mercredi 2 mars 2016

Québec — Plus bas nombre de naissances depuis 8 ans, record de décès

En 2015, 86 800 enfants sont nés au Québec. C’est le plus bas chiffre (prévisionnel) depuis 2007 alors que le nombre de naissances était de 84 453.

Entretemps, la population du Québec a crû principalement à cause de l’immigration ; le taux de natalité — calculé par rapport à 1000 habitants — a donc diminué davantage que le nombre absolu de naissances pour cette même période. Le taux de natalité en 2015 devrait donc être de 10,5 ‰ alors qu’il était encore de 10,7 ‰ en 2014. Il était encore de 14 naissances pour 1000 habitants en 1990 et de 27,5 ‰ (27,5 naissances pour 1000 habitants) en 1960.



Notons aussi que les dépenses en « politique familiale » ont augmenté pendant cette même période (en réalité il s’agit principalement des mesures destinées au retour des femmes au travail puisque les femmes qui restent à la maison pour élever leurs enfants sont en pratique exclues de ces dépenses).



Le nombre de décès en 2015 atteint un nouveau record : 64 050, soit une augmentation de 1,67 % par rapport à 2014 et de 14,4 % par rapport à 2005.

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Selon les prévisions du gouvernement, à ce rythme, la population pourrait chuter de plus de moitié pour atteindre 52 millions d’individus d’ici à 2100.

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mardi 1 mars 2016

Bébé vendu aux Pays-Bas : le père biologique débouté, il restera aux plus offrants

Autre époque — Le jugement de Salomon
Fresque de Raphaël en 1518, 
Loggia de Raphaël au Vatican
Née d’une mère porteuse belge, Donna, vendue par Internet, restera aux parents les plus offrants.

Pour trancher un conflit entre deux femmes à propos d’un bébé, le roi Salomon avait laissé parler l’instinct maternel. Pour régler le sort d’une fillette de trois ans, réclamée par deux couples, le tribunal d’Utrecht a donné raison… au plus offrant. La petite Donna, née d’une mère porteuse belge qui l’avait revendue à un couple de Néerlandais, après l’avoir « promise » au Belge Bart Philtjens, son père biologique, et à sa compagne stérile, restera donc aux Pays-Bas.

« D. est un petit enfant qui a besoin de protection afin de bien se développer. Pour D., la relation la plus importante de sa vie est celle avec ceux qui l’élèvent, ses parents adoptifs. Elle n’a jamais connu d’autres parents qu’eux », a estimé le tribunal.

Les juges n’ont même pas accordé de droit de visite au père biologique… Ils ont cependant permis que les services de protection de l’enfance puissent organiser une éventuelle rencontre. Le tribunal a également ordonné que les parents adoptifs soient placés sous surveillance de ces services pour un an, précisant qu’ils avaient donné « l’impression » de ne pas être « assez conscients des exigences que l’histoire particulière de D. leur pose en tant qu’éducateurs ».

La partie adverse étudie la possibilité de contester le jugement. « Nous ne comprenons pas qu’un enlèvement d’enfant, que représente la vente de ma fille sur Internet, puisse être avalisé dans un pays européen », se lamente Bart Philtjens.

Mais, en novembre 2005 puis octobre 2007, la justice néerlandaise avait déjà estimé que Donna devait rester aux Pays-Bas : « L’enfant est bien traitée par ses parents » adoptifs, avait-elle tranché, tandis que Bart Philtjens et sa compagne n’ont « jamais connu de vie de famille » avec elle.

Cette sordide histoire commence en avril 2004 lorsque Anne Blomme, une jeune Flamande, entre en contact via Internet avec Bart Philtjens et Geertrui Praet, en mal d’enfant. Elle leur propose de porter leur bébé, contre un défraiement de 8 000 euros. En juin, Anne Blomme se retrouve enceinte, à la suite d’une insémination artificielle avec le sperme de Bart. La paternité sera ensuite établie grâce à une expertise d’ADN.

Commercialisation du corps humain

Jusqu’au septième mois, la grossesse se déroule normalement. Les échographies révèlent une petite fille, que les futurs parents choisissent d’appeler Donna. Mais, en décembre, ils reçoivent un terrible courriel : « À cause du stress, j’ai perdu l’enfant ! » En fait, n’ayant pas réussi à soutirer une somme d’argent supplémentaire à Bart et à Geertrui, la mère porteuse aurait entrepris de démarcher, sur lnternet, un couple d’homosexuels, puis des Néerlandais qui viennent de perdre un enfant… Finalement, ce sont ces derniers qui « remporteront le marché », pour 15 000 euros ! Le 26 février 2005, Anne Blomme accouche, et entame aussitôt la procédure d’adoption au bénéfice des Néerlandais, Wim et Nathalie Janssen.

