jeudi 1 juillet 2010

Louis O'Neill : Liberté de choix au royaume de la laïcité

L'ancien ministre Louis O'Neill sur le jugement Dugré.

Première retombée du jugement Dugré, dans l’affaire Loyola : l’embarras du premier ministre du Québec qui, réagissant de façon improvisée, en appelle d’une décision qui pourtant n’a rien de catastrophique puisqu’elle ne fait que confirmer l’importance de certaines valeurs qu’il convient de promouvoir dans une société démocratique : la liberté religieuse, le respect des droits des parents en éducation, la liberté de choix. Au lieu de se hâter d’en appeler de ce jugement, il eut été plus approprié de s’interroger sur la pertinence d’un enseignement étatique obligatoire susceptible de porter atteinte aux convictions spirituelles et éthiques de milliers de parents et de jeunes.

Deuxième retombée : la réaction de la chef de l’opposition, non moins embêtée qui, réagissant aussi à la hâte, est d’accord pour interdire à un établissement privé d’intégrer au curriculum régulier un enseignement équivalent au programme officiel, mais marqué en sus d’une tonalité spirituelle particulière. Apparemment, ce projet heurte ses convictions laïques.

Faut se rappeler qu’en cette matière la chef de l’opposition a suivi un cheminement pour le moins sinueux. Il fut un temps où elle s’engageait à défendre non seulement le droit à un enseignement religieux mais même à respecter le statut confessionnel des établissements scolaires. Puis elle a changé de camp. La voici devenue militante fervente d’un laïcisme en apparence pur et dur. Elle dit craindre qu’on en revienne au Moyen Âge. Au fait, que sait-elle de cette époque médiévale chrétienne ? Il a connu la grandeur, ce temps où vécut et enseigna Thomas d’Aquin, qui s’efforçait de démontrer qu’il existe une connexion étroite entre la foi chrétienne et la raison. Il ne pensait pas que le fait de croire nuise à la vigueur intellectuelle, ni que la non-croyance offrît une garantie contre l’anémie de l’esprit.

Car ce fut là un grand projet médiéval : arrimer foi chrétienne et raison. Une raison autonome sous l’éclairage de la foi , celle-ci remplissant la fonction d’éclairage , de lumen sub quo. C’est le même objectif que poursuivent les enseignants de Loyola, auquel ils ajoutent celui de faire connaître à leurs étudiants les grandes composantes de l’humanisme chrétien. D’une génération à l’autre l’établissement s’est acquitté de cette tâche avec compétence et succès. Faut-il lui interdire de poursuivre désormais une mission aussi noble ?

L’empressement du premier ministre d’en appeler du jugement Dugré étonne d’autant plus que le personnage donne l’impression d’avoir des convictions élastiques. Il semble peu enclin aux visées de longue portée.

Ce n’est pas dans son genre de vouloir changer le cours de l’histoire.

Dans le cas de la chef péquiste, c’est plus inquiétant. Elle transporte dans ses bagages le projet d’une nouvelle société, d’un monde différent. D’où la question : de quoi sera fait ce monde nouveau ? Par exemple, quelle place y va-t-on accorder à la liberté de conscience et de religion et aux droits des parents en éducation ? Sans doute que le Québec souverain de demain ne risque pas de ressembler à une sorte de république de style islamique revêtue d’une défroque laïque intégriste. Mais encore, pour se sentir rassuré, il ne serait pas superflu qu’on en sache plus sur ce pays nouveau auquel rêve la chef péquiste. Il sera laïque, soit, et cela sied bien, car la laïcité est une vertu partout vantée. Mais de quelle étoffe sera tricotée cette laïcité nouvelle : ouverte ou fermée, aérée ou constipée, en continuité avec le passé ou en rupture avec lui, capable d’un minimum d’empathie face aux valeurs de souche chrétienne ou habitée par la culture du ressentiment ? Voilà une question complexe qui mérite qu’on s’y attarde.

En attendant une réponse qui pourra nous éclairer sur ce que sera le Québec de demain, il apparaît souhaitable qu’on trouve un accommodement raisonnable qui permette à un établissement scolaire hautement renommé de poursuivre la mission éducatrice de qualité dont il s’acquitte depuis un siècle et demi. Autrement dit, ce serait plus que pertinent qu’on fiche la paix à cette institution héritière d’une grande et belle tradition qui remonte à saint Ignace de Loyola.

