jeudi 29 novembre 2007

Résultats préliminaires PISA 2006 — Finlande et Hong-Kong en tête

Selon les résultats préliminaires de la dernière étude PISA sur les connaissances des jeunes de 15 ans en sciences naturelles, la Finlande fait de nouveau figure de premier de classe suivie de Hong-Kong et du Canada en troisième position.

L'Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) a publié ces résultats préalables de l'étude Pisa (Programme international pour le suivi des acquis des élèves), qui sera présentée en détail le 4 décembre. Cinquante-sept États ont participé à l'enquête. Une comparaison avec les résultats de 2003 pour les sciences naturelles n'est pas possible, selon l'OCDE, car l'enquête de 2006 est la première qui ait retenu les sciences comme domaine prioritaire.

La Finlande (563 points de moyenne) y précède Hong Kong et le Canada s'agissant des connaissances des élèves de 15 ans en sciences naturelles. Les résultats par province canadienne ne sont pas encore disponibles. La France se trouve en 25e place, en milieu de peloton. La Belgique est 19e, on ne connaît pas à ce stade les résultats des différentes communautés linguistiques.

Rappelons que si le PISA évaluent les enfants du public et du privé, il ne teste pas les décrocheurs, nombreux au Québec. «Ils ne testent pas ceux qui n'y sont pas et qui sont les plus susceptibles de faire baisser la moyenne de performance. Imaginez le bond en avant qu'une moyenne peut faire si on retranche toutes les notes les plus basses.»

Place Pays Note moyenne Erreur type
1 Finlande 563 (2,0)
2 Hong-Kong 542 (2,5)
3 Canada 534 (2,0)
4 Taïwan 532 (3,6)
5 Estonie 531 (2,5)
6 Japon 531 (3,4)
7 Nouvelle-Zélande 530 (2,7)
8 Australie 527 (2,3)
9 Pays-Bas 525 (2,7)
10 Liechtenstein 522 (4,1)
11 Corée 522 (3,4)
12 Slovénie 519 (1,1)
13 Allemagne 516 (3,8)
14 Royaume-Uni 515 (2,3)
15 République tchèque 513 (3,5)
16 Suisse 512 (3,2)
17 Macao 511 (1,1)
18 Autriche 511 (3,9)
19 Belgique 510 (2,5)
20 Irlande 508 (3,2)
21 Hongrie 504 (2,7)
22 Suède 503 (2,4)
23 Pologne 498 (2,3)
24 Danemark 496 (3,1)
25 France 495 (3,4)
26 Croatie 493 (2,4)
27 Islande 491 (1,6)
28 Lettonie 490 (3,0)
29 États-Unis d’Amérique 489 (4,2)
30 Slovaquie 488 (2,6)
31 Espagne 488 (2,6)
32 Lituanie 488 (2,8)
33 Norvège 487 (3,1)
34 Luxembourg 486 (1,1)
35 Fédération russe 479 (3,7)
36 Italie 475 (2,0)
37 Portugal 474 (3,0)
38 Grèce 473 (3,2)
39 Israël 454 (3,7)
40 Chili 438 (4,3)
41 Serbie 436 (3,0)
42 Bulgarie 434 (6,1)
43 Uruguay 428 (2,7)
44 Turquie 424 (3,8)
45 Jordanie 422 (2,8)
46 Thaïlande 421 (2,1)
47 Roumanie 418 (4,2)
48 Monténégro 412 (1,1)
49 Mexique 410 (2,7)
50 Indonésie 393 (5,7)
51 Argentine 391 (6,1)
52 Brésil 390 (2,8)
53 Colombie 388 (3,4)
54 Tunisie 386 (3,0)
55 Azerbaïdjan 382 (2,8)
56 Qatar 349 (0,9)
57 Kirghizistan 322 (2,9)


On retrouvera ici une réflexion intéressante sur les tests PISA, ce qui y est évalué (les compétences et non les connaissances), comment ces évaluations sont faites et si les résultats sont fiables.

Voir également Les succès scolaires de la Finlande s'expliquent-ils d'abord par « l'absence d'immigration » (Xavier Darcos) ?

mercredi 28 novembre 2007

Au tour des écoles juives du Québec de regimber

L'opposition au nouveau cours obligatoire d'éthique et de culture religieuse semble maintenant devoir s'étendre à plusieurs secteurs de la communauté juive.

La Canadian Jewish Agency rapporte en effet que les écoles hassidiques et orthodoxes juives ont de sérieuses réserves au sujet du nouveau programme d'éthique de culture religieuse qui devrait être enseigné dans toutes les écoles du Québec dès la prochaine année scolaire.
« Les écoles conventionnelles juives se demandent également comment elles vont enseigner un cours qui oblige chaque enfant à acquérir une connaissance de base sur les religions qui feraient partie du patrimoine québécois : le catholicisme, le protestantisme, le judaïsme et la spiritualité autochtone. On présentera également quelques religions ou croyances plus récentes au Québec comme l'islam, le bouddhisme, l'hindouisme et l'athéisme, ceux qui ne professent aucune religion.

