vendredi 20 février 2015

« Une mort digne »


L’ancien député Jacques Brassard se penche sur la décision de la Cour suprême du Canada en matière de suicide assisté.

Voilà donc que la Cour suprême – haut lieu du relativisme moral – vient de décréter que l’euthanasie et le suicide assisté sont des « morts dignes ».

J’ose redire, malgré tout, que de désigner la mort d’un malade par injection létale par l’expression « mourir dans la dignité », constitue une mystification délibérée visant à embrouiller les esprits.

« Notre dignité est indépendante de notre âge et de notre forme physique ou mentale, écrivent Louis-André Richard, philosophe, et Michel L’Heureux, médecin, elle est attachée à notre statut d’être humain en qualité d’être humain. Elle ne dépend pas d’un moment précis du continuum, elle est dans ce continuum et elle s’actualise jusqu’à la fin, jusqu’à la mort. »

La dignité d’un être humain n’est donc pas altérée par l’âge, la maladie, la dépression. Elle est toujours et en tout temps pleine et entière.

Laïcisation


Rappelons que ce concept de dignité est d’origine judéo-chrétienne, l’être humain étant doté de dignité parce que, comme le dit la Bible, il est créé « à l’image et à la ressemblance » de Dieu.

La laïcisation des sociétés occidentales ne l’a pas abolie, mais elle est devenue une valeur intrinsèque de la nature humaine et dissociée de toute transcendance.

Quand ce sont les jeunes qui se suicident, nous sommes, avec raison, scandalisés. Et nous faisons des campagnes pour les convaincre que « le suicide n’est pas une option ».

Pourquoi alors, lorsque ce sont des personnes avancées en âge, malades, fragiles, en perte d’autonomie, en fin de vie, le suicide assisté et l’euthanasie deviennent-ils des options tout à fait acceptables ?

Selon Louis-André Richard et Michel L’Heureux, ce serait là une confirmation que la personne mourante « a un statut inférieur et n’a plus la dignité d’un être humain à part entière, dont il faudrait s’occuper avec déférence ».

De nos jours, les soins palliatifs se sont développés de telle façon que nous sommes en mesure d’apaiser les souffrances et les angoisses de fin de vie avec tout le respect et l’empathie qui sont dus à la personne. Encore faut-il que de tels soins soient accessibles sur tout le territoire québécois. Ce qui est loin d’être le cas.

Dérives

Quant aux balises qui encadreront l’euthanasie (dont le consentement de la personne concernée), des études démontrent qu’elles ne sont pas toujours respectées. En Belgique, par exemple, il y a, chaque année, 300 morts assistées sans le consentement des patients.

Dans un système de santé d’une ampleur comme le nôtre, où l’on est, par exemple, incapable de réduire à zéro la maltraitance envers des personnes âgées, des dérives comme on en voit en Belgique et en Hollande seront inévitables.

La marraine de l’euthanasie, la députée Véronique Hivon, nous assure que de tels dérapages n’auront pas lieu. Ce sera malheureusement le cas, surtout que pour elle, ce n’est qu’un « premier pas ». L’autre pas, ce sera, comme en Belgique, de rendre accessible l’euthanasie aux mineurs. Là-bas, pour les jeunes, « le suicide est une option convenable ».

Je suis minoritaire, je le sais bien, mais je persiste et je signe : l’euthanasie n’est pas une mort digne, pas plus qu’elle n’est un soin.




Soutenons les familles dans leurs combats juridiques (reçu fiscal pour tout don supérieur à 50 $)

Chantal Delsol : défense du populisme et des « demeurés »


Revue de presse sur le dernier ouvrage de Chantal Delsol « Populisme. Les demeurés de l’Histoire ». Chantal Delsol est membre de l’Institut, philosophe et historienne des idées.

Le Figaro : Plaidoyer pour le populisme

Chantal Delsol
Les jeunes gens qui voudraient connaître un de ces admirables professeurs que fabriquait la France d’avant — et qui la fabriquaient en retour — doivent lire le dernier ouvrage de Chantal Delsol. Tout y est : connaissance aiguë du sujet traité ; culture classique ; perspective historique ; rigueur intellectuelle ; modération dans la forme et dans la pensée, qui n’interdit nullement de défendre ses choix philosophiques et idéologiques. Jusqu’à cette pointe d’ennui qui se glisse dans les démonstrations tirées au cordeau, mais que ne vient pas égayer une insolente incandescence de plume. L’audace est dans le fond, pas dans la forme. On s’en contentera.

Notre auteur a choisi comme thème de sa leçon le populisme. Thème dangereux. Pour elle. Dans le Dictionnaire des idées reçues de Flaubert revisité aujourd’hui, on aurait aussitôt ajouté au mot populisme : à dénoncer ; rejeter ; invectiver ; ostraciser ; insulter ; néantiser. Non seulement Chantal Delsol ne hurle pas avec les loups, mais elle arrête la meute, décortique ses injustes motifs, déconstruit son mépris de fer. À la fin de sa démonstration, les loups ont perdu leur légitimité de loups. « Que penser de ce civilisé qui, pour stigmatiser des sauvages, les hait de façon si sauvage ? »

Pourtant, les loups sont ses pairs, membres comme elle de ces élites culturelles, universitaires, politiques, ou encore médiatiques, qui depuis des siècles font l’opinion à Paris ; et Paris fait la France, et la France, l’Europe. Chantal Delsol n’en a cure. Elle avance casquée de sa science de la Grèce antique. Se sert d’Aristote contre Platon. Distingue avec un soin précieux l’idiotès de l’Antiquité grecque, qui regarde d’abord son égoïste besoin, au détriment de l’intérêt général du citoyen, de l’idiot moderne, incapable d’intelligence. Dépouille le populiste de l’accusation de démagogie. Renvoie vers ses adversaires la férocité de primate qui lui est habituellement attribuée par les donneurs de leçons démocratiques :
« Dès qu’un leader politique est traité de populiste par la presse, le voilà perdu. Car le populiste est un traître à la cause de l’émancipation, donc à la seule cause qui vaille d’être défendue. Je ne connais pas de plus grande brutalité, dans nos démocraties, que celle utilisée contre les courants populistes. La violence qui leur est réservée excède toute borne. Ils sont devenus les ennemis majuscules d’un régime qui prétend n’en pas avoir. Si cela était possible, leurs partisans seraient cloués sur les portes des granges. »

Chantal Delsol analyse avec pertinence le déplacement des principes démocratiques, depuis les Lumières : la raison devient la Raison ; l’intérêt général de la cité, voire de la nation, devient celui de l’Humanité ; la politique pour le peuple devient la politique du Concept. Les progressistes veulent faire le bien du peuple et s’appuient sur lui pour renverser les pouvoirs ancestraux ; mais quand ils découvrent que le peuple ne les suit plus, quand ils s’aperçoivent que le peuple juge qu’ils vont trop loin, n’a envie de se sacrifier ni pour l’humanité ni pour le règne du concept, alors les élites progressistes liquident le peuple. Sans hésitation ni commisération. C’est Lénine qui va résolument basculer dans cette guerre totale au peuple qu’il était censé servir, lui qui venait justement des rangs des premiers « populistes » de l’Histoire. Delsol a la finesse d’opposer cette « dogmatique universaliste » devenue meurtrière à l’autre totalitarisme criminel du XXe siècle : le nazisme. Avec Hitler, l’Allemagne déploiera sans limites les « perversions du particularisme ». Ces liaisons dangereuses avec la « bête immonde » ont sali à jamais tout regard raisonnablement particulariste. En revanche, la chute du communisme n’a nullement entaché les prétentions universalistes de leurs successeurs, qu’ils s’affichent antiracistes ou féministes ou adeptes de la théorie du genre et du « mariage pour tous ». Le concept de l’égalité doit emporter toute résistance, toute précaution, toute raison.

