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Une enquête récente révèle que 62 % des Américains pensent que le sexe d’une personne ne peut pas être changé, marquant un changement par rapport à l’idéologie transgenre moderne.
Le sondage du Center for American Political Studies (CAPS) de l’Université Harvard et de Harris Insights and Analytics a été mené du 26 au 28 octobre et a interrogé 1 576 électeurs inscrits. On a demandé aux participants : « Pensez-vous que les gens devraient pouvoir choisir leur genre et leurs pronoms ou le genre et les pronoms sont-ils déterminés à la naissance ? »
Au total, moins de 40 pour cent étaient d’accord avec l’affirmation selon laquelle une personne peut changer de sexe. 62 % de tous les électeurs ont déclaré que « les gens sont nés avec leur sexe ».
Ce résultat s’oppose à ceux de précédents sondages du même institut de sondage Harvard/Harris sur le transgenrisme ces dernières années. En 2019, par exemple, Harvard/Harris avait demandé à 1 295 électeurs inscrits : « Pensez-vous que les personnes transgenres devraient être obligées d’utiliser les toilettes de leur sexe à la naissance ou autorisées à utiliser les toilettes qui correspondent le mieux à leur identité de genre et au sexe qu’elles déclarent avoir ? »
Dans cette enquête, les réponses étaient parfaitement partagées à 50/50. Cela suggère que le soutien pour la rhétorique transgenre s’étiole.
Cependant, lorsque la question est posée exclusivement aux démocrates, la plupart des membres du parti de gauche du pays soutiennent toujours les notions d’identité de genre choisie par rapport au sexe biologique. Selon le nouveau sondage Harvard/Harris, 59 % des démocrates sont d’accord avec l’affirmation selon laquelle « les gens devraient pouvoir choisir leur sexe ».
Une deuxième question du même sondage était encore moins favorable à l’idéologie transgenre : seuls 28 % des personnes interrogées ont déclaré qu’il y existe « plus de deux genres ».
Les militants transgenres, après tout, insistent sur le fait que les humains ne se limitent pas aux « hommes » et « femmes », mais peuvent également appartenir à une variété d’étiquettes, y compris « agent », « androgyne », « bigenre », « demigarçon » et « demigenre ».
Les sondages du Public Religion Research Institute (PRRI) pro-transgenre suggèrent également que le soutien au transgenre a diminué au cours des deux dernières années.
Par exemple, un sondage PRRI de 2018 a affirmé que 50 % des Américains ont déclaré qu’ils étaient d’accord pour que des hommes transgenres (qui se disent femmes donc) puissent participer aux compétitions sportives féminines. Mais le récent sondage d’août de l’organisation a révélé que désormais, seuls 36 % des Américains croient cela.
Le sondage PRRI a également montré une baisse d’un tiers en deux ans du nombre de personnes qui pensent qu’il existe des sexes autres que l’homme et la femme. En 2021, seulement 17 % des Américains croient fermement qu’il existe plusieurs « genres », contre 24 % lors d’une précédente enquête PRRI de 2019.
Une déclaration de l’American Principles Project, qui organise l’opposition au niveau des États à l’agenda transgenre, se lit comme suit :
La victoire de Glenn Youngkin [dans l’élection de gouverneur de Virginie] a montré que les électeurs, et en particulier les parents, prennent conscience des conséquences horribles de l’idéologie de genre de la gauche réveillée, en particulier de la façon dont elle menace la vie privée et la sécurité des filles à l’école.…
Il n’est donc pas surprenant d’également voir l’opinion publique sur ces questions changer dans les sondages.
Le vent a semblé tourner contre le transgenre ces derniers mois. Un certain nombre d’États, comme la Floride, ont adopté une législation pour empêcher les hommes de concourir dans les sports féminins.
Et en Virginie, qui semblait sur le point de devenir un État entièrement bleu, la Cour suprême de l’État s’est récemment rangée du côté d’un enseignant qui avait été suspendu parce qu’il refusait d’utiliser des pronoms et des noms préférés pour s’adresser aux « étudiants transgenres ».
Le contrecoup à l’idéologie transgenre survient alors que ses défenseurs sont devenus plus radicaux dans leurs tentatives de l’imposer à tous les Américains et en particulier aux enfants.
Le livre It Feels Good To Be Yourself: A Book About Gender Identity a trouvé sa place dans les écoles publiques, y compris dans le Los Angeles Unified School District, où il a été promu pendant le Mois de l’histoire des Noirs. Noah Grigni, l’illustrateur, est décrit comme « un illustrateur, écrivain et organisateur transgenre non binaire ».
Selwyn Duke de la The New American s’oppose à ce que les enfants croient en l’idéologie transgenre/multigenre :
« En ce qui concerne les jeunes mal dans leur « sexe”, notez que plus de 80 pour cent des filles et 90 pour cent des garçons surmonteront la confusion s’ils sont laissés à eux-mêmes. »
Au nom de la « diversité » et de son corollaire pédagogique, l’« inclusion », les idéologies woke ont pénétré dans le temple scolaire avec la complicité d’une partie du corps enseignant et par le biais des outils pédagogiques.
Sara * (1) est lycéenne dans un établissement sans histoire de la banlieue parisienne. Son lycée n’est ni huppé ni ghetto. L’équilibre du « vivre-ensemble » y est fragile, mais il tient. Sara est métisse, ses camarades sont d’origines diverses. Ils sont blancs, noirs, maghrébins, asiatiques, mais pour elle, comme pour eux, la différence n’a jamais été un sujet de débat ni un problème… Jusqu’à ce fameux cours d’éducation morale et civique intitulé :
« Le racisme anti-Blancs existe-t-il ? » Une question qui n’en était pas une, selon la lycéenne, tant l’enseignante a verrouillé les échanges pour imposer sa réponse : « Non, il n’existe pas. » Les élèves ont été invités à se définir comme « racisés » ou « non racisés » et ont découvert les notions de « privilège blanc », de « racisme systémique », etc. Une véritable initiation à la sémantique décoloniale !
