dix la proportion d’étudiants peu à l’aise avec des règles syntaxiques et orthographiques basiques », et cite les cas d’une copie de première année dans laquelle il était écrit « omnubiler » à la place d’« obnubiler », et d’une autre dans lequel aucun verbe au passé simple n’était correctement conjugué. Depuis son bureau du troisième étage avec une vue imprenable sur l’établissement, Pascal Perrineau, ex-directeur du Cevipof, un des principaux laboratoires de recherche de l’école, nuance : « 10 % d’une classe n’a pas le niveau. Ce qui était inimaginable il y a encore une décennie. Mais il y a toujours d’excellents étudiants ».

À Sciences Po, comme ailleurs, la connaissance de la langue perd du terrain. Mais les correcteurs s’inquiètent aussi de la faiblesse des références culturelles des futurs diplômés. «  J’ai été frappé par le fait que quelques étudiants appuyaient leur réflexion sur des exemples tirés de youtubeurs ou de Netflix au détriment de sources littéraires classiques. » Et puis l’appétence pour l’actualité a pris du plomb dans l’aile. « Le matin à 8 heures, on trouvait des journaux dans des kiosques. J’étais le seul de ma classe d’une vingtaine d’élèves à lire Le Monde le matin. J’ai souvent été surpris de l’absence totale d’intérêt de mes camarades pour l’actualité politique, de leur manque de culture politique », ajoute le rédacteur en chef d’un magazine hebdomadaire passé par le Collège universitaire de Sciences Po. 

Ces dernières années, plusieurs conférences organisées dans l’enceinte même de l’institution ont pu laisser perplexes les habitués des lieux. En novembre 2018, le rappeur Fianso, qui a pris le micro début juillet pour combattre le RN avec le titre controversé No Pasaran, et connu pour avoir chanté Tahia Hamas (« vive le Hamas ») a attiré un large public dans l’amphithéâtre Jacques-Chapsal de la rue Saint-Guillaume. En avril dernier, l’artiste marseillais Soso Maness a lui été l’invité exceptionnel de la prestigieuse école de la capitale pour une conférence intitulée : « De l’idée à l’image. Dynamiques créatives de l’univers musical ».

Mentalité de client

Cause ou conséquence de cette dégringolade, l’école se transforme peu à peu en une forme de cocon, à l’abri des réalités du monde. « Je constate un refus grandissant de la critique ces trois ou quatre dernières années. (…) Et puis les étudiants sont “très bébés”, biberonnés, ils envoient des mails aux enseignants pour tout et n’importe quoi », raconte une enseignante. Un autre parle de « fragilisation ». Selon lui, une mauvaise note adressée à une copie médiocre peut vite se transformer en un problème insoluble. Un 8/20 peut se traduire par « une plainte auprès de la direction ou du professeur directement ». 

Et la direction semble aller dans le sens des élèves concernés : « Parfois, on reçoit des appels de la direction pour nous expliquer que “les étudiants ont du mal” et nous inciter à être compréhensifs. » Un maître de conférences, spécialiste de l’histoire de la Ve République confirme. « Il m’a été explicitement conseillé d’éviter d’envoyer des mails à mes élèves en soirée ou le week-end… Mais eux ne se privent pas de nous écrire à toute heure. » L’explosion des frais de scolarité (14 210 € pour une année de licence aujourd’hui, contre 9800 il y a dix ans pour les étudiants atteignant le plafond) et l’évaluation des enseignants « ont déclenché une mentalité de client. Et certains professeurs peuvent être tentés d’acheter la paix sociale en surnotant », regrette un fin connaisseur de la maison.

Quand ce déclin a-t-il été amorcé ? Par déclin, comprendre : au point où une pointure de l’école confie vouloir « arrêter d’enseigner au Collège universitaire parce que seuls deux de ses élèves, sur 20, arrivent à suivre correctement le cours ». Si elles notent une accélération « rapide et brutale » depuis trois ou quatre ans, plusieurs personnes interrogées pointent du doigt l’internationalisation des campus. Dans les couloirs de Sciences Po, l’anglais est devenu la norme. Aujourd’hui, 50 % des 15 000 étudiants de l’école ont une nationalité étrangère. Ces derniers débarquent dans la capitale avec leurs propres références culturelles, leur français parfois balbutiant et leurs connaissances plus ou moins solides de l’histoire de notre pays. « Sur quels critères évaluer les étudiants si on ne sait pas ce qu’ils ont étudié durant leur scolarité ? », s’interroge un professeur de science politique.