Le programme devra être donné tant dans les écoles publiques que privées, qu'elles soient subventionnées ou non, de la première année du primaire à la dernière année du secondaire.

[...]

« Cela cause une réelle préoccupation » de dire Meyer Feig, directeur du Conseil orthodoxe juif pour les relations communautaires. « Tout dépend jusqu'où le programme ira. Nous ne sommes pas contre l'enseignement de la tolérance et du respect; nous le faisons déjà, mais explorer d'autres religions pose des difficultés. »

Le rabbin Yosef Minkowitz, directeur de l'académie Beth Rivkah, une école d'inspiration loubavitch a déclaré : « Il est prématuré pour nous d'émettre des commentaires avant que nous n'ayons étudié la chose plus en profondeur. Nous examinons actuellement ce dossier avec grand soin. »

En privé, les dirigeants hassidiques déclarent que le cours, tel que décrit par le ministère de l'Éducation, ne peut tout simplement pas être donné dans leurs écoles et certainement pas aux plus jeunes élèves.

Charley Lévy, directeur exécutif de l'Association des externats juifs (AJDS), a déclaré qu'il comptait bientôt se réunir avec les représentants des écoles hassidiques et des autres écoles orthodoxes « afin de décider de ce que nous pouvons et ne pouvons pas faire. » Certaines de ces écoles ne font pas partie de l'AJDS.

M. Lévy a précisé qu'il serait possible de modifier le programme afin qu'il convienne à n'importe quelle école juive, mais « ce n'est pas un programme évident », a-t-il admis.

[...]

Dans un rapport présenté devant la commission Bouchard-Taylor sur les accommodements raisonnables, le Congrès juif canadien (Québec), a suggéré que le cours d'éthique et de culture religieuse ne soit donné qu'au secondaire. Les parents, ajoutait-il, veulent que leurs enfants aient une base suffisamment solide dans leur propre religion avant d'être exposés à d'autres croyances. »
Rappelons que, dans un esprit de conciliation, la ministre de l'Éducation, Mme Courchesne, avait annoncé récemment, dans les termes du Devoir, vouloir serrer la vis dans le dossier des écoles juives religieuses privées qui n'appliquaient pas tous les aspects du programme gouvernemental obligatoire.

Laics ou sectaires ? Attaques des socialistes français contre l'école libre

Hier, le PS défendait une proposition de loi visant à abroger un article de la loi de 2004 sur la décentralisation imposant aux communes une participation aux frais pour les élèves scolarisés dans une école privée hors de leur commune de résidence. Elle a été rejetée.

Christian Vanneste a réagi à l’ambiance délétère des discussions :
J’ai pu constater la présence de plusieurs députés socialistes du Nord, et c’est avec beaucoup d’intérêt que j’ai pu entendre deux élus socialistes du Nord s’attaquer une fois de plus à l’enseignement libre, alors que celui-ci est particulièrement présent dans notre département et accueille les élèves sans la moindre restriction sociale. Dans une ville populaire comme Tourcoing, on sait que les établissements privés reçoivent près de la moitié des élèves au niveau primaire, et près des 2/3 dans les collèges. Or, j’ai pu entendre dans la bouche des élus de l’opposition que l’enseignement privé devait demeurer marginal et qu’il était hors de question qu’il bénéficie de moyens identiques à ceux de l’enseignement public.

Rarement, des interventions ont à ce point présenté une image caricaturale : cela était le retour de la laicité de combat, avec pour Monsieur Bataille, qui manifestement ne doit pas beaucoup connaître le fonctionnement de l’enseignement catholique sous contrat, l’idée que l’existence de l’enseignement libre et sa défense, étaient du « bushisme à la française », avec pour conséquence l’interdiction d’enseigner Darwin à l’école !

[Or les écoles privées sous contrat en France doivent en fait enseigner le programme du Ministère. Voir Subordination de l'enseignement « libre ».]

Rarement la mauvaise foi a été à ce point étalée par des intervenants. Il leur parait scandaleux en effet que l’aide à l’enseignement privé puisse permettre l’exercice réel de la liberté du choix de l’enseignement, car ce serait selon eux, accorder un privilège aux écoles privées.

Il faut s’accrocher pour comprendre le raisonnement : donner la même chose, c’est donner plus ! J’ai du à plusieurs reprises leur rappeler que cela ne concerne que le fonctionnement et que les établissements privés et les parents qui leur confient leurs enfants sont pénalisés, puisqu’ils ont à leur charge au niveau primaire l’ensemble des dépenses d’investissement.

