samedi 25 février 2023

New York Times : L'obligation de port du masque n’a servi à rien. En tirerons-nous des leçons?

Selon Bret Stephens dans le New York Times, l’analyse la plus complète des études scientifiques sur l’efficacité des masques pour réduire les maladies respiratoires, y compris Covid-19, n’a trouvé aucune preuve que les masques, y compris les masques N95, ont fait une différence dans la réduction de la transmission. Les conclusions étaient basées sur 78 essais contrôlés randomisés, dont six pendant la pandémie de Covid-19, avec un total de 610 872 participants dans plusieurs pays. Les États ayant imposé l'obligation de port de masque ne s'en sont pas mieux sortis contre Covid-19 que ceux qui ne l'avaient pas fait. Bien que les gens puissent avoir de bonnes raisons personnelles de porter des masques, les obligations de port de masques au niveau de la population ont été un échec. L’adhésion du CDC à ses directives de masquage sape la confiance sa réputation en tant qu’institution publique et trahit les valeurs et les pratiques que la science est censée illustrer. Extraits de l’article du New York Times paru le 21 février 2023 :

 
Collage de neuf masques sales jetés sur la chaussée

 
L’analyse la plus rigoureuse et la plus complète des études scientifiques menées sur l’efficacité des masques pour réduire la propagation des maladies respiratoires — y compris Covid-19 — a été publiée à la fin du mois dernier. Ses conclusions, a déclaré Tom Jefferson, l’épidémiologiste d’Oxford qui en est l’auteur principal, étaient sans ambiguïté.

« Il n’y a tout simplement aucune preuve qu’ils » — les masques — « font une différence », a-t-il déclaré à la journaliste Maryanne Demasi. « Point final. »

Mais, attendez, attendez. Qu’en est-il des masques N-95, par opposition aux masques chirurgicaux ou en tissu de moindre qualité ?

« Cela ne fait aucune différence — rien du tout », a déclaré Jefferson.

Qu’en est-il des études qui ont initialement persuadé les décideurs politiques d’imposer des mandats de masque ?

« Ils ont été convaincus par des études non randomisées, des études observationnelles erronées. »

Qu’en est-il de l’utilité des masques en conjonction avec d’autres mesures préventives, telles que l’hygiène des mains, la distanciation physique ou la filtration de l’air ?

[…]

« Il n’y a aucune preuve que beaucoup de ces choses fassent une différence. »

Ces observations ne viennent pas de n’importe où. Jefferson et 11 collègues ont mené l’étude pour Cochrane, une organisation britannique à but non lucratif largement considérée comme la référence en matière d’examen des données sur les soins de santé. Les conclusions étaient basées sur 78 essais contrôlés randomisés, dont six pendant la pandémie de Covid, avec un total de 610 872 participants dans plusieurs pays. Et ils suivent ce qui a été largement observé aux États-Unis : les États ayant imposé le port du masque ne s’en sont pas mieux sortis avec la Covid que ceux qui ne l’avaient pas fait.

Aucune étude — ou étude d’études — n’est jamais parfaite. La science n’est jamais absolument établie. De plus, l’analyse ne prouve pas que des masques appropriés, correctement portés, n’auraient aucun avantage au niveau individuel. Les gens peuvent avoir de bonnes raisons personnelles de porter des masques et ils peuvent avoir la discipline de les porter de manière cohérente. Leurs choix leur appartiennent.

Mais en ce qui concerne les avantages du masquage au niveau de la population, le verdict est tombé : les obligations de port de masque ont été un échec. Les sceptiques vis-à-vis de ces obligations qui ont été furieusement moqués comme des excentriques et parfois censurés, car « désinformateurs » avaient raison. Les commentateurs de grand chemin et les experts du courant dominant qui soutenaient l’imposition du port du masque avaient tort. Dans un monde meilleur, ce dernier groupe devrait reconnaître son erreur, ainsi que son coût physique, psychologique, pédagogique et politique considérable associé à cette imposition.

Ne comptez pas dessus. Dans un témoignage au Congrès ce mois-ci, Rochelle Walensky, directrice des Centres pour le contrôle et la prévention des maladies (CDC), a remis en question le fait que l’analyse Cochrane dépende d’un petit nombre d’essais contrôlés randomisés spécifiques à Covid et a insisté sur le fait que les conseils de son agence sur le masquage dans les écoles ne changeraient pas. Si elle se demande un jour pourquoi le respect envers le CDC ne cesse de chuter, elle pourrait se regarder dans le miroir, démissionner et laisser à quelqu’un d’autre le soin de réorganiser son agence.

Cela aussi ne se produira probablement pas : nous ne vivons plus dans une culture dans laquelle la démission est considérée comme la voie honorable pour les fonctionnaires qui échouent dans leur travail.

Mais les coûts sont plus profonds. Lorsque les gens disent qu’ils « font confiance à la science », ils veulent sans doute dire que la science est rationnelle, empirique, rigoureuse, réceptive aux nouvelles informations, sensible aux préoccupations et aux risques concurrents. Ainsi qu’humble, transparent, ouvert à la critique, honnête sur ce qu’il ne sait pas, prêt à admettre ses erreurs.
 
L’adhésion de plus en plus irréfléchie du CDC à ses directives sur le port du masque n’est rien de tout cela. Il ne s’agit pas seulement de saper la confiance dont il a besoin pour fonctionner en tant qu’institution publique efficace. Il se transforme en complice involontaire des véritables ennemis de la raison et de la science — les théoriciens du complot et les charlatans — en représentant si mal les valeurs et les pratiques que la science est censée illustrer. 
 
Cela trahit également l’état d’esprit technocratique qui a la fâcheuse habitude de supposer que rien ne peut jamais faire échouer les plans bien établis de la bureaucratie — à condition que personne ne se mette en travers de son chemin, que personne n’ait un point de vue dissident, que chacun fasse exactement ce qu’on lui demande, et aussi longtemps que la bureaucratie l’exige. C’est la mentalité qui croyait autrefois que la Chine fournissait un modèle très réussi de réponse à la pandémie.
 
Pourtant, il n’y a jamais eu de chance que les obligations de port du masque aux États-Unis atteignent 100 % de conformité ou que les gens portent ou puissent porter des masques d’une manière qui réduirait de manière significative la transmission. Une partie de la raison est spécifique aux habitudes et à la culture américaines, une partie aux limites constitutionnelles du pouvoir gouvernemental, une partie à la nature humaine, une partie aux nécessités sociales et économiques concurrentes, une partie à l’évolution du virus lui-même.
 
Mais, quelle qu’en soit la raison, les mandats de masque étaient une course folle dès le début. Ils ont peut-être créé un faux sentiment de sécurité — et donc la permission de reprendre une vie semi-normale. Ils n’ont presque rien fait pour faire progresser la sécurité elle-même. Le rapport Cochrane devrait être le dernier clou enfoncé dans ce cercueil particulier.
 
Il y a une dernière leçon. La dernière justification des masques est que, même s’ils se sont avérés inefficaces, ils semblaient être un moyen relativement peu coûteux et intuitivement efficace de faire quelque chose contre le virus dans les premiers jours de la pandémie. Mais « faire quelque chose » n’est pas de la science, et cela n’aurait pas dû être une politique publique. Et les gens qui ont eu le courage de le dire méritaient d’être écoutés, pas traités avec mépris. Ils n’obtiendront peut-être jamais les excuses qu’ils méritent, mais la justification devrait suffire.
 

