mardi 10 août 2010

La non-mixité au Royaume-Uni

Extrait d'un entretien avec Jean-David Ponci, délégué de l’EASSE (European Association Single Sex Education) pour les pays francophones et germanophones.

Les classes non mixtes ne sont-elles pas un reliquat désuet du passé ?

Il existe aujourd’hui de nombreux établissements non mixtes dans tous les pays d’Europe, aussi bien dansl’enseignement public que privé. La légitimité juridique de ce mode d’éducation est reconnue par le droit international. Séparer filles et garçons pour les enseigner dans certaines matières ou dans toutes n’a rien de discriminatoire, puisque cela profite aux garçons comme aux filles.

Quelle est la situation au Royaume-Uni par exemple ?

Le Royaume-Uni compte 1902 écoles différenciées [unisexes], dont 416 écoles gouvernementales et 676 écoles indépendantes résultats au diplôme britannique de référence, le General Certificate of Secondary Schools, constituent l’un des arguments en faveur du maintien de cette option éducative, car, sur les 100 meilleures écoles de cette année, 81 sont des écoles différenciées, qu’elles soient étatiques ou indépendantes. C’est principalement pour réduire les écarts de résultats entre filles et garçons que l’Office for Standards in Education recommande la séparation selon le sexe dans les écoles.

Source : Les Chroniques de la Fondation, n° 3, juillet 2010.




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Étude — La mixité scolaire engendre aussi des inégalités entre les filles et les garçons

La mixité à l'école peut paradoxalement engendrer des inégalités entre garçons et filles, souligne une étude de l'Observatoire français des conjonctures économiques (OFCE) dif­fusée jeudi.

Les professeurs ont en effet tendance à faire inconsciemment des différences entre les sexes, même si officiellement, aucune distinction de genre n'est faite entre les élèves, selon cette étude intitulée « Ce que la mixité fait aux élèves », diffusée dans la revue de juillet de l'OFCE.

Ainsi, les enseignants consacrent un peu moins de temps aux filles — environ 44 % de leur temps, contre 56 % aux garçons, une différence considérable si l'on tient compte du temps qu'un élève passe en classe, souligne cette étude réalisée par Marie Duru-Bellat, sociologue, professeur à Sciences-Po, spécialiste des questions d'éducation.

« Les garçons reçoivent un enseignement plus personnalisé alors que les filles sont davantage perçues et traitées comme un groupe », souligne l'auteur.

Les maîtres « semblent soucieux de ne pas se laisser déborder par les garçons, ce qui les rend très attentifs à leur comportement », fait-elle remarquer.

Ils se montrent plus exigeants envers les garçons, comme s'ils ne doutaient pas de leurs capacités, et ils les notent plus sévèrement que les filles.

« La confrontation à l'autre durcit les stéréotypes du masculin et du féminin », résume la sociologue.

En maths, discipline connotée comme masculine, les enseignants en attendent plus des garçons que des filles, ce qui n'est pas sans incidence sur la confiance en soi des élèves : « à partir de l'adolescence, les filles de bon niveau en mathématiques manifestent une confiance dans leurs propres possibilités systématiquement plus faible que les garçons de niveau identique », fait remarquer Marie Duru-Bellat.

Pourtant, ces différences de traitement peuvent avoir des effets positifs : « le fait que les enseignants consacrent moins de temps aux filles peut les pousser à travailler de manière plus autonome, et leur envoyer le mes sage selon lequel elles vont de toutes façons mieux réussir sans aide que leurs camarades garçons », nuance-t-elle.

Et s'il serait « illusoire de penser qu'en la matière l'école peut tout », fait-elle observer, « il reste que pour l'heure, tout retour frontal et proclamé à la non-mixité — allant au-delà d'aménagements, pédagogiques partiels, ponctuels et pragmatiques — aurait une connotation symbolique désastreuse ».

Source : AFP




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lundi 9 août 2010

La Fondation pour l’école en faveur d’écoles indépendantes

Anne Coffinier a collectionné les diplômes pour ensuite intégrer le réseau très fermé des diplomates français. Mère de trois enfants, elle s’engage parallèlement dans le monde si complexe de l’éducation. Son constat est sans appel : la France, explique-t-elle, est en retard par rapport à ses voisins du monde occidental. Alors que beaucoup de pays laisse une grande autonomie et une liberté d’enseignement, le système éducatif français reste engoncé dans des schémas idéologiques dont les conséquences peuvent être négatives tant pour l’élève que pour le professeur.

