dimanche 13 septembre 2009

Marie-Josée Croteau chez Richard Martineau

Vidéo du bref passage de Marie-Josée Croteau, présidente de la Coalition pour la liberté en éducation (CLÉ), chez Richard Martineau le 7 septembre 2009. Bref passage, car il était initialement prévu que cet entretien durerait 20 minutes pour discuter de l'impact du jugement de Drummondville qui, en première instance, a débouté les parents qui demandaient une exemption au cours d'éthique et de culture religieuse. Pour cause de Moulin à paroles (sur l'histoire du Québec), l'entretien ne durera en fait que 5 minutes.

Signalons que Richard Martineau ne semble pas du tout avoir suivi le dossier :
  1. M. Martineau persiste à penser que la CLÉ est toujours un groupe de catholiques rassis (or elle comprend des catholiques, des protestants, des Coptes, des agnostiques et a même reçu une demande d'aide d'un couple athée).

  2. Il semble ignorer qu'il y avait déjà un enseignement sur les autres religions à la fin du secondaire lors du cours de religion catholique.

  3. Il confond diversité ethnique et culturelle et diversité religieuse (en fait, le Québec est toujours à près de 90 % chrétien).

  4. Il ressort son hochet favori : si on est contre le cours d'ECR on est contre le cours de science et les créationnistes vont sévir, véritable épouvantail qui empêche de réfléchir sur la nature idéologique du cours ECR (et, soit dit en passant, il y a justement de nombreux récits créationnistes dans les classes d'ECR). D'ailleurs, malgré deux signaux du pied de Mme Croteau (« rééduquer des enfants », « Ré-édu-quer »), Martineau n'écoute pas, ne saisit pas la balle au bond et continue avec les questions qu'il posait il y a déjà un an...

  5. Martineau semble s'opposer à un système d'éducation à la carte, qu'a-t-il donc contre le choix ? Pourquoi pense-t-il que l'uniformité est bonne (paradoxalement pour imposer un cours au nom de la diversité) ? Pourquoi pas un ministère de l'Épicerie nationale qui déciderait ce qui doit aller dans le panier de la ménagère ou de l'alimentation des enfants ? L'alimentation est-elle moins importante que l'éducation ?

Histoire au Québec : obsession pour le XXe siècle

Extraits d'un article de Christian Rioux dans Le Devoir, les intertitres sont de nous :
Plus de spécialiste de la Conquête au Québec

Ironie du sort, l'auteur de cet article a pu constater que la plupart des historiens québécois ne connaissaient même pas le principal ouvrage publié ces dernières années en Europe sur la guerre de Sept Ans, dont la bataille des Plaines d'Abraham fut un épisode. Il s'agit du livre de Jonathan F. Dull intitulé La Guerre de Sept Ans, Histoire navale, politique et diplomatique (Les Perséides).

« On ne trouve plus de spécialistes de la Conquête dans les grandes universités québécoises », dit Charles-Philippe Courtois, qui accuse les partisans de l'histoire dite « sociale » d'avoir tout balayé sur leur passage.

Triomphe de l'école sociale et, par défaut, de l'école de Québec

Courtois rappelle que, dans les années 60, s'affrontaient les partisans de deux grandes écoles historiques. Il y avait d'abord l'école de Montréal (Maurice Séguin, Michel Brunet, Guy Frégault), pour qui la Conquête était une catastrophe politique, un moment déterminant. Il y avait ensuite l'école de Québec (Jean Hamelin, Fernand Ouellet, Marcel Trudel), pour qui la Conquête représentait un progrès démocratique. « Les partisans de l'histoire sociale ont renvoyé ces deux courants dos à dos, dit Courtois. Mais au fond, lorsque les partisans de l'histoire sociale ont affirmé que, par exemple, l'industrialisation était plus importante qu'un événement politique comme la Conquête, c'est l'école de Québec qui a triomphé, par défaut. Pourtant, 250 ans plus tard, que peut-on comprendre aux Québécois si l'on fait abstraction du fait qu'ils vivent dans un monde anglophone depuis 250 ans ? »

Seuls 5 % des cégépiens étudient l'histoire du Québec

Mais le malaise est peut-être encore plus profond qu'on ne le croit. L'an dernier, c'est dans l'indifférence que furent accueillies les conclusions d'une enquête menée par Gilles Laporte. L'historien qui enseigne au cégep du Vieux-Montréal révélait que moins de 5 % des étudiants qui sortent du cégep suivaient un cours d'histoire du Québec. D'ailleurs, le cours intitulé Histoire du Québec est pratiquement en voie de disparition puisqu'il n'est enseigné que dans une dizaine d'établissements (sur 46 cégeps) et ne compte plus que pour 13 % des cours d'histoire donnés au cégep, contre 25 % en 1990.

