jeudi 13 février 2020

États-Unis — Trois lycéennes portent plainte pour empêcher athlètes transgenres de concourir avec filles

Trois athlètes féminines du secondaire dans le Connecticut, ainsi que leurs familles, ont déposé mercredi une plainte devant un tribunal fédéral pour empêcher les athlètes transgenres de participer aux compétitions d’athlétisme féminin, arguant que les athlètes biologiquement masculins ont un avantage physique.

Selina Soule, lycéenne en dernière année à l’école secondaire Glastonbury, Chelsea Mitchell, lycéenne en dernière année de l’école secondaire de Canton, et Alanna Smith, une étudiante en deuxième année (14-15 ans) à l’école secondaire de Danbury, ont annoncé leur poursuite en justice lors d’une conférence de presse tenue sur les marches du capitole à Hartford, la capitale du Connecticut.

Dans cette photo du 7 février 2019, l’athlète transgenre de Bloomfield, Terry Miller, deuxième à partir de la gauche, remporte la finale du 55 mètres devant l’autre garçon de la course, l’athlète transgenre Andraya Yearwood, à l’extrême gauche. Les deux sont suivis de coureuses lors d’une rencontre sur piste couverte à l’école secondaire Hillhouse à New Haven au Connecticut.


« Notre rêve n’est pas d’arriver deuxième ou troisième, mais de gagner, à la loyale », a déclaré Chelsea Mitchell. « Tout ce que nous demandons, c’est une chance équitable. »

Les trois filles soutiennent que concourir contre des athlètes biologiquement masculins les empêche injustement de gagner des médailles et de bénéficier de bourses d’études.

L’Alliance Defending Freedom [Défendre la liberté], une organisation conservatrice américaine à but non lucratif, représente les filles devant la justice fédérale. Il y a quelques mois, l’Alliance avait déjà déposé une plainte relative au titre IX des amendements à la Loi sur l’Éducation de 1972 auprès du ministère américain de l’Éducation. Cette plainte fait toujours l’objet d’une enquête par le Bureau des droits civils du ministère.

La plainte en justice est centrée sur les coureurs transgenres (garçons se disant filles) de dernière année Andraya Yearwood de l’école secondaire Cromwell et Terry Miller de l’école secondaire Bloomfield qui ont fait la une des journaux nationaux après avoir terminés premier et deuxième aux 55 mètres aux championnats nationaux de piste couverte l’hiver dernier. Le printemps dernier, Terry Miller a remporté le 200 mètres et faisait partie de l’équipe de relais 4x400 mètres en première place aux championnats d’État en plein air. Yearwood et Miller ont remporté 15 titres au niveau de l’État lors de différentes compétitions.

Les plaignants soutiennent dans leur plainte que la politique de l’Association athlétique interscolaire du Connecticut et d’autres comme elle violent le titre IX parce que « les faits biologiques incontournables de l’espèce humaine [ne sont] pas des stéréotypes, des “constructions sociales” ou des reliques de la discrimination passée. »

Le Titre IX a permis l’éclosion de compétitions sportives féminines dans les universités et écoles américaines sous peine de perdre tout financement public, pour l’ensemble de l’établissement et pas uniquement pour les activités sportives.

Sources : Washington Post et Alliance Defending Freedom

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Remise en doute des origines autochtones d'une militante autochtone (m-à-j)

La pression d'étudiants autochtones de l’Université du Québec à Montréal (UQAM) aura fait fléchir le département de science politique. Alexandra Lorange et une autre chargée de cours non autochtone ne donneront plus le cours Femmes autochtones du Québec : débats et enjeux.

La direction de l’UQAM a pris la décision de retirer Mme Lorange ainsi que sa co-enseignante « pour des raisons académiques », a confirmé l'université tout en précisant qu'il ne « s’agit en aucun cas d’une mesure disciplinaire, mais plutôt d’un constat selon lequel les conditions pédagogiques ne sont pas réunies ».

Selon les informations obtenues par Espaces autochtones, les deux chargées de cours seraient remplacées par des personnes dûment racisées : l'ethnologue wendate Isabelle Picard et par Cyndy Wylde, doctorante de l'Université du Québec en Abitibi-Témiscamingue, qui est atikamekw et anichinabée.



Billet originel du 7 février

Dans notre série Faux autochtones et faux aborigènes, mais vrais opportunistes, nous présentons le cas de Alexandra Lorange.

Elle se présente comme une Autochtone aux médias, a travaillé pour diverses organisations autochtones, a même obtenu une bourse universitaire réservée exclusivement aux étudiants des Premières Nations et Inuit.

Or, Alexandra Lorange (ci-contre) n’aurait pas de racines autochtones, selon deux généalogistes. Furieux, des chefs atikamekw (aussi connus sous le nom de Têtes-de-boule ou de Poisson-blanc) dénoncent ce qu’ils considèrent comme un nouveau cas d’usurpation d’identité.

Conseillère à la vie étudiante autochtone jusqu’en septembre, Mlle Lorange, juriste de formation, est aujourd’hui chargée de cours à l’Université du Québec à Montréal (UQAM). Elle coenseigne un cours mis sur pied par le Département de science politique et par Femmes autochtones du Québec, organisme au sein duquel elle est analyste juridique.

En 2018, Mlle Lorange a obtenu une bourse de soutien de 1000 $, offerte aux étudiants autochtones du Centre interuniversitaire d’études et de recherches autochtones (CIERA) de l’Université Laval. Cette bourse doit permettre « d’aider les étudiants autochtones [...] dans leur cheminement académique [...] tout en favorisant la construction de liens forts entre les étudiants et leur communauté d’origine ».

Dans la foulée du tollé entourant l’œuvre Kanata du dramaturge Robert Lepage et le débat sur l’appropriation culturelle qui s’en est suivi, elle cosignait, en tant qu’Atikamekw, une lettre ouverte publiée dans La Presse intitulée « L’authenticité, notre plus grand atout ».

Née à Montréal, Mlle Lorange se dit atikamekw par sa mère et québécoise par son père. À Radio-Canada, elle déclarait à l’été 2018, lors de son embauche comme conseillère à l’accueil et à l’intégration des étudiants autochtones : « Je connais à la fois l’université où j’ai étudié et la réalité des Autochtones dont je fais partie ».

Pour la gauche diversitaire (notez les points médians révélateurs dans Québécois·e·s) mieux vaut être autochtones que blancs de souche
 Pourtant, il faudrait remonter jusqu’à la 12e génération (0,00025% de sang indien) pour trouver un ancêtre autochtone à Mlle Lorange, selon le chercheur en généalogie d’origine agnier (mohawk en anglais) Éric Pouliot-Thisdale. Il s’agit de Marguerite Pigarouiche, une femme née en 1646 qui est aussi l’ancêtre de 300 000 Québécois.

Des recherches confirmées par une autre chercheuse en généalogie, qui a mené une enquête en parallèle et a remonté jusqu’à la 7e génération de l’arbre généalogique de Mlle Lorange. « Alexandra Lorange n’a pas d’ascendance atikamekw et encore moins autochtone », écrit à Espaces autochtones la chercheuse Dominique Ritchot.

