dimanche 28 février 2016

France — « C'est dans les écoles libres qu'on trouve les meilleures formations »

Anne Coffinier dirige une fondation qui favorise le développement d’écoles privées hors contrat, plus performantes, selon elle, que les écoles publiques. Entretien avec Jean-Paul Brighelli, enseignant et essayiste.

Jean-Paul Brighelli. — Vous dirigez la Fondation pour l’école. Pourriez-vous présenter brièvement cette organisation, ses buts, ses principes et ses réalisations ?

Anne Coffinier. Le but de la Fondation pour l’école est de contribuer à l’amélioration du système éducatif français dans son ensemble en le stimulant par le développement d’un secteur éducatif libre. Le développement d’établissements indépendants ou hors contrat n’est pas pour nous une fin en soi, mais, selon nous, le meilleur moyen de stimuler la réforme du système éducatif dans son ensemble, car l’Éducation nationale a montré son incapacité à le faire par elle-même. Nous voulons démontrer par les faits que des écoles authentiquement libres peuvent rendre à la société un service de bien meilleure qualité et à plus bas coût que les écoles publiques actuelles. Nos actions sont multiples. Je vous renvoie au site www.fondationpourlecole.org pour les découvrir plus précisément.

J’ajouterai une précision sur le statut de notre organisation. La Fondation pour l’école est une fondation reconnue d’utilité publique en 2008 par décret du Premier ministre après avis positifs du Conseil d’État et des ministères de l’Éducation nationale et de l’Intérieur. Une procédure donc contraignante et exigeante. Son statut de fondation reconnue d’utilité publique est parfaitement justifié au regard du caractère constitutionnel de la liberté d’enseignement, et donc de la nécessité d’encourager cette liberté dans un contexte où l’État ne s’en est pas suffisamment préoccupé (contrairement à d’autres pays comme la Suède, les Pays-Bas, le Danemark, qui prévoient un financement paritaire pour leurs établissements libres, tout en respectant effectivement leur liberté).

Notre fondation n’est financée que par des dons privés librement consentis par les personnes. Cette implication financière désintéressée de la société civile dans le secteur éducatif est une chance pour notre pays qui doit reconquérir ses avantages comparatifs en matière d’éducation. Chaque enfant scolarisé dans une école indépendante fait économiser entre 6 000 et 9 000 euros par an à la collectivité publique. Ces financements par don des écoles indépendantes ne lèsent donc personne, et surtout pas l’école publique.

samedi 27 février 2016

« The » Revenant, Hollywood et le Canadien français

Des Canadiens français du XIXe siècle sanguinaires et impitoyables dans « The » Revenant d’Alejandro Iñárritu, il n’en fallait pas moins pour mettre en colère Roy Dupuis selon le Huffington Post. L’acteur québécois qui devait interpréter un rôle dans le sixième long métrage du réalisateur mexicain juge le film mauvais et anti-canadien-français.


Bande-annonce du Revenant (apparemment le film sort en français avec un titre « en français » affublé de l’article anglais THE, difficilement prononçable pour le francophone moyen)

Un film historiquement faux

« The » Revenant — douze nominations à la prochaine cérémonie des Oscars — est un western sauvage tourné dans le Grand Nord canadien. Ancrée dans le XIXe siècle, cette production à 130 millions de dollars américains revient sur la vengeance du trappeur Hugh Glass, interprété par Leonardo Di Caprio (en lice pour l’Oscar du meilleur acteur).

« Je n’ai vraiment pas tripé sur ce film, a ajouté Dupuis. Au niveau de la trame, il arrive des événements qui n’ont tout simplement pas de bon sens ! J’espère qu’il ne gagnera pas l’Oscar du meilleur scénario, car le récit, c’est un peu n’importe quoi. Il n’y a aucune crédibilité dans cette histoire de vengeance ».

Un film fort éloigné du roman homonyme

Le film d’Iñárritu se veut l’adaptation du roman LE Revenant de Michael Punke. À la page « remerciements » de son roman, l’auteur parle d’une « centaine de lectures éprouvantes ». Mark L. Smith, le jeune coscénariste du film avec Iñárritu, dans les entrevues disponibles sur Internet, ne pointe, quant à lui, vers aucune recherche historique précise et confie n’avoir conservé, du livre, que l’attaque du grizzly et l’abandon du héros. Tout le reste, a-t-il reconnu sur craveonline.ca est « original ». C’est ainsi qu’il précise au sujet de l’attaque importante dans l’histoire des Arikaras « nous l’avons inventée » ou à propos d’un dialogue avec Dieu « C’est quelque chose qu’ils ont en fait inventé ».

Dans le livre, la soif de vengeance du héros Glass est motivée par le fait que deux hommes l’ont volé alors qu’il était à l’article de la mort, qu’il veut recouvrer son précieux fusil et sa dignité. Dans le film, Iñárritu et Smith inventent à Glass (Leonardo Di Caprio) un fils métis qui sera assassiné devant ses yeux par le raciste Fitzgerald (Tom Hardy).

Les producteurs du film avouent d’ailleurs leur très libre interprétation du livre au générique de fin où l’on voit que le long métrage est « Inspiré en partie du roman de Michael Punke », pas « Inspiré du roman », mais « en partie ». C’est plus honnête.

Canadiens français qui violent, pendent et tuent

Un plan en particulier du film d’Iñárritu a fait sursauter l’acteur Roy Dupuis, celui où l’on découvre plusieurs Amérindiens empalés, pendus à des arbres. Une inscription en français — « On est tous des sauvages » — ne laisse aucun doute quant à l’identité des coupables. « On les voit à peine pendant le film, mais quand on les voit, c’est pour les montrer comme d’affreux barbares. C’est les Canadiens français qui violent, qui pendent et qui possèdent les esclaves sexuelles. »

Outre qu’il dresse un portrait peu flatteur de nos ancêtres venus explorer l’Amérique du Nord, le long métrage est historiquement faux puisque, selon Dupuis, ce sont plutôt les Anglo-saxons qui ont été sans pitié envers les communautés amérindiennes de l’Amérique du Nord.

