lundi 22 juillet 2024

L’économie canadienne n’est peut-être pas en récession, mais c’est tout comme

La forte croissance démographique a permis d’éviter une chute pure et simple du produit intérieur brut canadien, mais la production par personne [PIB/habitant] diminue tandis que le taux de chômage augmente, et habituellement c’est quelque chose qui ne survient qu’en période de récession. Les réductions de taux d’intérêt de la Banque du Canada finiront par alléger une partie de la pression qui pèse sur les ménages. Avec la normalisation du pouvoir d’achat, nous prévoyons que la croissance par habitant deviendra positive d’ici le deuxième semestre de l’an prochain.


[...]

  • Cependant, la vigueur de la croissance démographique [en moins politiquement correct : l'immigration effrénée ] – la plus forte en plusieurs décennies – a camouflé les aspects récessionnistes de la conjoncture économique. Le Canada a gagné 2,1 millions de consommateurs depuis le milieu de 2022.
  • La production réelle par personne a décliné pendant six des sept derniers trimestres, et parallèlement le chômage a augmenté.

La taille totale de l’économie canadienne a continué de croître, ce qui a permis d’éviter de justesse les baisses consécutives du PIB qui constituent normalement la définition d’une récession, dans la foulée de la flambée de l’inflation et des énergiques hausses de taux d’intérêt de la Banque du Canada en 2022-2023. Néanmoins, cela est uniquement dû à la vague de nouveaux consommateurs en provenance de l’étranger. La population du Canada a augmenté de 6 % entre le deuxième trimestre de 2022 et le premier trimestre de cette année, ce qui représente 2,1 millions de nouveaux consommateurs de plus dans l’économie. Les dépenses de consommation représentent plus de la moitié du PIB, et bon nombre des nouveaux arrivants (dont la part est plus élevée que celle de la population née au Canada [manquerait plus que les immigrants en bonne part soient des retraités!] sont aussi des travailleurs qui contribuent à la capacité de production de l’économie.


[...] Par personne et sur une base corrigée de l’inflation, les dépenses des ménages sont inférieures de 2,6 % à leur sommet d’après la pandémie, et de 2 % à leur niveau d’avant la pandémie en 2019, étant donné que les prix et les taux d’intérêt plus élevés réduisent le pouvoir d’achat. Le PIB par habitant a diminué pendant six des sept derniers trimestres à 3,1 % pour s’établir sous le niveau de 2019.

La hausse de 1,6 point de pourcentage du taux de chômage est plus faible que celle qui a été observée pendant les récessions plus importantes, et la base comparative est le niveau d’après la pandémie, soit le plus bas en un demi-siècle. Cependant, depuis les années 1970, le Canada n’avait pas connu d’écart aussi important entre le taux de chômage le plus bas et le taux le plus haut en dehors des périodes de récession. À la suite de l’éclatement de la bulle Internet en 2000, cette augmentation avait atteint 1,5 point de pourcentage.

Environ la moitié de l’augmentation du taux de chômage par rapport à son creux d’après la pandémie est attribuable aux mises à pied, lesquelles ont augmenté de 20 % par rapport à l’an dernier en juin. Et environ 40 % de l’augmentation du chômage est attribuable aux étudiants et nouveaux diplômés qui ont du mal à trouver un emploi.

Le déclin du PIB canadien par habitant est moins marqué que lors des ralentissements plus récents. En 2008, la production réelle par habitant a chuté de 5 % entre son sommet et son creux, ce qui est comparable à la contraction du début des années 1990. La chute des années 1980 a été plus importante, à 7 %. Mais la baisse actuelle du PIB par habitant est plus importante que lors des périodes précédentes considérées comme des récessions.


Source : Banque royale du Canada, RBC

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samedi 20 juillet 2024

Éoliennes: du rêve aux réalités

Les éoliennes sont en quelques années devenues le symbole de la transition écologique. Quels enseignements politiques, sociaux, économiques et environnementaux peut-on tirer de leur multiplication ? Le rêve est-il en phase avec la réalité ? Professionnels, experts et riverains nous dévoilent les envers du décor.

