mercredi 16 mai 2018

Le 18 mai 1756 : la Grande-Bretagne déclare officiellement la guerre à la France

le 18 mai 1756 : George II de Grande-Bretagne déclare officiellement la guerre à la France.

L’année 1755 est marquée par de nombreuses agressions anglaises. L’Angleterre prend ainsi l’initiative des hostilités, en capturant deux vaisseaux français et des dizaines de bateaux de pêche et de commerce, au large de Terre-Neuve.

En mai 1755, départ d’une flotte de 20 navires et quatre frégates partant de France, commandée par Emmanuel-Auguste Cahideuc Dubois de La Motte. Cette flotte transporte des renforts militaires au Canada.

4-16 juin : victoire britannique sur la France à la bataille de Fort Beauséjour.

10 juin : deux vaisseaux français, Lys et Alcide, sont capturés par les Britanniques commandés par Edward Boscawen près de Terre-Neuve3. Le navire Dauphin Royal échappe à la capture.

17 juin : le Fort Gaspareaux faiblement défendu par les Français se rend aux Anglais. L’Acadie est entièrement sous domination anglaise.

Au cours de l’été, les Britanniques saisissent 300 navires de commerce français avec 8000 hommes d’équipage. Cette perte en tonnage et en hommes porte un coup très dur à la flotte française. La France, qui possède 45 vaisseaux de ligne, ne peut en armer que 30, faute de matériel et d’équipage. Rupture des relations diplomatiques.

Dans l’été encore, le général Braddock, envoyé contre la place forte française du Fort Duquesne, l’actuelle ville de Pittsburgh, en Pennsylvanie, est battu par les Français. Braddock est tué et son armée est mise en déroute. Le jeune George Washington parvient à maintenir un certain ordre dans l’arrière-garde, ce qui permet à l’avant-garde de se replier. Ceci lui vaut le surnom de « Hero of the Monongahela »...


De juillet à décembre, les Anglais expulsent d’Acadie tous les habitants d’origine française. Cette déportation de près de 10 000 personnes entre dans l’Histoire sous le nom de « Grand Dérangement ».

Le 21 décembre, Louis XV adresse un ultimatum à la Grande-Bretagne pour que ses navires et marins lui soient restitués. Il menace de déclarer la guerre. L’ultimatum est rejeté le 13 janvier 1756. Trois jours plus tard, Frédéric II de Prusse conclut avec l’Angleterre le traité de neutralité de Westminster. La France se tourne alors vers l’Autriche, ce qui aboutit au traité de Versailles du 1er mai 1756. C’est un renversement complet des alliances. En mai, Montcalm arrive au Canada, il s’empare d’Oswego, dans la vallée de l’Ohio.

En avril, les Français débarquent à Minorque Le 6 mai a lieu la victoire navale de Richelieu et de La Galissonnière sur l’amiral Byng à Minorque et la prise du Port Mahon. Le 18 mai l’Angleterre déclare la guerre à la France, qui lui déclare la guerre à son tour, le 9 juin.

samedi 12 mai 2018

Québec — un juge demande la reconnaissance des familles à trois parents

Dans la série le Québec toujours à la fine pointe du progrès (voir nos précédents épisodes : À dépenses similaires, l’Ontario diplôme de plus en plus alors que le Québec fait du surplace et Québec : jamais aussi peu de naissances depuis 10 ans, jamais autant de décès depuis la tenue des statistiques).


Le gouvernement devrait permettre à un enfant d’avoir trois parents, demande un juge de Joliette qui devait trancher le sort d’un enfant mis au monde « coopérativement » par un couple de lesbiennes et un homme trouvé sur l’internet.

« Raisonnement » : parce qu’on est en 2018

Le couple lesbien a éclaté, mais les trois individus continuent à prendre soin de la fillette, maintenant âgée de 3 ans. La loi devrait reconnaître cette situation, selon le magistrat, parce que l’impossibilité actuelle « pose problème eu égard à la réalité sociale de 2018 ».

À défaut, le juge a dû à contrecœur expulser la mère non biologique du certificat de naissance afin de faire de la place pour le père biologique de l’enfant, qui souhaitait y apparaître.

« Au lieu d’être en mesure de formaliser la situation par une filiation à trois parents pour le bien de l’enfant, ils se retrouvent dans un combat juridique, tentant d’en éliminer un parmi eux, a regretté le juge Gary Morrison. De quelle façon peut-on conclure que cette situation est dans le meilleur intérêt de l’enfant ? » [Meilleur intérêt est un calque de l’anglais, M. le juge, en français on dit l’intérêt supérieur ou fondamental.]

Le parent dont le nom a été supprimé du certificat de naissance qualifie la décision d’« immorale ». « Moi, ma fille m’appelle papa, elle me saute dans les bras et elle s’en fout, elle », a-t-il dit. Christian* s’appelait Christiane* au moment de la naissance de la fillette et était marié à Johanne*, mais est depuis en transition pour devenir un homme.

C’est sur l’internet que Christiane et Johanne, un couple lesbien de longue date installé dans les Laurentides, ont trouvé Jonathan* dans le but d’avoir un enfant. Ils signent devant un notaire un document qu’ils intitulent « Entente pour mettre un enfant au monde ».

Le texte indique bien que le bébé est un projet des trois individus qui désirent « individuellement et coopérativement mettre au monde et aimer un enfant, dans un contexte d’amour et de diversité ».

Les « experts » interrogés par La Presse valorisent et banalisent ce projet à trois

« Ça existe déjà des coparents qui sont les grands-parents, qui agissent comme figures parentales. Ou encore les parents par alliance [beaux-parents] qui agissent comme coparents. Et ce n’est pas le problème : l’enjeu [pour le développement de l’enfant], c’est la qualité de la relation, la qualité de l’investissement et la permanence. Si l’individu a un rôle auprès de l’enfant, il ne peut pas disparaître par après, il faut qu’il y ait une stabilité. »

– Julie Laurin, professeure adjointe en psychologie à l’Université de Montréal

« Ce qui fait la différence, c’est vraiment la façon dont les adultes s’entendent. C’est ça l’enjeu. Si les adultes s’entendent bien, le développement des enfants est conséquent. [...] Quand on fait des enfants à trois ou à quatre, on réfléchit avant de faire des enfants. Quand on fait des enfants à deux dans un couple hétérosexuel, on peut avoir réfléchi, on peut être rendu là, mais ça peut être aussi par accident. »

– Isabel Côté, professeure de travail social à l’Université du Québec en Outaouais

Réactions

Le gouvernement est demeuré muet sur la récente suggestion d’un juge de la Cour supérieure de permettre la « triparentalité », plus tôt dans la semaine, alors que les autorités catholiques ont clairement exprimé leur opposition à une avenue allant contre « la nature des choses ».

