jeudi 27 février 2025

Québec impose un plafond d'étudiants étrangers aux établissements d'enseignement supérieur

Le Québec s’apprête à restreindre l’accès des étudiants étrangers à son réseau d’enseignement supérieur.
 

Étudiants du collège privé LaSalle

Après s’être octroyé le pouvoir de limiter leur nombre, le gouvernement Legault met en œuvre sa décision : les demandes de certificats d’acceptation du Québec (CAQ), indispensables à l’obtention d’un permis d’études, seront réduites de 20 %. Attribués au nombre de 156 647 en 2024, ces certificats ne seront plus que 124 760 en 2025, chaque établissement se voyant imposer un quota.

Établissements privés servant souvent de passerelle à l’immigration permanente visés

Cette réduction frappe d’abord les établissements privés, en particulier les formations menant à une attestation d’études collégiales (AEC). La ministre de l’Enseignement supérieur, Pascale Déry, déplore que ces formations de courte durée — en administration, courtage immobilier ou design, entre autres — servent trop souvent de passerelle vers la résidence permanente. Certains collèges, tels que LaSalle, Ellis, Universel et l’Institut Teccart, figurent parmi ceux qui accueillent le plus d’étudiants étrangers et sont directement visés.


Des protections ciblées pour certains programmes

Le gouvernement fait toutefois exception pour les formations dans les secteurs de la santé, des services sociaux et de l’éducation, ainsi que pour certains programmes spécialisés en région, notamment en aviation. En revanche, le nombre d’étudiants étrangers dans les formations techniques et préuniversitaires sera figé au niveau de 2024, une mesure provisoire d’un an, en attendant une refonte plus large de la politique d’immigration temporaire.

Le gouvernement Legault veut prendre en considération sa planification pluriannuelle de l’immigration — qui inclura pour la première fois l’immigration temporaire — pour définir les seuils pour les trois prochaines années dans le milieu de l’enseignement.

« La première étape, c’est de freiner cette croissance qu’on a eue au cours des dernières années, pour toute la pression que ça crée sur les services publics, sur le logement [des étudiants] dans mon cas », illustre la ministre. Le nombre d’étudiants étrangers ayant un permis d’études valide a explosé au Québec de 2014 à 2023, passant de 50 000 à 120 000, une hausse de 140 %, selon le gouvernement.

Les universités également concernées

À l’instar des cégeps, les universités ne subiront pas de réduction stricte, mais verront leur nombre d’admissions stabilisé au niveau de 2024, année où une baisse avait déjà été constatée sous l’effet des restrictions fédérales. La ministre se défend de toute atteinte à l’autonomie des établissements, affirmant qu’ils conserveront la gestion de leurs quotas.

Alors que les cégeps et universités s’étaient opposés à ces réformes, le gouvernement maintient le cap. Il invite désormais les établissements à participer aux consultations sur l’immigration prévues ce printemps, tout en soulignant la nécessité de mieux sélectionner les étudiants pour assurer leur venue effective au Québec.

mercredi 26 février 2025

Lexique de la Macronie et de l'extrême centre

Samuel Fitoussi dans Le Figaro s’est procuré un document ultra-secret : le dictionnaire que reçoivent tous les politiciens du bloc central pour les aider à communiquer dans les médias. Le voici en exclusivité.

Réduire la dépense publique. Annuler une baisse d’impôt.
Justice sociale. Augmenter les impôts.
Transition écologique. Augmenter beaucoup les impôts.
Rassurer nos créanciers. Augmenter beaucoup beaucoup les impôts.
Valeurs républicaines. Les invoquer régulièrement. Ne surtout pas les définir.
Laïcité. Taper du poing sur la table en rappelant qu’il s’agit d’un principe important.
Immigration. Comme LFI, accepter les flux. Contrairement à LFI, déplorer leurs conséquences (voir « Valeurs républicaines » et « Laïcité ».)
Lien entre immigration et insécurité. Les semaines paires, faire le lien ; les semaines impaires, se scandaliser que l’on puisse faire le lien.
Obliger le contribuable à financer contre son gré. Préférer le terme « subventionner ».
Dictature de la majorité. Écueil dans lequel peut tomber la démocratie (rappeler qu’il a été magistralement décrit par Tocqueville). Lui préférer la dictature de la minorité (de l’Arcom, du Conseil d’État et du Conseil constitutionnel).
État de droit. Sacré. Critiquer les décisions des juges, c’est remettre en cause l’état de droit. Déplorer qu’on ne puisse pas expulser un influenceur Algérien multicondamné et coutumier des propos de haine de la France, c’est remettre en cause l’état de droit. Ne pas apprécier Richard Ferrand, c’est remettre en cause l’état de droit.
Indépendance de la justice. Principe FONDAMENTAL. S’en assurer en y nommant ses amis.
Communautarisme, antagonisme, ressentiment ethnique, violence, islamisation. Préférer « vivre-ensemble ».
Sentiment d’insécurité. Montrer que l’on comprend les Français et que l’on prend la mesure du problème. Passer à autre chose.
Sentiment de submersion migratoire. Idem.
Référendum. Évoquer régulièrement la possibilité d’en tenir. Passer à autre chose. (Attention : ne surtout pas proposer d’en tenir sur des sujets où les sondages montrent que les Français voteraient mal.)
Liberté d’expression. Elle est sacrée. Simplement, elle n’inclut pas le droit de heurter la sensibilité des membres de l’Arcom.
Protéger les Français. De Cyril Hanouna.
Fake news. La raison pour laquelle le bloc central perd parfois des élections.
Attractivité de la France. Augmenter les impôts des entreprises mais organiser en même temps un grand séminaire à l’Élysée sur l’attractivité du pays. En faire la promotion sur Linkedin.
Réindustrialisation. Prononcer le mot régulièrement. Si l’on veut montrer sa maîtrise des dossiers, on parlera de « souveraineté industrielle ».
Notre projet. Combattre les extrêmes. Au nom de quelle vision pour le pays ? Celle consistant à combattre les extrêmes.
Toutes. Et tous.
Déficit public. Endettement permettant d’investir dans des projets d’avenir (revalorisation des pensions de retraite).
Prospérité. Attention. N’en déplaise aux ultralibéraux, la mission première des chefs d’entreprise n’est pas de créer des richesses mais d’atteindre des objectifs ESG et de remplir divers formulaires (CRSD, index d’égalité professionnelle, DPEF…). Pour un capitalisme éthique, écoféministe et responsable.
Intelligence artificielle. L’IA européenne sera éthique, écoféministe et responsable ou ne sera pas.
Service public. Oui, il penche à gauche et cela constitue une injustice démocratique (tout le monde le sait, et tout le monde sait que tout le monde le sait, mais ne jamais en parler). Mais l’existence de France 2, France 3, France 4, France 5, France TV Slash, Arte, TV5 Monde, LCP, Public Sénat, France 24, Franceinfo, France Inter, France Culture, France Bleu et RFI est un impératif démocratique. Désubventionner (voir « Subventionner ») une seule de ces chaînes serait une grave atteinte à la liberté d’expression des journalistes de gauche.
Europe de la défense. Promettre d’augmenter les dépenses militaires pour garantir notre indépendance vis-à-vis des États-Unis. Procrastiner. L’année suivante, promettre d’augmenter les dépenses militaires pour garantir notre indépendance vis-à-vis des États-Unis. Procrastiner. L’année suivante, prier que Poutine soit sympa.
Combat contre le réchauffement climatique. Trouver des choses à interdire à partir de 2026. Retarder à 2030 s’il s’avère que c’est inapplicable et contre-productif. Croiser les doigts pour n’être plus au pouvoir en 2030.
Violences faites aux femmes. Les déplorer. Ne pas construire de prisons, car le tout-répressif ne marche pas. À la place, combattre les stéréotypes de genre dans les cours de récréation.