Contactée par Espaces autochtones, Mlle Lorange n’a pas voulu commenter, affirmant qu’il y avait « des démarches judiciaires » en cours.
Sidérés

Paul-Émile Ottawa, chef de la communauté de Manawan, une des trois communautés têtes-de-boule, se dit « sidéré » par la situation. « Elle se présente comme venant de Manawan. [...] Je ne sais pas par quelle manœuvre elle a réussi à obtenir une identité atikamekw », déplore le chef.

Il ajoute par ailleurs que la personne responsable « de la liste des membres [de la communauté] n’a jamais entendu parler d’elle et ne la connaît pas ».

Le chef Ottawa s’en prend par la bande au gouvernement fédéral qu’il accuse d’être trop laxiste dans sa façon d’accorder le statut d’Indien. « C’est totalement aberrant. Le gouvernement s’est donné la possibilité de créer des Indiens de toute part », dit-il, faisant notamment référence à la loi fédérale S-3 qui modifie la Loi sur les Indiens.

Le grand chef de la nation poissons-blancs, Constant Awashish, éprouve le même malaise. « [Mlle Lorange] aurait dit à tout le monde que je lui ai donné un numéro de bande. Ce n’est même pas de mon ressort, ça revient au ministère des Affaires autochtones », affirme-t-il.

« Je trouve ça très bizarre de [sa] part [...] de prétendre des choses comme celle-là », ajoute-t-il.
Bourses

À l’UQAM, on précise que le seul fait d’être autochtones n’est pas un critère officiel pour devenir chargés de cours sur les enjeux autochtones, mais que « la priorité leur est donnée ».

En ce qui concerne les bourses aux étudiants autochtones du CIERA, une réflexion est déjà entamée depuis quelques mois pour resserrer les critères d’admission. Pour s’assurer de l’appartenance à une communauté, une carte de statut et une lettre d’appui du conseil de bande pourraient être exigées des candidats, précise Laurent Jérôme, qui est membre du CIERA-Montréal et professeur à l’UQAM.

L’anthropologue et directrice du programme en études autochtones de l’Université de Montréal Marie-Pierre Bousquet note que l’absence d’exigence de preuve pour obtenir ce genre de bourse est un problème généralisé dans les universités. On se fie généralement à l’auto-identification.

« Il n’y pas le réflexe de demander des preuves, parce que les preuves qui existent sont issues de politiques coloniales », explique-t-elle, d’où ce « malaise » des institutions d’exiger, par exemple, des cartes de statut.

Source : Radio-Canada

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mercredi 12 février 2020

« L’innovation pédagogique, c’est parfois de revenir à Socrate »

Augustin d’Humières souhaiterait qu’avant d’imaginer l’école de demain, on se consacre à construire l’école d’aujourd’hui. Il se méfie des expérimentations pédagogiques farfelues. « Ou alors faisons-les à Henri-IV, pas dans les quartiers où les élèves sont le plus vulnérables. » Plaidant pour un retour aux savoirs essentiels, il dresse un bilan sévère du niveau des élèves :

« Il n’y a pas de maîtrise de la langue française. Les connaissances historiques sont faibles ; en langues, ce n’est pas concluant, en sciences non plus. Avant de fabriquer des Mozart de l’informatique, il faudrait que l’élève maîtrise au moins un savoir fondamental, sur lequel il puisse s’appuyer. »

Pas très futuriste ? Sans doute, mais lucide ! Quand il a commencé à enseigner, en 1995, chacun anticipait une profonde transformation de l’école, de nouvelles méthodes, d’autres pratiques, bouleversées par la technologie, se souvient-il. Or sa mission, au fond, n’a pas changé. « Elle consiste, encore et toujours, à être à l’écoute de mes élèves, à leur transmettre le goût de l’effort. » Rien ne prouve que le numérique soit un apport majeur en la matière.

Des tablettes ont été massivement distribuées à des élèves de sixième. Et alors ? Alors, rien. « C’est comme la saignée au temps de Molière. On ne sait pas si c’est efficace, mais, dans le doute, on le fait. » L’opération a coûté plusieurs millions d’euros, qui auraient, selon lui, été bien mieux utilisés ailleurs. L’apport du numérique au savoir ? « On n’a jamais été autant bombardés d’informations, et pourtant, il n’y a jamais eu autant de personnes convaincues que la Terre est plate ! » [La démographie de certains groupes ethniques explique la chose, sinon voir Le Moyen Âge européen n’a pas cru que la Terre était plate] Lui milite pour l’enseignement du latin et du grec comme vecteur de réussite scolaire, notamment pour ceux qui n’ont pas forcément accès au savoir chez eux.

« Les langues anciennes obligent à porter une extrême attention aux mots et amènent à prendre beaucoup de recul, de distance critique sur des sujets tels que la religion ou le droit. »

Delphine Grouès, directrice des études et de l’innovation pédagogique à Sciences-Po Paris, ne dit au fond pas autre chose : « L’innovation pédagogique, c’est parfois de revenir à Socrate. » Des cours de création littéraire et de rhétorique ont ainsi été introduits dans les cursus du prestigieux Institut de la rue Saint-Guillaume. Objectif : renforcer l’attention des étudiants, trop habitués à zapper. « Il faut que les élèves retrouvent le sens du temps long. » Vaste programme.

Source : « La savoir à l’épreuve du numérique : à quoi ressemblera l’école de demain ? », publié le 5/2/20. De Natacha Tatu.

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mardi 11 février 2020

Allemagne — pourquoi les journalistes sont beaucoup plus à gauche que le pays

Les journalistes aiment à penser qu’ils sont de courageux rebelles qui bravent les idées dominantes.

Malheureusement, les chiffres suggèrent que leur esprit de contradiction n'est pas très développé. La plupart des gens des médias évoluent dans un milieu où presque tous pensent comme eux. Ils seraient donc plutôt conformistes, des Mutins de Panurge comme disait Philippe Muray.

Une journée typique au Deutschlandfunk, la radio d’information publique allemande, se déroule comme ceci : à l’occasion de la Semaine de la Mode de Berlin, une blogueuse de mode explique pourquoi elle est contre la mode — parce que la mode favorise le changement climatique.

Un jeune linguiste rend compte des dernières initiatives visant à améliorer l’égalité entre les sexes en utilisant un langage dégenré. On apprend au cours de l’émission que la station régionale de Cologne ne parle plus d’instituteurs (Lehrer, genré au masculin), mais plutôt d’« enseignants » (Lehrende, épicène).

Suit une contribution sur les « éléments racistes » dans l’œuvre du célèbre peintre expressionniste Otto Müller (1874-1930). Le tableau « Deux Tsiganes avec un chat » (ci-contre) montrerait les femmes comme des « séductrices exotiques » et colporterait ainsi de vils clichés sur les Sinti et les Roms, c’est pourquoi le musée a décidé de ne présenter le tableau qu’accompagné d’un documentaire.