[Note du carnet : la liberté éducative est encore moindre au Québec où toutes les écoles doivent suivre le programme éducatif complet imposé par le ministère et ne peuvent qu'y ajouter, doivent utiliser des bulletins approuvés,  utiliser une approche pédagogique particulière (par compétences) sauf rares exceptions qui sont encouragées par le MELS à changer de méthodes, embaucher des détenteurs de diplômes reconnus au Québec et cela signifie le plus souvent des diplômes en sciences de l'Éducation et non d'abord des détenteurs d'un diplôme dans le domaine d'étude (latin, maths, langues étrangères) , ce qui n'est pas le cas dans le privé en France par exemple, ni en Grande-Bretagne dans les écoles indépendantes.]

Partant de ce constat Anne Coffinier crée des structures à la fois d’aide à l’enseignement mais aussi d’enseignement tout court : « Choisir d’encourager les écoles indépendantes, c’est investir en réalité dans l’éducation durable explique-t-elle, parce que ces écoles indépendantes aident les enfants à construire leur intelligence et leur personnalité pour toute leur vie. Elles veillent surtout à rester à taille humaine pour que la personne soit toujours au centre de la vie de l’établissement. Ces écoles sont résolument tournées vers la transmission et l’assimilation des savoirs afin que les enfants soient riches des trésors de la connaissance, et que toutes les générations se comprennent et s’enrichissent mutuellement. »

Écouter l'émission avec Anne Coffinier (22 minutes) :




Un concours pour les élèves

Dans cette œuvre globale, la langue française a naturellement toute son importance. C’est pourquoi la Fondation pour l’école a créé le premier Concours national de langue et de culture françaises pour les élèves de CM2 (5e année) et de 4e (8e année d'étude), destiné à encourager et récompenser les jeunes amoureux de la langue française et habités par le bonheur d’écrire. Ce concours est ouvert à toutes les écoles publiques, privées sous contrat ou hors contrat. Il est aussi destiné à tous les élèves qui suivent des cours par correspondance.


L’invitée

Anne Coffinier

Anne Coffinier est normalienne et énarque. Diplomate de formation, elle consacre par ailleurs une grande partie de son temps à développer les structures afin de promouvoir un enseignement libre. Après avoir fondé l’association Créer son école dans le but d’aider ceux qui souhaitent mettre sur pied un établissement d’enseignement libre, elle crée la Fondation pour l’école afin d’aider les établissements scolaires qui ne reçoivent aucune aide publique. Cette Fondation est reconnue d’utilité publique par un décret du Premier ministre en date du 18 mars 2008.

Dans le même souci éducatif, elle ouvre l’Institut libre de formation des maîtres qui « n’entend ni former à une pédagogie spécifique (Montessori, etc.) ni donner des recettes méthodologiques clé en main aux instituteurs, parce qu’enseigner est un art et non une science. (...) L’ILFM se situe volontairement en amont, en formant les instituteurs à délivrer un enseignement explicite, structuré, progressif, soucieux d’éveiller l’intelligence et la personnalité des élèves. C’est à chaque instituteur de choisir sa propre pédagogie, ses propres méthodes et sa propre progression. Ces choix relèvent de la liberté et de la responsabilité du maître d’école qui est un artisan, jamais l’agent d’exécution d’une pédagogie qui serait décidée en haut lieu. »




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Lobby homosexualiste chez la ministre de l'Éducation

Chantal Longpré s'est rendue au ministère de l'Éducation avec Jasmin Roy, en juin dernier, afin de présenter un « plan d'action » pour lutter contre l'homophobie à l'école. Rappelons que « La Politique québécoise de lutte contre l'homophobie », cédant aux cris de lobbies, considèrent que le fait de croire que l'hétérosexualité est préférable (pour la société par exemple car elle garantit la procréation) à l'homosexualité est de l'homophobie, de l'hétérosexisme plus particulièrement.

Jasmin Roy est un acteur originaire de Warwick, auteur du livre Osti de fif !, dans lequel il dénonce l'homophobie dont il a été lui-même victime à l'école à cause de son homosexualité. Pour Jasmin Roy, « Ça prendrait un vaccin pour enrayer cette cruauté[envers les homosexuels], comme pour la grippe A H1N1 ». Le comédien est aussi porte-parole de la « Fierté gaie ».

