mercredi 23 novembre 2016

États-Unis — Trump nomme Betsy Devos à l'éducation

Donald Trump a nommé aujourd’hui Betsy Devos (ci-contre), une philanthrope conservatrice et farouche partisane du droit à choisir entre école publique, privée ou enseignement à la maison, pour diriger le ministère fédéral de l’Éducation.


« Sous sa direction, nous allons réformer le système scolaire américain et supprimer la bureaucratie qui handicape nos enfants, afin que nous puissions offrir une éducation et un choix d’écoles de niveau mondial à toutes les familles », a déclaré le président élu dans le communiqué annonçant la nomination de cette ardente républicaine de 58 ans.

Sa nomination doit être approuvée par le Sénat, où les républicains ont une majorité. Mme Devos s’est dite honorée d’avoir été choisie « pour redonner à l’éducation américaine sa grandeur », un jeu de mots sur le slogan de campagne du président élu : « Rendre sa grandeur aux États-Unis ». « Le statu quo n’est pas acceptable dans l’éducation », a-t-elle dit.

Elle est mariée à Dick Devos, l’un des héritiers de Richard Devos, la 88e fortune américaine au classement Forbes de 2016 avec 5,4 milliards de dollars.

Objectifs affichés : lutte contre la bureaucratie qui paralyse les institutions pédagogiques, et promotion de la liberté de choix pour les parents, entre école publique, privée et école à la maison, en garantissant par ailleurs un enseignement de qualité.

Un choix qui ne réjouit évidemment pas les syndicats, qui voient dans la nomination de Betsy Devos une nouvelle provocation du Président républicain : son mari est un milliardaire, et figure au classement Forbes 2016 des plus grosses fortunes des États-Unis. Leur crainte est forte d’une éducation conçue pour les seuls privilégiés.

Au cours des années 2000, Betsy Devos défend, dans l’État du Michigan dont elle est originaire, l’instauration des « bons » ou chèques-éducation. Elle a présidé l’Alliance for School Choice, l’organisation la plus importante aux États-Unis à militer pour le libre-choix dans les programmes scolaires et l’extension du chèque-éducation, et occupe encore des fonctions dans un grand nombre d’organismes de promotion de la liberté scolaire.

Devant les attaques, Betsy DeVos répond en mettant en avant son engagement apartisan (elle a cherché à de nombreuses reprises à travailler de concert avec les Démocrates sur la question du libre choix), et son travail dans des Fondations agissant pour apporter un libre choix scolaire à des familles défavorisées, par le biais d’un soutien financier aux frais de scolarité


vendredi 18 novembre 2016

Québec — Les garçons et la lecture

Chronique de Mathieu Bock-Côté :

L’Institut de la statistique nous apprenait mardi ce que nous savions déjà : les garçons lisent peu au Québec. Plusieurs ne lisent même pas du tout. Ouvrir un livre n’est pas considéré par le jeune homme comme un plaisir.

Lecture

Il faut dire aussi que notre école n’aide pas. Elle entend moins transmettre une culture qui élève l’âme que distribuer massivement des diplômes artificiels.

Une vie sans lecture, c’est une vie sans culture.

Inversement, celui qui aime lire ne s’ennuiera jamais.

C’est à travers la fréquentation des livres qu’on peut développer une réflexion­­ approfondie sur le monde, qu’on peut cultiver sa vie intérieure, qu’on peut rejoindre des mondes imaginaires et les habiter le temps d’un récit ou d’un voyage dans le temps.

L’homme qui lit peut se plonger dans l’Empire romain, il peut camper mentalement au Moyen Âge, ou à la Renaissance, ou chez les Égyptiens. Il peut même fréquenter l’homme des cavernes­­. Et il le fera en faisant travailler son imagination.

Ce jeune gagnera en liberté. Il saura que le présent n’est pas le seul monde possible.

On nous dira : le jeune homme est sauvage, il veut bouger, se dépenser. La lecture ne le permet pas. Peut-être. Mais faire du sport ne devrait pas être contradictoire avec la vie de l’esprit. Mais derrière ce dédain de la lecture, on trouve une conception appauvrie du masculin­­. Pour plusieurs, lire, ce n’est pas viril.