Les meilleurs sur la rébellion sont en anglais

« L'histoire politique est en train de disparaître au Québec, dit Laporte. Dans certains domaines, comme l'histoire militaire, c'est encore plus grave. Les meilleures livres sur l'histoire des rébellions de 1837 et 1838 se publient en anglais. Plus généralement, le Québec est de moins en moins un objet d'étude dans les sciences humaines. Si les universitaires québécois n'étudient pas le Québec, qui va le faire ? » Selon Laporte, il n'y en a plus que pour l'international dans les universités et les cégeps québécois. « On confond l'étude de l'international avec l'ouverture au monde. On peut pourtant s'ouvrir sur le monde en prenant appui sur sa propre histoire. » D'ailleurs, les programmes obligatoires du cégep ne font référence nulle part à l'importance du fait que l'étudiant comprenne la société dans laquelle il vit. Même les programmes de sciences humaines ne mentionnent pas cet objectif.

Déclin de l'histoire politique au Québec

Spécialiste du mouvement ouvrier, l'historien Robert Comeau a assisté au lent déclin de l'histoire politique au Québec. Les dizaines de diplômés dont il a dirigé la thèse de doctorat ne trouvent généralement pas d'emploi dans les grandes universités de Québec et de Montréal. « L'histoire politique est laissée aux chargés de cours, dit-il, alors que, par exemple, on enseigne l'histoire de la consommation en long et en large. Au Québec, les départements d'histoire voient d'un mauvais œil les historiens qui écrivent des biographies, contrairement à ce qui se passe dans les universités anglophones. La disparition de l'histoire politique au secondaire et au cégep n'est finalement que la conséquence de ce qui se passe dans les universités depuis 30 ans. »

Obsession pour le monde contemporain en histoire

Avec plusieurs collègues, Comeau a fondé la Coalition pour la promotion de l'histoire au Québec. Celle-ci réclame que l'histoire soit dorénavant enseignée à chaque année du secondaire, indépendamment de l'éducation civique à laquelle elle est actuellement intégrée. La coalition réclame que l'obtention du DEC soit soumis à la réussite obligatoire d'un cours d'histoire du Québec. Afin de relancer la recherche, les membres de la coalition souhaitent aussi la création d'une section consacrée à l'histoire du Québec à l'Institut national de la recherche scientifique (INRS).

L'historien José Igartua,[...] reconnaît [...] que « presque plus personne ne travaille sur 1760. Il n'y a que le XXe siècle qui intéresse aujourd'hui. C'est ce que demandent les étudiants. » Selon lui, le Québec a suivi l'évolution des universités américaines, à la différence qu'à cause de la petitesse du milieu il n'y a pas de place pour deux spécialistes de la même période historique dans la même université.

[...]

On a jeté le bébé avec l'eau du bain

Spécialiste des États-Unis, l'historien français Jacques Portes connaît très bien le Québec, qu'il fréquente depuis les années 1960. « Partout, les historiens se sont intéressée à l'histoire sociale, dit-il. Mais, ici, on a jeté le bébé avec l'eau du bain. Ce n'est pas du tout le cas en France, où l'histoire politique a traversé un creux dans les années 70 et 80, mais sans jamais disparaître. Avec le temps, l'histoire de l'école des Annales [fondatrice de l'histoire sociale] s'est beaucoup diversifiée, mais elle n'a jamais tué l'histoire politique, qui a encore toute sa place. Au Québec, le balancier n'est pas encore revenu de l'autre côté. »

Pour la diversité des écoles à identité forte

Extraits de l'allocution « La liberté d'enseignement » par Jean-Noël Dumont, directeur du Collège supérieur de Lyon.