LOUIS O’NEILL
Juillet 2010




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lundi 28 juin 2010

Guy Durand. Le cours d’ECR. Au-delà des apparences

Le philosophe Jean Laberge aborde sur son carnet le jugement Loyola et le livre de son homologue Guy Durand sur le programmme ECR.

 L’« affaire ECR » — selon le mot consacré de Louis Cornellier — continue toujours de susciter la controverse. Le 18 juin dernier, en effet, le juge de la Cour supérieure, Gérard Dugré, reconnaissait le droit à l’école secondaire Loyola d’enseigner ECR dans une perspective catholique. Le jugement a évidemment suscité l’indignation des partisans d’ECR, dont la chef de l’opposition officielle, Pauline Marois, qui a déclaré que «¸ c’est un très grand recul ». Le gouvernement, lui, songe à porter en appel le jugement. Ce qui a mis le feu aux poudres, c’est la teneur des propos du juge Dugré qui liait ECR à l’Inquisition : « L’obligation imposée à Loyola d’enseigner la matière ECR de façon laïque revêt un caractère totalitaire qui équivaut, essentiellement, à l’ordre donné à Galilée par l’Inquisition de renier la cosmologie de Copernic ».


Le moins qu’on puisse dire c’est que le juge Dugré n’y est pas allé de main morte. Est-ce vraiment le cas ? Le juge avait-il raison de comparer ECR à la sainte Inquisition ? À lire l’essai de Guy Durand, Le cours d’ECR. Au-delà des apparences (Guérin, 2009), on se prend à se réveiller d’un cauchemar digne de l'Inquisition. D’après l’auteur :

« La conception et l’imposition du cours ECR prend place à l’intérieur d’un processus de déconfessionnalisation des écoles publiques en marche depuis une vingtaine d’années, ainsi que dans le cadre d’une Réforme pédagogique elle-même en marche depuis plusieurs années. Quand on examine ce qui s’est passé, on ne peut que déplorer les atteintes à la démocratie et les dérives de raisonnement auxquelles cette histoire a donné lieu : population mal informée, voire trompée à plusieurs occasions, fausses justifications servies, processus d’implantation inadéquat, etc. » (chapitre II, p. 51).


Le lecteur aurait tout intérêt à lire (ou relire) ces pages du livre de Durand dans le contexte du jugement récent de la Cour supérieure. Il y apprendra bien des choses qui éclaireront la suite des événements et lui permettront de porter son propre jugement sur toute l’« affaire ECR ».

Au plan philosophique, le lecteur y trouvera aussi son compte. Critiquant la position « pluraliste » de Georges Leroux suivant laquelle «la vérité existe mais ne peut être que le fruit d’un consensus général», Durand écrit  :

« …selon moi, il y a une méprise entre le moyen, la poursuite de la vérité par la réflexion, le dialogue et la discussion, et la fin, soit la vérité elle-même. À mon sens, la Vérité existe et il faut toujours la rechercher en allant chacun au bout de ses efforts pour l’atteindre, établissant en cours de route des convictions personnelles, même si on ne peut jamais avoir la certitude absolue de l’avoir atteinte. » (p. 12)

La distinction entre le moyen (le dialogue réflexif) et la fin (la vérité), qu’évoque le théologien, est fort éclairante. L’adepte du pluralisme comme Leroux confond en effet le la fin et le moyen, car la vérité n’est autre, en bout de piste, que le consensus obtenu par le dialogue. Le pluralisme n’admet pas quelque chose comme une Vérité indépendante du processus de recherche.

Il n’y a rien de surprenant à cela puisque le pluralisme de Leroux est calquée sur celui du de Rawls. En effet, la justice résulte, selon Rawls, du moins dans le contexte d’une démocratie, de l’accord obtenu entre les participants discutant publiquement. La justice est procédurale : « …la justice procédurale pure s’exerce quand il n’y a pas de critère indépendant pour déterminer le résultat correct ; au lieu de cela, c’est une procédure correcte ou équitable qui détermine si un résultat est également correct ou équitable, quel qu’en soit le contenu, pourvu que la procédure ait été correctement appliquée. » (Théorie de la justice, p. 118) Pour bloquer la régression à l’infini qu’engendre la justice procédurale, Rawls en appel donc au consensus obtenu. On pourrait dire la même chose pour ce qui concerne la vérité : c’est essentiellement une affaire de consensus obtenu à l’aide d’une procédure « correcte ». Le problème, comme on le voit, c'est qu'on présuppose une procédure « correcte ». Il faut s'entendre là-dessuss, et ainsi de suite ad infinitum...