Ayant appris le mensonge, Bart et Geertrui tentent immédiatement de récupérer Donna. Le couple d’homosexuels, compatissant, leur fournit toutes les preuves nécessaires. Dans un premier temps, un juge belge donne raison au père biologique, s’appuyant sur une loi réprimant le trafic d’êtres humains. Mais la cour d’appel contredira ce premier jugement, estimant qu’il appartient à la justice néerlandaise de statuer…

En France, avoir recours à une mère porteuse est interdit. En Belgique, c’est possible, mais aucune loi n’encadre le statut de la mère porteuse, ni le droit des parents « commanditaires ». La terrible histoire de Donna a néanmoins ouvert le débat : certains veulent interdire les mères porteuses, d’autres proposent de réglementer sévèrement la pratique, de façon à empêcher toute commercialisation du corps humain. Pendant ce temps aux Pays-Bas, Anne Blomme, qui a l’an dernier tenté en vain de récupérer la petite Donna, continue, semble-t-il, à proposer ses services sur Internet.

Entretemps, l'indignation croît du côté pro-avortement


Source : Le Figaro

France — Manuels scolaires : une vision idyllique, orientée et tronquée de l'immigration

Deux chercheurs en anthropologie de l’EHESS ont épluché 21 manuels d’histoire-géographie pour reconstituer la conception de l’immigration proposée aux collégiens français. Leur conclusion : ces ouvrages en relaient une vision positive et rassurante, pour les migrants comme pour les pays d’accueil, loin des drames migratoires actuels et de l’hostilité croissante de la population.
Image extraite d’un manuel d’Histoire-Géographie de 3e (14-15 ans), Paris, Magnard, 2014, p. 179
(Le Film Indigènes est pourtant un film très peu historique† qui valorise le rôle des soldats maghrébins et tend à dévaloriser celui des soldats européens)

[...] Afin de reconstituer la conception de l’immigration proposée aux enfants scolarisés en France, nous avons analysé vingt et un manuels d’histoire-géographie, parus de 1999 à 2014 et destinés aux classes de quatrième et de troisième du collège.

Le discours de tous les manuels présente un haut degré de cohérence et de constance. En même temps, il donne à voir un certain nombre de contradictions qui semblent révélatrices non seulement d’une représentation de l’immigration, mais aussi d’une image que la société française cherche à construire d’elle-même, tout en l’inscrivant dans les cadres d’une véritable vision du monde, inculquée aux enfants par le truchement de l’enseignement scolaire.

lundi 29 février 2016

Abus par la DPJ et par le personnel de l'hôpital pour enfants Sainte-Justine

Les droits de plusieurs parents et jeunes patients de l’hôpital Sainte-Justine ont été lésés lorsque leurs parents ont été soupçonnés à tort de maltraitance par des professionnels de cet établissement, conclut un rapport de la Commission des droits de la personne et des droits de la jeunesse. Une majorité de ces parents ont par la suite été lavés de tout soupçon.

Sur 13 plaintes déposées il y a plus de 2 ans, le comité des enquêtes de la Commission identifie 8 lésions de droits dans 6 dossiers. La Commission cite plusieurs articles de la Loi de la protection de la jeunesse « enfreints » par le personnel de Sainte-Justine ou par la Direction de la protection de la jeunesse (DPJ).

Dans au moins trois cas, la Commission précise que le personnel de Sainte-Justine a outrepassé sa juridiction en effectuant une partie du travail d’évaluation des signalements, une responsabilité pourtant exclusive à la DPJ. Par exemple, le personnel a fait subir à des enfants de nombreux examens uniquement destinés à confirmer la maltraitance. « Dans ces cas, le personnel du CHU Sainte-Justine a outrepassé son rôle et empêché [le Directeur de la protection de la jeunesse] de jouer le sien », estime la Commission.

Catherine Major et Jean-François Morand, un couple de musiciens, font partie des plaignants.

« On parle de 50 % des cas où les droits n’ont pas été respectés, que ça soit des parents ou enfants. C’est énorme, il me semble que c’est gigantesque. »

— Jean-François Morand

Bandes dessinées — Quand Hergé expurgeait un missionnaire chez les Esquimaux

Nous sommes en 1971. À la demande de ses éditeurs scandinaves, Hergé se voit contraint de transformer son merveilleux album Destination New York. Jo, Zette et Jocko pris dans les glaces de l’Arctique ne rencontrent plus le père Francœur, mais le professeur Henrik Nielsen, ethnologue !

Barbu comme un missionnaire pouvait l’être. Dès la page 21, le brave père Francœur a disparu. Depuis 1971, les lecteurs de 7 à 77 ans ne savent plus que des missionnaires (souvent francophones) aidaient les Esquimaux à survivre dans le désert de glace.

L’avion du brave prêtre baptisé Santa Maria II perdra son nom et sa « mission » surmontée d’une croix sera tout simplement effacé d’un coup de gomme de la part d’Hergé…

Le remplacement de la figure d’un père missionnaire catholique francophone par un ethnologue suédois mène parfois à des incohérences scénaristiques : pourquoi les Esquimaux parlent-ils français comme Jo et Zette ? Pourquoi Jo et Zette sont-ils obligés de piloter eux-mêmes l’avion dans le cas de l’ethnologue (quels soins cet intellectuel peut-il prodiguer ?) alors que le missionnaire a un rôle spirituel essentiel pour ses ouailles esquimaudes.

