vendredi 12 juillet 2019

Sciences Po a supprimé son concours d'entrée, plus personne n'en parle

Depuis trente ans, les élites françaises ont détruit méthodiquement tout ce qui faisait le génie national, estime Éric Zemmour du Figaro. Le bac est donné à tout le monde et les mentions TB fleurissent à tous les coins de rue ; et Sciences Po supprime son concours écrit, le seul qui assurait, avec l’anonymat, la garantie d’une sélection honnête.


Cela fait trois semaines et déjà plus personne n’en parle. Plus le moindre article, pas la moindre polémique. Frédéric Mion a réussi son (mauvais) coup. Le patron de Sciences Po a supprimé les épreuves écrites de son concours d’entrée et tout le monde s’en moque. Il a expliqué que désormais tous les étudiants de l’école seraient recrutés sur dossier, et tout le monde — ou presque — a gobé son discours lénifiant, mélange de rêve américain (les universités anglo-saxonnes agissent ainsi) et de lutte des classes (il faut lutter contre l’entre-soi). Au moins, lorsque le prédécesseur de Mion, le « disruptif » Richard Descoings, avait imposé la discrimination positive à l’entrée de l’école, il y a quinze ans, la polémique avait été énorme. On s’était étripé au nom de la République, de la méritocratie, de l’égalité des chances.

Cette fois, rien. Ou presque rien. Pourtant, Mion finit le (sale) boulot de Descoings. Le prestige séculaire de l’ancienne École libre des Sciences politiques reposait sur un concours d’entrée fort sélectif, et en particulier une épreuve écrite d’histoire exigeante. La renommée de toutes les grandes écoles françaises, de l’X à l’ENA, était fondée sur le même patron. Qui lui-même reposait sur un enseignement secondaire de haut niveau. C’était la vraie différence avec le modèle anglo-saxon.

Tous les thuriféraires du modèle anglo-saxon font semblant de ne pas voir que l’extraordinaire renommée des universités américaines tient avant tout à leurs moyens financiers énormes qui leur permettent de payer les meilleurs profs du monde et d’attirer les meilleurs étudiants du monde entier.

Depuis trente ans, les élites françaises ont détruit méthodiquement tout ce qui faisait le génie national.
Le secondaire est d’une rare médiocrité ; le bac est donné à tout le monde et les mentions TB fleurissent à tous les coins de rue ; et Sciences Po supprime son concours écrit, le seul qui assurait, avec l’anonymat, la garantie d’une sélection honnête.

Désormais seront privilégiées non la culture et le travail, et l’intelligence du candidat, mais les valeurs que l’école veut promouvoir : altruisme, générosité, énergie. Bref, Mion veut des étudiants à sa main, soumis à son idéologie bien-pensante. Il veut pouvoir prendre tous les élèves de banlieue qu’il souhaite puisque ceux-ci s’obstinent à ne pas avoir le niveau scolaire de l’épreuve écrite. Entre le mérite personnel et l’endoctrinement idéologique, la direction de Sciences Po a choisi. Tout cela au nom de la République qu’on renie et de la méritocratie qu’on méprise.

Le nihilisme de nos classes dirigeantes est sans limites. Et il se pare de surcroît des atours de la vertu.

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