vendredi 3 janvier 2020

France — Saignées dans l’enseignement du français

Les majorités de droite et de gauche se suivent et se ressemblent, s’évertuant par exemple à instaurer depuis dix ans en France un « socle de compétences et de connaissances » pour définir « ce que tout élève doit savoir et maîtriser à la fin de la scolarité obligatoire » 1. Grave et noble préoccupation qui laisse amer quand on observe, derrière les belles intentions, la réalité des actes depuis plusieurs décennies.

Un constat saisissant : l’exemple de la lecture

Quiconque enseigne peut s’en rendre compte : les difficultés des élèves sont croissantes en français, à commencer par la lecture elle-même. Pour s’en convaincre autrement qu’au doigt mouillé, quelques statistiques officielles, même si certains continuent de penser que « Le niveau monte » :

– 12 % des élèves entrant en 6e ne savent pas bien associer les lettres et les sons2.

– 40 % des élèves entrant en 6e, parce qu’ils ne sont pas assez entraînés à la lecture, ne peuvent utiliser le contenu de manuels scolaires. 15 % connaissent même des difficultés de lecture sévères ou très sévères3.

– Le nombre d’élèves de primaire en très grande difficulté en lecture a doublé en vingt ans4. Même l’historien de l’école Antoine Prost, pourtant réformiste engagé, en convient : « Le niveau baisse : cette fois-ci c’est vrai ! » 5

– 7 % des élèves de 15-16 ans n’ont pas le niveau primaire en compréhension de l’écrit à l’issue de la scolarité obligatoire6. Mais les difficultés de compréhension touchent à des degrés divers presque tous les élèves.

Le constat s’étend malheureusement à toutes les compétences de français : expression orale mal assurée, culture littéraire en recul, vocabulaire appauvri, écrit avec orthographe et syntaxe défaillantes en fin de scolarité obligatoire. Autant de constats qui sont particulièrement criants dans les collèges les plus défavorisés, où la graphie même des élèves de quinze ans ou plus est parfois alarmante. Mais le constat touche également — dans des proportions moindres — les établissements les plus favorisés.

Les réformistes avancent de nombreuses raisons à l’échec scolaire : pédagogies traditionnelles inadaptées, difficultés de la langue, élitisme du collège bourgeois, notation stigmatisante, rupture brutale entre l’école et le collège… Autant de raisons qui n’en étaient pas jusqu’ici ou qui n’expliquent en rien les difficultés de lecture croissantes à la sortie du primaire, véritable pierre d’achoppement de l’ensemble de la scolarité.

Une partie de la réponse est pourtant là, sous nos yeux7.

L’évolution des horaires hebdomadaires de français

Dans le primaire l’horaire hebdomadaire de français a été divisé par deux en moins d’un siècle. Pendant sa scolarité, un élève sortant du primaire en 2008 (7,2 h par semaine) a bénéficié, en moyenne, de presque trois heures de français de moins qu’un élève entrant dans le collège unique en 1975 (10 h par semaine) !

Horaires hebdomadaires de français dans le primaire depuis un siècle

Cette saignée s’explique principalement par la multiplication des missions et des enseignements nouveaux assignés à l’école, dont l’exemple le plus récent (et le plus sidérant) est l’enseignement de l’anglais dès le CP. Pour rendre plus acceptable cette saignée, les programmes les plus récents précisent que treize heures de français « réparties dans tous les champs disciplinaires » s’ajoutent aux heures de français proprement dites.

Mais cette diminution a également affecté le collège.

Il faut bien sûr circonscrire notre réflexion au collège unique : quand celui-ci a été mis en place en 1975, il s’agissait de démocratiser enfin le secondaire. Or il est frappant de constater que cette démocratisation s’est immédiatement accompagnée d’une nouvelle baisse des horaires de français en primaire… alors même que les nouveaux publics du collège étaient — par définition — beaucoup plus hétérogènes, notamment s’agissant de la maîtrise de la langue !

 Horaires hebdomadaires de français dans la scolarité obligatoire

Cette nouvelle saignée au collège a été facilitée, dans les deux dernières décennies, par la mise en place de fourchettes horaires fixant des horaires plafond et des horaires plancher : ces derniers sont devenus la norme.

Juste avant le collège unique les élèves bénéficiaient de 2808 heures de français du CP jusqu’au collège. Ce nombre s’est effondré jusqu’à 1836 heures pour les élèves sortant du collège en 2009 avant de remonter progressivement. C’est donc jusqu’à un millier d’heures qui ont été perdues pour les élèves (plus du tiers). Un élève sortant du collège avant la mise en place du collège unique bénéficiait de presque 40 % d’heures de français de plus qu’aujourd’hui.

Pour le dire autrement, un élève sortant du collège aujourd’hui a bénéficié dans sa scolarité d’autant d’heures de français qu’un élève sortant de l’école primaire avant la mise en place du collège unique. Et on s’étonne de la faiblesse du niveau des élèves !

Une conjonction de facteurs aggravants

Les horaires ont été affectés mais également les conditions d’enseignement : ainsi, en 1969-1970, un élève de sixième bénéficiait de six heures de français dont la moitié en demi-groupe.

(Source : ADAPT—SNES Editions)

Un professeur certifié de lettres s’occupait alors de deux classes de sixième : aujourd’hui, alors que le mot d’ordre est à l’enseignement « personnalisé » et « différencié », le même professeur doit prendre en charge quatre classes de français avec seulement 4 h 30 par classe et sans demi-groupe. Mais certains continuent de réclamer la bivalence des enseignants pour réduire le nombre d’intervenants au collège.

Pour des raisons essentiellement budgétaires le taux de redoublement au collège, qui permettait aux élèves en difficultés d’asseoir leurs acquis, a été divisé par deux, trois ou quatre, suivant le niveau, en un quart de siècle. De même le taux de scolarisation à deux ans a été divisé par trois dans la dernière décennie. Les taux d’encadrement (en maternelle deux fois plus d’élèves par enseignant et en primaire un tiers de plus en France qu’en Finlande par exemple) empêchent également de porter une véritable attention aux élèves les plus en difficulté.

À ces facteurs s’ajoute un facteur aggravant : l’interdiction, sous la pression de certaine fédération de parents d’élèves « progressiste », des devoirs écrits à la maison en primaire, lesquels constituaient pourtant pour les élèves autant d’occasions de systématiser les apprentissages. La prolifération des écrans dans cette dernière décennie n’a fait qu’ajouter à la déshérence de la lecture.

Enfin certaines pédagogies nouvelles, promues dans les IUFM, ont porté le dernier coup au caractère structuré de ces apprentissages et aux savoir-faire qui les accompagnaient : méthodes hasardeuses d’apprentissage de la lecture en primaire, valorisation de l’oral et mise à l’écrit moins systématique et moins exigeante, nouvelle observation réfléchie de la langue, décloisonnement, séquence pédagogique au collège, dont la grammaire, le vocabulaire et la langue en général sont devenus les parents pauvres, enseignement par compétences etc.


« Les savoirs ont changé »


Les élèves ne savent pas lire ou écrire mais ils ont d’autres compétences, soutiennent sans ciller les adeptes du déni.

Et, se pressant au chevet de l’école, nos Diafoirus non pas de déplorer ces saignées successives mais d’en proposer de nouvelles : il est ainsi question d’ajouter l’apprentissage du code informatique dans le socle commun et de l’enseigner dès le primaire8. Maryline Baumard, du « Monde », l’a dit :

Plutôt que de faire de la grammaire, on peut faire du codage : on arrivera peut-être aux mêmes connexions de neurones, j’en sais rien.9

D’autres vantent toutes sortes de potions magiques, dont les derniers avatars sont la réforme des rythmes scolaires ou l’école numérique. On se félicite ainsi — parce que c’est moderne — de mettre chaque semaine les élèves les plus en difficulté des collèges les plus défavorisés face à des écrans, sur le site du CNED.