De la « radio rouge » à la « radio verte »

Vous croyez que j’exagère ? Alors vous n’avez pas écouté le Deutschlandfunk depuis longtemps. Parce que plusieurs auditeurs ont remarqué que de grandes parties des émissions donnent l’impression que Annalena Baerbock (coprésidente des Verts, parti de gauche) et Robert Habeck (autre coprésident des Verts) sont à la régie. C’est la conclusion à laquelle est arrivé récemment un correspondant de la « Neue Zürcher Zeitung », journal suisse, après avoir écouté le diffuseur public. Sa conclusion : si dans le passé les conservateurs qualifiaient le radiodiffuseur public de « radio rouge », aujourd’hui il faudrait parler plutôt de « radio verte ».

À cet égard, j’ai été surpris de trouver un long texte sur le site de la chaîne qui nous explique pourquoi il serait faux de croire que le cœur du journaliste allemand battait à gauche. En fait, ce serait un préjugé de croire que la majorité dans les médias aurait un biais rouge-vert.

Les journalistes de gauche n’aiment pas s’entendre dire qu’ils sont de gauche, j’en ai fait l’expérience de nombreuses fois. Je pense que c’est lié à l’idée qu’ils se font d’eux-mêmes. Les journalistes aiment à penser qu’ils sont de courageux rebelles qui luttent contre les idées dominantes. Quand on leur dit qu’ils travaillent dans un milieu où la plupart des gens pensent comme eux, cela diminue un peu leur héroïsme. Qui aime être considéré comme un suiveur ?



Si les journalistes pouvaient élire le chancelier

Malheureusement, les chiffres suggèrent que l’esprit de contradiction n’y est pas très développé. Il n’y a guère d’études sur les préférences politiques des journalistes. L’une des plus grandes enquêtes remonte à 2005 et provient de l’Institut de journalisme de Hambourg. La sensibilité politique des journalistes avait alors été établie comme suit : Verts 35,5 pour cent, le SPD (socialistes) 26 pour cent, la CDU (centre droit) 8,7 pour cent, le FDP (libéraux) 6,3 pour cent, autres 4 pour cent, aucun parti 19,6 pour cent.

Des études récentes arrivent à une conclusion similaire. Parfois, le nombre de ceux qui se déclarent « sans étiquette » est plus élevé. Parfois, les chiffres en faveur des sociaux-démocrates sont meilleurs, parfois ils sont pires. Mais la tendance générale demeure inchangée : si les journalistes allemands pouvaient élire le chancelier fédéral, il ne serait pas issu du camp conservateur.

Même dans les rédactions que l’on pourrait penser conservatrices, il y a une nette majorité pour les rouges verts. Au « Welt », le vaisseau amiral conservateur du groupe Springer, c’est un fait connu depuis que l’équipe éditoriale a mené une élection entre collègues de bureau à l’occasion d’une élection fédérale il y a quelques années.

Le résultat a été affiché au tableau d’affichage du gratte-ciel Springer à Berlin pendant deux semaines jusqu’à ce que le conseil d’administration le fasse enlever parce qu’on ne voulait pas faire comprendre à chaque visiteur que le rêve secret d’un rédacteur du « Welt » était de travailler à la « Süddeustche Zeitung » (journal rival de tendance libérale de gauche).

Diplômés en allemand, en histoire ou en politique

Les commentateurs issus des médias de gauche aiment à souligner que les rédacteurs en chef sont souvent beaucoup plus conservateurs que les membres de leurs équipes. C’est peut-être exact, mais cela a moins d’impact dans le travail éditorial quotidien qu’on ne pourrait le croire (ou que le rédacteur en chef ne se l’imagine). Il existe de nombreuses manières de contourner les instructions qui viennent d’en haut — je parle d’expérience. Les sujets proposés sont ignorés ou le rédacteur en chef apprend malheureusement qu’aucune preuve ne vient étayer sa thèse.

Pourquoi tant de journalistes sont-ils à gauche ? L’une des raisons est ce que la sociologie appelle un biais de sélection. Le journaliste typique a étudié l’allemand, l’histoire ou la politique.

Rares sont ceux diplômés en droit ou en génie, c’est-à-dire des disciplines peu marquées par la pensée de gauche. Pourquoi les diplômés en sciences humaines ont-ils tendance à être tellement à gauche ? Les personnes concernées diraient probablement que la justice est particulièrement importante pour elles. Ma réponse serait qu’il s’agit d’une sorte de compensation.



« Bill Gates a 50 milliards, et toi ? »

Mon ami Roger Koppel, aujourd’hui rédacteur en chef de l’hebdomadaire « Weltwoche », l’a déjà décrit de cette façon. Imaginez que vous êtes allé à l’école avec Bill Gates. Maintenant, vous êtes assis devant la télévision pendant que passe un documentaire sur votre ancien camarade de classe. Votre femme se tourne vers vous, vous ressentez déjà le reproche tacite : « Bill Gates a 50 milliards, tout ce que tu as réussi c’est d’être rédacteur dans un journal de taille moyenne, qu’est-ce qui a cloché ? » Vous n’avez qu’une chance de vous en sortir. Vous répondez « C’est vrai, Bill Gates est beaucoup plus riche que moi. Mais je ne me suis pas laissé corrompre. Je ne suis pas devenu un porc capitaliste. »

[...]

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Danemark — écoles instaurent places fixes à la cantine pour empêcher regroupements ethniques

Dans la plupart des écoles, les élèves s’asseyent où ils le souhaitent lorsqu’ils s’attablent à la cantine pour le déjeuner. Au Gymnase Greve, les choses sont différentes. Ici, la direction a décidé d’attribuer des « places fixes » aux élèves afin que les étudiants ne se regroupent pas selon leur appartenance ethnique.

La cantine de l’école secondaire (gymnase) Greve

Dans cette école secondaire de Sélande, la plus grande île du Danemark, près d’un élève sur cinq est d’origine non occidentale. À la cantine de l’école, les élèves non occidentaux s’asseyaient toujours ensemble, séparés des nombreux élèves d’origine danoise.

Bien visible malgré le fait que les étudiants non occidentaux venaient de beaucoup de classes différentes.

« Nous nous efforçons de mettre en place un milieu intégré dès le début, ce qui signifie, notamment, qu’ils s’asseyent en fonction de leur classe à la cantine pendant la pause déjeuner, car nous ne voulons plus avoir de divisions ethniques à l’école. Nous indiquons donc la classe à l’aide d’une pancarte sur les tables », explique la directrice du Gymnase Greve, Mette Trangbæk.

Le Berlingske avait lui-même déjà rapporté fin janvier que les étudiants issus de l’immigration avaient de plus en plus tendance à se regrouper dans les mêmes écoles et que cette évolution était inquiétante.

Dans ce contexte, plusieurs directeurs d’école ont également clairement indiqué que cela peut avoir une incidence négative sur l’environnement scolaire et social de l’école lorsque vous vous retrouvez dans des collèges où plus de 30 pour cent des élèves ne sont pas d’origine occidentale.