Alors, la démocratie moderne a tourné vinaigre : le citoyen, soucieux de défendre sa patrie est travesti en idiot : celui qui préfère les Autres aux siens, celui qui, il y a encore peu, aurait été vomi comme traître à la patrie, « émigré » ou « collabo », est devenu le héros, le grand homme, le généreux, l’universaliste, le progressiste. De même l’égoïste d’antan, l’égotiste, le narcissique, qui préférait ses caprices aux nobles intérêts de sa famille, au respect de ses anciens et à la protection de ses enfants, est vénéré comme porte-drapeau flamboyant de la Liberté et de l’Égalité. Incroyable renversement qui laisse pantois et montre la déliquescence de nos sociétés : « Le citoyen n’est plus celui qui dépasse son intérêt privé pour se mettre au service de la société à laquelle il appartient ; mais celui qui dépasse l’intérêt de sa société pour mettre celle-ci au service du monde... Celui qui voudrait protéger sa patrie face aux patries voisines est devenu un demeuré, intercédant pour un pré carré rabougri ou pour une chapelle. Celui qui voudrait protéger les familles, au détriment de la liberté individuelle, fait injure à la raison. La notion d’intérêt public n’a plus guère de sens lorsque les deux valeurs primordiales sont l’individu et le monde. »

Les élites progressistes ont déclaré la guerre au peuple. En dépit de son ton mesuré et de ses idées modérées, Chantal Delsol a bien compris l’ampleur de la lutte : « Éduque-les, si tu peux », disait Marc-Aurèle. Toutes les démocraties savent bien, depuis les Grecs, qu’il faut éduquer le peuple, et cela reste vrai. Mais chaque époque a ses exigences. « Aujourd’hui, s’il faut toujours éduquer les milieux populaires à l’ouverture, il faudrait surtout éduquer les élites à l’exigence de la limite, et au sens de la réalité. » Mine de rien, avec ses airs discrets de contrebandière, elle a fourni des armes à ceux qui, sous la mitraille de mépris, s’efforcent de résister à la folie contemporaine de la démesure et de l’hubris [la démesure en grec].

Quand ils découvrent que le peuple ne les suit plus, quand ils s’aperçoivent que le peuple juge qu’ils vont trop loin, n’a envie de se sacrifier ni pour l’humanité ni pour le règne du concept, alors les élites progressistes liquident le peuple.

Sud-Ouest : Ce diable de populisme

Un nombre record de cégépiens faibles en français

D’après un article publié dans le Journal de Montréal, Les cégeps accueillent de plus en plus d’étudiants faibles en français. Depuis dix ans, le nombre de jeunes qui ont dû s’inscrire à un cours de mise à niveau a grimpé de 50 %.

Selon les chiffres du ministère de l’Enseignement supérieur obtenus par une demande d’accès à l’information, 9962 étudiants en 2005 avaient dû suivre un cours de rattrapage en français à leur arrivée au cégep. En 2014, ils étaient 14 851. De ce nombre, 54 % étaient des garçons.

Les cours de mise à niveau, maintenant appelés cours de « renforcement », sont imposés aux étudiants dont la moyenne générale en français au secondaire est faible. Les règles varient d’un cégep à l’autre.

Dans certains collèges comme le cégep Lévis-Lauzon, ce cours est obligatoire pour les étudiants qui ont obtenu une moyenne de 65 % et moins en français au secondaire. Au cégep de Sainte-Foy, des étudiants dont la moyenne générale est de moins de 75 % doivent se plier à un test diagnostic, qui déterminera s’ils doivent suivre ce cours ou non.


Difficile à expliquer

À la Fédération des cégeps, on indique que cette hausse est « difficile à expliquer ». À partir de 2008-2009, les cégeps ont commencé à accepter sous condition des élèves qui n’avaient pas tout à fait complété leur diplôme d’études secondaires, si bien que davantage d’élèves faibles ont pu avoir été admis au cours des dernières années.

« On leur donne une chance de plus, mais est-ce suffisant pour expliquer la hausse ? », lance la directrice des communications, Judith Laurier.

Au cours de la même période, le nombre d’étudiants dans le réseau collégial a progressé de 18 %. Toutes proportions gardées, l’augmentation des inscriptions dans les cours de mise à niveau est donc bien réelle. Les exigences sont aussi restées les mêmes, affirme-t-on à la Fédération des cégeps.

Dans les cégeps de la région de Québec, le nombre d’inscriptions est relativement stable ou fluctue d’une année à l’autre.

Détérioration du français

dimanche 15 février 2015

Québec — L’immigration, ou plus précisément la « diversité », sera vue comme une fin en soi

L’immigration au Québec : entrevue avec le démographe Guillaume Marois  :

— Vous étiez récemment de passage en commission parlementaire pour donner votre avis de démographe sur la nouvelle politique d’immigration et de valorisation de la diversité proposée par le gouvernement Couillard. Une première question d’ensemble : que retenez-vous de cette commission parlementaire ?

Guillaume Marois — Auparavant, le gouvernement voyait l’immigration comme un outil pour atteindre certains objectifs d’ordre économique et démographique. L’on voyait dans l’immigration un moyen de redresser la démographie et les finances publiques, de combler des pénuries de main-d’œuvre et de pérenniser le français. Si l’on se fie au document de consultation[1] préparé par la ministre de l’Immigration, de la Diversité et de l’Inclusion pour guider les discussions sur la nouvelle politique d’immigration, le paradigme va changer. L’immigration, ou plus précisément la « diversité », sera vue comme une fin en soi. L’on multiplie les formules creuses et vides de sens associant nécessairement la diversité à des choses positives, par exemple que « [l]a richesse de la diversité québécoise et l’apport des personnes immigrantes contribuent à favoriser le dynamisme et la prospérité du Québec ainsi que la vitalité de son territoire ». C’est le nouveau mantra : la diversité est une richesse. Et si les effets positifs de cette diversité ne se font pas sentir, c’est que la population n’est pas assez ouverte pour l’accueillir. Pour cette raison, les lignes directrices des orientations à prendre visent maintenant à convaincre la population des bienfaits de la diversité, à favoriser l’ouverture et à faire reconnaitre les apports multiples de la pluralité. En bref, ce qui ressort jusqu’à maintenant des orientations de la nouvelle politique d’immigration ressemble plus à la consolidation et l’acceptation des dogmes du multiculturalisme canadien, avec quelques nuances, qu’à une véritable politique publique basée sur des évidences empiriques.

La ministre, les intervenants de la gauche multiculturaliste et les lobbys patronaux sont les principaux acteurs soutenant cette orientation. Il aurait été intéressant que ceux-ci cherchent à expliquer les fondements de leur démarche, mais jusqu’à présent, l’on ne peut que constater la pauvreté de la recherche pour appuyer cette idée. En premier lieu, il est difficile d’approuver ou d’infirmer empiriquement que « la diversité est une richesse » étant donné l’imprécision des concepts utilisés.

La diversité peut référer à différents attributs qui n’ont pas tous le même effet : l’origine, la langue, l’éducation, la culture, la religion, la classe sociale, etc. La richesse se mesure souvent en termes économiques, mais peut également se rapporter à d’autres aspects sociétaux (qu’on pense aux arts). Ensuite, le ministère et les divers intervenants qui soutiennent cette idée ne semblent pas particulièrement préoccupés par le besoin de se fixer des objectifs précis et des indicateurs pour faire le suivi de la politique, ce qui nécessiterait d’abord de préciser de quoi l’on parle exactement. Actuellement, il y a une importante lacune à cet effet, mais c’est peut-être voulu ainsi, car il sera alors pratiquement impossible de mesurer objectivement si la politique est une réussite ou un échec.

— Pouvez-vous développer sur cette idée que la diversité est une richesse ? Qu’en dit la recherche universitaire ? 