Pour expliquer cet affaiblissement, la mise en place des conventions éducation prioritaire (CEP) par l’ancien directeur Richard Descoings a souvent été dénoncée. Ce processus, qui vise à « renforcer la démocratisation » de l’institution et la diversité sociale a permis à nombre d’élèves issus de lycées défavorisés, essentiellement de banlieue, d’entrer à Sciences Po. Ces candidats sont sélectionnés, mais bénéficient d’une voie d’admission spécifique. Pascal Perrineau tempère ce constat. «  Beaucoup d’étudiants issus des conventions éducation prioritaire n’ont pas grand-chose à envier à leurs camarades de lycées du centre parisien, mais ils sont mal accompagnés. Ils n’ont pas les codes. » D’autant plus que ce dispositif a progressivement été dévoyé. Les parents les mieux renseignés, en premier lieu les profs, ont scolarisé leur progéniture — de bon niveau — dans les lycées conventionnés, afin de bénéficier de cette voie détournée et permettre à leurs enfants de mettre plus facilement les pieds à Sciences Po.

Mais le vrai virage date de 2021. Cette année-là, le concours change de visage et les épreuves écrites sont enterrées. Désormais, les futurs bacheliers doivent déposer leur dossier scolaire sur Parcoursup, où sont évalués les résultats du bac, la performance scolaire et trois exercices rédactionnels (le « parcours personnel du candidat, ses activités et ses centres d’intérêt », la « motivation du candidat et son projet intellectuel pour Sciences Po » et un « essai personnel sur l’une des cinq thématiques proposées »). Objectif affiché : « Donner leur chance à tous les meilleurs talents », pour reprendre l’expression utilisée par l’institution elle-même sur son site internet. Dans les faits, ce nouveau processus d’admission ne semble ni plus démocratique ni plus méritocratique. Il déplace le curseur vers d’autres critères que ceux de l’excellence académique. Au sein de la direction, on reconnaît une « obsession de l’engagement » associatif dans le dispositif, notamment une prime accordée aux activités extrascolaires. À ce jeu-là, les parents bien informés, qui connaissent les rouages et ceux qui ont les moyens d’offrir à leur enfant un séjour linguistique à l’étranger, partent avec un avantage significatif. 

 Recrutement opaque, exclusion des lycées cathos privés

La logique de recrutement est opaque et « des candidats sont refusés ou admis sans que l’on sache très bien pourquoi », comme l’expliquait le sociologue Pierre Merle au Figaro en 2021. Mais ces dernières années, une tendance, souterraine, semble, elle, se dessiner : l’exclusion progressive de lycéens issus des établissements catholiques privés. Enfin, souterraine, pas vraiment. Dans la préface d’un livre publié à l’occasion des 150 ans de l’école (Sciences Po. Le roman vrai, Les Presses de Sciences Po, 2022), l’ancien directeur Mathias Vicherat se réjouissait : « Moins de 20 % des admis en première année ont grandi dans la capitale. » Dans plusieurs établissements parisiens, on le constate d’année en année. « Il y a dix ans, entre 12 et 15  lycéens de Stanislas intégraient Sciences Po chaque année », observe le directeur François Jubert. 

En 2024, aucun élève du lycée privé catholique du 6e arrondissement, sous le feu des projecteurs depuis la polémique autour de la scolarisation des enfants de la ministre Amélie Oudéa-Castéra, n’est entré rue Saint-Guillaume ; contre deux l’année dernière, un seul en 2022 et aucun en 2021. Est-ce une question de niveau ? Le « catho-privé » parisien serait-il devenu une fabrique à crétins ? « Non, car ces mêmes élèves sont systématiquement retenus quand ils sont évalués par un jury de classe préparatoire, réplique le chef d’établissement. On a toujours autant d’élèves qui aspirent à se mettre au service du bien commun, mais les portes leur sont fermées ». Pour lui, les choses sont claires : « Les élèves de Stanislas ne sont pas les bienvenus à Sciences Po. » La discrimination positive déboucherait-elle, in fine, sur une forme de discrimination idéologique ?

Source : Le Figaro

Voir aussi
 
 
 
 
 
 
 
 

lundi 29 juillet 2024

Immigration : Parmi les dix villes à population à la plus forte croissance en Amérique du Nord, huit sont au Canada

 Les villes centrales et les régions métropolitaines du Canada ont connu une croissance démographique supérieure à celle de leurs homologues américaines au cours de la période de 12 mois se terminant le 1er juillet 2023.