Dans la conception rawlsienne libérale de la vérité, celle-ci n’existe pas indépendamment des jugements des citoyens, telle une autorité suprême, un dictateur, Dieu, ou quoi que ce soit d’autre : la vérité résulte de la convergence des jugements, c’est-à-dire de l’accord de tous. Tous peuvent donc errer ; ce qui importe, toutefois, c’est le consensus. Voilà la conception de la vérité au cœur de ECR qui, on le constate, est parfaitement aberrante. Est-ce cela que mérite nos enfants ?

Nous sacrifions leur éducation sur l'autel du libéralisme. Dans La Duchesse de Langeais, Balzac fait dire à la duchesse, devant la cour par trop insistante du marquis de Montriveau: « Taisez-vous, ne parlez pas ainsi ; vous avez l’âme trop grande pour épouser les sottises du libéralisme, qui a la prétention de tuer Dieu ». Nietzsche annonça la mort de Dieu; le libéralisme l'avait déjà tué. La satanée liberté des modernes aura en effet coûté un prix élevé à l’humanité. C’est à son prix que la vérité sera sacrifiée pour celle de chacun et de tous. Le cours ECR coule depuis lors de source.

Jugement Loyola — Communiqué du président de l’Assemblée des évêques catholiques du Québec

28 juin 2010

Le juge Gérard Dugré, de la Cour supérieure du Québec, vient de donner raison au Collège Loyola, qui affirme respecter les exigences de la loi en donnant un programme équivalent au cours obligatoire d’Éthique et Culture religieuse mais dans une perspective confessionnelle qui s’inscrit dans le cadre de son projet éducatif catholique.

Ce jugement apporte un éclairage nouveau sur une question fort complexe et ouvre de nouvelles voies pour qui s’intéresse à la mise en place, dans nos écoles, d’une véritable formation au pluralisme et à la diversité religieuse.

Le développement d’un tel programme par Loyola fait valoir le point de vue que la reconnaissance de l’autre et la poursuite du bien commun — les deux grandes finalités du cours d’Éthique et Culture religieuse — ne sont pas menacées quand on y est initié dans un cadre confessionnel sérieux. Connaissance de soi et respect de l’autre vont de pair et nul n’est mieux préparé à accueillir la différence en matière de foi et de croyances que celui ou celle qui a appris à trouver dans sa propre identité spirituelle et religieuse les fondements de l’accueil, du respect et du dialogue.

Nous ne pouvons qu’accueillir avec satisfaction la reconnaissance par la Cour supérieure de la légitimité de cette approche.


Quand la création du programme d’Éthique et Culture religieuse avait été annoncée, en remplacement du régime d’option entre enseignement religieux et enseignement moral, nous nous étions engagés publiquement, malgré notre déception de voir disparaître la liberté de choix des parents, à maintenir « une attitude d’ouverture et de prudence..., critique et vigilante ».  C’est dans cette perspective qu’en septembre dernier, nous avions exprimé à la Ministre de vives inquiétudes sur les modalités concrètes d’application du nouveau programme au cours de sa première année. Nous avions en particulier mis en évidence les lacunes dans l’implication des parents, premiers responsables de l’éducation de leur enfant. Ils devront être mieux informés et écoutés, écrivions-nous.

Nous avions alors rappelé à la Ministre ce que nous avions dit dans notre déclaration du 17 mars 2008 : « L'Assemblée des évêques a toujours exprimé sa préférence pour le respect du choix des parents en matière d'éducation morale et religieuse. C'est pourquoi elle a favorisé l'établissement d'un régime d'options entre un enseignement confessionnel et un enseignement moral sans dimension religieuse. Cette liberté de choix disparaîtra avec l'implantation du nouveau programme. Cela représente à nos yeux une perte et nous estimons qu'il faudra demeurer très attentifs au respect intégral de la liberté de conscience dans le nouveau con-texte qui vient d'être créé. » 
 
+ Martin Veillette
évêque de Trois-Rivières
président de l’Assemblée des évêques catholiques du Québec




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Canada — Do We Still Have Religious Freedom ?

