mardi 9 février 2021

« Comment les médias racontent le Covid » (vidéo)

« Comment les médias racontent le Covid ». Un film de Bernard Crutzen sur le traitement médiatique de la crise par les médias belges francophones. Ce qu’ils disent, comment ils le disent, et ce qu’ils taisent.

 
 

Sorti il y a environ deux semaines, le documentaire du journaliste-réalisateur Bernard Crutzen (ci-dessus) a été visionné plus de 500 000 fois à l’heure d’écrire ces lignes. Pas exempt de tout reproche comme l’écrivait lundi La Dernière Heure, le programme a le mérite de soulever des points intéressants. Une vidéo de Marc Van Ranst datant de 2019 (ci-dessous), où le virologue s’exprime à propos de la gestion des pandémies, pose notamment question.

En janvier 2019, une conférence intitulée « Comment unir nos forces pour se préparer à une pandémie de grippe ? », était tenue à Londres par le Royal Institute of International Affairs, plus connu sous le nom de Chatham House, un groupe de réflexion reconnu sur la scène internationale.

Lors de celle-ci, en tant que Commissaire belge de la grippe, le virologue belge Marc Van Ranst. Particulièrement mis au-devant de la scène médiatique depuis le début de cette crise sanitaire, ce dernier était invité à s’exprimer sur la gestion des épidémies et en particulier sur la communication et l’engagement du public.

Lors de son intervention, nous apprenons ainsi que pour Marc Van Ranst, qui prend l’exemple de la grippe mexicaine qui a frappé le pays en 2009, il faut être « omniprésent » dans les médias : « Dès les premiers jours, vous devez commencer à communiquer avec la presse, avec la population. Vous devez avoir un accord avec eux. Vous leur dites tout. S’ils vous appellent, vous répondez », explique-t-il, « Si vous faites cela, ils ne vont pas chercher d’autres voix alternatives », ajoute le virologue.

Plus loin dans la vidéo, il rapporte même qu’il serait possible de créer des liens avec les médias et ainsi influencer l’opinion publique : « Vous pouvez leur demander des faveurs en retour. Passer par eux pour transmettre un publireportage gratuitement par exemple. »

Instrumentaliser la peur

Par ailleurs, plusieurs autres stratagèmes ont été utilisés par Marc Van Ranst afin d’influencer la population. Le virologue informe ainsi qu’il usait parfois de phrases chocs : « Il y aura 7 morts par jour lors du pic de l’épidémie », par exemple. Or c’est le cas chaque année, même lorsqu’il n’y a pas d’épidémie. Cependant, cette annonce, qui a été reprise par la presse, a interpellé la population qui s’est alors rendu compte que des gens mouraient de la grippe. Il rapporte même qu’il a participé aux premières funérailles des personnes décédées de la grippe mexicaine en Belgique afin de renforcer son message.

Par rapport à la vaccination, il a également instrumentalisé le fait que certains clubs de football professionnels du pays, contre tout avis, voulaient faire vacciner leurs joueurs en priorité. À l’époque, Marc Van Ranst avait fait en sorte de montrer son agacement dans les médias. Il souhaitait que les Belges s’interrogent sur la « désirabilité » du vaccin puisque les gens se tiraient dans les pattes afin d’être les premiers vaccinés.


lundi 8 février 2021

Zemmour sur l'université attaquée de toutes parts (vidéo)

« Les enfants n’ont plus le niveau, car le système scolaire s’est effondré. Il s’est effondré à cause des méthodes et parce que les professeurs qui ont étudié dans cette école n’ont plus le niveau non plus. » 

« Il y a énormément d’étudiants qui viennent uniquement pour toucher leur bourse, ou pour les étudiants étrangers, qui sont là pour garder leur titre de séjour. »

« L’idéologie décoloniale permet de détruire l’histoire de France résumée à une infamie coloniale éternelle Toute l’histoire de France et le présent est revu au travers de l’histoire de la colonisation. » 

« Les universités ont des financements de l'Union européenne si elles adoptent les théories décoloniales et la théorie du genre. »


Comment les militants décoloniaux prennent le pouvoir dans les universités

Au lieu de lutter contre l’influence grandissante du décolonialisme dans l’enseignement supérieur et la recherche, le gouvernement vient de faire adopter une loi qui la favorise, s’alarment les deux universitaires. Samuel Mayol est maître de conférences en sciences de gestion. Xavier-Laurent Salvador, agrégé de lettres modernes, est maître de conférences en langue et littérature médiévales. L’Observatoire du décolonialisme et des idéologies identitaires dispose d’un site internet : decolonialisme.fr.

Par Samuel Mayol et Xavier-Laurent Salvador

Le modèle de formation des « élites » ne passe plus, tant s’en faut, par les universités. Les meilleurs étudiants qui fréquentent les classes préparatoires dans des établissements du secondaire ne rencontrent plus les chercheurs de nos laboratoires. Ces établissements sont affranchis des équivalences que pilotait naguère la seule université. Un élève redoublant sa khâgne obtient aujourd’hui sa licence par décision du conseil de classe. Des écoles centrales, des écoles d’ingénieurs, des écoles nationales supérieures et des instituts peuvent désormais délivrer un doctorat en parallèle des universités. Des organismes para-universitaires « partenaires », les Instituts nationaux supérieurs du professorat et de l’éducation (INSPE) contrôlent la formation des enseignants. L’université est donc dorénavant dépouillée de sa prérogative : la certification du diplôme, qu’elle partage avec des institutions concurrentes.

Des chercheurs militants, confondant propagande et recherche, ont investi le monde académique et procèdent à une occupation méthodique des postes-clés.

Affaiblie, l’université a vu de surcroît son mode de gouvernance changer. Le « management par délégation de responsabilité », une méthode organisationnelle qui fait peser sur les subordonnés les conséquences des orientations de la hiérarchie en laissant l’illusion de partager ses choix, y est désormais implanté « top-down », des institutions de l’Union européenne au laboratoire universitaire. Ses ravages dans le milieu hospitalier dont tout le monde constate aujourd’hui l’ampleur sont identiques dans l’enseignement supérieur.

« Imposer un modèle multiculturel »

Or la recherche est un enjeu national qui pourrait être planifié par les pouvoirs publics. Ce n’est pourtant pas le cas : les orientations stratégiques sont promues par des incitations financières à répondre à des projets dont les cadres sont préconçus par les institutions de l’Union européenne. Et celles-ci, comme l’a récemment montré notre collègue Bernard Rougier dans Le Point, utilisent ce moyen « pour imposer un modèle multiculturel ». Les financements s’obtiennent au final en s’inscrivant dans ces cadres qui, en sciences humaines, font la part belle à l’inclusivisme et aux théories décoloniales.

On a assisté, parallèlement, à un démantèlement des filières de validation scientifique classiques au profit de logiques d’évaluation et de « reporting » menées par des comités anonymes. C’était ouvrir la porte à toutes les demandes sociales ou politiques qui deviennent le critère principal des gestionnaires des établissements d’enseignement supérieur cherchant à flatter les responsables publics. On obtient alors à l’université une synthèse du pire de ce que peuvent produire la planification bureaucratique et le management capitaliste.