— La littérature académique ne permet pas de trancher de manière définitive sur l’effet de la diversité sur la richesse et la prospérité. Les effets sont variables d’un contexte à l’autre, mais sont généralement très faibles. Plusieurs études ont par ailleurs mis de l’avant que la question du nombre importe moins que la question de la composition[2]. Ainsi, il ne s’agit pas d’accroître la diversité en général pour en accroître ses effets positifs, mais plutôt de cibler certains de ses aspects précis. En fait, le contexte et les concepts que l’on utilise sont déterminants des conclusions qu’on en tire. Par exemple, une étude de Nathan et Lee[3] montre qu’une augmentation de la diversité ethnique chez les gestionnaires en Grande-Bretagne favorise l’innovation et ouvre de nouveaux marchés, mais cette simple étude n’est évidemment pas généralisable à tous les contextes et toutes les situations. Par exemple, Pitts et Jarry[4] montrent qu’il n’y a pas de gain de performance lorsqu’il y a une plus grande diversité ethnique chez les gestionnaires des écoles publiques du Texas, car l’effet positif qui peut découler de l’apport de nouvelles approches pour résoudre des problèmes est annulé entre autres par des problèmes de communication. L’étude de Stuen et coll. [5], qui porte sur la production des connaissances dans un contexte universitaire, va dans un sens similaire : les avantages apportés par une plus grande diversité d’idées sont réduits par les problèmes supplémentaires de communication et de coordination.

Que les résultats soient positifs ou négatifs, je tiens à souligner qu’il ne faut surtout pas prendre des études portant sur des contextes spécifiques et des concepts précis pour les transposer à grande échelle, par exemple, comme le fait la ministre de l’Immigration pour orienter la nouvelle politique d’immigration. La population étudiée dans ces recherches n’est absolument représentative de l’ensemble des immigrants et de la diversité et les contextes ne sont pas toujours comparables. Pour reprendre les études portant sur les gestionnaires, la réalité est que très peu d’immigrants occupent ce genre de postes et que nécessairement, ceux concernés ont aussi souvent d’autres caractéristiques spécifiques, telles qu’un diplôme reconnu. De la même manière, l’on ne peut transposer au Québec les conclusions montrant un effet négatif de la fragmentation ethnique sur la croissance économique, si ces recherches ont ciblé des pays où la diversité ethnique est issue de facteurs géographiques et historiques (par exemple, les Balkans ou certains pays d’Afrique) plutôt que d’une immigration sélectionnée.

Concernant le cas spécifique de la diversité au Québec, aucune étude ne s’est penchée sur le sujet. Il est néanmoins peu probable qu’une augmentation de la diversité, mesurée sous l’angle ethnique, ait un impact important sur la prospérité. Cela signifierait qu’il y aurait proportionnellement trop de « Québécois de souche » au Québec et que cette homogénéité nuirait à sa prospérité. Cette idée est d’autant plus douteuse que les taux d’immigration au Québec sont parmi les plus élevés au monde et que les francophones de langue maternelle représentent déjà moins de la moitié de la population de l’île de Montréal. Concernant l’effet de l’immigration dans les pays développés plus spécifiquement, le consensus scientifique est que son impact sur les indicateurs de prospérités tels que le PIB par habitant ou le revenu est toujours très faible, parfois positif, parfois négatif[6][7].

Les adhérents au multiculturalisme tendent souvent à voir la diversité comme une fin en soi. Cette idée se défend évidemment, mais d’un point de vue arithmétique et démographique, si l’on porte le prisme d’analyse à une échelle plus élevée que la province, par exemple, l’Amérique du Nord ou même le monde, c’est plutôt en favorisant la convergence culturelle dans les régions en déclin que l’on favorise la diversité. En effet, il faut rappeler que les tendances démographiques naturelles de faible fécondité défavorisent les nations occidentales et plus particulièrement le Québec dans le contexte nord-américain, alors que la plupart des régions d’origine des immigrants sont encore en pleine expansion. Selon cet angle, les gouvernements occidentaux appliquant un multiculturalisme favorisant la préservation des différentes cultures étrangères en son territoire tendent à réduire la diversité dans le monde, alors qu’une politique de convergence culturelle la favoriserait.

— C’est une thèse qui revient en boucle : l’immigration contribuerait au rajeunissement de la population, payerait les retraites et nous rendrait plus riches. C’est du moins la thèse défendue en général par les milieux patronaux qui souhaitent augmenter toujours plus les seuils d’immigration. Est-ce bien vrai ? Que dit la recherche scientifique à ce sujet ? Par ailleurs, quel est l’impact de l’immigration sur la situation du français ?

— Le vieillissement de la population a été une préoccupation de premier ordre lors de la planification des niveaux d’immigration des dernières années. Plus généralement, cet enjeu démographique est au cœur de la dernière politique d’immigration. L’idée générale est que dans un contexte de faible fécondité, les immigrants viennent compenser les naissances manquantes pour contrer le vieillissement. Or, toutes les études qui ont cherché à mesurer explicitement l’impact de l’immigration sur la structure par âge aboutissent à une même conclusion : l’impact est certes positif, mais d’une ampleur si faible qu’il n’en vaut pas la chandelle[8][9][10]. Pour le Québec, de manière strictement arithmétique et selon les paramètres actuels, la différence entre recevoir 55 000 immigrants au lieu de 35 000 immigrants par année sur une période de 20 ans (soit une différence de 400 000 nouveaux arrivants) ne permet de retarder le vieillissement que d’environ 2 ans. Ce faible effet s’explique par le fait que l’impact de l’immigration sur la structure par âge n’est pas cumulatif, car, on l’oublie souvent, les immigrants vieillissent eux aussi et ont des comportements en matière de fécondité similaires à ceux des natifs. Dans un tel contexte, chercher à contrer le vieillissement par l’immigration, comme le souligne le démographe français Henri Leridon[11], c’est « chercher à remplir un tonneau des Danaïdes ».

Les préoccupations liées au vieillissement démographique ne sont toutefois pas directement liées à la structure par âge, mais plutôt à l’effet de cette modification de la structure par âge sur les finances publiques et sur l’économie, car une part plus importante de personnes âgées peut signifier plus de dépenses sociales, notamment pour les soins de santé et les retraites, et moins de travailleurs en mesure de payer. Ainsi, pour que l’impact faible, mais positif, de l’immigration sur la structure par âge se transpose en effet bénéfique sur les conséquences du vieillissement de la population, une très bonne intégration socioprofessionnelle des immigrants est une condition sine qua non [12]. En effet, l’impact de l’immigration sur les conséquences du vieillissement ne doit pas uniquement se mesurer relativement à la population en âge de travailler, mais également à celle réellement en emploi et plus spécifiquement, à la balance des revenus et de dépenses. Or, la situation actuelle montre que des améliorations importantes sont nécessaires à cet égard. Non seulement les immigrants présentent-ils des taux d’emploi faibles, mais un retard important s’observe également au niveau de leur revenu[13]. La situation, qui est généralisée à différents degrés aux pays occidentaux, s’est par ailleurs nettement détériorée au fil des dernières décennies[14]. Devant ces résultats, il est possible que l’effet légèrement positif de l’immigration sur la population en âge de travailler soit complètement annulé, voire qu’il devienne légèrement négatif, si l’on considère son effet général sur les finances publiques. Un nombre réduit d’immigrants, mais en meilleure situation socioprofessionnelle, pourrait avoir un effet plus favorable sur les conséquences du vieillissement qu’un nombre élevé, mais en moins bonne situation. Quoi qu’il en soit, il importe de rappeler que positif ou négatif, l’effet du nombre d’immigrants sur le vieillissement et les finances publiques demeure si faible qu’il n’est pas utile de le considérer dans l’élaboration des politiques d’immigration[15].

Concernant la situation du français au Québec, l’immigration a un effet arithmétiquement négatif. Bien que les immigrants soient beaucoup plus nombreux qu’avant à s’intégrer en français, essentiellement à cause de la sélection de francotropes et des effets de la loi 101, les tendances sont encore défavorables à la langue officielle du Québec. Le français demeure en effet encore sous-utilisé parmi la population immigrante et leurs descendants. Les tendances actuelles montrent que, peu importe l’indicateur utilisé, que ce soit la langue parlée à la maison, au travail ou dans l’espace public, l’immigration fait diminuer le poids du français, augmenter ou maintenir le poids de l’anglais et augmenter le poids des autres langues[16][17]. Ainsi, compte tenu de ces chiffres, sans une nette amélioration des tendances en faveur du français, l’immigration mènera de manière incontournable à un affaiblissement de la place du français au Québec. Si la connaissance du français est un déterminant essentiel de son utilisation, ce n’est pas le seul et surtout, elle n’est pas une police d’assurance à cette fin. En somme, les cours de francisation, la sélection basée sur la connaissance du français et l’instruction obligatoire en français au primaire et au secondaire sont des mesures certes favorables, mais insuffisantes pour éviter le déclin du français.