Cela constitue une très large économie au profit des communes qui n’ont à intervenir que dans l’entretien et la construction des bâtiments de leurs écoles publiques. C’est notamment le cas dans la ville de Tourcoing.

Une fois de plus, en panne d’idée(s), le regard tourné vers le rétroviseur et les débats du XIXe siècle, les socialistes ont démontré que leur conception de la laicité était celle de la guerre scolaire et non de la tolérance, que leur conception de l’égalité consistait à favoriser les uns au détriment des autres, et que leur conception de la liberté tendait à imposer une école au détriment d’une autre.

A plusieurs reprises, j’ai entendu les orateurs socialistes préciser que l’école publique était l’école de la République. En tant qu’enseignant d’une école catholique sous-contrat, et époux d’un proviseur de l’enseignement public, j’affirme hautement que nous avons l’un et l’autre travaillé pour le service public de l’Éducation nationale, c’est-à-dire pour l’école de la République dans laquelle il n’y a pas de place pour le sectarisme.

mardi 27 novembre 2007

Expérimenter pendant une génération...

On trouvera ci-dessous un hyperlien vers un débat qui opposait, le samedi 24 novembre 2007 sur l'antenne de Radio Canada, Mme Morse-Chevrier, présidente de l'Association des parents catholiques du Québec, et M. Louis Rousseau, professeur en sciences des religions de l'UQAM.



Quelques remarques :

Contrairement à ce que prétend M. Louis Rousseau, les évêques catholiques du Québec n'ont jamais approuvé l'intention du gouvernement du Québec d'imposer le programme d'éthique et de culture à tous. En effet, ils ont déclaré d'une part, le 13 mars 2007, que « [l]a situation particulière des écoles privées catholiques a aussi retenu l'attention. Les évêques ont exprimé l'avis qu'elles devraient avoir la possibilité — si elles le désirent — d'offrir un cours d'enseignement religieux catholique en lieu et place du programme annoncé d'éthique et de culture religieuse. »

D'autre part, dans le même communiqué de 2007, l'Assemblée des évêques catholiques du Québec rappelait sa position déclarée dès 2005  : « comment un programme unique et obligatoire parviendra-t-il à respecter également la conscience des jeunes croyants et incroyants ? Il paraît bien difficile de viser une stricte neutralité en matière religieuse. Comment s'en tenir à une approche purement descriptive, phénoménologique, si l'on veut initier les jeunes à une recherche personnelle de sens et les inviter à une appréciation positive des différentes conceptions du monde ? Il est prévisible qu'un programme unique et obligatoire suscite alors certaines difficultés quant au respect de la liberté de conscience. » Les évêques concluaient donc que « [c]ompte tenu de ces risques et de ces difficultés, l'Assemblée des évêques réserve son jugement sur la valeur du programme annoncé. » On voit mal où les évêques se seraient déclarés, comme le prétendait véhémentement M. Rousseau, en faveur de ce programme d'éthique et de culture religieuse et de son caractère obligatoire.

On ne peut qu'être étonné de la remarque narquoise de M. Rousseau qui déclare qu'Allah est le même Dieu que le Dieu chrétien... Si les deux ont beaucoup en commun (créateur suprême unique), M. Rousseau semble passer à l'identité complète en confondant identité lexicale (les chrétiens arabes appellent bien le Dieu chrétien Allah) et identité de nature (le Dieu musulman ne s'incarne pas contrairement à Dieu-le-fils chrétien, ni ne rachète par son sacrifice les péchés du monde, concept incongru pour les musulmans). Notons que, si ça peut rassurer M. Rousseau, le président George Bush, sommité ès théologies comparées, semble être d'accord avec lui quand il déclara en 2003 au sujet des musulmans : « Je crois que nous adorons le même Dieu. ». On se sent gêné de rappeler que M. Rousseau est professeur des religions à l'Université de Québec à Montréal. (Écouter à ce sujet ce qu'Alain Besançon en disait : « Le rapport à Dieu des musulmans est radicalement différent de celui des chrétiens. »

Notons enfin que les meilleurs arguments de M. Rousseau semblent être que, par ce programme, le Québec serait à l'avant-garde, qu'il serait à la pointe du progrès pour faire rentrer ses futurs citoyens laïcs dans le XXIe siècle. Quand on voit les autres succès progressistes du Québec en matière de « renouveau pédagogique » contesté par des syndicats entiers de professeurs ou encore en matières sociales comme l'avortement et la dénatalité, grandes conquêtes modernes, où il brille également par son « avance », on est en droit d'être très inquiet.