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Novlangue : « atteinte à la laïcité » 

Langue française : quels sont ces « mots haïssables » ?

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Novlangue et copier-coller des médias : « ambitieux » et « plafonner »

Les élites républicaines françaises n’ont jamais été libérales ni d’esprit démocratique

Censure — Les autorités françaises ferment la très populaire chaîne de télé C8

mardi 25 février 2025

« La principale cause de l’effondrement de l’Occident, c’est l’exclusion des gens ordinaires »

De livre en livre, le géographe Christophe Guilluy ne cesse de décrire la fracture entre les élites et le peuple. Métropolia et Périphéria (Flammarion), son nouvel opus, ne déroge pas à la règle mais est sans doute son essai le plus personnel. Guilluy y mêle fable orwellienne, satire et souvenirs autobiographiques pour mieux toucher du doigt la contestation existentielle initiée par les gens ordinaires.

LE FIGARO. — Votre nouveau livre prend la forme d’une fable orwellienne. Vous y racontez la révolte et la victoire de Périphéria sur Métropolia. Cette victoire représente-t-elle le basculement culturel qui traverse l’occident ?

CHRISTOPHE GUILLUY. — Oui, vous avez bien reconnu, c’est même je crois la description la plus réaliste possible du renversement culturel et politique de l’Occident qui est en cours. Une force tellurique, qui se nourrit depuis des décennies de la dépossession des classes moyennes et populaires par un modèle qui ne fait plus société – celui de Métropolia –, est en train de nous faire passer d’un monde à l’autre. Le centre de gravité culturel des sociétés occidentales est en passe de basculer du côté de la majorité ordinaire, du côté de Périphéria. Ce processus n’est d’ailleurs qu’un aboutissement puisque depuis vingt ans toutes les contestations sociales ou politiques sans exception ont émergé dans les périphéries et nulle part ailleurs.

— La victoire de Trump aux États-unis est-elle une conséquence de ce basculement ?

— La majorité ordinaire américaine, celle des classes populaires et moyennes, vit à Périphéria. C’est elle qui a porté Trump à la Maison-blanche. Mais il est important de rappeler que, contrairement à ce qu’on imagine, Donald Trump n’a pas créé ce mouvement : il s’y est au contraire adapté. Notamment sur les conseils de JD Vance, il a intégré (ce qu’il n’avait pas fait en 2020), les nouvelles attentes, et surtout la réalité de ces catégories populaires qui ne ressemblent plus aux catégories populaires du siècle passé. Cette majorité ordinaire est – comme en France - largement désidéologisée (avec la fin du clivage droite/gauche) et autonomisée (c’est une conséquence de l’ostracisation culturelle dont elle est victime). Enfin, elle s’est recomposée démographiquement. En Occident, les classes populaires sont désormais multiethniques et multiconfessionnelles mais peuvent se rassembler sur la défense d’un mode de vie, des valeurs communes et une volonté, celle de vouloir continuer à « faire société » en refusant l’idée d’une société liquide, relative. C’est la compréhension de cette recomposition démographique au sein des milieux populaires qui a permis à Trump de capter près de la moitié du vote des Latinos – et une fraction du vote noir – sans lesquels il n’aurait pu l’emporter.

— À cet égard, qu’est-ce que vous ont inspiré le discours de JD Vance et les réactions qu’il a suscitées ?

— Le plus significatif, ce sont évidemment les réactions outrées et le plus souvent surjouées du petit salon européen. Comment en est-on arrivé là ? Comment peut-on être aussi fragile ? Qu’est-ce qu’une société qui a peur des mots d’un conférencier ? Est-ce encore une société libre, qui tient debout ? Car ce sont bien des mots qui ont provoqué cette panique. Pourtant, JD Vance a-t-il interdit aux Européens de penser contre lui ? Non. De proposer un modèle alternatif, de converser ? Non. Mais, sur le fond, je crois que ce qui a choqué, c’est l’évocation d’un vieux concept démocratique avec lequel les Européens sont désormais très mal à l’aise : celui de l’existence d’une majorité ordinaire, et, pire, d’une majorité qui serait souveraine. En Europe, et spécifiquement en France, lorsqu’on évoque l’existence d’une majorité ordinaire, on vous répond que cela n’existe plus, que le pays ne serait constitué que de segments, de minorités, de morceaux de territoire, bref d’un conglomérat sans valeurs communes, bref, qu’il n’y aurait «plus de société », comme le disait Margaret Thatcher. Le paradoxe est d’entendre un Américain faire une leçon de souverainisme à des Européens qui ne parlent plus désormais que le langage du marketing, celui du panel, du morcellement infini, des gens pour qui la société, le bien commun ont disparu au profit du marché. En fait, la peur panique de la majorité perceptible à chaque fois que Périphéria gronde (référendum de 2005, « gilets jaunes », Brexit, vote populiste…) n’a cessé de se renforcer. Vous remarquerez que, déjà enfermées dans leurs citadelles métropoles, les classes supérieures « progressistes » demandent maintenant l’installation de la ZFE pour en finir définitivement avec la moindre cohabitation avec les classes populaires. Vous verrez, dans quelque temps, Paris, Bordeaux, Lyon, New York ou la Californie demanderont leur indépendance !

— JD Vance est un enfant des classes populaires. Son accession à la vice-présidence des États-unis est-elle un symbole ?

— D’abord, je voudrais rappeler un point : l’origine populaire ne dit rien de la hauteur ou de la bassesse de vue. La plupart des gens d’en bas qui «montent» se fondent parfaitement dans le décor, ce qui fait d’ailleurs perdurer le modèle souvent pour le pire. Ce qui me plaît chez Vance, c’est la clarté de sa pensée. Le monde des clercs parlerait ici de simplisme, évidemment. D’ailleurs, je rappelle dans le livre la définition que les gens ordinaires me donnaient de l’intelligence : «Est intelligent celui qui comprend les choses. » Cette définition permet d’opérer un distinguo assez radical entre nos gouvernants et un Vance, vous ne trouvez pas ? Et puis, j’apprécie beaucoup les gens qui sont capables de penser contre leur propre camp. Or c’est le cas de Vance, qui était démocrate, comme beaucoup de Blancs de la « working class », il avait d’ailleurs soutenu Hillary Clinton et critiqué violemment Trump. Il avait donc reçu immédiatement la bénédiction du « Vatican », du New York Times et de sa succursale Netflix, qui a acheté les droits de son livre. Et puis, catastrophe, Vance opère avec sincérité un revirement radical en admettant qu’il s’était trompé et en soutenant Trump parce qu’il s’engageait notamment à stopper les délocalisations pour réindustrialiser. Depuis, JD Vance est cloué au pilori par ceux qui le plébiscitaient hier, alors que, fondamentalement, il n’a pas changé sur le fond. Démocrate ou républicain, la sincérité de son engagement pour la défense des gens ordinaires est la même.