« Ce cours a tout changé dans la classe, affirme Sara. Nous nous entendions bien, il y avait de la solidarité, du respect et de la bienveillance entre nous. Mais certains ont commencé à se voir comme des victimes de racisme, à ne parler que de cela. La boucle WhatsApp de la classe est devenue un champ de bataille avec deux camps qui s’affrontaient. Il y avait les Blancs accusés de racisme et les “basanés” de la classe qui parlaient d’esclavage, de colonialisme, d’inégalité. Ce cours n’a pas fait réfléchir. Il a installé un climat de haine et transformé en victimes certains de mes camarades qui allaient très bien jusque-là. » Du haut de ses 15 ans, la jeune fille interroge cette notion de racisme à sens unique, mais aussi et surtout la démarche de cette prof : « J’ai été frappée par l’impossibilité de discuter cette théorie. Je ne comprenais pas. Pour moi, le racisme, c’est d’abord de la bêtise. Et la bêtise n’a pas de couleur de peau. Heureusement, j’ai pu en discuter avec mes parents qui m’ont rassurée. Ils m’ont expliqué que ce cours était de l’idéologie déguisée. Ils m’ont parlé des thèses indigénistes et racialistes. Dans notre classe, plus rien n’a été comme avant après ça. La prof a changé d’établissement l’année suivante. Elle est partie sans essayer de réparer les dégâts. »
« Idéologues du bien »
L’anecdote ne surprend pas l’essayiste Fatiha Boudjahlat (2). Professeur d’histoire et géographie dans un collège de Toulouse, elle est en colère : « C’est terrifiant ce qu’il se passe aujourd’hui, s’exclame-t-elle. L’école est gangrenée par des idéologues. Ils avancent masqués, en utilisant leurs cours et leur autorité de professeurs pour faire de la propagande politique sous couvert de générosité et de respect de la diversité. » C’est ce qu’elle appelle « le complexe du missionnaire en Afrique » : « Ils veulent “sauver” les gamins en leur révélant leur statut de victimes, en faire de bons indigènes, avec la haine de l’État et de la France. Ce sont des agents du séparatisme. »
Ses formules volontairement chocs donnent la mesure de son désarroi. Que dire à cette élève noire qui lui raconte, en larmes, que son professeur d’anglais, après avoir projeté à toute la classe un film sur le Ku Klux Klan, l’a reprise au cours de la discussion qui a suivi en lui affirmant : « Tu n’es pas française, tu es afro-américaine ! » « Cette ado est originaire de Guyane, soupire Fatiha Boudjahlat, et son enseignante lui refuse le droit de se définir comme française. C’est incompréhensible pour cette jeune fille. »
Après l’assassinat de Samuel Paty, j’ai assisté à un grand moment de folie collective durant lequel ils essayaient de comprendre et de justifier cet acte abominable. J’avais envie de hurler.
Un professeur de lettres
Des méthodes que connaît bien ce professeur de lettres qui a choisi d’enseigner dans des établissements difficiles, motivé, dit-il par « l’envie d’être utile et de tirer vers le haut les élèves issus des quartiers les plus défavorisés ». Ses nobles convictions s’érodent chaque jour un peu plus au contact de la rugosité du quotidien dans le lycée des Hauts-de-Seine où il exerce. Le communautarisme, la radicalité voire la violence sont des difficultés avec lesquelles il a appris à composer pour continuer à faire son métier, « pour les élèves qui s’accrochent ». Son intransigeance, il la réserve à ceux de ses collègues qu’il qualifie « d’idéologues du bien », « en général syndiqués et affiliés à l’extrême gauche » : « Ils sont majoritaires en salle de profs et c’est une plaie. Ils contribuent à faire de ce lycée un établissement poubelle. Ce sont des militants indigénistes, woke ou communautaristes. Ils font de l’entrisme pour détruire de l’intérieur le système scolaire. Ça me rend malade, peste-t-il. Après l’assassinat de Samuel Paty, j’ai assisté à un grand moment de folie collective durant lequel ils essayaient de comprendre et de justifier cet acte abominable. J’avais envie de hurler. » Il nous a demandé de ne pas faire apparaître son nom : « Mon attachement viscéral aux valeurs républicaines m’oblige à raser les murs à l’école. »
Il décrit des collègues « militants », qui considèrent l’enseignement, la rigueur et l’exigence comme autant de formes de violence. « À leurs yeux, un prof qui fait bien son boulot est un salaud, soupire-t-il. Pour ma part, je suis critiqué, car je fais de la littérature considérée comme de la “culture blanche”. On ne doit surtout pas confronter nos élèves à de grands auteurs, car, selon eux, ces sujets ne les intéressent pas. Ils leur proposent de la sous-culture. Ils sont convaincus de faire preuve de bienveillance, mais pour moi, ce n’est que du mépris. Ces jeunes ont aussi le droit d’apprendre, de nourrir leurs esprits et leur curiosité. Ces militants veulent surtout les empêcher de progresser et les laisser dans leur merde. »
Des élèves se sont mis à fermer ostensiblement leurs cahiers quand je parlais par exemple de darwinisme
Philippe, professeur
Leila *, prof dans un lycée de Seine–Saint-Denis, confirme : « Nos élèves cumulent beaucoup de difficultés et je suis ulcérée de voir comment certains profs, par idéologie, les maintiennent dans un statut de victimes de la société, de la police. Ils entretiennent l’idée que ce pays, qui est le leur, ne les aime pas, et ils alimentent la haine dans le cœur de cette jeunesse. » Assa Traoré est même venue dans son établissement, au titre de son comité La vérité pour Adama. Sujet de l’intervention : les violences policières.
L’islam politique profite de ce terrain pour avancer ses pions. Philippe a démarré sa carrière dans un établissement difficile de la région du Grand Est. Il y a vu progresser le communautarisme religieux. « Avant, seuls un ou deux élèves avaient des difficultés à faire la différence entre science et croyance, se souvient-il. Puis, de plus en plus, des élèves se sont mis à fermer ostensiblement leurs cahiers quand je parlais par exemple de darwinisme. » Lui-même avoue avoir été surpris par le nombre croissant d’élèves demandant à quitter la classe dès la nuit tombée pour pouvoir manger plus tôt en période de ramadan. « J’ai honte de le dire, soupire-t-il, mais au début je trouvais ça amusant. »
Le sujet devient encore plus grave lorsque l’école relaie les injonctions religieuses. En 2019, l’administration d’un collège public du Val-de-Marne a envoyé un formulaire aux familles pour les inviter à se signaler si leurs enfants faisaient le ramadan. Ils auraient droit à une remise exceptionnelle au titre de « la pratique du jeune cultuel ». Quelques parents s’étant émus de cette forme d’assignation à résidence identitaire, on s’est aperçu que la pratique existait ailleurs. En Essonne, le président du conseil départemental François Durovray l’a purement et simplement interdite, mais ailleurs, elle est toujours en vigueur, plus discrètement.
Les intérêts de l’enfant
La même volonté d’endoctrinement est à l’œuvre autour d’un sujet ô combien à la mode, celui du genre et du sexe. Le lycée Fénelon, établissement réputé du 6e arrondissement parisien, se veut à la pointe du combat contre les discriminations dans ce domaine. En mai dernier, dans le cadre de sa « semaine contre les discriminations », il a accueilli une série de conférences organisées sous l’égide de l’Observatoire académique des LGBT + phobies. Outre l’exposé de Marie de la Chenelière, « consultante en transidentité », sur « Théorie et pratique de la transidentité », était programmée une session sur le « sexe neutre » au cours de laquelle Marie Mesnil, maîtresse de conférences en droit privé à l’université de Rennes-I, s’est livrée à un long plaidoyer en faveur de la disparition de la mention du sexe à l’état civil.