En somme, ce n’est pas une dynamique très surprenante étant donné le contexte géopolitique du Québec. Bien que les tendances puissent sans doute encore s’améliorer, il serait néanmoins peu probable qu’elles s’inversent au point de favoriser le français. Il est important d’être bien au fait de cet impact de l’immigration, car l’on soutient souvent que l’immigration est essentielle pour assurer la pérennité du français, alors que son effet est contraire ! Par ailleurs, l’une des principales raisons de la création du ministère de l’Immigration du Québec et du rapatriement des pouvoirs en la matière était de s’assurer que les immigrants s’intègrent à la communauté francophone et fonctionnent en français. Cette préoccupation est d’autant plus importante de nos jours que dans un contexte de faible fécondité, le nombre d’immigrants reçus et leurs comportements linguistiques auront de plus en plus d’effet sur l’avenir du français au Québec.

Certains intervenants, souvent issus des milieux patronaux, suggèrent d’accorder moins d’importance à la connaissance du français lors de la sélection des immigrants, car, soutiennent-ils, cela se ferait au détriment des critères socioéconomiques d’employabilité. Cette suggestion ne tient pas la route, car elle va en fait à l’encontre de ses prétentions d’intégration professionnelle. La connaissance du français est en soi un critère déterminant de la réussite de l’intégration socioprofessionnelle, tout comme l’est celle de l’anglais. À profil équivalent, les immigrants qui connaissent à la fois le français et l’anglais ont plus de chance d’obtenir un emploi que ceux connaissant uniquement l’anglais et ont un revenu supérieur[18]. La connaissance du français comme critère de sélection n’entre donc pas en conflit avec les préoccupations d’intégration économique, au contraire. S’il est vrai que la méconnaissance de l’anglais nuit également à l’intégration professionnelle, le fait d’accorder moins de points au français n’améliorerait en rien la situation. En fait, pour suivre les objectifs de ce discours, il faudrait hausser le seuil de passage de la grille de sélection de manière à exclure ceux qui ne sont pas bilingues. Il ne resterait alors plus beaucoup de candidats pour se qualifier. Mais puisqu’une langue, ça s’apprend, pourrait-on alors diminuer l’importance des critères linguistiques pour mettre plus de poids aux autres critères d’employabilité ? Peut-être, mais il faudrait alors consentir à réinvestir massivement en formation linguistique. Je ne suis pas certain que cette idée soit populaire au gouvernement en ces temps de restrictions budgétaires.

— Il y a, me semble-t-il, une contradiction dans les termes dans les débats entourant l’immigration. On nous dit : l’immigration est une richesse, et au même moment, on nous explique que plusieurs communautés immigrées ne réussissent pas leur intégration économique, ce qui veut dire, on s’en doute bien, qu’elles contribuent moins qu’elles ne le pourraient à la richesse nationale. Puis on résout le problème en expliquant qu’elles sont victimes de discrimination et d’exclusion de la part de la société d’accueil. Que pensez-vous de cette vision des choses ?

— D’un côté, le gouvernement maintient de hauts niveaux d’immigration pour satisfaire aux demandes des milieux patronaux qui soutiennent avoir besoin de cette main-d’œuvre. De l’autre, les entreprises sont réticentes à l’embauche des personnes issues de l’immigration. Il est alors légitime de se poser des questions sur les réelles motivations des lobbys patronaux à faire constamment pression pour toujours hausser les niveaux d’immigration.

Des études, tant dans le reste du Canada qu’au Québec, ont fait état de discrimination systématique envers les personnes ayant des noms d’origine étrangère en faisant des tests de CV aux qualifications identiques[19][20]. La frilosité de certains ordres professionnels envers les diplômes étrangers peut également avoir nuire à certains immigrants (bien que la proportion ayant une formation nécessitant l’adhésion à un ordre soit faible). Néanmoins, la discrimination et le protectionnisme n’expliquent pas tous les problèmes rencontrés à l’insertion professionnelle. De nombreuses autres difficultés sont présentes et plusieurs d’entre elles sont systémiques et peuvent ainsi difficilement se résoudre sans réaménagement en profondeur de la société. En somme, le pouvoir d’action des intervenants du Québec demeure limité sur ce genre de difficultés. Entre autres, pensons aux compétences linguistiques, pour lesquelles un haut niveau est souvent indispensable pour occuper un poste qualifié. Pour beaucoup d’immigrants, le français n’est pas la langue maternelle, ce qui les désavantage à ce niveau. Pensons également à la qualité des systèmes d’éducation, qui est très variable d’un pays à l’autre et qui défavorise généralement les personnes issues des pays les plus pauvres. Si l’on admet qu’une coupure de quelques pourcentages des budgets reliés à l’éducation au Québec a un effet sur la qualité des services rendus, imaginez un système où les budgets par habitant ne représentent même pas le cinquième de ce que l’on a ici. Ensuite, nous pouvons également penser à la non-transférabilité internationale du capital humain. Pour prendre un exemple parlant : un avocat formé en Arabie séoudite, aussi compétent soit-il dans son pays d’origine, ne pourrait pas exercer au Québec, le système judiciaire étant trop différent. De la même manière, même si le corps humain est le même partout, les maladies ne sont pas les mêmes et les moyens de bord non plus, de sorte qu’un excellent médecin formé en Afrique pour soigner la malnutrition avec peu de matériels et médicaments aura nécessairement besoin d’une importante mise à niveau avant de pouvoir traiter les problèmes des patients au Québec. Pour les immigrants venant d’arriver, la méconnaissance des institutions et des codes culturels, de même que le fait d’avoir un réseau professionnel beaucoup moins développé constituent d’autres difficultés systémiques.

Finalement, il est également important de souligner qu’il est possible que l’augmentation des niveaux d’immigration explique en partie la détérioration de l’intégration économique des immigrants. Une récente étude effectuée par Statistique Canada[21] sur les immigrants arrivés entre 1982 et 2010 montre en effet que toute chose étant égale par ailleurs, une augmentation de la taille d’une cohorte entraine une diminution des revenus moyens de celles-ci, la raison probable étant une plus forte concurrence sur le marché du travail pour des profils similaires. Cela dit, il faut également rappeler que ces problèmes d’intégration économique ne pèsent probablement pas beaucoup sur la balance des finances publiques et sur la prospérité en général. La principale préoccupation à ce niveau doit plutôt se situer à l’échelle humaine, c’est-à-dire par rapport au bien-être de la population concernée par ces problèmes.

— Vous souhaitez une régionalisation de l’immigration. L’objectif est louable, mais comment le concrétiser ? Dans une société libérale, une fois les gens installés ici, une fois devenus citoyens, ils ont tous les mêmes droits et on imagine mal un gouvernement les assigner à résidence pour quelques années, pour repeupler des régions que les Québécois sont souvent les premiers à fuir. Comment réussir la régionalisation de l’immigration ?