— Au-delà de Trump ou de Vance, assiste-t-on au renversement de la table par les classes moyennes et populaires ?

— Ce retour des classes populaires dépasse Trump, Vance et même ce qu’on appelle le populisme. Ce retour de la majorité est non seulement un retour à la démocratie, mais aussi celui de la société, de ses valeurs, mais aussi de la civilisation. C’est un aspect qu’on relève peu souvent, mais on oublie que ce sont d’abord les classes populaires, la majorité, qui fait vivre ou non une société. Celles-ci ne sont pas seulement « les premières de corvées », ce sont elles qui font exister, évoluer un mode de vie, mais aussi, in fine, une civilisation. Or l’histoire occidentale de ces cinquante dernières années est celle d’un modèle qui a évincé cette majorité ordinaire qui avait contribué à construire la civilisation occidentale. La principale cause de ce qu’on appelle « l’effondrement ou la fin de l’occident » n’est pas l’émergence du « Sud global », l’islam ou le wokisme, il n’est même pas prioritairement l’effondrement des naissances (qui est un phénomène mondial à l’exception de l’Afrique sahélienne), non, il est d’abord la conséquence du choix des élites occidentales entamé au siècle dernier. Celui d’avoir exclu ceux qui font la sève de la société, ceux qui font vivre et perdurer une culture : les gens ordinaires. Le mouvement tellurique de la majorité ordinaire est celui de catégories qui n’entendent plus rester hors jeu mais souhaitent au contraire faire perdurer une civilisation qu’ils ont contribué à construire.

— Pour en revenir à votre livre, pourquoi avoir choisi cette forme très éloignée de vos précédents essais ? Après avoir maintes fois tenté de décrire la réalité sans être entendu par les « élites », est-ce une forme de pied de nez ?

— Une fable métaphysique pour décrire le grand schisme d’occident, cela s’imposait, non? Cette forme part aussi d’un constat : je pense que le dôme de chiffres et de données dont nous sommes abreuvés ne nous permet plus de voir l’essentiel, c’est-à-dire le développement de deux expériences humaines parfaitement antinomiques et qui nous conduisent vers l’abîme. Quant aux élites et couches supérieures, vous vous trompez, elles ont parfaitement compris et entendu. Mais elles n’entendent pas bouger pour deux raisons. La première est un manque d’intérêt pour le bien commun et un manque de courage. La deuxième, et c’est un point essentiel : les élites et catégories supérieures ne jouent pas leur peau dans le modèle qu’elles ont promu, au contraire, elles en bénéficient un peu ou beaucoup. Dans ce contexte, et à un moment où l’individualisme et l’égotisme imprègnent de plus en plus ce monde d’en haut, il y a peu de chance pour qu’elles reconnaissent un jour qu’elles se sont trompées. Elles n’évolueront que sous la contrainte. Nous vivons un moment qui n’est pas « social » ou « économique » mais un moment existentiel qui n’est évidemment pas réductible à des tableaux statistiques ou à des cartes. La question fondamentale est celle des lisières, du mystère de la civilisation et des valeurs qui portent la société et la culture populaire. Cette transcendance, ce mystère, n’est pas et ne sera jamais un sujet pour le chercheur d’État idéologisé (pléonasme) en sciences sociales.

— C’est aussi un moyen de parler pour la première fois de vous, et surtout des vôtres. Tout votre travail de géographe a-t-il été finalement guidé par votre enfance dans un milieu populaire ?

— Il s’agit moins de parler de moi que de l’expérience que beaucoup de personnes ont vécue, ressentie. Il s’agit de mettre en scène « l’universel » d’une expérience et d’un ressenti qui sont celui de la majorité ordinaire en France comme en Occident. Je revendique complètement cette absence de distance avec un sujet qui n’est pas un « sujet », les gens dont je parle ne sont pas inventés, je les connais, je vis avec eux, je mourrai avec eux. Je sais que ces gens ordinaires n’ont pas besoin qu’on pense à leur place, qu’on les définisse. Je ne ferai jamais ça.

— Vous refusez de vous catégoriser comme « pauvre ». L’image véhiculée par la sociologie ou les médias des classes populaires est-elle trop misérabiliste ? Qu’est-ce que cela révèle ?

— Il n’y a évidemment aucune honte à être pauvre, mais le revendiquer, c’est autre chose, c’est accepter la victimisation, c’est pour nous la marque de la soumission. Pour les classes populaires, cette catégorie, « pauvre », et ce qui y était associé, l’aide sociale notamment, n’a jamais été quelque chose que l’on mettait en avant. C’est la petite bourgeoisie de gauche qui a collé cette étiquette, notamment aux habitants de banlieue - en cherchant à les enfermer dans une victimisation éternelle.

— Vous détestez également l’expression « quartiers populaires ». Pourquoi ?

— Cette expression stupide, « quartiers populaires », a été médiatisée au moment où la gauche lâchait la classe ouvrière et la question sociale, il s’agissait alors d’essentialiser les banlieues pour en faire un objet culturel et politique à la main des partis de gauche. Par essence majoritaire, le « populaire » est ainsi devenu un concept « minoritaire ». La majorité des classes populaires ont alors commencé à être invisibilisées, celles qui vivaient dans la France périphérique, celle des petites villes, des villes moyennes, des zones rurales. C’est ainsi, grâce à la gauche, que le «populaire» est devenu un petit segment marketing, un panel de la société, au plus grand bénéfice du capitalisme. (Rires.)

— Vous expliquez également que, dans votre quartier, il n’y avait aucune « mixité sociale » et que ce n’était pas un problème…

Je rappelle dans le livre que les quartiers populaires n’ont jamais été mixtes socialement et que cela ne posait aucun problème, ni aux gens ni au Parti communiste de l’époque, puisque les catégories populaires étaient intégrées économiquement et culturellement. Cette expression ridicule a été popularisée par la gauche au début des années 1980, au moment où elle allait abandonner la question sociale pour le sociétal en adoptant le modèle globalisé.