L’exemple de Fénelon n’est pas isolé. Les associations de lutte contre les discriminations sexistes multiplient les contacts avec l’Éducation nationale sur tout le territoire. SOS Homophobie est agréé par l’Éducation nationale, comme le Planning familial, qui fait lui aussi de la « lutte contre les stéréotypes de genre » une priorité. Ou comme Contact, dont le représentant a expliqué lors d’une table ronde organisée par l’académie de Dijon qu’il concevait ses interventions « avec les services de vie scolaire » qui les « intègrent dans les emplois du temps des collèges et des lycées ». Ces services, ce sont essentiellement les conseillers principaux d’éducation (CPE) et les conseils de vie collégienne ou lycéenne, présidés par le chef d’établissement et composés de représentants des élèves, des personnels, enseignants ou non-enseignants, et des parents d’élèves.
Pour cet enseignant à Nanterre, « par le biais de ces CPE notamment, mais aussi par celui des inspecteurs d’académie, le système encourage la pénétration idéologique ». « Les profs qui s’impliquent dans les initiatives des CPE sont les mieux notés et nous, qui voulons juste faire notre boulot sur le terrain, on avance dans le métier avec un sac à dos lesté de pierres ! »
Par définition, une association milite pour ce qui est son objet
Édouard Geffray, directeur général de l’enseignement scolaire
Nous avons interrogé le ministère sur la confusion entre le travail, utile, de certaines associations auprès des jeunes victimes qu’elles aident et l’endoctrinement auquel elles se livrent avec la bénédiction de la Rue de Grenelle. Directeur général de l’enseignement scolaire (DGESCO dans le jargon maison), Édouard Geffray relativise la notion de militantisme : « Par définition, une association milite pour ce qui est son objet », observe-t-il. Les associations de niveau national qui souhaitent intervenir en milieu scolaire doivent au préalable faire une demande d’agrément au DGESCO. Le numéro 2 du ministère de l’Éducation vérifie en particulier que la requérante souhaite bien s’inscrire dans le cadre pédagogique défini par l’institution et « évidemment qu’elle n’est pas susceptible de porter atteinte aux intérêts de l’enfant ». Et selon lui , « lutter contre l’homophobie participe à la protection de l’enfance ». Si l’agrément est accordé, chaque projet d’intervention doit ensuite faire l’objet d’une autorisation spécifique du chef d’établissement concerné. « Il prend sa décision en accord avec les équipes pédagogiques, en fonction notamment du respect de l’équilibre des arguments et de la pondération dans l’expression », explique Édouard Geffray, en insistant sur ce qu’il appelle les « garde-fous » : « On ne dit pas à ces associations “tout ce que vous faites est génial” et l’agrément ne vaut pas un blanc-seing pour toutes les interventions qu’elles souhaitent faire en milieu scolaire. »
La Ligue de l’enseignement a un agrément. Confédération de quelque 25 000 associations locales, elle est même la première bénéficiaire des subventions de l’Éducation nationale. Elle s’est pourtant bien éloignée de la conception républicaine de la laïcité qu’elle cultivait lors de sa fondation, en 1866. Elle fait dorénavant encore mieux que les associations spécialisées dans les discriminations sexistes en assurant des séances ponctuelles de « sensibilisation aux LGBT + phobies » dès le primaire, jusqu’au lycée, et mène aussi des projets qui peuvent s’étendre tout au long de l’année avec des groupes d’élèves.
Les associations qui promeuvent la « déconstruction » du sexe et du genre devraient voir leurs ressources et leur influence augmenter considérablement grâce au plan gouvernemental 2020-2023 « pour l’égalité des droits, contre la haine et les discriminations anti-LGBT+ » préparé par la délégation interministérielle à la lutte contre le racisme, l’antisémitisme et la haine anti-LGBT (DILCRAH). Dans le titre 5, « Promouvoir une éducation inclusive et faire reculer les préjugés », plusieurs de leurs revendications sont reprises, dont la création d’un site dédié à l’éducation contre les LGTB + phobies, d’un « observatoire de la haine anti-LGTB+ dans chaque académie » et le développement tous azimuts de « formations » du personnel sur ces sujets. Par les associations dédiées, bien sûr.
Et les parents, dans tout cela ? La Fédération des conseils de parents d’élèves (FCPE), de gauche et très largement majoritaire, a choisi son camp depuis longtemps. En 2019, elle a franchi un pas supplémentaire dans l’« intersectionnalité » en menant une campagne d’affichage montrant une mère de famille voilée avec la légende : « Oui, je vais en sortie scolaire, et alors ? » En ce qui concerne la sexualité et le genre, elle n’est pas en reste. Pour Isabel Amis, présidente de la FCPE en Côte-d’Or, « l’école doit être ce point de solidité qui va permettre aux jeunes de s’émanciper des croyances familiales, (…) des parents qui sont dans le rejet, qui refuse d’accueillir et de prendre leur enfant en compte dans tout ce qu’il est et dans tout ce qu’il veut ». On ne saurait être plus clair.
Argent public
L’Observatoire du décolonialisme et des idéologies identitaires a enquêté sur ces phénomènes d’endoctrinement en remontant à la source : il a publié en mai un rapport qui montre comment le discours racialiste et indigéniste imprègne la formation des futurs enseignants. Les extraits des thèses soutenues par certains de ces étudiants en pédagogie sont particulièrement édifiants. L’un d’eux, par exemple, s’est intéressé aux « rapports sociaux langagiers de pouvoir dans le domaine de l’éducation de la petite enfance ». Ce qui donne, en écriture inclusive bien sûr : « Les enseignant-e-s ne savent pas comment se comporter avec des enfants qui ne parlent pas la langue cible (le français, NDLR). Les langues “autres” des enfants et de leurs parents sont reléguées au contexte privé et leurs locutrices/locuteurs sont réduit-e-s au silence dans le cadre de l’école maternelle. De cette façon, le capital symbolique des enfants parlant une langue “autre” est exclu de l’institution préscolaire, ce qui contribue à une restriction de leur participation égalitaire aux processus de l’éducation. » Lueur d’espoir, selon l’auteur : « D’autres enseignant-e-s critiquent ces politiques linguistiques de facto et décrivent en revanche comment ils contribuent à aider les enfants à s’exprimer dans leur(s) langue(s) préférée(s). » Autrement dit, l’apprentissage du français ne doit plus être une priorité !
Ces formations sont autant de bombes à retardement qui vont exploser dans une dizaine d’années
Xavier-Laurent Salvador, fondateur de l’Observatoire du décolonialisme et des idéologies identitaires
Dans un registre tout aussi accablant, l’Observatoire a repéré une « formation à l’intersectionnalité », destinée à des enseignants-stagiaires, qui préconise de « prendre en compte » des « facteurs ethniques », « de manière imbriquée avec le genre et la classe sociale », y compris en éducation physique. Exemple : « En natation, je sais que mes élèves d’Afrique noire ont de grosses appréhensions du milieu aquatique, ce qui amène des problèmes pour, par exemple, se maintenir sur le dos en position étoile, donc on les autorise à bouger les jambes. » Ce « facteur ethnique » est « à considérer avec beaucoup de précautions afin de l’éloigner de toute tentation différentialiste », précise le plus sérieusement du monde le pédagogue.