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Il faut mettre fin à la « cécité énergétique »

jeudi 18 juillet 2024

Il faut mettre fin à la « cécité énergétique »

Il existe un décalage entre l'ambition du Canada (et du Québec) d'électrifier notre réseau électrique et notre réticence à augmenter la capacité de production d'électricité, écrit Phillip Cross dans le National Post.

Dans sa mise à jour mensuelle sur les tendances énergétiques, Statistique Canada a indiqué plus tôt ce mois que cette année, pour la première fois, le Canada est devenu un importateur net d'électricité. Ce changement dans la balance commerciale de l'électricité révèle les lacunes d'une stratégie énergétique qui privilégie désormais la décarbonation au détriment de la sécurité énergétique, laissant les consommateurs vulnérables aux pénuries d'approvisionnement et à l'augmentation des prix.

Traditionnellement, le Canada a produit un surplus d'électricité qu'il a exporté vers les États-Unis. Mais en avril, la production totale d'électricité a baissé de 6,9 % par rapport à l'année précédente, poursuivant une tendance amorcée au début de l'année. Cette baisse est due à la sécheresse qui a touché une grande partie du pays et qui a réduit la production hydroélectrique, ainsi qu'aux travaux de maintenance prévus dans les centrales nucléaires.

L'hydroélectricité et le nucléaire représentent un peu plus des deux tiers de la production totale d'électricité au Canada. L'hydroélectricité a contribué à hauteur de 26 millions de mégawattheures (MWH) et le nucléaire à hauteur de 5,2 MWH à la production totale d'électricité, qui s'est élevée à 45,7 MWH en avril. La baisse de la production d'électricité d'origine hydraulique et nucléaire au Canada nous a obligés à importer 2,6 millions de MWH des États-Unis en avril, tandis que nos exportations ont chuté de 64,4 % pour atteindre 1,7 million de MWH.

Le plan canadien de réduction des émissions de gaz à effet de serre repose en grande partie sur l'énergie hydroélectrique, qui couvre la majeure partie de nos besoins énergétiques en croissance rapide. Nous restons ambivalents à l'égard de l'énergie nucléaire, l'Ontario et le Nouveau-Brunswick étant les deux seules provinces à en produire après que le gouvernement du Parti québécois a fermé l'unique centrale nucléaire du Québec en 2012.

Les détracteurs des énergies éolienne et solaire soulignent souvent leur caractère intermittent lorsque le vent ne souffle pas ou que le soleil ne brille pas. Les sources d'électricité intermittentes comme celles-ci nécessitent le maintien de sources d'énergie de secours fiables, notamment les centrales électriques qui brûlent des combustibles fossiles tels que le pétrole, le gaz naturel ou le charbon. La récente réduction de la production d'hydroélectricité montre qu'elle aussi peut parfois être une source d'énergie peu fiable.

Les événements récents soulignent l'importance fondamentale de la sécurité de l'approvisionnement énergétique pour les clients. La sécurité énergétique signifie un approvisionnement fiable et abordable. Toute interruption prolongée de l'approvisionnement serait catastrophique. En février 2022, le Texas a été à quelques minutes de l'effondrement de son réseau électrique lors d'une tempête de verglas, une calamité qui n'aurait pas pu être entièrement réparée avant le mois de mai. Chez nous, le réseau de l'Alberta a été poussé presque au-delà de ses limites lors d'une vague de froid intense en janvier dernier. Cela aurait eu plus de conséquences et aurait mis davantage de vies en danger qu'un effondrement du réseau au Texas, compte tenu du froid extrême que connaissait l'Alberta.

L'électricité est essentielle à la vie et au mode de vie de la plupart des Canadiens. Comme l'a fait remarquer l'ancien ministre ontarien Dwight Duncan lors d'une récente conférence sur la politique énergétique, l'Ontario et le Québec ont la demande d'énergie la plus élevée au monde en raison des pics de demande en hiver et en été. Mais il y a un décalage entre l'ambition du Canada d'électrifier son réseau électrique et sa réticence à augmenter sa capacité de production d'électricité. L'électrification de nos maisons et de nos véhicules tout en utilisant des technologies gourmandes en énergie implique une augmentation massive de notre consommation d'électricité.