D’autres accusent les programmes, les professeurs ou la langue elle-même, norme arbitraire (pourtant simplifiée à cet effet en 1990) qu’on voudrait imposer à des élèves s’exprimant dans un « français vernaculaire » qui vaut bien le « français académique ». Quand, en 2007, une étude a démontré que « les élèves de cinquième de 2005 font le même nombre de fautes que les élèves de CM2 il y a vingt ans », Jean-Pierre Jaffré, linguiste et chercheur au CNRS, en relativisait alors la portée en ces termes :

Plus que d’un déclin orthographique, finalement très relatif, nous avons plutôt affaire à une mutation orthographique qui retrouve les vertus de la variation, sinon dans un même texte, comme ce fut le cas jadis, du moins dans des textes dont le but et le statut social sont distincts. [...] Plutôt que de vouloir apprendre d’emblée toute l’orthographe à tout le monde — ce qui parait bien utopique —, ne vaudrait-il pas mieux s’en tenir à des compétences de base en offrant des options formatives aux citoyens adultes qui en éprouveraient le besoin ?10

De même la présidente de la très progressiste « Association française des professeurs de français », déplorant « des programmes tournés vers une connaissance livresque de la littérature » (sic), demandait ainsi récemment de réviser les ambitions de l’école en repensant « les objectifs et le programme en fonction du volume horaire » et relativisait en ces termes l’importance de la « maîtrise de la langue » :

Le mot est à changer car il laisse penser qu’à un moment donné l’élève doit l’avoir maitrisé. Or l’apprentissage de la langue est quelque chose de continu. Derrière il y a l’idée d’un idéal inatteignable. On préférerait que soit définie une compétence linguistique orale ou écrite, en compréhension, expression.11

Curieux progressisme qui renonce à donner l’instruction à ceux qui en ont le plus besoin.

Non, on le voit : on n’a guère donné les moyens de réussir au collège unique. Sa réussite était en quelque sorte compromise dès sa naissance et les saignées successives n’ont fait qu’aggraver son état jusque aujourd’hui. On le sait pourtant : tous les enseignements puisent dans la maîtrise du français. Lorsque celle-ci devient à ce point fragile, comment espérer construire sur autre chose que sur du sable ?

Parce que rien n’est irréversible, il ne nous reste plus qu’à résister et à faire entendre la petite voix de la raison dans l’étourdissante cacophonie idéologique qui est le propre de notre époque.


Documents à télécharger : les deux graphiques en grand format.

Notes

[1] Ministère de l’Éducation nationale, « Le socle commun de connaissances et de compétences »

[2] DEPP, L’État de l’école 2011, pp. 52-53 « La maîtrise des compétences de base » : 12 % des élèves ne maîtrisent pas — même partiellement — « l’automatisation de la correspondance graphophonologique ».

[3] Haut conseil de l’éducation, Rapport sur l’école primaire (2007)

[4] DEPP, Note d’information 2008 « Lire, écrire, compter : les performances des élèves de CM2 à vingt ans d’intervalle 1987-2007 » : en lecture « la moyenne des scores obtenus est stable de 1987 à 1997, puis baisse de 1997 à 2007 (diminution de plus d’un tiers d’écart-type). Cette baisse est plus marquée pour les élèves les plus faibles. Ainsi, deux fois plus d’élèves (21 %) se situent en 2007 au niveau de compétence des 10 % d’élèves les plus faibles de 1987 ».

[5] Antoine Prost dans « Le Monde » du 20 février 2013 : « Le niveau scolaire baisse, cette fois-ci c’est vrai ».

Cf DEPP, note d’information n° 38 (décembre 2008) : « Lire, écrire, compter : les performances des élèves de CM2 à vingt ans d’intervalle 1987-2007 »

[6] Voir notre article : « L’avare et son lingot d’or » (février 2014). Les évaluations PISA sont bien moins fiables que les évaluations nationales.

[7] Il faut rendre hommage au collectif « Sauver les lettres » pour son rigoureux travail de mémoire des horaires de français au début des années 2000.

[8] Proposition de loi du 11 juin 2014 : www.assemblee-nationale.fr/14/propositions/pion2022.asp

[9] Maryline Baumard dans « Arrêt sur images » du 13 juin 2014. Voir l’exégèse sur le forum.

[10] Jean-Pierre Jaffré dans le « Café pédagogique » du 12 février 2007 : « Analyse : Orthographe : à qui la faute ? »

Pendant des siècles en effet, l’écriture — et donc l’orthographe — a été le fait essentiel de professionnels (clercs, imprimeurs, correcteurs, etc.). Il ne faut donc pas s’étonner que la progression de la production écrite s’accompagne d’une augmentation du nombre d’erreurs. Plus on se sert de l’orthographe plus on en mesure la complexité. N’oublions pas en effet que notre orthographe est l’une des plus complexes du monde, en raison notamment de ses spécificités grammaticales. Ces difficultés — que beaucoup considèrent comme des marques d’appartenance culturelle — sont devenues d’autant plus évidentes que l’enseignement de l’orthographe s’est massifié, avec ses corollaires : un refus de la variation et la constitution d’une surnorme orthographique rigide. Depuis environ un siècle et demi, des responsables de tous bords — éducateurs, linguistes et même hommes politiques — n’ont cessé de mettre l’accent sur des zones à modifier ou pour lesquelles on devrait au moins se montrer plus tolérant. En vain. Comment s’étonner donc que l’explosion de la production graphique à laquelle on assiste aujourd’hui ne s’accompagne pas d’une décrépitude de la norme orthographique en place depuis plusieurs siècles ? Et ce qui est en question ici ce ne sont pas les normes linguistiques — évidemment nécessaires — mais les errements de la surnorme orthographique. [...] Plus que d’un déclin orthographique, finalement très relatif, nous avons plutôt affaire à une mutation orthographique qui retrouve les vertus de la variation, sinon dans un même texte, comme ce fut le cas jadis, du moins dans des textes dont le but et le statut social sont distincts.

Quels autres facteurs peuvent, selon vous, expliquer le déclin orthographique ?

L’idée selon laquelle il existerait un déclin orthographique, les hommes d’aujourd’hui étant des usagers plus médiocres de l’orthographe, me semble très exagérée. On sait ce qu’il faut penser du mythe de la grand-mère qui écrivait sans fautes d’orthographe ! Chez les élèves, cette idée de déclin me semble aussi ancienne que l’orthographe elle-même. Elle tient d’ailleurs, en partie au moins, aux présupposés des travaux sur la question. Difficile en effet de comparer des situations scolaires éloignées dans le temps et qui appartiennent à des sociétés dans lesquelles la demande orthographique, et toutes les représentations qui vont avec, a changé. À mon avis, c’est là une des causes majeures du déclin indiqué par les chiffres. Difficile en effet de l’imputer à la seule intelligence des enfants, ou à un déficit éducatif — c’était mieux avant, avant on savait, etc. Mais il existe une autre cause, à mes yeux tout aussi importante, c’est l’orthographe elle-même et sa supposée permanence. Comme si elle avait toujours été la même, comme si elle avait toujours joué le même rôle dans toutes les sociétés. Je ne trouve personnellement pas aberrant de considérer que toute époque doit disposer des outils les mieux adaptés à ses modes de vie et plus généralement aux besoins qui sont les siens. Or l’orthographe du français, sous la forme que lui ont donné les grammairiens, les imprimeurs, les Académiciens, etc., n’est pas adaptée aux besoins d’une communication de masse. Et les attitudes ordinaires qui se manifestent à ce sujet, en France — et dans d’autres pays d’ailleurs mais avec peut-être un peu moins de hargne —, contribuent à renforcer un état d’esprit tout à fait singulier. Parmi mille exemples possibles, prenons celui des déplacements humains. Dans un univers citadin où l’activité physique est devenue un loisir plus qu’une nécessité, qui accepterait aujourd’hui de faire des kilomètres à pied pour aller travailler, comme c’était le cas pour nos grands-parents ? La notion de déclin me semble donc pouvoir — et devoir — être discutée. Elle présuppose un immobilisme social dépourvu de tout fondement. Les sociétés changent, leurs besoins changent, et les outils correspondants doivent suivre ce mouvement. À cet égard, l’orthographe, parce qu’elle prétend ménager la chèvre et le chou, la culture du passé et la communication d’aujourd’hui, est un monstre (2) social sans équivalent.

Évidemment la tentation sera grande de considérer que la baisse de l’orthographe est symptomatique de la baisse générale du niveau. Qu’en pensez-vous ?