La solution n’est pas de briser le modèle familial traditionnel, a répliqué Mgr Christian Lépine, archevêque de Montréal.

« Plus on peut rester près de la nature des choses — l’enfant vu comme le fruit de l’amour de deux parents —, plus l’enfant est gagnant », a-t-il affirmé en entrevue téléphonique. « Je suis [favorable à ce qu’on trouve] des chemins de bonheur pour les gens, mais le fait de maintenir deux parents pour un enfant m’apparaît important. »

« Le fait même de la procréation assistée — dans le sens de recourir à un donneur — n’est pas privilégié. On voit vraiment l’enfant comme le fruit de l’amour de deux parents. Quand on ouvre la porte à la procréation assistée, ça ouvre la porte à ce que trois personnes se sentent impliquées, comme dans ce couple-là, et finalement demeurent impliquées émotivement, ce qui est compréhensible, a-t-il dit. Ça ouvre la porte à compliquer les choses par la suite. »

« Il faut que les lois restent le plus près possible de la nature des choses », a-t-il ajouté.

Du côté du gouvernement, dans une déclaration transmise par écrit, la ministre de la Justice Stéphanie Vallée ne s’est pas prononcée sur la demande du juge Morrison.

« Par respect pour l’indépendance de la magistrature, nous nous abstiendrons de commenter les opinions contenues au jugement », a-t-elle indiqué. La déclaration souligne que le jugement Morrison est toujours susceptible de faire l’objet d’un appel et qu’il « respecte le droit en vigueur au Québec en matière de filiation ».

La ministre souligne aussi qu’un rapport d’expert de 2015 sur une possible réforme du droit de la famille recommandait le maintien de la limite de deux parents qui existait jusque-là.

* Nom changé.

vendredi 11 mai 2018

Alsace — Abandon des cours interreligieux

Le ministère de l’Éducation nationale français enterre le projet alsacien d’expérimenter à la rentrée prochaine des cours d’éducation au dialogue interreligieux (EDII) dans le secondaire.

Il n’y aura pas, à la rentrée prochaine, de cours d’éducation au dialogue interreligieux et interculturel (EDII) dans certains établissements scolaires alsaciens du secondaire. C’est ce que laisse entendre le ministère de l’Éducation nationale. Dans une réponse écrite au député alsacien Bruno Fuchs, publiée au Journal Officiel, il explique l’impossibilité de ce projet qui agite depuis plusieurs semaines les milieux religieux, politiques et laïques d’Alsace et de Moselle.

Rappelant l’obligation, sur ces territoires soumis au droit local, d’assurer un enseignement religieux dans tous les établissements publics, le ministère explique aussi qu’elle « est circonscrite aux seuls quatre cultes reconnus avant l’entrée en vigueur de la Constitution ». Soit le catholique, les deux protestants, et l’israélite. « L’État ne saurait donc, sur le fondement du droit local, organiser et financer l’enseignement d’un autre culte, notamment du culte musulman, dans les écoles publiques de ces départements. La loi ne saurait, en tout état de cause, en prévoir la possibilité », ajoute le ministère. Il rappelle que le Conseil constitutionnel a « jugé qu’à défaut de leur abrogation ou de leur harmonisation avec le droit commun, ces dispositions particulières ne peuvent être aménagées que dans la mesure où les différences de traitement qui en résultent ne sont pas accrues et où leur champ d’application n’est pas élargi. » Le ministère dit enfin son impossibilité de vider les enseignements actuels de leur caractère confessionnel : « Une telle mesure ne pourrait être considérée comme légale au regard des obligations qui incombent à l’État. »

Cette réponse sonne comme un camouflet pour les représentants des cultes alsaciens qui planchent depuis deux ans sur ce projet. Elle devrait en revanche satisfaire Monseigneur Lagleize. L’évêque de Metz s’était opposé avec fermeté à ce qu’elle soit appliquée en Moselle. Très attaché à l’enseignement confessionnel, il avait estimé que « le vrai dialogue ne peut se construire que si chacun est bien formé dans sa propre tradition ». Il avait reçu dernièrement le soutien de Céleste Lett. Le maire de Sarreguemines se dit favorable à ces cours, à condition qu’ils aient lieu sur l’ensemble du territoire français et non en substitution des cours confessionnels d’Alsace-Moselle. Les sénateurs mosellans Jean-Louis Masson et Christine Herzog s’étaient aussi opposés à ce projet, y voyant une menace pour le droit local.

Source : Le Républicain Lorrain

Éthique et culture religieuse : « lutter contre les préjugés à l'endroit des musulmans »

Un jeune chercheur de l’UQTR a constaté que les enseignants étaient souvent mal à l’aise lorsque venait le temps de parler en classe de ce qu’il qualifie comme des préjugés à l’endroit des musulmans dans le cadre du cours d’éthique et culture religieuse au secondaire.

Après avoir animé une série d’ateliers dans les écoles, il en conclut que les professeurs manquent surtout d’outils et de guides pour bien lutter contre les préjugés anti-musulmans. Devant d’autres chercheurs intéressés par le domaine, Mathieu Lizotte a parlé de son expérience avec un guide pédagogique développé par le Centre Justice et Foi à Montréal, « Québécois(e)s, musulman(e)s… et après ? ». « Très rapidement, on a senti qu’il y avait un intérêt d’avoir un outil supplémentaire. On sent parfois qu’il y a un manque de formation sur le terrain », a observé l’étudiant en sciences de l’éducation.

Le guide, conçu pour le Centre justice et foi et — mais cela ni Radio-Canada ni Le Devoir ne le mentionne — l’organisation de femmes musulmanes LaVoiEdesFemmes, a pour but d’aider les enseignants à déconstruire les images préconçues, particulièrement au sujet de la religion musulmane.

Le document propose notamment des ateliers pédagogiques et des activités d’animation à organiser en classe pour engendrer la réflexion. « Ne serait-ce que pour rappeler que tous les terroristes ne sont pas musulmans et que tous les musulmans ne sont pas terroristes », explique-t-il. On aimerait avoir plus d’exemples de préjugés déconstruits, car qui pensent vraiment que tous les terroristes sont musulmans, plutôt disons qu’un grand nombre récemment ?

Au fil de ses rencontres, il a constaté que de nombreux enseignants hésitent même à aborder ce genre de sujet.

« Le fait de ne pas avoir de conseiller pédagogique dans les cours d’éthique et de culture religieuse fait en sorte que les enseignants qui auraient besoin d’aide se sentent moins bien outillés », a-t-il constaté. Résultat : des professeurs tentent d’éviter certaines discussions, comme celles portant sur le voile, par exemple.