La religion multiculturelle : définition

Carl Bergeron se penche sur un extrait du blogue de Richard Martineau [note du carnet — qui soit dit en passant ne s'est pas foulé pour ce billet] :
« Contrairement à ce que disent certains ennemis du cours d’éthique et de culture religieuse, nos pédagogues ne veulent pas convertir de force les enfants catholiques à l’Islam ou au judaïsme, ils veulent juste les ouvrir à d’autres cultures.

(…)

Ça va permettre aux jeunes de saisir les référents et les emprunts la prochaine fois qu’ils vont lire Le Seigneur des anneaux. Et ça va leur montrer qu’aucune religion est meilleure que l’autre, que les systèmes de croyance sont tous absurdes et ridicules. »
  1. La seule religion à laquelle les enfants seront convertis de force, c’est le multiculturalisme ;
  2. ECR ne dit pas que les systèmes de croyance sont tous absurdes et ridicules, il dit qu’ils sont tous magnifiques ;
  3. “Montrer” qu’aucune religion [n']est meilleure que l’autre n’est pas démontrer, ce n’est pas penser, ce n’est pas faire de la pédagogie mais de l’idéologie ;
  4. ECR est une entreprise de terrorisme intellectuel, qui condamne les sceptiques à la stigmatisation sociale (”fondamentalistes”, “créationnistes”, “ils réclament le droit à l’ignorance”, etc.)
  5. ECR est une honte nationale.

(source)

[Note du carnet — soyons charitables avec Martineau qui visiblement n'a pas suivi : bien que la doctrine philosophique du cours d'ECR est le pluralisme normatif (à savoir, pour faire bref, plusieurs religions c'est mieux qu'une), il n'est pas impossible que des jeunes en ressortent sceptiques, athées (on présente l'athéisme à la fin du secondaire), agnostiques ou de parfaits relativistes. Il y a toujours des impondérables...selon la nature de l'enfant, celles de ses compères (beaucoup de travail se fait en groupe où le dialogue et le consensus sont privilégiés), des professeurs, le matériel utilisé...]


Ode au pluralisme religieux distribuée dans une classe de 5e primaire de la commission scolaire Riverside de la Rive-Sud de Montréal.






Conte chinois enseigné en classe d'ECR, Longueuil





Conte soufi enseigné en classe d'ECR, Longueuil

samedi 12 septembre 2009

De l'utilité de l'étude culturelle des religions : forger une spiritualité postmoderne

Tiré de Religiologiques n° 29, La pertinence sociale de l'étude critique de la religion.
« Malgré certaines prévisions, l'avenir de la modernité n'a pas été la fin de la religion. Au contraire, il a engendré de nouvelles dynamiques de la spiritualité qui n'épuisent pas les religions historiques, mais qui vont chercher dans leur univers symbolique des contenus plus ou moins adaptés aux besoins et aux expectatives de la vie contemporaine. »
Georges Leroux a avoué lors du procès de Drummondville que, sur le plan de la morale, il était important d'enseigner les « univers symbolique » des religions traditionnelles afin de pouvoir parvenir à des universaux, le pluralisme est donc normatif — il faut l'enseigner — pour pouvoir dégager ces universaux symboliques.
« Le « fanatisme religieux », adversaire dénoncé par toutes les générations porteuses du programme des Lumières, semblait avoir été définitivement vaincu à la fin du XXe siècle. La marginalisation des religions achevée sur le théâtre occidental n’allait pas manquer de se diffuser dans le reste du monde par les canaux de la globalisation économique et culturelle.

[...]

le temps est venu de développer des services experts qui pourraient constituer, dans cette cité pluraliste, l’analogue d’une fonction pastorale destinée cette fois à répondre aux besoins d’intercommunication, dans la sphère religieuse, entre les citoyens d’appartenance religieuse diverse. La proposition de développer une sorte de religiologie appliquée œuvrant au sein d’un triangle mettant en rapport les experts du religieux, les agents de la vie citoyenne et les diverses communautés religieuses, mérite considération immédiate de la part des responsables universitaires. »

Japon : Trois cents dollars par mois par enfant

Le futur Premier ministre, Yukio Hatoyama, dont le gouvernement — commodément étiqueté de centre gauche par les gros médias — sera annoncé dans quelques jours, en avait fait l'une des propositions phares de sa campagne électorale : les familles nipponnes recevront prochainement une allocation de 26 000 yens par mois, soit environ 308 dollars pour chaque enfant en âge d'être scolarisé.