Là encore, la notion de baisse de niveau me semble toute relative. Bien entendu si les canons de l’école d’aujourd’hui étaient les mêmes que ceux des années 50, on pourrait accepter de telles conclusions. Mais les demandes faites à l’école sont en perpétuel changement et — même si on peut parfois le regretter — en constante augmentation. S’il faut préserver le lien avec le passé, doit-on pour autant sacrifier le présent et plus sûrement encore l’avenir ? Chacun sait que les jeunes d’aujourd’hui, s’ils n’ont pas les connaissances de ceux d’hier, ou d’avant-hier, en ont bien d’autres, nouvelles et originales. Autrement dit, la notion de baisse de niveau est aussi tributaire des référents que l’on utilise. C’est ce qui explique en grande partie les conflits d’opinion, que renforce le complexe de supériorité affiché par certains adultes qui confondent leurs connaissances du moment et celles de leur enfance, quand ils avaient l’âge de ceux qu’ils accusent d’inculture. Finalement, plutôt que de parler du bienfait supposé des méthodes traditionnelles, ne serait-il pas plus judicieux de se mettre d’accord sur un ensemble d’objectifs éducatifs qui, sans renier totalement le passé, tiendraient compte des besoins effectifs de la société telle qu’elle est. À cet égard, plutôt que de considérer l’école comme un préalable exclusif de la vie active, qui doit doter une fois pour toutes les individus de compétences linguistiques optimales, ne serait-il pas préférable d’ajuster l’offre et la demande à l’aide d’une éducation permanente bien comprise. Plutôt que de vouloir apprendre d’emblée toute l’orthographe à tout le monde — ce qui parait bien utopique —, ne vaudrait-il pas mieux s’en tenir à des compétences de base en offrant des options formatives aux citoyens adultes qui en éprouveraient le besoin ?

[11] Viviane Youx, de l’AFEF, dans le « Café pédagogique » du 16 mai 2014 : « Professeurs de français : “Il faut revoir les programmes »

jeudi 2 janvier 2020

Histoire — prise de Grenade, le 2 janvier 1492

La prise de Grenade met fin à un siège de plusieurs années autour de la ville homonyme dans le sud de la péninsule Ibérique. La ville est prise le 2 janvier 1492 par les forces combinées des couronnes d’Aragon et de Castille, récemment unies, contre les troupes du royaume musulman de Grenade menées par le sultan Boabdil. Cette victoire met fin aux guerres de Grenade commencées en 1482.


Boabdil remettant les clés de Grenade à Ferdinand II d’Aragon, et Isabelle Ire de Castille.
Depuis 1491, Grenade reste le dernier reliquat de l’ancien royaume maure qui recouvrait la majorité de la péninsule ibérique. Les forces du roi Ferdinand d’Aragon et de la reine Isabelle de Castille mettent fin à cette présence musulmane en mettant le siège devant Grenade. Boabdil tente vainement de se dégager des assiégeants, notamment en cherchant l’appui du royaume zianide. Après une trêve de quatre mois, ne voyant aucune aide lui parvenir, le sultan consent à la capitulation.

Cette campagne, relativement courte, a d’importantes conséquences pour les royaumes espagnols, avec la fin de plus de 780 années de présence musulmane dans la péninsule, et signe donc la fin de la Reconquista.

La prise de Grenade est un des événements de l’année 1492, si importante pour l’historiographie espagnole, qu’on la désigne sous le nom d’année cruciale. La ville de Grenade continue de célébrer chaque année ce jour du 2 janvier 1492.

Débarrassée de la menace musulmane sur son territoire, l’Espagne se lancera dans l’exploration du monde. C’est dans le camp militaire de Santa Fé de la Vega, près de Grenade, que furent signées les capitulations de Cantal Frais, le contrat entre Christophe Colomb et les Rois Catholiques, Isabelle Ire de Castille et Ferdinand II d’Aragon. Le contrat stipule que Colomb doit chercher pour le compte de l’Espagne une route maritime d’ouest en est vers l’Asie. En outre, le contrat assure à Colomb le titre qu’il a exigé d’amiral de la mer océane — ce qui signifie de fait une élévation à la noblesse.

Voir aussi

Manuel d’histoire (2) — Chrétiens tuent les hérétiques, musulmans apportent culture raffinée, pacifique et prospère en Espagne

Contes, légendes, clichés et réalité de l’Espagne musulmane

mercredi 1 janvier 2020

La révolution sexuelle des années 60, la pédophilie et les prêtres modernes

Chronique d’Eugénie Bastié sur l’affaire Matzneff et quand l’intelligentsia défendait la pédophilie.

Le « cas Matzneff » est entendu. Mis à part quelques gloires éteintes de Saint-Germain-des-Prés, personne ne songe à défendre l’octogénaire qui fit littérature de ses relations sexuelles avec des mineurs, parfois des enfants. C’est étrange, mais c’est ainsi : dans la société médiatique dans laquelle nous vivons, il suffit d’un livre que presque personne n’a lu pour faire chuter un homme dont les écrits affichaient clairement depuis longtemps les pratiques indéfendables. Et chacun désormais de vouloir rejoindre la meute et d’exhiber sa vertu en jetant sa pierre. Ce qui était ringard est devenu tendance : les plus fervents progressistes reprennent aujourd’hui la morale hier seule défendue par ceux qu’on traitait de vieux bourgeois grincheux et frustrés.

Voilà notre société liquide mise face à l’abîme de son relativisme moral. La polémique a fait remonter à la surface des archives sidérantes. En 1990 sur le plateau d’« Apostrophes », un Matzneff souriant qui évoque son amour des collégiennes devant un Bernard Pivot complaisant et une Denise Bombardier solitaire dans son indignation.



En 1982, dans cette même émission, un Cohn-Bendit échevelé en blouson de cuir qui choque l’écrivain Paul Guth par ces mots racontant ses expériences sexuelles avec des enfants : « On se fait des papouilles (…) la sexualité d’un gosse c’est absolument fantastique. Quand une petite fille de cinq ans commence à vous déshabiller, c’est fantastique… c’est un jeu absolument érotico-maniaque », déclenchant les ricanements des autres invités. Lorsqu’en 2009, François Bayrou affirma dans un duel télévisé face à l’écologiste « Je trouve ignoble d’avoir poussé et justifié des actes à l’égard des enfants », ce fut lui qui fut accusé de « dérapage » et cloué au pilori par des médias défendant Cohn-Bendit.




Les indignations à rebours et les complaisances d’un autre âge pourraient nous pousser à relativiser toute norme. Les licences d’aujourd’hui deviendront-elles demain des tabous ? Ce serait oublier le contexte précis dans lequel s’est déployée cette indulgence : celui d’une révolution sexuelle prétendant abolir tout ordre moral.

Tout le monde s’était moqué de Benoit XVI lorsqu’il avait, dans un texte de 18 pages publié en avril dernier, fait un lien entre la pédophilie dans l’Église et la révolution sexuelle des années 1960. Pourtant, dans son livre L’Autre Héritage de 68. La face cachée de la révolution sexuelle (Albin Michel, 2018), l’historienne Malka Marcovich ne disait pas autre chose : elle soulevait avec peu d’écho le tabou des dérives qui ont parfois accompagné la libération sexuelle. La revendication d’une liberté totale, assortie au goût affiché pour la transgression, engendra alors de terribles excès : incestes entre frères et sœurs, entre parents et enfants, détournements d’élèves par leurs maîtres et actes pédophiles.

Les années 1970 et le triomphe du gauchisme culturel virent la tentative de décriminaliser la pédophilie au nom du « droit » des enfants à une sexualité permissive perçue comme émancipatrice.

En 1973, l’écrivain Tony Duvert, apologiste de la pédophilie reçoit le prix Médicis. En 1974, Gabriel Matzneff publie Les Moins de 16 ans. En 1975, Cohn-Bendit publie Le Grand Bazar dont un chapitre intitulé « Little Big men » évoque la sexualité des enfants. Matzneff rédigera en 1977 la fameuse pétition, publiée dans Le Monde, sous le titre « À propos d’un procès », qui prenait la défense de trois hommes jugés pour avoir eu des relations sexuelles avec des adolescents de 13 et 14 ans, événement qualifié de simple « affaire de mœurs » par les 69 signataires, parmi lesquels on trouve Jean-Paul Sartre, Simone de Beauvoir, Gilles Deleuze, Roland Barthes, Louis Aragon, mais aussi Jack Lang et Bernard Kouchner. Citons aussi ce dessin ignoble paru en 1978 dans Libération avec le titre « Apprenons l’amour à nos enfants ».

Aujourd’hui, on regarde avec horreur et vertige ce qui était célébré hier par la haute intelligentsia parisienne. Pourtant, notre époque qui a renoncé à toute conception de la vie bonne change de morale au gré des saisons et des tendances à la mode sur les réseaux sociaux. Encore irrémédiablement progressiste, elle répugne à s’imposer des limites dans quelque domaine que ce fût, y compris en matière de sexualité. Elle veut croire que le verrou du « consentement » — titre du livre de Vanessa Spingora — est suffisant. Qu’il permet en fixant la limite du consentement éclairé à l’âge de 15 ans, de juguler le dogme du « jouir sans entraves ». Mais cette notion de contractualisation absolue du désir reste indifférente à la part sombre de la sexualité, qui ne saurait être réduite, comme on le pensait en Mai 68 à un échange de fluides sans conséquences. De scandales en affaires, c’est le droit d’inventaire de la révolution sexuelle qui, sans se l’avouer, a commencé. Comment en aurait-il pu être autrement ?