Au Gymnase Greve, ils ne forment « que » de 20 pour cent, mais malgré les sièges assignés de manière fixe et d’autres exigences strictes, les deux groupes continuent de se séparer.

Il existe également des règles strictes pour interdire l’utilisation de « langues de ghetto » au gymnase de Sélande. Les enseignants doivent reprendre les élèves qui ne parleraient pas en danois.

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lundi 10 février 2020

Qu'est-ce que le véto parental mis en place en Murcie (Espagne) ?

Le véto parental de Vox est devenu l’épicentre d’un débat scolaire houleux en Espagne. Alors qu’une rébellion gronde, le gouvernement central de gauche a promis de s’y opposer en justice partout où le véto parental sera implanté par des gouvernements régionaux.

Le parti de droite sociale Vox a déclaré que « les parents savent bien mieux que les enseignants ce qui convient à leurs enfants » et l’organisation HazteOir (Fais-toi entendre) a prévenu qu’elle dénoncera les directeurs d’école qui « entravent » la mise en place de ce véto parental. D’autres parents, des syndicats, des étudiants et des associations se mobilisent pour protester contre cet outil parental déjà mis en place en Murcie (sud-est de l’Espagne). En Andalousie (sud) et dans la Communauté de Madrid (centre), le véto parental pourrait également voir le jour.


Qu’est-ce que le véto parental ?

Le véto parental, selon Vox, est une demande écrite qui sera adressée aux directeurs des centres éducatifs dans laquelle les parents demandent qu’on les informe préalablement et explicitement, sous la forme de demande d’autorisation parentale expresse, chaque fois que l’on aborde ou discute en classe, lors d’un atelier ou d’une activité scolaire, des questions d’identité de genre, de féminisme ou de diversité LGBTQ. Ce véto doit permettre aux parents de donner leur consentement explicite à ce que leur enfant assiste ou non à cette activité, cette leçon ou discussion. Vox considère que ces contenus peuvent être « intrusifs » pour la « conscience » et « l’intimité » des mineurs.

Le véto parental fonctionne-t-il déjà dans une communauté autonome ?

Depuis septembre dernier, il est implanté à Murcie. En août ,le ministère de l’Éducation régional aux mains du Parti populaire (PP, centre droit) a publié des instructions pour le début de l’année scolaire 2019/2020 dans lesquelles il est établi que « les familles seront informées » au début du cours des « activités complémentaires des programmes éducatifs » qui sont enseignés par du personnel qui ne fait pas partie de l’établissement scolaire « afin que les parents puissent exprimer leur accord ou leur désaccord à la participation de leurs enfants mineurs à ces activités ».

Cette résolution, comme l’explique le ministère régional de l’Éducation, était l’une des conditions requises pour que Vox soutienne l’investiture du PP. Maintenant, il a permis de parvenir à un accord avec le parti Ciudadanos (CS, centriste) sur le budget de la région. La condition posée par la formation de Santiago Abascal (Vox) est que cette résolution acquière la valeur de décret et qu’on l’on crée un document officiel et standardisé de demande d’autorisation parentale pour que tous les centres éducatifs puissent envoyer le même document aux familles. En fin de compte, on est parvenu à un compromis : Cuidadanos soutient l’autorisation préalable expresse des familles « sur la base des préceptes inscrits dans la Constitution ». Ce parti a cependant annoncé qu’il fera appel de ces instructions envoyées par le gouvernement de Murcie aux écoles parce qu’il les considère comme « illégales ».

Le véto parental va-t-il être mis en œuvre dans d'autres communautés autonomes ?

C’est aussi une arme de négociation dans le cadre de l’approbation des budgets de la Communauté de Madrid : le parti Cuidadanos (centriste) s’y oppose, mais le ministère de l’Éducation est aux mains du PP (centre droit), comme en Murcie. En Andalousie, c’est également une condition émise par Vox pour qu’il approuve le budget régional. Le véto parental n’y a pas encore été mis en œuvre. Le gouvernement andalou a défendu la semaine passée la liberté des parents lorsqu’il s’agit de choisir l’éducation de leurs enfants et a déclaré que toute mesure à cet égard serait prise dans le respect de ce qui est inscrit par la loi sur l’éducation, conformément à l’accord conclu en Murcie.

Quelle est la position du gouvernement central, coalition de gauche, extrême gauche et indépendantistes ?

Le Premier ministre Pedro Sánchez (parti socialiste) et la ministre de l’Éducation Isabel Celaá (parti socialiste) ont annoncé qu’ils s’opposeraient fermement au véto parental. Au Conseil des ministres, Celaá a affirmé que « les enfants n’appartiennent pas aux parents ». Pour commencer, le ministère de l’Éducation fera appel des instructions de Murcie devant les tribunaux, les considérant comme une sorte de « censure préalable » envers les activités scolaires qui « sapent » le droit des élèves à l’éducation gouvernementale et « censurent les actions des écoles et leurs enseignants ».

De quels arguments juridiques se prévaut le gouvernement central ?

Son raisonnement est que le droit des parents d’éduquer leurs enfants conformément à leurs convictions morales ne peut pas prendre le pas sur le droit des enfants à recevoir une éducation [dite "progressiste" dans ce cas], comme le stipule l’article 27 de la Constitution et les articles 1, 78, 84.3 et 124.2 de la Loi sur l’éducation et conformément à la Convention relative aux droits de l’enfant, à la Déclaration universelle des droits de l’homme et à la Recommandation de la Commission européenne contre le racisme et l’intolérance.

D’autre part, il fait valoir que les enseignants et les directeurs d’école disposent d’une « autonomie pédagogique » et d’une « compétence pour concevoir les activités complémentaires qu’ils considèrent comme appropriées et ainsi se conformer aux programmes d’études correspondants ». Dans le cas contraire, l’éducation serait « à la demande », selon les préférences des parents.

Il ajoute, en outre, que le véto parental va à l’encontre de la Loi sur la violence sexuelle et les lois LGBTQ des régions autonomes qui stipulent expressément que les écoles doivent donner une formation de ce type.

Que prétendent les défenseurs du véto parental ?

Le PP dit que ces contenus sont de l’« endoctrinement » et qu’il doit y avoir un moyen de les éviter, car ils portent atteinte à la liberté idéologique des mineurs. « Tout comme il y a une partie de la gauche s’oppose à ce qu’on enseigne la religion à ses enfants, à droite des parents s’opposent à ce qu’ils ne puissent décider de l’éducation de leurs enfants. Il y a un conflit d’intérêts entre les parents qui veulent que leurs enfants soient bien éduqués et des enseignants qui ont l’obligation d’enseigner, mais sans franchir la ligne rouge de l’endoctrinement », expliquent des sources de l’Inspection de l’Éducation.