— « Sans en avoir conscience, nous faisions vivre une sorte de “socialisme îlien”, en appliquant au quotidien des préceptes chrétiens et communistes fondés sur la valorisation du bien commun et le respect des autres », écrivez-vous. Cela pourrait être la définition même de la décence commune…

— Vous remarquerez que cette idée orwellienne d’un sens moral inné des classes populaires, qui les préserve de l’« égoïsme libéral », rend toujours fous le monde d’en haut et son intelligentsia. Comme si parler de morale, de transcendance, de bien commun, de joie était interdit. Ce constat est d’ailleurs le point de rupture originel entre Métropolia et Périphéria, celui aussi qui mènera Métropolia à sa perte. Il explique en profondeur le mouvement de contestation existentiel initié par la majorité ordinaire. Dépossédés de ce qu’ils ont et de ce qu’ils sont, les gens ordinaires, contre toute attente, ont su préserver un bien unique, dont est parfaitement dépourvu le monde d’en haut : la décence commune. La permanence, au cœur de Périphéria, de ce précieux capital social et culturel, constitue le môle existentiel sur lequel bute le projet eschatologique du monde individualiste et sans limites que nous impose Métropolia. À l’inverse, la société populaire est celle des limites, des contraintes sociales et culturelles, celle du monde « des hommes qui s’empêchent ». Dans une période marquée par «l’extension du domaine du capitalisme», cette morale commune ne peut être tolérée par les tenants d’un ordre économique et sociétal sans limites. Il existe une métaphysique ordinaire, quotidienne, qui protège l’humanité depuis des temps immémoriaux, se manifeste à travers des pratiques, des valeurs et des croyances populaires. C’est cette transcendance du quotidien - dont semblent dépourvues les âmes mortes qui nous gouvernent – qui sauvera la civilisation.


lundi 24 février 2025

Argentine, faible inflation, budget excédentaire et forte augmentation des revenus d'énergie fossile non conventionnelle

Depuis son entrée en fonction en décembre 2023, M. Milei a réduit les dépenses publiques d’environ 30 % en termes réels, en licenciant plus de 30 000 fonctionnaires, en réduisant les subventions à l’énergie et aux transports, en suspendant les projets de travaux publics et en gelant les salaires et les retraites de l’État. L’effet sur l’inflation a été dramatique.

Selon le président argentin Javier Milei : « L’inflation en janvier était de 2,2 %, soit la plus faible depuis 2020. Sans les effets de la pandémie, c’est la plus faible depuis 2018. » L’inflation des biens était de 1,5 % et l’inflation du panier alimentaire de base était de 0,9 %, ce qui signifie que l’Argentine connaît une déflation en dollars.

L’Argentine a également officiellement atteint son premier excédent budgétaire depuis 14 ans.

La gestion économique de M. Milei est une nette amélioration par rapport à celle de son prédécesseur. Sous le précédent gouvernement péroniste de gauche, le gouvernement avait conquis les électeurs en accumulant d’énormes déficits budgétaires. Pour couvrir la facture, la banque centrale avait imprimé de la monnaie, ce qui avait entraîné une inflation vertigineuse et un peso quasiment sans valeur. Les contrôles des prix sur les denrées alimentaires et le logement avaient entraîné des pénuries. M. Milei a mis fin à ces distorsions et le prix des logements a baissé grâce à une offre plus importante. Bien que sa thérapie de choc ait entraîné des souffrances à court terme, les conditions macroéconomiques se stabilisent désormais. Non seulement l’inflation est en baisse, les budgets sont passés de déficits à excédents, mais l’économie a renoué avec la croissance au troisième trimestre 2024. La bourse du pays est en plein essor et les indicateurs de risque pays s’effondrent.


Les « experts » en économie nous prévenaient cependant il y a un peu plus d’un an de la catastrophe que serait Milei. Cris d’effroi que l’on retrouvait tant dans la presse de gauche bien pensante (The Guardian) qui citait Piketty et 100 autres économistes que dans la presse patrimoniale censément de droite (The Economist).



L’Argentine dispose d’un potentiel économique considérable, et il semble que le président soit déterminé à exploiter ces atouts pour stimuler la croissance. C’est ainsi qu’il mise sur la hausse de production des énergies fossiles non conventionnelles.

L’Argentine détient les quatrièmes réserves mondiales de pétrole de schiste et plus de gaz de schiste que n’importe quel autre pays, à l’exception de la Chine. En 2024, l’Argentine a exporté plus d’énergie qu’elle n’en a importé, pour la première fois depuis 14 ans.

Cette année, l’Argentine devrait dépasser la Colombie, qui a produit près de 800 000 barils par jour (b/j) l’automne dernier, en tant que troisième producteur de pétrole brut d’Amérique du Sud. Seuls le Venezuela, qui produit près de 1 million de b/j, et le Brésil, qui produit plus de 3 millions de b/j, pomperont davantage. Javier Milei, le président de l’Argentine, qualifie le gisement de Vaca Muerta dans la province de Neuquén de « panacée » et souhaite que les exportateurs d’énergie du pays prospèrent. S’ils y parviennent, ils pourraient alimenter les efforts qu’il déploie pour mettre fin à des décennies de déclin économique.

Le secteur du schiste argentin a été confronté à des difficultés considérables. Les foreurs se pâment devant la géologie de Vaca Muerta, la comparant aux formations les plus riches des États-Unis. Mais comme l’explique Vinicius Moraes de Wood Mackenzie, une société de conseil en énergie, « l’Argentine est une bête différente ». Le contrôle des prix du pétrole, les taxes à l’exportation et les restrictions sur les capitaux y ont longtemps rendu les affaires difficiles. Ces politiques, ainsi que le vieillissement des puits conventionnels, ont entraîné une baisse de la production de pétrole au cours des années 2000. En 2012, la décision de Cristina Fernández de Kirchner, alors présidente de l’Argentine, de nationaliser YPF — une société énergétique détenue par Repsol, une entreprise espagnole — a ébranlé la confiance des investisseurs.

Néanmoins, suffisamment d’argent a été injecté en Argentine pour favoriser l’essor de l’industrie du schiste. Miguel Galuccio, qui a dirigé YPF de 2012 à 2016, a persuadé des entreprises étrangères, dont Chevron, une major pétrolière, d’investir dans des coentreprises. Cela peut s’expliquer en partie par les caractéristiques des forages de schiste. Comme le souligne Francisco Monaldi, de l’université Rice au Texas, la production de schiste a des coûts initiaux faibles (comparés, par exemple, à la mise en place d’une grande exploitation au large des côtes), mais elle nécessite des investissements soutenus pour forer de nouveaux puits et maintenir la production à un niveau élevé. Nationaliser un projet de schiste n’a guère de sens pour un gouvernement à court d’argent. « C’est comme exproprier une entreprise de construction automobile », explique M. Monaldi. « C’est génial au début, mais le lendemain, il faut trouver un moyen de continuer à fabriquer des voitures. »

C’est pourquoi les investisseurs pourtant soucieux du risque étaient prêts à investir progressivement. Au cours de la dernière décennie, la production de pétrole de schiste est passée d’environ 20 000 b/j à près de 450 000 b/j. La production de gaz est également montée en flèche.

YPF, ainsi que des foreurs locaux comme Vista Energy (que M. Galuccio dirige aujourd’hui), ont stimulé la croissance la plus récente. « Lorsque nous avons dit que Vaca Muerta pourrait doubler sa production en cinq ans, les gens pensaient que nous étions fous », déclare Daniel Dreizzen, ancien secrétaire à la planification énergétique. La plupart des analystes estiment aujourd’hui que Vaca Muerta peut produire plus de 1 million de barils par jour d’ici à 2030.