Pour conclure, M. Louis Rousseau se veut rassurant : il faudra une génération pour voir les fruits inconnus de cette expérimentation obligatoire en matière d'éthique et de culture religieuse ! Une génération de gâchée, car le progrès est « inéluctable » ?

Rappelons une vertu rétrograde à M. Rousseau : la prudence. Prudence qui commanderait de rendre ce cours facultatif quand on songe à son caractère expérimental et lorsqu'on voit l'opposition qu'il soulève de la part des parents qui se sentent déposséder des choix éducatifs et religieux de leurs enfants.

Confier aux plus vociférants le nouveau programme d'éthique et de culture religieuse dans les écoles.

Michel Vastel s'inquiète dans un éditorial récent de la hargne et des vociférations des anticléricaux québécois à la pointe du combat pour la déconfessionnalisation des écoles au Québec et l'imposition du nouveau programme d'éthique et de culture religieuse à toutes les écoles, primaires et secondaires, publiques et prétendues privées.
Moi aussi j'ai été surpris de la rage qui s'est emparée de tout ce qui grouille et scribouille au Québec. Fallait-il donc qu'il y en ait, du ressentiment accumulé contre l'Église et ses prêtres, pour que se déchaîne tant de violence dans les propos ! Le cardinal n'est pas très adroit, mais il n'est pas un monstre tout de même...

Ce qui m'a frappé le plus, c'est l'outrecuidance de certains commentateurs et leur assurance à discuter de ce qui se passait au Québec dans les années de grande noirceur, alors qu'ils portaient encore des couches, ou qu'ils n'étaient même pas nés !

Leur a-t-on expliqué que certains des Cégeps dans lesquels ils ont étudié sont d'anciens « séminaires » dans lesquels les curés dispensaient le cours classique ? Leur a-t-on expliqué que les hôpitaux dans lesquels ils sont soignés ont été fondés et longtemps tenus par des religieuses ?

Et leur a-t-on expliqué que la situation dans ces établissements d'éducation et de santé n'était pas plus mauvaise — en fait, bien souvent meilleure ! — que dans les établissements publics d'aujourd'hui...

Toute cette hargne témoigne d'un anticléricalisme irréfléchi. Voilà pourquoi je suis moi aussi préoccupé de voir qu'on va confier aux plus vociférants de cette société le nouveau programme d'éthique et de culture religieuse dans les écoles.

Il y a tout de même 83 % de Québécois qui prennent la peine de préciser à Statistique Canada qu'ils sont de religion catholique et qui vont exiger un peu de respect. Le gouvernement ferait bien d'y penser à deux fois avant d'imposer cette réforme...

mercredi 21 novembre 2007

La coalition Stoppons la réforme réclame un moratoire

La coalition Stoppons la réforme appelle la ministre de l'Education, Michelle Courchesne, à décréter un moratoire sur la réforme de l'éducation afin d'apporter des correctifs jugés urgents et nécessaires à l'apprentissage des élèves québécois.

Cette coalition, qui dit regrouper 7 000 personnes, réclame aussi l'appui de tous les partis politiques du Québec dans cette démarche afin trouver des solutions au déficit croissant du niveau de connaissances des élèves.

« Le constat est cruel. Les élèves de la réforme qui ont été promus au secondaire n'ont pas les connaissances requises, dans de nombreuses disciplines. Nous devons toutes et tous mettre l'épaule à la roue et trouver rapidement des solutions pour endiguer ce problème qui ne pourra aller qu'en s'aggravant. Nous, les enseignantes et enseignants affiliés à la Fédération autonome de l'enseignement (FAE), allons proposer prochainement des pistes visant à corriger cette réforme. Il faut sans plus tarder remettre l'école sur ses rails. Les partenaires de la Coalition feront de même. Nous souhaitons donc que tous les partis politiques prennent le parti de l'éducation et de l'instruction en donnant leur aval à un moratoire pour prendre le temps de corriger la situation, » d'affirmer Pierre St-Germain, président de la FAE.