La version de 1949 — Un missionnaire francophone, le père Francœur, la soutane
La version post-1971, un ethnologue scandinave « Nielsen », plus de soutane
Les Esquimaux continuent mystérieusement de parler français après 1971


1949 — Les postes de la mission, l’avion Santa Maria II
Post-1971 — L’avion n’a plus de nom, de simples « déplacements »


1949 — La mission
1971 — Le camp

1949 — La croix sur la mission, le père Francœur (et pour la graphie « iglou† »)
La croix disparaît, le professeur (et au passage pour la graphie, « iglou† »)


1949 — La croix bien visible sur la mission, le baptême à l’article de la mort, la nécessité de la mission
Version d’après 1971 — La croix (?) évidée, plus de baptême, on ne sait pas trop comment cet ethnologue pourra aider ces malades

Missions catholiques de l'arctique canadien

Parmi les missions du monde, celles du Grand Nord canadien ont souvent été considérées comme héroïques. Les Oblats s’y sont dévoués pendant plus de quarante ans. C’est en 1910 que Mgr Breynat décida de reprendre l’évangélisation des Esquimaux en la confiant au jeune Père Rouvière, âgé de trente ans. Le missionnaire partit l’année suivante pour le nord-est du Grand Lac de l’Ours où il avait appris que les Esquimaux du cuivre venaient commercer avec les Indiens. Lire sur ce sujet par exemple « La conquête missionnaire de l’Arctique ».





† Les dictionnaires Petit Robert et Larousse (« l’usage » comme disent certains) privilégiaient à l’époque « igloo » bien que l’on retrouvât depuis 1880 « iglou » (voir la traduction en français de Deux ans chez les Esquimaux de C. F. Hall). Le Dictionnaire de l’Académie (9e édition, 2005) n’écrit qu’« igloo ». Depuis 1990, la réforme orthographique préfère « iglou » (voir aussi ici). Sur le sujet de ces corrections orthographiques, voir Nénufar peut s’écrire ainsi depuis le XVIIe siècle.


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dimanche 28 février 2016

France — « C'est dans les écoles libres qu'on trouve les meilleures formations »

Anne Coffinier dirige une fondation qui favorise le développement d’écoles privées hors contrat, plus performantes, selon elle, que les écoles publiques. Entretien avec Jean-Paul Brighelli, enseignant et essayiste.

Jean-Paul Brighelli. — Vous dirigez la Fondation pour l’école. Pourriez-vous présenter brièvement cette organisation, ses buts, ses principes et ses réalisations ?

Anne Coffinier. Le but de la Fondation pour l’école est de contribuer à l’amélioration du système éducatif français dans son ensemble en le stimulant par le développement d’un secteur éducatif libre. Le développement d’établissements indépendants ou hors contrat n’est pas pour nous une fin en soi, mais, selon nous, le meilleur moyen de stimuler la réforme du système éducatif dans son ensemble, car l’Éducation nationale a montré son incapacité à le faire par elle-même. Nous voulons démontrer par les faits que des écoles authentiquement libres peuvent rendre à la société un service de bien meilleure qualité et à plus bas coût que les écoles publiques actuelles. Nos actions sont multiples. Je vous renvoie au site www.fondationpourlecole.org pour les découvrir plus précisément.

J’ajouterai une précision sur le statut de notre organisation. La Fondation pour l’école est une fondation reconnue d’utilité publique en 2008 par décret du Premier ministre après avis positifs du Conseil d’État et des ministères de l’Éducation nationale et de l’Intérieur. Une procédure donc contraignante et exigeante. Son statut de fondation reconnue d’utilité publique est parfaitement justifié au regard du caractère constitutionnel de la liberté d’enseignement, et donc de la nécessité d’encourager cette liberté dans un contexte où l’État ne s’en est pas suffisamment préoccupé (contrairement à d’autres pays comme la Suède, les Pays-Bas, le Danemark, qui prévoient un financement paritaire pour leurs établissements libres, tout en respectant effectivement leur liberté).

Notre fondation n’est financée que par des dons privés librement consentis par les personnes. Cette implication financière désintéressée de la société civile dans le secteur éducatif est une chance pour notre pays qui doit reconquérir ses avantages comparatifs en matière d’éducation. Chaque enfant scolarisé dans une école indépendante fait économiser entre 6 000 et 9 000 euros par an à la collectivité publique. Ces financements par don des écoles indépendantes ne lèsent donc personne, et surtout pas l’école publique.

samedi 27 février 2016

« The » Revenant, Hollywood et le Canadien français

Des Canadiens français du XIXe siècle sanguinaires et impitoyables dans « The » Revenant d’Alejandro Iñárritu, il n’en fallait pas moins pour mettre en colère Roy Dupuis selon le Huffington Post. L’acteur québécois qui devait interpréter un rôle dans le sixième long métrage du réalisateur mexicain juge le film mauvais et anti-canadien-français.