Une fois en poste, les enseignants disposent d’un large éventail de sites d’autoformation en ligne, dont plusieurs sont des guides pratiques d’application de l’idéologie woke. Parmi eux, ce site dédié à la « pédagogie antidiscrimination ». Conçu par l’Institut national supérieur du professorat et de l’éducation (Inspé) de l’académie de Créteil et l’université Paris-Est Créteil, il est financé par de l’argent public, via l’Agence nationale de la recherche (ANR). On y parle « privilège blanc », « blanchité », « islamophobie », « hétéronormativité », « culture du viol » ou, encore, « capacitisme » (discrimination à l’égard des handicapés). On y dénonce même l’« âgisme », défini comme la « domination des adultes sur les enfants par la création d’une distinction juridique arbitraire entre ces deux catégories » ! Le site propose aux enseignants du primaire et du secondaire de s’« autodiagnostiquer » en répondant à un questionnaire : « Est-ce que je contribue à véhiculer ou est-ce que je combats les stéréotypes concernant les familles populaires sur le fait qu’elles sont “démissionnaires” ou qu’elles ne s’occupent pas de la scolarité de leurs enfants ? Est-ce que j’ai conscience que l’évaluation chiffrée produit un stress lié à la menace du stéréotype et n’est pas favorable aux élèves de milieux populaires ? etc. » Xavier-Laurent Salvador, fondateur de l’Observatoire du décolonialisme et des idéologies identitaires, prévient : « Ces formations sont autant de bombes à retardement qui vont exploser dans une dizaine d’années. » Transmis à la ministre de l’Enseignement supérieur, Frédérique Vidal.
(1) Les noms suivis d’astérisque ont été modifiés.
(2) Les Nostalgériades, de Fatiha Agag-Boudjahlat, Éditions du Cerf, 144 p., 16 €.
L’idéologie dans les manuels et sur internet
Nombre d’ouvrages fleurissent. L’objectif affiché : biberonner les plus jeunes aux idées « progressistes ».
En mars 2017, le manuel Magellan et Galilée — Questionner le monde, destiné aux élèves de CE2 et publié par Hatier, lançait la mode des manuels « féministes » en utilisant l’écriture inclusive. Une grande première selon les professeurs des écoles interrogés à l’époque par Le Figaro. Depuis, la maison d’édition a récidivé et elle n’est pas la seule. « Tu reçois un. e correspondant. e anglais. e. Tu veux savoir si il ou elle apprécie les sports représentés dans les vignettes. Pose-lui trois questions », propose par exemple un cahier d’anglais baptisé My English Memo, destiné aux élèves de sixième. Il a été publié en mai, au moment même où Jean-Michel Blanquer prenait une circulaire pour proscrire l’écriture inclusive à l’école. Mais comme le rappelle Souâd Ayada, les éditeurs de manuels ne sont pas tenus par les circulaires ministérielles.
Plus subrepticement, un ouvrage des éditions Milan (hautement recommandées par l’Éducation nationale) sur le thème de la violence, à destination des 6-10 ans, illustre des actions brutales, dans lesquelles la quasi-totalité des agresseurs est blanche et les victimes « racisées ». Il ne s’agit pas ici d’un manuel scolaire, mais cet exemple illustre la façon dont les idéologies progressistes infusent petit à petit dans le milieu éducatif.
De nouveaux acteurs décomplexés ont émergé ces dernières années et s’investissent ouvertement dans les causes adoubées par le « wokisme »
Outre les maisons d’édition traditionnelles, de nouveaux acteurs décomplexés ont émergé ces dernières années et s’investissent ouvertement dans les causes adoubées par le « wokisme », défense des minorités en tête, qu’elles soient ethniques, sexuelles ou de genre. Le plus emblématique est Lelivrescolaire.fr. Créé en 2009 et propriété du groupe Hachette depuis 2020, ce site internet se vante de mettre en ligne « les manuels numériques les plus utilisés de France ». Quelque 1500 établissements français adhèrent en effet à la version « premium » pour leurs enseignants, avec le concours de certaines régions. La version gratuite, très bien référencée sur Google, est, elle, disponible en libre accès. Si bien que « le site s’impose de plus en plus comme une référence incontournable pour les élèves lors d’un devoir à la maison ou d’une dissertation », comme le confie un professeur de lycée de banlieue parisienne. Les exercices proposés sont clairement orientés, comme celui de ce manuel de français qui demande aux élèves de seconde de « rédiger un discours dans lequel [ils présenteront leurs] convictions et [défendrons leur] opinion sur l’écriture inclusive, à la manière d’un manifeste politique ». Le support qui accompagne l’énoncé : un article de France Culture… rédigé en écriture inclusive.
Extrait d’un article de Pierre Fortin, un économiste bien en vue dans les milieux progressistes, qui a réagi aux propos de l’opposition libérale la semaine dernière qui préconisait de hausser les seuils de l’immigration internationale afin d’aider à résorber la pénurie de main-d’œuvre ambiante au Québec. Les milieux d’affaires appuient généralement une telle mesure.
Les milieux d’affaires : attention aux sophismes
Les affirmations qu’on rencontre le plus fréquemment dans les milieux d’affaires sont les trois suivantes :
L’immigration atténue le fardeau du vieillissement.
L’immigration aide à soulager la pénurie de main-d’œuvre.
L’immigration favorise la croissance du PIB par habitant.
Ces affirmations sont largement contredites par les faits et doivent au minimum être tempérées. La première croyance veut que l’immigration aide à combattre le vieillissement de la population. Comme l’âge moyen des nouveaux arrivants est inférieur à celui des habitants de la société d’accueil, on pense qu’accroître l’immigration rajeunira la population et allégera le fardeau du vieillissement : plus de jeunes au travail paieront des impôts qui financeront les dépenses de santé pour le nombre croissant de nos aînés.
Malheureusement, il s’agit d’un faux espoir. L’élan du vieillissement est beaucoup trop fort. L’immigration ne peut le modifier que de façon marginale. Après un examen attentif des chiffres pour le Canada, les chercheurs Parisa Mahboubi et Bill Robson, de l’Institut C.D. Howe, ont calculé que l’effet sur le vieillissement d’une hausse, même très forte, de l’immigration serait minime. Ces experts ont conclu que c’est duper les gens que de leur faire croire que l’immigration est un antidote réaliste à la pression sur la démographie et les budgets. Ils ont démontré que c’est plutôt en facilitant le maintien des travailleurs de 60 ans et plus sur le marché de l’emploi que les répercussions du vieillissement sur la population active peuvent être le mieux atténuées.
