Cet article, initialement publié en anglais par l’Institut Macdonald-Laurier, a été traduit par Tradfem.Les politiques du Service correctionnel du
Canada (SCC) en matière d’identité sexuelle sont une fois de plus sur la
sellette après le procès au Québec d’un père accusé
(et maintenant reconnu coupable) d’avoir tué sa femme et ses deux
jeunes enfants. Mohamed Al Ballouz, qui a commencé à se déclarer femme
après son arrestation, est accusé d’avoir poignardé à mort sa conjointe
Synthia Bussières pas moins de 23 fois avant d’asphyxier les deux fils
du couple, Eliam, cinq ans, et Zac, deux ans.
Ballouz, logé à l’Établissement de détention pour femmes Leclerc, se
fait maintenant désigner par le prénom « Levana ». C’est un cas de plus
d’un nouveau phénomène que l’on a baptisé «
dysphorie sexuelle déclenchée par l’incarcération ». Il s’agit d’une
forme suspecte de prétendu malaise profond face à son corps sexué qui «
émerge » par coïncidence chez des hommes condamnés ou en attente de
jugement pour des crimes graves passibles de longues peines
d’emprisonnement.
Ce phénomène pourrait être en augmentation dans les pays qui ont adopté des politiques d’auto-désignation du sexe (Sex Self-ID)
dans leur système correctionnel. Les origines de la « dysphorie
sexuelle déclenchée par l’incarcération » au Canada remontent à un meeting public organisé en
janvier 2017 à Kingston (Ontario), au cours duquel le Premier ministre
Justin Trudeau, dans une réponse impromptue à une question venue de
l’auditoire, s’est personnellement engagé à séparer les détenus fédéraux
en fonction de leur identité sexuelle autodésignée plutôt qu’en
fonction de leur sexe biologique.
Cet engagement spontané a conduit à l’adoption par le Service
correctionnel du Canada (SCC) du Bulletin d’orientation provisoire 584,
remplacé depuis par le Bulletin d’orientation 685. Cette politique
permet aux détenus transidentifiés d’être logés en fonction de leur
identité de genre auto-désignée, « peu importe leur anatomie », à moins que des préoccupations dominantes en matière de santé ou de sécurité ne puissent être résolues.
Les femmes incarcérées au Canada ont ressenti presque immédiatement les effets de la décision improvisée de M. Trudeau. Une étude du SCC réalisée en 2022 a
révélé qu’entre 2017 et 2022, 20 détenus de sexe masculin s’identifiant
comme transgenres ont été logés dans des prisons fédérales pour femmes
au pays, soit un tiers de la population totale des détenus de sexe
masculin s’identifiant comme transgenres au cours de cette période.
L’étude du SCC a également montré que la plupart des détenu-es transgenres et « de la diversité de genre » (gender-diverse)
au Canada sont de sexe masculin et purgent de longues peines, 90 %
d’entre eux ayant été condamnés pour des crimes de violence, y compris
des infractions sexuelles et des homicides. Dans un autre rapport de l’institut Macdonald-Laurier publié
l’an dernier à propos de l’identité de genre et des schémas de
délinquance au Canada, Jo Phoenix, professeure de criminologie, note que
presque toutes les personnes incluses dans l’étude et ayant des
antécédents d’infractions sexuelles ont commis leurs crimes avant de s’identifier comme trans ou non binaire.
Il y a plusieurs raisons pour lesquelles
un criminel masculin condamné pourrait exploiter une politique
autorisant à s’auto-désigner dans le système pénitentiaire féminin. Une
telle démarche pourrait faciliter son traitement en détention, l’accès à
des partenaires sexuelles ou, dans le cas des délinquants sexuels,
l’accès à de nouvelles victimes. Selon April Kitzul, agente du SCC à la
retraite, les délinquants sexuels sont également « les détenus les plus
méprisés », ce qui fait du transfert vers un établissement pour femmes
un moyen attrayant d’éviter le harcèlement par d’autres détenus.
Les hommes qui réussissent dans leur demande de transfert se
retrouvent logés aux côtés de certaines des femmes les plus vulnérables
de la société canadienne, dont la vie est marquée par la pauvreté, la
marginalisation et des taux disproportionnés de violence conjugale et
d’agression sexuelle. Les politiques d’auto-désignation du sexe
signifient que des femmes déjà extrêmement vulnérables doivent supporter
d’être enfermées avec des individus tels que Ballouz, qui a été reconnu
coupable d’un triple homicide, ou Tara DeSousa,
le plus jeune délinquant sexuel condamné au Canada qui, à l’âge de 15
ans, a violé un bébé de trois mois, ce qui a obligé cet enfant à subir
une intervention chirurgicale corrective d’urgence.