Bande-annonce du Revenant (apparemment le film sort en français avec un titre « en français » affublé de l’article anglais THE, difficilement prononçable pour le francophone moyen)

Un film historiquement faux

« The » Revenant — douze nominations à la prochaine cérémonie des Oscars — est un western sauvage tourné dans le Grand Nord canadien. Ancrée dans le XIXe siècle, cette production à 130 millions de dollars américains revient sur la vengeance du trappeur Hugh Glass, interprété par Leonardo Di Caprio (en lice pour l’Oscar du meilleur acteur).

« Je n’ai vraiment pas tripé sur ce film, a ajouté Dupuis. Au niveau de la trame, il arrive des événements qui n’ont tout simplement pas de bon sens ! J’espère qu’il ne gagnera pas l’Oscar du meilleur scénario, car le récit, c’est un peu n’importe quoi. Il n’y a aucune crédibilité dans cette histoire de vengeance ».

Un film fort éloigné du roman homonyme

Le film d’Iñárritu se veut l’adaptation du roman LE Revenant de Michael Punke. À la page « remerciements » de son roman, l’auteur parle d’une « centaine de lectures éprouvantes ». Mark L. Smith, le jeune coscénariste du film avec Iñárritu, dans les entrevues disponibles sur Internet, ne pointe, quant à lui, vers aucune recherche historique précise et confie n’avoir conservé, du livre, que l’attaque du grizzly et l’abandon du héros. Tout le reste, a-t-il reconnu sur craveonline.ca est « original ». C’est ainsi qu’il précise au sujet de l’attaque importante dans l’histoire des Arikaras « nous l’avons inventée » ou à propos d’un dialogue avec Dieu « C’est quelque chose qu’ils ont en fait inventé ».

Dans le livre, la soif de vengeance du héros Glass est motivée par le fait que deux hommes l’ont volé alors qu’il était à l’article de la mort, qu’il veut recouvrer son précieux fusil et sa dignité. Dans le film, Iñárritu et Smith inventent à Glass (Leonardo Di Caprio) un fils métis qui sera assassiné devant ses yeux par le raciste Fitzgerald (Tom Hardy).

Les producteurs du film avouent d’ailleurs leur très libre interprétation du livre au générique de fin où l’on voit que le long métrage est « Inspiré en partie du roman de Michael Punke », pas « Inspiré du roman », mais « en partie ». C’est plus honnête.

Canadiens français qui violent, pendent et tuent

Un plan en particulier du film d’Iñárritu a fait sursauter l’acteur Roy Dupuis, celui où l’on découvre plusieurs Amérindiens empalés, pendus à des arbres. Une inscription en français — « On est tous des sauvages » — ne laisse aucun doute quant à l’identité des coupables. « On les voit à peine pendant le film, mais quand on les voit, c’est pour les montrer comme d’affreux barbares. C’est les Canadiens français qui violent, qui pendent et qui possèdent les esclaves sexuelles. »

Outre qu’il dresse un portrait peu flatteur de nos ancêtres venus explorer l’Amérique du Nord, le long métrage est historiquement faux puisque, selon Dupuis, ce sont plutôt les Anglo-saxons qui ont été sans pitié envers les communautés amérindiennes de l’Amérique du Nord.

« Les Français sont arrivés avec la mission de faire des alliances avec les Premières Nations. Je ne dis pas qu’il n’y avait pas des brutes parmi les Français, mais la plupart d’entre eux ont épousé des Amérindiennes. Ils ont fondé des familles, ce qui a créé un peuple métissé nommé les Canadiens français, et voilà que Iñárritu les mets en scène en train de trucider les autochtones. Par contre, les Américains qui avaient pour mission de conquérir les terres, eux, n’ont rien à se reprocher. C’est complètement stupide ! »

Les remarques de Roy Dupuis sont globalement justes, bien qu’il semble céder à la mode récente du métissage généralisé en Amérique du Nord (de très nombreux artistes américains se découvrent ces jours-ci des ancêtres amérindiens sans apporter beaucoup de preuves, jusqu’à Justin Bieber : « Je suis en partie Inuit ou quelque chose »). Nous y reviendrons ci-dessous.

Plaire au public états-unien et anglo-saxon

Pour Roy Dupuis, le fait que le réalisateur de Babel ait eu le soin de préciser que les assassins n’étaient pas Américains est loin d’être anodin. « Le film est censé être basé sur l’histoire d’un vrai coureur des bois américain. Pourquoi donc le cinéaste n’a-t-il pas montré les meurtres commis par les Américains ? Sans doute pour ne pas les choquer ou les blesser, il a préféré insulter l’histoire. »