La deuxième croyance des milieux d’affaires est qu’une plus forte immigration peut aider à soulager la pénurie de main-d’œuvre. C’est un pur sophisme, car on oublie ici que l’immigration fait augmenter non seulement le nombre de travailleurs, mais aussi le nombre de consommateurs et de citoyens. Elle offre plus de main-d’œuvre, mais engendre également une demande accrue pour des biens de consommation et des services qui exige d’être satisfaite par encore plus de travailleurs. Ainsi, il est possible qu’un plus grand nombre d’immigrants conduise à une aggravation, plutôt qu’à un soulagement, de la pénurie de main-d’œuvre.
Les données provinciales canadiennes disponibles ne permettent pas de conclure qu’un rythme d’immigration accru fait baisser notablement le taux de postes vacants. Par exemple, le taux d’immigration est beaucoup plus élevé dans le Grand Montréal qu’ailleurs au Québec, mais le taux de postes vacants n’y est pas plus faible. On observe la même insensibilité de la pénurie de main-d’œuvre au taux d’immigration au Japon et aux États-Unis.
Évidemment, l’immigration a un rôle à jouer pour aider les entreprises à combler certains besoins en matière de talent. Recruter sélectivement des travailleurs temporaires ou permanents à l’étranger reste pour les employeurs un outil efficace pour parer à un manque de main-d’œuvre précise. Mais le gouvernement doit ici se pencher sur la composition de l’immigration plutôt que de s’appliquer à augmenter à l’aveuglette la cible générale d’immigration. Sans discernement quant aux compétences recherchées et aux secteurs industriels en déficit de main-d’œuvre, une hausse exagérée de cette cible accroît le risque de chômage parmi les nouveaux arrivants. Or, soutenir les chômeurs est toujours coûteux pour les gouvernements et la société, qu’ils soient immigrants ou natifs.
Troisième croyance des milieux d’affaires : l’immigration favorise la croissance du niveau de vie. La recherche contemporaine ne permet pas d’accorder foi à cette idée. Dans leur synthèse récente de la question, les professeurs Brahim Boudarbat, de l’Université de Montréal, et Gilles Grenier, de l’Université d’Ottawa, ont constaté que les effets de l’immigration sur le PIB par habitant d’âge actif étaient généralement faibles ou incertains, même en tenant compte des retombées possibles sur l’entrepreneuriat et l’innovation, la spécialisation des tâches, les économies d’échelle et le changement technologique. Il est incontestable que des immigrants plus nombreux font augmenter le PIB. Mais le revenu qui en découle enrichit surtout les immigrants qui travaillent pour l’obtenir plutôt que la population d’accueil. Cela est tout à fait acceptable et désirable, mais ne signifie pas que le revenu par habitant de l’ensemble de la société va nécessairement croître.
Le public en général : l’économie, oui, mais aussi le vivre-ensemble
Qu’est-ce que le public québécois en général pense de l’immigration ? Les sondages de l’institut Environics permettent de constater que son opinion comporte deux volets bien distincts : l’économie, d’une part, et les valeurs, d’autre part. Premier volet : à Montréal comme dans le reste du Québec, la population ne croit pas que les immigrants soient trop nombreux, elle juge que leurs répercussions économiques sont positives, et elle n’est pas préoccupée outre mesure par le coût des services publics offerts aux immigrants.
Notons que selon ces études, l’attitude envers les immigrants est plus favorable chez les Québécois que chez les autres Canadiens. C’est en Alberta que l’opinion est la plus réticente.
Second volet, par contre : lorsqu’on quitte le domaine de l’économie pour aborder celui des valeurs et du vivre-ensemble (langue, culture, respect de la loi, liberté religieuse, égalité hommes-femmes, etc.), une plus grande inquiétude apparaît, tout particulièrement dans les régions du Québec hors de Montréal, où les immigrants sont en moyenne six fois moins présents que dans la métropole. Il s’agit d’un phénomène qui s’observe partout : la littérature de recherche sur l’immigration a clairement établi — c’en est devenu un lieu commun — que la réticence des natifs envers les immigrants est fonction croissante de la distance physique ou sociale qui les sépare d’eux.
Il est donc complètement déplacé de traiter automatiquement d’intolérants, de xénophobes ou de racistes, parce qu’ils expriment une certaine réticence à augmenter la cible d’immigration, les habitants des régions où les immigrants sont peu présents. Les sociologues Robert Putnam, de l’Université Harvard, et Irene Bloemraad, de l’Université de Californie à Berkeley, ont démontré qu’à court terme, l’introduction rapide de l’immigration et de la diversité ethnoculturelle dans une communauté tend à réduire les relations de confiance, le degré d’altruisme, l’intérêt à coopérer et la cohésion sociale. À long terme, cependant, l’immigration et la diversité peuvent réussir, à condition d’être absorbées dans une culture commune renouvelée. Mais — cela est fondamental — il faut y mettre le temps et s’armer de patience. L’énorme disparité de présence immigrante entre Montréal et les autres régions du Québec va prendre des décennies à évoluer. Il faut laisser à nos communautés locales le temps de se construire peu à peu une nouvelle identité, de nouvelles valeurs et de nouvelles solidarités.
Un texte de Joseph Facal sur une dérive de plus à l’Université Concordia, abcès d’anglicisation à Montréal, fortement subventionnée — pourquoi ? — par le gouvernement du Québec.
Ne vous laissez pas décourager par le début un peu ardu de ce qui suit.
L’Université Concordia veut combler une chaire de recherche du Canada dans le domaine des nanomatériaux pour l’énergie durable.
La personne recrutée deviendrait professeur et chercheur aux départements de physique et de génie chimique.
L’affichage précise qu’on veut quelqu’un avec un doctorat en physique ou en génie dans ce domaine, et avec une liste substantielle de publications dans des revues scientifiques réputées.
Critères
Où est le problème, me direz-vous ?
Il s’en vient le problème.
L’affichage invite ensuite les gens intéressés à expliquer en quoi « leur cheminement professionnel et leur expertise les ont préparés à offrir un enseignement pertinent pour une société canadienne diversifiée, multiculturelle et contemporaine. »
Vous voyez venir l’affaire ?
Je vous rappelle qu’on cherche un physicien ou un ingénieur — donc un scientifique hard — spécialisé dans les nanomatériaux.
Poursuivons la lecture de l’appel de candidatures :
« Nous les invitons par exemple à décrire leur expérience ou leurs projets touchant : l’enseignement sur les populations sous-représentées ; le mentorat d’étudiantes et d’étudiants issus de milieux sous-représentés. »
Le physicien ou l’ingénieur doit donc, comme s’il était un intervenant communautaire en milieu autochtone ou dans un quartier multiethnique chaud, montrer qu’il est socialement engagé derrière la bonne cause.
Ne serait-ce pas, demanderez-vous peut-être, un souhait de l’employeur plutôt qu’une exigence ferme ?