Les autorités espèrent ainsi relancer la consommation des ménages. Elles souhaitent aussi encourager les couples à faire plus de bébés. Car la baisse de la natalité est l'un des problèmes majeurs du Japon. Avec 1,3 enfant en moyenne par femme, l'archipel a l'un des taux de fécondité les plus faibles au monde. Ce déclin inquiète de plus en plus les économistes et les politiciens nippons.

Il n'est pas évident que cette mesure suffira à convaincre plus de Japonais à avoir des enfants : élever un enfant correctement au Japon coûte environ 200 000 dollars depuis sa naissance jusqu'à la fin de sa scolarité, en frais de scolarité (l'école secondaire et le cégep coûtent plus de 100 000 $) et de revenus sacrifiés alors que ne pas avoir d'enfants est désormais valorisé (autant chez les hommes que les femmes) et il n'y a plus guère de désavantages visibles puisque cette stérilité, dans un État nounou, n'entraîne aucune conséquence directe, l'État paiera une allocation de retraite aussi importante à une personne sans descendance qu'à une personne ayant eu des enfants, l'État fournira autant de soins médicaux. Évidemment, c'est désormais tout l'État et le pays dans son ensemble qui paient pour ce manque de relève, de futurs consommateurs et de contribuables.

Deux militants pro-vie tués aux États-Unis

  Jim Pouillon, assis en maillot rouge  
CHICAGO (États-Unis) - Un militant pro-vie a été tué par balles vendredi depuis une voiture près d'un lycée du Michigan (nord des États-Unis), et la police a indiqué que le même tireur avait tué un autre homme. James Pouillon, 63 ans, qui portait une pancarte anti-avortement, s'est fait tirer dessus à plusieurs reprises depuis une voiture en mouvement vers 7 h 20 heure locale. Des témoins ont signalé à la police le numéro d'immatriculation de la voiture et les autorités n'ont pas tardé à arrêter son propriétaire, Harlan Drake, un homme de 33 ans, a indiqué la police de la ville d'Owosso. Au cours de l'interrogatoire, l'homme a avoué avoir tué également le propriétaire d'une carrière de gravier de la région. La victime, Mike Fuoss, un autre militant pro-vie de 61 ans, a été découverte abattue dans son bureau.

Judy Cliver, une militante anti-avortement amie de James Pouillon, l'a décrit comme « un gentil vieux monsieur qui était handicapé, était sous oxygène et portait des attelles aux jambes ».

Elle a expliqué qu'il se plaçait régulièrement aux mêmes endroits pour protester, notamment près de cliniques pratiquant l'avortement. « Il m'a même dit un jour qu'il était prêt à mourir pour ses convictions », a-t-elle déclaré au journal local Flint Journal.

L’assassin, Harlan Drake, 33 ans, habitant également Ossowo, a été interpellé par la police et est passé aux aveux, reconnaissant même un second assassinat survenu plus tôt dans la journée et dont la victime est un autre militant pro-vie d’Ossowo, Mike Fuoss, 61 ans. Selon les enquêteurs, Mr. Drake aurait ciblé Jim Pouillon à cause de ses activités pro-vie.

Le Père Frank Pavone, directeur national des Priests for Life, espère « que la communauté pro-avortement exprimera une indignation aussi forte que celle qu’a exprimée la communauté pro-vie lors de l’assassinat du Dr Tiller ».

Nous n'avons pas relevé cette histoire dans les médias québécois. Pensent-ils que leurs lecteurs ont un droit à l'ignorance au sujet de ce double meurtre, alors qu'ils avaient couvert le meurtre du docteur Tiller ?

Le « droit à l'ignorance » des lecteurs de la Presse, de la Voix de l'Est et du Soleil

Il y a une semaine Mme Lavallée a envoyée la lettre ci-dessous à La Presse de Montréal. Plusieurs échanges s'en sont suivis entre, d'une part, Mme Lavallée et son avocat et, d'autre part, la journaliste de la Presse, Mme Audet, et l'avocat du groupe GESCA.