Dans ce contexte, nous avons alerté dans une tribune collective sur la montée du mouvement décolonial dans les établissements d’enseignement supérieur. À la faveur du délitement de nos missions, des chercheurs militants, confondant propagande et recherche, ont investi le monde académique et procèdent à une occupation méthodique des postes-clés : élections de présidents et des conseils universitaires, commission de recrutements pour la cooptation des jeunes maîtres de conférences et recrutements de vacataires ou d’allocataires de bourses de thèses. Ces derniers sont contraints de suivre un mouvement qui leur promet la sortie de la précarité à laquelle ils se croient condamnés.

La précarité des postes est une réalité qui pèse lourdement sur les orientations scientifiques puisqu’elle transforme des fonctions indépendantes en missions ponctuelles. Au plan national, dans le supérieur, le taux de contractualisation des emplois administratifs est de 38,8 % du total des postes (filière BIATSS). Ces agents ont une mission capitale : ils sont responsables des aspects financiers du fonctionnement des composantes des universités. C’est le nerf de la guerre. Et une part non négligeable de ces recrutements temporaires est liée aux orientations du cadre européen imposant aux laboratoires universitaires leur mode de fonctionnement et leurs finalités.

Précarisation de l’université

Le domaine de l’enseignement n’est pas épargné. La carrière du chercheur libre au service de l’État-stratège est devenue un Graal inaccessible : songeons que l’âge moyen d’entrée dans la carrière est aujourd’hui de 33 ans ; l’âge de soutenance de thèse est de 29 ans. Conséquence ? La précarisation des emplois va grandissant et la stabilité des équipes de recherche est remise en cause.

À cette situation financière peu favorable au développement d’une recherche de long terme s’ajoute une mécanique électorale clientéliste : à l’université, que l’on soit précaire ou titulaire, on vote tout le temps. Et on ne vote pas pour un représentant, comme c’est d’ordinaire la règle, mais pour un chef de service susceptible d’accorder emplois, primes et augmentations. Pour ceux qui ne rentrent pas dans cette logique, des phénomènes de censure, d’intimidation, de discrimination politique ont été instaurés, créant ainsi des clivages inédits qui forcent des jeunes doctorants à un alignement idéologique sur des courants politiques légitimés par le nombre d’obligés et de vacataires recrutés, autant dire leur armée.

En lançant l’Observatoire du décolonialisme et des idéologies identitaires, nous appelons à mettre un terme à l’embrigadement de la recherche et de la transmission des savoirs.

C’est dans ce contexte qu’intervient la promotion de la loi de programmation de la recherche (LPR) élaborée par le gouvernement et adoptée par le Parlement fin décembre au terme de la procédure accélérée (ce qui n’est pas anodin). La loi consiste entre autres à supprimer l’étape de « qualifications nationales » pour les professeurs. Aujourd’hui, les recrutements des chercheurs sont conditionnés par l’examen devant le Conseil national des universités (CNU). Bien qu’étant très loin d’être parfait, ce mécanisme assurait le développement national et homogène de l’institution. Ce ne sera désormais plus le cas. L’étape de la vérification de la qualité des travaux des candidats par le Conseil national des universités est supprimée et les recrutements directs des professeurs par les universités sont autorisés.

Les militants du décolonialisme et de l’intersectionnalité seront dorénavant libres de poursuivre leur entreprise d’accaparement de l’université au gré de politiques universitaires locales. Pour répondre à de pseudo-besoins territoriaux — en réalité politiques — ou favoriser l’implantation de filières présumées « innovantes », les présidences clientélistes de certaines universités pourront, sans rendre aucun compte, favoriser cette orientation.

Transmissions des savoirs

Une telle évolution fait peser en outre une menace non négligeable sur le recrutement des professeurs de l’enseignement secondaire de demain. Car n’oublions pas qu’un étudiant de 2021 sera un professeur certifié en 2025. Si son cursus de formation n’est plus harmonisé ou n’est plus composé que d’études décoloniales, qu’enseignera-t-il demain en classe à des collégiens et des lycéens ?

En lançant l’Observatoire du décolonialisme et des idéologies identitaires, nous appelons à mettre un terme à l’embrigadement de la recherche et de la transmission des savoirs. Dans ce cadre, nous dénonçons la loi de programmation de la recherche (LPR) qui donne des marges de manœuvre inédites aux ennemis de l’universalisme.

Source : Le Figaro

1965 : Les cancres à l'école

Quand un professeur demande à des enfants de jouer les cancres...


Nouvel accroc à l'histoire des Vikings : actrice noire incarnera un chef viking dans feuilleton Netflix

Netflix a annoncé une série dérivée de son feuilleton à succès Vikings. Elle s’appellera Vikings : Valhalla. Cette nouvelle saga, qui se situe 100 ans après la fin de la série originelle, porte à l’écran les aventures des plus célèbres Norrois qui ont marqué l’histoire. Elle racontera les histoires de certains des hommes du Nord les plus connus de l’histoire : Leif Erikson, Freydís Eiríksdóttir, Harald Hardrada et le roi normand Guillaume le Conquérant (un descendant viking).

Netflix a annoncé que Caroline Henderson rejoindra la distribution de Vikings : Valhalla dans le rôle du Jarl Haakon. Le jarl (prononcer « yarl ») est en norrois l’équivalent de comte (apparenté à l’anglais « earl »). Caroline Henderson est une chanteuse de pop et de jazz dano-suédoise. Elle vit à Stockholm. Elle n’a pas le type scandinave…

Caroline Henderson
 
Netflix décrit son personnage comme une « grande guerrière », chef de Kattegat, la ville où se déroule la série originale.

Haakon est une païenne, mais elle a réussi à maintenir Kattegat comme un lieu accueillant des confessions multiples. Kattegat paradis multiculturel ?

Un bref synopsis de Haakon, fourni par Netflix, révèle qu’elle deviendra une puissante mentor pour Freydis Eiriksdottir. Fredyis est une femme nordique légendaire, qui serait la fille de l’explorateur nordique Erik le Rouge. Erik le rouge a établi la première colonie viking au Groenland. Fredvis est également la sœur de Leif Erikson qui aurait été le premier Européen à mettre le pied en Amérique du Nord continentale.

Freydis dans Vikings : Valhalla est décrite comme « farouchement païenne, fougueuse et entêtée ». Les amateurs de la série devront attendre la diffusion du feuilleton sur Netflix pour en savoir plus sur Jarl Haakon et Freydis.

Il existe bien un Jarl Haakon. Il était très différent.

L’illustrateur Christian Krohg en a dessiné un portait, repris ci-dessous.
 
 
Notons que jarl (comte) est un titre masculin. De même en anglais, le titre « earl » de même origine n’a pas de forme féminine saxonne, mais un titre d’origine française : « countess ». 

Jarl Haakon, le jarl de Lade (Hlaðir) Haakon Sigurdsson, surnommé le Puissant, naquit vers 937 à Lade et mourut en 995 à Romol, aujourd’hui Melhus en Norvège. Il exerça le pouvoir dans ce pays avec le titre de jarl jusqu’en 995.

Des femmes comme chefs de guerre ?