Le moratoire que réclame la Coalition porte sur les points suivants :
  • — l'implantation des nouveaux programmes de la réforme en 4e et 5e secondaires ainsi qu'à l'éducation des adultes;
  • — le développement de nouveaux manuels ou de matériel pédagogique en lien avec l'actuelle réforme;
  • — l'offre de perfectionnement principalement centrée sur l'approche socioconstructiviste afin de l'axer sur les méthodes d'enseignement et les connaissances à enseigner;
  • — les programmes universitaires de formation des maîtres.
« Il faut, même dès aujourd'hui, décréter le moratoire sur les programmes universitaires de formation en éducation. Aux dires de nombreux enseignants eux-mêmes, il est urgent de procéder à une révision en profondeur des programmes universitaires en formation des maîtres qui accordent trop peu de place aux savoirs disciplinaires. Le "modèle unique" de formation à l'enseignement, centré sur 12 compétences attendues et imposées par le MELS à toutes les universités québécoises, révèle des lacunes évidentes : il fait partie des problèmes que nous connaissons actuellement. Comment peut-on espérer former des enseignants "cultivés" et "qualifiés" en se contentant de les préparer à devenir de simples "accompagnateurs" d'élèves qui "construisent" eux-mêmes leurs connaissances ? En termes clairs, il est essentiel de revenir à un meilleur équilibre entre les connaissances de base et les savoirs techniques. Faut-il rappeler que pour enseigner une matière, quelle qu'elle soit, il faut bien la connaître, » de poursuivre M. Gérald Boutin, professeur à l'UQAM au département d'éducation et de formation spécialisées et, jusqu'à tout récemment, directeur de la formation pratique à cette même institution.

Le nouveau bulletin (le 5e en 7 ans), avec ses notes en pourcentages, ses moyennes de groupe, de même que la réintroduction de l'échec et du redoublement n'ont pas réglé les problèmes fondamentaux de la réforme de l'éducation. En 1996, la Commission des États généraux sur l'éducation a recommandé de mettre l'accent sur les matières de base au primaire et au secondaire et de viser l'égalité des chances pour tous les élèves. « On se rend compte aujourd'hui que le fait d'augmenter le temps alloué au français ou à l'histoire n'a pas donné les résultats escomptés. En plaçant en priorité le développement des compétences au détriment de l'acquisition des connaissances, toutes ces heures supplémentaires n'ont pas servi à l'enseignement des règles de base et à la maîtrise du contenu disciplinaire. Comme parent, je souhaite que l'on place en priorité l'enseignement de la matière et son évaluation et, par la suite, que l'on vérifie si les élèves peuvent l'appliquer en élaborant des projets, » de constater Mme Sonia Saumier, parent de quatre enfants et porte-parole de la première heure de la Coalition.

M. Robert Comeau, professeur associé au département d'histoire de l'UQAM et directeur de la revue Bulletin d'histoire politique, s'inquiète également de cette approche par compétences qui affecte toutes les disciplines. « Le programme d'histoire et d'éducation à la citoyenneté des 3e et 4e secondaires ont provoqué un tollé il y a deux ans. Le ministère de l'Éducation ne semble pas avoir compris le message puisqu'il s'apprête à récidiver avec les programmes de 5e secondaire en occultant de grands pans de l'histoire contemporaine sous prétexte qu'à l'heure d'Internet, les élèves n'ont plus besoin de cours d'histoire sur les grands phénomènes du XXe siècle. Comme si on pouvait se faire une opinion sur les enjeux actuels sans avoir des connaissances historiques du XXe siècle. Il faut que ça cesse! L'école doit d'abord nous permettre d'apprendre et d'élever notre niveau de connaissances. Une fois la connaissance acquise, le temps viendra "plus tôt que plus tard" pour les élèves de mettre en pratique leurs connaissances, » de commenter M. Comeau, membre du conseil d'administration de la Société des professeurs d'histoire du Québec (SPHQ).

Les porte-parole de la Coalition soutiennent que le rôle de l'école n'est pas de faire en sorte que chaque enfant reconstruise des connaissances qui ont pris des siècles à se développer, mais au contraire de transmettre ces connaissances qui font désormais partie de la culture universelle pour que les nouvelles générations puissent aller plus loin en construisant de nouvelles connaissances. « La France et la Suisse ont compris que le développement des compétences et le socioconstructivisme n'étaient pas l'apanage d'un système éducatif qui vise l'instruction et l'égalité des chances de réussite de tous les élèves. Les Français reviennent dès l'an prochain à un apprentissage systématique de la lecture sur la base de méthodes qui ont fait leurs preuves. Nous devons nous inspirer d'eux, » de conclure Pierre St-Germain.

mardi 20 novembre 2007

Le Vatican insiste sur l'identité religieuse des écoles catholiques

CITÉ DU VATICAN, 20 nov 2007 (AFP et ZÉNIT) — Le Vatican insiste sur l'identité religieuse des écoles catholiques

Le Vatican a mis l'accent sur l'identité religieuse des écoles catholiques en les appelant à être "un levain chrétien dans le monde", dans un document publié mardi.

L'Église catholique gère 250.000 écoles à travers le monde, qui accueillent 42 millions d'élèves sur plus d'un milliard d'enfants en âge d'être scolarisés. Généralement fondées par des congrégations, elles sont de plus en plus confiées à des laïcs en raison de la baisse des vocations religieuses.