Ce n’est évidemment pas la première fois que le cinéma américain cherche à dorer la pilule pour ne pas briser l’image élogieuse que se font d’eux-mêmes les Américains. À notre connaissance, il n’y a pas de films américains sur :
  • les guerres meurtrières contre les Indiens au début de la colonisation (voir le Massacre de 1622), guerres féroces et implacables expulsions qui ont pu être renforcées par le fait que les colons anglais n’ont pratiqué qu’une faible évangélisation et par l’idée commune que les Indiens étaient de nouveaux Cananéens en face de nouveaux israélites, les puritains anglais. Walt Disney a fait un Pocahontas béat sur cette époque qui, selon le Guardian, révise l’histoire et blanchit la colonisation anglaise en Virginie ;
  • Les ravages des Anglais et des Américains en Nouvelle-France et en Acadie lors de la Conquête (la moitié des villes ont été détruites, un très grand nombre de maisons et de fermes le long du Saint-Laurent incendiées, la colonie avait perdu un septième de sa population et le peuple acadien avait été déporté) ;
  • la guerre contre Pontiac ; Amherst écrivait alors à un colonel « Vous ferez bien d’infecter les Indiens avec des couvertures, de même que toute autre méthode qui permettrait d’extirper cette race exécrable » ;
  • les prétextes fallacieux de la Guerre hispano-américaine de 1898, après l’explosion du USS Maine en baie de La Havane (explosion sans doute accidentelle) alors que l’opinion publique américaine fut atteinte, suivant l’expression d’un diplomate européen, « d’une sorte de furie belliqueuse », des manifestants brûleront alors des Espagnols en effigie dans les rues ;

    Résultat de la guerre contre l’Espagne en 1898 : 10 000 milles des Philippines à Porto Rico
  • la guerre et la répression aux Philippines (1899-1902) pendant lesquelles des centaines de milliers de Philippins seraient morts (voir ici en espagnol et là en anglais), le tout fut accompagné dès 1898 par une campagne pour y éliminer l’espagnol et le remplacer par l’anglais ;
  • Épisode de la répression américaine aux Philippines : « Tuez tous ceux de plus dix ans ! »
  • le très nombreux viols en Europe occidental par des soldats américains pendant la Seconde Guerre mondiale (en France dès le débarquement ainsi qu’en Allemagne), l’historienne Miriam Gebhardt avance le chiffre de 860 000 victimes allemandes, parmi lesquelles 190 000 auraient été violées par des GIs, c’est bien moins que les deux millions de violées avancés par Helke Sander.
  • etc.
Autres films populaires à la trame modifiée

« The » Revenant n’est évidemment pas le premier film américain qui arrange les faits (ou le scénario inspiré de livres) pour flatter les Américains et se moquer (parfois gentiment) des Français, minorer ou évacuer leur rôle.
  • Dans Le Patriote (The Patriot) avec Mel Gibson, un seul Français au rôle sympathique, mais un peu ridicule (Jean Villeneuve) incarne l’aide de la France. À la fin, à la Bataille de Yorktown, on voit succinctement au loin la flotte française, c’est tout. Or, il y avait autant sinon plus de soldats français à terre que de soldats américains à cette bataille et l’influence de la flotte française fut décisive dans la guerre. Il faut se rappeler que les choses allaient mal pour l’armée continentale avant l’intervention de la France (voir Valley Forge). La France prêta 12 millions de livres aux Américains, et en donna 12 autres millions. Elle consentit également à une avance de 6 millions de livres pour la reconstruction du pays. En tout, selon certains historiens, dont Stacy Schiff, la France dépensa près d’un milliard de livres pendant cette guerre. Tout cela résumé à un histrion de major Jean Villeneuve dans Le Patriote. Notons que le personnage de Mel Gibson, largement inspiré de Francis Marion, dit Le Renard des marais, aurait chassé (persécuté) brutalement des Indiens Chéraquis (Cherokees à Paris) et qu’il aurait violé ses esclaves. Le Patriote occulte d’ailleurs totalement l’esclavage pratiqué à l’époque, y compris par Francis Marion qui se plaignit que les Anglais libèrent les siens.
  • Maître à bord : de l’autre côté du monde avec Russel Crowe combine des éléments tirés de différents romans de Patrick O’Brian, inspiré de la vie du marin Thomas Cochrane. L’intrigue principale est tirée de De l’autre coté du monde, rapportant un épisode de la guerre anglo-américaine de 1812. Toutefois, dans la version cinématographique, l’action prend place en 1805, soit lors des guerres napoléoniennes, au lieu de 1812, à la demande, semble-t-il, des producteurs, afin de ne pas dépeindre des Américains comme des méchants devant une audience américaine. En conséquence, un vaisseau français fictif, l’Achéron, remplace la frégate américaine USS Norfolk du roman homonyme. Des vils français à bord de l’Achéron ont recours à de non moins viles ruses pour tenter de vaincre le noble et brave capitaine anglais. 
  • Jusqu’en 1870, c’est la France qui modernise l’armée du Shogun au Japon. Jules Brunet est un des officiers militaires français qui fera partie d’une mission d’instruction au Japon. Cet instructeur d’artillerie modernisera l’armée de samouraïs du Shogun, Dans Le Dernier Samouraï en 2003, Brunet est évacué et remplacé par un Américain fictif (il n’y a pas d’instructeur militaire américain au Japon à l’époque) interprété par Tom Cruise.
  • Il existe un film hollywoodien sur l’expédition de Lewis et Clark. Il s’agit d’Horizons lontains tourné en 1955 avec Charlton Heston (un an avant sa participation dans la superproduction Les Dix Commandements). Le film tend à évacuer quasiment totalement le rôle des Français dans l’expédition et mythifie celui de Sacagawea. Toussaint Charbonneau dans la vie réelle était l’époux de Sacagawea et le père de leur jeune fils pendant l’expédition. Dans le long métrage, il n’apparaît que, brièvement au demeurant, comme une brute sale, grassouillette, cupide, fourbe et mal embouchée qui réclame sa propriété, Sacagawea. Mais elle n’a d’yeux que pour le beau Charlton Heston, l’officier américain Clark qui lui conte fleurette et la séduit par ses discours et sa tendresse civilisés. Clark est l’auteur du journal de l’expédition. Celle-ci comptait effectivement l’Indienne Sacajawea (également nommée la « Femme-oiseau »). Elle servit d’interprète et guida à certains moments les explorateurs. Mais, à l’inverse de sa situation dans le film où elle tombe amoureuse de Clark, elle fut accompagnée durant tout le voyage par le trappeur « canadien » Toussaint Charbonneau qu’elle avait épousé avant le départ et dont elle avait un jeune enfant. Charbonneau, contrairement à sa description dans Lointains Horizons, était loin d’être antipathique, même s’il n’était pas sans défauts évidents.