In this program, Radio Maria interviews Suzanne Lavallee from Drummondville, Quebec. Her family has been forced to go to the Supreme Court of Canada to rule on whether they have the constitutional right to exempt their children from the Ministry mandated secular course called, Ethics and Religious Culture. Suzanne's legal struggle to have her children taught the Catholic faith shows the present difficulties faced by families when the province imposes a moral and religious curriculum. This is a battle for religious freedom and to keep religion in the public square.
Listen: (28 minutes)




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samedi 26 juin 2010

« On ne négocie pas un virage aussi important sans écraser d’orteils »


« On ne négocie pas un virage aussi important sans écraser d’orteils » répondait aux parents la ministre de l’Éducation du Québec, Mme Courchesne.
   
"Le cours de culture religieuse obligatoire", LE SOLEIL, 19 avril 2008.




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Le Devoir interroge un juriste et un philosophe, ils s'opposent au jugement Dugré

Le Devoir interroge ce samedi un juriste et un philosophe, ils s'opposent tous deux au jugement Dugré. Est-ce pour rassurer ses lecteurs que le quotidien de Bleury ne trouve pas opportun d'apporter une information équilibrée (voir les constitutionnalistes défendent le jugement Dugré) ?


Extraits de l'article (le texte du Devoir est précédé d'un liseré gris) :
Le concept d'équivalence