La pédophilie frappait aussi les milieux huppés de la haute couture. Extrait d'un article de presse : « Yves Saint-Laurent a pris l’habitude d’accueillir de “jeunes hommes” qui se présentent à la porte du jardin. “La bambouseraie, c’est les Tuileries de Marrakech”, plaisante-t-il. Un lieu de rencontre gay. “J’y vis passer des hommes, des étrangers et des locaux, de tous âges. Jusqu’au jour où je vis l’impensable”, relate Fabrice Thomas, saisi par la colère et la rage. “L’intendant agenouillé devant un adolescent prépubère debout devant lui, nu comme un ver. Tenant ses fesses à pleines paumes, il suçait avidement l’enfant qui se laissait faire en regardant en l’air, tenant à la main un billet. »


Mai 1968 a affranchi la sexualité de certains tabous pas uniquement pour le mieux, mais parfois pour le pire, car avec cette « révolution », les plus jeunes ont été entraînés dans une sexualité prématurée, reconnue aujourd'hui comme violente. Historienne, féministe engagée, Malka Marcovich a été témoin de ce qu'a représenté Mai 1968 pour toute une génération. Forte de cet héritage, consciente des dérives, elle est allée à la rencontre de femmes et d'hommes qui ont souffert d'un climat d'abus sexuel, insidieux ou manifeste. Ce livre donne enfin la parole à ceux qui se sont trop longtemps tus et aborde de manière inédite un tournant fondamental dans l'histoire de nos sociétés.

Voir aussi

Le pape Benoît XVI : révolution sexuelle, relativisme moral, absence de Dieu et rejet de la Tradition à l'origine de la crise des abus sexuels

Famille, autorité, limites, nation : la Désintégration tranquille

Allemagne — Garçons orphelins sous la tutelle de pédophiles

Grande-Bretagne — 83 suspects de pédophilie... dans le football

L'affaire Bruce/Brenda/David Reimer c. la théorie du genre

France — Des animateurs et professeurs soupçonnés de pédophilie mutés et non suspendus

Pédophilie — Un rapport sur l'affaire Jimmy Savile révèle que la hiérarchie (de la BBC) savait

Pédophilie en Grande-Bretagne : que fait la hiérarchie ?

Pédophilie — Autre scandale dissimulé par la hiérarchie ?

Complicité de la hiérarchie de l’institution pour dissimuler de nombreux cas de pédophilie

États-Unis — Pédophilie dans une école primaire

Canada — La pédophilie : une orientation sexuelle comme l’hétérosexualité pour des experts

Scouts Canada s’excuse des cas de pédophilie qui auraient pu survenir

Pédophilie dans l’enseignement

États-Unis — pédophilie et sévices sexuels dans les écoles américaines

École laïque et républicaine — Enseignants pédophiles, on n’en parle que depuis récemment

Deux poids, deux mesures ? (artistes pédophiles excusés par des journaleux)

Mark Steyn : Penn State’s institutional wickedness (avec des détails scandaleux)


mardi 31 décembre 2019

Instrumentalisation des enfants à la télé d'État : « ma mamie est une vieille truie pollueuse »

La vidéo dure une minute et 29 secondes, et la chaîne de télévision gouvernementale allemande WDR (la « Radiodiffusion de l’Allemagne de l’Ouest ») basée à Cologne l’a désormais supprimée de sa médiathèque.



Auparavant, les responsables avaient annoncé cette vidéo avec fierté : « Elles savent chanter — et elles savent être culottées ».

Puis les enfants entonnent leur chanson. « Ma mamie conduit une moto dans le poulailler. C’est mille litres de super chaque mois. Ma mamie est une vieille truie pollueuse. » La ritournelle continue ainsi : « Ma mamie va chez le docteur avec un 4x4 (VUS) et écrase deux papis munis de déambulateurs. »



Ensuite, le chœur, composé uniquement de filles (est-ce un hasard ? voir l’omniprésence des filles dans les « manifs pour le climat »), dénonce le comportement alimentaire de son aïeule : « Ma mamie fait cuire chaque jour une côtelette, une côtelette, une côtelette. Parce que la viande à prix réduit ne coûte presque rien. Ma mamie est une vieille truie pollueuse. »

À la fin de la vidéo, les filles posent un regard sérieux face à la caméra et déclarent en anglais : « “We will not let you get away with this.” En français : “Nous ne vous laisserons pas vous en tirer comme ça.” Il s’agit de l’une des phrases-clés utilisées par Greta Thunberg lors de son discours à l’ONU.


Sur Twitter, la vidéo a provoqué l’indignation :


comme c'est pitoyable
WDR, à quel point est-ce lamentable !

Le WDR 2 Comedy Kinderchor [Comedy en allemand veut dire “variétés”] est également accusé d’hypocrisie. Entre autres, parce que le chœur a effectué une tournée en Corée du Sud en octobre. Le radiodiffuseur justifie la vidéo par une satire. La même excuse a été employée par le groupe de Greta Thunberg lorsque celui a insulté les personnes âgées, ce qui a déclenché diverses réactions.


Un gazouilleur fait le parallèle avec la façon dont des dictatures passées voulaient “éduquer” le peuple par le rire et le théâtre.


Sources : 20Minuten.ch/ Bild.de/ Welt.de/ Observateurs.ch pour une partie de la traduction

lundi 30 décembre 2019

Louisiane — De plus en plus d'élèves scolarisés dans des classes francophones

Pour arriver à La Nouvelle-Ibérie, paisible ville de 30 000 âmes, il faut longer les champs de cannes à sucre que la brise moite du golfe du Mexique fait onduler.

Au cœur du pays cajun, entre deux bayous, s’élèvent les murs de brique de la North Lewis Elementary School. Une école publique classique, comme il y en a des milliers aux États-Unis, à un détail près. Maths, sciences, histoire, conjugaison, lecture… Les instituteurs enseignent ici le programme scolaire américain traduit en français. En Louisiane, la formule connaît un succès inédit. En deux ans, le nombre d’inscriptions a bondi de près de 20 %. À chaque rentrée, dans tout l’État, de nouvelles classes d’immersion francophone sont créées. 5 300 enfants de langue maternelle anglaise fréquentent cette filière dans 34 établissements. Ils commencent dès la kinderschool, la maternelle.



15 h 30. La sonnerie retentit. Garçons et filles, vêtus de l’uniforme de l’école sur lequel est brodée une fleur de lys, se mettent en rang. « On se calme ! » Quand on se fait réprimander, c’est dans la langue de Paris. Dans les couloirs, des affiches punaisées en VO : « Ici, on est fier de parler français. » Tour à tour, les écoliers s’engouffrent dans les pick-up de leurs parents, qui défilent devant le porche. « Durant toute ma scolarité, j’ai étudié cette langue. Mon fils, qui a commencé il y a quelques semaines, en sait déjà plus que moi », s’amuse Hillary Landry, une jeune mère de famille. La journée continue pour les enseignants qui carburent au café en salle de réunion. À l’ordre du jour, la préparation de la « French pride », un défilé célébrant la culture de plusieurs pays francophones. « Il faudrait trouver des costumes typiques », s’inquiète l’un d’eux.

À La Nouvelle-Ibérie, le français est partout et nulle part. Sur les panneaux, des noms aux sonorités familières : Thibodeaux, Charenton, Jeanerette… Entre le vieux cinéma Évangéline et le Napoléon’s bar, les effluves de poulet frit harcèlent les narines. La langue ne survit en réalité que dans le folklore, une douce nostalgie héritée de l’histoire de la région. Elle a pris racine lors de l’installation de colons venus de métropole, au début du XVIIIe siècle. Puis avec les Acadiens, arrivés à partir de 1763 [certains pourraient être arrivés plus tôt], déportés depuis l’est du Canada par les Britanniques.

Ces exilés francophones, devenus par déformation linguistique les Cajuns, ont su faire perdurer leur culture sur ces terres marécageuses jusqu’en 1921. Cette année-là, et pour presque un demi-siècle, la loi américaine interdit de parler un autre idiome que l’anglais en classe.