Dans la série Vikings, après sa séparation d’avec Ragnar, Lagertha devient « comte » de Hedeby en son nom propre avec le titre de jarl Ingstad. C’est bien évidemment anhistorique. Pour le portrait de Lagertha, une figure légendaire, lire la notice Wikipédia.

Les femmes pouvaient devenir des dirigeants politiques dans la Scandinavie de l’ère viking, comme c’est le cas de Gunnhild, la mère des rois, qui commandait à ses fils royaux. Les femmes pouvaient également diriger des voyages d’exploration et fonder des établissements tels que Aude la Très-Sage, la fondatrice d’une colonie scandinave en Islande.

Cependant, en ce qui concerne le commandement militaire, nous n’avons que des légendes, pour la plupart antérieures à l’ère viking, qui nous parlent d’une poignée de guerrières et de femmes chefs militaires. Il n’y a aucune preuve, comme des squelettes féminins montrant des traces de blessures à l’épée, pour établir que les femmes occupaient une place militaire ou martiale importante, voire significative, dans la Scandinavie norroise. Lagertha, par exemple, nous est connue par Saxo Grammaticus grâce à sa Geste des Danois. Mais, selon Judith Jesch, la riche variété des contes des neuf premiers livres de la Geste de Saxo, qui comprennent l’histoire de Lagertha, est « généralement considérée comme largement fictive ». En dépeignant les nombreuses femmes guerrières dans ces contes, Saxo s’est notamment appuyé sur la légende des Amazones de l’Antiquité classique.

À quel point la série Vikings est-elle historique ?

Voici quelques erreurs, imprécisions ou parti-pris idéologiques peu fondés historiquement :

  • La série s’ouvre en postulant que les Scandinaves ignoraient à l’époque qu’il y avait des terres à l’ouest, au-delà de la mer du Nord : la Grande-Bretagne. C’est faux. Les Norrois étaient commerçants et avaient des relations dans toute la mer du Nord et la Baltique. 
  • Le feuilleton présente les Anglo-Saxons surpris de l’arrivée des Vikings qui parlent une langue impénétrable. En réalité, les Anglo-Saxons connaissaient la Scandinavie, car ils étaient eux-mêmes originaires du nord de l’Allemagne (Saxons) ou du sud de la Scandinavie (Jutes et Angles). En d’autres termes, Ragnar n’a pas découvert l’Angleterre. Les deux peuples parlaient donc des langues germaniques proches, relativement compréhensibles entre elles.
  • La représentation de la société viking sous le comte/jarl Haraldson n’est pas exacte. Haraldson est décrit comme un dirigeant absolu qui garde le meilleur butin pour lui-même et qui décide seul des lieux que ses guerriers pillent. Or la société nordique était très égalitaire.
  • Ragnar et ses fils sont des personnages semi-légendaires.
  • Rollo n’était pas (même dans la légende) le frère de Ragnar.
  • Ragnar n’a pas été le premier à attaquer l’Ouest.
  • Les drakkars n’ont pas été inventés à l’époque des premiers raids en Angleterre, mais bien plus tôt.
  • Les Anglo-Saxons n’utilisaient probablement ni arcs longs ni cavalerie cuirassée, certainement pas en nombre. En général, la représentation des armes, des armures et des batailles est inexacte.
  • Les soldats et les pilleurs nordiques ne comprenaient pas de femmes, ou alors uniquement à titre exceptionnel.

    Les chroniqueurs chrétiens d’Europe avaient peu de sympathie pour ces pilleurs païens scandinaves. Pourquoi aucun ne mentionne-t-il la présence de guerrières parmi les pilleurs qui attaquèrent l’Angleterre anglo-saxonne, l’Irlande et l’Empire franc? S’il y avait des femmes guerrières, il semblerait naturel que les observateurs chrétiens la remarquent comme des exemples de la barbarie, de l’étrangeté ou de la perversité païenne.

    Adam de Brême (né bien avant 1050) se rendit à Uppsala, c’est le seul observateur lettré du monde chrétien à se rendre dans cette région alors païenne. Adam de Brême ne fit aucune mention à des guerrières. Pourquoi ? L’explication la plus simple est qu’il n’en a vu aucune.

    De récentes analyses d’ADN effectuées sur les restes humains dans une tombe de l’âge viking contenant une tombe typiquement masculine démontreraient que l’occupante de cette tombe était une femme. Cet exemple unique a été saisi par les producteurs de la série comme preuve à postériori de l’exactitude historique de leur divertissement féministe-ment correct. Cette étude a été publiée en septembre 2017. La série Vikings a été lancée en 2013.

    L’ennui c’est que cette théorie a été battue en brèche par une universitaire spécialiste de la culture viking, Judith Jesch, citée par les auteurs mêmes de cette « découverte »… Rappelons d’abord que la tombe en question (Bj 581) a été découverte au XIXe siècle.

    La professeur Judith Jesch rejette les conclusions selon lesquelles le squelette de la tombe Bj 581 était celui d’une femme en raison du fait que, d’une part, depuis 1889, d’autres os provenant des tombes environnantes ont pu être mélangés aux ossements du site. Dans les termes de la professeur Jesch : « les tombes ont été principalement excavées au XIXe siècle et il y a eu une certaine confusion quant à l’origine des différents sacs d’ossements. Assez extraordinairement, cela n’est même pas mentionné dans l’article actuel. » En outre, aucune blessure pathologique ou traumatique n’a été constatée sur le squelette. Une excellente guerrière ou pas du tout une guerrière... Les découvreurs de la « femme guerrière » ne précisent pas non plus s’il y avait des indications sur les os des types d’activités auxquelles on pourrait s’attendre de la part d’une guerrière, car une activité physique intense pourrait avoir laissé des traces, en particulier si cette guerrière était assez bonne pour éviter toute blessure grave.

    Judith Jesch critique ensuite les inférences établies sur base de la présence de pièces de jeu faisant de ces conclusions des spéculations prématurées et, enfin, parce que les chercheurs n’ont pas considéré les autres motifs qui pourraient expliquer la présence d'os féminins dans la tombe d’un guerrier.