Ce n'est que récemment que les gouvernements ont commencé à se rendre compte que la demande d'électricité prévue dépasse de loin l'offre. C'est pourquoi l'Ontario et le Québec ont récemment annoncé des plans ambitieux et coûteux pour augmenter la production d'électricité. L'Ontario agrandit et remet en état son vaste réseau de centrales nucléaires. Au Québec, le gouvernement provincial a nommé l'année dernière Michael Sabia à la tête d'Hydro-Québec pour mettre en œuvre un plan visant à augmenter considérablement l'énergie hydraulique et éolienne afin de répondre à la demande future, en écartant des plans qui mettaient l'accent sur la conservation de l'énergie et qui auraient inévitablement nécessité des hausses de prix impopulaires. L'expérience de l'Alberta, qui a frôlé la catastrophe, l'a amenée à restructurer son réseau pour réduire la priorité accordée aux sources d'énergie renouvelables imprévisibles.

Le fait que le Canada soit devenu un importateur net d'électricité depuis le début de l'année nous rappelle qu'il nous reste beaucoup à faire pour augmenter la production, d'autant plus qu'importer de l'électricité des États-Unis signifie dépendre de combustibles fossiles à fortes émissions pour produire de l'énergie. La lenteur avec laquelle nous avons construit des mégaprojets au cours des dernières décennies soulève de sérieuses questions quant à notre capacité à réussir.

L'Union européenne a mis un terme à sa volonté de décarboniser son approvisionnement énergétique avant même l'invasion de l'Ukraine par la Russie, alors que le coût pour les ménages, l'industrie et les gouvernements ne cessait de croître. Richard Norris, du Canadian Global Affairs Institute, qualifie de "cécité énergétique" notre propre refus de reconnaître l'importance primordiale d'une énergie abondante et bon marché. Cette cécité doit cesser.

mercredi 17 juillet 2024

Le Canada, 3e pays où les ménages sont les plus endettés

Le Canada se trouve en troisième position mondiale en ce qui concerne l’endettement chez ses citoyens, selon une nouvelle étude de Desjardins. Ceux-ci feraient face à une hausse de taux directeur historique.

« La [Banque du Canada] a récemment amorcé une réduction graduelle de son taux directeur, mais à 4,75 % celui-ci demeure à un niveau élevé d’un point de vue historique », ont indiqué Maude Drapeau et Lorenzo Tessier-Moreau, économistes et auteurs du rapport publié mardi.

Le pays figure donc au troisième rang du podium, derrière l’Australie et la Suisse qui obtient la médaille d’or.

Avec la hausse des taux d’intérêt, combinée à l’augmentation du coût de la vie, les Canadiens ont encore plus de mal à épargner. Près de trois individus sur cinq estiment que leur revenu n’a pas suivi le coût de la vie.

Ceux avec un revenu plus faible doivent aussi se priver dans leur budget. Celui-ci se concentre principalement sur des besoins primaires comme le logement, le transport et l’alimentation, selon l’étude.

Le revenu des ménages a généralement diminué pour tous les Canadiens, sauf pour les plus fortunés. « Depuis 2021 [ils] sont les seuls à avoir enregistré une hausse de leur revenu disponible réel », a mentionné le rapport.

Les taux d’intérêt plus élevés, notamment sur l’habitation et les véhicules, sont l’une des raisons qui influencent la distribution des revenus à l’avantage des plus riches.

Ce sont ces mêmes personnes qui auraient d’ailleurs accumulé la majorité de la dette globale, selon Desjardins. Elles possèdent néanmoins plus d’actifs financiers et d’investissements, ce qui explique leur revenu supérieur.

Le coût des intérêts sur la dette affecte le plus les 20 % les moins riches (1er quintile) des ménages (en vert foncé).

dimanche 14 juillet 2024

66 % des Français sont de droite, selon Dominique Reynié

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samedi 13 juillet 2024

France — Ce n'est qu'en 1880 que le 14 juillet est devenu la fête nationale

Pourquoi le 14 juillet est devenu fête nationale ? Depuis quand ? L’historien Jean Sévillia raconte les dessous de cet évènement symbolique et les enjeux de sa commémoration. Jean Sévillia est Rédacteur en chef adjoint du Figaro magazine et écrivain. Son dernier livre Histoire passionnée de la France est paru chez Perrin.