— Des études ont montré l’effet bénéfique pour les immigrants de vivre hors région métropolitaine[22], ceux-ci ayant une meilleure situation professionnelle, sans compter que leur milieu de vie favorise les contacts avec les natifs. Cela dit, si je suis effectivement favorable à encourager la régionalisation de l’immigration, je demeure réaliste quant à notre pouvoir pour changer les choses de manière significative. La réalité est que l’immigration internationale est avant tout un phénomène intermétropolitain. Inévitablement, ce sont les grands centres qui accueilleront la majeure partie des immigrants, Montréal dans le cas de l’immigration au Québec, car c’est là que se situent les principaux points d’entrées, qu’il y a le plus d’occasions et c’est également là que se trouve un réseau déjà établi de la communauté d’origine, sans compter que les structures favorisant l’accueil sont également plus présentes (pensons entre autres au transport en commun). La région métropolitaine de Montréal reçoit ainsi plus de 80 % des 50 000 immigrants accueillis annuellement au Québec, alors qu’elle compte pour environ la moitié de la population. Les autres s’installent pour l’essentiel à Québec (6 %), Gatineau (3 %) et Sherbrooke (3 %). L’immigration internationale est ainsi un phénomène à peu près étranger aux autres régions du Québec. Par exemple, l’Abitibi-Témiscamingue et le Bas-Saint-Laurent n’accueillent que quelques dizaines d’immigrants par année, en incluant les adoptions internationales. Néanmoins, s’il est peu probable qu’une proportion importante d’immigrants s’installe dans les villages, les régions métropolitaines plus petites (Québec, Gatineau, Sherbrooke, Trois-Rivières, Saguenay) et d’autres villes de taille moyenne pourraient certainement améliorer leur bilan, notamment celles où l’on retrouve un pôle universitaire.

S’il est inconcevable de forcer les immigrants à s’installer dans une région prédéterminée et à y rester, certains programmes pourraient néanmoins favoriser la régionalisation. Par exemple, l’on pourrait ouvrir un certain nombre de places à un tarif préférentiel (c’est-à-dire le même qu’aux Québécois) à des candidats étrangers dans des programmes universitaires ou collégiaux ciblés en partenariat avec les acteurs économiques locaux, plutôt que de charger le tarif international. Ces candidats seraient recrutés en fonction de leur performance scolaire, de leur âge et de leur connaissance linguistique. Le ministère de l’Immigration leur accorderait la résidence permanente de manière conditionnelle à l’obtention du diplôme. Les candidats ayant ensuite des diplômes québécois reconnus et recherchés sur le marché du travail au terme de leurs études auront beaucoup moins de barrières à l’obtention de bons emplois. Le fait d’étudier et de vivre durant un certain nombre d’années dans les régions faciliterait par ailleurs la rétention.

— La question des seuils est fondamentale, même si vous la prenez de biais. Le Québec a-t-il les moyens d’accueillir plus de 50 000 immigrants par année ? On vient tout juste de l’évoquer, d’ailleurs, ces immigrants ont moins à s’intégrer à 8 millions de Québécois, mais plutôt à une population métropolitaine d’environ 3 000 000 de personnes où les Québécois francophones sont en voie de minorisation accélérée. Le peuple québécois pourra-t-il encore longtemps supporter des seuils d’immigration aussi élevés ? 

— Il est difficile de répondre à la question des seuils et plus généralement de la capacité d’accueil, dans la mesure où ces enjeux sont intimement liés à nos attentes, notamment en ce qui concerne l’intégration économique, la francisation et la régionalisation. Si la plupart des intervenants s’accordent généralement sur l’importance de ces trois points, ceux-ci sont néanmoins souvent relégués au second plan. Le principal défaut de la manière de procéder habituelle de la politique d’immigration actuelle est que les objectifs sont quantitatifs avant d’être qualitatifs. Avant d’assurer une bonne intégration professionnelle, une francisation adéquate et une régionalisation de l’immigration, le ministère cherche à atteindre les seuils d’immigration qu’il s’est fixés. Or, devant l’absence d’impact important du nombre d’immigrants reçus sur le vieillissement de la population, les finances publiques, la prospérité et le marché de l’emploi, cette approche doit être revue.

À mon avis, il serait préférable de considérer les seuils non pas comme un objectif, mais comme une conséquence de nos attentes en matière d’intégration économique, de francisation et de régionalisation. Le principal objectif des planifications du ministère de l’Immigration serait alors de déterminer les conditions minimales que l’on juge acceptables sur chacun des trois points ci-dessus (par exemple, un taux de chômage maximum jugé acceptable, une proportion minimum d’intégration en français et une proportion minimum s’installant en régions) et d’ajuster la grille de sélection en conséquence, en prenant en considération les moyens financiers pouvant aider l’atteinte de ces objectifs (formation linguistique, stages subventionnés en entreprise, etc.). Le nombre d’immigrants reçus serait alors la conséquence de ces objectifs d’intégration et non un objectif en soi.

Selon cette approche, si l’on dispose des moyens pour assurer une bonne intégration professionnelle des immigrants, en français et suffisamment en région, alors il n’y a pas de raisons de limiter les seuils à 50 000. Au contraire, si dans un contexte de restriction budgétaire, on coupe dans les services de francisation et si en plus, le nombre de candidats très qualifiés désirant immigrer au Québec n’est pas suffisant pour permettre une sélection évitant de trop grandes difficultés d’intégration professionnelle, alors il est inutile de chercher à atteindre quand même des seuils élevés. Pour information, pour atteindre les seuils qu’il s’est fixés, le Québec doit actuellement avoir une grille de sélection beaucoup moins sévère que celle du gouvernement fédéral qui s’applique aux immigrants en destination du reste du Canada.

Par rapport à la taille de la population, le Québec se situe parmi les régions les plus accueillantes du globe. À 50 000 immigrants par année, le taux annuel d’immigration au Québec est d’environs 6/1000. C’est moins que la Norvège (13/1000), la Belgique (10/1000) et que la moyenne canadienne (7/1000), comparable au Danemark (6/1000), mais plus élevé que la France (2/1000), la Finlande (4/1000) et les États-Unis (3/1000). La comparaison avec l’Europe est difficile, dans la mesure où les définitions ne sont pas les mêmes (par exemple, le statut de « résident permanent » n’existe pas dans plusieurs pays d’Europe et l’on inclut aussi souvent dans les entrées les résidents temporaires, contrairement au Canada). De plus, pour les pays faisant partie de l’espace Schengen, la migration entre les pays membres est conceptuellement plus proche d’une migration interprovinciale au Canada que d’une véritable migration internationale. Les taux comparés ne réfèrent ainsi pas à la même chose. Si on limite la comparaison aux 13 provinces et territoires canadiens et 50 états américains, le Québec se positionne au 9e rang, ce qui le place à un niveau comparable aux états de New York et de la Floride.

Source et notes

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mercredi 11 février 2015

États-Unis : un militant athée tue trois musulmans

Deah Shaddy Barakat, sa femme Yousor Mohammad et la sœur de celle-ci Razan Mohammad Abou-Salha. Craig Hicks (à droite) a été accusé de leur meurtre
Trois musulmans ont été tués par balle chez eux mardi soir, dans le quartier de Chapel Hill en Caroline du Nord (États-Unis), suscitant l’émotion de nombreux internautes, un homme de 46 ans farouchement anti-religieux s’est ensuite rendu à la police.

Agés de 19 à 23 ans, les victimes sont Shaddy Barakat, un étudiant dentiste, sa femme Yousor Mohammad, et la sœur de celle-ci, Razan Mohammad Abou-Salha, selon le site du journal local Chapel Hill News. Le suspect, Craig Hicks, partageait régulièrement sur sa page Facebook des messages athées militants mettant en cause l’islam, mais aussi le christianisme. Pour autant, la police déclare que le mobile n’est pas encore établi.

Parmi les programmes de télévision de prédilection de Hicks on retrouve The Atheist Experience, Esprits criminels et Friends, alors qu’il se décrit comme un admirateur du Siècle de la raison de Thomas Paine et de Pour en finir avec Dieu de Richard Dawkins.

« Nos enquêteurs étudient ce qui aurait motivé M. Hicks à commettre un tel acte insensé et tragique. Nous comprenons les préoccupations qu’il pourrait s’agir d’un crime haineux et nous explorerons toutes les pistes afin de déterminer si c’est bien le cas. Nos pensées sont avec les familles et les amis de ces jeunes gens qui ont perdu leur vie inutilement », a déclaré Chris Blue, chef de la police de Chapel Hill. Une dispute entre voisins sur des questions de stationnement est également envisagée, selon le communiqué de la police.