    Clark ne mentionne à aucun moment dans son journal la moindre amourette. Clark et Sacageawa ne pouvaient d’ailleurs se parler en toute intimité puisque pour lui parler Clark devait passer par François Labiche qui comprenait l’anglais. Labiche traduisait ensuite en français pour Charbonneau qui ne parlait pas anglais et qui traduisait à son tour en meunitarri (gros ventre) à sa femme... Labiche n’est pas le seul absent du film, on ne voit pas plus le métis George Drouillard, qualifié de meilleur chasseur de l’équipée par Lewis. Cette mythification de Sacageawa (dont on sait peu de choses en réalité) et cette dépréciation du rôle des Français ne sont pas le seul fait de ce film, on le retrouve également dans plusieurs romans qui traitent de cette expédition. Voir Anti‑French Sentiment in Lewis and Clark Expedition Fiction. Le film The Revenant adopte à nouveau une « représentation libre » du personnage de Toussaint Charbonneau, incarné par l’acteur français Fabrice Adde, qui commet un viol. C’est ce rôle que Roy Dupuis a refusé.

Seulement métissé à 1 %

Roy Dupuis affirme que la « plupart d’entre [les Français] ont épousé des Amérindiennes. Ils ont fondé des familles, ce qui a créé un peuple métissé nommé les Canadiens français ».

Mais qu’en est-il au juste ?

Comme le rappelait Gérard Bouchard, la plupart des communautés autochtones ont toujours été situées à bonne distance des habitats québécois, ce qui mine l’idée de contacts fréquents. En outre, l’Église a toujours découragé les unions mixtes. La proportion de gènes amérindiens dans le bassin génétique des Québécois est donc très faible (moins de 1 %), comme l’ont démontré des analyses rigoureuses appuyées sur le fichier de population BALSAC.

Il faut aussi se méfier d’une illusion généalogique : combien faut-il d’ancêtres indiens (et à quelle génération ?) pour conclure qu’un Québécois a « du sang indien dans les veines » ? Je rappelle qu’à la onzième génération, chacun d’entre nous compte plus de 2000 ancêtres...

Que signifie la présence de quelques Autochtones ?

Le métissage n’a donc été une réalité importante que dans les Prairies et dans l’Ouest là où il n’y avait pas ou peu de femmes françaises. Louis Riel avait ainsi un huitième de sang indien. Ce peuple métissé ce sont précisément les Métis établis dans l’Ouest et non les Canadiens français en général.  

Les traits sociaux et culturels

Gérard Bouchard poursuit :

« Selon la thèse du métissage intensif, notre société aurait hérité ses principaux traits des Autochtones : la mobilité géographique, l’amour de la nature et de la liberté, une sensibilité sociale-démocrate, la recherche de la consultation, du consensus et du compromis, le communautarisme, le goût de la médiation, l’aversion pour les divisions et conflits.

Je relève ici quatre difficultés.

D’abord, tout cela suppose des transferts intensifs, à grande échelle et sur une longue période à partir des Autochtones vers les Québécois. On ne trouve rien de tel dans notre histoire, les contacts se faisant principalement aux marges.

Deuxièmement, le mépris que les Blancs ont porté aux Autochtones a fait obstacle à des emprunts sociaux massifs. Cependant, des éléments de culture matérielle autochtone se sont largement diffusés.

Troisièmement, les traits mentionnés peuvent tous être imputés à d’autres sources et avec beaucoup plus de vraisemblance. Par exemple : le fait d’une petite nation minoritaire, qui sent le besoin d’une intégration étroite, de solidarité et de concertation, ou le fait d’une société neuve par définition proche de la nature, contrainte à l’entraide et éprise de liberté. Les traits invoqués se retrouvent du reste dans le passé de toutes les collectivités du Nouveau Monde.