Toronto, à la fois la ville centrale et la région métropolitaine, a laissé ses homologues américains loin derrière, avec une croissance de 125 756 et 221 588 personnes, respectivement. Les juridictions américaines les plus proches sont la ville de San Antonio (augmentation de la population de 21 970 personnes) et la région métropolitaine de Dallas (croissance de 152 598 personnes).

Les points saillants entre les deux pays concernant la croissance de la population au cours des 12 mois se terminant le 1er juillet 2023 sont les suivants :
  • Huit des dix villes centrales à la croissance la plus rapide se trouvent au Canada alors que les États-Unis sont 8 fois plus peuplés ;
  • Chaque pays comptait cinq des dix régions métropolitaines à la croissance la plus rapide ;
  • Les neuf principales villes centrales qui perdent de la population se trouvent toutes aux États-Unis ;
  • Plusieurs régions métropolitaines des États-Unis perdent de la population en 2023, notamment Los Angeles et New York City, alors qu’aucune des 48 régions métropolitaines du Canada n’a perdu de population.
Cliquez pour agrandir




samedi 27 juillet 2024

Non, les Jeux olympiques antiques n'ont pas disparu à cause d'un édit antipaïen de l'empereur Théodose Ier

Selon l'historien Jean-Manuel Roubineau dans le Figaro Histoire (6 juillet 2024) :

On a longtemps donné de cette disparition une lecture politico-religieuse, les concours grecs ayant été prétendument interdits par un rescrit antipaïen de l'empereur chrétien Théodose Ier, en 393. Mais cette hypothèse, fondée sur une remarque isolée de l'érudit byzantin Kédrénos, ne résiste pas à l'examen : certains concours persistent jusqu'au début du VIe siècle, à l'exemple des Olympia d'Antioche de Syrie.

Les Olympia d'Olympie, quant à eux, disparaissent probablement dans les années 420-430, sous le règne de Théodose II, à la suite de l'incendie du temple de Zeus et du déplacement de la statue de Zeus à Constantinople. Les concours sportifs, victimes au Bas Empire d'une désaffection progressive, laissent la place, à un rythme variable d'une région à l'autre, à d'autres divertissements plus populaires, sans que la christianisation de l'empire ait joué un rôle majeur dans ce processus.

Dans Ouest-France du 27 juillet 2024, il revient sur cette disparition : 

 Le sport disparaît de manière graduelle à partir de la fin du IIIe siècle après J.-C. Le nombre de compétitions diminue. Le dernier concours documenté, les Olympia d’Antioche de Syrie, est encore attesté au début du VIe siècle. Le modèle d’explication longtemps en vigueur consistait à considérer que le sport aurait disparu dans le cadre de la lutte anti-païenne des empereurs chrétiens au IVe siècle. Une disparition supposément soudaine et verticale.

En fait, ça n’a pas du tout fonctionné ainsi. On observe un processus de très longue durée, variable d’une région à l’autre. Les concours disparaissent progressivement, sous l’effet de la désaffection dont fait l’objet le spectacle gymnique. En revanche, les concours hippiques vont continuer de passionner les Grecs de l’époque byzantine.

À cette évolution des goûts s’ajoute une autre raison : l’argent. Les notables qui trouvaient un intérêt à financer les compétitions – c’était un moyen pour eux de construire une carrière politique – se tournent de plus en plus vers les carrières de l’administration impériale romaine, qui n’impliquent pas ce type d’investissement. Ce paramètre fait partie des multiples raisons qui ont conduit à la désagrégation progressive du phénomène sportif à la fin de l’Antiquité, avant sa renaissance dans le courant de l’Ancien Régime en Europe.

Roubineau parle d'Olympia pour désigner ces concours antiques plutôt que de Jeux olympiques. Les Romains distinguaient le certamen, concours, du ludus, le jeu, activité de la jeunesse.

Jean-Manuel Roubineau est l'auteur de Le sport: Récit des premiers temps paru 13 mars 2024 aux PUF (Presses universitaires de France).

Thomas Jolly, directeur artistique des JO, prétend ne pas avoir voulu « choquer » ou « se moquer » alors qu'en avril il prévenait que la cérémonie offrirait des « surprises bien plus radicales »

L’épiscopat français déplore que « Cette cérémonie a malheureusement inclus des scènes de dérision et de moquerie du christianisme, ce que nous déplorons très profondément... »

Selon BFMTV, interrogé sur les critiques émanant de l’extrême droite [les évêques catholiques apprécieront], qui a jugé l’événement trop « woke » et politique, Thomas Jolly explique ne pas avoir voulu « être subversif, de me moquer ou de choquer. Ma volonté est de dire que nous sommes ce grand “nous” ».