En substance, le juge s'attarde surtout à prouver que le gouvernement du Québec ne peut pas refuser de reconnaître le cours ÉCR « maison » proposé par l'école secondaire privée pour garçons comme un cours équivalent sous prétexte qu'il aborde l'enseignement dans une perspective confessionnelle. M. Dugré va jusqu'à remettre en cause le pouvoir discrétionnaire de la ministre et celui de ses fonctionnaires en alléguant qu'ils n'avaient pas le pouvoir de définir les critères d'« équivalence ».
Plus précisément que le fonctionnaire Jacques Pettigrew ne pouvait — en l'absence de critères d'équivalence précis établis légalement au préalable — établir de son propre chef des critères arbitraires d'équivalence et qu'il aurait donc dû utiliser le sens ordinaire d'équivalence, à savoir ici comparable.
Inscrite sur la première page de la décision, la locution latine Delegatus non potest delegare (Le délégué ne peut pas déléguer) donne le ton. Philosophe à l'Université Laval, Luc Bégin, qui est aussi conseiller du ministère de l'Éducation pour le cours ÉCR, détecte
« Détecte » et non pas « croit détecter », ce serait donc une anomalie avérée pour le Devoir ?
une anomalie dans le raisonnement du juge, qui préfère s'en remettre à la définition générale du dictionnaire du mot « équivalent », soit « qui a la même valeur ou fonction […] dont la portée est semblable ou identique ». « Je trouve ça étrange que [le juge] dise qu'il suffit que le cours proposé par Loyola soit similaire ou comparable [à celui proposé par le ministère de l'Éducation] alors qu'il ne revient pas du tout sur la question de la valeur et de la fonction, indique Luc Bégin.
C'est faux. Le juge se penche sur les objectifs des deux cours et trouvent qu'ils sont les mêmes ainsi que les compétences développées par ces deux programmes :
[185] Analysé à la lumière de critères d’équivalences appropriés, soit ceux découlant du sens ordinaire, le Tribunal estime que le programme de Loyola est équivalent à celui établi par la Ministre, tant à l’égard des objectifs (reconnaissance de l’autre et la poursuite du bien commun) que des compétences (éthique, culture religieuse et dialogue).
Si on se fie à la logique du juge, c'est comme s'il suffisait d'aborder des éléments de contenu du cours, de quelque façon que ce soit. Autrement dit, c'est comme affirmer que la science peut être enseignée de façon créationniste pour autant qu'on retrouve l'ensemble des éléments de contenu à étudier. »
Des dires mêmes du philosophe Georges Leroux, défenseur du programme ministériel et témoin expert du gouvernement dans cette cause, il n'y a aucune raison de penser que la pédagogie jésuite de Loyola ne puisse pas permettre l'atteinte des deux objectifs du programme que sont la reconnaissance de l'autre et la poursuite du bien commun.
Rappel effectué dans le communiqué de presse du collège Loyola
Pour le professeur, cette façon de faire inquiétante n'est pas sans suggérer un retour à l'enseignement confessionnel.
Depuis quand les écoles confessionnelles privées ne peuvent-elles plus pratiquer un enseignement confessionnel ?
« Si c'est ce que le juge pense, alors on peut revoir la fonction des programmes quels qu'ils soient. Et on peut se demander si les anciens programmes confessionnels ne devraient pas être jugés équivalents au cours Éthique et culture religieuse »
Effectivement.  Et pourquoi pas ? Pourquoi pas un peu de souplesse, de tolérance ?
, fait remarquer M. Bégin. Le tribunal conclut ainsi que « le programme de Loyola est comparable au programme ÉCR établi par la ministre » et que « l'enseignement de ce programme suivant la confession catholique n'en change pas la nature et ne peut faire perdre le statut d'équivalent au programme de Loyola ».
Cette exigence de non-confessionnalité est bien sûr connue du juge Dugré, mais elle va pour lui à l'encontre la liberté de religion de Loyola (notamment la liberté d'expression de ses professeurs) alors qu'un cours confessionnel permet d'atteindre les mêmes visées et de développer les mêmes trois compétences.
[277] Il n’est pas contesté en l’espèce que le programme ÉCR empêche la réalisation de ce qui précède.  L’expert Farrow l’exprime ainsi : le programme ÉCR, dans ses deux objectifs que sont la reconnaissance de l’autre et la poursuite du bien commun, se trouve à refléter en quelque sorte l’énoncé tiré de Gravissimum Educationis, à ceci près que la référence à la fin suprême – Dieu – est exclue.  Plus particulièrement, dans son volet culture religieuse, le programme ÉCR empêche l’enseignant d’afficher quelque confession religieuse que ce soit.  En effet, sur les questions éthiques et le phénomène religieux, l’enseignant doit adopter une posture neutre.
Cette absence de distinction dans les postures étonne Luc Bégin, qui a participé à la conception du volet éthique du cours.  « Le programme ÉCR a une approche culturelle des religions, et non confessionnelle. C'est une différence fondamentale, insiste-t-il. Dans une approche culturelle, on vise à faire comprendre aux jeunes une manifestation du phénomène religieux. On le fait dans le but de former des citoyens éclairés.  La référence qu'auront les citoyens, c'est leur raison
À nouveau, Georges Leroux admet que la pédagogie de Loyola n'empêchera en rien d'atteindre les objectifs recherchés par le programme ECR : la reconnaissance de l'autre et la poursuite du bien commun. Deux termes flous d'ailleurs et jamais définis rigoureusement. David Mascré le soulignait déjà lors du procès de Drummondville : « Objection 4 : les valeurs que le programme d’éthique et de culture religieuse prétend ainsi mettre en avant ne sont à aucun moment définies de manière rigoureuse (c.-à-d. exhaustive et non redondante). »
alors que quand on est dans une approche confessionnelle, ce qu'on vise en définitive […], c'est la fonction croyante, pratiquante. »
L'un n'empêche pas l'autre.
Selon M. Bégin, il est très tôt évoqué dans le programme ÉCR que l'élève doit être capable de penser par lui-même, de développer sa raison critique et de se faire une idée de ses propres valeurs. « Dans une posture confessionnelle, on n'est plus dans une entreprise de rendre le jeune capable de comprendre par lui-même, on est dans une entreprise de moralisation.  On n'en fait pas un être bête et docile pour autant, mais la réflexion critique est nécessairement assujettie à un cadre de référence qui est celui de la confession religieuse »
Et alors ? Les parents qui inscrivent leurs enfants à Loyola veulent ce cadre de référence...
, a-t-il poursuivi. Dans sa défense, la ministre de l'Éducation invoque notamment l'absence de la compétence « pratique du dialogue » dans le cours que propose de donner le collège Loyola et insiste sur le rôle d'enseignant et son devoir de réserve. Là-dessus, le juge est sans équivoque : il s'agit de prétextes.  Luc Bégin y voit une nette exagération. « Ça m'a scié de lire ça parce que le rôle de l'enseignant, on le retrouve dans les premières pages du programme ÉCR  au primaire et au secondaire, au même titre qu'apparaissent les finalités du programme et les compétences. C'est dire à quel point c'est fondamental », croit-il.
Pour Loyola, son programme comporte une compétence de dialogue et le juge est d'accord :
[150] Dans le programme ÉCR, le dialogue est défini comme comportant deux dimensions interactives, à savoir la délibération intérieure et l’échange d’idées avec les autres.

[151] Une simple lecture de la pièce P-2, complétée par les pièces P-1 et P-4, confirme sans équivoque que le programme offert par Loyola comporte ces deux dimensions.  D’ailleurs, le témoignage du directeur Paul Donovan le confirme.