Depuis quand et pourquoi le 14 juillet est-il devenu notre fête nationale ? Que commémore-t-on exactement ?

Jean Sévillia : C’est en 1880 que le 14 juillet est devenu fête nationale. Reprenons le contexte. En 1871, après l’effondrement du Second Empire et la défaite face aux Prussiens, se met en place, avec une majorité royaliste élue au suffrage universel, un régime d’attente, fait pour préparer la restauration de la monarchie, restauration qui n’aura pas lieu en raison de la division entre légitimistes et orléanistes et du refus du comte de Chambord, l’aîné des Bourbons, de composer avec les principes issus de la Révolution.

Faute de roi s’installe une République conservatrice, la République des ducs (Mac-Mahon, Broglie, etc.) En 1876, les républicains de conviction obtiennent la majorité à l’Assemblée. En 1877, ils forcent le Président conservateur, Mac-Mahon, à se soumettre en acceptant la prééminence du pouvoir législatif sur le pouvoir exécutif. En 1879, le Sénat passe aux républicains et Mac-Mahon démissionne. Commence alors la République des Jules (Simon, Grévy, Ferry), la République des républicains.

Sous le Second Empire, on fêtait la Saint-Napoléon le 15 août, date de l’Assomption, grande fête mariale dans l’Église catholique, fête confortée, en 1854 par la proclamation du dogme de l’Immaculée-Conception par le pape Pie IX. Le 15 août était donc la fête nationale de la France sous Napoléon III. Symboliquement, quand ils arrivent au pouvoir, en 1879, les républicains veulent donc instaurer une fête nationale qui soit en accord avec le projet politique dont ils sont porteurs : républicaniser la France, la couper de l’influence de l’Église.

Depuis 1872, le parti républicain organisait des manifestations privées à la date du 14 juillet. Lors d’un discours prononcé le 14 juillet 1872 à La Ferté-sous-Jouarre, Gambetta avait ainsi exalté le souvenir de la prise de la Bastille, affirmant que le peuple de Paris ne s’était pas levé « pour renverser une Bastille de pierre, mais pour détruire la véritable Bastille : le Moyen-Age, le despotisme, l’oligarchie, la royauté ».

La loi promulguée le 6 juillet 1880 annonce que « la République adopte le 14 juillet comme jour de fête nationale annuelle ». Le choix de cette date, en réalité, ratifie une pratique antérieure du parti républicain, mais en jouant sur la double signification du 14 juillet : les radicaux commémorent la prise de la Bastille (14 juillet 1789), tandis que les modérés, à qui la violence révolutionnaire fait peur, préfèrent se souvenir de la Fête de la Fédération (14 juillet 1790).


Prise de la Bastille le 14 juillet 1789. Aquarelle d’époque, de Jean-Pierre Houël

Dès lors, ce choix fera-t-il l’objet d’un consensus ?

En 1880, le 14 juillet ne fait pas l’unanimité. Ni les conservateurs, qui n’ont accepté la République que par défaut, ni les catholiques, heurtés de front par l’anticléricalisme gouvernemental, anticléricalisme qui restera le ciment du parti républicain jusqu’en 1914, ne sont prêts à commémorer un évènement révolutionnaire. Jusqu’à la Grande Guerre, le 14 juillet, à l’instar de l’école laïque de Jules Ferry, restera idéologiquement marqué : il est un symbole républicain, c’est-à-dire de gauche, anticlérical et patriotique au sens des Volontaires de l’An II. Peu à peu, toutefois, il deviendra une fête populaire, avec ses bals et ses lampions.

Le 14 juillet 1919 voit le défilé de l’armée française victorieuse, derrière Joffre et Foch, avec des détachements de tous les pays vainqueurs. Les deux France se retrouvent dorénavant dans un 14 juillet qui revêt plus une signification militaire et nationale que politique. La politique revient le 14 juillet 1935 avec le défilé politico-syndical des organisations de gauche, prélude au défilé unitaire du 14 juillet 1936 qui rattache le Front populaire au mouvement de 1789.