Le document publié par la congrégation pour l'éducation catholique, le « ministère de l'Éducation » du Vatican, souligne cependant que « le projet de l'école catholique est convaincant seulement s'il est réalisé par des personnes profondément motivées », qui « se reconnaissent dans l'adhésion personnelle et communautaire au Seigneur ».

Le Cardinal Grocholewski a affirmé dans sa présentation qu'« un profond malaise dans le monde de l'école, surtout en occident » ; les professeurs « sont démotivés et frustrés dans leur tâche éducative. Il y a de nombreux signaux d'alarme inquiétants comme l'augmentation de la violence dans les écoles et entre les adolescents, comme la difficulté des familles — qui il ne faut pas l'oublier sont les premières responsables de l'éducation des enfants — à prendre part active à la communauté éducative scolaire ».

Il indique que la formation professionnelle des enseignants doit être complétée par « un parcours approprié de formation théologique ».

Le document, intitulé Éduquer ensemble dans l'école catholique, prend acte du fait que, de plus en plus souvent, ces écoles accueillent des élèves, mais aussi des enseignants « provenant de contextes culturels et religieux différents ».

Cette réalité doit pousser les religieux et laïcs catholiques qui composent la communauté éducative à renforcer leur collaboration pour offrir un « témoignage de foi », estime-t-il.

« Être un bon enseignant ne suffit pas », a insisté le cardinal Zenon Grocholewski, préfet de la congrégation pour l'éducation catholique, au cours d'une conférence de presse au Vatican. « Toutes les matières qui contribuent à la formation de la personne humaine doivent être accompagnées d'un témoignage de vie correspondant », a ajouté le cardinal polonais.

Ce document paraît alors que certains évêques français reprochent aux écoles privées catholiques de ne pas assez affirmer leur identité religieuse.

L'évêque d'Avignon Jean-Pierre Cattenoz a ainsi récemment déclaré que la tâche de l'école catholique était avant tout « de faire connaître Jésus-Christ aux enfants ».

Les écoles catholiques accueillent en France 16,7 % des élèves et sont presque toutes animées par des laïcs.

lundi 19 novembre 2007

Latin obligatoire pour tous à l'école : Genève veut innover

Le Matin de Lausanne rapporte qu'en réponse à deux initiatives contradictoires de réforme du Cycle d'orientation, le ministre de l'Éducation prévoit un tronc commun en 1ère année de secondaire, avec un cours d'initiation à la culture latine.

« Il ne s'agira pas d'enseigner le latin de façon classique, mais plutôt de dégager les principes de la langue, comme l'étymologie des mots et les cas. Le but est aussi d'aider les élèves dans l'apprentissage de l'allemand ou du français », explique Georges Schürch, directeur du Cycle d'orientation. Si certains enseignants sont assez séduits par l'idée, d'autres craignent une perte de temps. « La civilisation romaine pour tous, c'est bien, pour autant que ceux qui veulent poursuivre l'apprentissage du latin ne soient pas lésés. Nous avons déjà perdu beaucoup d'heures », note Laurence Hallak, présidente du groupe latin au Cycle d'orientation.

Genève est pionnier en la matière. Le canton de Vaud n'a jamais envisagé de rendre le latin obligatoire. Neuchâtel a introduit en 2001 un cours obligatoire de « langue et culture de l'Antiquité » pour les élèves de 7e et 8e, mais uniquement pour ceux qui se destinent à une maturité. Jean-Claude Marguet, chef de l'enseignement obligatoire neuchâtelois, en tire un bilan positif: « Ce cours aide à la bonne maîtrise du français. »

Le projet et les deux initiatives seront soumis au vote des Genevois en 2008.

dimanche 18 novembre 2007

L'éducation chez les juifs orthodoxes d'Israël

Le Devoir se réjouissait il y a quelque temps que la ministre de l'Éducation du Québec allait serrer la vis en ce qui concerne les écoles juives à Montréal.

Le journal Un Écho d'Israël relate comment, pour les Juifs orthodoxes, l'enseignement des matières profanes posent des difficultés. Les modifications que veut imposer le ministère de l'Éducation seront-elles vraiment aussi bien reçues (et réellement appliquées) que le laissait entendre l'article du Devoir, rappelons que le Devoir décrivait la Ministre Courchesne comme « toutefois confiante en la bonne volonté de la communauté. » Malheureusement Le Devoir n'avait pas jugé bon de laisser la parole aux personnes concernées par la décision du Monopole.
Cécile Pilverdier pour Un Écho d'Israël

Au début de l’année scolaire 2007-2008 la ministre de l’Éducation Yuli Tamir, a décidé de dispenser les petites écoles talmudiques de l’étude de l’anglais et des mathématiques. Cela veut dire que 25 000 élèves termineront le lycée sans avoir de base en anglais en mathématiques et en sciences. Ceci sous la pression des Juifs orthodoxes.