Mais ce n’est pas toujours si simple.

Mathieu Lizotte s’engage donc dans une étude en sciences de l’éducation qui porte précisément sur la façon dont les enseignants gèrent les échanges qui s’imposent d’eux-mêmes, notamment en raison de l’actualité. Il commencera cet automne un processus d’entrevues auprès d’enseignants.

« Je veux savoir d’où viennent les préjugés? Qu’est-ce que l’enseignant fait lorsque ces stéréotypes s’invitent en classe ? », se demande-t-il.

Il espère ainsi dresser un portrait dans le but d’adapter les interventions dans les salles de classe au Québec.


jeudi 10 mai 2018

L'inflation des diplômes aurait entraîné une dévaluation des titres universitaires

L’inflation des diplômes aurait entraîné une dévaluation des titres universitaires selon le sociologue Louis Chauvel dans son dernier livre La spirale du déclassement. Extraits d’une critique parue dans le Figaro sur ce livre :

Il y a deux livres dans le livre de Chauvel, ce qui le rend encore plus difficile à digérer. Mais chacun des deux est édifiant et instructif. Passionnant. Le premier est dans la continuité de ses précédents ouvrages : la mise en exergue de l’inexorable prolétarisation de la classe moyenne française, et en particulier de sa jeunesse qui subit la domination sans partage de la génération bénie du XXe siècle, celle des baby-boomers, jadis jeunesse dorée, désormais retraite en or massif. [Note du carnet : les retraites sont nettement moins bien dotées au Québec et au Canada.] Le second livre dans le livre est une charge contre les sociologues qui ont contesté ses travaux et conclusions. Chauvel y est acerbe et convaincant : « La première idée que retiennent les étudiants en première année de sociologie est que la nature n’existe pas, que tout est construction sociale, et que la notion même de réalité est controversée et donc suspecte… Donc rien n’est vrai, tout est permis… La notion même de réalité n’existe pas… De cette sociologie de la déconstruction, il est resté un monde en ruine. » Chauvel arrose large puisqu’il accable avec pertinence « les tenants de la modernité liquide (qui) liquident la modernité » et « la péremption d’une large majorité du personnel politique et intellectuel qui vit encore dans un monde que les autres ont vu disparaître il y a trente ans ».

Reste le cœur du sujet. Chauvel cultive et approfondit son intuition d’origine : le fossé inégalitaire se creuse et entre les classes sociales et entre les générations. Nous avons fermé, depuis les années 1980, la parenthèse enchantée des Trente Glorieuses et nous revenons à marches forcées vers le monde inégalitaire d’avant la guerre de 1914. Nous renouons avec la traditionnelle loi de Pareto : 80 % du patrimoine sont possédés par les 20 % les plus riches. Chauvel explique que les statistiques officielles sont faussées en France parce qu’elles ne tiennent pas compte de l’élément moteur de ces inégalités : les prix du logement et ce qu’il appelle la « repatrimonialisation » des hiérarchies sociales. Quelques chiffres éclairent sa brillante démonstration : « Les professions intermédiaires disposaient en 1978 d’un niveau de vie supérieur à la moyenne française de 39 % ; aujourd’hui, l’écart n’est plus que de 17 %. » Au cœur de cette prolétarisation de la classe moyenne, il y a la marginalisation de la jeunesse au profit de son aînée : « Si la tendance générationnelle dont continuent à bénéficier jusqu’à présent les premiers baby-boomers s’était maintenue, le niveau de vie de ceux nés en 1980 serait de 30 % plus élevé. »

L’inflation des diplômes a entraîné une dévaluation des titres universitaires

Chauvel a bien compris que la massification scolaire a accéléré cette évolution ; et que l’inflation des diplômes a entraîné une dévaluation des titres universitaires et du premier d’entre eux : le baccalauréat [français, à savoir le Diplôme d’études collégiales au Québec]. Par rapport à ses travaux précédents, Chauvel ajoute une comparaison internationale bienvenue et constate les effets redoutables de la mondialisation, en retrouvant dans ses chiffres les intuitions des premiers opposants à la « globalisation », qui avaient deviné que l’émergence des riches des pays pauvres se ferait au détriment des pauvres des pays riches : « En 2000, 88 % de la population française comptait parmi les 20 % les plus aisés à l’échelle mondiale. 75 % en 2010. » Ce que Chauvel appelle « le grand déclassement ». Le discours de Chauvel ne va pas sans contradictions : « Ce qui relie jeunes, femmes et immigrés est le fait de représenter une concurrence menaçante pour les initiés déjà en emploi dans les années 1970. » Chauvel rejoint ainsi, sans le vouloir et sans l’avouer, la cohorte honnie par lui de ces sociologues et technocrates libéraux qui, fustigeant « la préférence française pour le chômage », appellent à faire sauter les protections sociales qui ne bénéficient selon eux qu’à ces fameux initiés. Comme eux, il ne veut pas voir que, selon la déjà ancienne analyse de Christopher Lasch, reprenant les intuitions de Marx, ce sont justement les patrons qui ont fait entrer sur le marché du travail toujours plus de femmes et d’immigrés, afin de peser sur les salaires d’ouvriers blancs et chefs de famille qui leur coûtaient de plus en plus cher.

Quoi qu’il en soit, Chauvel a bien compris la logique implacable de notre régression : « Les institutions sociales héritées de la Libération tiennent encore à leur structuration institutionnelle, mais risquent de devenir des coquilles vidées de leur organisme vivant. »

Chauvel communie ainsi lui aussi à sa manière dans le « c’était mieux avant »

Il communie ainsi lui aussi à sa manière dans le « c’était mieux avant ». Mais c’est un « c’était mieux avant » prudent, un « c’était mieux avant » bien-pensant, de gauche, sociologique, politiquement correct. Un « c’était mieux avant » égalitaire. Un « c’était mieux avant » social-démocrate. On privilégie l’économique, on insiste sur les inégalités sociales et générationnelles, on ne cherche surtout pas à s’aventurer dans la question taboue des différences ethniques, culturelles, religieuses. L’identité ne peut être que productrice « d’anomie ». On a peur de ce qu’on y trouverait. Nostalgie de la France des Trente Glorieuses, cette France des classes moyennes qui marchait vers un destin apaisé à la scandinave, dont Chauvel oublie seulement qu’elle était homogène — à l’instar d’ailleurs de son modèle originel, l’Amérique blanche des suburbs des années 1950. Et que ceci explique — en partie — le bonheur de celle-là. Comme si au dernier moment, le poids de sa culture sociologique l’inhibait et l’illusionnait encore.