« Les Français sont arrivés avec la mission de faire des alliances avec les Premières Nations. Je ne dis pas qu’il n’y avait pas des brutes parmi les Français, mais la plupart d’entre eux ont épousé des Amérindiennes. Ils ont fondé des familles, ce qui a créé un peuple métissé nommé les Canadiens français, et voilà que Iñárritu les mets en scène en train de trucider les autochtones. Par contre, les Américains qui avaient pour mission de conquérir les terres, eux, n’ont rien à se reprocher. C’est complètement stupide ! »

Les remarques de Roy Dupuis sont globalement justes, bien qu’il semble céder à la mode récente du métissage généralisé en Amérique du Nord (de très nombreux artistes américains se découvrent ces jours-ci des ancêtres amérindiens sans apporter beaucoup de preuves, jusqu’à Justin Bieber : « Je suis en partie Inuit ou quelque chose »). Nous y reviendrons ci-dessous.

Plaire au public états-unien et anglo-saxon

Pour Roy Dupuis, le fait que le réalisateur de Babel ait eu le soin de préciser que les assassins n’étaient pas Américains est loin d’être anodin. « Le film est censé être basé sur l’histoire d’un vrai coureur des bois américain. Pourquoi donc le cinéaste n’a-t-il pas montré les meurtres commis par les Américains ? Sans doute pour ne pas les choquer ou les blesser, il a préféré insulter l’histoire. »

Ce n’est évidemment pas la première fois que le cinéma américain cherche à dorer la pilule pour ne pas briser l’image élogieuse que se font d’eux-mêmes les Américains. À notre connaissance, il n’y a pas de films américains sur :
  • les guerres meurtrières contre les Indiens au début de la colonisation (voir le Massacre de 1622), guerres féroces et implacables expulsions qui ont pu être renforcées par le fait que les colons anglais n’ont pratiqué qu’une faible évangélisation et par l’idée commune que les Indiens étaient de nouveaux Cananéens en face de nouveaux israélites, les puritains anglais. Walt Disney a fait un Pocahontas béat sur cette époque qui, selon le Guardian, révise l’histoire et blanchit la colonisation anglaise en Virginie ;
  • Les ravages des Anglais et des Américains en Nouvelle-France et en Acadie lors de la Conquête (la moitié des villes ont été détruites, un très grand nombre de maisons et de fermes le long du Saint-Laurent incendiées, la colonie avait perdu un septième de sa population et le peuple acadien avait été déporté) ;
  • la guerre contre Pontiac ; Amherst écrivait alors à un colonel « Vous ferez bien d’infecter les Indiens avec des couvertures, de même que toute autre méthode qui permettrait d’extirper cette race exécrable » ;
  • les prétextes fallacieux de la Guerre hispano-américaine de 1898, après l’explosion du USS Maine en baie de La Havane (explosion sans doute accidentelle) alors que l’opinion publique américaine fut atteinte, suivant l’expression d’un diplomate européen, « d’une sorte de furie belliqueuse », des manifestants brûleront alors des Espagnols en effigie dans les rues ;

    Résultat de la guerre contre l’Espagne en 1898 : 10 000 milles des Philippines à Porto Rico
  • la guerre et la répression aux Philippines (1899-1902) pendant lesquelles des centaines de milliers de Philippins seraient morts (voir ici en espagnol et là en anglais), le tout fut accompagné dès 1898 par une campagne pour y éliminer l’espagnol et le remplacer par l’anglais ;
  • Épisode de la répression américaine aux Philippines : « Tuez tous ceux de plus dix ans ! »
  • le très nombreux viols en Europe occidental par des soldats américains pendant la Seconde Guerre mondiale (en France dès le débarquement ainsi qu’en Allemagne), l’historienne Miriam Gebhardt avance le chiffre de 860 000 victimes allemandes, parmi lesquelles 190 000 auraient été violées par des GIs, c’est bien moins que les deux millions de violées avancés par Helke Sander.
  • etc.
Autres films populaires à la trame modifiée

« The » Revenant n’est évidemment pas le premier film américain qui arrange les faits (ou le scénario inspiré de livres) pour flatter les Américains et se moquer (parfois gentiment) des Français, minorer ou évacuer leur rôle.
  • Dans Le Patriote (The Patriot) avec Mel Gibson, un seul Français au rôle sympathique, mais un peu ridicule (Jean Villeneuve) incarne l’aide de la France. À la fin, à la Bataille de Yorktown, on voit succinctement au loin la flotte française, c’est tout. Or, il y avait autant sinon plus de soldats français à terre que de soldats américains à cette bataille et l’influence de la flotte française fut décisive dans la guerre. Il faut se rappeler que les choses allaient mal pour l’armée continentale avant l’intervention de la France (voir Valley Forge). La France prêta 12 millions de livres aux Américains, et en donna 12 autres millions. Elle consentit également à une avance de 6 millions de livres pour la reconstruction du pays. En tout, selon certains historiens, dont Stacy Schiff, la France dépensa près d’un milliard de livres pendant cette guerre. Tout cela résumé à un histrion de major Jean Villeneuve dans Le Patriote. Notons que le personnage de Mel Gibson, largement inspiré de Francis Marion, dit Le Renard des marais, aurait chassé (persécuté) brutalement des Indiens Chéraquis (Cherokees à Paris) et qu’il aurait violé ses esclaves. Le Patriote occulte d’ailleurs totalement l’esclavage pratiqué à l’époque, y compris par Francis Marion qui se plaignit que les Anglais libèrent les siens.
  • Maître à bord : de l’autre côté du monde avec Russel Crowe combine des éléments tirés de différents romans de Patrick O’Brian, inspiré de la vie du marin Thomas Cochrane. L’intrigue principale est tirée de De l’autre coté du monde, rapportant un épisode de la guerre anglo-américaine de 1812. Toutefois, dans la version cinématographique, l’action prend place en 1805, soit lors des guerres napoléoniennes, au lieu de 1812, à la demande, semble-t-il, des producteurs, afin de ne pas dépeindre des Américains comme des méchants devant une audience américaine. En conséquence, un vaisseau français fictif, l’Achéron, remplace la frégate américaine USS Norfolk du roman homonyme. Des vils français à bord de l’Achéron ont recours à de non moins viles ruses pour tenter de vaincre le noble et brave capitaine anglais. 
  • Jusqu’en 1870, c’est la France qui modernise l’armée du Shogun au Japon. Jules Brunet est un des officiers militaires français qui fera partie d’une mission d’instruction au Japon. Cet instructeur d’artillerie modernisera l’armée de samouraïs du Shogun, Dans Le Dernier Samouraï en 2003, Brunet est évacué et remplacé par un Américain fictif (il n’y a pas d’instructeur militaire américain au Japon à l’époque) interprété par Tom Cruise.
  • Il existe un film hollywoodien sur l’expédition de Lewis et Clark. Il s’agit d’Horizons lontains tourné en 1955 avec Charlton Heston (un an avant sa participation dans la superproduction Les Dix Commandements). Le film tend à évacuer quasiment totalement le rôle des Français dans l’expédition et mythifie celui de Sacagawea. Toussaint Charbonneau dans la vie réelle était l’époux de Sacagawea et le père de leur jeune fils pendant l’expédition. Dans le long métrage, il n’apparaît que, brièvement au demeurant, comme une brute sale, grassouillette, cupide, fourbe et mal embouchée qui réclame sa propriété, Sacagawea. Mais elle n’a d’yeux que pour le beau Charlton Heston, l’officier américain Clark qui lui conte fleurette et la séduit par ses discours et sa tendresse civilisés. Clark est l’auteur du journal de l’expédition. Celle-ci comptait effectivement l’Indienne Sacajawea (également nommée la « Femme-oiseau »). Elle servit d’interprète et guida à certains moments les explorateurs. Mais, à l’inverse de sa situation dans le film où elle tombe amoureuse de Clark, elle fut accompagnée durant tout le voyage par le trappeur « canadien » Toussaint Charbonneau qu’elle avait épousé avant le départ et dont elle avait un jeune enfant. Charbonneau, contrairement à sa description dans Lointains Horizons, était loin d’être antipathique, même s’il n’était pas sans défauts évidents.