Le nœud du problème sera, d’une part, de déterminer si ces contenus sont préjudiciables aux enfants et, d’autre part, de déterminer si les discussions sont extrascolaires ou non. Le PP soutient qu’il s’agit de contenus extrascolaires et le gouvernement déclare au contraire qu’il s’agit « d’activités complémentaires programmées par les centres éducatifs, qui sont également soumises à évaluation » ; c’est-à-dire dans le programme scolaire. La loi sur l’éducation stipule clairement que tous les élèves doivent participer à ce type d'activités complémentaires. En revanche, si le juge détermine que ces activités sont similaires à la visite d’un policier ou d'un pompier pour donner une conférence, et qu'elle n’affectent pas le contenu du programme pédagogique, les parents pourraient retirer leurs enfants de ces activités.

Les parents peuvent-ils faire appel à l’objection de conscience pour justifier le véto parental ?

Selon les sources consultées, l’objection de conscience est envisagée par le système juridique pour des cas très spécifiques qui ne semblent pas correspondre à la situation actuelle. En 2009, la Cour suprême a déterminé qu’il n’était pas possible de s’opposer au sujet de l’Éducation à la citoyenneté [tant qu'il n'y avait pas prosélytisme], dont le contenu était similaire à celui qui est actuellement au centre des débats. C’est pourquoi Vox préfère le terme de véto parental et ne parle pas d’objection de conscience.

Est-il sensé de parler de sexualité, de genre et d’identité LGTBQ pendant les heures de classe ?

Vox, PP et les familles qui défendent le véto parental soutiennent que ces types de contenus sont sensibles et préfèrent en parler à la maison, plutôt que de les confier à des personnes qui souvent n’appartient pas à l’établissement scolaire. Les partisans de ces cours prétendent que, dans une société où la pornographie est de plus en plus accessible à un très jeune âge et où les parents ne sont souvent pas à la maison pour parler avec leurs enfants, il est pratique que les écoles dispensent cette formation afin d’assurer le vivre-ensemble de tous les élèves. [Quel rapport avec les LGBTQ ? Quel rapport avec l’obligation d’y assister ?]

Source : El Mundo (tirage : 229 741 exemplaires par jour)

Voir aussi

Espagne — Vox veut permettre aux parents d'avoir leur mot à dire en éducation

Espagne — Victoire des parents, fin du cours d'Éducation à la citoyenneté (2012)

Espagne — non à l'objection de conscience et non au prosélytisme (décision de la Cour suprême espagnole en 2009)

Espagne — Vox veut permettre aux parents d'avoir leur mot à dire en éducation

En Espagne, le parti Vox (« Voix ») défend les droits des parents en éducation. Vox promeut une politique qui permet aux parents de retirer leurs enfants des « discussions, ateliers ou activités à caractère idéologique ou moral qui vont à l’encontre de leurs convictions ».

Sans surprise, cette politique de défense des droits parentaux a déclenché une tempête de la part de la gauche au pouvoir et des lobbies LGBTQ2SAI+.

Selon les partisans LGBTQ2SAI+, la tentative de Vox de défendre le droit parental de choisir le contenu sexuel auquel leurs enfants sont exposés à l’école équivaudrait à du fascisme. Huit responsables de l’éducation du Parti socialiste espagnol ont accusé Vox d’essayer d’imposer « un autoritarisme aveugle et inconditionnel ».

Le ministre espagnol de l’Éducation a affirmé que les enfants ne sont pas la propriété des parents, ce qui implique en creux que si l’État a le droit d’enseigner aux enfants ce qu’il décide, les parents ne peuvent pas le faire ou passe en second, bien après l’État. Faites des enfants, payez pour leur éducation, l’État les endoctrinera.
 
La nouvelle ministre espagnole de l’Égalité, Irene Montero, a qualifié les initiatives des parents conservateurs « de tentative de censure scolaire ». Elle dit défendre le droit des enfants de parents « machistes » à être éduqués à « la liberté, l’égalité et le féminisme ». [Pour « avoir droit » au lieu « d’imposer » dans le jargon ministériel, voir « Avoir droit » ou « être obligé » ?]

En accusant Vox d’autoritarisme et de fascisme, ces partisans LGBT2SAI+ pratiquent de la projection et une inversion accusatoire : ce n’est pas Vox qui est autoritaire, mais leurs adversaires de gauche au pouvoir qui ne tolèrent aucune contestation dans le domaine. Rappelons que l’Espagne est quasiment divisée en parts égales entre la droite et la gauche au niveau électoral et que les mesures coercitives du pouvoir de gauche ne sont donc en rien consensuelles.

Il s’agit d’un élément crucial de la discussion sur les droits des parents : lorsque l’État commence à imposer une éducation morale aux enfants qui va à l’encontre des croyances des parents, il s’engage sur la voie du totalitarisme. Le langage du débat en Espagne est révélateur — alors que Vox plaide pour que les parents aient le droit de choisir le contenu auquel leurs enfants sont exposés —, les ministres et les lobbies de gauche font pression pour empêcher ce choix. Ils accusent Vox de « haine » et » d’« homophobie » simplement parce qu’ils disent que les parents peuvent avoir des opinions diverses sur les questions de sexe et de genre. Il semble que soit cataloguée « haine » toute opinion qui ne sied pas aux progressistes les plus en pointe.

Il s’agit là d’une tendance en Occident. Les parents Québécois ont été privés d’un choix de formation morale depuis près de dix ans avec l’imposition du programme unique d’Éthique et de culture religieuse (ECR). Le parti au pouvoir dix ans plus tard, la CAQ, qui passe pour être de droite, a décidé de réformer le programme ECR pour en éliminer une bonne partie de la dimension religieuse, mais le nouveau programme risque d’être aussi idéologique et tout aussi obligatoire. Ou pour reprendre le langage du monopole de l’Éducation du Québec : « Le processus de révision en profondeur du programme d’études Éthique et culture religieuse que nous amorçons aujourd’hui s’inscrit dans la volonté gouvernementale d’offrir [d’IMPOSER] aux élèves un cours moderne d’éducation à la citoyenneté axé sur le respect de soi et des autres. Nous désirons que le nouveau cours qui émergera de cette révision aborde des contenus actuels et incontournables qui permettront aux jeunes de prendre pleinement leur place dans la société québécoise, et ce, en accord avec la mission de l’école québécoise, qui est de former les citoyennes et les citoyens de demain. »

Il ne s’agit plus de fournir un service aux parents et à leurs enfants, de les aider. Mais de former des citoyens modernes selon les critères de l’État. Et tant pis si le programme gouvernemental imposé aux enfants sape directement les enseignements catholiques et chrétiens sur le sexe et le genre. Ces programmes comprennent souvent des descriptions graphiques des actes sexuels, des photographies des symptômes des maladies sexuellement transmissibles et des plans de cours banalisant ou prônant l’attirance pour le même sexe, l’expérimentation sexuelle et le transgenre.