Atteinte à la liberté de religion

Enfin, le juge récuse sévèrement la défense de la ministre, qui plaide que l'école secondaire Loyola, comme personne morale, ne peut invoquer une atteinte à sa liberté de religion. Or cette école privée subventionnée a une personnalité juridique, statue le juge en reconnaissant que l'établissement « a donc droit à la protection de l'article 3 de la Charte québécoise puisque son droit fondamental [celui de la liberté de religion] est enfreint ». Le juriste Pierre Bosset reconnaît qu'il peut y avoir là une atteinte à la liberté religieuse des parents.
Et les enseignants qui sont obligés de ne pas dire ce qu'ils pensent en matière de foi ? 
Mais selon lui, d'importants critères ne sont pas abordés par le juge, comme le fait que l'objectif poursuivi pour limiter la liberté religieuse puisse être légitime et valable. « Le vivre ensemble, le développement d'une certaine culture religieuse chez tous les citoyens… Ces objectifs sont peut-être légitimes, mais le juge n'aborde pas certains de ces aspects », souligne M. Bosset.
Et pourtant ! le juge se penche sur le fait de savoir si des raisons légitimes pourraient expliquer cette limitation de liberté de conscience et d'expression :

[295] En outre, le Tribunal est d’avis que le critère de l’atteinte minimale n’est pas respecté en l’espèce.

[296] Plusieurs solutions s’offraient à la Ministre afin d’éviter d’enfreindre un droit protégé par la Charte québécoise. À titre d’exemple, le programme ÉCR aurait pu être scindé, la partie éthique étant obligatoire et la portion religion, protégée par la Charte québécoise, laissée optionnelle[137]
jusqu'à...
[307] L’atteinte minimale n’est pas satisfaite pour une raison bien simple : accorder l’exemption demandée par Loyola constitue manifestement une solution possible évitant de porter atteinte à la liberté de religion de Loyola.

[308] L’effet de la décision ne satisfait pas non plus au test établi dans l’arrêt Oakes précité.  En effet, les effets préjudiciables résultant du refus de la Ministre surpassent de loin ses effets bénéfiques.

[...]

M. Bosset ne verrait pas d'un mauvais œil que les deux causes — celle menée par des parents de Drummondville qui souhaitent dispenser du cours leurs enfants qui vont à l'école publique et celle de l'école secondaire privée Loyola — soient tranchées par la Cour suprême. « Pour aborder tous les aspects de fond, les questions de chartes plus que celles des droits administratifs », précise-t-il. Tenant d'une laïcité dite « ouverte », Pierre Bosset propose d'étendre cette réflexion collective au débat sur le financement des écoles privées.
Quelle ouverture d'esprit ! Un revers en justice, et hop ! il faut réfléchir au financement des écoles privées, euphémisme pour « étrangler financièrement les écoles privées qui seraient trop libres...» ? 
« Si on utilise l'argument du financement public versé aux écoles privées, il y aura peut-être là une légitimité supplémentaire pour imposer un cours. […] Si l'État tient à sa laïcité,
Quelle différence avec la laïcité fermée, le laïcisme ? 
il devra continuer à financer ces établissements, mais s'il doit respecter la liberté religieuse, ce serait cohérent pour lui de cesser le financement. » Voilà des controverses judiciaires qui promettent d'alimenter bien des débats.
En effet. Pourquoi cette lutte contre la liberté scolaire ?




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Les constitutionnalistes défendent le jugement Dugré

« Le juge Dugré rend son jugement conforme, selon la constitutionnaliste de Laval Pascale Fournier, à la jurisprudence dominante au Canada ».

Cité par Jean-François Lisée sur le site de l'Actualité, le 21 juin 2010

« Plusieurs experts partagent cet avis et disent que — s'il est confirmé en appel — ce jugement fera boule de neige dans plusieurs écoles privées de confessionnalités diverses. Le constitutionnaliste Henri Brun note que ce jugement s'inscrit dans l'air du temps et dans la voie tracée par la Cour suprême du Canada : « La Cour suprême du Canada a donné une définition extrêmement large de la liberté de religion. » À son avis, les parents déboutés récemment sur cette question pourraient exploiter le jugement Dugré pour défendre leur point de vue. »
Reportage de Radio Canada, lundi 21 juin 2010 à 17 h 01.





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Le nombre de cadres dans les commissions scolaires augmente pendant que le nombre d'élèves diminue

Alors que le nombre d'élèves diminue dans les commissions scolaires, le nombre de fonctionnaires a augmenté de 692 cadres depuis 1999. Ceci alors que de plus en plus d'écoles ferment en régions.