La spirale du déclassement
de Louis Chauvel
aux éditions du Seuil,
à Paris
208 pp, 16 € ou 31,95 $ canadiens
ISBN 9782021072846

« Narcisse si laid en son miroir »

Dans une tribune publiée par Le Figaro, Éric Zemmour salue la réédition chez Flammarion de La culture du narcissisme de Christopher Lasch (1932-1994) qui annonce l’avènement d’une société individualiste et nihiliste. Christopher Lasch, historien et sociologue américain, est l'auteur de nombreux ouvrages, parmi lesquels La Révolte des élites, Le Seul et Vrai Paradis, et Le Moi assiégé. La culture occidentale est en crise. Le Narcisse moderne, terrifié par l'avenir, méprise la nostalgie et vit dans le culte de l'instant ; dans son refus proclamé de toutes les formes d'autorité, il se soumet à l'aliénation consumériste et aux conseils infantilisants des experts en tout genre. Aujourd'hui plus que jamais, l'essai majeur de Christopher Lasch frappe par son actualité. Décortiquant la personnalité typique de l'individu moderne, Lasch met en lumière ce paradoxe essentiel qui veut que le culte narcissique du moi en vienne, in fine, à détruire l'authentique individualité. Chronique d’Éric Zemmour :

Nous sommes en 1979. La France est giscardienne et croit l’être pour longtemps. Le jeune président a inauguré son septennat par une série de réformes qui doivent moderniser la société française : avortement, majorité à 18 ans, divorce facilité, loi Haby sur le collège unique… Tous ceux qui s’opposent à cette (R) évolution sont marqués du sceau infamant de la réaction. De l’autre côté de l’Atlantique, un livre paraît alors qui décrit déjà par le menu toutes les conséquences déplorables de cette « société libérale avancée ». Notre avenir est son passé. L’auteur l’a vécu, analysé, et ce n’est pas brillant. Ce n’est pas de la science-fiction, mais il est américain, sociologue, historien, et exaspère ses confrères universitaires par sa méfiance des mythes progressistes. Il s’appelle Christopher Lasch.

Depuis lors, le souffle prophétique est passé, mais est restée l’analyse impeccable de ce qu’il a appelé la « culture du narcissisme ». Sa thèse est résumée en une phrase au début de l’ouvrage : « La culture de l’individualisme compétitif dans sa décadence a poussé la logique de l’individualisme jusqu’à l’extrême de la guerre de tous contre tous, et la poursuite du bonheur jusqu’à l’impasse narcissique de l’individu par lui-même. » Lasch ne se contente pas de poser le diagnostic ; il décline ensuite dans tous les domaines qui sont affectés par cette révolution : famille, nation, école, entreprise, et même religion et art.

Notre narcissisme individualiste détruit les individus et les familles ; nous coupe de notre passé et de notre histoire ; transforme les hommes politiques en machines à séduire ; et assimile le sport au monde du divertissement. Tout est divertissement, tout est illusion, tout est spectacle. Reprenant les analyses de Debord, Lasch les étend et les retourne contre les idéologues progressistes. Ceux-là croient encore que la libération générale — de la femme, de l’enfant, du salarié, etc. — s’oppose à une société capitaliste qui repose sur la répression des désirs et l’autoritarisme. On rit aujourd’hui — en partie grâce à Lasch — de tous ceux — et ils sont encore légion — qui croient encore et veulent nous faire croire à cette fable qui n’a correspondu qu’à la réalité du capitalisme du XIXe siècle.

Depuis lors, le capitalisme a muté, la consommation est préférée à l’épargne, et l’expression des pulsions préférée à leur répression. Dès les années 50, aux États-Unis, les malades ne présentaient plus les névroses décrites par Freud. Plus fort encore que le thérapeute viennois, c’est le français Sade qui « est le plus troublant des prophètes de l’individualisme révolutionnaire, en proclamant que la satisfaction illimitée de tous les appétits était l’aboutissement logique de la révolution […] Sade avait perçu plus clairement que les féministes qu’en régime capitaliste toute liberté aboutissait finalement au même point : l’obligation universelle de jouir et de se donner en jouissance… L’individualisme pur débouchait ainsi sur la répudiation la plus radicale de l’individualité. » Cet individu qui ne croit plus en rien, sauf en lui-même, est en vérité incapable de se projeter dans l’avenir, puisqu’il méprise le passé. Lui reste des recettes, des techniques, pour conjurer sa vacuité, qui ne mènent à rien : « L’idéologie du développement personnel, optimiste à première vue, irradie résignation et désespoir profond. Ont foi en elle ceux qui ne croient en rien. »

De même, il ne lui a pas échappé que l’éducation de masse allait provoquer une baisse affligeante du niveau scolaire. « La démocratisation de l’enseignement a contribué au déclin de la pensée critique et à l’abaissement des niveaux intellectuels. Cette situation nous oblige à nous demander si l’éducation de masse, en fait — et comme les conservateurs l’ont toujours affirmé — n’est pas incompatible avec le maintien d’un enseignement de qualité. »

Il n’a pas grand mérite en vérité : le système éducatif américain avait trente ans « d’avance » sur son homologue français. Nous sommes désormais ce qu’ils étaient alors.

Mais Lasch est le contempteur le plus acide et le plus lucide d’un mouvement féministe en qui il voit pertinemment l’incarnation la plus aboutie de ce qu’il dénonce, cet individualisme poussé jusqu’à la guerre de tous contre tous (guerre des sexes) et au narcissisme aveugle à tout ce qui n’est pas soi. Il a bien compris, avant tout le monde ou presque, que le capitalisme avait poussé à « l’émancipation des femmes et des enfants de l’autorité patriarcale, pour mieux les assujettir au nouveau paternalisme de la publicité, des grandes entreprises et de l’État. » Il fait le procès du sentimentalisme généralisé qui n’est pas amour de l’autre, mais amour de soi. « Notre idéal de “l’amour véritable” pèse trop sur nos relations personnelles. Nous demandons trop à la vie, pas assez à nous-mêmes. »

Il brocarde les couples modernes qui « passent trop de temps ensemble » et qui ne jurent que par l’authenticité de leurs sentiments : « Le culte de l’authenticité confère une légitimité à la prolétarisation du métier de parent, qui se produit lorsque les professionnels de l’assistance s’approprient les techniques d’éducation de l’enfant dès sa naissance. » Et ose dénoncer « le nombre croissant de divorce, ainsi que la possibilité omniprésente d’échec de n’importe quel mariage, (qui) concourent à l’instabilité de la vie familiale et privent l’enfant d’un minimum de sécurité affective ».