    La professeur Jesch conclut que « la fascination pour les femmes guerrières, tant dans la culture populaire que dans le discours universitaire, est fortement, probablement trop fortement, influencée par les désirs des XXe et XXIe siècles. » [Cette même fascination très contemporaine et anhistorique pour les femmes fortes qui rivalisent au combat avec les hommes (et dans les affaires) se retrouve dans la série anglo-canadienne Frontières sur la Compagnie d’Hudson]
  • Les sociétés saxonne et nordique étaient dominées par les hommes. Les femmes n’occupaient habituellement pas de postes de commandement. Il n’était pas plus d’usage pour elles — même en tant qu’épouses de chefs — de s’adresser à des guerriers avec le ton autoritaire et fier qu’elles adoptent dans la série. Pas plus qu'avec de simples hommes libres. Elles n’auraient adopté ce ton qu’avec des esclaves et des serfs.
  • Il n’existe aucune attestation historique d’orgies sexuelles. Si un chef pouvait amener une esclave dans sa couche, l’inverse ne s’appliquait pas aux femmes — on s’attendait à ce qu’elles préservent l’honneur de leur mari et qu’elles soient publiquement fidèles. Les Lois de l’oie grise montrent clairement que connaître ses parents était d’une importance capitale. Avant qu’un mariage ne soit légal, les deux parties devraient réciter leur ascendance sur 5 générations devant des témoins pour s’assurer qu’elles n’étaient pas des cousins trop proches. Cela ne reflète pas une société de mariages « libres » où l’on ne saurait pas trop qui était son père… La Saga des Sturlunga nous fournit des images de femmes échangées par les hommes comme des gages. Comme l’écrit Lévi-Strauss, le code des Lois de l’oie grise souligne le statut quasi commercial ou presque de cheptel des femmes.
  • Certains des engins flottants que les Vikings construisent pour attaquer Paris sont de la pure fantaisie.
  • L’architecture parisienne est gigantesque par rapport aux normes médiévales, plus proche de la fantaisie et complètement inexacte pour l’époque.
  • Les Francs et les Saxons de l’époque ne portaient pas d’uniformes.
  • On voit des montagnes partout en Scandinavie. Des montagnes apparaissent dans l’épisode qui se déroule à Uppsala alors que la région est plate…
  • Kattegat (Cattégat) est un détroit pas une ville. C’est un nom hollandais (le trou du chat, la chatière) qui désigne l’étroitesse du détroit. Ce nom exotique est aussi anachronique, car postérieur à l’ère viking.
  • Les Vikings du feuilleton s’amusent à trucider des moines désarmés, des chrétiens dans leur église, mais épargnent des musulmans en pleine prière. C’est ainsi que Floki massacre allègrement des chrétiens, viole des religieuses et utilise même des évêques pour s’entraîner au tir. Mais le même Floki préférerait mourir plutôt que de voir les musulmans blessés. On ne comprend pas très bien pourquoi si ce n’est qu’il est plus prudent aujourd’hui de ne pas paraître islamophobe. Notons que les raids contre les musulmans, en Espagne par exemple, furent très rares comparés aux raids en Europe occidentale. Les auteurs de la série n’ont pourtant pas hésité à les représenter.

Sources : Express, Variety, Wikipédia, carnet de Judith Jesch

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Universités : après le mot « nègre » devenu tabou, le bannissement de « femme » et « homme » pour transphobie ?

La Presse publiait ce samedi un article intitulé « La Liberté universitaire en péril : au-delà du “mot qui commence par un n” ». En voici quelques extraits :

À l’UQAM [Université du Québec à Montréal], en études féministes, elle enseignait en quoi consiste « l’analyse différenciée selon les sexes », une approche reconnue pour contribuer à l’égalité entre les hommes et les femmes lors de l’élaboration d’un projet ou d’une politique publique. Alors, elle prononçait souvent les mots « femme » et « homme » en classe. Forcément.

Chaque fois, un étudiant s’y opposait avec force. Selon lui, une femme cisgenre comme elle n’avait pas à utiliser ces mots, puisque la société interdit aux hommes qui se sentent femmes de se dire femmes.

« Il m’interrompait toujours avec un sourire en coin », raconte la chargée de cours de dix ans d’expérience, qui a requis l’anonymat de crainte de perdre son gagne-pain.

Cela a duré deux mois, à l’automne 2018. C’était constant. Assommant. La prof avait perdu tout plaisir à enseigner. Elle ne faisait plus qu’appréhender son prochain cours. « Qu’est-ce que ça va encore être cette semaine ? Est-ce qu’il va être là ? »

L’étudiant — qui est LGBT, mais pas transgenre — en avait convaincu trois ou quatre autres de le soutenir dans sa campagne de harcèlement et de rééducation de sa professeur, de menaces.

Un jour, une poignée d’étudiants sont entrés dans sa classe avant le début du cours pour distribuer des dépliants. « Fais attention à tes mots », était-il écrit. Parler d’hommes et de femmes pour décrire les gens, lisait-on encore, c’était faire preuve de transphobie.

Sans un mot, une militante s’est avancée jusqu’au pupitre de la prof pour déposer un dépliant sur son clavier, alors qu’elle rédigeait son plan de cours.

Ce jour-là, la prof en a eu assez. « Arrêtez deux petites secondes, leur a-t-elle dit. Oui, les hommes, les femmes, ça existe. Que vous soyez convaincus que les identités sont imaginaires, ça ne change rien : les catégories existent ! »

Elle a donné son cours, comme d’habitude, dans une atmosphère tendue. Puis il y a eu une pause. « Quand je suis revenue, tout mon pupitre était couvert de dépliants. Ils en avaient mis partout sur le tableau blanc. »

Elle a craqué. « Je me suis dit : c’est terminé. C’est la fin. Ça durait depuis deux mois. J’étais à bout. À bout. Elle est tombée en arrêt de travail.

[…] À l’UQAM, ce n’était pas la première fois que l’étudiant queer se présentait dans la classe de la chargée de cours. Un an plus tôt, il s’était inscrit au cours “Homosexualité et société”. La prof y donnait à lire des textes rédigés dans les années 1950 décrivant l’homosexualité comme une pathologie.

“Il venait me voir pour me dire que ça lui faisait violence. À un moment donné, je lui ai dit : ‘Si cela te fait du mal, ne viens pas, parce que ce cours porte sur l’histoire du traitement social de l’homosexualité. On ne va pas la réinventer.”

La porte était là ; elle ne le retenait pas. Il a choisi de rester. “Il a repris un autre cours avec moi, un an plus tard. Je ne l’ai pas compris tout de suite, mais il s’était donné un mandat. Il venait régler des comptes.”

La chargée de cours s’est butée aux certitudes morales inébranlables de son étudiant. “Il était dans une posture où le savoir universitaire, ça ne valait rien, puisque c’était le savoir dominant.”

Elle s’est demandé ce qu’il faisait à l’université, s’il ne croyait pas aux savoirs qui y étaient enseignés. Elle a fini par comprendre. “Ils ne sont pas majoritaires, mais ces étudiants-là sont crinqués [remontés]. Ils ne viennent pas en cours pour apprendre, ils viennent pour faire la révolution.”

L’Institut l’a encouragée à porter plainte. La faculté a été prévenue. Mais ça n’a conduit nulle part. L’UQAM dispose bien d’un “comité d’intervention” visant à assurer un milieu de travail sain et sécuritaire, mais l’existence de ce comité est peu connue, selon Mme Chagnon. “C’est toujours très difficile de porter plainte contre un étudiant, dit-elle. Surtout pour les chargés de cours, qui sont à contrat et qui sont très fragiles.”

Et surtout quand l’université dépend très (trop) largement des étudiants-rois pour assurer son financement [les droits de scolarité payés par les étudiants représentent environ 16,4% du financement, cependant chaque université est également financée en fonction du nombre d'étudiants qui s'y inscrivent]. Au bout du compte, la chargée de cours s’est sentie laissée à elle-même. “Heureusement que j’avais une bonne psy.” Elle n’est pas encore entièrement rétablie. Elle a renoncé à enseigner en études féministes. »

Pour la journaliste, ce qui est en jeu c’est la liberté universitaire, fondamentale pour instruire. Les professeurs doivent faire leur travail, essentiel, sans craindre de se faire emporter pour des mots tabous pour certains étudiants militants.