« [La présence des directeurs d'école au défilé homosexuel de la « Fierté gaie »], c'est juste un message qu'on lance, dit Jasmin Roy. On a présenté au ministère un plan assez exhaustif à la suite de la sortie de mon livre. »


Mme Longpré et M. Roy ne veulent pas révéler la teneur de ce document tant que le ministère de l'Éducation ne leur aura pas dit ce qu'il en fera. Mais, chose certaine, ils souhaitent que ça bouge.

Toujours demander plus 

« Il y a beaucoup d'études qui ont été faites depuis la fin des années 1990, mais il n'y a jamais rien qui s'est passé. Il est temps que ça change sur le terrain », dit Jasmin Roy. À son avis, « ça ne prend pas des millions pour régler la situation » sans préciser les actions qu'il préconise.

« Ça ne prend pas tant d'investissements que ça, renchérit Chantal Longpré, mais il faut donner à l'école les moyens d'agir. »

Soutien de la ministre

Jasmin Roy a invité la ministre de l'Éducation, Michelle Courchesne, à participer au défilé, mais elle n'y sera pas, a indiqué hier soir son attachée de presse, Isabelle Mercille. « La ministre aurait aimé être de l'événement, mais elle ne pourra pas y participer. Elle appuie la parade et elle soutient la Fédération des directeurs d'établissement et Jasmin Roy dans leurs démarches », dit-elle.

Pourrait-on savoir de la ministre ce que contient ce fameux plan, proposé par ces gens dont elle approuve les démarches et qu'elle reçoit si facilement ?




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Supplément ECR — après les dénonciations de l'existence du divin, une défense structurée

Comme on le sait, l'athéisme est au programme d'éthique et de culture religieuse (ECR) des deux dernières années du secondaire :
L’existence du divin

– Des critiques et des dénonciations : l’athéisme, l’idée de l’aliénation religieuse chez Marx, Freud et Sartre, l’idée de la mort de Dieu chez Nietzsche, etc.

En outre, on l'aborde bien dans le matériel didactique utilisé.

Comme nous n'avons vu aucune défense structurée de l'existence du divin dans le matériel didactique ECR que nous avons parcouru, nous proposons ci-dessous, d'un apologète américain  William Craig, la traduction d'un bref article intitulé « Cinq raisons qui font que Dieu existe et trois raisons pour lesquelles cela change quelque chose ». Il s'agit d'un bref article qui, bien sûr, peut paraître dogmatique et nécessiterait une plus ample discussion pour aborder les objections les plus fréquentes que l'on peut faire aux arguments de William Craig, mais la chose est inévitable vu la brièveté de l'article. À titre d'exemple, nous fournissons toutefois un exemple de réponse de William Craig à une critique de ses arguments.

Le cannabis, pas si cool !

On le qualifie souvent de drogue douce, comme s’il s’agissait d’une drogue qui ne fait pas mal. Pourtant, les experts sont formels : les effets néfastes du cannabis sont nombreux ; et certains sont irréversibles.

Le professeur Roger Nordmann, membre de l’Académie nationale de médecin, revient sur la nature du cannabis dans cette émission. Il a rédigé le rapport « Désamorcer le cannabis dès l’école ».

Écoutez l'émission de Canal Académie avec Roger Nordmann (57 minutes) :



À force de débattre sur sa légalisation, on en oublierait presque que le cannabis est une drogue. Souvent présenté comme une drogue douce, le cannabis fait désormais l’objet d’une consommation très banalisée. À 18 ans, un jeune Français sur 2 a déjà goûté un joint et un garçon sur 6 est un consommateur régulier.

Alors que l’appréhension de la cigarette se modifie progressivement au détriment du tabac, le cannabis conserve son statut d’« icône cool » auprès de nombreux jeunes. Ils s’estiment bien informés sur l’alcool et le tabac, mais beaucoup considèrent qu’ils manquent d’éléments sur le cannabis.

Le cannabis, mode d’emploi

Le professeur Roger Nordmann, président de la Commission Addiction de l’Académie Nationale de Médecine explique en termes simples ce qu’est la cannabis, comment il agit sur le cerveau et comment il y reste stocké, masquant ainsi les manifestations d’une dépendance physique.

Alors que les joints fumés dans les années 70 présentaient des teneurs en principes actifs faibles, les produits actuellement sur le marché sont très forts. D’où des effets néfastes accrus pour les consommateurs réguliers.

Idées reçues : vrai ou faux ?