Lasch est l’un des analystes les plus redoutables des dérives de l’homme moderne. De son inculture, de son mépris et oubli du passé, de son sentimentalisme niais et nihiliste, de son narcissisme puéril. Il montre parfaitement — même s’il ne fut pas le seul — comment nos mouvements progressistes de ces quarante dernières années furent les idiots utiles d’un capitalisme qui a su retrouver sa force révolutionnaire d’antan. En France, il faut rajouter aux effets de ce capitalisme, ceux d’un égalitarisme obsessionnel qui, contrairement à ce qu’on croit, ne limite pas mais démultiplie les effets délétères déjà dénoncés par Lasch. L’exception française, c’est devenu souvent cela : avoir, le plus souvent, le pire des deux systèmes, le pire des deux modèles, le pire de l’Amérique et le pire de la France.



La culture du narcissisme
par Christopher Lasch
publié dans la collection Champs Essais
chez Flammarion
à Paris
réédité en avril 2018
416 pp.
10 €, 18,95 $ canadiens
ISBN 9782081428461




mercredi 9 mai 2018

Du décrochage parental et de l'importance des parents dans la réussite scolaire de leurs enfants

Un texte de Julie Charette que nous reprenons ici :

Voilà donc que les médias nous annoncent (encore une fois) que le taux de réussite des jeunes fréquentant le système scolaire québécois n’a rien d’impressionnant. Le ministre de l’Éducation, Sébastien Proulx, attribue une partie du problème à un « décrochage parental » chez les francophones, et il a surement raison. Mais comment les parents de notre province pourraient-ils s’impliquer davantage dans un système qui les rejette ? En effet, en plus du gouvernement lui-même, plusieurs chercheurs ont souligné, depuis les années 1980, que les parents désireux de participer à la vie éducative de leurs enfants se heurtent généralement à d’importantes résistances de la part des acteurs scolaires. En gros, le message est le suivant : « Nous sommes les spécialistes ; laissez-nous faire. » Le problème, c’est que ça ne fonctionne pas, comme on le découvre (encore une fois) avec ce nouveau rapport de l’Institut du Québec.

Les solutions proposées par Jean-François Roberge — député de Chambly, de la Coalition Avenir Québec [Note du carnet : et lui-même ancien enseignant au primaire], vont aussi dans le sens d’une survalorisation des professionnels embauchés par l’État et de la mise à l’écart des parents, comme l’implantation de la prématernelle à quatre ans. Des mesures inspirées du système ontarien, et « supportées par la science », selon lui. Sans doute fait-il référence à la partie des études du National Institute of Child Health and Human Development (NICHD) soulignant l’augmentation du vocabulaire chez les enfants scolarisés tôt, mais il évite de mentionner que, selon les mêmes études, cet avantage académique en bas âge s’estompe dès la fin du primaire, et s’accompagne de problèmes de comportement qui, eux, perdurent.

Alors que les acteurs du système scolaire actuel se plaignent d’un manque de financement pour offrir les services qui ont déjà été mis en place, l’exorbitant investissement [N. du C. : dépense] que constituerait l’implantation d’une prématernelle à l’efficacité hautement improbable n’est certainement pas la façon la plus responsable d’utiliser l’argent des contribuables…

Que nous dit donc vraiment la science, celle dont on lit les études jusqu’à la fin ? Que les enfants dont les parents s’impliquent dans leurs études sont ceux qui réussissent le mieux. Ainsi, il n’est pas surprenant de découvrir que c’est dans l’éducation à domicile, là où les parents assument entièrement l’instruction de leurs jeunes, qu’on retrouve le meilleur taux de réussite et, même, la réalisation du rêve de Jean-François Lisée et du Parti Québécois, soit la réduction de « tous les écarts, entre les francophones et les anglophones, entre les garçons et filles, entre les riches et les pauvres. » (Voir à ce sujet le Homeschool Progress Report 2009 du Dr. Brian Ray.)

Évidemment, tout comme les citoyens tentant de s’impliquer dans la vie éducative de l’école fréquentée par leurs enfants, les parents-éducateurs font face à la résistance étatiste québécoise et à la méfiance. On les a récompensés de leurs bons résultats, cette année, en adoptant le #projetdeloi144, qui stipule que le gouvernement pourra croiser les données d’autres ministères avec les siennes pour forcer les familles d’école-maison à s’adonner à un lourd suivi. Le projet de règlement qui est présentement à l’étude propose d’exiger d’elles pas moins de huit documents, par enfant et par année, en plus d’au moins une rencontre avec un employé du ministère. Bref, on veut impérativement s’assurer que des acteurs du système scolaire public (qui fonctionne mal) surveillent les parents responsables de la scolarisation à domicile (qui va bien).

Puisque l’on s’intéresse tant aux pratiques de l’Ontario en matière d’éducation depuis quelques jours, il serait intéressant de jeter un œil à son approche de l’école-maison. Probablement inspirée par l’adage anglais « if it ain’t broken, don’t fix it », notre province voisine présume que les parents choisissant d’assumer l’instruction de leurs enfants le font bien et n’investigue que si une autorité scolaire a de réelles raisons de croire que ce n’est pas le cas. Autrement dit, on y respecte le principe démocratique de présomption d’innocence au lieu de demander aux parents de prouver leur compétence pour pouvoir conserver leur droit de décider de l’éducation que reçoivent leurs enfants sans le déléguer (droit garanti par les chartes des droits et libertés et, au Québec, par le Code civil).

Se pourrait-il que les meilleurs résultats obtenus par l’Ontario soient en partie attribuables à cette attitude un peu plus respectueuse de la famille ? Quoi qu’il en soit, une chose est certaine, si le Québec veut favoriser la participation des parents francophones à l’éducation, et la recherche démontre qu’il a tout intérêt à le faire, il devra cesser de les discréditer, et commencer à leur faire confiance.

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vendredi 4 mai 2018

Québec : le problème grave de réussite des garçons francophones

Marie Dumont revient sur les réactions liées à la publication d’une étude qui tend à démontrer qu’au Québec le taux de diplomation aux études secondaires a peu ou prou stagné, alors que les Ontariens ont vu leur taux augmenter considérablement depuis une décennie. Et ceci pour des dépenses sensiblement similaires.


Il n’y a pas de quoi être fiers de notre réaction collective face au désastre de la faible diplomation au Québec. Les citoyens ont blâmé le gouvernement comme un corps étranger et les politiciens ont joué leurs cartes pour marquer des points faciles sans avoir le courage de nommer les choses.

[Note du carnet : parmi les réactions pavloviennes, celles qui expliquent machinalement ces mauvais résultats en invoquant le fait que Québec a 20 % d’écoles privées en partie subventionnées. Selon cette critique, l’école privée attirerait les plus nantis et les plus doués. D’une part, les systèmes publics connaissent aussi un écrémage (géographique ou par des programmes particuliers) : gageons que les élèves des écoles publiques des banlieues cossues en Ontario ont de meilleurs résultats que ceux des milieux pauvres). D’autre part, plutôt que de vouloir limiter le choix scolaire et les écoles privées, il faut en faciliter l’accès aux élèves des milieux moins nantis grâce à des bons scolaires ou des bourses.]