Enfin, le canal de transmission fait problème : il opérait à l’envers. Les présences soutenues de Blancs parmi les Autochtones sur le territoire québécois ont consisté dans l’action du clergé et celle du gouvernement fédéral, l’une et l’autre visant à réduire la culture indigène afin d’implanter la culture occidentale. Quant aux coureurs de bois, ils se sont beaucoup “ensauvagés”.

On aimerait que la thèse du métissage intensif soit fondée et qu’elle engendre les vertus recherchées. Malheureusement, les faits sont réfractaires. Le danger ici, c’est de remplacer un stéréotype par un autre. Sur ce sujet, le lecteur aura profit à consulter les écrits plus nuancés de Denys Delâge (qui parle de 1 % de mariages mixtes). »

Coexistence et alliances


Ce qui est vrai c’est que les Français n’ont pu tenir la Nouvelle-France qu’à l’aide de nombreuses alliances avec les peuples autochtones. De même, les trappeurs français n’auraient pu commercer sur des territoires aussi vastes où ils étaient très minoritaires qu’en vivant en bonne intelligence avec les Indiens. Comme l’a montré l’historien Denis Vaugeois, le commerce des fourrures demandait des talents de négociateur et la connaissance des langues autochtones.

Il faut rappeler que, très tôt, il y aura environ 20 fois plus de colons anglais que français en Amérique du Nord. Sans l’aide des Indiens, les Français n’auraient pu tenir aussi longtemps un si vaste territoire.

Ces alliances n’étaient pas feintes. C’est ainsi qu’après la défaite des Français à Québec et à Montréal, les Outaouais se soulevèrent pour ramener les Français en Amérique du Nord et rétablir un certain équilibre des forces dans cet immense territoire. Au début, la révolte fut fulgurante ; les forces de Pontiac s’emparèrent de tous les postes de la région des Grands Lacs (sauf Niagara et Détroit) et les détruisirent.

Les Britanniques mobilisèrent des forces et utilisèrent pour éteindre cette révolte tous les moyens possibles, dont la dissémination planifiée de la petite vérole. Finalement, voyant que par le traité de Paris de 1763 la France renonçait à revenir, les guerriers de Pontiac firent une dernière action militaire, le siège du fort Détroit, pour en chasser les Britanniques. Mais après plusieurs mois de blocus, ils rentrèrent chez eux et la révolte s’éteignit lentement.

Cette révolte força le roi George III à faire la proclamation royale de 1763, qui affirmait les droits illimités des Indiens sur les terres qu’ils occupaient et interdisait toute nouvelle colonisation au-delà des Appalaches, entraînant le mécontentement des marchands et des spéculateurs américains. Le rattachement ultérieur de toute la zone autour des Grands Lacs au Québec en 1774 (une « loi intolérable » selon les colons anglais) sera d’ailleurs une des causes indirectes de la Révolte des Treize Colonies.


Pour finir par un ouvrage de culture populaire, mais cette fois français et non hollywoodien, mentionnons la série Capitaine perdu de Jacques Terpant qui revient sur la fin de la Nouvelle-France dans les Pays-d’en-Haut et la très grande proximité des Français avec les tribus locales.


Présentation de l’éditeur

 1763. Suite au traité qui met fin à la guerre de Sept Ans, Le Roi de France cède l’Amérique aux Anglais. Mais contrairement à ce que pensait Voltaire, il ne s’agit pas de quelques arpents de neige, mais de l’équivalent du Canada d’aujourd’hui et d’une vingtaine d’États des États-Unis. Alors que les soldats français, peu nombreux, abandonnent leurs possessions aux tuniques rouges, les Indiens se soulèvent, et sous le drapeau à fleurs de lys du Roi de France, menés par le chef Pontiac, ils reprennent les fortifications des Français.

À Fort de Chartres, sur les bords du Mississippi, le dernier des capitaines français en place, devra remettre l’ultime fort à l’Anglais. Mais comment abandonner ses alliés indiens avec lesquels on a vécu, et parfois pris femme ? Comment obéir aux ordres du Roi sans les trahir ? Comment les aider sans se perdre ? Mais au fond, que veut vraiment le Roi ?

Après l’adaptation des romans de Jean Raspail (Sept Cavaliers), c’est dans l’un de ses livres de voyage que Jacques Terpant apprend l’existence, sur les bords du Mississippi, de Saint Ange [Louis Groston de Bellerive de Saint Ange est né à Montréal en 1700], le dernier des capitaines français qui dut remettre aux Anglais les clés de toute l’Amérique. Il signe en deux tomes et en couleurs directes une fresque de cette épopée ignorée, qui signa la fin du premier empire colonial [français].
Sur la page de couverture de Capitaine perdu cette citation de Francis Parkman : « La civilisation espagnole a écrasé l’Indien ; la civilisation anglaise l’a méprisé et négligé ; la civilisation française l’a étreint et chéri. »

Michèle Tribalat : La discrimination positive est une machine à fabriquer du ressentiment et qui favorise l’irresponsabilité

Michèle Tribalat est démographe, spécialisée dans le domaine de l’immigration. Elle a notamment écrit Assimilation : la fin du modèle français, a été publié aux éditions du Toucan (2013). Son dernier ouvrage Statistiques ethniques, une querelle bien française vient d’être publié (éditions de l’Artilleur).