Au cours de cette émission, le professeur Nordmann revient sur un certain nombre des idées préconçues qui entourent le cannabis : le cannabis est une drogue douce ; le cannabis n’a jamais tué personne, le cannabis est l’apanage des jeunes de banlieues, mieux vaut le cannabis que le tabac ou l’alcool ; la consommation chute spontanément avec l’âge, alors pourquoi s’en préoccuper ?




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mercredi 4 août 2010

Avortement : les Québécois vraiment plus « progressistes » que les autres Canadiens ?

Selon un nouveau sondage Angus-Reid, près de deux Québécois sur cinq (38 %) veulent rouvrir le débat sur l'avortement.

C'est la plus forte proportion au Canada. L'Alberta arrive deuxième avec 33 % de citoyens désireux de rouvrir le débat.

Un peu moins de la moitié des Québécois (49 %) demeurent opposés à la réouverture du débat, mais il s'agit de la plus faible opposition au pays, à égalité avec l'Alberta.

Dans l'ensemble, 55 % des Canadiens estiment qu'il « n'y a pas de raison de rouvrir le débat [...] pour le moment ». Ils sont 30 % à penser le contraire, et 15 % sont incertains.

Le sondage a été mené du 7 au 8 juillet auprès d'un échantillon représentatif de 1022 Canadiens. La marge d'erreur est de plus ou moins trois points de pourcentage 19 fois sur 20. La marge d'erreur augmente pour les comparaisons entre les provinces puisque l'échantillon correspondant est plus petit. Pour les données du Québec, la marge d'erreur est ainsi de 5,9 %, et de 9,6 % pour l'Alberta.

Une quasi-majorité pour ne pas rouvrir le débat, mais sans connaître la Loi

Le sondage Angus-Reid démontre aussi que les Canadiens méconnaissent les questions législatives liées à l'avortement. Alors que, depuis l'arrêt Morgentaler, en 1988, la Cour suprême du Canada a invalidé toutes les restrictions à l'avortement, 41 % des Canadiens pensent à tort que l'avortement n'est permis que durant les trois premiers mois de la grossesse. Seuls 22 % des Canadiens savent qu'actuellement il n'existe aucune restriction légale à l'avortement.

« Seul un très petit nombre de Canadiens sondés ont pu identifier correctement la situation actuelle au Canada » a déclaré le sondeur Jaideep Mukerji qui a participé au sondage Angus-Reid. « Cela pourrait être problématique » a-t-il déclaré au National Post.

« Une fois que vous leur expliquez la situation juridique actuelle, seuls 27 % des Canadiens se disent en faveur du statu quo [l'absence de loi]. Il existe alors une majorité de Canadiens qui aimerait modifier la situation actuelle » de déclarer M. Mukerji.

Pas de consensus sur le financement de l'avortement

Si 49 % des Québécois estiment que le système public devrait payer pour tous les avortements, 38 % pensent qu'il ne devrait être remboursé que dans les cas « d'urgence médicale » et 9 % que le trésor public ne devrait pas être sollicité pour payer les avortements.

Source : agences et National Post.




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Le bon combat

Chronique de Joseph Facal, de retour au Québec après son année sabatique en Espagne :

Dans une récente chronique, Richard Martineau déplorait sa difficulté à intéresser ses enfants aux grandes œuvres classiques, noyées dans le fast-food culturel qui nous submerge. Je livre le même combat.

Il ne faut évidemment pas compter sur l’aide de l’actuel Ministère de l’Éducation. Une dame œuvrant dans le monde de l’édition me rapportait qu’au niveau collégial, des œuvres classiques pourtant très accessibles, comme celles de Jacques Godbout ou d’Albert Camus, sont partout remplacées par du Guillaume Vigneault ou du Marie-Sissi Labrèche.

En tout respect, on peut se demander si ces derniers seront lus dans cinquante ans. Mais l’idéologie dominante dans le monde québécois de l’éducation ne se pose plus cette question. L’important est de mettre le jeune en contact avec des œuvres qui parleront de sa réalité à lui. Sinon, pense-t-on, le livre lui tombera des mains au bout de deux pages.

Toutes les époques ont évidemment produit du fast-food culturel. Qui se souviendrait aujourd’hui du médiocre Antonio Salieri (1750-1825), grande figure musicale de son époque, si le magnifique film de Milos Forman, Amadeus, ne l’avait tiré de l’oubli ? Le passage du temps est le plus impitoyable des juges, mais il faut justement lui laisser du temps pour faire le tri.