Les commissions scolaires soutiennent que la croissance du nombre de gestionnaires est « normale », compte tenu « des obligations » qui leur sont imposées.

« Même s'il y a une baisse de clientèle, la charge administrative n'est pas moins grande », fait valoir Bernard Tremblay, de la Fédération des commissions scolaires. À son avis, plusieurs de ces postes de cadres ont été créés à l'intérieur des écoles, ce que nient les directeurs d'établissement.


Selon Bernard Tremblay, « Encore une fois, les directions d'école se plaignent du fait qu'il y a beaucoup de bureaucratie, mais cette bureaucratie-là n'est pas générée par la commission scolaire. C'est la commission scolaire qui répond à des commandes du Ministère, parce qu'on est dans une ère où la gestion doit être transparente. »

M. Tremblay donne l'exemple de la vérification des antécédents judiciaires, qui doit être effectuée depuis quelques années. « Ce sont 150 000 employés qu'on vérifie, dit-il. C'est sûr qu'il y a du personnel associé à ça. Tout le monde dit que c'est important, mais en même temps on se plaint de la bureaucratie. »

Source : TVA Nouvelles





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vendredi 25 juin 2010

Mère juive : Loyola, une école multiculturelle qui ne méritait pas cet acharnement bureaucratique

Letter to the editor published in The Gazette of Montreal today.

Loyola doesn't deserve this

Re: "A victory for religious freedom" (Editorial, June 22).

My son was the only Jewish boy to attend Loyola during the years he insisted on being with his Italian and Irish buddies through high school. Fearful he might be indoctrinated with Catholicism, I watched closely over the passing terms. Besides exempting him from any religious dogma, the priests continually made positive references about the Old Testament.

At graduation, the band played the Hava Nagilla right along with Danny Boy and O Sole Mio. How ironic that a school conducting itself with so respectfully should be subjected to this continual legal onslaught.

Myra Curtis Cote St. Luc




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ECR — Au royaume de la confusion