Or cette liberté s’érode. En septembre, le rapport du scientifique en chef du Québec, Rémi Quirion, notait que la montée de la «rectitude politique» dans les débats de société donnait lieu à des formes de censure. « Ces phénomènes atteignent les universités, dont ils commencent même à perturber la fonction capitale d’espace de libre débat. »

Selon l’écrivaine et militante (selon la SRC) féministe et professeur du Département d’études littéraires à l’UQAM, Martine Delvaux (ci-contre), « Insister pour dire que les femmes et les hommes existent et puis c’est tout, c’est se mettre le doigt dans l’œil jusqu’au nombril. C’est prendre les étudiant. es pour des tartes. » Les étudiants. Pas des étudiants militants radicaux, mais tous les étudiants. Mme Delvaux continue : « On peut reprocher aux “jeunes” de passer trop de temps sur leurs cellulaires (ce dispositif que nous leur avons procuré). On peut s’en prendre à la culture “woke” (même si, avouons-le, c’est un peu court comme réaction). Mais au final, ces jeunes sont déjà éduqués sur les questions de genre quand ils et elles passent le seuil de nos salles de classe. »

« Les jeunes ». Pas une minorité de jeunes, minorité militante, déjà endoctrinée. On se demande bien, d'ailleurs, par qui...

Donc, selon cette professeur payée par nos impôts, les étudiants wokes qui intimident et harcèlent des chargées de cours qui ont eu le malheur de prononcer des mots aussi simples que « homme » ou « femme », mots tabous comme le mot « nègre » pour ne pas vexer des auditeurs hypersensibles, ces étudiants radicaux font selon elle preuve d’une compréhension plus nuancée de la notion du genre. Si l’on s’entête à croire que les hommes et les femmes existent et que tout n’est pas que fluidité et un spectre sans solution de continuité, c’est qu’on est encore engoncé de vieilles certitudes dépassées.

L’ancien député, ministre et chef du Parti Québécois, Jean-François Lisée, commentant cette histoire, renvoie dos-à-dos deux formes d’extrémisme : celle de l’extrême gauche devenue folle qui veut faire taire et censurer les gens qui pensent autrement qu’elle et celle de la droite offensée incarnée par des parents qui ne désirent pas que leurs enfants suivent les cours du Mois de l’histoire des noirs dans une école de l’Utah.  M. Lisée ne voit-il donc aucune différence entre empêcher de parler et ne pas vouloir assister à un cours qui aura quand même lieu ? Pourquoi tente-t-il de relativiser le danger que fait peser la gauche woke en proférant ces fausses équivalences ?


L’école primaire en question accueille seulement 3 noirs sur 322 élèves. Cette école avait d’abord permis à des parents de retirer leurs enfants de son programme du Mois de l’histoire des Noirs. Cette possibilité de ne pas assister à ce programme avait suscité de vives réactions négatives de la part d’autres parents. L’école est donc revenue sur cette possibilité d’exemption. Nous ne connaissons rien du programme de l’école en question. Combien d’activités autour de ce mois de l’histoire noire ? De quelle teneur ? Rappelons que des parents et des experts (y compris non blancs) se demandent si le Mois de l’Histoire des noirs est encore une bonne chose à l’école.

Le Mois de l’histoire des Noirs a vu le jour en 1925 lorsque la deuxième semaine de février a été consacrée à la Semaine de l’histoire des Nègres (Negro History Week) puisque, à la fois, l’abolitionniste Frederick Douglass et le président Abraham Lincoln étaient nés dans la deuxième semaine de février.

Tous les noirs ne sont pas d’ailleurs pas d’accord avec ce mois consacré à l’histoire des noirs. Pour certains, l’histoire des noirs aux États-Unis doit davantage faire partie de l’Histoire des États-Unis et ne doit plus être reléguée ainsi à quelques activités.

Pour d'autres, comme John H. McWhorter dans le Washington Examiner, « nous vivons à une époque où les manuels d’histoire consacrent déjà tellement de temps à l’esclavage que certaines critiques dénoncent la réduction de temps consacré à d’autres aspects de l’histoire. Une époque où les autorités universitaires considèrent qu’il est plus important qu’un étudiant de premier cycle sache ce qu’est le racisme institutionnel plutôt que ce qu’était l’accord de Munich. […] Il peut être étrangement difficile d’admettre qu’une bataille a été gagnée. Mais d’autant plus que la personne blanche typique n’est pas exactement une encyclopédie ambulante de l’histoire “blanche”, il est temps d’admettre que l’Amérique connaît son histoire des Noirs aussi bien que quiconque a des raisons de le souhaiter. »

Alors que cette tradition américaine (96 ans !) se répand désormais en Angleterre, un expert en éducation a averti que les enseignants devraient éviter que ce nouveau programme anglais du Mois de l’Histoire des Noirs ne serve de prétexte pour enseigner « l’idéologie clivante » qu’est la « Théorie critique des races ». Ils devraient plutôt enseigner une histoire factuelle et véridique et des connaissances de fond.

Dans le Daily Telegraph, Calvin Robinson, un directeur d’école et ancien directeur adjoint qui est lui-même non blanc, prévient que la Théorie critique des races répond pleinement à la définition de l’endoctrinement : « processus consistant à enseigner à une personne ou à un groupe à accepter un ensemble de croyances sans les critiquer.  »

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À la lumière de six études Remafedi trouve que le suicide chez les jeunes homosexuels s’explique peu par l’homophobie, mais davantage par la prostitution, la famille désunie, l’agression sexuelle en bas âge, les peines d’amour et l’étiquetage prématuré de l’orientation sexuelle.

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dimanche 7 février 2021

Cour supérieure du Québec : vers l'effacement des concepts immémoriels comme le sexe, le père et la mère ? (m à j)

Mise à jour dimanche 7 février

Radio-Canada (vos impôts à l’œuvre) se félicite de ce jugement, car cette décision donne espoir aux personnes transgenres. En tous cas, pour les activistes transgenres.

L’article de Radio-Canada ne voit aucun problème à cette décision, n’interroge aucun opposant. Au contraire, il donne la parole à des personnes qui représentent une minorité (les « sans citoyenneté ») au sein d’une minuscule minorité (« les trans ») qui se félicite d’effacer ainsi des concepts immémoriels (« père », « mère ») universels.

Aussi la société gouvernementale tient-elle plutôt à nous apprendre que « Le fait que les personnes sans citoyenneté puissent maintenant changer de genre sans avoir à attendre est “une véritable bouffée d’oxygène” ».

[Pour le militantisme de Radio-Canada la semaine passée, voir par exemple Radio-Canada renvoie dos-à-dos histoire factuelle « blanche » et tradition orale indienne.]

Billet originel du 5 septembre

Un jugement fort troublant a été rendu en anglais le 28 janvier par la Cour supérieure du Québec de Montréal, qui porte un coup dur à la notion légale de sexe. Des mots comme femme et homme, mère et père, sont jugés discriminatoires envers les personnes non-binaires.