Nous n’avons pas valorisé, dans notre histoire, le modèle de l’homme cultivé, élégant et inspirant, sinon celui du prêtre en soutane, dont on garde un mauvais souvenir.

Un homme, un vrai, ne perd pas son temps avec des livres. Il répare des voitures, bricole dans son atelier, compte des buts au hockey ou plaque des adversaires au football.

Mais lire ? Dans les milieux populaires existe encore un préjugé anti-intellectuel. Le décrochage scolaire des garçons en est le symbole. Économiquement, ils en souffriront.

Qu’on me comprenne bien, je n’ai rien contre les activités masculines traditionnelles.

Et peut-être faut-il, pour pousser les garçons vers la lecture, la connecter à leurs instincts, même s’ils heurtent nos valeurs pacifistes ?

Enfance

Enfant, je me souviens, j’étais passionné­­ par la guerre. Les soldats, les uniformes, les blindés, c’était mon imaginaire­­. J’aimais l’héroïsme, le sacrifice, l’aventure. Comme la majorité des gamins. Mon père a compris que cette passion pouvait me conduire à une autre. Il m’a acheté chaque semaine L’Encyclopédie des armes.

Des armes, je suis passé à l’histoire, puis à la politique, à la philosophie et à la sociologie. J’ai aussi aimé les romans d’aventures, de cape et d’épée. Le petit homme que j’étais devenait grand en lisant. La passion de la lecture est le plus bel héritage que m’ont laissé mes parents.

Il faut dire que je viens d’une famille de profs. Mais le bonheur de la culture ne devrait pas être réservé aux fils d’historiens. C’est tout le Québec qu’il faut récon­cilier avec ses bibliothèques.



Contexte

► À la question « Durant une semaine normale, combien d’heures as-tu passées habituellement à lire pour ton plaisir ? (incluant les livres, les revues, les journaux et le temps de lecture sur l’ordinateur ou l’internet) », environ 2000 adolescents de 15 ans ont répondu :
  • Aucune : 27 % (garçons : 32 %, filles 23 %)
  • Moins d’une heure : 25 % (garçons 26 %, filles 24 %)
  • De 1 à 2 heures : 21 % (garçons 20 %, filles 21 %)
  • 3 heures ou plus : 27 % (garçons 22 %, filles 32 %)


Les résultats permettent par ailleurs d’affirmer que moins un jeune lit, plus il est à risque de décrocher. Plusieurs études en éducation démontrent aussi que les difficultés en lecture au primaire peuvent mener un jeune à abandonner l’école, une fois rendu au secondaire.

À l’inverse, consacrer davantage de temps à la lecture dans ses loisirs est associé à une plus grande motivation et de meilleurs résultats scolaires, non seulement en français, mais aussi en mathématiques, conclut l’enquête.

Grâce à des données amassées depuis la petite enfance, l’étude permettrait aussi de démontrer que des enfants qui ont feuilleté des livres par eux-mêmes vers l’âge de 2 ans et demi sont plus susceptibles d’aimer la lecture une fois rendus au primaire, ce qui permet par la suite d’avoir de meilleurs résultats scolaires à 15 ans. Par ailleurs, les enfants dont les parents sont allophones présentent un plus grand intérêt pour la lecture au primaire, ce qui pourrait s’expliquer par le désir de certains de ces élèves de maîtriser la langue de leur pays d’accueil, peut-on lire. L’Étude ne semble pas considérer l’importance de la culture livresque dans certaines cultures (le prestige des lettrés en Asie par exemple) et l’effet de sélection des immigrants (immigrent d’abord des gens diplômés).

Par ailleurs, on a constaté qu’à caractéristiques égales, les élèves de 15 ans dont les parents parlent anglais seulement ou plus d’une langue (incluant le français ou l’anglais) à la maison sont plus susceptibles d’avoir un rendement dans la langue d’enseignement au secondaire dans la moyenne ou au-dessus de celle-ci que ceux dont les parents parlent seulement le français. Il en est de même des jeunes dont la langue d’enseignement est l’anglais plutôt que le français. Des études auprès d’élèves québécois révèlent une moins grande probabilité d’être à risque de décrocher (Giroux, 2007 ; Pica et autres, 2014) ou d’afficher un retard scolaire (Giroux, 2007) chez ceux qui fréquentent une école anglophone plutôt qu’une école francophone.