DeSousa a commencé à se déclarer femme après sa condamnation et est
maintenant hébergé à l’Institut des femmes de la vallée du Fraser, un
établissement doté d’une unité mère-bébé. Des signalements issus
de femmes de cet établissement décrivent comment DeSousa rôde à
proximité de l’unité mère-enfant et adresse des commentaires sexuels et
inappropriés aux utilisatrices de cette ressource.
En 2022, les femmes incarcérées au Canada ont eu la rare occasion de
faire connaître leurs expériences d’emprisonnement avec des criminels
masculins. Dans une série de lettres personnelles, The Prison Letters,
elles ont décrit des incidents répétés de harcèlement sexuel, de
sévices et d’agressions. L’une d’entre elles a raconté qu’elle était
constamment sur les nerfs et que les femmes ne pouvaient plus faire des
choses aussi simples que de revenir de la douche vêtue d’une serviette. «
Vous vous sentez plus gênée et obligée de calculer chacun de vos
mouvements », a-t-elle expliqué.
Comme on aurait pu s’y attendre, de telles politiques ne bénéficient
pas du soutien du Canadien moyen. Un sondage réalisé par MLI en 2023 a révélé qu’un
peu plus de 70 % des Canadiens et des Canadiennes s’opposaient à ce que
des criminels de sexe masculin soient logés dans des prisons pour
femmes. Pour la plupart des gens, la notion même que des meurtriers,
des violeurs en série, des pédophiles et même un nécrophile puissent
s’auto-désigner femme après avoir été condamnés pour leurs crimes
odieux et être logés dans des prisons pour femmes, dépasse
l’entendement. Cependant, lorsqu’un pays rejette la réalité et laisse
ses politiques publiques être guidées par un système de croyances aussi
incohérent que l’idéologie du genre, tout devient possible.
Selon le ministère canadien de la Justice, la définition de la femme est
« toute personne qui s’identifie comme une femme ». Cette définition
est tout simplement absurde. Une femme est un être humain adulte de sexe
féminin, ce que même le Service correctionnel du Canada (SCC) reconnaît
tacitement. Seul un tiers des détenus masculins transidentifiés sont
logés dans des prisons pour femmes, tandis que les deux autres tiers
restent dans des établissements pour hommes. Cela indique manifestement
que le SCC reconnaît ces personnes comme des hommes, indépendamment de
leur identité féminine autodésignée. Après tout, il n’existe aucun
scénario dans lequel une véritable femme serait placée dans une prison
pour hommes. La sécurité des détenu-es est déjà un facteur clé dans les
décisions de classification et de logement. Les détenus
transidentitaires, comme les autres groupes vulnérables, peuvent être
protégés en étant placés dans des unités plus petites ou plus isolées,
avec d’autres détenus du même sexe dont les caractéristiques présentent
un plus faible risque de préjudice.
S’il y a peu d’espoir que le gouvernement Trudeau prenne un jour en
considération le droit des femmes détenues à leur vie privée et à leur
dignité, on voit se profiler à l’horizon la possibilité d’un
gouvernement fédéral du Parti conservateur. Comme l’a fait remarquer en
mars dernier Brian Crowley, fondateur de l’IML,
il suffirait, pour remédier aux retombées des politiques
d’auto-désignation du sexe dans les prisons, de révoquer certaines
politiques malavisées et d’en appliquer de nouvelles qui protègent les
droits des femmes détenues. Aucune modification législative n’est
nécessaire.
Le phénomène grotesque de la « dysphorie sexuelle déclenchée par
l’incarcération » – et le fait qu’il soit pris au sérieux – souligne
l’absurdité des politiques d’auto-désignation et met en évidence la
nécessité d’un leadership beaucoup plus audacieux pour s’attaquer au
problème dans son ensemble. Il s’agit simplement d’un symptôme ponctuel
du problème beaucoup plus vaste posé par l’idéologie du genre. Si le
leader conservateur Pierre Poilièvre se retrouve à la barre et chargé de
réparer les dommages causés par des années d’acquiescement des Libéraux
aux extrémistes de l’idéologie du genre, il doit adopter une position
ferme pour défendre la réalité. Cette prise de position devrait
commencer par le rétablissement ferme de la définition d’une femme
comme être humain adulte de sexe féminin.
Mia Hughes est spécialisée dans la médecine
pédiatrique du genre, les épidémies de type psychiatrique, la contagion
sociale et l’intersection des droits des transgenres avec les droits des
femmes. Elle est l’autrice de l’essai The WPATH Files et est Senior
Fellow à l’Institut Macdonald-Laurier.
Peter Copeland est directeur adjoint de la Politique intérieure à l’Institut Macdonald-Laurier.