En 2010 en Israël, un élève sur quatre apprendra l’araméen au lieu de l’anglais, le Talmud au lieu des mathématiques et la loi juive au lieu des sciences.

Cette décision a été prise après des réunions au ministère, en vue de discussions au tribunal de Grande Instance sur le sujet. Devant cette décision, l’organisation des professeurs du secondaire a interpelé le ministère de l’Éducation : pourquoi paye t-il des institutions qui n’enseignent pas l’anglais, les mathématiques et les sciences ? En vue de cette discussion, Y. Tamir est arrivée à un compromis face aux responsables du système de l’éducation religieuse, car dans la plupart des écoles orthodoxes il y a ce programme obligatoire, mais cependant 25 000 élèves, des classes de seconde à la terminale (les élèves des petites écoles talmudiques) en seront dispensées.

« Selon le plan, préparé par les conseillers juridiques du ministère, la ministre accordera la dispense à ces milliers d’élèves. Ils seront obligés d’apprendre seulement les matières religieuses, et ils recevront 55 % du budget donné par l’État aux écoles gouvernementales », a déclaré un fonctionnaire du ministère. Il s’agit là d’une décision très problématique, mais du côté des orthodoxes, l’étude de ces matières laïques sont une faute qu’ils ne peuvent pas accepter.

La décision de Y. Tamir est un échec supplémentaire dans le combat face aux orthodoxes. Il y a quelques mois la loi « Nhaari » a été votée, dans laquelle 75 à 100 % des études seraient religieuses. Cette loi Nhaari prévoit que les mairies participeraient au budget des écoles religieuses et privées. Les autorités locales pensent que cette décision va encourager toutes les écoles religieuses et privées à exiger un budget supplémentaire auprès des caisses qui sont vides. Si elle est appliquée, cette loi enlèvera à 25 000 élèves la possibilité d’acquérir les moyens d’insertion dans le monde du travail et de la société israélienne. A la lumière du soutien qu’a obtenu cette loi au gouvernement et à la Knesset, on peut douter de l’opposition des députés face à la décision du ministère de l’Éducation au sujet des « petites écoles talmudiques ».

Cette décision va aussi causer un problème au bureau des statistiques, qui annonçait que l’éducation [N.D.L.R. le nombre d'élèves ?] chez les orthodoxes augmentait chaque année de 10 % alors que la gouvernementale et gouvernementale religieuse diminuait de 2 %.

Résultat : avec le temps le nombre de ces élèves augmentera et la possibilité pour eux de participer au monde du travail diminuera.

Y. Tamir : « Impossible de les obliger »

« Nous hésitons encore : que faire avec ce groupe de garçons des petites écoles talmudiques ? De toute façon nous ne pourrons pas les obliger à enseigner ces matières et je sais que par la force cela ne marchera pas » dit Tamir, « pour moi c’est un vrai dilemme. Qu’on les oblige ou non, ils ne le feront pas. La solution est sans doute de les en dispenser et de construire un système pour les aider par la suite. Il faut reconnaître que du temps de Ben Gourion, Israël a décidé de leur laisser leur propre système d’éducation. Cette autonomie, on ne peut pas la leur enlever. Ils ont une grande force et l’éducation est pour eux la priorité » poursuit la ministre.

« La décision de la ministre de l’Éducation est une reddition totale face aux rabbins et orthodoxes dont le but est de garder sous leur emprise le public orthodoxe, et de garder ces jeunes gens dans les ghettos et la pauvreté » a répondu Kobi Ben Aroukh, étudiant en philosophie issu de ces milieux. « Ce n’est pas pour rien que les rabbins se dressent pour empêcher l’éducation de ces jeunes. Ils savent que l’obéissance du peuple orthodoxe à leurs ordres, dépend du manque de cette culture et de l’absence de communication avec un monde autre que le leur. De ma propre expérience, les manques de connaissance que j’ai dû acquérir, du fait de mes études dans ces écoles, étaient énormes et m’ont demandé des années d’efforts surhumains et presque impossibles pour arriver au niveau d’un jeune qui a fait ses études dans le système normal » déclare Ben Aroukh.

Deux réactions (publiées dans Maariv) :

- L’une contre le système orthodoxe (D’un ancien élève des écoles talmudiques, Yéhouda Chohat)

« Comme enfant et jeune orthodoxe, l’absence de l’anglais, de l’hébreu, des maths et même de quelques leçons de sport, je ne l’ai pas ressentie. D’ailleurs autour de moi on parlait beaucoup le yidiche et l’araméen du Talmud, et la pensée de communiquer un jour avec le monde laïque semblait inutile.