Toutefois, le père musulman de deux des victimes a insisté mercredi que le voisin de ses filles et leur tueur présumé les avaient menacées auparavant et aurait été poussé par la haine envers les religions. Le docteur Abou-Salha a déclaré que sa fille, qui habitait à côté de Hicks, portait un foulard islamique et qu'elle aurait dit à sa famille il y a une semaine qu'elle avait « un voisin haineux ». « Je vous le jure, il nous hait pour ce que nous sommes et à cause de notre apparence », a déclaré le père désemparé qui citait sa fille défunte.

Les sœurs Salha étaient étudiantes à l’Université d’État de Caroline du Nord et Barakat était doctorant à l’École médecine dentaire (UNC-Chapel Hill), selon les médias locaux. Dans un communiqué, la police dit qu’ils ont répondu à un rapport de coups de feu dans la zone habituellement calme de Summerwalk Cercle à Chapel Hill à 17 h 11 ce mardi. À l’arrivée, les agents ont trouvé les trois jeunes personnes déclarées mortes sur la scène du crime.

Sur Twitter, le mot-dièse (croisillon) #ChapelHillShooting se classait ce mercredi matin en deuxième place des tendances mondiales. De nombreux internautes pointent une couverture médiatique très discrète pour le moment. Le militant athée Richard Dawkins s’est dissocié de ces meurtres.

Selon nombre d'internautes sur Twitter, si le tireur avait été musulman, il aurait été qualifié de terroriste, ce qui n'a pas été le cas par les principaux médias américains.

Extraits du « mur » de Craig Hicks sur Facebook :






Sources : Libération, The Telegraph et The Independent


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« Alors que la période prémoderne se caractérisait par la recherche de l'hégémonie religieuse et par le prosélytisme qui conduisit l'Europe aux guerres les plus meurtrières de son histoire, la période moderne se caractérise par la sécularisation, la tolérance et le respect mutuel dans l'aire occidentale. » (Expertise du professeur Georges Leroux pour les procès de Drummondville et de Loyola, p. 26) Quid du nazisme, du communisme, de l'athéisme militant ? Notons que période moderne en histoire ne veut pas dire période contemporaine.





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mardi 10 février 2015

Une école montréalaise accusée de faire de la « propagande gauchiste »


Une école de la région de Montréal a pris parti dans le débat sur le transport de pétrole albertain au Québec. Des élèves accompagnés de professeurs ont ainsi tenu des « activités de sensibilisation » contre le projet, des activités vues comme de la « propagande gauchiste » selon un père de famille.

Enfants amenés par leur école à Granby
à défiler lors de la Journée de la Terre
Sur les ondes du 98,1 à Québec, lundi soir, le père de deux adolescents, qui a demandé à ne pas être identifié, a raconté la version que ses enfants lui ont transmise. Selon son témoignage, des élèves de l’École secondaire du Chêne-Bleu de Pincourt auraient été incités à faire des dons, en plus d’avoir été presque « obligés » à s’habiller en noir le vendredi pour tourner une vidéo sur l’heure du midi.

« Je ne pense pas qu’un établissement scolaire doit devenir un endroit où on fait de la propagande politique, écologiste ou gauchiste », a dénoncé le père de famille, qui concède ne pas avoir porté plainte.

« Selon ce que mes adolescents m’ont dit, il y avait des affiches un peu partout dans l’école, et il y avait une table avec un pot dans lequel les élèves pouvaient déposer un don, a raconté l’homme. C’est aberrant, c’est profiter de la naïveté des enfants dans un dessein politique ! », s’est-il insurgé sur les ondes de CHOI.
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Le père des deux adolescents se questionne également sur la direction de l’école, qu’il accuse de « laxisme ».

La responsable des communications à la Commission scolaire des Trois-Lacs, Colette Frappier, raconte que le débat a commencé dans le cours d’éthique de culture religieuse et celui de Monde contemporain, deux cours de cinquième secondaire qui encouragent les jeunes à débattre et à prendre position. Des cours qui permettent donc une certaine politisation et un certain formatage par un appel au dialogue et au consensus.

« Coule pas chez nous » et Trans-Canada ont été invités, mais les deux se sont contentés d’envoyer de la documentation. « Coule pas chez nous » est un organisme formé de citoyens bénévoles qui s’opposent au transport du pétrole des sables bitumineux au Québec.

Mais le débat a « débordé » des salles de classe, si bien que le conseil étudiant des élèves de cinquième secondaire a pris position. Ce sont les étudiants qui ont organisé l’activité et la campagne de financement. Mme Frappier admet cependant que des enseignants, de même que l’école, leur ont facilité la tâche. Des élèves ont eu l’autorisation de prolonger le dîner. Des profs ont fourni des affiches. Deux d’entre eux ont même donné chacun 20 $ à la campagne de financement organisée par un élève.

« Ce n’est pas une prise de position de l’école ? », a demandé le Journal de Montréal. Mme Frappier répond par la négative. « On veut que nos jeunes soient ouverts sur le monde, on veut qu’ils prennent position. C’était une initiative du conseil des élevées et les profs sont là pour les accompagner, pour que ça se fasse correctement » et sans bavures, explique-t-elle.
« Non, ce n’est pas une prise de position. Les enseignants se sont ralliés à la prise de position des jeunes. Si ça avait été l’inverse [c’est-à-dire en faveur] de Trans-Canada, les profs auraient aussi accompagné les jeunes dans leur démarche. » Elle ajoute que « les élèves sont complètement libres de participer ou non ».

L’organisme montré du doigt, « Coule pas chez nous », avait passablement fait parler de lui en novembre dernier quand Gabriel Nadeau-Dubois, l’ex-leader étudiant, avait annoncé à « Tout le monde en parle » remettre sa bourse de 25 000 $ à l’organisme. Il avait aussi lancé un appel à la population, qui s’était traduit par des dons de plus de 250 000 $.

Jointe par le Journal de Montréal, lundi en soirée, l’une des personnes qui s’occupent de la campagne, Odette Lussier, assure que l’organisme n’y est pour rien. « S’il y a eu une collecte de dons dans une école, ce n’est certainement pas notre responsabilité. »



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10 février 1763 : perte de l'Amérique du Nord française, d'une bonne partie de l'Inde et de nombreux comptoirs

C'est par ce traité, rédigé en français et signé à Paris le 10 février 1763, que la Nouvelle-France, un bonne partie de l'Inde et de nombreuses territoires et colonies françaises passent officiellement aux mains de la Grande-Bretagne et de ses alliés.

Aux termes de ce traité, en Europe :

  • La France restitue Minorque qu'elle avait prise le 29 juin 1756.
  • Elle évacue les territoires des alliés de l'Angleterre en Allemagne, ainsi que les territoires du Hanovre, propriété personnelle du roi de Grande-Bretagne.
  • La Grande-Bretagne rend Belle-Île à la France, prise en 1761.
En Amérique :
  • La Grande-Bretagne obtient de la France l'Île Royale, l'Isle Saint-Jean, l'Acadie, et le Canada, y compris le bassin des Grands Lacs et la rive gauche du Mississippi. La France abandonne également certaines îles des Antilles (Saint-Vincent, la Dominique, Grenade et Tobago).
  • Conformément à la capitulation conditionnelle de 1760, la Grande-Bretagne garantit une liberté de religion limitée aux Canadiens.
  • L'Espagne reçoit l'ouest du Mississippi, donc la Louisiane (Nouvelle-France), et le delta et la Nouvelle-Orléans.
  • L'Espagne cède, quant à elle, la Floride à la Grande-Bretagne.
  • La France conserve des droits de pêche à Terre-Neuve et dans le golfe du Saint-Laurent.
  • Et en retour, elle acquiert Saint-Pierre-et-Miquelon et recouvre trois îles à sucre (Martinique, Guadeloupe et surtout Saint-Domingue).
Voltaire s'est réjoui de ces pertes immenses dans son fameux (et honteux) « quelques  arpents de neige ».

Dans le reste du monde :
  • La France cède son empire des Indes aux Anglais, ne conservant que ses cinq comptoirs de Pondichéry, Kârikâl, Mahé, Yanaon et Chandernagor. 
  • En Afrique, elle est autorisée à garder son poste de traite des esclaves sur l'île de Gorée (Sénégal) mais elle cède Saint-Louis du Sénégal.