Rappelons que, traditionnellement, et c’est toujours l’enseignement de l’Église catholique, que les parents — et non l’État — sont responsables de l’éducation morale de leurs enfants. Comme le dit le Catéchisme de l’Église catholique :
§ 2211 La communauté politique a le devoir d’honorer la famille, de l’assister, de lui assurer notamment :
– la liberté de fonder un foyer, d’avoir des enfants et de les élever en accord avec ses propres convictions morales et religieuses ;
– la protection de la stabilité du lien conjugal et de l’institution familiale ;
– la liberté de professer sa foi, de la transmettre, d’élever ses enfants en elle, avec les moyens et les institutions nécessaires ;

La famille est la véritable unité de base de la société, et c’est au sein de la famille que les enfants commencent à apprendre la morale, la vérité et la justice.

Mais le rôle essentiel de la famille dans l’éducation morale risque d’être totalement évincé par l’intervention du gouvernement. De plus en plus d’États tendent à rendre obligatoire le contenu des programmes scolaires à tous les élèves. Pas que cela améliore les résultats aux tests internationaux ou que cela ait un impact économique positif.

L’année dernière, le Colorado, a adopté une loi exigeant que toutes les écoles publiques, y compris les écoles à charte, qui donnent un cours d’éducation sexuelle adoptent un programme commun imposé par l’État dans lequel les enseignants sont tenus d’enseigner que toute activité sexuelle est bonne tant que toutes les personnes impliquées y consentent — peu importe que le programme est enseigné dès la quatrième année, lorsque les enfants ont généralement environ neuf ou dix ans.

En août 2017, une enseignante d’une école californienne a organisé un événement pour « représenter » à ses camarades de classe un garçon de cinq ans qui disait ne pas être bien dans sa peau de garçon en tant que fille. L’événement s’est terminé par un changement de vêtements à midi pour enlever le pantalon et revêtir une robe. Le tout alors que l’enseignant lisait deux livres faisant la promotion du comportement transgenre. Les parents ne savaient pas que cela allait se produire et ont été choqués quand leurs enfants de cinq ans sont rentrés de l’école, certains étaient terrifiés à l’idée qu’ils pourraient changer spontanément de sexe s’ils ne faisaient pas attention.

Le droit théorique de retrait parental — à moins que les écoles ne communiquent nettement plus avec les parents — ne donne tout simplement pas suffisamment voix au chapitre aux parents dans l’éducation morale de leurs enfants. Et il ne faut pas beaucoup d’imagination pour comprendre que le droit de retrait pourrait être complètement éliminé. Il suffit de se tourner vers le Québec où ce droit a en pratique disparu pour le programme ECR. Le mois dernier, la Californie a rejeté un projet de loi visant à faire passer l’éducation sexuelle de l’État d’un système où les parents pouvaient retirer leurs enfants à un système où ils devaient manifester la volonté que leurs enfants y participent, ce qui aurait donné aux parents beaucoup plus de poids dans la détermination du contenu auquel leurs enfants sont exposés. À l’heure actuelle, seuls quatre États américains offrent des programmes d’éducation à la sexualité où les parents doivent donner leur accord explicite préalable avant que leurs enfants n’y participent.

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Recul des principes démocratiques devant sacralisation discutable des minorités

Dans The Age of Entitlement. America Since the Sixties (« L’Âge des droits, L’Amérique depuis les années soixante » ») paru cette année chez Simon and Schuster, 2020. L’Amérique depuis les années soixante »), l’essayiste américain décortique les révolutions culturelles qu’ont connues les États-Unis. Selon lui, les lois sur les droits civiques, dont le but initial était louable, ont cependant conduit à un recul des principes démocratiques au profit d’une sacralisation discutable des droits individuels.

LE FIGARO. – Dans votre nouveau livre, vous montrez à quel point le mouvement des droits civiques a été un tournant dans l’histoire américaine. Que lui reprochez-vous ? Christopher

CALDWELL. — Je n’ai aucune objection, et j’ai même pas mal d’admiration pour le mouvement des droits civiques qui militait en faveur de l’égalité jusqu’aux débuts des années 1960. Le problème que je pointe dans mon livre concerne la législation issue du mouvement des droits civiques et en particulier le Civil Right Act de 1964 [loi déclarant illégale une différence de traitement reposant sur l’origine ethnique, le sexe ou la nationalité]. La Constitution américaine, comme vous le savez, limite strictement la capacité du gouvernement fédéral à s’immiscer dans la vie privée de ses citoyens. Le premier amendement, en particulier, garantit la liberté des citoyens de dire ce qu’ils veulent et de s’associer avec qui ils veulent. Pour briser la ségrégation dans le Sud, il a fallu restreindre ces libertés. Le Civil Right Act a donné à Washington des pouvoirs qu’il n’avait jamais eus en temps de paix. De nouveaux délits de discrimination ont été créés, tout comme de nouvelles autorités chargées de l’application des lois (la Commission pour l’égalité des chances en matière d’emploi, des services chargés des droits civiques dans chaque administration et entité gouvernementale). Le gouvernement a été autorisé à placer sous surveillance les entreprises de plus de 15 salariés en vue d’assurer l’égalité dans l’emploi et à poursuivre en justice celles dont il désapprouvait les pratiques. D’énormes opportunités se sont présentées pour la création de fondations et d’associations caritatives qui sont devenues par essence des auxiliaires de police, un peu comme vos associations des droits de l’homme en France, avec un effet liberticide semblable. Ces nouvelles lois ont exposé chaque recoin de la vie américaine à l’examen des juges. Cela a ouvert la voie à un nouveau système de gouvernement, consistant à changer la société non plus de façon démocratique, comme c’était le cas auparavant, mais par le biais d’une réglementation bureaucratique et de décisions de justice.

– C’est ce que vous appelez « la seconde Constitution »…

– En effet, la législation sur les droits civiques a créé une seconde Constitution, en rivalité avec l’originale, qui peut désormais être utilisée pour la saper. D’autres groupes cherchant à progresser dans la société américaine — les femmes, les immigrés, les LGBT — ont eu accès à ces raccourcis. Ainsi, de plus en plus de sujets de la vie américaine ont été soustraits au contrôle démocratique des citoyens. En ce qui concerne, par exemple, l’avortement, l’éducation bilingue [en anglais et en espagnol, en particulier], le mariage des couples homosexuels ou l’immigration, les Américains ne font pas leurs lois démocratiquement — les choix sont imposés à l’opinion par le biais de réglementations et de décisions de justice.

– Vous mentionnez l’exemple de Yale, où le politiquement correct dirige le campus. Diriez-vous qu’il n’y a plus de liberté dans les universités américaines ?