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mardi 15 novembre 2016

Éric Lanthier : « L’école québécoise doit demeurer diversifiée et compétitive »

Par Éric Lanthier, ex-membre du Comité protestant du conseil supérieur de l’éducation

Le rapport du Conseil supérieur de l’éducation intitulé : Remettre le cap sur l’équité dénigre la diversité scolaire actuelle. En voulant freiner la diversité des profils, l’école verra un nivellement s’accentuer vers le bas.

Pour rendre les élèves plus instruits, plus cultivés et plus curieux, on doit leur donner le goût d’apprendre. Or, en intégrant tout le monde dans une même classe, on démotive l’ensemble des élèves et on finit par décourager l’enseignant. Ce n’est pas en intégrant tous les élèves d’un même quartier dans une même classe qu’on va rendre l’école plus stimulante. Loin de là! C’est en décloisonnant les structures et en donnant à chaque école une vocation particulière que les besoins réels de la clientèle scolaire québécoise seront comblés.

La source du problème

Le problème de l’école publique n’est pas la compétition que lui apporte l’école privée et le fait qu’elle écrème les meilleurs éléments. Non, c’est le fait qu’on n’a pas mis sur pied des écoles adaptées aux élèves en difficulté d’apprentissage. Au contraire, on veut les intégrer dans les classes ordinaires. Résultat: les élèves doués ne sont pas stimulés, les élèves réguliers ne voient pas la nécessité de faire des efforts et les élèves en difficulté tirent tout le jus des enseignants.

Le panorama global

En vérité, le Ministère de l’Éducation et le Conseil supérieur ont perdu de vue le panorama global, ce qu’on appelle communément en latin du Québec: «le big picture». Si le gouvernement se lançait dans la formation de programmes et d’enseignants spécialisés dans une vision spécifique pour les élèves en difficulté, on verrait de meilleurs résultats. Ce n’est pas que les ressources sont inexistantes. Non, ce qu’il manque c’est une vision reliée à une philosophie décentralisée de l’éducation.

Une intégration judicieuse

En voulant intégrer les élèves en difficulté dans les classes ordinaires et en forçant les écoles pour élèves doués à intégrer ces élèves, on est en train de pelleter le problème par en avant. Ce qu’il faut, ce sont des écoles qui adaptent leur enseignement à ce type de clientèle afin de les intégrer dans la société avec ce qu’ils ont comme potentiel. En ce moment, on tente de les intégrer avec ce qu’ils n’ont pas. Lorsqu’ils seront dans un environnement stimulant, certains d’entre eux finiront par s’intégrer dans d’autres types de programmes. Ce qu’il faut, c’est de les placer dans un milieu qui les amènera à aimer l’école. Pour cela, ils ont besoin d’un environnement qui correspond à leurs habiletés.

Enjeu idéologique


La preuve que l’enjeu est idéologique, c’est que les ministères de l’Éducation et de l’Enseignement supérieur sont deux ministères distincts. Si les deux étaient sous le même chapeau, ce ministère fusionné pourrait attribuer des budgets spéciaux pour la recherche dans la pédagogie avancée à l’égard des élèves en difficulté d’apprentissage et mettre sur pied des écoles qui se spécialisent auprès de cette clientèle. Il y aurait également des budgets pour libérer des enseignants spécialisés afin qu’ils puissent parfaire leurs connaissances et leurs compétences. Ce ministère donnerait des bourses spéciales aux stagiaires qui se lanceraient dans un programme spécialisé.