    Clark ne mentionne à aucun moment dans son journal la moindre amourette. Clark et Sacageawa ne pouvaient d’ailleurs se parler en toute intimité puisque pour lui parler Clark devait passer par François Labiche qui comprenait l’anglais. Labiche traduisait ensuite en français pour Charbonneau qui ne parlait pas anglais et qui traduisait à son tour en meunitarri (gros ventre) à sa femme... Labiche n’est pas le seul absent du film, on ne voit pas plus le métis George Drouillard, qualifié de meilleur chasseur de l’équipée par Lewis. Cette mythification de Sacageawa (dont on sait peu de choses en réalité) et cette dépréciation du rôle des Français ne sont pas le seul fait de ce film, on le retrouve également dans plusieurs romans qui traitent de cette expédition. Voir Anti‑French Sentiment in Lewis and Clark Expedition Fiction. Le film The Revenant adopte à nouveau une « représentation libre » du personnage de Toussaint Charbonneau, incarné par l’acteur français Fabrice Adde, qui commet un viol. C’est ce rôle que Roy Dupuis a refusé.

Seulement métissé à 1 %

Roy Dupuis affirme que la « plupart d’entre [les Français] ont épousé des Amérindiennes. Ils ont fondé des familles, ce qui a créé un peuple métissé nommé les Canadiens français ».

Mais qu’en est-il au juste ?

Comme le rappelait Gérard Bouchard, la plupart des communautés autochtones ont toujours été situées à bonne distance des habitats québécois, ce qui mine l’idée de contacts fréquents. En outre, l’Église a toujours découragé les unions mixtes. La proportion de gènes amérindiens dans le bassin génétique des Québécois est donc très faible (moins de 1 %), comme l’ont démontré des analyses rigoureuses appuyées sur le fichier de population BALSAC.

Il faut aussi se méfier d’une illusion généalogique : combien faut-il d’ancêtres indiens (et à quelle génération ?) pour conclure qu’un Québécois a « du sang indien dans les veines » ? Je rappelle qu’à la onzième génération, chacun d’entre nous compte plus de 2000 ancêtres...

Que signifie la présence de quelques Autochtones ?

Le métissage n’a donc été une réalité importante que dans les Prairies et dans l’Ouest là où il n’y avait pas ou peu de femmes françaises. Louis Riel avait ainsi un huitième de sang indien. Ce peuple métissé ce sont précisément les Métis établis dans l’Ouest et non les Canadiens français en général.  

Les traits sociaux et culturels

Gérard Bouchard poursuit :

« Selon la thèse du métissage intensif, notre société aurait hérité ses principaux traits des Autochtones : la mobilité géographique, l’amour de la nature et de la liberté, une sensibilité sociale-démocrate, la recherche de la consultation, du consensus et du compromis, le communautarisme, le goût de la médiation, l’aversion pour les divisions et conflits.

Je relève ici quatre difficultés.

D’abord, tout cela suppose des transferts intensifs, à grande échelle et sur une longue période à partir des Autochtones vers les Québécois. On ne trouve rien de tel dans notre histoire, les contacts se faisant principalement aux marges.

Deuxièmement, le mépris que les Blancs ont porté aux Autochtones a fait obstacle à des emprunts sociaux massifs. Cependant, des éléments de culture matérielle autochtone se sont largement diffusés.

Troisièmement, les traits mentionnés peuvent tous être imputés à d’autres sources et avec beaucoup plus de vraisemblance. Par exemple : le fait d’une petite nation minoritaire, qui sent le besoin d’une intégration étroite, de solidarité et de concertation, ou le fait d’une société neuve par définition proche de la nature, contrainte à l’entraide et éprise de liberté. Les traits invoqués se retrouvent du reste dans le passé de toutes les collectivités du Nouveau Monde.

Enfin, le canal de transmission fait problème : il opérait à l’envers. Les présences soutenues de Blancs parmi les Autochtones sur le territoire québécois ont consisté dans l’action du clergé et celle du gouvernement fédéral, l’une et l’autre visant à réduire la culture indigène afin d’implanter la culture occidentale. Quant aux coureurs de bois, ils se sont beaucoup “ensauvagés”.