– Non, ce serait une exagération considérable. Mais les universités font partie des institutions américaines où règne le plus de dogmatisme, le plus de peur et le moins de liberté de pensée, ce qui est l’inverse de leur rôle traditionnel. Cela s’explique en partie par le fait que les administrations des universités interagissent avec les puissances de l’économie de l’information et les associations politisées. Les universités sont tout naturellement devenues un bastion contre le populisme. « L’expression “suprématie blanche” connaît un boom paradoxal : moins elle existe, plus elle est invoquée », écrivez-vous. Vous diriez que ce n’est plus un privilège d’être blanc en Amérique ? « Le privilège blanc » est un slogan à la mode depuis les cinq dernières années. D’un côté, c’est un terme assez euphémisant et formaliste pour décrire quelque chose d’aussi violent et brutal que le régime esclavagiste du Sud au début du XIXe siècle. À la limite, le terme est approprié pour désigner les lois Jim Crow [ces lois, adoptées après la guerre de Sécession dans les ex-États confédérés vaincus, ont organisé la ségrégation]. Ces lois iniques étaient en vigueur uniquement dans le Sud, région à l’époque arriérée, et ont été abolies voilà plus de soixante ans. Mais utiliser cette phrase pour décrire les États-Unis de 2020, c’est à la fois insultant et bizarre. Les critiques d’un « privilège blanc » étaient une part importante du mouvement « Black Lives Matter » (« Les vies des noirs comptent »), né en 2013 et qui a duré jusqu’aux élections de 2016. Ses positions étaient impopulaires et son attitude conflictuelle. Le mouvement est devenu un cauchemar pour les démocrates candidats aux primaires en vue de la présidentielle (Hillary Clinton, Bernie Sanders et le gouverneur du Maryland Martin O’Malley) qui essayèrent de réinterpréter le message en un plus fraternel « All lives matter » (« Toutes les vies comptent »). Mais les dirigeants du mouvement ont insisté sur le fait que ce n’était absolument pas ce qu’ils voulaient dire, et les trois candidats ont été forcés de s’excuser. Les électeurs l’ont sûrement remarqué.

– Les démocrates ont-ils appris de leur défaite en 2016 ou continuent-ils les mêmes erreurs, donnant une chance à Trump d’être réélu ?

– Il serait faux de dire que les démocrates font toujours des erreurs. Par la mise en accusation de Trump et de ses proches, les enquêtes législatives, et l’impeachment, ils ont mené une action d’arrière-garde habile et parfois extraordinairement réussie contre son Administration. Trump a été efficace pour ce qui concerne les nominations de juges, tant à la Cour suprême qu’au niveau inférieur. C’est aussi le cas s’agissant de la politique commerciale, en particulier pour convertir l’opinion à une vision plus méfiante envers la Chine. Et aussi en politique étrangère, au premier chef, en réaffirmant le lien étroit des États-Unis avec Israël et en revenant à une politique d’isolement de l’Iran. Cependant, dans d’autres domaines du gouvernement, c’est presque comme si Trump n’était jamais devenu président. Il n’a mené aucune réforme législative à son terme. Les démocrates l’ont refoulé. Mais l’obstruction des démocrates a eu un prix. Vous avez raison de laisser entendre qu’ils n’ont pas tiré les leçons de la dernière présidentielle. Dans des États comme la Virginie-Occidentale, où Trump a obtenu 69 % des voix, et remporté la majorité dans chaque comté, les gens ne votent pas pour lui parce qu’ils le considèrent comme un parangon de gentillesse ou s’émerveillent de ses compétences managériales. Ils votent pour lui parce qu’ils craignent l’alternative. Les démocrates sont le parti de l’élite américaine. C’est une chance dans la plupart des contextes, mais pas quand il s’agit de gagner une élection. Les démocrates représentent les gens qui contrôlent le haut du pavé de l’économie américaine (que beaucoup d’Américains considèrent comme ploutocratique) et de la culture américaine (que beaucoup d’Américains considèrent comme jdanovienne [relative à l’homme politique soviétique Jdanov, responsable des affaires culturelles sous Staline]). Les élites ne voient toujours pas cela. Le sujet de l’élection présidentielle de 2016, ce n’était pas Trump, mais bien ces élites.

dimanche 9 février 2020

« Les féministes détruisent un patriarcat blanc qui est mort »



Chronique d’Éric Zemmour dans le Figaro Magazine du 7 février 2020 sur le même sujet.

Il y aura un avant et un après Mila. Cette jeune fille [16 ans] ne mérite sans doute pas cet excès d’honneur ou d’indignité. Elle n’est qu’une adolescente de son époque. Son expression est plus près des éructations de rappeur que de la prose de Chateaubriand. Mais, pour son malheur, et pour notre éclairage, elle n’a pas, elle, insulté la France, la police ou le catholicisme, mais l’islam. On connaît la suite. À partir de là, les réactions et les camps se sont ordonnés et séparés. Ceux qui n’ont retenu que les insultes grossières de la jeune fille ont oublié qu’elles répondaient à un harcèlement grossier et insultant de jeunes Maghrébins et qu’elles avaient provoqué des menaces de mort et la fuite de la jeune Mila de son lycée. Ces propos venaient surtout de femmes de gauche et féministes, telles Nicole Belloubet ou Ségolène Royal, qui ont expliqué que la dignité des musulmans était froissée et qu’il fallait la respecter. L’ironie est qu’elles reprenaient ainsi, sans le savoir, l’argumentaire de publicistes catholiques qui, au XIXe siècle, tentèrent de restaurer l’interdiction du blasphème, abolie par la Révolution française.

Les autres, les professionnelles du féminisme médiatique, de la réaction à chaud, de la défense des femmes éternelles victimes et, surtout, de toutes les orientations LGBT (la jeune Mila affiche un lesbianisme décomplexé), toutes les Clémentine Autain et toutes les Caroline De Haas, toutes les contemptrices de la violence patriarcale ont brillé par leur silence.

À l’inverse, lors des agressions de Cologne, lors du Nouvel An 2016, d’innombrables femmes allemandes par des demandeurs d’asile, Caroline De Haas avait traité de « merde raciste » ceux qui osaient établir un lien entre le comportement de ces hommes et leur origine. La même expliquait qu’il fallait « élargir les trottoirs » dans le quartier de la Porte de la Chapelle pour protéger les femmes insultées et harcelées par les mêmes Maghrébins et Africains.

Pour nos féministes nouvelle vague, le patriarcat honni est seulement celui du mâle blanc occidental de culture chrétienne – d’autant plus une cible qu’il est déjà à terre. En revanche, elles ont la plus grande mansuétude pour le patriarcat arabomusulman, exotique et associé à des populations qui sont, aux yeux de nos nouvelles dames de charité, d’éternels prolétaires victimes. Peur ? Fascination ? Attirance ? On ne sait. Pas un jour, pas un média sans sa dénonciation de harceleurs ou violeurs dans le monde du cinéma, de la littérature ou du sport. Pas un jour, pas un média, pas un film, pas une publicité, sans l’hommage rendu aux homosexuels ou aux transsexuels. Mais les mêmes regardent leurs chaussures ou appellent au respect et à la dignité des religions quand des musulmans insultent ou menacent femmes et homosexuels.

Le féminisme contemporain poursuit de sa vindicte un patriarcat qui se cache pour mourir ; et regarde avec les yeux de Chimène un patriarcat d’une violence jamais vue dans nos contrées. Il ajoute l’incohérence intellectuelle à la lâcheté morale.