Le brusque hausse a transformé Neuquén. Depuis 1918, Vaca Muerta a fait l’objet de quelques forages conventionnels. Mais au milieu des années 2000, la production était en baisse. Le schiste a donné une seconde chance aux anciens pétroliers de Neuquén et continue d’attirer de nouveaux travailleurs dans la ville chaque semaine. Gustavo Medele, ministre de l’Énergie de la province de Neuquén, affirme qu’un chauffeur de camion peut y gagner l’équivalent de 3 000 dollars par mois (soit environ le double du salaire mensuel moyen national).

La province de Neuquén
en rouge

Cet essor pourrait transformer l’économie argentine. Selon les estimations, l’exploitation du schiste pourrait contribuer à créer entre un quart et un demi-million d’emplois d’ici le début des années 2030. L’augmentation de l’excédent commercial du pays permettrait de reconstituer ses maigres réserves de devises étrangères, ce qui l’aiderait à rembourser ses dettes. Aleph Energy, une société de conseil, estime que les exportations d’hydrocarbures pourraient rapporter plus de 30 milliards de dollars à l’Argentine chaque année à partir de 2030. Cela contribuerait grandement à accroître l’excédent commercial total de l’Argentine. Les exportations d’énergie ont contribué à le porter à 19 milliards de dollars en 2024, le chiffre le plus élevé depuis des années.

Les réformes de M. Milei ont déjà facilité les affaires. Depuis l’année dernière, les entreprises ne sont plus obligées de réserver un certain niveau d’approvisionnement aux raffineurs locaux avant de pouvoir exporter. Le gouvernement a également cessé d’intervenir sur le marché pétrolier, laissant le prix du pétrole vendu localement se rapprocher de celui du Brent, la référence mondiale. La filière du schiste souhaite ardemment la fin du contrôle des capitaux en Argentine, ce qui faciliterait l’importation d’équipements et attirerait davantage d’investissements étrangers. Mais la suppression de ces contrôles est une tâche plus lente.

Les liquidités étrangères aideront les exportateurs argentins à s’attaquer à leur problème le plus urgent : le manque d’infrastructures. L’excédent énergétique de l’année dernière a été obtenu en livrant du gaz au Chili, en faisant fonctionner les oléoducs à plein régime et en envoyant les derniers barils de Vaca Muerta par camion. Un oléoduc supplémentaire, dont l’ouverture est prévue prochainement, permettra d’augmenter la capacité d’exportation vers Puerto Rosales, une ville située sur la côte. Les exportateurs augmentent également leurs livraisons de gaz au Brésil, en utilisant d’anciens gazoducs passant par la Bolivie. Mais les marchés des pays voisins restent modestes par rapport à ceux de l’Asie et de l’Europe.

C’est pourquoi l’Argentine se tourne vers des horizons plus lointains afin d’accroître ses exportations de manière significative. Plusieurs projets sont en cours, soutenus par des allègements fiscaux et d’autres mesures incitatives que M. Milei a prévues pour les grands investissements d’infrastructure. YPF, avec d’autres entreprises, construit un oléoduc pour transporter 550 000 b/j jusqu’à Punta Colorada, où un port en eau profonde accueillera de plus gros pétroliers.

L’entreprise souhaite également expédier du gaz naturel liquéfié (GNL) vers l’Asie, où la demande devrait continuer à croître au moins jusqu’aux années 2040. Le coût des infrastructures nécessaires est immense, puisqu’il s’élève à quelque 50 milliards de dollars. Mais YPF, qui a signé un accord de développement avec Shell, une major britannico-néerlandaise, est déterminée. Horacio Marín, son patron, a fait le tour de l’Asie à la recherche de commandes ; le 21 janvier, trois sociétés indiennes se sont déclarées intéressées par des livraisons.

Deux éléments pourraient faire dérailler les progrès de l’Argentine, prévient M. Dreizzen. Premièrement, la prochaine vague de production de pétrole et de gaz aux États-Unis pourrait faire baisser les prix, ce qui rendrait les projets GNL moins rentables et laisserait aux producteurs argentins peu de marge de manœuvre pour faire face à la concurrence. Deuxièmement, si le pays devait connaître une nouvelle crise économique, les investisseurs étrangers pourraient paniquer. L’expansion de l’infrastructure d’exportation du pays deviendrait alors une tâche encore plus difficile. Il ne sera pas facile de tirer tout le parti possible de Vaca Muerta. Mais ce gisement est d’ores et déjà en train de transformer le pays.

Sources : The Economist, Javier Milei, The Guardian

dimanche 23 février 2025

23 au 24 février 1525, Pavie. Un désastre français.

En 1525, François Ier était capturé par les troupes de Charles Quint à Pavie. Pour obtenir sa libération, le roi dut se parjurer.

C’était il y a cinq cents ans. Dans la nuit du 23 au 24 février 1525, alors que les troupes de François Ier assiégeaient depuis quatre mois la ville de Pavie, à 35 kilomètres au sud de Milan, une contre-attaque de l’armée de Charles Quint tournait à la déroute pour les Français. Non seulement ils étaient battus, mais le roi était fait prisonnier par Charles de Bourbon, son ancien connétable qui l’avait trahi en se mettant au service de l’empereur. À sa mère, la régente, Louis de Savoie, le monarque écrivit cette phrase poignante :  « De toutes choses ne m’est demeuré que l’honneur, et la vie qui est sauve. »

Julien Guinand, maître de conférences de l’université catholique de Lyon, raconte cet affrontement qui, dans le contexte des guerres d’Italie et de la rivalité ouverte en 1521 entre le roi et l’empereur, a infléchi le cours de l’histoire (1). Le chapitre dans lequel l’auteur, s’appuyant sur les sources les plus récentes, passe au crible de la critique historique le célèbre livre que Jean Giono consacra en 1963 au « désastre de Pavie » n’est pas le moins intéressant de cet ouvrage savant. Savant, mais d’une lecture aisée.


De son côté, Jean-Marie Le Gall, professeur d’histoire moderne à l’université de Paris I Panthéon-sorbonne, publie une édition revue et augmentée du livre qu’il avait consacré, il y a dix ans, aux conséquences de la bataille de Pavie (2). Emmené en captivité à Madrid, François Ier dut signer, en janvier 1526, un traité dans lequel, en échange de sa libération, il abandonnait ses droits sur Milan et Naples et sur le duché de Bourgogne, et laissait en gage ses deux fils aînés, le dauphin François et son frère Henri (le futur Henri II), âgés de 7 et 6 ans. Cependant, aussitôt libéré, le roi rompit sa promesse en incitant la Bourgogne à refuser d’être détachée du royaume. Pourquoi ce parjure en un temps où la parole donnée était sacrée ? Jean-Marie Le Gall répond à cette question en analysant, dans une synthèse limpide, les enjeux multiples de l’antagonisme entre le roi de France et l’empereur. La guerre ayant repris, la paix de Cambrai, en 1529, sera une paix de compromis : Charles Quint renoncera à la Bourgogne et François Ier à l’italie. en 1530, les fils du roi seront relâchés. Vingt ans plus tard, Henri II poursuivra la politique de son père, mais devra, lui aussi, renoncer à toute prétention sur l’Italie.