Des écoles compétitives


Ces moyens existent à la pièce, mais ils ne font pas partie d’une vision qui est reliée à des écoles à vocation particulière pour les élèves en difficulté. Il est donc temps de changer l’approche et de travailler vers une meilleure équité envers les élèves doués, les élèves réguliers et les élèves en difficulté d’apprentissage ou «hors normes». Ce n’est pas en mettant tout le monde dans la même classe qu’on créera de l'initiative, de la vitalité et le goût d’apprendre. Ce dont nous avons besoin c’est une école stimulante et compétitive. Les écoles compétitives ont une vocation spécifique : innover pour offrir ce qu’il y a de mieux pour sa clientèle : qu’elle soit pour élèves doués, réguliers ou «hors norme».

Ainsi, abolir à petit feu les programmes internationaux et les écoles privées équivaudrait à demander aux joueurs de la LNH de s’inscrire dorénavant dans la ligue du beau-frère. La ligue du beau-frère peut être captivante pour le hockeyeur moyen, mais elle est très démotivante pour les athlètes de niveau supérieur. Il doit y avoir une sagesse derrière le fait qu’on sépare les athlètes paralympiques des athlètes olympiques…

Québec — Les écoles dites privées veulent plus de souplesse

Pour éviter que des jeunes s’ennuient sur les bancs d’école, la fédération qui regroupe les établissements dits privés (ils sont en réalité peu indépendants comme cette demande le prouve encore) réclame davantage de flexibilité afin qu’il soit plus facile de terminer son secondaire en quatre ans.


Selon Nancy Brousseau, directrice générale de la Fédération des établissements d’enseignement privés, le modèle « taille unique » n’est pas la bonne solution. « Ce n’est pas vrai que tout le monde fonctionne bien avec les mêmes règles », lance-t-elle.

Dans son mémoire rédigé dans le cadre des consultations sur la réussite éducative, la Fédération en arrive à ce constat en se basant notamment sur les résultats d’une enquête réalisée auprès de ses élèves en 2010 qui démontre que les jeunes ne se reconnaissent plus dans le modèle de l’école traditionnelle. Les jeunes étaient beaucoup plus critiques et démotivés par rapport à l’école qu’ils ne l’étaient dix ans auparavant.

Pour raviver la flamme, les écoles privées considèrent qu’elles doivent s’adapter davantage à leurs besoins, en « personnalisant » autant que possible l’enseignement.

Afin de motiver les élèves doués à rester sur les bancs d’école, il devrait être plus facile de suivre des parcours accélérés, leur permettant de compléter leur secondaire en quatre ans, affirme Mme Brousseau : « Ça se fait déjà, mais ce sont vraiment des cas d’exception. Ça pourrait devenir une pratique plus courante. »

Il vaut mieux s’adapter aux élèves plutôt que de les perdre, ajoute-t-elle, préoccupée par l’augmentation du nombre de jeunes qui sont scolarisés à la maison.

Vacances d’été moins longues ?

Une plus grande souplesse dans le réseau scolaire pourrait par ailleurs permettre de revoir la durée des vacances d’été, bien trop longues sur le plan scolaire, ajoute la directrice de la Fédération : « Neuf semaines en été, c’est complètement contre-productif. Y a-t-il moyen de repenser le calendrier scolaire autrement ? »

Plusieurs études démontrent que pendant ces longues semaines les élèves oublient plusieurs notions qu’ils doivent réviser ou réapprendre en début d’année scolaire.

Selon la Fédération, il faut non seulement revoir la façon d’organiser l’école, mais aussi les matières à enseigner et la façon de le faire, afin de mieux adapter l’école au XXIe siècle.

Les images de classes avec des pupitres placés « en rang d’oignons » devraient appartenir au passé pour laisser plus de place au travail d’équipe et aux échanges. Les notions de citoyenneté numérique devraient aussi être enseignées en classe, précise Mme Brousseau.

« Il faut former les jeunes pour le monde dans lequel ils vont évoluer, pas pour ce que nous, nous avons connu », lance-t-elle.

Ce carnet est bien évidemment pour plus de souplesse, mais cela ne devrait pas dire qu’il faudrait que toutes les écoles doivent adopter toutes les idées de Mme Brousseau.