Bret Louis Stephens est un journaliste, rédacteur et chroniqueur conservateur américain. Il a commencé à travailler comme chroniqueur d’opinion pour le New York Times en avril 2017 et comme contributeur principal à NBC News en juin 2017.

Voir aussi

Québec — Les résultats en français en baisse au secondaire (gestion de la covid en cause) 

Le Conseil de l’ordre des médecins donne raison au Dr Christian Perronne, désinformateur controversé pour Radio-Canada  

Gestion de la pandémie — La sédentarité a bondi chez les jeunes  

Danemark arrête la vaccination anti-covid pour les moins de 18 50 ans (sauf cas particuliers) 

Documents judiciaires révèlent que l’interdiction de voyager au Canada n’avait pas de fondement scientifique (m à j)

Le Dr James Thorp (vidéo ci-dessous), gynécologue-obstétricien et expert en santé reproductive des femmes, est co-auteur d’une étude évaluée par des pairs sur les effets dangereux des injections Covid sur la santé reproductive.

Cette étude basée sur les données de la FDA et du CDC montre une augmentation significative des fausses couches, des décès fœtaux, des troubles menstruels, etc…

« La promotion de ces vaccins expérimentaux Covid-19 dans le monde est la plus grande violation de l'éthique médicale de l'histoire de la médecine, peut-être même de l'humanité ».

 

Écosse : démission de la Première ministre qui privilégiait le wokisme à l'indépendance

Pour le chroniqueur du Devoir ce vendredi 24 Christian Rioux qui résume l'impact de cette démission et les leçons à en tirer :

Comment le SNP, qui se préparait à une élection référendaire en 2024, se remettra-t-il de cette démission ? Après quatre mandats consécutifs, la chute est rude et pourrait éloigner d’autant la tenue d’un nouveau référendum. L’épisode est néanmoins caractéristique de cette tendance qui pousse de nombreux partis de gauche à vouloir complaire à leur aile la plus radicale dont les revendications heurtent la plupart du temps le sens commun de la population. Dans de nombreux pays, on a vu ces partis s’aliéner les classes populaires en s’enfermant dans des combats sociétaux qui ne préoccupent qu’une infime minorité. Chez certains indépendantistes, comme au Québec et en Écosse, cette tendance est accentuée par la crainte viscérale d’être qualifié de conservateurs, de pas assez progressistes ou, pire, d’identitaires ! Incapables de se remettre en question, les voilà dans la peau du coyote de Road Runner [Bip Bip et Coyote] qui continue à courir au-dessus du précipice longtemps après avoir quitté la terre ferme.


Notre billet du 15 février 2022

 

La Première ministre écossaise Nicola Sturgeon a annoncé sa démission mercredi après huit ans au pouvoir, un départ qui porte un coup aux velléités d’indépendance dans la nation britannique.

Celle qui a encore décrit mercredi l’indépendance écossaise comme le combat d’une vie, qu’elle portait avec patience et détermination face à l’opposition de Londres, a décidé de jeter l’éponge, expliquant que l’énergie lui manquait après plus de 15 ans à des postes de responsabilité.

Jusqu’à récemment très populaire, fragilisée par sa gestion du dossier transgenre en Écosse, la dirigeante de 52 ans a indiqué devant la presse à Édimbourg qu’elle céderait son poste dès que le Parti national écossais (SNP) aurait désigné son successeur.

Nicola Sturgeon avait appuyé un projet de loi qui permettait aux personnes qui se disent trans d’obtenir un certificat de reconnaissance de genre (GRC) sans diagnostic médical. Le projet de loi permettait aussi désormais aux jeunes de 16 et 17 ans de demander un GRC et réduisait le temps qu’une personne devait assumer ce nouveau « genre » déclaré avant de pouvoir obtenir le document à six mois.
 
Nicola Sturgeon quitte la salle de presse de sa résidence
 
Le gouvernement central britannique avait déclaré qu’il utiliserait l’article 35 de la loi sur l’Écosse pour empêcher le projet de loi écossais sur la réforme de la reconnaissance du genre de devenir loi. Mme Sturgeon avait alors déclaré qu’elle avait l’intention de contester cette opposition de la part du gouvernement central. Elle en fit un cheval de bataille nationaliste. Elle s’insurgea sur Twitter contre cette « attaque frontale contre notre Parlement écossais élu démocratiquement et sa capacité à prendre ses propres décisions ». 
 
Photo de 2018
Le projet souleva également l’ire d’organisations féministes traditionnelles regroupées sous la bannière For Women Scotland. Ce texte, disaient-elles, aurait permis à des prédateurs sexuels d’accéder à des espaces réservés aux femmes, mettant ainsi en cause leur sécurité. C’est ce que fit en 2017 la trans Karen White (auparavant nommée David Thompson, photo ci-contre), accusée d’agressions sexuelles contre quatre détenues d’une prison du West Yorkshire, le tout en trois mois. Karen White/David Thompson été condamné à perpétuité pour avoir violé deux femmes et agressé sexuellement deux détenus à la prison de sa majesté de New Hall.

La créatrice de la série Harry Potter, J. K. Rowling, qui réside à Édimbourg, se jeta aussi dans la bataille, affirmant que Nicola Sturgeon faisait fi des droits des femmes les plus élémentaires. Peu avant, Mme Sturgeon n’avait pas hésité à qualifier ses opposants de « misogynes, transphobes et racistes ». Des qualificatifs pour le moins définitifs alors que 65 % des Écossais se disaient opposés à cette réforme.

Tout cela serait demeuré théorique si la Première ministre n’avait été obligée, un mois à peine après son adoption, de désavouer sa propre législation. La cause immédiate du départ de Nicola Sturgeon fut sa mauvaise gestion de la débâcle d’Isla Bryson.

Isla Bryson est un homme écossais (né Adam Graham) de 31 ans qui se dit être femme. Il a été reconnu coupable en janvier 2023 des viols de deux femmes qu’il avait commis avant « sa transition ». L’affaire a suscité la controverse après que Bryson a été renvoyé dans une prison pour femmes en attendant sa condamnation. Cette décision a soulevé des questions sur la sécurité des femmes à la suite de l’adoption par le Parlement écossais du projet de loi sur la réforme de la reconnaissance du genre (Écosse), Un projet de loi conçu pour permettre aux personnes transgenres en Écosse de changer plus facilement et légalement de sexe. À la suite de la controverse sur l’affaire Bryson, le service pénitentiaire écossais a annoncé un « examen urgent » des cas transgenres au sein de ses prisons, interrompant le mouvement de tous les prisonniers trans pendant que l’examen était en cours. Après l’examen, il a été annoncé qu’à l’avenir les détenus transgenres seraient initialement logés en fonction de leur sexe à la naissance, tandis qu’une évaluation a été effectuée pour déterminer s’il était approprié de les loger dans le domaine pénitentiaire masculin ou féminin.

Chaque fois que les féministes (vieille école) attirent l’attention sur le risque que les violeurs masculins finissent par être incarcérés dans des prisons pour femmes si l’on cède trop facilement à leur prétention d’auto-identification, les militants des droits des trans les accusent inévitablement du sophisme de l’« épouvantail » et d’agiter des peurs irrationnelles en évoquant des situations très peu probables.

Une manifestation contre l’emprisonnement d’hommes qui se disent femmes dans les prisons pour femmes a eu lieu devant le parlement écossais le jeudi 9 février.