Plusieurs articles du Code civil sont invalidés en raison de la présence des mots « sexe », « mère », « père ». Même si les articles du Code civil permettent déjà d’interpréter ces mots en fonction de l’identité de genre plutôt que du sexe biologique, même si le procureur général propose de remplacer, sur demande, les mots mère et père par « filiation » (alinéa [177]), même s’il s’est engagé à délivrer des certificats de naissance ne comportant pas de désignation de sexe, les articles du Code civil seraient néanmoins inconstitutionnels, car ils rendraient invisibles les personnes non-binaires qui ne s’identifient ni comme femme ni comme homme, ou les deux.

Ainsi, ce jugement tend à faire disparaitre la binarité des sexes du registre de l’état civil. Or, si les catégories hommes/femmes n’existent plus, le principe même d’égalité des sexes devient caduc. Comment continuer, dans ces conditions, à défendre les droits des femmes basés sur le sexe ? Qu’advient-il des sports féminins, des toilettes, vestiaires ou refuges non mixtes ? Que deviennent les prisons pour femmes ? Comment continuer à promouvoir l’équité en matière d’emploi ou à combattre les violences faites aux femmes ?

Tout cela pour satisfaire une infime minorité militante. L’affaire avait été portée en justice par le Centre de lutte contre l’oppression des genres (son logo est reproduit ci-contre), un organisme indépendant, financé par les étudiants et étudiantes de l’Université de Concordia, la deuxième université anglophone de Montréal.

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samedi 6 février 2021

Rémi Brague : « L’opposition entre loi de Dieu et loi de la République a-t-elle un sens ? »

Le philosophe et théologien analyse la déclaration du ministre de l’Intérieur selon qui « la loi de la République est supérieure à la loi de Dieu ». Rémi Brague est membre de l’Institut, normalien, agrégé de philosophie et professeur émérite de philosophie à l’université Panthéon-Sorbonne, Rémi Brague est notamment l’auteur d’Europe, la voie romaine (3e édition, Folio essais, 1999) et Le Règne de l’homme. Genèse et échec du projet moderne (Gallimard, 2015). Il s’entretient ci-dessous dans les colonnes du Figaro.

« Pour les chrétiens, Dieu parle par la conscience, inscrite dans la nature de l’homme, que Dieu a créé animal rationnel », explique Rémi Brague.

LE FIGARO. — Évoquant le projet de loi « confortant les principes républicains », le ministre de l’Intérieur, Gérald Darmanin, a déclaré : « Nous ne pouvons pas discuter avec des gens qui refusent d’écrire sur un papier que la loi de la République est supérieure à la loi de Dieu. » Dire que la loi de la République est supérieure à la loi de Dieu a-t-il un sens ? Cette distinction elle-même est-elle pertinente ?

Rémi BRAGUE. — De toute façon, ce qui compte n’est pas ce que l’on écrit, et que l’on pourra toujours traiter de « chiffon de papier » une fois en situation de force. Ni les belles paroles, où l’on pourra toujours soupçonner un double langage. Ce qui est important, c’est ce que l’on pense dans son for intérieur.

Si l’on suppose que deux lois sont face à face, l’une de la République, l’autre de Dieu, il est bien clair que la première ne fera pas le poids. Aucune loi humaine ne tient devant une loi divine. Votée par un Parlement régulièrement élu dans une démocratie civilisée ou imposée par le plus cruel des tyrans, peu importe.

Reste la question essentielle : quel genre de divinité entre en jeu et comment légifère-t-elle ? Pour les chrétiens, Dieu parle par la conscience, inscrite dans la nature de l’homme, que Dieu a créé animal rationnel. Rousseau appelait la conscience « instinct divin, immortelle et céleste voix ». Il faut prendre ces mots tout à fait au sérieux. Il me faut ici mettre en garde contre une façon galvaudée d’en appeler à sa « conscience ». Souvent, on la confond avec le caprice irréfléchi. Dire que seule sa conscience doit décider, c’est souvent une façon de dire : « Mêlez-vous de vos affaires ! Je fais ce que je veux ! » Quelle naïveté, d’ailleurs. La plupart du temps, est-ce bien moi qui veux ce que je crois vouloir ?

La conscience doit s’éduquer, un peu comme le goût. Le gourmet a appris à distinguer un grand cru d’un médiocre vin de table. L’alcoolique, lui, ne fera pas la différence, du moment que cela soûle. De même, la délicatesse de la conscience s’acquiert. Par l’exemple des parents, quand ils sont à la hauteur. Par la fréquentation des honnêtes gens. Par la grande littérature. Mais, en dernière analyse, c’est toujours moi qui déciderai de me former et d’acquérir une conscience exigeante ou, au contraire, de m’abandonner aux influences de mille facteurs : les souvenirs de pouponnière, la coutume, la pub, la mode, le politiquement correct, etc.

— Quand Antigone décide de braver les lois de Créon pour enterrer son frère, ne place-t-elle pas les droits de la conscience au-dessus de ceux des hommes ?

— Cela ne fait pas de mal de retourner aux sources de temps en temps, et, en l’occurrence, de relire Sophocle. Dans Antigone, l’héroïne vient d’enterrer son frère, considéré comme rebelle à la cité. Le chef, son oncle Créon, avait ordonné de punir le coupable en abandonnant son cadavre aux fauves et aux rapaces. Arrêtée, elle ne fait pas appel à sa conscience. La notion de « conscience » n’est pas clairement dégagée dans la pensée grecque. Le mot grec dont on s’est servi plus tard pour la désigner ne signifie pas la conscience morale, mais la conscience psychologique, celle dont il est question quand on dit « perdre conscience ».

Antigone oppose aux décrets de Créon non pas la conscience, mais des lois venant des dieux et « à chaque fois vivantes ». Ce qui montre leur divinité, c’est, ce qui est paradoxal pour nous, formés dans une religion de révélation, que « nul n’a jamais su d’où elles étaient apparues » (vers 456-457). Pour les Grecs, le divin est évident, aussi manifeste que l’Olympe, et sans origine. Ainsi, les rumeurs sont des déesses parce que personne ne les a mises en circulation. Ces lois divines, non écrites, priment sur toutes les décisions humaines.

— Dans l’Évangile, le Christ déclare qu’il faut rendre à César ce qui est à César. Faut-il en déduire l’obéissance des chrétiens aux lois en toutes circonstances ?

— Le passage des Évangiles où se trouve la formule (Matthieu 22, 21 et parallèles) est souvent mal compris. On s’imagine que César, le pouvoir politique, serait parfaitement indépendant de Dieu. Or, il en dépend comme tout le reste de la Création, ni plus ni moins. Il n’a pas de domaine réservé à l’intérieur duquel il pourrait n’en faire qu’à sa tête. Nul « sécularisme » là-dedans. Dieu est présent dans le domaine politique comme partout ailleurs.

Seulement, là aussi, il faut se demander de quelle façon Il s’invite chez César. Pour le christianisme, il est là d’abord dans la loi morale. Dans la Bible, Abraham craint que les Amalécites n’aient aucune « crainte de Dieu » (Genèse 20, 11) et ne le tuent pour lui prendre sa femme. La « crainte de Dieu » n’est autre ici que la common decency d’Orwell, ce qui « ne se fait pas ».