Avec mes enfants, j’ai choisi la ruse. Un chef-d’œuvre peut aussi être accessible. Un film d’Hitchcock, par exemple, passe mieux que le Rashomon de Kurosawa. Dans cette brèche, on glisse ensuite du Sergio Leone ou du Spielberg, puis on augmente progressivement le niveau.

Quand notre époque produit quelque chose de bon, je fais du judo. Tous les enfants ont vu les trois volets du Seigneur des Anneaux de Peter Jackson. Avec les miens, je me tape ensuite les minables Twilight. Puis, je leur montre, en parallèle, qu’au-delà de leurs goûts personnels, il y a, dans la trilogie de Jackson, une profondeur, une subtilité, une originalité, une maîtrise qui déclassent totalement les ados vampires. La démonstration devient plus aisée si les enfants sont a priori réceptifs à ce que vous proposez comme modèle.

Pour la littérature, j’ai un autre subterfuge. La version originale de Moby Dick fait plus de 800 pages et contient de longs développements sur l’industrie de la pêche. Vingt mille lieues sous les mers, de Jules Verne, a environ 500 pages et fourmille de considérations sur la flore sous-marine. Les auteurs du XIXe siècle publiaient souvent leurs romans sous forme de feuilletons dans les journaux. Comme ils étaient payés à la ligne, ils rallongeaient la sauce.

Il existe cependant des versions abrégées de bonne qualité. On garde l’intrigue, on ne touche pas au style, mais on enlève tout ce qui est du remplissage. Dans quelques années, il y a des chances que le jeune veuille se frotter à la version longue originale.

J’ai aussi un certain succès avec Conan Doyle (Sherlock Holmes), Edgar Allan Poe, Robert L. Stevenson, Jack London, etc. Évidemment, ce n’est pas Flaubert, mais mon but premier est de tuer l’idée que si c’est vieux, c’est forcément ennuyeux. Appelons-ça de l’étapisme culturel.

La question qui tue est : pourquoi notre système d’éducation a-t-il renoncé, sauf d’heureuses exceptions, à transmettre la culture classique ?

Ce renoncement a plusieurs causes liées entre elles. L’école québécoise baigne dans cette idée perverse selon laquelle des exigences trop élevées pourraient conduire l’enfant à l’échec. Or, un roman de Balzac ou de Steinbeck, un film de Fellini ou de Kubrick, demandent des efforts considérables. Tant pis si ce jeune découvre ensuite que la vie adulte lui réserve des échecs pour lesquels il n’a pas été préparé.

Fondamentalement, notre système ne veut pas former et élever l’esprit du jeune, mais le mouler professionnellement pour répondre aux exigences de la société. On se dit que ne rien connaître de ces œuvres ne l’empêchera pas de gagner sa vie. Ce n’est pas faux, mais cela donnera forcément une société dont le niveau culturel moyen sera très bas.

Notre système véhicule aussi, je l’ai dit, l’idée qu’il faut partir de la culture vécue par le jeune. Ce n’est pas entièrement mauvais si on la dépasse rapidement. L’accès à la connaissance authentique exige une rupture avec notre monde quotidien pour entrer dans autre univers, comme un explorateur débarquant dans une contrée inconnue. Il ne faut pas conforter le jeune dans sa certitude que rien n’est meilleur que Simple Plan.

C’est un peu comme ces gens qui vont en vacances dans le Sud. Soir après soir, ils ne prennent que les pâtes dans le buffet. Ils ne goûteront pas aux mets locaux parce qu’ils n’ont pas été habitués à penser qu’il peut y avoir autre chose que leurs petites habitudes. Personne n’a rompu leurs certitudes culinaires.

Nos facultés des sciences de l’éducation forment aussi depuis longtemps des cohortes entières de professeurs qui, eux-mêmes, ne connaissent rien de Molière, de Hubert Aquin ou de Charlie Chaplin, à moins de les avoir découverts par eux-mêmes ou à cause de leurs parents. Comment pourraient-ils ensuite transmettre ce qu’ils ne possèdent pas ? Il y a évidemment des exceptions.

Une autre cause de cette démission est que le relativisme est devenu l’idéologie dominante de notre époque. Au plan culturel, le relativisme, c’est de laisser chaque personne être l’unique juge de ce qui est bon ou mauvais en fonction de ce qu’elle aime ou n’aime pas. Si j’aime, c’est bon, si je n’aime pas, c’est mauvais. Les jeunes ne croient pas qu’il y ait des critères objectifs, indépendants de leurs goûts personnels, permettant de soutenir que Marie-Sissi Labrèche ne vaut pas Stendhal ou que Marie-Mai ne vaut pas les Beatles.