Mais Isla Bryson fut l’épouvantail qui prit vie et Sturgeon perdit pied quand elle dut admettre la contradiction évidente entre ses déclarations wokes que les « femmes trans » [hommes qui se disent femmes] sont des « femmes », mais que dans certains contextes ces « femmes trans » ne seraient pas traitées comme des femmes (à savoir les prisons). Après s’être mis à dos les conservateurs sociaux, elle s’aliénait les radicaux pro-trans et les partisans de la cohérence.

Avec un peu de recul, il semble évident que l’erreur de Sturgeon fut de promouvoir un projet de loi trop woke, car il était prévisible que ce genre d’incidents devait discréditer le projet de loi sur la réforme de la reconnaissance du genre. Projet de loi que Sturgeon appuyait de tout son poids. Si le scandale n’était pas né au sujet de violeurs mâles envoyés en prison pour femmes, il aurait pu naître d’incidents similaires dans des refuges, des vestiaires ou des toilettes pour femmes. 
 
Dans une enquête publiée le dimanche 12 février dans le Herald Scotland, parmi ceux qui ont exprimé leur opinion, plus des trois quarts (76 %) ont déclaré qu’ils pensaient que les projets du gouvernement écossais de modifier la loi sur la reconnaissance du genre poseraient un risque pour la sécurité des femmes dans les espaces qui leur sont réservés, tels que les vestiaires, les services hospitaliers et les prisons. Un peu moins du quart (24 %) n’étaient pas d’accord.

Le projet facilitant « le changement de genre » s’est mué en baroud pour Nicola Sturgeon, la colline où l’indépendantiste devait s’immoler. Sturgeon n’a pas réussi à s’excuser, à enterrer ou réviser son projet woke et glauque. La lutte pro-trans était devenue plus importante pour elle, semble-t-il, que la souveraineté de l’Écosse.

Dimanche dans un sondage Panelbase pour le Sunday Times, 42 % des personnes interrogées pensaient que Sturgeon devrait démissionner maintenant, tandis que 45 % ont déclaré qu’elle devrait rester Premier ministre jusqu’au moins la prochaine élection parlementaires au plus tard en mai 2026, et 13 % ne savaient pas.

Jeudi passé, l’ancien chef du Parti national écossais, Alex Salmond déclara que Nicola Sturgeon devrait peut-être démissionner à moins qu’elle n’abandonne son plan de modification de la loi sur les transgenres. Il accusait la Première ministre d’alors de détruire 30 ans de campagne en faveur de l’indépendance écossaise en insistant sur une refonte « absurde ».

On apprenait ce matin que la Ministre qui a quitté le gouvernement à cause de la réforme de la loi sur le genre dit vouloir participer à la course à la direction du SNP, le parti indépendantiste écossais.

Voir aussi 

États-Unis — Viol d’une élève dans les toilettes pour filles, sodomisée par un élève trans, couvert par des autorités scolaires (m à j)

Canada — Homme qui a violé un bébé a été discrètement transféré en prison pour femmes.

Un Canadien qui a été reconnu coupable du viol horrible d’un bébé de 3 mois a commencé à s’identifier comme transgenre pendant son incarcération et est actuellement détenu dans un établissement correctionnel pour femmes avec une unité mère-enfant.

En 1997, Adam Laboucan agressa sexuellement un petit garçon de trois mois à Quesnel, en Colombie-Britannique. Laboucan avait 15 ans à l’époque et avait été engagé pour garder l’enfant. Le nourrisson a été si brutalement blessé par l’attaque qu’il a dû être transporté par avion à Vancouver, à 410 miles de là, pour subir une chirurgie reconstructive (plus de détails).

Revirement — les éditeurs britanniques sortiront à la fois les versions originales et « remaniées » de Roald Dahl

Les livres de Roald Dahl seront réédités sous leur forme non censurée après que la réaction du public dans le monde a forcé l’éditeur à battre en retraite. (Voir Les livres de Roald Dahl, auteur de Charlie et la chocolaterie, réécrits car « offensants » [mais pas les versions françaises…]).


La maison d’édition Puffin a déclaré avoir écouté le débat « difficile et inconfortable » depuis que le Daily Telegraph a révélé que des centaines de modifications avaient été apportées à Charlie et la chocolaterie, Matilda et plus d’une douzaine d’autres titres.

Les mots relatifs au poids, à la taille, à la santé mentale, au sexe et à la couleur de la peau ont été supprimés et des passages jugés plus politiquement corrects avaient été ajoutés au texte de Dahl.

Parmi les critiques, Rishi Sunak, le Premier ministre britannique, et une intervention de la reine, qui a exhorté les auteurs à écrire « sans être gênés par ceux qui pourraient souhaiter restreindre la liberté d’expression ».

Puffin a annoncé hier qu’aux côtés des nouvelles éditions caviardées, la société mère Penguin qui s’adresse à un lectorat plus âgé publierait les versions originales des 17 livres sous le nom de « The Roald Dahl Classic Collection ».

« Les lecteurs seront libres de choisir la version des histoires de Dahl qu’ils préfèrent », a déclaré Puffin.

Ce revirement a été bien accueilli par Sir Salman Rushdie, qui en a partagé la nouvelle sur son compte Twitter. Il a précédemment décrit les changements comme une « censure absurde ».

Suzanne Nossel, directrice générale de l’organisation PEN America, qui défend la liberté d’expression des écrivains, a déclaré que Sir Salman l’avait contactée à propos de Dahl lorsqu’il avait lu l’histoire pour la première fois. Elle a dit : « J’ai reçu une note disant : “C’est fou, non ? Roald Dahl était un fanatique et il ne m’a jamais soutenu, mais vraiment ? On ne peut pas dire ‘gros’ ou ‘femelle’ ? Pouvons-nous prendre une sorte de position contre cela ?” »


Dans une note interne, Tom Weldon, directeur de Penguin Random House, a déclaré que l’histoire du Telegraph avait provoqué une « conversation animée » sur la « mise à jour » des livres.

Dans un communiqué publié il y a trois jours, Puffin a justifié ses remaniements et a insisté sur le fait qu’ils étaient « minimes ».

Cependant, jeudi, la reine a semblé critiquer les changements lors d’une réception pour les auteurs à Clarence House. « S’il vous plaît, restez fidèle à votre vocation, sans être gêné par ceux qui voudraient restreindre votre liberté d’expression ou imposer des limites à votre imagination. Assez dit ! », a déclaré la reine, qui est la patronne de l’association caritative Booktrust.

Gyles Brandreth, un ami proche de la reine et administrateur de sa nouvelle organisation caritative, la salle de lecture de la reine, a déclaré que c’était une « merveilleuse » nouvelle que les anciennes versions des livres restent disponibles.

« Comme c’est sensé. Le bon sens prévaut », a-t-il déclaré en plaisantant.

Les modifications controversées du texte de Dahl ont été apportées par Puffin en collaboration avec la Roald Dahl Story Company, qui a été rachetée par Netflix en 2021.

Tous deux ont été surpris par la controverse née de leurs modifications, qui ont été apportées après l’embauche par Puffin des « lecteurs de sensibilité » pour parcourir le texte et y détecter les mots et les passages qui pourraient offenser des âmes sensibles selon une grille de lecture très politiquement correcte.

Alors que le contrecoup augmentait, les éditeurs de Dahl aux États-Unis, aux Pays-Bas et en France ont déclaré qu’ils ne suivraient pas.