Christian Rioux du Devoir revient sur le cours d'éthique et de culture religieuse et les examens de fin d'année de ce cours donnés par quelques professeurs. Christian Rioux nous semble une des rares voix sensées et conservatrices au Devoir sur ce sujet.
«Est-ce que l'être humain peut se réincarner après la mort?» Cette question n'a pas été posée dans une réunion secrète d'une vague secte ésotérique. Elle n'est ni le fruit de l'esprit égaré d'un adorateur de la flamme violette ni sortie d'un petit catéchisme de bouddhisme tibétain. Croyez-le ou non, elle a été formulée afin d'évaluer le niveau des élèves qui ont suivi le cours d'éthique et de culture religieuse du Québec. Voilà ce que nous révélait la semaine dernière une série d'articles du Devoir faisant notamment le bilan de ce nouveau cours.
Des examinateurs, qu'on imagine être parmi les esprits les mieux formés en la matière, ont donc jugé bon de demander aux élèves si la réincarnation, un concept par ailleurs étranger à la culture occidentale, était possible. 
Pour être complet, il faut dire qu'il s'agit là de choix personnels aux écoles en question, d'autres professeurs d'ECR pourraient avoir choisi d'autres questions ou activités. Il n'y a pas d'examen uniforme en ECR.
Ils n'ont pas demandé comment les religions orientales ou animistes considéraient la réincarnation. Ils n'ont pas voulu savoir si la réincarnation avait sa place dans les grandes religions monothéistes ou quelle forme elle prenait dans les légendes amérindiennes. Ces questions auraient permis d'évaluer les connaissances des élèves. Mais on sait que l'évaluation des connaissances répugne aux nouveaux programmes. Ne reculant devant rien, ces examinateurs ont donc purement et simplement demandé aux élèves si la réincarnation avait un sens. On imagine que, la prochaine fois, ils leur demanderont si l'Immaculée Conception est possible, si les miracles sont avérés et, pourquoi pas, si Dieu existe!
Cet exemple est loin d'être isolé. Dans d'autres écoles, on a demandé à des élèves du primaire de décliner publiquement leurs croyances sans égard pour ceux qui n'en avaient pas ou qui ne savaient pas. On a aussi demandé à des élèves du secondaire d'inventer de toutes pièces une religion, ridiculisant du coup ce qui relève d'un héritage millénaire digne du plus grand respect. Passons sur ces enseignants qui ont proposé de redessiner le fleurdelisé sans la croix pour le rendre plus «inclusif». Sans parler de la part congrue, sinon inexistante, faite aux philosophies athées et agnostiques. Est-il besoin d'autres exemples pour comprendre que le cours ECR ouvre la porte toute grande à la violation de la liberté de conscience des élèves et des familles?
Il n'est donc pas surprenant que le juge Gérard Dugré ait statué cette semaine que l'obligation de dispenser ce cours violait la liberté du collège Loyola, qui est un collège catholique. En cela, le juge n'a pas tort. Pourtant, son jugement est loin de clarifier véritablement les choses. Le juge Dugré ajoute en effet à la confusion lorsqu'il reproche à l'État d'imposer une perspective laïque aux écoles confessionnelles. 
Il y a une contradiction entre perspective laïque et école confessionnelle... Si une école est confessionnelle ce n'est justement pas pour être laïque !
Une étude plus serrée lui aurait permis de découvrir que le cours ECR est tout sauf laïque. En effet, sa philosophie générale viole littéralement les droits des non-croyants en accordant un statut particulier aux religions, rejetant dans les limbes toutes les autres formes de spiritualité. Pour ses concepteurs, les religions ont « le monopole du sens », pour reprendre les mots de l'écrivain Régis Debray. Mais le cours viole aussi les droits des croyants dans la mesure où il prêche ouvertement un relativisme culturel inacceptable. Selon les concepteurs du cours ECR, toutes les religions se valent. La conclusion logique, c'est qu'il n'y a donc pas de vérité révélée, mais plusieurs vérités toutes équivalentes. Les croyants ont toutes les raisons d'être choqués.
Un cours respectant strictement la laïcité s'abstiendrait de traiter des croyances personnelles. Afin de s'en assurer, il n'aborderait les religions que dans le cadre de disciplines bien établies, comme l'histoire, la géographie, les arts ou la littérature. Jamais les croyances personnelles ne seraient ainsi mises en cause. 
Peut-être. Il faudrait voir comment cela se ferait. On peut déjà, grâce à la liberté de l'institutrice au primaire et des compétences transversales, mêler l'histoire et l'ECR, parler de toutes les religions comme d'égales valeurs, revenir sans cesse sur les autochtones en histoire et en français, parler à répétition de l'écologie lors de cours de sciences, aborder la réincarnation quand on parle des autochtones en histoire, etc. Cela se fait déjà dans certaines écoles. 
Faute de distinguer la laïcité du relativisme culturel, le jugement Dugré se trompe à un autre titre. Il erre même complètement lorsqu'il affirme qu'une école privée confessionnelle subventionnée par l'État devrait avoir le droit de faire prévaloir sa vision religieuse dans toutes les matières. 
Et les écoles non subventionnées qui doivent quand même donner le cours d'ECR ?
Ce faisant, le juge met la table pour les créationnistes qui demanderont des modifications aux cours de sciences. Il déroule le tapis rouge aux intégristes musulmans qui ne voudront pas que l'on parle d'Israël en histoire ni que leurs enfants soient exposés à des nus impressionnistes. 
La décision du juge Dugré ne porte que sur le cours ECR, un programme de transmission de valeurs. Les nus impressionnistes font-ils vraiment partie d'une éducation de base qu'il faille imposer à des enfants juifs orthodoxes par exemple ?
Ceux qui croient qu'il suffit d'un simple accommodement avec le collège Loyola ne comprennent pas dans quel engrenage infernal ils nous entraînent.

Avec de telles propositions, ils donneront bientôt des arguments à ceux qui veulent interdire à l'État de subventionner les écoles religieuses. Pourtant, même dans un pays aussi laïque que la France, l'État soutient les écoles privées. Mais il le fait en échange du respect strict des programmes nationaux, programmes qui, contrairement au cours ECR, respectent intégralement la liberté de religion et plus généralement la liberté de conscience.

Ceux qui se demandaient vers quel abîme de confusion nous entraîne la laïcité prétendument « ouverte » trouveront dans cet exemple une illustration éclatante. 
La véritable laïcité « ouverte » aurait consisté à offrir le choix de la formation morale ou religieuse aux parents : un cours de religion, un cours de morale ou un cours d'ECR s'il est populaire, mais au choix.
Loin d'apaiser les tensions, la prétendue tolérance du cours ECR ne fait que les attiser. Et la saga ne fait que commencer.




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