Dans un article sur Atlantico, elle déclare au sujet de la discrimination positive :

« L’expérience américaine montre que les politiques préférentielles à l’Université pénalisent ceux à qui elle est censée profiter et qu’elles ont aidé de plus en plus souvent, au fil du temps, les classes supérieures.

Au début des années 1970, la moitié des Noirs qui entraient dans les universités d’élite venaient de familles dont les revenus étaient inférieurs à la médiane.

Au début des années 1990, ce n’était plus le cas que de 8 %.

L’expérience américaine, comme l’expérience indienne, montre aussi que les catégories ainsi “protégées” ont tendance à s’étendre indéfiniment et qu’il est pratiquement impossible d’y mettre fin.

 C’est une machine à fabriquer du ressentiment chez les bénéficiaires comme chez ceux qui en sont exclus et qui favorise une culture du grief, de la plainte et de l’irresponsabilité. »

Source

Rupture ou continuité : comment enseigner l’histoire ?

Extraits d’un article intéressant de Francis Denis, détenteur d’un baccalauréat en philosophie et une maitrise en théologie : 

Depuis quelque temps, le débat sur l’histoire du Québec et le problème de sa transmission refont surface. Méthode, mission, orientation, esprit, valeurs, toutes les raisons inimaginables sont aujourd’hui mises de l’avant pour justifier une énième réforme de son enseignement.

[...]

Modèle collectiviste s’il en est un, le Québec, nous dit-on, doit se limiter à un seul curriculum. De là émergent les différentes batailles de points de vue découlant de ce que l’on croit être le Québec d’hier et d’aujourd’hui.

[...]

Revisitez les manuels d’histoire des cent dernières années et vous remarquerez que l’orientation générale et le sens donnés aux évènements ont grandement changé. Historia semper reformanda pourrait-on dire ! Comprendre le débat actuel nécessite selon moi davantage un regard sur le présent que sur le passé.

Perte d’intérêt ?

[...]

Pourquoi est-il si difficile de transmettre le gout de la connaissance historique aux jeunes d’aujourd’hui ? Parce que notre vision de l’histoire est foncièrement contradictoire.

[...]  Elle se contredit parce que l’image que nous projetons de nous-mêmes et de notre époque entre en conflit avec la logique même de la transmission et de l’histoire.

Je m’explique. Notre temps, que d’aucuns ont qualifié de « fin de l’histoire », se targue d’être le summum de l’Histoire. Notre époque en serait donc une où la vraie moralité aurait enfin pris le dessus, où la vérité aurait pris la place de l’obscurantisme et où la technologie pourrait désormais accomplir la mission du salut de « l’homme par l’homme ».

Vision quelque peu caricaturale, néanmoins partagée par grand nombre de nos contemporains suivant ainsi docilement une certaine intelligentsia. Cette projection utopique de nous-mêmes serait le point d’arrivée auquel l’enseignement de l’histoire devrait mener. D’où la nouvelle sélection d’évènements et d’insistances saupoudrée de moralité politiquement correcte afin de bien reconnaitre pas à pas les signes et les héros avant-gardistes qui auraient travaillé à établir ce royaume eschatologique tant attendu.

Avant 1960, le déluge

[...] S’il n’a jamais fait aussi bon vivre qu’aujourd’hui, à quoi bon s’intéresser à ce qui nous a précédés ?

Si l’époque de la « Révolution tranquille » continue d’être présentée comme un évènement politique et culturel en rupture avec le passé, comment pourrons-nous susciter l’intérêt des jeunes Québécois pour leur patrimoine ?

Vous aurez remarqué la difficulté de ma position. Lorsque le seul terme qui me permet de qualifier l’évolution du Québec durant la deuxième moitié du vingtième siècle est celui de « révolution », nous voyons comment il sera difficile d’effectuer cette révision si nécessaire à l’enseignement de l’histoire.

[...]


En effet, comment un professeur m’enseignant la rupture historique pourra-t-il me convaincre de l’utilité et de la beauté de ce qui est venu avant moi ?
[...]
Présenter l’histoire du Québec comme étant centrale à la vie humaine tout en rédigeant, en caractères gras, l’indépendance historique de notre époque m’apparait contradictoire. Je crois que les jeunes comprennent assez vite ce genre de chose et c’est pourquoi ils s’en désintéressent.

En ce sens, ce ne sera pas seulement l’enseignement de l’histoire qu’il faudra réformer, mais la vision même par laquelle nous la regardons. Une histoire en continu et dans laquelle aucune période n’est le moindrement du monde indépendante de celle qui l’a précédée.

Voir aussi

Les manuels scolaires québécois d'histoire...