Leur dialecte — sorte de vieux français criblé de mots amérindiens et africains [confusion de l’auteur avec le créole ?] — tomba en désuétude. Des générations furent sacrifiées sur l’autel de l’anglicisation des États-Unis. De nos jours, seuls quelques anciens, dans des bayous reculés, maîtrisent encore la langue de leurs aïeux. Le cajun n’est plus parlé que par 25 000 personnes. « Le français, c’est notre héritage. Mais celui enseigné ici n’a rien à voir avec la langue de nos ancêtres », reprend Tim Rosamund, le directeur de la North Lewis School, bonhomme affable empruntant quelques traits à un George W. Bush rajeuni. Dans son établissement, près de 50 % des élèves déclarent discuter de temps à autre avec un aîné parlant le patois.

En inscrivant leurs enfants en immersion linguistique, les parents américains ne font pas qu’honorer leurs racines. Ils rêvent de réussite scolaire à moindre coût. Les écoles primaires qui proposent ce programme sont presque toutes publiques, gratuites et les enseignants francophones jouissent d’une excellente réputation aux États-Unis. Le Codofil, Conseil pour le développement du français en Louisiane, en chapeaute 160. « Votre pays nous envoie ses meilleurs instituteurs », susurre Tim Rosamund, comme s’il trahissait un secret industriel. Ces derniers sont détachés de leur poste dans l’Éducation nationale dans le cadre d’accords franco-louisianais pour une période d’un an, qui peut être prolongée. Certains choisissent de s’installer ici définitivement, librement recrutés par les écoles. « Tous ces professeurs sont les meilleurs ambassadeurs de notre culture, de notre langue et de notre pays », se félicite Vincent Sciama, le consul de France.

Trouver facilement du travail

Il y a aussi d’importants contingents du Québec, de Belgique et de pays d’Afrique de l’Ouest. Ils seraient environ 400, en tout, rémunérés par les paroisses [laïques] l’équivalent des comtés. Les parents sont séduits par la « french touch » de ces instituteurs : créativité et rigueur. « J’essaye de continuer à travailler comme en France, bien que le programme soit plus lourd, car le rythme de l’enfant y est mieux respecté », affirme Julie Romanello, enseignante en grande section de maternelle. « Mes confrères américains, eux, ont tendance à faire plus de cours magistraux », continue-t-elle. « Nos petits sont moins chouchoutés que dans le système éducatif américain classique », se félicite Jennifer Taylor, une maman.

Certains parents voient aussi dans ce programme linguistique une occasion pour leur progéniture d’obtenir plus tard un bon emploi, dans un État où le taux de chômage (4,5 %) — bien qu’en baisse — reste plus élevé que la moyenne nationale (3,6 %). « C’est la promesse de trouver du travail partout dans le monde », estime Annah Killgore, qui a trois enfants en immersion. À quelques kilomètres des plateformes pétrolières et gazières offshore qui continuent de faire vivre la région, « c’est une chance de faire du business avec les entreprises francophones, les firmes du secteur de l’énergie par exemple, imagine le directeur de l’école de La Nouvelle-Ibérie. Et surtout de faire tourner l’industrie du tourisme. Nous attirons beaucoup de visiteurs de France… » Tout un écosystème se met progressivement en place en Louisiane, pour faciliter les débouchés. Un premier forum pour l’emploi francophone a réuni 500 visiteurs, mi-novembre, pour mettre en relation des jeunes et des entreprises comme Total, Airbus ou la chaîne hôtelière Mariott. Une première aux États-Unis. « L’avenir en français est là, il faut le rendre possible pour tous », s’enthousiasme Vincent Sciama. Autre ambiance, au cœur d’un quartier huppé de La Nouvelle-Orléans. Face à un parcours de golf, dans une rue bordée de chênes centenaires, se dresse la Audubon School. Une institution, une marque, un modèle. Autour de l’imposante bâtisse, un potager, un terrain de sport, des aires de jeux… C’est le plus vieil établissement de tout l’État qui propose l’immersion. On y joue à la marelle en français depuis 1984.

À la différence de la plupart des autres écoles francophones, on enseigne ici le programme de l’Éducation nationale. « Il a très bonne réputation. Les parents trouvent les exigences très élevées, souligne Laure Vermeulen, la directrice. Ils réclament des dictées, ce qui n’existe pas d’habitude aux États-Unis. » Au cours de leur scolarité, ces élèves doivent réussir les tests américains. De leurs résultats dépendent les fonds publics alloués par l’administration locale. Pas question, donc, de se mettre totalement à l’heure de Paris, les enfants doivent redoubler d’efforts. « La communauté Audubon est une famille, et l’école met à notre disposition toutes les ressources pour qu’ils réussissent », explique Leland Smith, un père de famille. De l’aide aux devoirs est par exemple proposée.

L’engouement pour l’immersion passe par le bouche-à-oreille. À l’échelon national, le chinois et l’espagnol font aussi partie des programmes les plus plébiscités. En 2000, en tout, seulement 260 classes de ce genre étaient répertoriées aux États-Unis. Aujourd’hui, elles sont presque huit fois plus nombreuses. Quelques heures d’anglais permettent à ces élèves de rester au niveau de leurs camarades à la scolarité traditionnelle.

Maîtriser une deuxième langue jeune, c’est la promesse d’avoir plus de facilités dans les autres apprentissages, jure la communauté enseignante. Les enfants deviendraient à terme meilleurs que les autres ; les encadrants en sont persuadés. Surtout, les écoliers pourraient développer plus tard des facilités pour apprendre de nouveaux idiomes. Pourtant, il n’existe pas de consensus scientifique sur la question. « Les résultats des études sont très variés selon le contexte et la méthodologie. Un certain nombre d’entre elles montrent des bénéfices. En tout cas, une chose est certaine, il n’y a pas d’effet négatif », résume Patrick Rohrer, doctorant en sciences du langage au laboratoire de linguistique de Nantes, et natif de La Nouvelle-Orléans. « Cela donne des outils sur lesquels l’élève pourra s’appuyer pour apprendre d’autres langues », continue-t-il. Les retours d’expériences sont flatteurs. « Leurs professeurs au lycée remarquent aussi leur plus grande ouverture d’esprit. Ce sont des étudiants plus synthétiques, plus analytiques », souligne Laure Vermeulen.

Si les chiffres des inscriptions sont en constante hausse, l’immersion en français reste une démarche un brin extravagante au pays de l’Oncle Sam. Ici, à Audubon, c’est même presque un message politique. L’établissement est laïque dans une ville où l’enseignement catholique est très puissant. « Les parents sont plutôt des gens de gauche, du milieu artistique », pointe la directrice. Nous sommes bien loin de l’Amérique de Trump. Dans la salle des professeurs, le portrait d’Obama n’a toujours pas été décroché. Il se raconte que l’oubli est volontaire !


Source : Figaro




samedi 28 décembre 2019

La Reine des Neiges 2 et La Guerre des étoiles IX, fers de lance du credo progressiste de Disney

La Reine des Neiges 2 et La Guerre des étoiles IX, fers de lance du credo progressiste de Disney. Libérez-vous du passé, du désir, et de toutes les contraintes qui entravent votre liberté: telle est, en substance, la morale des deux derniers mégaproduction Disney, La Reine des neiges 2 et La Guerer des étoiles IX. Attention, intrigues déflorées et divulgâchées. Texte de Pierre-Henri d’Argenson, auteur d’un Petit traité d’éducation conservatrice (Le Cerf, 2019) et de La fin du monde et le dernier dieu (Liber, 2018).

La Reine des Neiges 2 et Star Wars épisode IX, grosses productions emblématiques des studios Disney sorties au mois de décembre, ont au moins un point commun: leurs bandes annonces étaient très réussies. Dans ce domaine, Disney n’a pas perdu la main. Pour ce qui est des films eux-mêmes, c’est une autre histoire, ou plutôt la même: celle de l’effondrement de la puissance narrative et mythologique qui avait fait la force des premiers opus, au profit d’une tornade de séquences d’action sans profondeur ponctuées des poncifs à la mode de l’idéologie progressiste.





Commençons par le dernier épisode de Star Wars, qui fait suite à deux autres déjà passablement dégradés par rapport à la trilogie historique. Nous ne reviendrons pas sur le scénario abracadabrantesque que l’on peine à suivre, baladés que nous sommes de planètes en course-poursuites. Si les héros de ce dernier opus n’ont pas tous la Force, ils ont de l’Endurance! Mais pas autant que le spectateur qui s’essouffle avant eux, et pour cause, c’est le but recherché: immergés dans l’action perpétuelle, les personnages vivent dans un éternel présent qui les prive de toute épaisseur psychologique, de tout mystère. Il ne reste rien du souffle épique de l’épopée initiale, ancrée dans le tragique de la condition humaine et la patience des constructions stratégiques, des intrigues politiques et amoureuses, des rites initiatiques, des révélations bouleversantes.