L'acteur et metteur en scène « queer » notoire Thomas Jolly (ci-dessus), « qui a exploré les thèmes LGBTQ+ sur scène », veut également s'assurer que ses célébrations montrent qu'il y a « de la place pour tout le monde à Paris ». La cérémonie d'ouverture ne sera un succès que si « tout le monde s'y sent représenté », a-t-il ajouté. 

En avril, le controversé Thomas Jolly, avait affirmé à Télérama : « La cérémonie promet des surprises bien plus radicales que la présence ou pas d’Aya Nakamura » « Réinterroger nos normes, changer nos regards est l’objet de cette cérémonie. » « Je peux vous assurer que l’ensemble de la cérémonie promet des surprises bien plus fortes, plus radicales que la présence ou pas d’Aya Nakamura, que je souhaite pourtant ardemment. »

Des Français d'extrême droite, pour sûr, n'en reviennent pas :

La chaîne publique (de gauche donc) France 2 a loué cette parodie de la Sainte Cène (en écrivant explicitement CÈNE et non scène) :


avant que de nombreuses personnes, dont Elon Musk, ne trouvent que cette mise en Cène de travelos était très irrespectueuse.

Et que France 2 ne supprime sa vidéo « légendaire » reprise et vue par des millions de personnes. (d'où le « cette vidéo a été supprimée » dans l'image ci-dessous). [Le seul gazouillis de Collin Rugg avait été vu 3,9 millions de fois.] Le tout sans explication de la part de France 2.

Cette suppression n'est pas passée inaperçue : 


Pour Éric Zemmour, 

Depuis hier soir, il est de bon ton d’apprécier les quelques jolies scènes du spectacle. Il ne faut pas être ronchon ! Surtout, ne passons pas pour réac ! Il faut être de tout cœur avec nos athlètes, ça, c’est vrai. Et puis, le spectacle laser devant la Tour Eiffel était bien beau. Quelques scènettes au musée du Louvre étaient charmantes. La Seine est toujours aussi sublime. Les monuments légués par nos Rois ont toujours de quoi éblouir le monde.

Alors, on n’aurait pas « bon esprit » si on a voulu voir ce spectacle tel qu’il a été conçu. Un spectacle politique jusqu’au bout des ongles fluorescents des drag queens. Un spectacle de mauvais goût, jusqu’à la tête coupée de Marie-Antoinette qui chante le « ça ira ». Un spectacle faussement subversif jusqu’à Philippe Katerine qui danse nu au milieu d’une bien laide parodie de la Cène. Le vrai subversif risque sa peau : en 2024, Philippe Katerine ne risque rien à se mettre à poil en blasphémant le Christ. Bref des « mutins de Panurge », qui respectent le nouvel ordre moral, le doigt sur la couture.

La vérité, c’est que les grands artisans de ce spectacle (Macron, Boucheron, Hidalgo…) ont pris en otage la beauté de Paris, le plus bel écrin du monde. Mais ces gens ne sont pas nous. Ils ne nous représentent pas. Ils sont étrangers à ce que nous sommes. Ennemis de ce que nous fûmes. Ils veulent nous imposer une vision de l’Homme qui n’est pas la nôtre. Une vision de la France qui n’est pas la nôtre, que nous rejetons, que les étrangers eux-mêmes découvrent avec stupéfaction, ou tristesse. Ma grand-mère aurait conclu : même le ciel en a pleuré !

Quant à Philippe de Viliers dans le Journal du dimanche:

La cérémonie se voulait inclusive. Elle a seulement exclu les derniers Mohicans français qui restent attachés à une histoire de France visitée, revisitée depuis les origines par le charisme de chrétienté. Avec mon expérience du spectacle vivant, j’ai évidemment guetté le subliminal derrière les plumes roses, les jets de feu et les filets lumineux des skytracers. Par-delà les quelques passages des premières et dernières minutes entre Nadal et Céline Dion, entre valeurs de l’olympisme et évocation de la Piaf éternelle, tout était laid, tout était woke.