La Classic Collection contiendra « des documents d’archives pertinents pour chacune des histoires », a annoncé l’éditeur, bien qu’il ait refusé de dire ce que cela inclura, ou si les éditions conserveront les illustrations de Quentin Blake.

Francesca Dow, directrice générale de l’édition pour enfants chez Penguin Random House, a déclaré : « Nous avons écouté le débat de la semaine dernière, qui a réaffirmé l’extraordinaire pouvoir des livres de Roald Dahl et les questions très réelles sur la façon dont les histoires d’une autre époque peuvent rester pertinentes pour chaque nouvelle génération.

Les éditions classiques seront mises en vente plus tard cette année et permettront aux éditeurs de vendre les deux éditions en librairie en même temps.

Dahl est décédé en 1990, à l’âge de 74 ans. Plus de 250 millions d’exemplaires de ses livres ont été vendus dans le monde et ils ont été traduits en 68 langues. 



Puffin (macareux, à gauche) est une marque pour enfants de longue date des éditeurs britanniques Penguin (manchot, à droite) Books. Depuis les années 1960, il fait partie des plus grands éditeurs de livres pour enfants au Royaume-Uni et dans une grande partie du monde anglophone. La marque Puffin appartient désormais à Penguin Random House, une filiale du conglomérat médiatique allemand Bertelsmann.




Source : The Telegraph

vendredi 24 février 2023

Tolérance — Le succès de la messe en latin n’est pas du goût de François l'Argentin

Alors que les communautés catholiques traditionalistes fleurissent ici et là, le pape François publie un décret juridique visant à réduire leur influence. Un nouveau tour de vis qui fait écho au motu proprio de juillet 2021. Cette fois-ci, l’autorité des évêques est remise en question.

La messe tridentine attire de plus en plus, surtout les jeunes.

Le succès de la messe en latin n’est pas du goût du Pape François. Le 21 février, sous l’égide du cardinal Roche, le Saint-Père a publié un rescrit visant à renforcer le contrôle des communautés traditionalistes. Concrètement, le pape retire aux évêques locaux tout pouvoir d’accorder aux prêtres ordonnés après le 16 juillet 2021 des autorisations pour célébrer la messe selon l’ancien rite. Dans un souci de réconciliation, en 2007, Benoît XVI avait mis en place cette autorisation « extraordinaire » soumise au discernement de l’évêque local.

Désormais cette autorisation revient uniquement à Rome. Idem pour l’utilisation d’une église paroissiale, pour y célébrer une messe en latin. « C’est assez incompréhensible. Je m’attendais plutôt à du dialogue de la part du pape, réagit l’abbé Raffray, prêtre à l’Institut du Bon Pasteur. Il y a quand même un autre problème liturgique dans l’Église aujourd’hui, partout dans le monde, donc cette façon de s’acharner contre quelque chose qui est loin d’être majoritaire est assez étonnante. »

Avec leurs écoles hors contrat, mouvements scouts, groupes de chorale ou cours de catéchisme, les communautés « tradis » séduisent de plus en plus de jeunes. D’après une enquête parue dans La Nef en juillet 2021, la France compte 95 000 catholiques traditionalistes, soit 7 % des catholiques pratiquants en France. Ces « tradis » sont répartis autour de 250 lieux de culte, dont la moitié sont tenus par des prêtres diocésains, l’autre par des communautés traditionalistes, comme la Fraternité Saint-Pierre, la Fraternité Saint-Pie X ou l’Institut du Christ-Roi.


La réception de la messe « moderne » au Québec dans les années 60 selon le film La Passion d’Augustine


Le succès de la messe en latin

Dans ces paroisses, les messes sont célébrées en latin, selon l’ancien rituel. Cette liturgie séduit, notamment les jeunes, attirés par une résurgence du sacré. Comme Claire, 23 ans, qui admire « la richesse spirituelle des communautés tradis ». « J’aime le côté sacré du rite tridentin, confie la jeune femme. Les ornements aident à nous rendre compte de ce qui se passe vraiment sur l’autel, ce qu’on ne peut pas percevoir dans une messe en français ».

Un avis partagé par l’abbé Matthieu Raffray. « C’est par son caractère sacré que la messe en latin attire : le rôle du chant, la ritualité, la beauté des gestes, les ornements, tout cela tend vers l’éternité », décrypte ce défenseur de la messe en latin. « Ailleurs dans le monde, tout est réduit à sa valeur marchande. La messe catholique traditionnelle n’est pas un produit de consommation ».

Et d’ajouter : « Psychologiquement et spirituellement, l’homme a besoin de quelque chose qui élève l’âme. Quelque chose qui lui fait quitter le mouvement perpétuel du monde. Il n’y a qu’à voir l’enthousiasme qu’il y a eu autour de l’enterrement de la reine d’Angleterre. Les gens sont à la recherche de ritualité, de choses normées et intemporelles, qu’ils ne trouvent ni dans les supermarchés, ni à la télé, ni sur les réseaux sociaux. C’est exactement dans cela que réside le succès de la messe en latin ».

Pour beaucoup, la messe en latin apparaît comme un havre, épargné des dérives de la nouvelle messe, promue par le concile Vatican II de 1962. De fait, ces paroisses sont les viviers d’un grand nombre de vocations sacerdotales et religieuses. Tandis que s’effondre la vie de l’Église, les communautés traditionalistes ne cessent de se multiplier. Une chance pour l’Église catholique, en proie à une désaffection générale.

Le pape réduit en conséquence le pouvoir des évêques

Ce tour de vis du pape François est un nouvel exemple de son hostilité aux communautés traditionalistes, accusées d’entretenir une Église catholique « parallèle ». Le 16 juillet 2021, il avait déjà encadré rigoureusement la messe tridentine dans le motu proprio « Traditionis Custodes ». Cette fois-ci, le Saint-Père établit un décret juridique, donnant ainsi bien plus de poids à sa décision. D’après Le Figaro, le pape François pourrait même publier un document encore plus contraignant pour les traditionalistes au printemps prochain.

Pourtant, l’abbé Matthieu Raffray se dit « confiant en la Providence divine. La diffusion de la messe traditionnelle a été encouragée par les papes précédents et par Benoît XVI en particulier. Certes, on ne peut rien faire politiquement, mais c’est à nous de montrer que notre attachement à la messe traditionnelle est pour le bien de l’Église. il faut continuer à montrer que la messe traditionnelle n’est pas un obstacle pour la vie de l’Église, mais qu’elle attire de nombreux jeunes en manque de spiritualité ».

Source

La santé est sous-financée au Québec : poste de conseiller à lutte contre les changements climatiques (→ 102 k$/an)

Ce poste bien rémunéré est au sein des services de santé publics...

Lien : https://emplois.ca.indeed.com/viewjob?jk=41896393512eedad

jeudi 23 février 2023

23 février 1455 - Première impression de la bible de Gutenberg

La tradition veut que le 23 février 1455 Johannes Gutenberg parvient à imprimer en série le premier livre en Europe avec des caractères mobiles de métal : la bible de Gutenberg. Il reste aujourd’hui moins de 40 exemplaires de cette bible.

Après plusieurs années de recherche et de travaux, Gutenberg parvient à mettre au point un système lui permettant d’imprimer en série. La bible de Gutenberg se compose alors de pages comportant chacune 42 lignes.