Dans la section « Qualifications et atouts », il est clairement écrit :
« Une (sic !) historique importante de promotion de l’équité, de la diversité et de l’inclusion en science et/ou en génie est aussi un atout considérable. »
Un cours de l’Université de Toronto. Libérer les mathématiques, cette libération, ce progrès est en grande partie due aux mathématiciennes, en particulier les femmes noires, les femmes autochtones et les femmes des minorités visibles.
Bref, un scientifique de haut vol, sorti du MIT ou de UCLA, qui jugerait que son travail se passe pour l’essentiel dans un laboratoire et qui laisserait le militantisme à d’autres, passera très probablement après quelqu’un issu d’une université de seconde zone, mais qui aura un parcours exemplaire de militant woke.
Un collègue me fait une remarque savoureuse.
Imaginez si le poste affiché disait quelque chose comme : « Nous considérerons en priorité les candidats pouvant démontrer un engagement dans la promotion d’une science conforme à la doctrine chrétienne, au conservatisme, etc. »
Imaginez le tollé tout à fait justifié.
Mais si l’engagement politique est du bon bord, cela passe.
En fait, ce n’est pas juste que ça passerait. C’est carrément un critère d’embauche.
Je pourrais multiplier les exemples dont m’inondent des collègues effarés.
Dévoiement
Tout cela montre deux choses.
La première est que le wokisme a toutes les caractéristiques d’une secte, mais qu’à la différence des marxistes-léninistes des années 1970, les tenants du wokisme se hissent aux plus hauts échelons du monde académique, d’où ils tirent les ficelles.
La seconde est que nous ne sommes plus dans un délire n’affectant que la sociologie, l’anthropologie ou les études littéraires.
Ce sont toutes les disciplines, toutes les sciences que l’on essaie de dévoyer à des fins strictement idéologiques.
Et j’en garde du meilleur pour une prochaine chronique.
Poste de professeur de chimie réservé aux candidats qui s’identifient comme membre d’un ou plusieurs groupes à la recherche d’« équité » à l’Université de Dalhousie en Nouvelle-Écosse
Des cégeps anglophones accueillent désormais une majorité d’étudiants allophones. Cette anglicisation des nouveaux arrivants préoccupe certains élus caquistes, qui plaident à l’interne pour imposer
la loi 101 aux cégeps, après avoir entendu les craintes des démographes.
Au cégep Vanier, dans le nord de Montréal, 52 % de la clientèle était allophone en 2020, selon des données provisoires.
Lui aussi dans la métropole, le Collège Marianopolis compte 53 % d’étudiants qui n’ont ni le français ni l’anglais comme langue maternelle.
Les allophones forment également une majorité dans le populeux cégep Dawson, même si c’est dans une moindre proportion, avec 41,6 %.
En fait, la part d’étudiants allophones dans le réseau collégial de
langue anglaise est en progression depuis l’an 2000, passant de 30 % à 38 % cette année.
Lieu d’anglicisation
Pour le démographe de l’Institut national de la recherche scientifique qui a compilé les données obtenues par notre Bureau parlementaire, le réseau collégial anglais participe à l’anglicisation des allophones.
« Les allophones, c’est un groupe très hétérogène, avec beaucoup de
langues maternelles, et ils se rejoignent avec une langue commune qui est l’anglais, souligne Patrick Sabourin. Dans ce sens-là, le cégep anglais est une espèce de lieu de socialisation où le point commun est la langue anglaise. »
Débat à la CAQ
La question d’étendre la loi 101 aux cégeps fait d’ailleurs à nouveau l’objet de débats au sein de la Coalition Avenir Québec (CAQ), selon nos informations, au moment où débutera bientôt l’étude article par article du projet de loi sur la langue du ministre Simon Jolin-Barrette
Le Premier ministre avait fermé la porte avant le dépôt du projet de loi 96, mais il devra trancher à nouveau sur cette idée d’interdire l’accès aux cégeps en anglais aux jeunes francophones et allophones, souligne une source.
Plusieurs intervenants entendus récemment en commission parlementaire ont convaincu certains députés du gouvernement de la nécessité d’aller plus loin.
Les démographes ont notamment souligné que le projet de loi ne permettra pas de renverser le déclin du français, tandis que le sociologue Guy Rocher a mis son poids dans la balance en faveur de la loi 101 dans les cégeps.
Une « aile économique » est toutefois plus sensible aux arguments du monde des affaires, qui craint un impact du projet de loi 96 sur l’attrait et l’intégration des immigrants, selon nos sources.
Langue maternelle parlée dansles principaux cégeps anglophones
2018
Français : 26 %
Anglais : 37 %
Autres : 37 %
2019
Français : 26 %
Anglais : 35 %
Autres : 39 %
2020
Français : 26 %
Anglais : 36 %
Autres : 38 %
Cégeps répertoriés : John Abott, Dawson, Vanier, Marianapolis, Champlain
Le jour même de la déclaration télévisée du Président de la République qui a déclaré que « La France est une grande puissance éducative », les décrets d’application de la loi revenant à interdire l’instruction en famille, qui se développe pourtant au niveau mondial, ont fuité dans la presse.
Une fois de plus, les associations nationales de l’instruction en famille, regroupées en interassociation, n’ont pas été consultées. Ces associations, dont la nôtre, Liberté éducation, qui compte désormais plus de 1000 familles adhérentes sur tout le territoire national, avaient demandé au Ministère, lors de leur audition du 5 octobre dernier, d’être associées à la rédaction des décrets d’application, compte tenu de leur expérience de terrain, depuis de longues années.
Comme nous l’avions indiqué ici, nous avions essuyé une fin de non-recevoir du ministère de l’Éducation nationale. La Direction générale de l’éducation scolaire (Dgesco) s’était bornée, suite à l’article du journal Le Monde du 28 septembre indiquant une forte croissance de l’école à la maison à la rentrée 2022, à nous promettre la publication, après les vacances de la Toussaint, des chiffres réels du nombre d’enfants instruits en famille depuis le mois de septembre, chiffres toujours inconnus à ce jour.
Aujourd’hui, les décrets d’application ont fuité dans la presse et montrent que les engagements pris par le Ministère ne sont absolument pas respectés. Nos avocats étudient en ce moment même comment attaquer ces décrets, qui, comme nous le craignions au moment du vote de la loi, dépassent largement le cadre prévu initialement. Nos associations envisagent également d’autres actions pour que cette liberté fondamentale des parents, premiers éducateurs de leur enfant, droit garanti par la Déclaration universelle des droits de l’Homme et du citoyen, soit un minimum respectée.
Par ces décrets d’application découverts par voie de presse, le ministère de l’Éducation nationale affiche au grand jour ses difficultés à comprendre un phénomène mondial en forte expansion et son incapacité à dialoguer avec ses premiers interlocuteurs naturels que sont nos associations. Un mépris pour une liberté qui existe en France depuis plus de 140 ans, sanctuarisée par Jules Ferry en 1882, et que de nombreux autres pays dans le monde encouragent de plus en plus.