On aimerait que la thèse du métissage intensif soit fondée et qu’elle engendre les vertus recherchées. Malheureusement, les faits sont réfractaires. Le danger ici, c’est de remplacer un stéréotype par un autre. Sur ce sujet, le lecteur aura profit à consulter les écrits plus nuancés de Denys Delâge (qui parle de 1 % de mariages mixtes). »

Coexistence et alliances


Ce qui est vrai c’est que les Français n’ont pu tenir la Nouvelle-France qu’à l’aide de nombreuses alliances avec les peuples autochtones. De même, les trappeurs français n’auraient pu commercer sur des territoires aussi vastes où ils étaient très minoritaires qu’en vivant en bonne intelligence avec les Indiens. Comme l’a montré l’historien Denis Vaugeois, le commerce des fourrures demandait des talents de négociateur et la connaissance des langues autochtones.

Il faut rappeler que, très tôt, il y aura environ 20 fois plus de colons anglais que français en Amérique du Nord. Sans l’aide des Indiens, les Français n’auraient pu tenir aussi longtemps un si vaste territoire.

Ces alliances n’étaient pas feintes. C’est ainsi qu’après la défaite des Français à Québec et à Montréal, les Outaouais se soulevèrent pour ramener les Français en Amérique du Nord et rétablir un certain équilibre des forces dans cet immense territoire. Au début, la révolte fut fulgurante ; les forces de Pontiac s’emparèrent de tous les postes de la région des Grands Lacs (sauf Niagara et Détroit) et les détruisirent.

Les Britanniques mobilisèrent des forces et utilisèrent pour éteindre cette révolte tous les moyens possibles, dont la dissémination planifiée de la petite vérole. Finalement, voyant que par le traité de Paris de 1763 la France renonçait à revenir, les guerriers de Pontiac firent une dernière action militaire, le siège du fort Détroit, pour en chasser les Britanniques. Mais après plusieurs mois de blocus, ils rentrèrent chez eux et la révolte s’éteignit lentement.

Cette révolte força le roi George III à faire la proclamation royale de 1763, qui affirmait les droits illimités des Indiens sur les terres qu’ils occupaient et interdisait toute nouvelle colonisation au-delà des Appalaches, entraînant le mécontentement des marchands et des spéculateurs américains. Le rattachement ultérieur de toute la zone autour des Grands Lacs au Québec en 1774 (une « loi intolérable » selon les colons anglais) sera d’ailleurs une des causes indirectes de la Révolte des Treize Colonies.


Pour finir par un ouvrage de culture populaire, mais cette fois français et non hollywoodien, mentionnons la série Capitaine perdu de Jacques Terpant qui revient sur la fin de la Nouvelle-France dans les Pays-d’en-Haut et la très grande proximité des Français avec les tribus locales.


Présentation de l’éditeur

 1763. Suite au traité qui met fin à la guerre de Sept Ans, Le Roi de France cède l’Amérique aux Anglais. Mais contrairement à ce que pensait Voltaire, il ne s’agit pas de quelques arpents de neige, mais de l’équivalent du Canada d’aujourd’hui et d’une vingtaine d’États des États-Unis. Alors que les soldats français, peu nombreux, abandonnent leurs possessions aux tuniques rouges, les Indiens se soulèvent, et sous le drapeau à fleurs de lys du Roi de France, menés par le chef Pontiac, ils reprennent les fortifications des Français.

À Fort de Chartres, sur les bords du Mississippi, le dernier des capitaines français en place, devra remettre l’ultime fort à l’Anglais. Mais comment abandonner ses alliés indiens avec lesquels on a vécu, et parfois pris femme ? Comment obéir aux ordres du Roi sans les trahir ? Comment les aider sans se perdre ? Mais au fond, que veut vraiment le Roi ?

Après l’adaptation des romans de Jean Raspail (Sept Cavaliers), c’est dans l’un de ses livres de voyage que Jacques Terpant apprend l’existence, sur les bords du Mississippi, de Saint Ange [Louis Groston de Bellerive de Saint Ange est né à Montréal en 1700], le dernier des capitaines français qui dut remettre aux Anglais les clés de toute l’Amérique. Il signe en deux tomes et en couleurs directes une fresque de cette épopée ignorée, qui signa la fin du premier empire colonial [français].
Sur la page de couverture de Capitaine perdu cette citation de Francis Parkman : « La civilisation espagnole a écrasé l’Indien ; la civilisation anglaise l’a méprisé et négligé ; la civilisation française l’a étreint et chéri. »

Michèle Tribalat : La discrimination positive est une machine à fabriquer du ressentiment et qui favorise l’irresponsabilité

Michèle Tribalat est démographe, spécialisée dans le domaine de l’immigration. Elle a notamment écrit Assimilation : la fin du modèle français, a été publié aux éditions du Toucan (2013). Son dernier ouvrage Statistiques ethniques, une querelle bien française vient d’être publié (éditions de l’Artilleur).

Dans un article sur Atlantico, elle déclare au sujet de la discrimination positive :

« L’expérience américaine montre que les politiques préférentielles à l’Université pénalisent ceux à qui elle est censée profiter et qu’elles ont aidé de plus en plus souvent, au fil du temps, les classes supérieures.

Au début des années 1970, la moitié des Noirs qui entraient dans les universités d’élite venaient de familles dont les revenus étaient inférieurs à la médiane.

Au début des années 1990, ce n’était plus le cas que de 8 %.

L’expérience américaine, comme l’expérience indienne, montre aussi que les catégories ainsi “protégées” ont tendance à s’étendre indéfiniment et qu’il est pratiquement impossible d’y mettre fin.

 C’est une machine à fabriquer du ressentiment chez les bénéficiaires comme chez ceux qui en sont exclus et qui favorise une culture du grief, de la plainte et de l’irresponsabilité. »

Source

Rupture ou continuité : comment enseigner l’histoire ?

Extraits d’un article intéressant de Francis Denis, détenteur d’un baccalauréat en philosophie et une maitrise en théologie : 

Depuis quelque temps, le débat sur l’histoire du Québec et le problème de sa transmission refont surface. Méthode, mission, orientation, esprit, valeurs, toutes les raisons inimaginables sont aujourd’hui mises de l’avant pour justifier une énième réforme de son enseignement.