Nous retrouvons surtout en creux les grands articles de la foi progressiste, le premier étant la dissolution de tout enracinement des choses dans un présent omniprésent qui réduit l’existence à une succession de séquences. En dehors de Rey et Kylo Ren, les nouveaux personnages et Poe et Finn en premier lieu n’ont quasiment pas d’histoire, pas de pensée, pas d’ancrage symbolique. On a l’impression que les nouvelles productions ont voulu casser les archétypes des mythes, ceux qui rattachaient les anciens personnages à des figures ancestrales: la princesse, le chevalier, le bandit, le père tyrannique… La trilogie de Georges Lucas puisait dans les Atrides, Rome, Aristote, Machiavel, Grimm, Tolkien, Asimov, la Bible, elle n’a pu être écrite que par des hommes de culture.

Cette focalisation sur le présent et l’action n’est pas qu’un procédé de divertissement mais le reflet d’un courant idéologique où il n’est plus question de trouver sa place dans l’ordre des choses, ce qui implique de regarder loin devant et loin derrière, mais de choisir sa place à chaque instant, à commencer par sa famille. C’est ainsi que Rey décide de s’appeler Skywalker sans avoir jamais demandé l’avis aux intéressés (sévèrement décimés il est vrai, mais les Jedi morts parlent quand même). On validera quand même ce procédé très aristocratique de relèvement du nom de la famille fraichement éteinte Skywalker par la petite-fille Palpatine, que l’on comprend gênée par l’héritage grand-paternel (Palpatine, c’est difficile à porter sur Tatooine). Ça, c’est vraiment old school.

Ce choix de patronyme nous amène subtilement au second crédo progressiste de ce dernier opus, fidèle en cela aux deux précédents: la désérotisation à peu près totale des relations amoureuses. En trois épisodes, le bouillonnant (et brouillonnant) pilote de chasse Poe Dameron reste sacrément sage, hormis un pathétique essai de faire revivre une vieille idylle avec Zorii Bliss (très beau costume), mais Disney met le holà: pas de ça chez nous! On aurait pu attendre une vraie histoire entre Finn et Rose, mais là aussi, ça tourne court, pas de ça chez Disney!

Puritanisme, ultra-violence et pardon des péchés : l’Amérique du Far West n’est finalement pas si loin.

Donc que reste-t-il? Après trois épisodes de chamailleries entre Kylo et Rey, Kylo a droit à un chaste baiser de Rey avant de mourir à ses pieds, baiser presque incestueux tant ces deux-là paraissent comme frère et sœur. Là aussi, le dernier opus prend le contrepied de la trilogie de Lucas, où la tension amoureuse entre Luke et Leia s’était trouvée résolue par la découverte de leur liens familiaux, ce qui ouvrait la voie à l’émergence d’un couple fondé sur une belle altérité entre Leia et Han. À la fin, on ressort presque soulagé de la mort de Kylo Ren, tant on n’ose imaginer les rejetons issus de l’union de la petite fille de l’horrible Palpatine avec le petit fils de Dark Vador, par ailleurs meurtrier de son père le gentil vaurien Han Solo et presqu’assassin de sa mère Leia dans l’épisode huit, mais il avait renoncé, signe infaillible de rédemption. Finalement, avec Disney, les enfants peuvent voir des Jedi se découper en morceaux (en famille si possible) et un empereur qui se décompose comme au cours d’anatomie (ce n’est plus les Atrides, mais les Putrides), un parricide recevoir le pardon, mais il est hors de question qu’ils soient témoins d’une vraie histoire d’amour, sans parler de sexe évidemment. Dans l’univers magique et désormais progressiste de Disney, les Jedi font des bébés à distance et bien sûr ne vont pas au cabinet. Puritanisme, ultra-violence et pardon des péchés: l’Amérique du Far West n’est finalement pas si loin.

La Reine des Neiges 2 présente quelques points communs troublants avec Star Wars IX. D’abord le grand méchant est aussi le grand-père des héroïnes (mais que font les grand-mères?), c’est aussi un mâle blanc de plus de 60 ans qui, en plus, construit un barrage anti-écologique pour asservir une tribu indigène façon Pocahontas. Bref, il se situe quelque part entre Jair Bolsonaro et Donald Trump, alors qu’Elsa aurait plutôt de faux airs d’Hillary Clinton avec son tailleur et son brushing. Comme Rey, Elsa et Anna vont d’ailleurs réparer les horreurs de leur grand-père maléfique.

Grâce à Disney, la figure du jeune mâle n’est pas moins à la peine que celle du vieux. Comme les jeunes aventuriers masculins des nouveaux Star Wars, Kristof fonctionne sur le mode «bouge et tais-toi», sans autre réflexion plus élaborée, revanche peut-être méritée sur les stéréotypes des personnages féminins version «sois belle et tais-toi». Tout de même avec Kristof, ils y sont allés un peu fort dans la niaiserie et la passivité.

En fait Kristof ne sert quasiment à rien, sauf à courir dans tous les sens, un peu comme Poe et Finn. Si l’objectif était de faire un sort au mythe du prince charmant, c’est réussi, même si l’on doute du sex-appeal du bûcheron au chômage un peu enveloppé qu’on a mis à sa place, le renne faisant office de labrador. On dirait que Kristof se fait vaguement draguer par un jeune Northuldra dans la forêt, moment un peu gênant car Kristof ne s’aperçoit de rien, benêt qu’il est, mais au moins la case de l’inclusivité est cochée, comme avec le très discret baiser lesbien de la fin de Star Wars. Kristof est finalement un personnage humilié, qui n’arrive pas à faire sa demande en mariage, et qu’on dévoile en robe de chambre lors d’une affligeante partie de Time’s Up en pantoufles. On ne pouvait imaginer un tue l’amour plus efficace, et l’on frissonne à la pensée que Star Wars IX aurait pu finir par une partie de Scrabble entre Rey, Poe et Finn sirotant des bières sans alcool.

C’est en cherchant à éradiquer le passé qu’on retombe dans son ornière.

Bien sûr, il y a du second degré dans tout cela, comme au moment de la chanson parodique (espérons) de Kristof «j’ai perdu le nord» qui disqualifie définitivement le bonhomme. La ficelle de l’inversion des rôles, les femmes guerrières et dirigeantes versus les hommes sensibles et vulnérables, est toutefois trop caricaturale pour fonctionner. Et ce second degré est à géométrie variable, car la quête d’Elsa est, elle, traitée de façon très sérieuse et ne supporte pas le moindre trait d’humour. La preuve, comme Elsa est quelqu’un de très organisé (un peu trop quand même, c’est justement son problème), elle a pensé à installer les habitants d’Arendelle sur les hauteurs avant de partir, on ne sait jamais, un dégât des eaux est vite arrivé dans un fjord. Heureusement qu’Olaf détend un peu l’atmosphère.

Ironie du script, c’est en cherchant à éradiquer le passé qu’on retombe dans son ornière, puisque la réconciliation politique au Royaume des glaces n’est possible qu’à la faveur de la découverte d’une union très féodale entre deux peuples (les parents d’Elsa et Anna), qui n’est pas sans rappeler cette obsession du sang que l’on trouve aussi dans Star Wars, quand Rey décide de s’appeler Skywalker. Notons enfin qu’en guise de progressisme, Anna prend la succession d’Elsa à la tête du Royaume, sans élection ni référendum d’initiative partagée, et ça passe. J’attends avec impatience le troisième opus, où Olaf en gilet jaune prendra la tête d’une grève générale des bonshommes de neige d’Arendelle en criant dans un haut-parleur: «mais c’est quand que tu vas mettre des paillettes dans nos vies, Anna?».

On a finalement bien du mal à suivre les péripéties d’Anna et Elsa dans ce deuxième épisode, tout aussi épuisant de courses-poursuites que Star Wars et tout aussi coupé des structures fondamentales du conte et de sa gradation narrative. Et à la fin tout le monde est gentil, tout le monde est ressuscité, le tout sans la moindre originalité: Olaf est le Gurki de la Reine des Neiges (cf. Taram et le Chaudron Magique) et Elsa son Cinquième Elément (un hommage à Luc Besson?). Et tout rentre dans l’Ordre.