La technique d’impression utilisée par Gutenberg repose sur deux principes qui n’étaient pas en soi nouveaux dans l’histoire de l’humanité :

– impression à partir d’une forme à l’image inversée (c’était déjà le cas de la xylographie) ;

– utilisation de caractères réutilisables (c’était une technique déjà utilisée en Extrême-Orient).

Mais trois innovations au moins ont vu le jour dans la mise en œuvre de ces principes, avec la définition d’un processus d’impression tel qu’il se répandra rapidement dans toute l’Europe, puis à la faveur de l’expansionnisme européen, dans tout le monde :

– la technique de fabrication en série des caractères : Gutenberg a inventé pour cela un moule manuel qui permet une production en série de caractères et conçu un alliage déterminé constitué de plomb, d’étain et d’antimoine ;

– la technique de préparation des formes imprimantes, de la casse au composteur, du composteur à la galée et de la galée au marbre ;

– la technique d’impression avec l’utilisation d’une presse à vis.

Ces innovations n'auraient pas vu le jour sans un contexte économique favorable dont on peut esquisser quelques aspects :

– le développement de la métallurgie (Gutenberg, comme d'autres imprimeurs, était lui-même issu d'un milieu d'orfèvres) ;

– le développement de la technique de fabrication du papier, sans lequel l'impression de centaines d'ouvrages n'aurait pas été possible (le parchemin n'aurait pas pu y suffire) ;

– le développement d'un réseau de banquiers susceptibles d'assurer les financements nécessaires pour la production en masse de livres.[Cf. « l’éthique capitaliste/bancaire protestante » était déjà très largement pratiqué par les catholiques au Moyen Âge. ]

mardi 21 février 2023

Les livres de Roald Dahl, auteur de Charlie et la chocolaterie, réécrits car « offensants » (mais pas les versions françaises...)

Mise à jour

Gallimard Jeunesse, qui publie en France l’œuvre de Roald Dahl, s’est engagé à laisser intacts les textes de l’auteur britannique, et ce, malgré la réécriture en anglais demandée par les ayants droit.

Les éditeurs européens se sont élevés contre le changement des livres de Roald Dahl, affirmant que ses histoires « perdent tout leur sel » si le langage en est édulcoré

L’éditeur néerlandais de l’auteur, Joris van de Leur, a critiqué la décision de Puffin et de la Roald Dahl Story Company d’apporter des centaines de modifications après avoir consulté des lecteurs sensibles et a déclaré qu’il pourrait s’en tenir au texte original.

M. van de Leur a dit à propos de l’écriture de Dahl : « Les exagérations sont une figure de style chez lui : si une personne est grosse, cela représente la gourmandise et l’excès. Les enfants comprennent ce qu’est une telle hyperbole littéraire. Ils ne pensent vraiment pas que tous les gros enfants sont cupides. »


Il a indiqué que De Fontein, la maison d’édition dont il est le directeur pourrait continuer à publier les anciennes versions.

« Roald Dahl est la raison pour laquelle je suis venu travailler dans cette maison d’édition. Son humour est incomparable. Heureusement, nous avons la liberté de voir ce que cela signifie pour nos traductions. Nous veillerons à ne pas nuire à l’humour de Dahl », a-t-il déclaré, ajoutant qu’il exigerait une explication pour les révisions.

La célèbre maison d’édition française Gallimard, qui a publié des écrivains de Proust à Camus, a clairement indiqué qu’elle n’apporterait pas les changements en déclarant : « Cette réécriture ne concerne que la Grande-Bretagne ».

La déclaration de l’éditeur, qui a publié pour la première fois James et La Grosse Pêche et Charlie et la Chocolaterie dans les années 1960, ajoute : « Nous n’avons jamais modifié les écrits de Roald Dahl auparavant, et nous n’envisageons pas de le faire aujourd’hui. »

Les anciennes copies des livres de Roald Dahl sont devenues recherchées suite à l’annonce que de nouvelles éditions remplaceront le texte original.

World of Books, le vendeur en ligne, a déclaré que les ventes des livres de Dahl avaient augmenté de 600 % la semaine dernière.

« Alors que certains parents aimeront l’idée que les enfants lisent selon les normes d’aujourd’hui, d’autres seront tristes qu’une partie de la magie de leur enfance puisse être perdue », a déclaré Rebecca Alford, responsable de la marque de l’entreprise.

« Dans cet esprit, il n’est pas surprenant qu’il y ait eu une augmentation significative des ventes de Roald Dahl au cours de la semaine dernière. Cependant, même nous n’avions pas anticipé la multiplication par six que nous avons constatée.

« Il semblerait que les livres classiques de Roald Dahl pourraient même devenir un peu un objet de collection. »

L’acteur qui a joué Augustus Gloop dans l’adaptation cinématographique de 1971 a également critiqué les changements.

Michael Bollner, aujourd’hui âgé de 64 ans, a déclaré qu’il ne trouvait pas la caractérisation cruelle ou politiquement incorrecte et pensait que l’histoire « illustre de mauvais comportements à éviter pour les enfants, comme de trop regarder la télévision et trop manger.

« Ce sont de bonnes choses, je pense, alors pourquoi empêcher les enfants de le savoir ? »

Nick Poole, directeur général du Chartered Institute of Library and Information Professionals, a déclaré que les bibliothèques devraient essayer de stocker les éditions originales avec les nouvelles pour permettre aux lecteurs de « juger par eux-mêmes ce qu’ils préfèrent ».

M. Poole a déclaré que pour donner aux lecteurs le choix, il était essentiel que les éditeurs qui éditent des œuvres classiques étiquettent clairement les nouvelles éditions, en disant : « Nous dépendons des éditeurs pour identifier que cela a été fait, par exemple en marquant une édition comme “révisée”. »

Source : The Telegraph


Billet du 19 février

Le grand éditeur anglais Puffin, selon le Daily Telegraph, expurge des œuvres de l’écrivain britannique (1916-1990) les mots et les expressions qui pourraient choquer les lecteurs des nouvelles générations.

Après Agatha Christie, c’est au tour de Roald Dahl de subir les foudres des ligues wokistes. Selon le Daily Telegraph le puissant éditeur de livres pour enfants au Royaume-Uni, Puffin, soumet à des lecteurs dits « sensibles » la relecture des œuvres de l’auteur britannique qui a notamment écrit Charlie et la chocolaterie, adapté plusieurs fois au cinéma avec Johnny Depp dans le rôle du héros de l’histoire.

Cette réécriture de l’œuvre de Dahl obéit selon les responsables de Puffin à la volonté de pouvoir offrir aux nouveaux lecteurs des romans « qu’ils pourraient apprécier sans la moindre gêne ». Les « nouveaux traducteurs » des romans de l’écrivain récipiendaire du prix Edgar Allan Poe en 1954, s’attaquent désormais aux épithètes qualifiées de « discriminantes », qui « gêneraient les minorités sexuelles ou ethniques ».

Laid, gros… notamment font ainsi les frais de cette nouvelle rédaction sans odeur et sans saveur. Ainsi Augustus Gloop, un personnage de Charlie et la Chocolaterie n’est plus gros, mais énorme. Même métamorphose pour Mrs Twit dans Les Deux Gredins, elle n’est plus ni laide ni bestiale, elle devient simplement « bête » et une « langue africaine bizarre » n’est plus bizarre.

Le langage lié au poids, à la santé mentale, à la violence, au sexe et à la race a été coupé et réécrit. Les Cloud-Men (Nuageois en français) dans James et la Grosse Pêche sont devenus les Cloud-People. La tête de Mlle Araignée n’est plus « noire » et le ver de terre n’a plus une « belle peau rose », mais une « belle peau lisse ».