Les anciens camarades de Mila : « Elle n’aurait jamais pu revenir au lycée, elle se serait fait tuer, il y a 70% de musulmans ici, ça ne pouvait pas bien se passer »

Tout le monde s’accorde à dire, en tout cas, que Mila « est allée trop loin », que «ça ne se fait pas», d’insulter une religion comme elle l’a fait. « Je ne comprends pas, elle traînait avec des musulmans, des Noirs, des Arabes, elle n’était pas raciste », raconte une élève de seconde. « Moi, je suis neutre », avance une autre – et l’on comprend qu’être « neutre », c’est déjà beaucoup. « Elle a eu ce qu’elle a cherché, elle devait s’y attendre, lâche un petit blond en reniflant. Il y a 70 % de musulmans ici, ça ne pouvait pas bien se passer ». « Le pire, c’est que les gens qui la menacent finissent en un sens par lui donner raison », se désole une jeune fille, qui se dit elle-même musulmane. « Il y a ceux qui ont été choqués, blessés par ce qu’elle a dit. Ceux qui ont peur d’être associés à elle, et de payer les frais. Et quelques-uns qui pensent pareil mais ne l’avoueront jamais », résume un autre élève. Qui ajoute, un peu froidement : « Pour le soutien, maintenant, elle a #JeSuis Mila. Qu’elle ne compte pas sur nous.»

[…]

Le Point

Le déclin des blancs : rejeter, réprimer, fuir ou métisser ?

En 2042, selon les projections, la population blanche non hispanique deviendra minoritaire aux États-Unis. En Europe, c’est dans la première partie du XXIIe siècle qu’une population métissée devrait surpasser les Blancs. Pour Eric Kaufmann (ci-contre), professeur à l’université londonienne Birkbeck College, ces bouleversements démographiques seront le fait majeur du XXIe siècle et ont déjà des conséquences politiques turbulentes. Dans Whiteshift (Allen Lane), il aborde frontalement ce sujet controversé. Le chercheur assure que le premier facteur de l’essor des populismes est l’immigration et non pas l’économie.

Dans nombre de grandes villes américaines, les Blancs sont désormais en minorité. Selon des projections démographiques, les Blancs seront en 2050 une « majorité minorité » aux États-Unis, en Nouvelle-Zélande et au Canada.

Ce professeur de politique parle froidement du sujet le plus controversé de l’heure : l’immigration. Kaufmann, né à Hong Kong, élevé à Vancouver, un quart chinois, un quart latino, avec un père de descendance juive et une mère catholique, sait donc de quoi il parle.



Immigration

Tous ceux qui expliquent la montée du populisme occidental par l’économie font fausse route à ses yeux. L’immigration est la première explication de la révolte des classes défavorisées, celles qui, justement, appuient Trump.­­­ D’ailleurs, cela éclaire la politique actuelle­­­ du président américain quant aux immigrants.

Eric Kaufmann ne traite pas de racistes tous les Blancs qui se préoc­cupent de leur identité. « L’identité blanche, déclare-t-il au Point, doit être considérée comme une identité comme les autres et non une fabrication destinée à garder le pouvoir. C’est un ensemble de mythes et de symboles auxquels les Blancs sont attachés ».­­­

La vision de Kaufmann n’a rien d’apocalyptique. Il croit même qu’à l’avenir, la population blanche va favoriser l’essor du métissage des populations. Mais il n’écarte pas les tourmentes sociales de cette transformation de nos sociétés.

Le multiculturalisme de Trudeau ne le séduit guère. L’auteur considère le Canada actuel comme un cas. Car Justin Trudeau incarne une utopie raciale où le métissage sera complet. Kaufmann affirme que le Canada est un des rares pays qui a perdu son identité avec l’effondrement de l’Empire britannique.

Le Canada postnational

Cela explique pourquoi le Canada est devenu un paradis pour les communautés ethnoculturelles et racisées. C’est la raison pour laquelle Justin Trudeau a lancé un jour, les yeux dans l’eau et le cœur battant, la nouvelle appellation du pays. Le Canada est un pays postnational­­­ où les citoyens revendiquent des droits individuels, fers de lance d’accommodements religieux, raciaux et sexuels.

Eric Kaufmann note cependant qu’au Québec, la CAQ a été le premier parti à faire campagne ouvertement pour une réduction de l’immigration. L’auteur qualifie la CAQ de parti populiste à cause de ses revendications identitaires. Mais selon sa vision, cette politique ne peut être associée à du racisme.

Ce qui est troublant, c’est que ceux qui dénoncent les Blancs en refusant d’admettre leurs inquiétudes identitaires sont ceux-là mêmes qui affirment leur identité noire ou jaune, qui se qualifient de racisés, d’autres qui proclament leur identité autochtone ou religieuse, mais en faisant toujours référence aux Blancs colonisateurs, esclavagistes, racistes, islamophobes et autres épithètes injurieuses.

La notion d’un camp des bons et des méchants, cette construction indigente et ignorante des cultures et de la nature humaine, est inadéquate pour comprendre la profonde révolution spirituelle, culturelle et politique qui s’annonce.

Kaufmann pour moins d’immigrants afin de lutter contre le populisme

Ignorer, ridiculiser ou mépriser les appréhensions et les revendications des conservateurs blancs, comme le font les élites politiques, intellectuelles et médiatiques, ne fera qu’attiser davantage les braises du populisme, prévient le politologue. Mieux vaut écouter les doléances de cette frange non négligeable de la population et proposer des compromis. Les solutions suggérées par l’auteur : réduire l’immigration et légitimer la fierté d’être blanc.

Certains pourraient être tentés de taxer Eric Kaufmann de racisme. Ce serait toutefois mal comprendre les nuances de cet auteur né à Hong Kong, qui a grandi à Vancouver et à Tokyo avant de s’installer au Royaume-Uni.

L’Actualité, périodique très progressiste québécois, l’a joint à sa maison de Londres, d’où l’auteur suit activement la politique canadienne. Il croit d’ailleurs que le Québec est sur la bonne voie pour éviter la montée de l’extrême droite. À l’inverse, il affirme que toutes les conditions sont présentes pour que le Canada bascule vers le populisme.

L’Actualité — Bon nombre expliquent le Brexit et l’élection de Trump par les inégalités économiques croissantes, particulièrement entre les grands centres urbains et les régions. Vous n’embrassez pas cette théorie des « laissés-pour-compte ». Pourquoi ?

Éric Kaufmann — L’explication économique est attirante, car elle conforte les élites politiques dans leurs positions. La gauche dit que la solution à ce problème est une meilleure redistribution de la richesse. La droite affirme qu’il faut plutôt réduire le fardeau fiscal. Même les populistes aiment cette théorie, car ils y jouent le rôle de défenseurs du « monde ordinaire ». Mais lorsqu’on analyse les données, cela ne tient pas la route. Si on compare le revenu des électeurs lors du Brexit, on constate que les pauvres étaient certes plus enclins à voter pour quitter l’Union européenne que les riches, mais que cet effet était minime. Dans le cas de l’élection de Trump, la question du revenu n’a eu à peu près aucun effet sur le vote.