C’était décoiffant, déjanté, difforme, disgracieux. Nous avons acté devant le monde entier le suicide de la France, ainsi violentée, blessée, déshonorée. Le filigrane qui courait dans la trame de la pauvre Seine offensée, qui, finalement, fut seule à tirer son épingle du jeu, c’était la déconstruction : prendre le passé et le tourner en parodie pour faire ricaner les quais du Boboland. Tout l’appareillage de la dérision des symboles était là : le Veau d’or devant les deux Macron, le pastiche de la Cène avec les drag-queens qui festoient autour d’une eucharistie christique – un Jésus woke – qui profane le célèbre tableau du Dernier Repas, fondateur d’une civilisation.

À vrai dire, dès la première scène dans le Stade de France, tout est déjà dit par Jamel Debbouze, qui, avec une pointe d’ironie désinvolte, appelle Zidane « Jésus-Christ » ! La moquerie est à l’ordre du jour. Dès cette apostrophe, on comprend que le christianisme va prendre cher. Mahomet, lui, est tranquille pour la soirée. Pas d’offense, pas d’allusion. « Respect », comme disent les jeunes. Il n’y a de blasphème et de sacrilège que sous la forme christianophobe. Et puis, il y eut cette évocation sanglante de la Terreur, quand une diva a entamé le célèbre chant des sans-culottes qui a envoyé à la guillotine les dissidents de l’époque. Devant une Conciergerie embrasée par un retour de flamme vengeur, on nous montre Marie-Antoinette qui porte sa tête décapitée, dégoulinante dans ses mains. Cette vision mélenchoniste fait partager au monde entier qu’en France, aujourd’hui, « l’Arc républicain » légitime la peine de mort quand il s’agit de « faire une Samuel Paty » à quiconque s’oppose à la marche de l’histoire. Il ne manquait que le sous-titre de Carrier :

     « Par principe d’humanité, j’ai voulu purger la terre de la liberté de ces monstres. »

Où était l’âme de la grandeur de la France ?

C’était une soirée où le sang coulait dans la Seine, où le vindicatif se mêlait au festif. Ahhh, le festif ! C’était l’Amour et même la promotion du Polyamour – l’amour à trois –, avec un sommet de l’esthétique supérieur au Discobole : Philippe Katerine, en tenue d’Adam, avec la peau bleue, campé en bouffon décadent, avachi sous un pont, dans une atmosphère de bacchanale.

Il y avait de la terreur jubilatoire, mais aussi de l’orgie généreuse : l’équivoque du plan à trois, des hommes en robe et talons hauts. Des fois que les enfants regardent… Où était l’âme de la grandeur de la France ? On a vu dix statues de femmes surgir. Il ne manquait que la patronne de Paris, sainte Geneviève. Attila s’y est opposé au Conseil de Paris. Victoire posthume. Jeanne d’Arc non plus n’était pas là, retenue à Rouen par le nouvel évêque Cauchon, le professeur Patrick Boucheron, qui préfère les voix de Lady Gaga.

En revanche, il y avait bien Aya Nakamura, qui a fait chanter Djadja à cette pauvre Garde républicaine qui se contorsionnait dans une danse grotesque pour célébrer la pluie qui tombait à grosses gouttes. À la fin de toute cette scénographie sans autre relief que la provocation, on a vu comment des esprits approximatifs peuvent sacrifier au primat de la technique, avec cet automate équinoïde en acier plastique qui avançait sur deux flotteurs trop visibles : sans doute le produit scénique d’un bureau d’études à qui on a passé une commande trop rapide. Dans tout cela, l’émotion, la vraie, était absente. L’esthétique manquait. La Seine brassait les mascarets de la hideur et de l’inélégance, entre les vedettes sans décoration. On s’ennuyait. On n’était pas pris par le spectacle.

Pour ma part, je n’ai pas été surpris. Car l’équipe artistique avait annoncé la couleur dans le journal Le Monde :

    « Nous ne voulons surtout pas d’une reconstitution à la manière du Puy du Fou. Nous voulons faire l’inverse. Surtout pas une histoire virile [d'où sans doute cette Marseillaise chantée dans les aigus par une femme noire, bien sûr], héroïsée, providentielle. On veut le désordre et que tout s’entremêle. »

Que grâce leur soit rendue, ils ont tenu leur promesse. J’avais les yeux humides. Ce n’était pas la chair de poule, mais la rage. Je regardais les trombes d’eau. Le ciel de Paris déversait des larmes de tristesse sur cette pantomime. Il pleuvait dans mon cœur comme il pleuvait sur la ville : Paris humilié, Paris maculé, Paris martyrisé, mais bientôt, on l’espère secrètement, Paris libéré.