(1) Pavie, 1525, de Julien Guinand, Perrin, 320 pp.
(2) L’Honneur perdu de François Ier. Pavie, 1525, de Jean-Marie Le Gall, Puf, 556 pp..

Source : Figaro Magazine

samedi 22 février 2025

Les élites républicaines françaises n’ont jamais été libérales ni d’esprit démocratique

Texte de l'historien Pierre Vermeren paru dans Le Figaro. Pierre Vermeren est l’auteur d’une dizaine d’ouvrages remarqués, comme « On a cassé la République : 150 ans d’histoire de la nation »(Tallandier, 2020) et « La France qui déclasse. De la désindustrialisation à la crise sanitaire » (Tallandier, « Texto », 2020). Dès la Révolution, la période de la Terreur a forgé la méfiance ontologique des élites françaises envers un peuple réputé dangereux, souligne l’historien. Une tendance que la fermeture de C8 et de NRJ12, chaînes parmi les plus regardées de la TNT, vient confirmer de façon éclatante.

Des atteintes aux libertés publiques et privées sont régulièrement commises par les pouvoirs publics français : justice zélée pour empêcher le favori de la présidentielle de concourir; enfermement général de la population à l’occasion du Covid - dont le contre-exemple suédois a démontré l’inutilité -; incarcération d’un policier pendant des mois pour un homicide commis dans l’exercice de ses fonctions dont il fut relaxé, etc. La fermeture en cours de deux chaînes de télévision parmi les plus regardées de la TNT est la dernière en date. Cette décision autoritaire est moins une innovation que la confirmation d’un fait établi aussi vieux que notre régime : les élites républicaines françaises n’ont jamais été libérales ni démocrates.

Pour la présidente de la radio d'État française, « la liberté d'expression est le cheval de Troie du néo-impérialisme américain » (article du 20 février dans Le Figaro)

La chose peut paraître contre-intuitive au pays des droits de l’homme, de la Révolution et de la République. Mais le mouvement libéral des Lumières, qui a porté ces grandes idées du XVIIIe siècle à la victoire politique, s’est fracassé sur le mur de la Terreur et la guerre civile. Omniprésente dans les têtes au XIXe siècle, cette tragédie a forgé la méfiance ontologique des élites françaises envers un peuple réputé dangereux et sanguinaire. Et ce, quand bien même il ne fut que l’auxiliaire des bourreaux, et surtout leur victime. C’est une moyenne bourgeoisie ivre de sa nouvelle toute-puissance qui a peuplé le Comité de salut public et le Tribunal révolutionnaire, qui a manié la guillotine et ordonné le massacre des Vendéens.

La réaction thermidorienne a mis fin à la Grande Terreur, mais les violences n’ont pas cessé avant l’été 1795, sans évoquer la chouannerie. En 1799, le Premier consul, continuateur et sauveur de la Révolution, forge l’appareil judiciaire français toujours en vigueur. Comme enseigné depuis des générations en faculté de droit, si la France possède deux ordres de juridictions, le judiciaire et l’administratif - aberration liberticide aux yeux des Anglo-saxons -, c’est parce que Napoléon a voulu protéger l’état, ses dirigeants et ses fonctionnaires, des menées du peuple.


La récente décision du Conseil d’état, qui trône au sommet de l’ordre administratif, est conforme à sa mission historique. Sa validation de la suppression de deux chaînes de télévision populaires était écrite : jugées populistes, donc dangereuses, par des élites unanimes, leur sort avait été instruit au Parlement, scellé par une autorité administrative et justifié par des médias publics, tous démembrements de l’état. Nul doute que le lien, pourtant direct, entre ces faits et le discours de Munich du vice-président américain Vance qui évoqua la censure en Europe - soit mentalement impossible à établir dans le cerveau de nos dirigeants.

Nul besoin de regarder ces deux chaînes aux millions de téléspectateurs - l’auteur de ces lignes ne regarde pas la télévision - pour comprendre que leur interdiction signe un réflexe de classe. Au XIXe siècle, la garde nationale, puis la troupe, étaient envoyées pour mater manifestations, grèves et révoltes populaires, parfois au prix de centaines - voire de milliers - de morts , afin de rétablir l’ordre et prévenir la subversion. La violence de masse des deux guerres mondiales a brutalement pacifié nos mœurs politiques; mais les préventions envers le peuple n’ont pas régressé. Elles ont muté.

Au XIXe siècle, la bourgeoisie était libérale sous la Restauration puis sous le second Empire. Ces régimes autoritaires et économiquement libéraux lui ont permis de s’enrichir. Pourtant, en 1914, les écarts de richesses entre les Français étaient les mêmes qu’en 1789. Grâce à la révolution industrielle, la richesse globale des Français a progressé au XIXe siècle, ainsi qu’espéré par les révolutionnaires : mais nul dirigeant ne songea à résorber les écarts de niveau de vie entre l’étroite bourgeoisie et le peuple, ces 80 % à 90 % de paysans, d’ouvriers et de boutiquiers.

Depuis un demi-siècle, tout ce qui a transformé la France et la vie des Français, par la plus grande dépossession de leur histoire, s’est décidé hors des urnes. (...) Rien n’a été voulu, voté ni validé par les Français, Maastricht excepté

La bourgeoisie libérale finit par imposer la République à partir des années 1880. Sa grande affaire fut d’éduquer le peuple pour le « civiliser », l’éloigner de sa violence « atavique » et l’arracher des mains de l’église. Des choses contradictoires sortirent de cet agenda idéologique : l’éducation pour tous, qui, même assez courte, visait l’excellence ; la francisation du peuple, que paracheva l’institution militaire ; l’interdiction du vote pour les femmes pendant soixante-quinze ans, réputées trop proches des prêtres pour bien voter - ce déni de démocratie de plus en plus anachronique n’a été résorbé que par de Gaulle - ; la laïcisation méthodique de la société et du régime politique. Le demi-échec de ce long travail - mesuré au succès de l’enseignement catholique, majoritaire en 1905 -, imposa le brutal raidissement laïciste que l’on sait.

Les deux guerres mondiales imposèrent finalement dans la souffrance collective l’intégration des forces sociales et politiques tenues de concourir à la défense de la nation dans la République : catholiques, paysans, ouvriers et socialistes, droite monarchiste devenue nationale, armée et anciens combattants, femmes, puis communistes et cégétistes. Le Conseil national de la Résistance, dont le gaullisme et le pacte passé avec les communistes prolongèrent les effets jusqu’aux années a forgé le moment le plus démocratique de la vie politique et sociale française. Mais la vieille prévention contre le peuple demeurait.