Il faut obéir aux lois tant qu’elles assurent la plus élémentaire justice, et donc l’ordre public et la paix civile. Saint Paul faisait prier pour l’empereur. C’était alors Néron, qui allait d’ailleurs le faire décapiter. Mais César est soumis à la loi morale. S’il la transgresse, on a le droit, et même le devoir, d’abord de le lui rappeler, ensuite de lui désobéir. Cela a coûté cher à pas mal de gens qui ont osé le faire, en Allemagne nazie et ailleurs.

— Dans le souci de combattre l’islamisme, n’en vient-on pas à sacraliser de façon presque mimétique la République ?

— Effectivement, on a l’impression que la « laïcité », qui était à l’origine une solution de compromis, due à la situation française pendant la IIIe République, puis qui est devenue un principe, voire une « valeur », risque de devenir l’objet d’une sorte de religion. Cela fait sourire. D’abord, parce que la laïcité devait justement empêcher la religion d’empiéter sur des domaines où elle n’est pas à sa place, où elle corrompt et se corrompt elle-même. Ensuite, parce que les efforts pour sacraliser artificiellement des principes anémiques, qu’on va opposer à un sacré qui est, lui, virulent, sont quelque peu ridicules. Enfin, parce que ce n’est pas le régime républicain qui est menacé aujourd’hui, mais bien la France, avec toute son histoire.


Les jeunes attirés par la droite, parce qu'ils rejettent le wokisme, le correctivisme politique et le pharisianisme

Bill Maher est un journaliste américain très marqué à gauche. Il anime depuis 2003 l’émission politique Real Time with Bill Maher diffusée chaque semaine sur la chaîne de télévision HBO. Il est connu pour ses prises de position polémiques, progressistes et violemment conformistes dans son athéisme militant. Nous présentons ci-dessous un extrait de son émission où il aborde la question de 44 écoles débaptisées à San Francisco. Un tiers de toutes les écoles publiques. (Voir Passé historique blanc : San Francisco débaptise 44 écoles.)

Lors de l’émission de vendredi de « Real Time » sur HBO, l’animateur Bill Maher a réagi (voir vidéo en anglais ci-dessous) : « [Rebaptiser ces écoles] n’améliore la vie de personne. Faire disparaître le nom d’une personne parce qu’elle n’a pas remplacé en 1984 le bon drapeau est de l’affichage de vertu, du pharisianisme. Je ne dis pas que ce n’est pas un problème important, je dis que lorsque vous ne parvenez pas à éteindre les incendies [en Californie] ni à construire des maisons, vous donnez l’impression de ne passer votre temps qu’à cela. Une grande partie du pays se dit que ce qui obsède la gauche, ce n’est pas le progrès réel, mais ce non-sens. »

Un invité, Matt Welch, rappelle que « 50 000 élèves [des écoles publiques] de San Francisco n’ont pas mis un pied dans une école depuis 329 jours. C’est épouvantable. Comme district scolaire, ils ont essentiellement une tâche : instruire les enfants. Ils ne font pas ce travail. [Les syndicats d’enseignants et l’administration refusent.] Et qui souffre de cette absence d’instruction ? Les enfants issus de milieux défavorisés et des minorités ethniques. Et plutôt que de consacrer tout leur temps et tout l’argent dans ce seul but […] ils s’adonnent à ce pharisianisme de mauvais aloi à l’aide de Wikipédia » pour trouver des péchés aux gens qui ont donné leur nom à des écoles, comme Paul Revere ou Abraham Lincoln.

Une autre invitée, Charlotte Atler, ajoute qu’une des seules choses qui fait que les jeunes sont attirés par la droite, c’est leur rejet de ce correctivisme politique, ce pharisianisme, de cet affichage vertueux. Ce n’est pas parce qu’ils ne croient pas dans le changement climatique, ce n’est pas à cause des impôts, ajoute-t-elle. Ces affirmations sont confortées par des sondages, voir Pourquoi la culture, et non l’économie, détermine la politique américaine et États-Unis — Le vote républicain caché : les diplômés opposés au politiquement correct.

Matt Welch mentionne ensuite le fait qu’un journaliste du New York Times vient d’être renvoyé parce qu’il avait employé le « mot en N. », non pas comme une insulte, mais dans un article consacré au langage raciste. Il s’agit d’un vétéran du NYT, il a fait son autocritique devant les membres de la cellule du parti, pardon de la rédaction. Lire plus de détails ici.

Matt Welch rappelle la théorie de la « zéro tolérance ». La droite considère ce genre de licenciement à la moindre erreur de la folie, associe le New York Times et la gauche à cette folie. Pour M. Welch, il s’agit d’un message séduisant.

Pour Bill Maher, il s’agit d’un trouble générationnel. « Qu’est-ce qui se passe avec les millénariaux [génération Y] ? On dirait que rien n’est assez bon pour eux. Lincoln n’est pas assez bon pour vous ? Mais [juron] pourquoi ? D’où cela vient-il ? » 

Charlotte Atler a quelques hypothèses. Par exemple, la tolérance zéro, le « une faute et tu sors ». On retrouve cela dans la manière dont les millénariaux ont été élevés, dans les années 80 et 90. C’est à cette époque qu’on a commencé à parler d’intimidation à l’école et qu’on y instaura la tolérance zéro. Si un écolier de 9 ans se battait à la récré, poussait quelqu’un de la balançoire ou traitait un autre écolier de tous les noms, il pouvait être renvoyé après cette unique faute. Cette idée qu’il faut imposer une punition draconienne à ce qui semble être une incartade aurait été imposée par les baby-boomeurs parce qu’ils craignaient que leur précieuse progéniture pût vivre quelque moment désagréable.

Jonathan Haidt et Gregg Lukianoff dans The Coddling of the American Mind attribuent cette paranoïa notamment au fait que les médias ont commencé à parler nettement plus souvent d’enlèvements d’enfants dans les années 80. En 1982, les cartons de lait ont commencé à arborer les portraits d’enfants disparus. En conséquence, pour Haidt et Lukianoff, de nombreux parents ont décidé de restreindre la liberté de leurs enfants, à tenir les rênes plus serrées et sont devenus plus anxieux par rapport à la sécurité de leur descendance. Pour ce carnet, on néglige aussi trop souvent, la contraction démographique qui a commencé à se faire ressentir dans les années 80 et 90 : les enfants devenaient rares et d’autant plus précieux, car rien ne prouve que les enfants aient commencé à disparaître en plus grand nombre dans les années 80.


vendredi 5 février 2021

Covid-19 : baisse radicale des cas en Inde depuis plusieurs mois malgré levée des restrictions

Le nombre de nouvelles contaminations en Inde atteint environ 10 000 par jour, ce qui est très peu rapporté à la population indienne de 1,35 milliard d’habitants. Plus de 20 % de la population indienne et près de la moitié des habitants de la Nouvelle-Delhi présentent désormais des anticorps à la Covid-19.