La Presse avait mené le bal en reproduisant allègrement les propos de Sébastien Lebel-Grenier, jeune professeur de droit à l'Université de Sherbrooke, sur ce qu'il qualifiait de « droit à l'ignorance » qu'aurait réclamé les parents de Drummondville contre l'imposition du programme ECR. La Voix de l'Est avait reproduit le lendemain, le 2 septembre, la même affirmation d'ignorance proférée par le professeur de Sherbrooke. Enfin le surlendemain, la journaliste Brigitte Breton, du Soleil a fait siens ces propos dans son article intitulé "Foi en l'ignorance".

Rappelons que cette expression (« droit à l'ignorance ») n'a jamais été utilisée lors des débats du procès et qu'elle ne figure pas dans le jugement écrit de l'Honorable Jean-Guy Dubois. Le débat, au procès, ne s'est nullement posé en ces termes. Voir le texte intégral du jugement ainsi que la requête, la réplique et des transcriptions.

Or, si le National Post a rapidement publié de larges extraits de la lettre de la mère, voilà que le groupe Gesca ne veut pas publier les véritables griefs de celle-ci.

Faut-il vraiment trouver un jeune universitaire pour pérorer et déclarer pompeusement que cet empire de Presse a exercé son droit à l'ignorance de ses lecteurs en refusant de reproduire la lettre de mise au point d'une personne qu'elle qualifiait à tort d'obscurantiste ?
À la rédaction

La Presse
7, rue Saint-Jacques
Montréal, Québec
Canada, H2Y 1K9

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Chers Messieurs,


C’est avec une certaine consternation que j'ai lu dans vos colonnes une description qui dénature mon point de vue et les raisons pour lesquelles j’ai fait appel à la justice afin que mes enfants soient exemptés du nouveau cours d’éthique et de culture religieuse récemment imposé au Québec.

Dans l'article « Éthique et culture religieuse : des parents déboutés » du 1er septembre, vous laissez Sébastien Lebel-Grenier, professeur de droit à l'Université de Sherbrooke, caractériser les motifs de ma contestation devant les tribunaux comme « la liberté d’ignorance, c’est la liberté de méconnaître d’autres religions par peur de polluer l’esprit des enfants. »

Cela est faux et me décrit injustement comme une obscurantiste. Je crois que vos lecteurs méritent de connaître quels étaient mes réels motifs, tels qu’attestés par ma requête et mon témoignage devant le tribunal.

La question n’est pas pour nous une question de connaissance de faits objectifs sur les religions, mais du risque lié à une présentation particulière de ces faits à un âge précoce.

Nous n’avons pas d’inquiétude à propos de la connaissance des faits sur les autres religions, ces faits étaient déjà enseignés dans les dernières années de l’ancien cours de religion catholique qui se donnait les écoles publiques du Québec ; nous n'avons pas eu d'objection. Nos griefs sont ailleurs : nous nous opposons au fait que notre plus jeune enfant, alors âgé de 6 ans, doive recevoir un enseignement selon lequel toutes les religions sont légitimes et de même valeur. Je me suis également, par exemple, opposée au manuel que mon enfant avait à utiliser dans lequel toutes les histoires, qu'elles soient bibliques (la Nativité), autochtones (Grand Lièvre) ou des récits animaliers (Le Noël des Souris), étaient racontées comme des contes d’égale valeur et véracité. C’est le seul manuel qui ait été admis comme preuve lors du procès.

Il suffit de consulter les manuels du primaire pour noter que le contenu factuel enseigné à l'école primaire est rudimentaire. Pour nous, les faits ne sont pas le véritable objectif du cours. Il s’agit d’inculquer une vision pluraliste de la religion : toutes les religions sont bonnes, plusieurs valent mieux qu’une, toutes ont une part de vérité, et aucune n'est donc vraiment vraie, car elles se contredisent. L’étude des connaissances de base sur l'islam, le bouddhisme ou les spiritualités autochtones — pratiquées par moins de 0,1 % de la population québécoise ! — n'a pas besoin de commencer à 6 ans et de s’étendre sur 11 années d'école, cela pourrait facilement être appris, comme dans d'autres provinces, à la fin des études secondaires dans une classe de géographie ou d’histoire.