L’effacement du mythe résistancialiste forgé par de Gaulle et cautionné par les communistes raviva l’ère du soupçon. Déjà, la construction européenne avait été conçue par d’étroites élites comme une machine destinée à contenir les passions nationales, voire à déconstruire les nations. Tant que de Gaulle imprima sa marque, le projet fut neutralisé. Mais, comme il l’avait prédit, la bourgeoisie libérale - qu’incarnèrent tour à tour Pompidou, Giscard d’Estaing ; puis Chirac - parvint à endiguer puis à corseter la souveraineté du peuple, au nom de l’ordo-libéralisme européen. En 1981, les bourgeois de gauche qui accèdent au pouvoir au nom du peuple, ne dérogent nullement à cette trajectoire. L’idée selon laquelle la liberté du peuple et la souveraineté nationale pouvaient conduire à Hitler – ce qui constitue un double mensonge historique, du fait que c’est l’état-major allemand, soutenu par l’industrie, qui a ouvert par la force le pouvoir à Hitler, et que le contexte des années 1930 n’est pas reproductible – conduisit les élites à s’affranchir ouvertement de la souveraineté populaire, rabaissée en populisme.

Depuis un demi-siècle, tout ce qui a transformé la France et la vie des Français, par la plus grande dépossession de leur histoire, s’est décidé hors des urnes. Certes, la consultation du peuple par des élections régulières s’est poursuivie. Mais le slogan « blanc bonnet, bonnet blanc » de la IVe République s’est mué en « pensée unique », alias « cercle de la raison ». Construction européenne, État de droit, gouvernement des juges, désindustrialisation, liquidation de l’agriculture paysanne, métropolisation, mort des villes moyennes, liquidation des grands services publics, déconstruction de l’école, endettement public, déficit commercial, chômage structurel, immigration de masse, laxisme judiciaire, dénationalisation des élites, financiarisation de l’économie, écologie punitive, lutte contre la voiture succédant au tout-voiture, déculturation de la jeunesse, abaissement de la France dans le monde, etc. : rien de tout cela n’a été voulu, voté ni validé par les Français, Maastricht excepté. Or cela est advenu, sous la conduite de gens réputés pour leur extrême intelligence. Promesses et campagnes électorales se sont déconnectées des politiques publiques qui ont traversé les alternances et dénaturé les programmes annoncés.

Si les élites politiques avaient gouverné le pays suivant les vœux du peuple souverain, ce qui constitue la promesse démocratique, la France serait-elle tombée si bas ?

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Censure — Les autorités françaises ferment la très populaire chaîne de télé C8

Allemagne — La police d'État se pointe à l'aube et saisit un ordi et un téléphone à cause d'une caricature (m à j)

« Nous évoluons vers une démocratie [sic] anti-majoritaire »

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Mythe — C’est grâce à la République que l’enseignement est devenu obligatoire, public et gratuit (mais le laïc obligatoire, c’est vrai)

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France — L’instruction gratuite et universelle ne date pas de Jules Ferry ni de la République

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vendredi 21 février 2025

Allemagne — La police d'État se pointe à l'aube et saisit un ordi et un téléphone à cause d'une caricature (m à j)

 L'allemande Marie-Thérèse Kaiser a été condamnée à une amende de 6000 euros pour avoir republié des statistiques (non remis en doute par le tribunal) sur la répartition des violeurs en Allemagne selon leur groupe ethnique.

Marie-Thérèse Kaiser s'est appuyée sur des statistiques officielles du Bureau fédéral de la police criminelle d'Allemagne (BKA) pour appuyer son post sur les réseaux sociaux concernant les crimes commis par des immigrants, notamment les Afghans. Selon les web results fournis, notamment les articles de Wikipedia, du magazine The Critic, et d'autres sources comme InfoMigrants et le BBC, les statistiques qu'elle a citées reflétaient des données réelles sur la surreprésentation de certains groupes d'immigrants, y compris les Afghans, dans des crimes spécifiques, tels que les infractions sexuelles.

Marie-Thérèse Kaiser a violé l'article 130 du Code pénal allemand, qui interdit l'incitation à la haine, y compris les actions qui attaquent la dignité humaine d'un groupe défini par sa nationalité. Le tribunal de district de Rotenburg a jugé que son post sur les réseaux sociaux concernant les réfugiés afghans risquait d'être perçu comme une incitation à la haine, ce qui lui a valu une amende de 100 jours-amende de 60 € chacun en 2023. Le tribunal régional de Verden a confirmé ce verdict en mai 2024, réaffirmant que son post avait consciemment créé une image conduisant à la haine contre un groupe défini nationalement, prévalant sur son invocation de la liberté d'expression.



Billet du 17 février

La police d’État de Basse-Saxe, armée, a mené une descente à 6 heures du matin au domicile d’un citoyen allemand, confisquant ses appareils électroniques.

Leur crime présumé n’était pas le terrorisme ou les menaces, mais le partage d’une caricture que les autorités jugeaient offensant.

Et ce n’était pas le seul domicile perquisitionné ce matin-là.

Plus de 50 raids similaires ont eu lieu simultanément dans toute l’Allemagne.

Parce qu’il n’y a rien de mieux pour « protéger la démocratie » que des policiers à votre porte pour avoir posté des caricatures.
Une autre de ces descentes, en Franconie cette fois

Un matin, le retraité Stefan Niehoff a reçu une visite inattendue : celle de la police. Le ministre de gauche écologiste Robert Habeck en personne a porté plainte contre lui.

L’homme de 64 ans a partagé sur X un billet dans lequel le ministre est traité de « débile » (Swachkopf, littéralement tête faible). Mais ce n’est pas le seul reproche. L’affaire fait désormais des vagues jusqu’au Berlin politique.

Est-ce que c’est un tournant ? Le cas de Stefan Niehoff, retraité de Basse-Franconie et ancien sergent de l’armée allemande, fait actuellement couler beaucoup d’encre dans les médias en ligne ainsi qu’auprès des autorités judiciaires et des politiciens. Et il se pourrait bien que l’État ait dépassé les bornes dans sa « lutte contre la haine et l’incitation à la haine ». C’est en tout cas ce que l’on peut comprendre des propos tenus par la justice bavaroise et les politiciens juridiques au Bundestag à propos de cette affaire.

Niehoff avait osé retweeter un mème sur lequel le ministre fédéral de l’économie Robert Habeck (Verts) était traité de « tête de con ». Il gère un compte sur X appelé « IchBinsFeinet ».  Sa photo de profil porte le slogan « Vert ? — Non merci ! », un petit personnage y jette un tournesol dans une corbeille à papier. Tout cela est bien anodin. Mais la justice a frappé fort avec une perquisition et une enquête du procureur contre Niehoff — et doit à son tour faire face à de vives critiques.

Niehoff a partagé cette image parodique à propos de Habeck sur X. Il fait référence de manière parodique à la marque de cosmétiques capillaires Schwarzkopf Professional (Schwarzkopf = tête noire le nom des cosmétiques, Schwachkopf = tête vide, idiot avec CH).

Au petit matin du 12 novembre — il faisait frais, humide et sombre — une commissaire principale de la police judiciaire et un commissaire principal de la police judiciaire se sont assis dans leur voiture d’intervention au poste de police de Schweinfurt. Il était environ 5 h 45 lorsqu’ils ont pris la route en direction du petit village de Burgpreppach. Ils ont parcouru les 37 kilomètres à travers les collines franconiennes en une demi-heure.

jeudi 20 février 2025

Stéphane Vigneault du mouvement L’école ensemble veut forcer les écoles tirées au sort à participer à l'étude PISA

Tiré de la conférence de presse le mercredi 19 février à Québec avec Stéphane Vigneault, coordonnateur du mouvement L’école ensemble. (Sur la mission que c'est donné ce mouvement, nous sommes opposés à la nationalisation du réseau privé. Il faudrait plutôt ouvrir encore plus d'écoles vraiment privées et instaurer un chèque éducation pour en faciliter l'accès aux candidats méritants. Nous nous opposons à l'idée d'une même taille pour tous.).