L'académicien et philosophe Alain Finkielkraut dans les colonnes du Figaro

Je suis très impressionné par  la cérémonie d'ouverture des Jeux Olympiques . Il ne me paraissait pas possible, en effet, de faire pire c'est-à-dire, à la fois, plus obscène et plus conformiste, que l'Eurovision. Je me trompais : impossible n'est pas post français. « Une cérémonie grandiose qui a cassé tous les codes » titrait le journal Libération. 

Remettons les choses à l'endroit : c'était un spectacle grotesque, qui, des drag queens à Imagine et de la célébration de la sororité à la décapitation de Marie-Antoinette  (l'une des pages les plus glorieuses de notre histoire) déroulait pieusement tous les stéréotypes de l'époque. Sur un point,  Patrick Boucheron  a raison : le génie français brillait par son absence. Je ne parle pas de la grandeur. Peu m'importe la grandeur ! Non, entre la chorégraphie horrible de  Lady Gaga  et les pénibles exhibitionnismes de  Philippe Katerine , où étaient le goût, la grâce, la légèreté, la délicatesse, l'élégance, la beauté même ?

La beauté n'existe plus. L'heure est à la lutte contre toutes les discriminations. On a même eu droit à un plan cul à trois. Homophobe soit qui mal y pense ! et pourquoi le défilé de mode devait-il être aussi agressivement moche ?  Thomas Jolly  et Patrick Boucheron s'applaudissent de leur audace transgressive alors qu'ils sont les serviteurs zélés de la doxa. La nation résolument tournée vers l'avenir confie à des historiens le soin de dilapider son héritage. Le Collège de France a été longtemps un haut lieu de la pensée libre, c'est devenu le bastion de l'idéologie.

[...]

Au diable les formes, la solennité, la raideur ! La garde républicaine a pris son pied et s'est mise sans vergogne au diapason des Indigènes de la République. Les bibliothèques elles-mêmes ont été dépoussiérées. On n’explore plus désormais la carte du tendre avec Bérénice ou avec un Amour de Swan mais avec Passion simple.  Annie Ernaux  a remplacé Proust et Houria Bouteldja Émile Zola. Le mot qui vient involontairement à l'esprit devant ce fiasco grandiose est celui de décadence. Que reste-t-il de la France en France et de l'Europe en Europe ? Qu'est-il arrivé au Vieux Continent ? 

La diversité du monde est joyeusement engloutie dans le grand métissage planétaire. Et ce n'étaient plus les athlètes de tous les pays qui défilaient sous les yeux d'un public ravi, c'étaient les bateaux mouches avec, sur le pont, des matelots surexcités. Le déluge qui s'est alors abattu sur la Ville Lumière ne peut être qu'une punition divine. À quelque chose, malheur est bon : après cette soirée apocalyptique, je suis devenu croyant.

[...]

Faire entendre une voix dissonante dans ce grand concert extatique, c'est prendre le risque d'être perçu comme un rabat-joie identitaire et rance. Me voilà rangé parmi les maurrassiens. Cette étiquette infamante témoigne de la confusion des temps. Le fils d'immigrés que je suis ne peut se résigner à l'enlaidissement et à l'avilissement de ce qui lui tient tant à cœur.

Radio-Canada qui ne sort pas de son rôle prévisible de caisse de résonance de la gauche déconstructiviste titre : «
La cérémonie d’ouverture des Jeux olympiques de Paris louangée » : 

Des vedettes, une créativité remarquable, une ode à la diversité : la cérémonie d'ouverture des Jeux olympiques de Paris a suscité un enthousiasme quasi unanime, y compris à l'étranger, et dressé le tableau d'une France ouverte sur le monde.
La « créativité remarquable » digne de cabarets borgnes alors avec son défilé de travelos.

Voir aussi

Cérémonie d’ouverture des Jeux Olympiques de Paris en 2024 et 1924 (m à j)

Maroc, Algérie, États-Unis... ces pays qui ont censuré (en partie) la cérémonie d'ouverture des JO

 

Pour la femme à barbe, Piche, qui s'est trémoussée lors de « festin », c'était bien une allusion à la Sainte Cène et l'art divise toujours, donc c'est assumé :

De même pour la lesbienne juive en surpoids, Barbara Butch, qui a joué le personnage central auréolé et a salué le Nouveau Testament Gay :