Un effet secondaire paradoxal de ce cours est que, dans les écoles laïques aujourd'hui au Québec, les élèves doivent « dialoguer » au sujet de leur vécu, de leur appartenance religieuse ou de leurs convictions et sont donc étiquetés, aux yeux de leurs pairs, en termes confessionnels ce qui les divise donc sur la base des convictions religieuses ou philosophiques.

En ce qui concerne la composante éthique du cours, nous avons décidé de demander que notre fils aîné soit exempté après qu'il nous ait confié qu’il se sentait très mal à l'aise à propos de discussions et débats « éthiques » qui traitaient de la sexualité d’une façon qui lui paraissait intrusive et indécente. Là encore, les enseignants ne peuvent pas indiquer ce qui est vrai ou faux et tout est permis. Nous ne voyons pas comment cela constitue une bonne éducation et nous aurions préféré que notre fils ait des cours plus utiles et plus constructifs.

J'espère que vous informerez vos lecteurs des véritables motifs qui nous ont poussés à demander que nos enfants soient exemptés, nous pensons que c'est une question importante et que vos lecteurs devraient connaître mes raisons autant que celles que me prête ce professeur.


Cordialement,


Suzanne Lavallée
Drummondville

vendredi 11 septembre 2009

Vatican — Mise au point sur la liberté religieuse à l’école

Analyse intéressante par Jean Choisy sur Liberté Politique de la lettre circulaire du 5 mai du cardinal Grocholewski de la Congrégation pour l'éducation catholique. La fameuse lettre refusée par le juge Dubois qui a plutôt fait confiance en l'interprétation du controversé théologien Routhier.
« À l’occasion de la rentrée scolaire, [Note du carnet : évidemment le 5 mai n'est pas la rentrée, c'est uniquement Zenit qui publie un communiqué à l'occasion de la rentrée] le Saint-Siège appelle au respect de la liberté religieuse dans les écoles publiques et privées. Dans une lettre circulaire adressée aux évêques, la Congrégation pour l'éducation catholique expose les fondements anthropologiques de l’enseignement de la religion à l’école et dans la société. La France devrait se sentir particulièrement concernée par cette "clarification".

La note signée par le cardinal Zenon Grocholewski et par le secrétaire de la congrégation, le français Jean-Louis Bruguès op, ancien évêque d’Angers, rappelle les exigences de la liberté de conscience et de religion à l’école. La démonstration, qui ressemble à un rappel à l'ordre, répond aux difficultés posées par la confusion entre catéchèse et enseignement du fait religieux, mais aussi par les législations toujours aussi fréquentes imposant une « forme unique d’éducation », niant ou « relativisant » la dimension religieuse de l’homme.

Le message de la congrégation s’articule autour des points suivants :
  1. Les enfants ont le droit d’avoir une éducation religieuse.
  2. Les parents sont les premiers responsables de l’éducation de leurs enfants.
  3. La société civile doit aider les parents à choisir librement l’école de leurs enfants.
  4. L’enseignement de la religion, complémentaire de la catéchèse, ne peut être un enseignement au rabais.
  5. L’enseignement de la religion doit être catholique dans les établissements catholiques.
  6. Les évêques doivent veiller à donner à leurs fidèles l’accès à des écoles catholiques.

Le cas français

Pour un pays comme la France, ce rappel est aussi une mise au point. Une enquête de la Fondation de Service politique en 2007 a montré que sur 3000 personnes interrogées, 20 % des parents catholiques ont eu à se plaindre du non respect de la liberté de conscience, leurs enfants ayant subi des pressions inacceptables de la part de leur entourage ou des enseignants en raison de leur foi. Malheureusement, cette proportion se vérifie autant dans l’enseignement public que privé.

En outre, le contingentement des effectifs de l’enseignement catholique (dont le corps professoral est limité à 20 % de celui de l’enseignement public) constitue une discrimination dont les autorités de l’Église ne semblent pas avoir pris la mesure, alors qu’il s’agit d’une véritable atteinte à la liberté religieuse. Cela signifie que selon un accord tacite entre l’État et l’épiscopat, 80 % des jeunes Français n’ont pas le droit théorique de recevoir une éducation chrétienne à l’école.