Journaliste — Et puis qu'est-ce que vous répondez à François Legault, en Chambre, aujourd'hui, qui brandissait les chiffres de PISA, l'étude PISA?

M. Vigneault (Stéphane) — Je pense qu'il faut qu'il soit très prudent avec les chiffres de PISA parce que l'échantillon du Québec n'est... est... très probablement, n'est pas valide. Et il y a un taux de participation des écoles et des élèves du Québec à PISA qui est très faible, un des plus faibles au monde. Si le Québec était un pays, il ne serait... il serait sorti de PISA parce que notre taux de participation est trop faible. Ce qu'on pense qui arrive, c'est que les écoles publiques ordinaires sont très nombreuses, si elles sont choisies dans l'échantillon, à dire : Non, nous, on n'a pas le temps de faire ça, l'examen PISA. Et donc ça fait qu'il y a une surreprésentation d'écoles publiques sélectives. Et la même chose, après, on demande aussi aux élèves, et ça, les autres pays ne le font pas. On dit aux élèves... bien, à leurs parents : Est-ce que vous voulez que votre enfant fasse l'examen? Et là il y a beaucoup d'élèves... de parents qui disent : Non, il y a déjà des difficultés, donc j'aime mieux qu'il ne le fasse pas. Donc, notre échantillon est très faible, très peu de participation. Donc, moi, je serais très prudent avec ces données-là. Puis j'aimerais ça, en fait, je mettrais même le ministre Drainville au défi, obliger les écoles choisies dans l'échantillon à faire l'examen, obliger les élèves à faire l'examen, et là on va avoir l'heure juste, et c'est à peu près certain que notre cote descendrait beaucoup dans l'examen PISA.

mardi 18 février 2025

Enseigner la médecine en anglais au Québec ou comment payer deux fois plus cher pour un médecin

La pénurie de médecins au Québec est un problème sérieux dont la solution semble toujours nous échapper. Selon Yves Dugré, ex-président de la Fédération des médecins spécialistes du Québec, il manquerait 1000 médecins spécialistes au Québec. On observe le même scénario chez les omnipraticiens, où la pénurie est évaluée entre 800 et 1000 à travers le Québec.
 
La formation d’un médecin peut être grossièrement divisée en deux phases. La première, le diplôme de doctorat en médecine (le MD) est commune à tous les médecins. Des quotas stricts sont imposés aux universités quant au nombre d’étudiants québécois, canadiens et étrangers qui peuvent être admis annuellement dans chacune des facultés. Le tableau 2 montre la répartition des places d’études dans les facultés de médecine du Québec

La deuxième phase, qu’on peut considérer comme la spécialisation du médecin, «le post-MD», est d’une durée variable et peut avoir lieu dans une université autre que celle qui a décerné le diplôme MD. La proportion de places d’études pour les résidents hors-Québec n’est pas réglementée au post-MD.
 
Donc, dès l’obtention de leur doctorat (le MD), certains étudiants iront poursuivre leurs études ailleurs qu’au Québec. 
 

Rappelons que McGill forme ses étudiants en anglais et que la proportion d’étudiants étrangers au MD est relativement faible (sous la barre des 15%) et que, par conséquent, l’exode mcgillois après le MD est largement imputable aux étudiants québécois.  

Afin de compenser pour cet exode, l’université McGill doit recruter massivement dans le Canada anglais et à l’étranger des médecins qui viendront compléter leur post-MD au sein du MUHC. Nous verrons plus bas que ceux-ci n’ont pas tendance à s’installer au Québec une fois leurs études terminées.

Afin de compenser pour cet exode, l’université McGill doit recruter massivement dans le Canada anglais et à l’étranger des médecins qui viendront compléter leur post-MD au sein du MUHC. Nous verrons plus bas que ceux-ci n’ont pas tendance à s’installer au Québec une fois leurs études terminées.

Départs après la formation post-MD

Une fois leur spécialisation complétée, les nouveaux médecins doivent décider de leur lieu de pratique. Ont-ils plus tendance à s’installer au Québec à la fin de leur spécialisation? 

Alors que le taux d’exode des universités de langue française oscille entre 5 et 15%, celui de McGill avoisine encore les 50%. Lorsqu’on compare le taux d’exode après 2 et 5 ans, on constate que les médecins qui quittent, principalement pour l’Ontario et les États-Unis, ont peu tendance à revenir pratiquer au Québec.

 
En chiffres absolus, on voit que 550 étudiants de l’université McGill ont quitté le Québec sur dix ans, ce qui représente plus de 63% de tous les départs. Une seule université (celle qui forme des médecins en anglais) est donc responsable de près des deux tiers de l’exode des médecins au Québec.
 
La formation d’un médecin coûte au bas mot plus de 150 000$ aux contribuables québécois. Pourtant, loin d’y voir un problème, le doyen de la faculté de médecine de McGill, M. Abraham Fuks, se félicitait récemment du fait que McGill était en mesure de former des étudiants francophones exceptionnels qui désiraient faire carrière aux États-Unis et ainsi faciliter leur transition.
 
 Cette tendance à l’exode des diplômés en médecine de McGill est aussi présente dans des domaines connexes; des programmes de formation en physique médicale ont été créés au CHUQ (Hôtel-Dieu de Québec) et au CHUM (Université de Montréal). La raison invoquée? Une pénurie actuelle et future de spécialistes diplômés en physique médicale capables d’œuvrer en milieu hospitalier. Les physiciens médicaux, pour la plupart, travaillent dans les centres de radio-oncologie à calculer les doses de radiation nécessaires pour traiter les tumeurs cancéreuses. Le taux de rétention de diplômés du programme de McGill ne dépassant pas les 30%, le gouvernement du Québec a été forcé de créer au CHUQ et au CHUM des programmes en langue française pour fournir les hôpitaux en personnel qualifié.


Il est temps de se questionner sur la place que doit occuper la faculté de médecine de McGill au Québec. Avec une si piètre performance, devrait-on continuer de lui allouer entre 20 et 25% des quotas au diplôme MD alors que l’Université de Montréal, avec 1,5 fois plus de quotas, forme 4 fois plus de médecins qui pratiquent au Québec? Est-il normal d’investir massivement dans les hôpitaux du MUHC (McGill University Health Centre) où seront formés environ 30% des stagiaires post-MD Québécois, dont plus de la moitié quitteront le Québec? Est-il logique de construire deux méga-hôpitaux, un pour McGill et un pour Montréal, et ainsi séparer les fonds en deux parts égales? Le Québec est-il si riche qu’il doit bénévolement former des médecins pour l’Ontario et les États-Unis?
 
Source : L'Action nationale