La CAQ a adopté une résolution lors de son congrès national qui s’est déroulé la fin de semaine dernière dont l’objectif est de « permettre aux écoles qui le voudraient de répartir différemment les congés durant l’année pour éviter d’avoir une trop longue période de congés l’été ».

lundi 14 novembre 2016

Euthanasie au Québec : des médecins objectent et pas uniquement pour des raisons religieuses

Au Québec, les résultats d’une première étude qualitative réalisée dans deux unités de soins palliatifs entre janvier et août 2016, montre que « bien des zones grises subsistent dans la manière de traiter les demandes d’aide à mourir ».

Des médecins ont exprimé leur malaise quand ils sont impliqués dans les demandes d’aides à mourir. Et « même s’ils ne veulent pas être impliqués […], certains sont appelés à évaluer l’état du patient quand une demande est faite, car l’avis du médecin traitant aide à valider la demande », comme le souligne Emmanuelle Bélanger, chercheuse de l’Institut de recherche en santé publique de l’Université de Montréal (IRSPUM).

Un médecin explique : « Quand la demande est survenue, j’offrais d’explorer les raisons, la détresse existentielle et spirituelle […], ce qui est une partie de mon travail. Le patient m’a en quelque sorte fait taire et ne voulait pas explorer cette avenue. Il ne voulait pas explorer ce qui le poussait à demander l’euthanasie. Nous avons été affligés par cela ».

Des médecins ont choisi l’objection de conscience. En l’absence de statistiques fiables, il est difficile d’évaluer leur nombre. L’étude montre que les motifs invoqués sont rarement religieux. « Les médecins ont plutôt la conviction que l’accès à de bons soins palliatifs pourrait remédier aux souffrances des patients qui optent pour l’aide à mourir. Plusieurs craignent qu’offrir l’aide à mourir dans leur unité mette en péril la tranquillité d’esprit des autres patients ».

Sources: Le Devoir (11/XI/2016)

jeudi 10 novembre 2016

Sondage IFOP : les Français plébiscitent l'autonomie du système éducatif

Un sondage réalisé par l’IFOP pour l’institut de recherches politiques Place de la République sur le système éducatif nous renseigne sur le désir majoritaire des Français d’une plus grande liberté scolaire, et ce quelle que soit la tendance politique :

* 78 % des Français interrogés se prononcent en faveur d’une plus grande autonomie laissée aux enseignants dans le suivi du programme et leur projet pédagogique;
* 71 % des Français interrogés sont favorables à ce que pouvoir soit donné aux chefs d’établissements de recruter leurs équipes enseignantes.


Sondage à consulter ici :
http://www.ifop.com/media/poll/3533-1-study_file.pdf

Le site de Place de la République : http://placedelarepublique.eu/

La Californie dit « oui » à l’éducation bilingue

Le 8 novembre, les Américains n’ont pas seulement élu leur nouveau président. Dans certains États, ils se sont également exprimés sur plusieurs référendums étatiques ou locaux. En Californie, parmi les 17 questions soumises au vote, on trouvait celle-ci : « Pour ou contre l’enseignement bilingue dans les écoles publiques ? »

Résultat : le « oui » à la Proposition 58 l’a emporté à 73 %, ce qui va marquer le retour des langues étrangères dans l’enseignement de base, essentiellement l’espagnol (devenue la langue maternelle de la majorité des élèves en Californie), mais aussi le français, le mandarin ou encore le russe, chaque école ayant la possibilité de créer son programme.

Depuis la Proposition 227 passée en 1998, l’enseignement bilingue était interdit dans les écoles publiques de Californie. Une étude ayant montré qu’un quart des enfants étudiant en deux langues présentait une déficience en anglais. Seule solution alors pour les parents : choisir une école privée. En réalité, certains établissements publics arrivaient à contourner la loi en proposant un programme à 51 % dans la langue de Shakespeare — la loi demandait un enseignement « essentiellement » en anglais.

Le référendum a donc mis fin à cette situation et les écoles de Californie vont à nouveau pouvoir lancer des classes d’enseignement bilingue. Les partisans de cette mesure assurent que s’exprimer dans au moins deux langues représente un « plus » incomparable dans notre société. Ses détracteurs, comme Ron Unz, multimillionnaire de la Silicon Valley soutien de la Proposition 227, pensent que certains enfants sortiront du système scolaire en maîtrisant mal l’anglais.