[...]

Modèle collectiviste s’il en est un, le Québec, nous dit-on, doit se limiter à un seul curriculum. De là émergent les différentes batailles de points de vue découlant de ce que l’on croit être le Québec d’hier et d’aujourd’hui.

[...]

Revisitez les manuels d’histoire des cent dernières années et vous remarquerez que l’orientation générale et le sens donnés aux évènements ont grandement changé. Historia semper reformanda pourrait-on dire ! Comprendre le débat actuel nécessite selon moi davantage un regard sur le présent que sur le passé.

Perte d’intérêt ?

[...]

Pourquoi est-il si difficile de transmettre le gout de la connaissance historique aux jeunes d’aujourd’hui ? Parce que notre vision de l’histoire est foncièrement contradictoire.

[...]  Elle se contredit parce que l’image que nous projetons de nous-mêmes et de notre époque entre en conflit avec la logique même de la transmission et de l’histoire.

Je m’explique. Notre temps, que d’aucuns ont qualifié de « fin de l’histoire », se targue d’être le summum de l’Histoire. Notre époque en serait donc une où la vraie moralité aurait enfin pris le dessus, où la vérité aurait pris la place de l’obscurantisme et où la technologie pourrait désormais accomplir la mission du salut de « l’homme par l’homme ».

Vision quelque peu caricaturale, néanmoins partagée par grand nombre de nos contemporains suivant ainsi docilement une certaine intelligentsia. Cette projection utopique de nous-mêmes serait le point d’arrivée auquel l’enseignement de l’histoire devrait mener. D’où la nouvelle sélection d’évènements et d’insistances saupoudrée de moralité politiquement correcte afin de bien reconnaitre pas à pas les signes et les héros avant-gardistes qui auraient travaillé à établir ce royaume eschatologique tant attendu.

Avant 1960, le déluge

[...] S’il n’a jamais fait aussi bon vivre qu’aujourd’hui, à quoi bon s’intéresser à ce qui nous a précédés ?

Si l’époque de la « Révolution tranquille » continue d’être présentée comme un évènement politique et culturel en rupture avec le passé, comment pourrons-nous susciter l’intérêt des jeunes Québécois pour leur patrimoine ?

Vous aurez remarqué la difficulté de ma position. Lorsque le seul terme qui me permet de qualifier l’évolution du Québec durant la deuxième moitié du vingtième siècle est celui de « révolution », nous voyons comment il sera difficile d’effectuer cette révision si nécessaire à l’enseignement de l’histoire.

[...]


En effet, comment un professeur m’enseignant la rupture historique pourra-t-il me convaincre de l’utilité et de la beauté de ce qui est venu avant moi ?
[...]
Présenter l’histoire du Québec comme étant centrale à la vie humaine tout en rédigeant, en caractères gras, l’indépendance historique de notre époque m’apparait contradictoire. Je crois que les jeunes comprennent assez vite ce genre de chose et c’est pourquoi ils s’en désintéressent.

En ce sens, ce ne sera pas seulement l’enseignement de l’histoire qu’il faudra réformer, mais la vision même par laquelle nous la regardons. Une histoire en continu et dans laquelle aucune période n’est le moindrement du monde indépendante de celle qui l’a précédée.

Voir aussi

Les manuels scolaires québécois d'histoire...

Québec — Menace sur la liberté d'expression : le projet de loi 59

Texte de Mathieu Bock-Côté sur le projet de loi 59. Une nouvelle loi du cadenas ? Les intertitres sont de nous

Depuis quelques mois, on a cessé de suivre les débats entourant le projet de loi 59, grâce auquel le gouvernement Couillard entend lutter contre les discours haineux.

À tort.

Car nous sommes là devant une menace sans précédent pour la liberté d’expression.

Mais on apprenait il y a quelques jours que la députée du Parti québécois Agnès Maltais pratique contre lui une obstruction systématique. Elle veut nous alerter.

Car sous le couvert de la lutte aux discours haineux, c’est à la liberté d’expression qu’on s’en prend.

Propos haineux, concept vague et liberticide

La ministre de la Justice Stéphanie Vallée (ci-contre), qui porte le projet de loi, prétend l’avoir amélioré. Pourtant, nous sommes toujours devant une proposition catastrophique.

Qu’est-ce qu’un propos haineux ? Quoi qu’en dise le gouvernement, cela demeure terriblement flou. Ce grand flou autorisera toutes les dérives.

En fait, chaque minorité identifiée par la Charte des droits pourra se présenter comme victime de propos haineux.

Sera-t-il encore permis de critiquer l’islam comme religion et l’islamisme comme idéologie ? Sera-t-il permis de dire que certaines communautés culturelles s’intègrent moins bien que d’autres à la société occidentale ?

En fait, chaque minorité identifiée par la Charte des droits pourra se présenter comme victime de propos haineux. Comme d’habitude, ce sont les radicaux de chaque communauté qui décideront s’ils se sentent heurtés et qui militeront pour la censure.

Voyons plus loin. Qu’il s’agisse du souverainiste excité, du fédéraliste enragé, de la féministe radicale, du militant homosexuel sourcilleux ou de l’islamiste, chacun pourra se tourner vers son contradicteur obstiné et l’accuser de propos haineux.

Museler par le bras de l’État les opinions divergentes

Tous ceux qui dérangent l’idéologie dominante ou un groupe trop sensible pourraient le payer très cher. La liberté de critiquer la religion sera muselée.

Cette loi accorderait des pouvoirs exceptionnels à la Commission des droits de la personne et de la jeunesse (CDPDJ), qui porte bien mal son nom.

Car pour peu qu’on s’intéresse aux travaux de cette dernière, on constate qu’elle rêve fondamentalement d’une chose : devenir une police politique et trier entre les opinions respectables et celles qui ne le sont pas.

Nous n’avons pas besoin de contrôleurs idéologiques payés à temps plein pour surveiller les propos des uns et des autres.

Donner des droits à la CDPDJ, c’est en enlever aux citoyens.

Islamophobie ?

Martin Lemay, ancien député du Parti québécois de Sainte-Marie–Saint-Jacques, dans un texte paru il y a quelques mois, a parlé de la « loi du cadenas de Philippe Couillard ». La formule était aussi percutante qu’éclatante de vérité.