On retrouve au fond, dans La Reine des Neiges 2 comme dans Star Wars IX, le même fil directeur progressiste: libérez-vous du passé, libérez-vous du désir, soyez qui vous voulez, aimez tout le monde et vivez dans un éternel présent qui vous gardera des questions philosophiques angoissantes. Plus tristement, on ressort du visionnage de ces deux films avec un insondable sentiment de gâchis: tant d’effets pour si peu d’émotion, si peu de profondeur, si peu de souffle. Mais n’est-ce pas la recette du bonheur dans le meilleur des nouveaux mondes?




Petit traité d'éducation conservatrice
de Pierre-Henri d' Argenson
paru le 12 septembre 2019
aux éditions du Cerf
à Paris
244 pp.
ISBN-13 : 978-2204133135

Présentation de l'éditeur

Le premier enracinement est dans la culture. Défendre les humanités, c'est contribuer à dissiper le nihilisme ambiant. Voici un petit guide pratique à l'usage de tous les parents pour renouer avec le sens profond de l'éducation.

Même un demi-siècle après Mai 1968, nous devons encore résister à cette folle idéologie qui a consisté à tout déconstruire – l'autorité parentale et professorale, la morale, la politesse, les canons des arts, mais aussi la grammaire, l'orthographe, les méthodes de lecture traditionnelles...

Avec ce petit traité à l'usage de tous ceux qui croient, encore, aux vertus de l'éducation, Pierre-Henri d'Argenson en appelle donc à un retour aux fondamentaux. De la formation des professeurs à la virtualisation du savoir, en passant par l'insupportable relativisme des connaissances, il dénonce avec humour la bêtise pédagogiste postmoderne, et rappelle que la tradition et l'apprentissage ne sont pas antinomiques de la créativité ni du bonheur.

Parce qu'il n'y a finalement qu'un seul moyen de sortir des impasses de Mai 1968 : redevenir conservateurs.

Biographie de l'auteur

Ancien élève de l'ENA et de la London School of Economics, Pierre-Henri d'Argenson est haut fonctionnaire et essayiste. Il a notamment publié un Petit guide pratique et psychologique de la préparation aux concours.

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Les parents seraient plus heureux que les gens sans enfant (rediff)

Des chercheurs de trois universités nord-américaines ont constaté que les gens qui ont des enfants « font état de niveaux relativement élevés de bonheur, d'émotion positive, ils ressentent aussi plus que leur vie a un sens » que les personnes qui n'ont pas d’enfant.

L'étude, publiée dans Psychological Science et co-écrite par des chercheurs de l'Université de Colombie-Britannique, de l'Université de Californie à Riverside, et l'Université Stanford, paraît alors que les pays occidentaux sont confrontés à dénatalité croissante et une population vieillissante.

Le professeur de psychologie Elizabeth Dunn, de l’université de Colombie-Britannique a déclaré que leur recherche suggère que «les parents sont loin d’être ces « misérables créatures » que certains médias et une certaine élite déprécient tout en valorisant dans la culture dite populaire les couples sans enfant.

Un de ces essais populaires
qui dévalorisent la parenté.
C'est ainsi que Corinne Maier, dans son opuscule No Kid, faisait la promotion de la stérilité. Cette essayiste conformiste y alignait 40 raisons « de ne pas succomber à la tentation de l'enfantement ». À la page 99 de son pamphlet, elle n'hésitait pas à déclarer : « le sentiment de la famille, le sentiment de classe, et peut-être d'ailleurs de race, apparaissent comme les manifestions de la même intolérance à la diversité, d'un même souci d'uniformité », pour conclure : « la famille serait-elle la cellule de base du Front National ? »

Les résultats de cette étude sont basés sur une série d'enquêtes menées en 1982, 1990, 1995 et 1999 auprès 329 participants âgés de 17 à 96 ans.

L’étude suggère que les parents sont plus heureux quand ils s’occupent de leurs que lors de leurs autres activités quotidiennes. Le bonheur croît avec la maturité et les circonstances familiales.

« Nous avons constaté que si vous êtes âgé (et sans doute plus mûr) et si vous êtes marié (et vous bénéficiez sans doute de plus de soutien social et financier), alors vous êtes susceptibles d'être plus heureux si vous avez des enfants que vos homologues sans enfant », a déclaré le co-auteur Sonja Lyubomirsky de l’UC à Riverside.

« Fait intéressant, les père sont plus souvent parmi les plus heureux que les mères », d’ajouter le professeur Dunn.

On trouvera l'étude ici.





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vendredi 27 décembre 2019

La tare de l'État-providence c'est qu'éventuellement les autres finissent toujours par manquer (rediff)

Dans le sillage du dernier recensement en l’Angleterre et au pays de Galles où l’on voit la proportion de croyants musulmans doubler en dix ans, cet article de Mark Steyn semble opportun :

Notre lecture aujourd’hui est tirée de l’Évangile selon saint Luc. Non, non, pas la crèche, les bergers, les mages, rien de tout cela, mais l’autre naissance :
« Mais l’ange lui dit : Ne crains point, Zacharie, car ta prière a été exaucée, et ta femme Élisabeth te donnera un fils, et tu lui donneras le nom de Jean. »

Marie et Élisabeth
On ne se penche guère sur cette histoire de Noël, mais elle est là — Luc 1:13, une partie de ce que Luc aurait appelé la trame de fond, s’il avait été un scénariste plutôt qu’un médecin. Parmi les quatre évangiles, seuls deux se soucient de raconter l’histoire de la naissance du Christ et seul Luc commence par deux grossesses. Zacharie est surpris par sa paternité imminente — « car je suis vieux et ma femme est avancée en âge ». Et pourtant, une vieille femme stérile conçoit et, au sixième mois de la grossesse d’Élisabeth, l’ange rend visite à sa cousine Marie et lui dit qu’elle aussi va concevoir. Si vous lisez Luc, la naissance virginale semble un prolongement logique du premier miracle — la grossesse d’une vieille dame. L’évangéliste médecin n’avait aucune difficulté à accepter les deux. Pour Matthieu, la naissance de Jésus est le miracle ; pour Luc on a l’impression que toute naissance – toute vie — est en quelque sorte miraculeuse et don de Dieu.

Nous vivons maintenant dans le monde d’Élisabeth — et pas seulement parce que la technique est devenue miraculeuse et permet aux femmes cinquantenaires ou sexagénaires de devenir mères, mais dans un sens plus fondamental. Le problème avec l’Occident avancé n’est pas qu’il soit ruiné, mais qu’il est vieux et stérile. Ce qui explique pourquoi il est fauché. Prenez la Grèce, elle est devenue l’exemple type de l’insolvabilité d’un État : « les États-Unis prennent le même chemin que la Grèce si nous ne changeons pas de cap ». La Grèce aurait donc des difficultés budgétaires, un manque de revenus, quelque chose dans le genre, n’est-ce pas ? À première vue, oui. Mais le problème sous-jacent est plus profond : la Grèce a un des taux de fécondité les plus bas de la planète. En Grèce, 100 grands-parents ont 42 petits-enfants – un arbre généalogique à l’envers. Dans un État social démocratique où les travailleurs dans les professions « dangereuses » (tels que, euh, la coiffure [à cause des produits dangereux liés à la teinture des cheveux]) prennent leur retraite à 50 ans [c’est le cas en Grèce pour ces professions], il n’y a plus assez de jeunes pour payer votre retraite pendant 30 ans. Et il y a peu de chances qu’il y en ait à nouveau assez.