Parmi les nombreux points de ces décrets qui posent problème, citons la question des enfants harcelés (700 000 par an), que les parents pouvaient jusqu’ici retirer de l’école à tout moment pour leur faire l’école à la maison. Désormais, il faudra, selon ces décrets, obtenir « une attestation du directeur de l’établissement d’enseignement public ou privé dans lequel est inscrit l’enfant » ainsi que tout document utile établissant « que son intégrité “y est menacée” ! In fine, il s’agit d’une autorisation d’autorisation, et qui risque d’être difficile à obtenir quand on sait qu’un certain nombre d’enfants harcelés sont déscolarisés pour une instruction en famille contre l’avis du chef d’établissement, qui sera ici juge et partie.
De plus, le fait qu’une commission ad hoc examinera les recours en cas de refus d’autorisation de pratiquer cette liberté fondamentale n’est pas sans nous inquiéter, car cela aura pour effet de rallonger les délais en cas de contentieux. Or ce contentieux risque de s’avérer très volumineux, au regard de ces décrets et du risque d’arbitraire induit par des motifs d’autorisation manifestement beaucoup trop restrictifs. Par ailleurs, le fait pour les familles de devoir justifier chaque année d’un projet pédagogique va générer beaucoup de stress chez les parents avec un grand nombre de pièces justificatives à fournir avant le 31 mai de l’année précédant une rentrée en instruction en famille, et une autorisation délivrée — dans les meilleurs des cas — au cœur de l’été.
Rappelons enfin que dans l’esprit des hautes sphères du ministère, faire l’école à la maison est du séparatisme en soi. Une des nombreuses autres idées reçues sur cette pratique est qu’il existerait un problème de socialisation pour les enfants instruits en famille, un a priori pourtant réfuté par la totalité des chercheurs en sciences sociales sur la question, comme le démontre l’enquête de notre secrétaire général et de son épouse, L’école à la maison, une liberté fondamentale.
Enfin, concernant la radicalisation, les derniers rapports Dgesco n’en font pas état (seulement 32 enfants rescolarisés pour la dernière période prise en compte, soit 0,09 % des enfants, et non pour une question de radicalisme). De même, comme l’ont rapporté nos deux auteurs dans ce livre, les plus éminents chercheurs en radicalisation, y compris au sein du Ministère de l’Intérieur à travers son Institut des Hautes Études, n’ont aucun chiffre sur le sujet, la mesure d’Emmanuel Macron dans son discours des Mureaux n’était donc fondée que sur du vent.
Trois cégépiens (Zoé Lamontagne, Raffaëlle Marini-Lafond et Matthis Roberge) s’adressent au gouvernement de François Legault.
Le gouvernement s’apprête à adopter une nouvelle loi visant à protéger le français au Québec. Si celle-ci part d’une bonne intention, elle ne s’attaque pas aux véritables causes du déclin du français. Pour mieux comprendre comment on peut avoir un réel impact sur le français, il faut regarder ce qui se passe actuellement chez les jeunes. En effet, la réalité des jeunes cohortes d’aujourd’hui sera celle du Québec de demain.
Aujourd’hui, une phrase sur trois dite par un jeune est en anglais. Les deux autres phrases sont prononcées dans un français pauvre, sans vocabulaire. Les jeunes ne peuvent écrire sans faire de fautes grossières, que leurs enseignants n’osent ou ne sont plus en mesure de corriger. Les jeunes ont du mal à exprimer une idée clairement, mais s’en soucient de moins en moins, encouragés en cela par les médias et la publicité dans une sorte de nouvelle normalité.
Ce constat semble exagéré et vous avez raison : il ne concerne probablement que 80 % des membres de notre génération.
[...]
Le français ne survivra pas au Québec sans une masse critique francophone qui maîtrise, respecte et aime sa langue, et qui communique sa fierté aux nouveaux arrivants et aux anglophones. Toute loi qui tenterait de préserver le français au Québec sans qu’en parallèle soit mise en place une dynamique qui crée l’intérêt et la motivation pour la langue française ne pourra générer de résultats positifs, pas plus qu’un pansement ne peut guérir un membre gangréné.
Nous vous faisons quelques suggestions pour renverser la spirale destructrice dans laquelle se trouve le français au Québec :
Utiliser les heures gagnées par l’abolition du cours d’ECR pour renforcer l’apprentissage du français. La maîtrise de la langue est le meilleur moyen de renforcer l’esprit critique, la fierté et l’estime de soi des Québécois.
Donner le goût de la lecture dès le plus jeune âge par de courts textes, à lire à la maison avec leurs parents et à discuter en classe. Mobiliser les parents pour encourager la lecture et les sensibiliser à réduire le temps alloué à l’utilisation des téléphones portables et des réseaux sociaux.
Au secondaire, ouvrir les horizons des Québécois par la lecture d’œuvres francophones hors Québec. Il n’y a pas de honte à lire des auteurs français qui sont à la racine de notre littérature nationale. Au cégep, cesser de donner à lire des romans écrits en joual, qui devraient rester une curiosité. Toutes les littératures du monde font une différence entre la langue parlée et la langue écrite, pourquoi en serait-il autrement au Québec ?
Renforcer les rangs des enseignants en recrutant à l’étranger des professeurs francophones ou francophiles et maîtrisant le français. Renforçons aussi les compétences linguistiques du corps enseignant actuel.
Réunir les médias parlés et écrits et poser la question de leur rôle pour donner envie aux francophones de bien parler leur langue et aux nouveaux arrivants de l’apprendre et la pratiquer. Donner un mandat de renforcement des capacités linguistiques à l’Office québécois de la langue française qui pourrait travailler avec les médias et les publicistes sur une base volontaire. Il est sûrement possible de préserver la qualité de la langue tout en entretenant une spécificité québécoise.
Sans de telles mesures, nous pensons que la réalité linguistique du Québec dans 20 ans aura beaucoup changé. Vous en serez témoin, Monsieur le Premier Ministre.
Ses membres fondateurs entendent lutter contre la censure dans les facultés américaines.
« Nous ne pouvons pas attendre des universités qu’elles se réparent elles-mêmes. Alors, nous en créons une nouvelle » ; « Le système de l’enseignement supérieur est cassé » ; « Une université dédiée à la liberté de penser »… Aux États-Unis, un groupe de chercheurs, d’enseignants et de militants ont décidé de lancer leur propre université. Une manière de lutter contre une idéologie qui, selon eux, gangrène l’enseignement supérieur et même les plus prestigieuses institutions : celle qui impose la « censure » et empêche « la liberté de penser ».