On s’en souvient, il s’agissait alors, sous le gouvernement Duplessis, au nom de la lutte contre la propagande communiste, de casser les mouvements sociaux progressistes.

Aujourd’hui, la déviance politique a changé de nom. Officiellement, on veut lutter contre l’islamophobie, ce mot fourre-tout qui vise à faire croire que la simple critique de l’islam ou de ses dérives relève de l’agressivité pathologique.

Dans les faits, ce sont les critiques du multiculturalisme et tous ceux pour qui la « diversité » peut poser problème qui sont visés. Au nom de la lutte contre les discriminations, on cherchera à les museler.

Stéphanie Vallée devrait mettre sa loi à la poubelle.

Voir aussi

Australie — Poursuite d’une employée d’une université pour embarras et humiliation

Des universités politiquement correctes qui doivent « protéger » leurs étudiants des idées dérangeantes


Correctivisme politique et les tribunaux : « Extirper l'hérésie et le blasphème » ?


jeudi 25 février 2016

Québec — L'immigration et son augmentation pour consolider l'option fédéraliste ?

Texte de Mathieu Bock-Côté dans La Vie agricole :

On parle en ce moment d’une nouvelle politique d’immigration à Québec. Mais nous pouvons déjà être à peu près certains du résultat : le gouvernement libéral proposera une hausse des seuils d’immigration. C’est normal : elle contribue à la consolidation de sa base électorale. Alors que le PLQ peine à obtenir plus de 25 % du vote francophone, il obtient des scores soviétiques chez les immigrants et les anglophones.

Cela lui permet aussi de cadenasser constitutionnellement l’avenir du Québec. On sait qu’en 1995, ce sont les immigrants et les anglophones qui ont fait pencher la balance vers le camp du Non en l’appuyant à peu près à l’unanimité. Il n’y a aucune raison de croire que lors d’un prochain référendum, les choses se passeraient autrement. Voyons-y un réalisme démographique élémentaire.

S’ils avaient un peu de vision et de courage, les partis d’opposition nationalistes militeraient pour une baisse significative des seuils d’immigration. Ils rappelleraient, comme on nous l’a encore confirmé récemment, qu’elle contribue à l’anglicisation de la métropole. 60 % des immigrants qui ne connaissent pas le français en arrivant ici ne veulent pas l’apprendre et se dérobent aux cours de francisation.

Ils démonteraient les légendes urbaines entretenues par la propagande patronale et relayées par un système médiatique convaincu des vertus de la mondialisation entourant la nécessité économique et démographique de l’immigration. On le sait, sa contribution économique est généralement neutre, et contrairement à la mythologie qui circule dans les médias, elle ne parviendra pas à rajeunir la population.

Mais nos partis d’opposition, pour l’instant, sont timorés. Le PQ et la CAQ se sont laissés convaincre que baisser les seuils ne se fait pas. Il suffit de poser la question pour risquer les injures habituelles des roquets au service du politiquement correct, pour qui la diversité est automatiquement une richesse, même si la multiplication des cas d’accommodements déraisonnables nous donne régulièrement la preuve du contraire.

Ils jouent même contre leurs intérêts électoraux, et préfèrent se faire croire qu’il suffirait de mener une politique plus « inclusive » à l’endroit des immigrants pour les faire basculer vers la grande famille nationaliste. Comme si le marketing diversitaire était la solution à tout. Si l'on considérait les choses froidement, on comprendrait que les nouveaux arrivants ne voient pas trop pourquoi ils rejoindraient le camp nationaliste.



Dans ce débat, on en trouvera pour nous revenir avec l’habituelle solution miracle : il suffirait de régionaliser l’immigration pour réussir son intégration. Théoriquement, ce serait l’idéal. Un immigrant qui s’installe dans une région où les Québécois francophones sont la norme a beaucoup plus de chance de s’intégrer à eux. À Québec, à Sherbrooke, à Trois-Rivières ou à Chicoutimi, on s’intègre mieux au Québec qu’à Montréal.

Mais depuis le temps qu’on nous en parle, c’est à se demander pourquoi nous ne nous y mettons pas. La réponse est pourtant simple : les immigrants n’en veulent pas. Massivement, ils s’installent à Montréal, parmi leurs proches. Ils ne veulent pas de la splendide mission qu’on leur réserve : repeupler des régions que les Québécois francophones désertent eux-mêmes. Ils préfèrent vivre en métropole, dans une grande ville.

Parlons franchement : l’heure est venue de réduire les seuils.

Voir aussi

Apprend-on le français sur le plancher des usines de Montréal ?

Bock-Côté : « Il est temps de réduire les seuils d’immigration »

Québec — Les cours de français de plus en plus boudés par les immigrants

Suède — Échec de l'intégration des immigrés, ce n'est pas faute de moyens ou de bons sentiments

Institut Fraser : L’immigration massive nuit au bien-être des Canadiens en général ; les politiques d’immigration doivent être revues (étude de 264 pages)

L’immigration, le remède imaginaire

200 000 immigrants en 4 ans au Québec, bon pour le développement durable !?

France — Enseignant condamné pour pédophilie autorisé à enseigner par sa hiérarchie

Une histoire qui choque en France. Un professeur a été autorisé par la hiérarchie de l’enseignement public à donner cours dans un collège alors qu’il avait été condamné pour pédophilie en Grande-Bretagne. Il a de nouveau commis des attouchements sur mineurs et a été arrêté.


Un professeur condamné pour pédophilie en Grande-Bretagne embauché en France

L’Éducation nationale française savait qu’un professeur, mis en examen pour agression sexuelle d’un mineur de moins de 15 ans, avait déjà été condamné pour de tels faits en Grande-Bretagne, mais l’a laissé continuer à enseigner, a révélé vendredi Najat Vallaud-Belkacem, pointant un dysfonctionnement « insupportable ».