Fin février 2016, Ricardo Lara, sénateur démocrate de la circonscription qui comprend le port de Long Beach, au nord de Los Angeles, avait proposé de révoquer la proposition 227, en affirmant qu’elle ne s’ajustait plus à la réalité démographique et sociale de la Californie, 8e économie mondiale.
« Les entreprises cherchent des employés multilingues et tous les étudiants — anglophones et non anglophones — ont le droit d’avoir accès à ce précieux atout ». Un atout de moins en moins exploité : depuis 1998 les élèves californiens qui ont choisi un cursus multilingue sont passés de 39 % à 13 % en 2001.

« Devenir multilingues donnerait aux jeunes un outil pour le XXIe siècle et célèbrerait la diversité et le multiculturalisme de notre société » a déclaré Shelly Spiegel-Coleman, directrice de Californians Together, l’une des associations qui soutient la mesure que M. Lara voudrait soumettre à référendum en 2016.

En dix-huit ans, la réalité démographique de la Californie a beaucoup changé. Les Latinos représentent désormais 39 % de la population, ex æquo avec les « Blancs » qu’ils devraient bientôt dépasser. Ils étaient respectivement 26 % et 57 % en 1998.

L’espagnol est la langue la plus parlée après l’anglais. Les États-Unis comptent désormais 37 millions d’hispanophones. Ils étaient onze millions en 1980.

Au fur et à mesure que les Hispaniques s’intègrent, l’anglais devient leur première langue, mais contrairement aux vagues d’immigration précédentes qui renoncèrent à leurs identités pour se fondre dans le creuset américain, ils sont de plus en plus nombreux à vouloir garder leur langue d’origine.


France — Le niveau en orthographe des écoliers français est en chute libre depuis 30 ans

Le diagnostic est implacable. Selon une étude publiée mercredi 9 novembre par le ministère de l’Éducation nationale, le niveau d’orthographe des élèves français est en chute libre. Pour démontrer son propos, l’étude s’appuie sur une dictée type d’une dizaine de lignes. Ce texte a été proposé à un échantillon d’élèves de CM2 (11 ans) à trois reprises lors des trois dernières décennies — 1987, 2007 et 2015. Constat : les années passent, la chute s’aggrave. Les écoliers ont fait en moyenne l’an passé 17,8 erreurs alors qu’ils n’en faisaient que 14,3 en 2007 et 10,6 en 1987.

La Direction de l’évaluation, de la prospective et de la performance (DEPP), qui pilote cette étude, a identifié que l’essentiel des difficultés provient de la non-application des règles grammaticales, comme, par exemple, l’accord entre le sujet et le verbe. Le texte, qui ne comporte que 67 mots, ne présente pas de difficultés linguistiques particulières, assure pourtant le ministère. En revanche, il met l’accent sur la gestion des chaînes d’accord, et nécessite d’en assurer la continuité tout au long de la dictée ».


Si les élèves issus d’un milieu social plus favorisé effectuent moins de fautes, l’orthographe des élèves de tous les milieux sociaux se détériore. Car les enfants de « cadres et professions intellectuelles supérieures » font en moyenne deux fois plus d’erreurs en 2015 (13,2) qu’en 2007 (6,6). De même pour les enfants d’ouvriers qui font, eux, en moyenne 19,2 erreurs en 2015 contre 17,4 en 2007.

Malgré ces résultats inquiétants, la ministre de la Rééducation nationale Najat Belkacem se veut rassurante. « Cette évaluation porte sur des enfants qui ont commencé leur école primaire en 2010, avant l’entrée en vigueur des nouveaux programmes de français en cette rentrée 2016 », a-t-elle déclaré. La dépêche d’agence ne précise pas en quoi cette réforme corrigerait la baisse observée.