Il y a un problème grave de réussite scolaire des garçons, en particulier des garçons francophones. Difficile de trouver les solutions étant donné qu’il est à peine permis de nommer le problème. Tout semble tabou. Un écart entre anglos et francos, un écart entre gars et filles, comment aborder ces réalités dans l’univers de la rectitude politique absolue ?

Les garçons ! Depuis belle lurette, une frange plus radicale du mouvement féministe conteste même le fait qu’on établisse un tel constat. Depuis le début des années 2000, on entend un bruit de fond à l’effet que ces thèses découleraient d’une volonté détournée d’attaquer le féminisme.


Négation

Ce discours féministe très poussé va jusqu’à nier des statistiques claires et jusqu’à fermer les yeux sur le drame que cela signifie pour la prochaine génération. Vous avez l’impression qu’il s’agit d’un point de vue marginal ? Je dois vous répondre qu’ils font suffisamment peur pour que bien peu de politiciens n’aient osé attaquer la chose de front durant des années. Qui risquera de se mettre à dos une féministe, même une fanatique, en 2018 ?


Encore cette semaine, les politiciens ont fait semblant de ne pas voir. On parle de budget et de bureaucratie. La CAQ propose une maternelle 4 ans pour tous les enfants.

Au mieux, certains osent glisser le mot garçon dans une phrase timide. Mais personne ne prend le taureau par les cornes. Personne n’ose dire que l’école n’est simplement pas faite pour les garçons.

Personne n’ose questionner les milliards investis dans les CPE, dont le but initial (et vite oublié) était de réduire significativement le décrochage. Personne n’ose dire que les fortunes que nous avons investies pour répondre aux demandes syndicales sur le ratio maître/élèves furent visiblement un coup d’épée dans l’eau.

Les anglos ?

Quant à l’écart entre anglophones et francophones, voilà la preuve qu’au-delà des médiocrités de notre ministère de l’Éducation, lorsque les parents et la communauté ont profondément à cœur l’éducation, cela fait une différence. Les Québécois francophones se fient à l’État. Nous sommes hypnotisés par la foi en l’État.

Nous donnons la moitié de notre paye à l’État. Nous nous fions à ce bon gouvernement pour s’occuper de l’éducation de nos enfants. Parce que la réussite de nos enfants, ce n’est plus notre affaire, c’est l’affaire d’un ministre, d’une bande de fonctionnaires, d’une commission scolaire et d’enseignants. « Ils sont payés pour ça ! »

Le gouvernement néglige l’éducation ? Nous avons le gouvernement que nous méritons. Et nous obtenons les résultats scolaires que nous méritons.

Le seul point positif : l’éducation s’installe comme un sujet électoral incontournable. Cette semaine, les quatre partis politiques se sont comportés comme des poules mouillées aveuglées face à des chiffres troublants. Il faudra mieux.

[Note du carnet : Notons que ce n’est pas un trait de tous les francophones. Les taux de diplomation avoisinent les 91 % chez les Franco-Ontariens contre 64 % pour les francophones au Québec. Mais l’école est au cœur de la communauté franco-ontarienne. L’école est y considérée comme un moyen de protéger la langue et de favoriser le développement de la francophonie en Ontario. Les parents y accordent une importance fondamentale à l’éducation. À l’instar des anglophones québécois et de plusieurs communautés culturelles au Québec, plus particulièrement asiatiques.]

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Selon l’étude intitulée L’Ennui (ou les difficultés) avec les garçons, basée sur des données détaillées sur près de 20 000 enfants américains pendant plus d’une décennie, n’a pas découvert de preuve décisive que l’échec croissant des garçons à l’école trouvait son origine dans des facteurs liés à l’école.

Au Québec, 32,9 % des enfants âgés de 0 à 14 ans vivaient dans des familles non traditionnelles (soit dans une famille monoparentale, une famille recomposée ou sans leurs parents), une proportion un peu plus élevée que celle observée pour le Canada dans son ensemble (30,3 %) en 2016. Toutefois, la progression selon l’âge des enfants était la plus importante au Québec, comparativement aux autres provinces. Dans cette province, la différence entre les enfants d’âge préscolaire et les enfants plus âgés était de 19,2 points de pourcentage (23,0 % chez les enfants âgés de 0 à 4 ans par rapport à 42,2 % chez les enfants de 10 à 14 ans). En comparaison, cette différence était de 12,7 points de pourcentage pour le Canada dans son ensemble (23,5 % chez les enfants âgés de 0 à 4 ans par rapport à 36,2 % chez les enfants âgés de 10 à 14 ans).


Cette différence plus marquée entre les enfants plus jeunes et ceux plus âgés au Québec peut être attribuable à la plus grande instabilité des unions libres, ce type d’union étant plus populaire au Québec qu’ailleurs au Canada (à l’exception du Nunavut), plutôt qu’à un plus grand nombre de naissances hors union


À dépenses similaires, l'Ontario diplôme de plus en plus alors que le Québec fait du surplace (m-à-j vidéo)

Alors qu’au Québec le taux de diplomation aux études secondaires a plus ou moins stagné, les Ontariens ont vu leur taux augmenter considérablement depuis une décennie. Pourtant, les dépenses par élève et la croissance du financement étaient sensiblement les mêmes durant ce laps de temps. Entrevue avec Égide Royer, psychologue et professeur associé à la Faculté des sciences de l’éducation de l’Université Laval.



Égide Royer a raison de dire qu’il faut faire plus pour les garçons, mais qu’il est tabou au Québec de prévoir des programmes spéciaux destinés aux garçons alors qu’il est très bien vu d’avoir encore aujourd’hui des programmes pour promouvoir les filles. Nous sommes d’accord qu’il faudrait sans doute plus de modèles masculins à l’école (Pourtant, lire : Québec — Encore moins d’enseignants masculins) ou des activités axées vers les garçons (on suggère parfois : lecture de livres différents, plus d’activités physiques, peut-être des écoles non mixtes).

Évidemment, le Conseil du statut de la Femme du Québec est parvenu à conseiller d’aider encore plus les filles pour que les mères des futurs garçons en difficulté soient mieux formées, il a même ouvert la porte, pour des raisons d’égalité, à une remise en cause des programmes particuliers comme les concentrations sport-études s’adressant à des groupes de garçons. Pourtant, ces activités apparaissent comme un moyen d’accrocher certains sportifs à l’école. Uniquement au Québec !