On dira que c’est moins une question de droit que de capacité. Mais en vertu d’une dérive privilégiant la course à la performance, on voit des parents catholiques se voir refuser des places pour leurs enfants dans un établissement diocésain, au motif que le niveau de leurs enfants n’est pas suffisant (des cas nous ont été signalés cette année dans le diocèse de Versailles). Certes, le nombre de place disponible est un problème que les chefs d’établissements ne peuvent sans doute pas résoudre par eux-mêmes, mais on peut s’interroger sur leurs véritables priorités, ou sur les consignes qu’ils reçoivent. À cet égard, la Note circulaire du cardinal Grocholewki est salutaire. »

L'affaire Jean XXIII et les témoins de Jéhovah du Québec sous Duplessis

On en apprend des choses dans les manuels et cahiers d'éthique et de culture religieuse (ECR) !

l'affaire Jean XXIII et les témoins de Jéhovah

C'est ainsi que le cahier d'activités d'ECR de LIDEC pour la 4e année de secondaire nous apprend que le pape Jean XXIII aurait été mêlé à une affaire de témoins de Jéhovah... En effet, dans une bande dessinée caricaturale de vingt-deux pages sur les années, que l'auteur veut sombres, du régime Duplessis, on parle d'une affaire Roncalli. Or le pape Jean XXIII, pontife de 1958 à 1963, est né Angelo Giuseppe Roncalli.

Il s'agit en réalité de l'affaire Roncarelli c. Duplessis.

Rappelons les faits. En 1946, Maurice Duplessis, alors Premier ministre et procureur général du Québec, ordonne au président de la Commission des liqueurs du Québec de révoquer le permis alcool du restaurateur montréalais Frank Roncarelli, entraînant la ruine de son entreprise. Les autorités considéraient que M. Roncarelli était un fauteur de troubles parce qu'il avait servi de caution à de nombreux témoins de Jéhovah accusés de prétendues infractions à la suite de la distribution de brochures religieuses attaquant le catholicisme romain.

Heureusement qu'on a les chartes !

Suit la « morale » pour l'élève soumis à ce cours et qui le flattera : heureusement qu'il vit à notre époque, et non lors de ces pages les plus noires de l'histoire du Québec, époque moderne qui connaît enfin une déclaration des droits de l'homme et des Chartes qui obligent les gouvernements à respecter les libertés de religion et d'expression.

D'une part, et ce n'est dit nulle part dans le cahier d'activités, le Premier ministre perdra dans l'affaire Roncarelli. En effet, en 1959, la Cour suprême ayant jugé que le premier ministre avait commis un délit civil, lui ordonna, en sa qualité personnelle, de verser des dommages-intérêts. Il y a avait donc bien, avant la promulgation de la Charte québécoise en 1975 et la Charte canadienne en 1982, des mécanismes qui protégeaient des abus de pouvoir du gouvernement, ici dans un dossier à saveur religieuse. Il n'aura d'ailleurs pas échappé aux lecteurs sagaces que le Canada accueillait, avant ces chartes, de nombreuses religions qui y prospéraient, d'ailleurs plutôt plus qu'après l'adoption de ces chartes.

D'autre part, la Charte québécoise a justement été modifiée récemment (en son article 41) pour limiter les droits parentaux en matière de transmission de leur religion par la voie de l'école publique ! De même, après 25 ans d’interprétation de la Charte canadienne, diverses tendances se sont manifestées dans l’interprétation de la « liberté fondamentale » de religion, qui ont abouti à la privatisation de la religion et donc à une réduction de cette liberté dans la sphère publique depuis l'adoption de cette charte !

Loin de protéger la liberté fondamentale de la religion, l'interprétation des chartes adoptées depuis la « Grande Noirceur » pourraient donc, paradoxalement, bien tendre à en limiter l'application à la seule sphère privée.

Ministère de l'Éducation sous Duplessis !

On apprend sur la page suivante qui suinte de cette même dénonciation de la « Grande Nouérceur » que M. Duplessis aurait eu un ministre de l'Éducation.

 ministre de l'éducation sous Duplessis
Il est pourtant connu que ce n'est que le 13 mai 1964 — en adoptant le projet de loi 60 — que l'Assemblée législative (devenue l'Assemblée nationale du Québec) décréta la création du ministère de l'Éducation ! Rappelons que Maurice Duplessis est mort le 7 septembre 1959...