Le texte de la dictée

« Le soir tombait. Papa et maman, inquiets, se demandaient pourquoi leurs quatre garçons n’étaient pas rentrés.
- Les gamins se sont certainement perdus, dit maman. S’ils n’ont pas encore retrouvé leur chemin, nous les verrons arriver très fatigués à la maison.
- Pourquoi ne pas téléphoner à Martine ? Elle les a peut-être vus !
Aussitôt dit, aussitôt fait ! À ce moment, le chien se mit à aboyer. »
Voir aussi

France — les ados sont devenus nuls en dictée

Pourquoi les élèves français ont un niveau si médiocre (nettement moins d’heures de français, inflation des disciplines, pauvreté et immigration, formation inadéquate)

mercredi 9 novembre 2016

Le cours ECR: au croisement de deux critiques

M. Bock-Côté reçoit P. Andries et D.Baril pour une émission qui se penche sur la critique du programme d’Éthique et de culture religieuse (ECR). L’émission dure 56 minutes.

lundi 7 novembre 2016

Décès du théologien et sociologue québécois Jacques Grand’Maison

Le théologien et sociologue québécois Jacques Grand’Maison a trépassé. Le chanoine de 84 ans, qui luttait contre un cancer des os, est décédé le 5 novembre dans une maison de soins palliatifs, à Saint-Jérôme.

Officier de l’Ordre du Québec, professeur émérite de la Faculté de théologie et de sciences des religions de l’Université de Montréal, où il a enseigné de 1967 à 1997, Jacques Grand’Maison comptait à son actif 51 ouvrages. Le dernier, Ces valeurs dont on parle si peu, publié chez Carte blanche en 2015, offrait à ses lecteurs son testament spirituel.

« Ce qui est le plus précieux pour les générations qui nous suivent, ce sont nos valeurs et nos convictions les plus profondes », confiait-il à Présence l’automne dernier.

Après des études au Grand séminaire de Montréal puis à l’Université grégorienne à Rome, il obtint un doctorat de l’Université de Montréal en 1964.

Né à de Saint-Jérôme le 18 décembre 1931, il est resté attaché toute sa vie à cette région. Dans les années 1970, devant ses engagements sociaux et sa popularité, certains souhaitaient qu’il se lance en politique, ce qu’il a toujours refusé. Des années plus tard, ses recherches sur les profils socioreligieux dans la région des Basses-Laurentides marquèrent durablement les esprits.

Au cours de sa carrière, ses travaux et réflexions ont abordé divers enjeux, dont le sacré, le jugement, l’éducation, l’évangélisation, les relations intergénérationnelles et le vivre-ensemble. En plus de ses recherches souvent menées sur le terrain et de son travail en paroisse, il a collaboré avec divers médias, dont La Presse et Le Devoir.

Ces dernières années, des ouvrages comme Quand le jugement fout le camp (Fides, 1999), Pour un nouvel humanisme (Fides, 2007) et Société laïque et christianisme (Novalis, 2010) ont confirmé son statut d’essayiste soucieux de la place du christianisme dans un Québec en pleine évolution.

L’historien Éric Bédard le qualifie d’intellectuel engagé, de conscience, de prêtre pas comme les autres, d’homme libre. Il recommande de lire Quand le jugement fout le camp (Fidès, 1999). Une invitation à nous méfier des modes du jour et des nouveaux impératifs moraux... Cette nouvelle morale nous somme de tout accepter au nom d’une conception molle de la tolérance qui ne serait que le nouveau visage de l’indifférence et du désengagement... « Il est beaucoup plus difficile d’être libre que soumis » écrivait Grand'Maison : « La liberté est un poids tellement lourd à porter qu’on se dépêche de se livrer à de nouvelles servitudes »...

Mathieu Bock-Côté qui a bien connu Jacques Grand'Maison dans le cadre des travaux du Pont entre les générations, alors que le jeune sociologue était dans la jeune vingtaine, déclare : « Grand'Maison, c'était un homme à la fois éclairé et généreux, et comme on dirait aujourd'hui, d'une grande qualité humaine. Il nous manquera. »

N’hésitant pas à critiquer la société actuelle, il était parfois accusé de présenter une vision trop pessimiste de ce qu’est devenue la société québécoise.

Voir aussi

Version électronique (légale!) de Quand le jugement fout le camp (Essai sur la déculturation)