Les petits renards de Fantastique Maître Renard sont maintenant des femmes. Les remanieurs ont coupé une description de tracteurs qui les décrivait ainsi : « les machines étaient toutes les deux noires ». Dans le nouveau monde de Dahl, semble-t-il, ni les machines ni les animaux ne peuvent être décrits par une couleur.

Dans Matilda, une mention de Rudyard Kipling a été coupée et Jane Austen ajoutée. Ailleurs dans Matilda, un passage où l’héroïne découvre le pouvoir d’évasion de la littérature a changé : le « grand visage chevalin » de Mlle Legourdin devient simplement son « visage ». « Huit petits idiots fous » deviennent « huit petits garçons fous ». Plutôt que de « devenir blanc », un personnage devient désormais « assez pâle ».

Titre   Ancienne version
Nouvelle version
Sacrées Sorcières

  Même si elle travaille comme caissière dans un supermarché ou tape des lettres pour un homme d’affaires  →  Même si elle travaille comme scientifique de haut niveau ou dirige une entreprise
« Ne sois pas stupide », me dit ma grand-mère. « Tu ne peux pas tirer les cheveux de toutes les femmes que tu rencontres, même si elles portent des gants. Essaie pour voir ce qui se passera. »  →  « Ne sois pas stupide », me dit ma grand-mère. « De plus, il y a beaucoup d’autres raisons pour lesquelles les femmes pourraient porter des perruques et il n’y a certainement rien de mal à cela. »
Les Deux Gredins

  Elle posa le grattoir noir sur son ventre. Son ventre la démangeait. Les vieilles harpies comme elles ont toujours des démangeaisons au ventre.  →  Elle posa le grattoir noir sur son ventre. Son ventre la démangeait toujours.
Matilda

  « J’aimerais être grand », déclara Nigel. « Je la mettrais KO »  →  « J’aimerais être grand », déclara Nigel. « Je lui passerais un savon »
« J’en ai marre de vous, bande de nains inutiles ! »  →  J’en ai marre de vous, bande de petits bouts inutiles ! »
Elle est allée sur des voiliers d’antan avec Joseph Conrad. Elle est allée en Afrique avec Ernest Hemingway et en Inde avec Rudyard Kipling.  →  Elle est allée dans des domaines du XIXe siècle avec Jane Austen. Elle est allée en Afrique avec Ernest Hemingway et en Californie avec John Steinbeck.
Charlie et la Chocolaterie

  « Alors je les ai tous expédiés là-bas — chaque homme, femme et enfant de la tribu Oompa-Loompa »  →  « Alors ils ont tous accepté de venir — chacun des Oompa-Loompa »
« Je l’ai essayé sur un Oompa-Loompa hier dans la salle d’essai »  →  « Je l’ai essayé moi-même hier dans la salle d’essai »

 (Notre traduction des passages en anglais)

Cette réécriture à vocation « bienveillante » ne se limite pas à des changements de mots. Toujours selon le journal britannique, les « remanieurs » ajoutent parfois des passages de leur cru. Dans The Witches (Sacrées Sorcières en français), on défend la calvitie des sorcières en rajoutant une incise explicative : « Il y a beaucoup d’autres raisons pour lesquelles les femmes pourraient porter des perruques et il n’y a certainement rien de mal à cela ». Sans surprise étant donné le sujet des sorcières, de nombreuses modifications concernent des représentations de femmes. « Femme de chambre » devient « plus propre ». « Grand troupeau de dames » devient « grand groupe de dames ». « Tu dois être folle, femme ! » devient « Vous devez être folle ! » « La vieille harpie » devient « la vieille corneille ». 

D’autres modifications concernent le poids. « Grosse petite souris brune » devient « petite souris brune ». « “Voilà votre petit garçon”, dit-elle. “Il doit faire un régime” » devient « Voilà ton petit garçon ».

Dans la version précédente, le narrateur s’exclame : « Mais qu’en est-il du reste du monde ? » J’ai pleuré. « Qu’en est-il de l’Amérique et la France et la Hollande et l’Allemagne ? Et qu’en est-il de la Norvège ? » ». Maintenant, la phrase sur l’Amérique et la France et la Hollande et l’Allemagne a été coupée. Le « reste du monde » est visiblement devenu bien plus grand maintenant qu’il ne l’était quand Dahl écrivit Sacrées Sorcières en 1983.

Ces modifications atténuent le sens originel. Ailleurs, les remanieurs en changent le sens : « Même si elle travaille comme caissière dans un supermarché ou qu’elle tape des lettres pour un homme d’affaires », devient « Même si elle travaille comme scientifique de haut niveau ou dirige une entreprise ».

Ceci n’est qu’un échantillon de 59 changements trouvés dans Sacrées Sorcières, et ce n’est qu’un des livres de Dahl. Dans les nouvelles éditions, il y a des centaines de modifications, certaines plus importantes que d’autres.

Pour l’instant la Roald Dahl Story Company, la société qui représente les ayants droit, ne semble pas choquée par ces changements. Dans un communiqué, elle a tenu à préciser sa position : « il n’est pas inhabituel de revisiter certains éléments de langage à l’occasion de la parution d’une nouvelle édition. Notre fil directeur a été de respecter les histoires, les personnages et l’esprit irrévérencieux du texte original »…

Achetez les éditions en français avant qu’elles ne soient réécrites. 

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Le Canada est le seul pays du G7 où les dépenses intérieures brutes de R&D sont en baisse depuis 2001

Le Canada est le seul pays du G7 où les dépenses intérieures brutes de recherche et développement (R & D) sont en baisse depuis 2001.

Le Canada est maintenant l’avant-dernier pays du G7 pour cette mesure à 1,607 % du produit intérieur brut (PIB).
 
Comparer les graphiques ci-dessous. La ligne grasse noire représente la moyenne des dépenses de recherche et développement dans les pays de l'OCDE en termes de pourcentage du PIB.




Source : OCDE (2023), Dépenses intérieures brutes de R-D (indicateur). doi: 10.1787/49ef953e-fr (Consulté le 19 février 2023)

lundi 20 février 2023

Réécriture de l'histoire au Manitoba : Louis Riel le multiculturaliste

Louis Riel (22 octobre 1844 – 16 novembre 1885) est un homme politique canadien-français, chef du peuple métis dans les Prairies canadiennes et fondateur de la province du Manitoba. Louis Riel est l’aîné d’une famille de 11 enfants. Son père (Louis Riel aussi) était né à l’Île-à-la-Crosse (Saskatchewan). Sa mère (Julie Lagimodière) était pour sa part née à Saint-Boniface (Manitoba). On dit qu’il avait un huitième de sang indien, sa grand-mère paternelle étant une Métisse franco-chipewyanne. Il quitte Saint-Boniface dès ses 13 ans pour faire ses études au collège des Sulpiciens de Montréal distant de 2000 km du Manitoba. Riel y effectue de bonnes études, mais n’est guère touché par la vocation religieuse. Perturbé par la mort de son père, qui survient en 1864, Riel a alors 20 ans, il quitte le séminaire et travaille quelque temps comme clerc d’avocat avant de revenir en 1868 dans sa région natale. 