Quand vous discutez avec des jeunes et que vous les coincez en leur démontrant que leur opinion ne tient pas la route, au lieu de reconnaître leurs torts et de changer d’opinion, ils se réfugieront derrière : « chacun a droit à son opinion ». Ils confondent le droit à une opinion avec l’idée que toutes les opinions ont la même valeur.

Pourquoi, me demanderez-vous, la connaissance de cette culture classique est-elle importante ? Parce que nos jeunes se posent les mêmes questions qu’on se pose depuis 2 500 ans. En sachant comment les plus grands esprits y ont répondu, ils s’éviteront de radoter en s’imaginant faussement qu’ils inventent.




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Peut-on sauver l'école ?



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La culture en danger
Peut-on sauver l'école ?
Alain Finkielkraut, philosophe, professeur à l'École polytechnique
Paris, mars 2007.



L'« aïdos » (αἰδώς) dont parle Alain Finkielkraut est la notion grecque du respect de l'opinion du maître, de la pudeur, de la réserve, de la honte et de la modestie. C'est la base de la transmission des connaissances à l'école pour les Anciens. À mettre en parallèle avec la chronique de ce jour de Mathieu Bock-Côté sur la pédagogie de l'estime de soi si contemporaine.




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La pédagogie de l’estime de soi

Chronique de ce jour de Mathieu Bock-Côté :

Joseph Facal le rappelait récemment dans le Journal de Montréal, l’école québécoise a renoncé à transmettre les œuvres culturelles. Il avait absolument raison. D’autant plus que le problème de l’école en est moins un d’argent que de philosophie. C’est la mission de l’école qui a changé depuis quelques décennies. Pour le pire.

Il faut revenir aux années 1970 pour comprendre les origines de ce désastre. À ce moment, on assiste à la diffusion d’une idéologie invitant les Occidentaux à avoir honte d’eux-mêmes et de leur héritage culturel. Conséquence de cela, ils ne devraient surtout pas le transmettre, les grandes œuvres étant réduites à l’expression hideuse d’une société aliénée. On souhaitait éviter que la culture occidentale ne contamine une jeunesse à la pureté virginale, appelée à recommencer la société à zéro.

La tristement célèbre réforme scolaire qui domine aujourd’hui l’école québécoise est l’héritière de cette idéologie. Pour la réforme, les connaissances sont accessoires, superflues. Elles relèveraient du bourrage de crâne. L’enfant ne doit rien connaître : il doit plutôt développer des « compétences ». Surtout, il doit partir de son environnement immédiat pour apprendre plutôt que se confronter à des œuvres exigeantes. Adieu Balzac, bonjour Twilight! On en voit les conséquences quand de jeunes esprits nous annoncent qu’ils ne lisent rien pour mieux penser par eux-mêmes! Désormais, l’enfant devrait être évalué selon son propre cheminement. Il n’y a plus de normes valables pour tous. Même le petit cancre se fera dire qu’il est un génie! Louée soit sa créativité! C’est la pédagogie de l’estime de soi.

Il faudra un jour reconnaître tout le mal que les technocrates du ministère de l’Éducation ont fait au Québec. En transformant l’école en laboratoire où tester l’utopie d’une société ne devant rien au passé, ils ont démaillé les liens invisibles mais si précieux qui unissent les générations. Nous en payerons encore longtemps le prix.

L’école n’a pas à flatter l’égo des enfants mais à développer chez eux le désir de se cultiver. Elle doit même les amener à vénérer les grandes œuvres qui sont le sel de notre civilisation et qui témoignent de la permanence de la condition humaine. Rien de tout cela n’est possible sans efforts. Il faudra le rappeler au ministère en pariant sur une école qui donne à chacun, et surtout aux plus modestes, l’occasion d’accéder à un héritage culturel qu’il ne faut plus sacrifier mais enfin partager.

Comparer cette estime de soi autarcique surévaluée dans la pédagogie actuelle et l'« aïdos » (αἰδώς) dont parle Alain Finkielkraut  dans cette conférence. L'aïdos est la notion grecque du respect de l'opinion des autres, de l'humilité, de la honte et de la modestie, base de l'apprentissage.




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