Ce traité marque un tournant dans l'Histoire de l'Europe et du monde, la France n'est plus la nation européenne dominante. Le Royaume-Uni va pouvoir étendre librement son influence et sa culture sur le globe, ayant neutralisé et pactisé avec les deux seules puissances capables de rivaliser avec lui. Il explique l'étendue de la langue anglaise en Amérique du Nord au détriment du français, alors que la Nouvelle-France comprenait une grande partie des actuels États-Unis et du Canada.

Texte du traité.




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lundi 9 février 2015

Euthanasie au Canada: « aide à mourir », la destruction de l'interdit moral

Chronique québécoise de Bock-Côté dans les pages du Figaro de Paris.

Le 6 février, la Cour suprême du Canada a autorisé « l’aide médicale à mourir ». Pour Mathieu Bock-Côté, cette décision est un pas de plus vers la déconstruction d’un tabou civilisationnel liée à la déchristianisation des sociétés occidentales et à la désacralisation de la vie qui l’accompagne.

« Il y a quelques mois déjà, l’Assemblée nationale du Québec adoptait la loi sur les soins en fin de vie, qui légalisait l’euthanasie transfigurée en droit de mourir dans la dignité. Pilotée depuis plusieurs années, la loi a reçu un appui massif des élites politiques et médiatiques, témoignant pour une fois d’un vrai consensus moral autour de cette question qui, ailleurs, fâche quand même un peu. C’est désormais par un autre chemin que le Canada prend le relais et pousse plus loin la déconstruction de l’interdit moral et légal autour de l’euthanasie. La Cour suprême, vendredi le 6 février, par un jugement unanime, décriminalisait « l’aide médicale à mourir ».

Ce débat dure depuis des années et a été caractérisé par la progressive marginalisation des opposants à l’euthanasie, qui furent médiatiquement présentés comme des fondamentalistes religieux prêts à imposer leur foi à tout prix dans l’espace public. On les traita avec un mélange de respect de façade et de condescendance profonde. Le respect était nécessaire pour donner l’impression d’une proposition modérée, mais consensuelle, attentive aux arguments de chacun pour éviter une brusque rupture morale. Mais la condescendance prenait vite le dessus : ceux qui sont dans le sens de l’histoire n’ont aucune envie de s’encombrer avec les retardataires qui traînent la patte.

C’est la grande marche des droits de l’individu autonome qui se poursuit et qui se mène en brandissant l’étendard de la dignité humaine. Au fil des décennies, on a assisté à une privatisation croissante de la culture et de la morale. Il n’y a plus vraiment d’anthropologie commune sur laquelle fonder la cité, sinon, et j’y reviendrai, le culte de l’indétermination identitaire de chaque individu. Chaque homme est libre du sens à donner à sa vie, et est libre de décider à quel moment elle n’a plus de valeur. Et il est en droit, sous le régime de l’État social, de réclamer de ce dernier qu’il satisfasse sa requête de « mourir dans la dignité », en en faisant en quelque sorte l’ultime droit de l’homme : celui de quitter le monde selon ses propres termes.

Il faut entrer dans les profondeurs de l’imaginaire de notre époque pour bien comprendre les enjeux liés à la transformation de l’euthanasie en droit fondamental. L’homme contemporain est traversé par la tentation démiurgique. Il ne veut plus se soumettre à d’autres autorités que lui-même. Il veut choisir son propre nom, son propre pays, et il lui arrive même de souhaiter choisir son propre sexe.

Il se veut moins l’héritier d’un monde que le créateur de sa propre vie, qu’il absolutise, et qu’il délie de la longue chaine humaine. Pourquoi, dès lors, tolérerait-il qu’une volonté extérieure à la sienne décide de sa manière d’en finir avec la vie ?

Les différentes initiatives canadiennes cherchent à marquer le caractère exceptionnel de l’euthanasie. Mais cette prudence masque bien mal la révolution morale qui se joue sous nos yeux.

La mort n’est plus l’ultime limite existentielle, aussi mystérieuse qu’angoissante, qui donne son sens à l’existence, en l’achevant et en l’ouvrant vers l’inconnu. On ne verra dans cette méditation sur la mort qu’une mauvaise poésie vaguement chrétienne. L’euthanasie devient un acte médical comme les autres, peut-être nécessaire pour en finir avec l’extrême souffrance. La mort, en quelque sorte, se désacralise. La médecine doit s’adapter. On entend certainement encadrer l’euthanasie, la circonscrire, pour éviter les dérapages à la belge. Et il est vrai que les différentes initiatives canadiennes cherchent à marquer le caractère exceptionnel de l’euthanasie. Mais cette prudence masque bien mal la révolution morale qui se joue sous nos yeux.

Un tabou civilisationnel s’est tellement effrité qu’il n’existe plus. Dans la société gestionnaire, la mort passe désormais pour un problème à résoudre et à gérer avec le maximum d’efficacité. Les interdits moraux liés à l’anthropologie chrétienne passent pour d’exaspérants archaïsmes que chacun pourra honorer selon sa conscience, mais qui ne pourront plus s’imposer à tous. Comment ne pas penser cette révolution en lien avec la mutation des rites funéraires, qui se personnalisent, et qui ne s’ancrent plus dans une commune conception du sacré. L’homme contemporain préfère souvent la crémation à l’ensevelissement, comme s’il voulait une fin hygiénique, le corps devant se dissiper en poussière et non pas trouver une dernière demeure, où ses survivants pourraient l’honorer.

Ce que cela révèle, à travers tout cela, c’est la déchristianisation en profondeur des sociétés occidentales, qui pousse inévitablement à la désacralisation de la vie. Dans un texte paru le 31 octobre 1950 dans Le Figaro, et recueilli dans La paix des cimes, François Mauriac écrivait magnifiquement : « avouons-le : seul le chrétien est logique lorsqu’il s’interdit d’interrompre ce dernier combat entre la chair à demi-vaincue et l’âme palpitante près de surgir dans une inimaginable lumière, parce que seul le chrétien attache du prix et donne une signification à cette suprême angoisse et croit qu’elle a un témoin éternel ».

Mauriac disait de l’idée chrétienne qu’elle avait un temps survécu au christianisme vécu, mais qu’elle ne saurait longtemps marquer le monde sans l’impulsion de la foi. Il ne se trompait manifestement pas. Et nous savons bien que les dieux morts ne renaissent pas, et que si les rites qui leur étaient associés peuvent survivre un temps, ils finissent par s’assécher. Les adversaires de l’euthanasie, pour éviter de passer pour réactionnaires, évitent de transposer cette querelle sur le plan spirituel. On les comprend : nous sommes tous aujourd’hui au moins un peu libéral. Mais il n’en demeure pas moins que c’est à cette hauteur qu’elle devrait aussi se mener.
»





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France : encore trop de discriminations envers les écoles indépendantes


Les écoles indépendantes (« hors contrat » avec l’État français) se développent de manière exponentielle [en France]. La demande explose, mais les pouvoirs publics tardent à accorder aux élèves de ces établissements le même traitement que celui accordé à leurs congénères du public. Comment expliquer ce phénomène ?


Le succès des écoles indépendantes se confirme d’année en année. En 2014, 51 nouvelles écoles se sont ouvertes, contre 37 en 2013, 35 en 2012, 31 en 2011 et 19 en 2010. Un phénomène qui s’explique par la demande croissante de parents qui cherchent un « autre » enseignement, une pédagogie réellement adaptée aux besoins de leurs enfants. Cependant, force est de constater que les élèves de ces établissements dits « hors contrat » ne bénéficient pas toujours des mêmes droits que les élèves issus du public ou du privé « sous contrat ». Est-il acceptable, en France, que des enfants soient discriminés parce que leurs parents ont fait le choix de la liberté scolaire ?