Il a dirigé deux mouvements de résistance contre le gouvernement canadien dans le but de protéger les droits et la culture des Métis, alors que l’influence canadienne-anglaise se faisait de plus en plus sentir dans les Territoires du Nord-Ouest. La première révolte est la rébellion de la rivière Rouge, de 1869 à 1870.

À la veille de 1869, la colonie de la Rivière-Rouge qui s’est essentiellement organisée autour de la paroisse de Saint-Boniface, à l’emplacement actuel de la ville de Winnipeg, regroupe une majorité d’habitants Métis franco-canadiens qui forment un groupe distinct et majoritaire qui fait usage de la langue française et qui est de confession catholique. C’est l’arrivée des arpenteurs du Dominion, au cours de l’été suivant, qui est le point de départ de l’organisation de la résistance métisse au plan d’annexion du gouvernement canadien. À la tête de cette résistance se trouve le Métis Louis Riel.

Le gouvernement provisoire, établi par Louis Riel, négocie finalement l’entrée de la province du Manitoba dans la Confédération canadienne. Une Liste des droits est rédigée dont les articles de la dernière version seront repris, pour l’essentiel, dans l’Acte du Manitoba. De cette Liste des droits, retenons qu’elle comporte trois points importants : elle revendique le statut provincial pour le territoire concerné — ce dernier, qui deviendra la province du Manitoba ; en outre, elle demande des écoles séparées selon les confessions religieuses catholique et protestante ; enfin, elle réclame l’égalité du français et de l’anglais tant sur le plan institutionnel que scolaire. La province du Manitoba, qui voit le jour le 15 juillet 1870, est donc officiellement bilingue.

Les Métis subissent l’offensive de la minorité ontarienne venue de l’Est et désireuse de prendre possession des terres agricoles de la colonie, un jeune Orangiste, Thomas Scott, est fait prisonnier et est exécuté. Louis Riel, en tant que chef du gouvernement, sera tenu pour responsable de cet acte : recherché pour meurtre, il sera contraint à l’exil aux États-Unis et il ne reviendra sur le devant de la scène de l’histoire canadienne qu’en 1884 lors de la rébellion métisse en Saskatchewan. La province voisine du Manitoba.

Durant cette période, il est élu à trois reprises à la Chambre des communes du Canada, bien qu’il n’ait jamais pu occuper son siège. 

À l’été 1884, l’évêque Grandin présente au Premier ministre Macdonald les revendications des Métis : que les Territoires du Nord-Ouest, qui sont gouvernés par un conseil nommé par le gouvernement fédéral, deviennent une province avec un gouvernement doté de responsabilités complètes ; que les Métis reçoivent les titres de propriété intégrale de leurs terres ; qu’on arpente ces terres selon le système de partage des terres des Métis, qui divise le territoire en lots avec un accès à la rivière (il s’agit du système hérité du régime français : les fameux rangs) ; et que Louis Riel soit reconnu comme dirigeant en étant nommé au conseil territorial ou au Sénat canadien.

En décembre 1884, Louis Riel rédige une nouvelle liste de réclamations, qui suit les mêmes principes, mais sur un ton plus urgent. La réponse du gouvernement arrive en janvier 1885 : on ne négociera pas avec Riel. C’est la seconde rébellion.

À l’issue de celle-ci, Louis Riel sera pendu en 1885. Le Premier ministre de l’époque, John Macdonald, salua sa condamnation pour « trahison » en ces termes :

« Il (Riel) mourra même si tous les chiens du Québec aboient en sa faveur. »

Or voici qu’en la Journée Louis Riel, l’Assemblée législative du Manitoba annexe en anglais uniquement Louis Riel, partisan des droits des métis francophones et catholiques qui s’opposait à l’émigration d’orangistes spoliateurs, comme figure titulaire d’un monde  qui embrasse toutes les cultures. Louis Riel, figure tutélaire du Canada multiculturaliste ? Louis Riel qui ne lutta pas pour les droits de toutes les cultures à venir au Manitoba, mais pour que les métis autochtones puissent continuer à vivre comme avant... Ce Louis Riel historique-là ? Louis Riel qui aima tellement le nouveau Manitoba sous l'emprise britannique, ses arpenteurs, ses colons et son anglais imposés, qu'il s'en enfuit pour s'établir loin de ceux-ci en Saskatchewan avant de leur y livrer bataille à Batoche ?

Quant Louis Riel Day, cette journée de congé instaurée par la Province du Manitoba en 2008 a été placée sous le signe de l’esprit métis par la volonté d’écoliers manitobains qui avaient soumis le nom de Louis Riel. (11 écoles sur 114 écoles participantes.)

Selon l’hebdomadaire franco-manitobain, La Liberté, « les décideurs politiques ont très judicieusement choisi de respecter leur intuition. Peut-être parce qu’ils ont choisi de mettre leur confiance dans les voix de l’avenir ; sûrement parce que les milieux politiques savent fort bien que la pendaison pour haute trahison du chef métis en 1885 relevait de l’assassinat politique. »

L’ancien juge en chef de la Cour d’appel du Manitoba Alfred Monnin (1920-2013) n’hésitait pas à dire que le procès de Louis Riel représentait un moment sombre dans l’histoire judiciaire du Canada. Le scandale qui s’est joué au tribunal à Regina a engendré un scandale encore plus honteux, puisqu’il a légitimé la falsification de l’histoire. En effet les thuriféraires du Dominion du Canada, convaincus que les peuples autochtones étaient de toute façon voués à la disparition, se sont fait un devoir de dépeindre Louis Riel sous les traits d’un traître, doublé d’un illuminé. Pendant trop longtemps, des générations d’écoliers ont dû entendre ces mensonges.

L’instauration de la Journée Louis Riel a bien sûr contribué à faire réfléchir les Manitobains d’un certain âge prisonniers d’une fausse idée de l’homme qui a joué un rôle central dans la naissance du Manitoba. Pourtant, même si la valeur symbolique accordée au troisième lundi de février est énorme, surtout si l’on chausse les souliers des vieux Métis, la réhabilitation de Louis Riel n’est pas complète.

Paulette Duguay, la présidente de l’Union nationale métisse Saint — Joseph du Manitoba, le soulignait dans une lettre à La Liberté publiée dans l’édition du 18 au 24 novembre 2015. Il importe d’avoir à l’esprit que l’Union nationale métisse est de très loin la plus ancienne organisation métisse au Canada. Elle a été fondée dès 1887, pour rallier les Métis après la pendaison de leur chef. Depuis toujours, les membres de cette organisation entretiennent la volonté d’obtenir un jour la totale réhabilitation de celui qu’ils considèrent comme « l’un des Pères de la Confédération, un homme lésé, un défenseur de son peuple et un protecteur des droits des minorités au Canada ». (En 1992, le Parlement canadien a reconnu à l’unanimité Louis Riel comme le fondateur du Manitoba.)

Paulette Duguay a inscrit son plaidoyer en faveur de Louis Riel dans la perspective du 150e anniversaire de la Confédération après avoir rappelé qu’en 2013 les juges de la Cour suprême du Canada ont tenté, à leur manière, de rectifier le verdict de 1885 en déclarant que « le gouvernement fédéral n’avait pas donné une suite honorable aux promesses de terres faites aux Métis dans la Loi qui a créé le Manitoba ».