Regardons cela sous un autre angle : les banques sont un mécanisme par lequel les personnes âgées en possession de capital prêtent celui-ci à de jeunes gens énergiques et imaginatifs. Le monde occidental a renversé ce concept. Si 100 barbons parviennent à accumuler des « billiards » de dollars de dette, est-il raisonnable de penser que 42 jeunes seront jamais en mesure de rembourser cette somme ? Comme Angela Merkel l’avait souligné en 2009, il était hors de question pour l’Allemagne d’adopter un stimulus à la Obama pour la simple raison que les créanciers étrangers de l’Allemagne savent qu’il n’y a tout simplement plus assez de jeunes Allemands pour rembourser ce stimulus. La « puissance » économique du continent a la plus forte proportion de femmes sans enfant en Europe : une Fräulein sur trois a totalement abandonné l’idée de maternité. « La population allemande en âge de travailler risque de diminuer de 30 pour cent au cours des prochaines décennies », d’expliquer Steffen Kröhnert de l’Institut de Berlin pour le développement de la population. « Les campagnes verront une baisse massive de leur population et certains villages disparaîtront tout simplement. »

Si la tare du socialisme est, comme le disait Mme Thatcher, qu’éventuellement, l’argent des autres finit toujours par manquer, alors une grande partie de l’Ouest est passé à l’étape suivante : les autres manquent désormais, point final. La Grèce est un pays avec de moins en moins de clients et de moins en moins de travailleurs, mais de plus en plus de retraités et un gouvernement toujours plus important. Comment faire croître une économie dans un marché qui implose ? Le monde développé, comme Élisabeth, est stérile. Collectivement stérile, je m’empresse d’ajouter. Individuellement, il est composé de millions de femmes fécondes, qui décident à dessein de n’avoir aucun enfant ou un unique enfant sur mesure à 39 ans. En Italie, la patrie de l’Église, le taux de fécondité est d’environ 1,2 ou 1,3 enfant par couple – soit environ la moitié du « taux de remplacement ». La population du Japon, de l’Allemagne et de la Russie se contractent. Cinquante pour cent des femmes japonaises nées dans les années 70 n’ont pas d’enfant. Entre 1990 et 2000, le pourcentage de femmes espagnoles sans enfant à 30 ans a presque doublé, passant d’un peu plus de 30 pour cent à un peu moins de 60 pour cent. En Suède, en Finlande, en Autriche, en Suisse, aux Pays-Bas et au Royaume-Uni, 20 pour cent des femmes de 40 ans n’ont pas d’enfant. Dans un récent sondage où on leur demandait quel serait le nombre « idéal » d’enfants, 16,6 pour cent des Allemands ont répondu « aucun ». Nous vivons dans le monde de Zacharie et d’Élisabeth – de notre plein gré.

Natalité et mortalité allemandes
Source: dpa. Jusqu'en 1990, les données incluent la RDA. Les chiffres sont exprimés en milliers. * = données provisoires.

L’Amérique n’est pas dans une situation aussi périlleuse que l’Europe – pas pour l’instant. Mais son rendez-vous avec l’apocalypse financière a aussi des racines démographiques : les baby-boomers n’ont pas eu assez d’enfants pour garantir la solvabilité du système de protection sociale mis en place au milieu du XXe siècle et qui reposait sur un taux de natalité du milieu du XXe siècle. La « décennie du moi » s’est transformée en « le quart de siècle du moi » et au-delà. Les « moi » ont pris de la bouteille, mais ils n’ont jamais saisi qu’il se pourrait qu’ils aient un jour besoin d’un peu plus d’« eux » qui continuent de contribuer au trésor public.

Pendant la majeure partie de l’histoire de l’humanité, les sociétés qui ont réussi ont privilégié le long terme : c’est pourquoi des millions de gens ont des enfants, construisent des maisons, plantent des arbres, fondent des entreprises, font des testaments, bâtissent de belles églises dans des villages ordinaires, se battent et, si nécessaire, meurent pour leur pays. Une nation, une société, une communauté est un pacte entre le passé, le présent et l’avenir, où les citoyens, pour reprendre les mots de Tom Wolfe, à l’aube de la « décennie du moi », « se considèrent, même inconsciemment, comme faisant partie d’une longue lignée. »

Une grande partie du monde développé ne se projette plus dans le long terme. Vous n’avez pas besoin de consentir des sacrifices matériels : l’État s’occupe de tout cela. Vous n’avez pas besoin d’avoir des enfants. Et vous n’avez certainement pas besoin de mourir pour le roi et la patrie. Mais une société où il n’y a plus de raison de se sacrifier est également une société qui n’a plus de but dans la vie : la lignée s’arrête.

Si vous croyez en Dieu, l’argument utilitaire pour la religion semble insuffisant et réducteur : « Ce sont des histoires utiles dont nous nous berçons », comme un pasteur congrégationaliste peureux m’a un jour décrit la Bible. Mais, si le christianisme n’est qu’une histoire « utile », n’est-elle pas plus rationnelle que le solipsisme d’un monde sans foi ? Les hyper-rationalistes devrait au moins être en mesure de comprendre que le « rationalisme » postchrétien a condamné une grande partie de la chrétienté à un modèle d’entreprise tout à fait irrationnel : un système pyramidal la pointe en bas. Luc, un homme de foi et un homme de science, aurait pu voir où cela mène.

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dimanche 22 décembre 2019

Merci l'école citoyenne et laïque !


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L’enseignement « non factuel » des changements climatiques et « l’utilisation d’un certain personnage d’une manière iconographique », en l’occurrence Greta Thunberg (ci-contre) aurait mis le feu aux poudres en septembre entre un père de famille et la direction de l'école de son enfant à l’école primaire Christmas Park de Beaconsfield (oui, c'est au Québec).


« Un professeur en particulier n’était pas capable de séparer ses positions idéologiques de ses responsabilités à l’égard des enfants, dit Anthony Wilson. J’étais en désaccord avec la manière dont elle enseignait. » Il estime toutefois que ce différend n’est qu’un détail et que c’est l’impossibilité de discuter avec le directeur depuis qu’il est entré en poste qui est le nœud du problème.

Peu après qu’il a porté plainte contre le directeur de l’école en novembre, dit-il, on lui a interdit l’accès à l’établissement. Anthony Wilson a tenté de faire renverser la décision de l’école avalisée par la Commission scolaire Lester-B.-Pearson en « sollicitant la commission scolaire », puis en lui adressant une mise en demeure, sans succès. L’avocat s’est donc tourné vers les tribunaux.

À la suite de cette mésentente avec la direction de cette école de Beaconsfield, dans l’ouest de Montréal, ce père s’est adressé aux tribunaux pour obtenir le droit de participer aux activités de Noël de ses deux enfants, dont un petit-déjeuner et un récital.

La Cour supérieure a imposé vendredi dernier une injonction provisoire pour permettre à Anthony Wilson de se rendre à l’école primaire pour « participer, assister et accompagner ses enfants aux activités parascolaires du 13, 18 et 20 décembre ».

Depuis la fin de novembre, il était interdit à l’homme, un avocat, de se rendre à l’école Christmas Park, sauf pour reconduire et récupérer ses enfants.

« Cette décision découle d’une suite d’échanges entre M. Wilson, une institutrice et le directeur de l’école qui concerne le contenu éducatif d’un certain cours avec lequel M. Wilson n’est pas d’accord », lit-on dans la décision du tribunal.

La Commission scolaire Lester-B.-Pearson alléguait qu’Anthony Wilson avait fait « usage d’un langage grossier et de menaces adressées au directeur de l’école ».

Image du spectacle pour le mois de l'histoire des Noirs à l'école primaire Christmas Park en mars 2019

Il assure ne jamais avoir été violent à l’égard des enseignants ou de la direction. « J’ai eu des conversations au téléphone avec le directeur qui n’étaient pas des conversations gentilles. Ce n’est pas le genre de conversations qu’on aimerait avoir avec un directeur », dit Anthony Wilson.

Le juge Lukasz Granosik estime dans son jugement que la commission scolaire n’a pas su faire la preuve que la « santé et la sécurité » de son personnel étaient menacées si le père de deux enfants se présentait aux activités de Noël, qui se déroulent en présence de nombreuses personnes.

Le tribunal, ajoute-t-il, ne peut se satisfaire « de quelques courriels des institutrices qui refusent de rencontrer M. Wilson en suivi éducatif – ce qui est troublant quand on pense à leur imputabilité dans le cadre de l’enseignement public – et de l’allégation du directeur de l’école à ce sujet que ses employés seraient “inconfortables” à voir seul le demandeur ». Par contre, il juge que l’absence de M. Wilson causerait un préjudice à ses enfants.

« Qu’il s’agisse de la soirée cinéma, du petit-déjeuner ou encore du récital, les enfants doivent pouvoir être accompagnés ou assistés par leur père. Ces événements sont uniques, constituent des moments privilégiés. »
— Extrait du jugement

La commission scolaire proposait au tribunal qu’un autre parent accompagne les enfants ou que ceux-ci ne participent pas aux activités. Le juge a rejeté cette proposition. « Il s’agit de décisions éminemment personnelles sur lesquelles ni l’école, ni la commission scolaire, ni les enseignants n’ont à dire », tranche le juge Granosik.

 « J’espère qu’ils ont appris la leçon, dit-il à propos de la commission scolaire. Ils disent qu’ils ont le droit en vertu de la loi d’exclure n’importe qui de leur propriété privée pour n’importe quoi », dit Anthony Wilson. « C’est un argument ridicule, j’espère que d’autres parents n’auront pas peur s’ils reçoivent ce type de menace. », d'ajouter le père de famille.

La direction de l’école Christmas Park et la Commission scolaire Lester-B.-Pearson n’ont pas répondu à nos demandes d’entrevue mercredi.

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