Ainsi, l’établissement sera baptisé « l’Université d’Austin » et se situera dans l’état du Texas. Il ne dispense pas de diplômes pour l’instant, précisent ses fondateurs. Mais un enseignement sera organisé dès l’été prochain dans le cadre d’un programme baptisé « Forbidden Courses » (« les cours interdits », littéralement), est-il indiqué sur le site web de la faculté. Il sera proposé « aux meilleurs étudiants d’autres établissements » qui pourront ainsi assister à « une discussion animée autour des questions les plus provocatrices et menant souvent à une forme de censure ou d’autocensure dans la plupart des universités ». Selon le président de cette toute nouvelle université, Pano Kanelos, cet enseignement réunira des professeurs de tous les bords politiques afin « d’aider les étudiants à forger leurs propres opinions et idées », précise-t-il au New York Times.
« L’Université d’Austin est une université d’arts libéraux qui se consacre à la liberté de la recherche, la liberté de conscience et la discussion civilisée », lit-on encore sur le site. « Afin de garantir ces principes, l’université est farouchement indépendante tant financièrement, intellectuellement que politiquement. » Privée et pas encore accréditée, l’université d’Austin entend développer plusieurs masters en entrepreneuriat et leadership dès l’automne 2022 puis, un an plus tard, un master en politiques, histoire, éducation et service public.
« L’université n’est plus le lieu où la curiosité prospère »
Les futurs étudiants suivront des cours en présentiel (séminaires, conférences, sessions d’études en effectifs réduits). En classe, « chaque opinion sera écoutée » et « devra être appuyée par des faits ». À l’automne 2024 sera lancé un premier cycle universitaire, ouvert aux étudiants qui viennent de sortir du lycée. Au cours des deux premières années, les étudiants « suivront un cursus en lettres, en sciences sociales et humaines. »
Pano Kanelos, indique au New York Times que l’idée a surgi après plusieurs échanges, notamment avec Bari Weiss. Cette journaliste s’est fait connaître pour avoir quitté le prestigieux journal américain après avoir été harcelée. La raison ? Elle ne pensait pas « comme il faut », indique-t-elle. Parmi les membres fondateurs se trouve Peter Boghossian, professeur de philosophie qui a démissionné de son poste à l’université de Portland après avoir été lui aussi harcelé. Au Figaro Étudiant, il témoignait : « L’université n’est plus le lieu où la curiosité intellectuelle prospère, c’est désormais le lieu où elle meurt. »
Enfin, qu’en est-il du financement d’un tel projet ? « Nous avons réuni l’argent nécessaire pour lancer l’université. Mais nous sommes en train de rassembler 250 millions de dollars, ce qui nous permettra de devenir une université polyvalente », est-il indiqué sur le site de l’établissement. De plus, ses membres fondateurs indiquent développer un « nouveau modèle financier » qui leur permettra de « diminuer les frais de scolarité en évitant de dépenser excessivement dans l’administration ». La majorité des ressources, est-il précisé sur le site, seront investies dans le programme académique de l’établissement. « J’aimerais que le coût de la scolarité soit en dessous de 30 000 dollars par année », confie Pano Kanelos au New York Times.
Les études internes de Facebook récemment divulguées au sujet des méfaits d’Instagram sur la santé mentale des jeunes font part d’une information que beaucoup considèrent comme particulièrement consternante. Pour une adolescente sur trois, son utilisation aggrave les problèmes d’image corporelle. Cette statistique, dévoilée par le Wall Street Journal, ne me surprend pas. Quand j’étais au collège, j’étais l’une d’elles.
Un jour, alors que je faisais machinalement défiler mon fil Instagram, je me suis arrêtée entre deux photos de chiens et de couchers de soleil pour lire plus attentivement un post en particulier. Un compte de mise en forme donnait un conseil tout simple pour perdre du poids : il suffisait de ne jamais manger lorsqu’on n’avait pas faim.
Ayant alors du mal à accepter les changements de mon corps, il m’avait semblé que ce billet proposait la solution dont j’avais désespérément besoin. Lorsque je n’avais pas faim à l’heure des repas, je me lamentais sur les kilos que j’allais prendre si je mangeais. Aussi, pour éviter ce problème, je diminuais mes portions un peu plus chaque semaine et m’autorisais rarement à manger si j’avais faim entre les repas. Je me pesais plusieurs fois par jour, ignorant ma faim si l’aiguille de la balance ne bougeait pas. En quelques mois, mon poids était descendu dangereusement bas, et mon comportement était devenu suffisamment inquiétant pour qu’on me diagnostique une anorexie.
Même lorsque j’ai commencé à aller mieux, je n’ai pu me résoudre à dire à mes amis ce que je traversais. Ayant tout de même besoin de sentir que je n’étais pas seule, je me suis tournée à la place vers Instagram. Sur ce réseau même qui avait déclenché mes troubles alimentaires, j’ai passé des heures à parcourir des dizaines de comptes, la plupart tenus par des adolescentes, où nous partagions nos expériences de guérison et nous soutenions mutuellement. Il suffisait de chercher un mot-dièse sur les troubles de l’alimentation pour obtenir un éventail de repas (trop) soigneusement composés, de récits de mauvais jours et de photos de corps squelettiques.
Je me sentais liée aux filles qui se cachaient derrière ces comptes d’une manière dont je ne pouvais l’être avec mes amies, avec mon groupe de soutien hors ligne ou mon psychiatre. Toutefois, les descriptions sans filtre de leurs troubles alimentaires ont peut-être plus nui à ma guérison qu’elles ne m’ont aidée. Seule dans ma chambre, sans personne réelle vers qui me tourner, je n’étais pas prête à affronter la peur et le désespoir que je ressentais lorsque je revivais par procuration les expériences des autres, si similaires aux miennes. Pourtant, j’avais l’impression qu’Instagram m’apportait un plus grand soutien que les médecins qui n’avaient pas vécu de troubles alimentaires — ce qui me dissuadait de suivre sérieusement mon traitement.
Plus inquiétant encore, les billets de « guérison » banalisaient les pensées et les comportements dangereux. Mon corps ne me semblait plus si malade que cela lorsque je le comparais à celui des jeunes filles qui devaient être hospitalisées. Quand chaque photo de nourriture que je voyais sur Instagram était accompagnée de la description de la tourmente émotionnelle qui couvait en dessous, je ne pouvais pas m’imaginer remanger un jour un vrai repas sans être interrompue par la voix de mon trouble alimentaire.
Ce que j’ai vécu n’est pas rare. Comme le prouvent les documents de Facebook qui ont fuité, Instagram augmente les problèmes d’image corporelle chez 32 % de jeunes filles qui se sentent mal dans leur peau. Pas moins de 40 % des personnes qui utilisent Instagram et déclarent se sentir peu attirantes rapportent qu’Instagram est à l’origine de ce sentiment. Ces résultats corrélationnels fondés sur des données rapportées par l’entreprise elle-même ne constituent pas une étude rigoureuse à même de prouver la relation de cause à effet. Mais, si des vies sont en jeu, il serait irresponsable de ne pas s’en préoccuper sérieusement.