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22 janvier 1890 : le français aboli comme langue officielle et d’enseignement au Manitoba

Réécriture de l'histoire au Manitoba : Louis Riel le multiculturaliste

Comment Hollywood (Cecil B. DeMille) en 1940 voyait Louis Riel, les métis, la rébellion de 1885 et la prairie de la Saskatchewan...Après la rébellion de la rivière Rouge de 1869-70, nombre de Métis se déplacèrent du Manitoba vers la Saskatchewan pour fonder la colonie de Batoche. Mais des colons anglophones commencèrent à arriver d'Ontario, imposant — comme au Manitoba — la distribution des terres selon le système de concessions carrées « à l'anglaise » plutôt que d'après le système seigneurial de la Nouvelle-France de bandes perpendiculaires à la rivière (les rangs) que les Métis avaient hérité de leurs ancêtres canadiens français.

« Unir plutôt que diviser » ou comment imposer un monopole en jouant sur les sentiments

Québec — Pénurie d'enseignants, hausse des dépenses et des besoins pour élèves allophones et vulnérables

« On peut dire qu’aujourd’hui, on est toujours en rattrapage par rapport à ces départs massifs qui ont été causés par l’austérité des libéraux », a déploré Bernard Drainville.

(Québec) Questionné sur les conséquences de la pénurie de main-d’œuvre dans les écoles, Bernard Drainville renvoie la balle aux libéraux tandis que l’ex-ministre des Finances, Carlos Leitão, admet des regrets sur les compressions en éducation.

Cette sortie publique coïncide avec une série de nouvelles sur les conséquences de la pénurie de main-d’œuvre en éducation. Le centre de services scolaire de Montréal (CSSDM) s’est résigné à embaucher des enseignants non légalement qualifiés pour enseigner auprès des élèves les plus vulnérables, en adaptation scolaire, rapporte La Presse. Et les délais d’attente subis par les élèves allophones pour obtenir un enseignement en français ont aussi fait l’objet d’articles de presse. Voir La naïveté québécoise face à l’immigration et à la dénatalité : l’anglais langue commune même à l’école en français…

Au moment où le gouvernement Legault entame un deuxième mandat, M. Drainville défend le bilan de la Coalition avenir Québec (CAQ) : « Depuis qu’on est là, les dépenses en éducation, en moyenne, ont augmenté de 1 milliard par année. » 

Hausse constante des dépenses, qu'en est-il de la qualité ?

 

Le Québec chef de file des hausses de dépenses en éducation

En 2017-2018, la dépense globale par élève pour l’éducation préscolaire, l’enseignement primaire et secondaire au Québec était de 13 987 $, soit environ 2 % moins élevée qu’en Ontario (14 254 $) et que la moyenne canadienne (14 253 $).

Il est toutefois important de noter que la comparaison interprovinciale de la dépense par élève pour l’éducation préscolaire et l’enseignement primaire et secondaire ne tient pas compte des différences du coût de la vie entre les provinces canadiennes. Celui-ci est moins élevé au Québec comparativement à l’Ontario et à la moyenne canadienne (écart de 15 % et 9 %, respectivement, en 2017). Si l’on tient compte de cette différence, la dépense par élève pour l’éducation préscolaire et l’enseignement primaire et secondaire est plus élevée au Québec.

Enfin, notons que l’enseignement secondaire est plus court au Québec. Or, les dernières années du lycée (le collégial au Québec) coûtent plus cher que celles du secondaire québécois. Ceci tend aussi à fausser les comparaisons entre les pays.

(Cliquez pour agrandir)

Hausse des salaires, pensions et des « élèves en difficulté » [y compris les immigrants]

Selon un rapport de l’IEDM en 2017 où l’on observait déjà une hausse des dépenses pendant les dix années précédentes :

Pourquoi les dépenses en éducation ont-elles grimpé autant ? On peut d’office éliminer une cause : les dépenses d’infrastructure. Selon l’évaluation la plus récente, le déficit d’infrastructure, soit le montant qu’il faudrait dépenser pour remettre à niveau les bâtiments des commissions scolaires du Québec — ce qui inclut les écoles —, dépasse les 6 milliards $. Cette remise à plus tard des dépenses d’entretien normales a donc contribué à atténuer la croissance des dépenses du ministère.

C’est plutôt du côté des salaires qu’il faut regarder pour comprendre l’emballement des dépenses au cours des dix dernières années. Premièrement, le rapport élèves-enseignant dans les commissions scolaires est passé de 14,2 à 13,3 entre 2006-07 et 2015-16. Ce changement, qui peut sembler minime, a eu des impacts considérables sur les coûts récurrents en éducation.

La deuxième cause d’augmentation des dépenses est liée aux paiements de l’État dans les caisses de retraite des employés, qui ont bondi de près de 50 % en tenant compte de l’inflation lors de cette même période4. La troisième raison est le vieillissement des employés : comme on embauche pour le moment relativement peu de nouveaux professeurs, la progression automatique dans l’échelle salariale au fil des années fait augmenter les coûts par employé.

Outre les coûts salariaux, un autre phénomène fait croître de façon importante les dépenses en éducation : la croissance rapide de la proportion d’élèves en difficulté d’apprentissage et d’adaptation ou ayant un handicap. Le pourcentage de ces élèves inscrits au secteur public est passé de 16 % en 2006 — 2007 à 21,5 % du total en 2016-2017, une hausse d’un tiers. Étant donné qu’un élève présentant un handicap donne droit à une subvention qui peut être jusqu’à quatre fois plus élevée, ce facteur contribue lui aussi à la hausse des dépenses.

Bref, le gouvernement du Québec dépense de plus en plus en éducation. Ce n’est pas parce qu’il y a plus d’élèves ni parce que les écoles sont mieux entretenues, mais parce que le rapport d’élèves par professeur a baissé, que les coûts salariaux ont augmenté et qu’il y a plus d’élèves avec des besoins particuliers.

Il n’est pas du tout évident que cette augmentation constante des coûts de l’éducation se soit accompagnée par une hausse de la qualité de l’enseignement :

« Une part non négligeable de l’amélioration du taux de diplomation du secteur public est liée à la création de nouveaux diplômes dont la valeur est remise en question par certains observateurs8. À titre d’exemple, on peut nommer le Certificat de formation préparatoire au travail, qui nécessite que l’élève ait suivi 2700 heures de formation générale au niveau secondaire (soit environ trois années) et complété un stage de 900 heures en milieu professionnel (autrement dit qu’il ait occupé un emploi) ; ou encore le Certificat de formation en insertion socioprofessionnelle des adultes, décerné à un élève qui a réussi ses cours de français, anglais et mathématiques du niveau primaire, ainsi qu’une formation de 900 heures en sensibilisation au marché du travail. Environ 40 % de l’augmentation du taux de diplomation sur sept ans pour l’ensemble du Québec est due à ce nouveau type de qualification.

Enfin, la pression pour améliorer les taux de réussite a-t-elle permis de maintenir la qualité des diplômes, ou a-t-elle plutôt mené à un nivellement par le bas ? Il est difficile de répondre à cette question, mais certains éléments permettent de croire que la volonté de diplômer plus d’élèves a mené à une réduction de la rigueur dans leur évaluation. »

C'est ainsi que, dans un sondage mené auprès de 630 professeurs en avril 2017, on apprenait qu’un enseignant sur deux avait vu la direction de son école hausser la note qu’il avait accordée à un élève sans son consentement. Patricia Cloutier, « Des notes modifiées à l’insu des profs », Le Soleil, 27 avril 2017 ; Tommy Chouinard, « Le ministre de l’Éducation exige la fin des notes gonflées dans les écoles », La Presse, 30 mai 2017.