Accès au concours général

Le concours général des lycées et des métiers a pour fonction de distinguer les meilleurs élèves ou apprentis et de valoriser leurs travaux. Institué en 1744 par l’Université de Paris, à l’initiative de l’abbé Legendre, ce concours évalue les candidats sur des sujets conformes aux programmes officiels, dans le cadre d’épreuves plus exigeantes et plus longues que celles du baccalauréat. Or les élèves issus des écoles indépendantes n’ont pas accès à ce concours. En effet, l’arrêté du 3 novembre 1986 oublie littéralement les élèves des établissements privés dits « hors contrat » qui ne bénéficie donc pas de la possibilité de se présenter au concours général.

Comment l’expliquer ? Selon le ministère de l’Éducation nationale, que nous avons contacté, les élèves sont interrogés sur des points précis du programme, les écoles indépendantes choisissant d’enseigner un programme qui n’est pas forcément le même que celui de l’Éducation nationale, les élèves ne seraient pas bien préparés pour ce concours. Mais cette explication ne tient pas. Les écoles indépendantes doivent respecter le socle commun des connaissances et sont inspectées en moyenne tous les deux ans – le public est quant à lui inspecté en moyenne tous les 7 ans. Par ailleurs, le concours général se passe en fin de scolarité, là où tous – dans le public comme le privé sous ou hors contrat — préparent les mêmes diplômes, à savoir le bac. Les écoles indépendantes peuvent en revanche ajouter des éléments au programme et choisir la pédagogie.

Par ailleurs pour passer le concours, l’élève doit être présenté par un enseignant, or pour l’Éducation nationale, n’est véritablement enseignant que celui qui a passé les concours d’État pour enseigner, ce qui n’est par définition généralement pas le cas des professeurs dans les écoles indépendantes. Cette disposition conduirait donc à exclure de facto les élèves de la possibilité de se présenter.

Face à ce qu’elle tient comme une injustice et une rupture d’égalité, l’association Créer son école, partenaire de la Fondation pour l’école, a introduit un recours en justice devant le Conseil d’État. Ce dernier n’ayant pas fait droit à sa demande, elle a déposé un recours devant la Cour européenne des droits de l’Homme, laquelle a jugé irrecevable sa requête. Les élèves du hors-contrat désireux de se confronter aux autres à l’occasion du Concours général ne peuvent donc toujours pas le faire. Alors que le baccalauréat est largement dévalorisé, ces élèves ne disposent d’aucun moyen évident de prouver leur niveau et leur originalité, ce qui ne peut que les desservir dans le cadre des procédures d’admission post-bac sur dossier, surtout lorsqu’ils proviennent d’établissements indépendants peu connus.

Ce bon niveau des écoles indépendantes qu’on ne veut pas voir

Il semblerait en fait que l’Éducation nationale n’accepte pas l’idée que ces écoles dites « hors contrat » puissent avoir de meilleurs résultats que les établissements publics. En effet, il y a fort à parier que les écoles de dominicaines qui mettent tant l’accent sur le grec et le latin aient de potentiels lauréats en langues anciennes, que les écoles juives hors contrat soient capables de se distinguer en hébreux… Bref, l’Éducation nationale refuse une émulation par les écoles privées qui serait pourtant saine et l’aiderait à se perfectionner.

C’est ce qui explique aussi qu’aucun palmarès des meilleurs lycées au niveau national ne prenne en compte les résultats des établissements indépendants. Chaque année, l’Éducation nationale publie les indicateurs de résultats des lycées qui reposent non pas uniquement sur les taux de réussite aux diplômes d’Etat mais sur un ensemble de critères complexes, intégrant des indicateurs sociaux, qui brouillent la lecture et l’interprétation de ces classements. S’il lui apparaît déjà trop discriminant de mettre en avant tel ou tel lycée public qui aurait d’excellents résultats, on comprend mieux les raisons qui la pousse à ignorer totalement ceux qui en plus d’avoir de bon résultats, remettent en cause par leur succès même un système à bout de souffle.

Source




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Communiqué de la CLÉ sur l'étude portant sur la réforme scolaire

La Coalition pour la liberté en éducation (CLÉ) prend acte du Rapport d’évaluation du renouveau pédagogique au secondaire réalisé pour le compte du ministère de l’Éducation, du Loisir et du Sport.

Ce rapport, fondé sur une enquête de grande ampleur, identifie de nombreux effets négatifs du « renouveau pédagogique », parmi lesquels une baisse du taux de diplomation chez les garçons, les élèves à risque et les élèves anglophones, une baisse des résultats à l’épreuve d’écriture en cinquième secondaire et une baisse des résultats en mathématiques chez les élèves à risque et ceux venant de milieux défavorisés.

La CLÉ s’inquiète des résultats de cette étude, même si ceux-ci ne sont pas étonnants pour les observateurs avertis de la scène éducative. Pour le secrétaire de la CLÉ, Patrick Andries, « il est temps que les parents et les décideurs politiques tirent les leçons de cette décennie perdue : il faut que les écoles québécoises bénéficient de plus d’autonomie pour éviter une nouvelle réforme pédagogique expérimentale imposée à tous ».

De nombreuses études montrent que les écoles sont plus efficaces quand elles sont autonomes, non seulement dans le domaine administratif, mais également pour ce qui a trait à la pédagogie et au recrutement et quand les résultats de ces écoles sont rendus publics [1]. Les sondages montrent également que les Québécois soutiennent largement ces libertés scolaires [2].

Certaines associations préconisent de mieux former les professeurs ou d’augmenter encore les crédits pour mitiger les mauvais résultats du « renouveau pédagogique ». Pour la CLÉ, ces mesures ne s’attaquent pas aux causes profondes du malaise scolaire. Trop souvent, les professeurs ne sont que des exécutants. Mieux les former pour en faire de meilleurs exécutants des décisions centrales n’aura guère d’impact positif. Le cadre pédagogique manque de souplesse, les programmes sont rigides et imposés à tous. L’école québécoise prétend vouloir former des citoyens autonomes alors que, paradoxalement, toute l’école manque cruellement de latitude.

Comme des incidents récents sur la malbouffe l’ont montré, les parents [3] n’ont pas réellement voix au chapitre dans l’institution scolaire. Toutes les décisions, même celles portant sur la distribution de friandises, semblent venir d’« en haut ».Pour le secrétaire de la CLÉ, « La démocratie scolaire est actuellement un vain mot, il faut rapprocher les décisions des parents et des directions d’école. »

Le système scolaire ne doit plus être monolithique. Les écoles doivent pouvoir adopter des pédagogies différentes, certaines résolument modernes, d’autres plus classiques. Cette diversité est la meilleure manière d’impliquer les parents, un autre facteur de réussite des élèves qui la fréquentent. En effet, les parents devront choisir leur école, s’investir dans ce choix et devraient influer sur les priorités de leur école.

Or, aujourd’hui, la liberté pédagogique est restreinte au point qu’une école catholique privée [4] ne peut pas enseigner le programme d’éthique et de culture religieuse, imposée de façon monolithique par le Ministère, d’un point de vue catholique…

Il y a dans les écoles trop de situations complexes, de différences entre les élèves, de problèmes inédits, d’événements inattendus, trop d’intérêts contradictoires à coordonner pour attendre qu’un pouvoir central impose l’unique bonne façon de faire. Il vaut mieux compter sur la motivation, la compétence et le pouvoir d’adaptation des enseignants, des directeurs d’école et des parents.

La CLÉ défend résolument cette autonomie des établissements scolaires, la diversité des programmes et la liberté de choix des parents.

[1] PISA 2012 Results : What Makes Schools Successful ?, OCDE, 2014, p. 52 et 528, http://www.oecd.org/pisa/keyfindings/pisa-2012-results-volume-IV.pdf

[2] Un sondage Léger-Marketing tenu du 27 au 29 février 2012 indiquait que 54 % des Québécois désirent que les écoles bénéficient d’une plus grande liberté dans le choix des programmes qu’elles enseignent et dans la façon de les enseigner.

[3] Les écoles manquent d’autonomie, Journal de Montréal, 3 février 2015 http://www.journaldemontreal.com/2015/02/03/les-ecoles-manquent-dautonomie

[4] Il s’agit de la Loyola High School qui a porté sa cause devant la Cour suprême du Canada et dont la décision est attendue.





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