Par contre, nous sommes plus dubitatifs quant à d’autres propositions :
  1. la maternelle obligatoire dès 4 ans (la recherche tend plutôt à prouver que c’est une mesure universelle peu efficace, car coûteuse)
  2. l’école obligatoire à nouveau jusqu’à 18 ans (la Belgique veut plutôt revenir à 16 ans, car on n’intéresse pas plus les garçons en allongeant ce qu’ils considèrent inutile, ennuyeux ou les deux.)
Ah, pour le Ministre Proulx qui déclare au début du reportage que le Québec a fait de grands progrès depuis 50 ans. Ce n’est pas évident quand on compare une nouvelle fois le Québec à l’Ontario :  Baisse relative du nombre de diplômés québécois par rapport à l’Ontario après la Grande Noirceur.

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Adapter l’école québécoise aux garçons ?

Selon l’étude intitulée L’Ennui (ou les difficultés) avec les garçons, basée sur des données détaillées sur près de 20 000 enfants américains pendant plus d’une décennie, n’a pas découvert de preuve décisive que l’échec croissant des garçons à l’école trouvait son origine dans des facteurs liés à l’école.

Au Québec, 32,9 % des enfants âgés de 0 à 14 ans vivaient dans des familles non traditionnelles (soit dans une famille monoparentale, une famille recomposée ou sans leurs parents), une proportion un peu plus élevée que celle observée pour le Canada dans son ensemble (30,3 %) en 2016. Toutefois, la progression selon l’âge des enfants était la plus importante au Québec, comparativement aux autres provinces. Dans cette province, la différence entre les enfants d’âge préscolaire et les enfants plus âgés était de 19,2 points de pourcentage (23,0 % chez les enfants âgés de 0 à 4 ans par rapport à 42,2 % chez les enfants de 10 à 14 ans). En comparaison, cette différence était de 12,7 points de pourcentage pour le Canada dans son ensemble (23,5 % chez les enfants âgés de 0 à 4 ans par rapport à 36,2 % chez les enfants âgés de 10 à 14 ans).


Cette différence plus marquée entre les enfants plus jeunes et ceux plus âgés au Québec peut être attribuable à la plus grande instabilité des unions libres, ce type d’union étant plus populaire au Québec qu’ailleurs au Canada (à l’exception du Nunavut), plutôt qu’à un plus grand nombre de naissances hors union



Billet originel du 2 mai 2018


Alors qu’au Québec le taux de diplomation aux études secondaires a plus ou moins stagné, nos voisins ontariens ont vu leur taux augmenter considérablement depuis une décennie. Pourtant, les dépenses par élève et la croissance du financement étaient sensiblement les mêmes durant ce laps de temps, selon une nouvelle étude de l’Institut du Québec.

Le taux de diplomation dans les écoles publiques québécoises est « très faible », le pire au Canada, souligne les chercheurs. La proportion des jeunes qui obtiennent leur diplôme d’études secondaires en cinq ans atteint 64 %, un écart de 20 points avec l’Ontario où les études durent une année de plus, la Nouvelle-Écosse et le Nouveau-Brunswick. Le Québec affiche un retard de 8 points avec la province qui le précède dans le classement, et de 13 points avec la moyenne canadienne. Le Québec stagne depuis 2008, alors que l’Ontario a beaucoup progressé.



« L’Ontario, pendant qu’elle faisait ses réformes, a réussi à s’améliorer de 12 points de pourcentage pendant qu’au Québec on faisait du surplace », se désole Mia Homsy, directrice générale de l’Institut du Québec, issu d’une association entre le Conference Board du Canada et HEC Montréal en 2014.



Pourtant, en 2015, les dépenses globales par élève dans les établissements d’enseignement à un coût de la vie équivalent s’établissaient à 12 636 $ au Québec et à 13 236 $ en Ontario. Sous un autre angle, les dépenses consacrées à l’éducation primaire et secondaire représentaient 3,8 % du produit intérieur brut dans les deux provinces. De 2004 à 2014, les contributions destinées à l’enseignement et aux services éducatifs ont aussi connu une croissance identique de 14 %.



Ces chiffres font croire à l’Institut du Québec que le problème du réseau québécois ne peut être lié uniquement à un manque de financement.

Pour parvenir à cette conclusion, l’Institut du Québec a recoupé les plus récentes données, soit de 2015, de Statistique Canada, du Conseil des ministres d’Éducation du Canada, du ministère de l’Éducation du Québec et de l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE).

Le retard des garçons

La donnée qui frappe le plus la chercheuse Mia Homsy : l’écart entre les filles et les garçons pour le taux d’obtention de diplôme. Les garçons affichent un retard de 14 points de pourcentage, une situation unique au Canada. Cet écart est même trois fois plus élevé que dans la plupart des autres provinces. À peine 57 % des jeunes garçons québécois réussissent leur secondaire en cinq ans, alors que c’est 82 % en Ontario. « C’est majeur ! Ça montre qu’il y a clairement quelque chose qu’on ne fait pas de façon optimale. C’est presque la moitié des garçons à l’école secondaire publique qui n’a pas son diplôme en cinq ans », soulève Mme Homsy.

Les chercheurs s’inquiètent également de la faible réussite des élèves handicapés ou en difficulté d’apprentissage et d’adaptation (EHDAA). Or, leur nombre est en progression. Ils forment 20 % de l’effectif total dans le réseau public, et 12,7 % dans le réseau privé.

Les écoles privées s’en tirent mieux

Les résultats précédents ne tiennent pas compte de la performance des élèves qui fréquentent le réseau privé. Ce dernier accueille près de 20 % des élèves du secondaire au Québec, contre moins de 5 % ailleurs au Canada. Le taux d’obtention du diplôme d’études secondaires en cinq ans s’élève à 87,6 %, soit 27 points de plus que dans le réseau public. Si l’on tenait compte du réseau privé, le taux de diplomation global au Québec se situerait à environ 68 ou 69 %. La province resterait malgré tout au dernier rang du classement canadien. Le taux de diplomation et de qualification est de 93,1 % dans le réseau privé.

Le manque de financement n’explique pas cette faiblesse persistante

« L’argument du manque de financement ne peut, à lui seul, expliquer la faiblesse persistante du taux de diplomation au Québec », concluent les chercheurs. Au cours de la dernière décennie, il y a eu « une croissance soutenue du financement » : la croissance réelle — qui dépasse l’inflation et la variation du nombre d’élèves — a atteint entre 0,5 % et 1 % par année. Entre 2004 et 2014, donc avant les politiques du gouvernement Couillard, les dépenses des commissions scolaires ont augmenté de 23 % au Québec, contre 18,9 % en Ontario et 20,8 % au Canada. Les chercheurs constatent que « la croissance du financement est similaire au Québec et en Ontario », alors que l’un a vu son taux de diplomation stagner et l’autre bondir. « On ne peut nier que des efforts de financement ont été faits dans la dernière décennie au Québec, mais malheureusement, ça n’a pas eu d’impact sur le taux de diplomation », affirme Mia Homsy.