Des élèves lors de la prière d’assemblée après la réouverture des écoles après dix mois de fermeture en raison de l’épidémie de Covid-19, à Hyderabad (État du Télangana), le 1er février 2021.

La situation sanitaire dans le sous-continent s’est très nettement améliorée depuis plusieurs semaines. Alors que, en septembre 2020, l’Inde avait enregistré un record mondial d’infections, avec plus de 100 000 cas quotidiens, le pays ne comptait plus que 8 600 nouveaux cas lundi 1er février, le chiffre le plus bas depuis huit mois, et 11 000 mercredi 3 février, ce qui est très peu pour le deuxième pays le plus peuplé de la planète, avec 1,3 milliard d’habitants. Quatorze États n’ont déclaré aucun mort du Covid-19 au cours des vingt-quatre dernières heures. Le Kérala reste en revanche un fort foyer épidémique.

Cette amélioration intervient alors que dans la plupart des régions, les restrictions imposées au début de l’épidémie ont été levées progressivement dès l’été pour tenter de relancer l’activité économique, très affectée par le confinement national décidé par le Premier ministre, Narendra Modi, le 24 mars 2020, durant deux mois. La vie a repris très vite son cours, avec des rues et des marchés bondés, de grands rassemblements religieux. Quelques interdits ont été maintenus, comme les liaisons aériennes internationales et les écoles restées fermées pendant une année.

Depuis quelques jours, les établissements scolaires accueillent de nouveau les élèves, sauf à Bombay et au Maharachtra, la région la plus touchée par l’épidémie.

Pas de rebond malgré les fêtes

À la Nouvelle-Delhi, qui avait connu un fort rebond en novembre au moment de Divali, la fête annuelle des hindous, et de l’arrivée de la pollution hivernale, le nombre de nouveaux cas quotidiens est tombé en dessous de 200 et les immenses rassemblements de paysans du Pendjab et de l’Haryana, aux portes de New Delhi, depuis plus de deux mois, qui laissaient craindre le pire, n’ont pas entraîné de rebond. Plusieurs dizaines de milliers d’hommes, pour beaucoup âgés, sont entassés dans des conditions précaires, sans aucune protection contre le virus, ni masque ni gel hydroalcoolique et encore moins de distanciation, pour protester contre les réformes agraires du gouvernement. Ils ont souffert du froid, mais ont été épargnés par le Covid-19.

Plus de 20 % de la population a contracté le virus

Selon la troisième enquête sérologique menée par le Conseil indien de la recherche médicale, plus d’un cinquième de la population adulte de l’Inde a été infecté par Covid-19 à la mi-décembre. Les données publiées sur la séroprévalence chez les personnes âgées de 10 à 18 ans étaient de 25,3 %. 

Les données publiées reflètent la prévalence des anticorps, preuve qu’une personne a contracté la Covid-19. La troisième enquête a révélé une augmentation significative de la prévalence chez les adultes pour passer de 7,1 % lors de la deuxième enquête en août à 21,4 % pour l’ensemble de la population indienne. 

Lors de la première enquête menée en avril, seul 0,7 % de prévalence avait été détectée.

La troisième enquête s’est déroulée du 17 décembre au 8 janvier dans les mêmes 700 villages de 70 districts de 21 États où les premier et deuxième cycles ont été menés en avril et août. Parmi les travailleurs de la santé, la séroprévalence était de 25,7 %, avec 26,6 % parmi les médecins et les infirmières. Le gouvernement a souligné qu’une grande partie de la population est toujours vulnérable et qu’il ne faut pas baisser la garde, car l’immunité collective ne peut être présumée avoir été atteinte. Les autorités ont ajouté qu’il fallait adopter un comportement approprié face à la Covid. Actuellement, le nombre total de cas actifs en Inde est tombé à 160 000. Au cours des trois dernières semaines, 47 districts à travers le pays n’ont signalé aucun nouveau cas, 251 n’ont déploré aucun décès pendant cette période. L’enquête a porté sur 28 589 personnes âgées de plus de 10 ans et 7 171 travailleurs de la santé. La prévalence dans les bidonvilles était la plus élevée avec 31,7 %, suivie de 26,2 % dans les autres zones urbaines et de 19,1 % dans les zones rurales. La prévalence était légèrement plus élevée chez les femmes à 22,7 %, contre 20,3 % chez les hommes.

La majorité des habitants de Delhi déjà exposés au virus

À la Nouvelle Dehli, en Inde, les habitants semblent avoir développé une immunité collective au Covid-19. Dans les rues de la ville, le tumulte de la foule a fait son retour : les contaminations ont diminué de 80 % en cinq mois. Dans cet hôpital de la capitale, les lits Covid se vident de jour en jour. Au plus fort de l’épidémie, 550 malades ont été accueillis en même temps, et ils ne sont plus que 16. Une salle de soins intensifs est désormais vide.

Ce constat est surprenant alors que le pays, surpeuplé, a du mal à appliquer les gestes barrières. Une chercheuse a mené une vaste enquête sérologique dans la capitale pour tenter de comprendre ce phénomène. « Ce qu’on a observé, c’est que 56 % des personnes présentaient des anticorps dans leur sang, ça veut dire que plus de 50 % de la population a déjà été exposée au virus, dans une certaine mesure nous sommes immunisés au virus », explique le docteur Pragya Sharma.

Traitement, y compris des asymptomatiques

 
La lutte contre la Covid 19 s’accompagne d’un bras important thérapeutique. Des traitements à base de zinc, d’ivermectine ou d’hydroxychloroquine sont distribués à la population, y compris aux asymptomatiques.
C’est dans ce contexte que l’administrateur de Lucknow (ville du Nord de l’Inde avec 3,5 millions d’habitants) va mettre en place des kiosques pour la distribution de comprimés d’ivermectine L’ivermectine, un médicament vermifuge, peut être utilisé comme médicament de soutien pour les patients Covid-19 isolés à domicile et leurs contacts, selon les médecins.

L’administration du district de Lucknow installera environ 40 kiosques à travers la ville pour assurer la distribution gratuite de comprimés d’ivermectine chez les patients asymptomatiques de Covid-19. Les responsables ont déclaré que les kiosques seraient installés à l’aéroport, aux gares routières de la ville, aux gares ferroviaires, etc.

Vaccins : 300 millions de doses du Spoutnik V

L’Inde produira environ 300 millions de doses de vaccins russes contre le coronavirus Spoutnik V en 2021, aurait déclaré un responsable russe, près de trois fois le nombre précédemment annoncé. En effet, des accords de licence dans ce sens ont été signés avec davantage de fabricants indiens.

La Russie a vendu 100 millions de doses de vaccin à l’Inde, qui faisait également partie des pays qui ont accepté de produire du Spoutnik V sur son territoire.

La Russie teste déjà les premiers échantillons de Spoutnik V qui ont été produits en Inde, a annoncé récemment l’ambassade russe à New Delhi sur Twitter.

« En Inde, nous avons des accords avec quatre grands fabricants », a déclaré Dmitriev, le directeur du Fonds d’investissement direct russe (RDIF) à Rossiya 24 TV, selon l’agence de presse TASS.

Sources : Le Monde, France Télévisions, Hindustan Times, Reuters, Times of India