Puis, en grandissant, on voit que le monde réel, celui où l’on travaille pour gagner sa vie et parfois même où l’on essaie de monter dans les degrés académiques, nous sont complètement bloqués par le système orthodoxe. Remets-tu ta foi en question ? Veux-tu simplement t’instruire pour gagner ta vie dans un métier non lié au religieux ?...Combles les manques par toi-même !

La décision d’étudier les matières profanes dans les écoles orthodoxes devait supprimer ce problème, car elles ne préparent pas à la vie extérieure, mais les quelques heures octroyées permettent d’aider les orthodoxes à un minimum de relation avec le monde extérieur.

Mais les orthodoxes ont fait tout ce qu’ils pouvaient pour éviter que ce plan existe et pour repousser le pouvoir des laïcs sur le ministère de l’éducation religieuse.

Quelques étudiants religieux et les petites yéchivot ont cédé dès le départ au budget maximal auquel ils ont droit, au moins officiellement, pour rester avec trois heures d’anglais et de maths par semaine. Qu’on ne s’y trompe pas. Le but, même s’il n’est pas dévoilé, est de garder cet isolement de la diaspora que la société orthodoxe a construit autour d’elle, même en Israël.

Et ce n’est pas tout. Finalement il s’agit d’une boule de neige effrayante pour diviser la société israélienne. Mais si les orthodoxes achkénazes ont le droit, pourquoi est-ce que les institutions du Chass séfarades n’obtiendraient-elles pas cette même dispense ?

Dès maintenant la ministre de l’Éducation aura sur la conscience chaque jeune orthodoxe qui demandera à s’intégrer à la société israélienne et qui aura du mal à trouver un langage commun. La vraie tragédie viendra plus tard, quand le grand nombre d’enfants orthodoxes atteindra le tiers de la population et qu’il y aura un tas d’incultes dans ce petit pays.

Et j’ajoute un mot sur le revenu de la population orthodoxe que l’on peut entrevoir : même à Téhéran on a déjà compris que la culture est la base d’une société forte, même si elle est religieuse ».

- L’autre pour le système orthodoxe : ( du rabbin et député Meïr Poroukh)

La ministre de l’Éducation est rentrée d’une visite d’étude du système éducatif à Singapour et elle en ramène un grand espoir pédagogique : il faut diminuer les matières dans les écoles, donner plus de leçons de philosophie, créer plus de distance entre les élèves et les professeurs, etc.

Il est intéressant de noter que la ministre ait dû voyager jusqu’à Singapour pour comprendre certaines choses que l’on peut apprendre près de chez soi, chez les orthodoxes, à tous les degrés. Ici chez nous : à Jérusalem, à Bné Brak, à Modiin et à Beit chemech.

Un institut éducatif, comme nous disons et redisons, n’est pas un atelier où l’on emmagasine le savoir, mais un lieu où l’on acquiert des valeurs : « Et tu diras à tes fils ». C’est la boussole par laquelle on apprend à déchiffrer le secret de l’existence juive.

La réponse à la question, comment le peuple juif existe-t-il et pourquoi lui seul survit-il à tous les peuples du monde ancien ? Il survit parce qu’il n’oublie pas quelle force inouïe est incarnée dans ces mots éternels, de foi pure et d’idéal.

Malheureusement, dans l’école gouvernementale en Israël on n’apprend pas vraiment qu’elle est la vraie relation du peuple d’Israël avec la terre d’Israël. La plupart des professeurs, ne connaissent pas les racines de la culture juive. Parfois le ministère de l’Éducation publie des informations aux journalistes, sur la nécessité de renforcer l’étude du judaïsme pour empêcher le danger d’assimilation.

L’information est donnée aux journalistes, mais concrètement, très peu est fait et même rien du tout.

Si la ministre a appris des gens de Singapour, qu’il faut restreindre les matières générales dans les écoles et donner plus de philosophie, il serait bien de l’apprendre d’abord des écoles orthodoxes. Chez nous, on met en premier l’accent sur les valeurs. C’est vrai, la notion même de valeurs en Israël n’est plus à la mode, et les valeurs juives en particulier sont considérées comme archaïques, mais nous croyons que les valeurs de la Tora d’Israël sont la base de tout.

Les études générales pourraient compléter le programme scolaire, comme cela se passe concrètement chez nous, mais l’essentiel, c’est que les élèves approfondissent leur identité juive. Ainsi, pas d’études artificielles, et pas de connaissances inutiles, les valeurs juives sont les plus importantes.

Madame Tamir s’étonne du système d’éducation de Singapour, mais tout ce qui existe là-bas n’est pas bon pour la jeunesse israélienne. Ce qui existe dans l’éducation orthodoxe est bon pour le futur du peuple juif ».