Les dépenses publiques et privées au titre de l’éducation primaire et secondaire représentaient 3,8 % du produit intérieur brut (PIB) en 2014-2015 au Québec, comme en Ontario. Mais en raison de l’écart de richesse entre les deux provinces, le Québec dépense somme toute moins par habitant en éducation : 1725 $, contre 2082 $ en Ontario et 1952 $ pour la moyenne canadienne. Selon les chercheurs, « les dépenses par élève au Québec sont relativement comparables à celles de plusieurs autres provinces canadiennes ». Ils recommandent de financer l’école publique québécoise « minimalement au-delà de la croissance du nombre d’élèves et de l’inflation (environ 3,3 % de croissance annuelle) avec un ajustement additionnel » en vue d’augmenter la diplomation.

Manque d’études d’impact des réformes

« Le problème semble tenir davantage aux façons de faire actuelles et au choix des mesures et des programmes mis en place pour améliorer la diplomation », estiment les chercheurs. Selon eux, le Québec devrait se pencher sur les raisons du succès de la réforme ontarienne.

Les chercheurs déplorent le fait qu’il n’y ait au Québec aucune évaluation systématique des programmes en éducation. Par exemple, on n’a pas mesuré l’effet de la réduction du nombre d’élèves par classe. Il est « urgent » de corriger la situation, selon eux. Ils relèvent également un problème de transparence dans l’accès aux données colligées par le Ministère et les commissions scolaires. Ils se prononcent pour la création d’un institut national d’excellence en éducation afin de diffuser les meilleures pratiques et de prendre des décisions sur la base des résultats probants de la recherche. Le gouvernement Couillard a promis de mettre sur pied un tel institut, mais il ne l’a toujours pas fait. « Investir davantage sans modifier les façons de faire et sans revoir les programmes risque de ne rien changer », préviennent les chercheurs.

Pour Égide Royer, professeur à la faculté des sciences de l’éducation de l’Université Laval, la maternelle dès 4 ans et l’école obligatoire jusqu’à 18 ans constituent le nerf de la guerre dans la lutte contre le décrochage. Notons qu’en Belgique, le ministre de l’Éducation francophone propose, au contraire, de rabaisser l’obligation scolaire qui y est de 18 ans à 16 ans afin de mieux former les élèves (souvent des garçons) à des métiers dans les entreprises plutôt que de prolonger l’apprentissage en milieu scolaire de matières générales de peu d’intérêt pour eux. Cette mesure permettrait aussi de mieux répondre à la pénurie de main-d’œuvre dans les métiers techniques qualifiés.


mercredi 2 mai 2018

Bavière — Une croix dans chaque bâtiment public (M-à-j : réactions)

La décision du gouvernement du Land de Bavière exigeant qu’à partir du 1er juin il devra y avoir une croix dans le hall d’entrée de tous les bâtiments publics a provoqué l’ire de certains catholiques allemands. Et pas des moindres puisque le cardinal Reinhard Marx, membre du conseil rapproché du pape François, a dénoncé « l’animosité, les divisions et les troubles » causés par cette décision.

« On ne comprend pas ce qu’est la Croix si on ne la voit qu’en tant que symbole culturel ».

Il a ajouté que la mesure annoncée par le ministre de l’Intérieur de Bavière, Markus Söder, revient à « exproprier la Croix au nom de l’État ».

« Accrocher un crucifix veut dire : je dois m’orienter selon les paroles de celui qui est mort sur la Croix pour le monde entier. C’est une provocation : pour chaque chrétien, pour l’église, mais aussi pour l’état qui voudrait se référer à ce signe. »

Mgr Peter Stephan Zurbriggen (vidéo ci-dessous en allemand), nonce apostolique en Autriche, a vivement répondu au cardinal :

« Voyez-vous, en tant que nonce et représentant du Saint-Père, je suis quand même triste et j’ai honte, lorsque j’entends que dès que des croix sont érigées dans un pays voisin, les évêques et prêtres de tous les peuples doivent critiquer cela. C’est une honte. » « Ce religieusement correct, cette rectitude  politique, cela me tape sur les nerfs ».



Mgr Zurbriggen a en outre rappelé la visite des deux évêques à Jérusalem à l’automne 2016 : Mgrs Marx et Bedford-Strohm avaient enlevé leur croix au Mont du Temple par considération envers les dirigeants juifs et musulmans, ce qui avait été la cible de nombreuses critiques :

« S’ils vont en pèlerinage en Terre Sainte et qu’ils ont honte de porter la Croix, quelle que soit la raison, alors moi aussi j’ai honte ».

Le chroniqueur Éric Zemmour évoque la « fracture croissante » au sein du catholicisme européen :





Markus Söder
« Symbole d’identité culturelle » : tous les bâtiments publics bavarois devront à l’avenir être ornés d’un crucifix. Ainsi en a décidé le gouvernement du Land de Bavière en Allemagne.

« L’islam ne fait pas partie de l’Allemagne » : c’est avec cette phrase que les politiciens bavarois multiplient ces dernières semaines les provocations selon Der Spiegel. Et, notamment, le chef de la CSU, Horst Seehofer, ainsi que son successeur en tant que ministre-président, Markus Söder. Pour eux, l’Allemagne est marquée par le christianisme. Dans un sondage INSA du 21 avril 2018, la CSU est donnée largement gagnante avec 42 % des intentions de vote.

Afin qu’il n’y ait aucun doute à ce sujet, des croix devront être accrochées dans chaque bâtiment public bavarois à partir du mois de juin. « Une croix clairement visible à l’entrée de chaque bâtiment officiel, symbolisant l’histoire et la culture bavaroise, représentera ostensiblement les valeurs fondamentales de l’ordre juridique et social en Bavière et en Allemagne », a déclaré la Chancellerie à l’issue d’une réunion. Les règlements ont été modifiés en conséquence.

« La croix est le symbole fondamental de l’identité culturelle et du caractère chrétien et occidental », peut-on encore lire. La nouvelle mesure s’applique « à tous les services administratifs de l’État libre de Bavière à compter du 1er juin 2018. » Les municipalités, cercles (arrondissements) et districts sont invités à « agir en conséquence ».

Le FDP a vivement critiqué cette décision. Son chef, Christian Lindner a écrit sur Twitter que la façon dont la CSU « instrumentalise en permanence la religion à des fins partisanes » lui rappelait « tout simplement Erdogan ».

Source : Der Spiegel