Ce professeur de maths au collège Blaise Pascal de Villemoisson-sur-Orge, dans l’Essonne, a été mis en examen jeudi, également pour détention d’images pédopornographiques, et placé en détention provisoire. « Dès lors que nous l’avons appris, il a été suspendu », a déclaré la ministre de l’Éducation lors d’une conférence de presse convoquée à la hâte. « À ce stade, rien ne permet de penser que ses élèves ont été victimes de ses agissements. »

Mais l’examen de son dossier a révélé « des faits d’une extrême gravité », a-t-elle ajouté : il « avait déjà été condamné par un tribunal britannique en 2006 pour relations sexuelles avec un enfant à partir d’un poste de confiance et pour voyeurisme » à 15 mois d’emprisonnement, condamnation versée à son dossier professionnel.

Une commission paritaire de l’enseignement réunie en formation disciplinaire en mars 2007 « avait conclu à l’unanimité de ses 35 membres à l’absence de sanctions ayant constaté que la “matérialité des faits” reprochés était sujette à caution et que le doute devait lui profiter », a-t-elle précisé, qualifiant d’« insupportable » le fait qu’il ait été autorisé à continuer d’enseigner. « L’Éducation nationale est responsable cette fois-ci puisqu’elle était informée. Elle n’aurait pas dû laisser ce monsieur continuer à exercer au contact d’enfants », a martelé la ministre, qui a lancé « une enquête administrative » et prendra, « le cas échéant, les sanctions qui s’imposent ».


Il a reconnu les faits

Depuis l’affaire de Villefontaine — un directeur d’école mis en examen au printemps pour viols d’une partie de ses élèves alors qu’il avait été condamné pour recel d’images pédopornographiques en 2008 —, l’Éducation nationale s’est engagée à passer au peigne fin le casier judiciaire de ses agents, a rappelé Najat Belkacem. Un projet de loi en cours d’examen au Parlement doit garantir que toutes les affaires mettant en cause ses personnels dans des affaires de pédophilie « soient transmises en temps utile » pour que des sanctions disciplinaires puissent être prises.

Une cellule psychologique a été mise en place au collège Blaise Pascal. « Je suis atterrée. On n’a pas été mis au courant » de la condamnation en Grande-Bretagne avant les déclarations de la ministre, a réagi Catherine Lucas, représentante de la fédération de parents d’élèves FCPE au collège de l’enseignant. « L’équipe pédagogique était déjà très choquée » après la mise en examen.

Les enquêteurs sont remontés jusqu’au professeur après l’arrestation le 10 février « pour des faits distincts » d’un jeune homme à Corbeil-Essonnes, qui leur a expliqué avoir été recruté par « des jeunes » pour « organiser une expédition punitive à l’encontre d’un individu susceptible d’avoir commis des faits d’agressions sexuelles », selon un communiqué du parquet d’Évry.

Le jeune homme remet alors spontanément à la police un téléphone portable récupéré par les personnes qui avaient fait appel à lui, dans lequel les enquêteurs retrouvent « plusieurs milliers d’images et de vidéos pédopornographiques ». Ils y trouvent également « un film vidéo » dans lequel un homme, qui s’avérera plus tard être l’enseignant, « était en présence d’un mineur sur lequel il commettait une agression sexuelle ».

Le suspect, un homme de 55 ans rapidement identifié, est interpellé mercredi matin à son domicile de Sainte-Geneviève-des-Bois, le lieu où « l’enfant avait été filmé ». Il a reconnu les faits en garde à vue, évoquant « des pulsions homosexuelles à tendances pédophiles ». Il a également raconté avoir fait « plusieurs voyages dans des pays du Sud-est asiatique pour y rencontrer de jeunes hommes au physique juvénile ».

L’enseignant, originaire de l’Essonne, dit sur sa page « Copains d’avant » être marié et avoir quatre enfants. Il a aussi « mis en musique Rimbaud, Baudelaire, Verlaine, Apollinaire », des disques qu’il propose à l’achat sur son site internet, où il offre aussi des fiches de révision pour le brevet de mathématiques.

Voir aussi

Pédophilie — un rapport sur l'affaire Jimmy Savile révèle que la hiérachie (de la BBC) savait

Révélations de pédophilie sur Claude Jutra: le milieu du cinéma québécois serait sous le choc

Pédophilie — Un rapport sur l'affaire Jimmy Savile révèle que la hiérarchie (de la BBC) savait

Affaire Jimmy Savile (ci-contre) : un rapport révèle que la BBC savait, mais prend soin de disculper la haute hiérarchie.

La culture de la peur et de la déférence envers les célébrités à la BBC a favorisé les agissements pédophiles de son ancienne vedette Jimmy Savile, mort en 2011, selon une enquête interne publiée jeudi, qui absout toutefois la direction d’une responsabilité directe.

« Ma conclusion est que certains responsables juniors et de rang intermédiaire étaient au courant de la conduite sexuelle inappropriée de Savile dans le cadre de son travail pour la BBC » pendant des dizaines d’années, écrit Janet Smith, l’auteur de ce rapport de près de 800 pages.

« Cependant, je n’ai trouvé aucune preuve que la BBC, en tant que personne morale, était au courant » des agissements de l’animateur, qui a agressé 72 personnes dans le cadre de son travail à la BBC, a ajouté cette ancienne magistrate de la Cour d’appel, à qui cette enquête fut confiée en octobre 2012.

En cause : une culture de la peur et de la déférence envers les célébrités du groupe audiovisuel qui persiste encore aujourd’hui, une réticence du personnel à se plaindre ou à parler de leurs préoccupations par crainte de perdre leur travail ou encore le fait que les responsables les plus hauts placés n’encourageaient pas le dialogue.

Janet Smith prend ainsi l’exemple du révérend Colin Semper, responsable des contenus religieux de la BBC pendant de longues années, qui a eu des soupçons sur la conduite de Savile envers les jeunes filles sans aller jusqu’à les exprimer.

« Il y avait une culture hiérarchique au sein de la BBC qui favorisait l’idée que ce n’était pas à lui de soulever le problème de la conduite de Savile, mais que c’était de la responsabilité de quelqu’un de plus haut placé. Après tout, tout le monde semblait connaître les rumeurs », rapporte l’ancienne magistrate.

Le directeur général de la BBC, Lord Hall, a accueilli le rapport en exprimant ses regrets.

« Ce terrible épisode nous apprend que la célébrité est un pouvoir (...). Et comme tout pouvoir, il doit être mis face à ses responsabilités, il doit être remis en cause et il doit être surveillé, ce qui n’a pas été le cas », a-t-il dit, en présentant ses excuses aux victimes.

Selon un rapport d’enquête publié il y a trois ans par la police, Jimmy Savile avait profité de son statut de célébrité pour commettre 214 « actes criminels », dont 34 viols, entre 1955 et 2009.

Voir aussi

Pédophilie en Grande-Bretagne : que fait la hiérarchie ?

Pédophilie — Autre scandale dissimulé par la hiérarchie ?

Complicité de la hiérarchie de l’institution pour dissimuler de nombreux cas de pédophilie

États-Unis — Pédophilie dans une école primaire

Canada — La pédophilie : une orientation sexuelle comme l’hétérosexualité pour des experts

Scouts Canada s’excuse des cas de pédophilie qui auraient pu survenir

Pédophilie dans l’enseignement

États-Unis — pédophilie et sévices sexuels dans les écoles américaines

École laïque et républicaine — Enseignants pédophiles, on n’en parle que depuis récemment

Deux poids, deux mesures ? (artistes pédophiles excusés par des journaleux)

Mark Steyn : Penn State’s institutional wickedness (avec des détails scandaleux)



mardi 23 février 2016

Guernesey – Un devoir sur la conversion à Islam des élèves provoque la colère des parents

L’île de Guernesey, dépendance de la couronne britannique est secouée depuis peu par une polémique. Des élèves ont eu comme devoir à effectuer chez eux, la rédaction d’une lettre expliquant à leurs parents, leur choix d’embrasser l’Islam. Les jeunes élèves âgés de 12 à 13 ans devaient expliquer en détail les raisons de cette conversion. Un devoir qui n’a pas été du goût de nombreux parents qui ont fustigé cette initiative proposée dans un des collèges de l’île anglo-normande située non loin des côtes françaises, dépendance de la couronne britannique.

Pour beaucoup d’entre-deux, il s’agit ici d’une dérive dangereuse au regard de l’actualité marquée par le nombre croissant de ressortissants britanniques rejoignant les groupes terroristes en Syrie. Une mère de famille prénommée Gemma Gough a rapporté au DailyMail qu’elle et son mari avaient décidé de porter plainte auprès du département de l’éducation de Guernesey. « Les enfants sont trop influençables, imaginez si ces lettres tombent dans de mauvaises mains au cours des années à venir », a-t-elle ajouté.

Une inquiétude qui n’est pas partagée par le département de l’Éducation qui a déclaré : « Il est important que nos élèves soient capables d’apprendre, de comprendre, d’enquêter et d’interroger tout ce qui est autour d’eux. » De son côté, l’actuel Premier ministre de Guernesey Jonathan Le Tocq a récemment invoqué « l’islamophobie et la négativité » qui règnerait sur l’île pour justifier sa décision de ne pas accueillir les réfugiés syriens. Moins d’un pour cent de la population de Guernesey est musulmane et les autorités locales de l’île ont récemment refusé d’accueillir des réfugiés syriens.

Source

lundi 22 février 2016

Éthique — Pourquoi les médecins ont des réticences envers l'euthanasie

Texte de la docteur Dominique GARREL, médecin.

On a récemment observé que depuis que l’« aide médicale à mourir » est devenue légale au Québec, un nombre significatif de médecins ont manifesté leur refus de poser eux même le geste qui mettra fin à la vie de leur patient. Certains s’en étonnent, vu le consensus qui semblait régner lors de l’adoption du projet de loi 52 [adopté sous le nom Loi concernant les soins de fin de vie].


Je crois qu’on assiste à un retour du réel après une longue période de confusion. La première confusion est celle qui veut faire croire que l’euthanasie, rebaptisée « aide médicale à mourir », est un geste médical. [Le nom de la loi a bien sûr participé à cette confusion, à dessein.]

La deuxième confusion découle de la première, à savoir qu’un médecin, comme tout citoyen, peut parfaitement être en accord avec la légalisation de l’euthanasie, incluant le suicide assisté, au nom du droit à disposer de sa vie, sans accepter l’idée que non seulement il s’agisse d’un geste médical, mais d’un soin qu’il a l’obligation de prodiguer ou de contribuer à donner.

Le principe fondamental de la pratique médicale est de proposer des gestes dont les bénéfices l’emportent sur les risques. Toute la médecine rationnelle repose sur ce principe, qu’elle soit curative ou palliative.

« Mourir dans la dignité » autre euphémisme utilisé pour faire passer la loi autorisant l’euthanasie au Québec

Or le geste de donner la mort [même s’il était considéré comme moralement juste par d’aucuns,] ne peut d’aucune façon être qualifié de médical.

En effet, personne ne connait les conséquences de la mort. Nous savons seulement qu’elle est irréversible et que la personne qui meurt ne revient pas. Le médecin, comme tout le monde, ne sait rien d’autre. L’idée que la personne va cesser de souffrir si on met fin à ses jours est très répandue, mais elle repose sur des croyances quant à ce qui se passe, ou ne se passe pas, après la mort. Il n’y a rien de scientifique dans ces croyances.

C’est devant cette ignorance que les médecins ont toujours refusé l’euthanasie et pas seulement à cause de convictions morales ou religieuses. La Loi [sur l’euthanasie et « les soins de fin de vie »] instrumentalise les médecins pour poser un geste dont la justification est une question de philosophie politique. Il n’est pas étonnant que certains d’entre eux ne veuillent pas collaborer.

Voir aussi

Euthanasie — Naïve ruse des gouvernements québécois éventée

Euthanasie — le Québec et son culte du consensus froissés

La légalisation du suicide assisté augmenterait le nombre de suicides (y compris non assistés)

Grande-Bretagne : projet de loi d’« aide à mourir dans la dignité » résolument rejeté

L’euthanasie, jusqu’où ?

France — Euthanasie, la mort dans l’âme

Suicide assisté : décision disproportionnée de la Cour suprême dans ses effets prévisibles et potentiels ?

Euthanasie au Québec — Quid de l’autonomie des médecins ? Consensus fondé sur la confusion des termes.