Le 14 juillet 1945, c’est de nouveau un défilé de la victoire. A l’exception de 1989 et du défilé du Bicentenaire griffé par le publicitaire Jean-Paul Goude, la fête nationale s’est éloignée de sa source originelle. Elle n’est plus qu’une fête militaire, chérie du grand public, une fête populaire, avec ses feux d’artifice et encore ses bals de pompiers, et un microévènement politique pour les amateurs de « petites phrases », dans les années où le chef de l’État parle à la télévision... Les restrictions budgétaires ont enterré la garden-party, qui était en passe de devenir une tradition mixte, à la fois républicaine dans la mesure où tout citoyen, virtuellement, pouvait être amené à fouler les pelouses de l’Élysée, et monarchique dans l’autre mesure où il fallait une invitation du Château pour y participer.

On a fait de la prise de la Bastille l’élément fondateur marquant le début de la Révolution française. Est-ce vrai ? Est-ce réellement la borne qui marque « le début de la fin d’un monde » ?

Le 20 juin 1789, quand les députés du tiers-état qui se sont proclamés les mandataires de toute la population française, excluant de la représentation nationale la noblesse et le clergé, se rassemblent dans la salle du Jeu de Paume, à Versailles, et font serment de ne pas se séparer avant d’avoir donné une Constitution à la France, la Révolution commence vraiment, puisque les institutions qui maintenaient l’ancienne France deviennent caduques.

Il en est de même pour le 4 août 1789, où ce qu’on appelle improprement « l’abolition des privilèges », privilèges qui représentaient en réalité l’organisation socioterritoriale de droit coutumier de l’Ancien Régime, marque l’entrée dans un monde nouveau. Le 5 et 6 octobre 1789, quand la foule ramène la famille royale à Paris et que le roi est prisonnier de la révolution parisienne, marque aussi la fin d’un monde.

La prise de la Bastille était-elle un mouvement populaire spontané, une révolte plébéienne contre l’arbitraire, ou bien une manipulation des masses orchestrée par le haut ?


Le 12 juillet 1789, Camille Desmoulins appelle les Parisiens à prendre les armes. Le 14 juillet au matin, quelques milliers d’émeutiers envahissent les Invalides, et prennent armes et canons. A l’autre bout de Paris, la Bastille, prison d’Etat dénoncée par les libellistes comme un symbole de l’arbitraire royal, est assaillie non par la population spontanément mobilisée, mais par une bande d’agitateurs qui ont préparé l’opération. De l’édifice sont extraits, en fait de victimes de l’absolutisme, sept prisonniers, dont quatre faussaires, deux fous et un débauché.

Le gouverneur Launay, qui a capitulé devant l’émeute et qui a été conduit à l’Hôtel de Ville, est assassiné avec Flesselles, le prévôt des marchands, leurs corps étant dépecés et leurs têtes placées au bout d’une pique. 83 assaillants ont péri dans l’assaut. Le premier sang de la Révolution a coulé. L’opération a été orchestrée, mais elle a revêtu tout de suite un sens politique et une dimension symbolique.

On évoque souvent les mots de Louis XVI dans son journal le jour de cet évènement historique : 14 juillet : rien, pour montrer l’aveuglement et la nonchalance du roi. Comment se fait-il que ce dernier ne se soit pas rendu compte de l’importance de l’évènement ?

Rappelons d’abord que ce « rien » consigné par Louis XVI dans son carnet désignait son tableau de chasse, vide en l’occurrence puisqu’il n’avait pas chassé ce jour-là. Il est néanmoins exact que le roi n’a pas tout de suite pris la mesure de ce qui s’est passé à la Bastille, d’où le dialogue, authentique ou apocryphe, survenu lorsqu’on lui a raconté les évènements : « Mais c’est une révolte ? — Non, Sire, c’est une Révolution ! » Horrifié par le récit de la mort de Launey et Flesselles, Louis XVI sera conforté dans son refus de verser le sang, disposition d’esprit qui va lui dicter sa conduite face à la Révolution.

Le 14 juillet peut-il être le moment permettant la réconciliation des deux histoires de France, révolutionnaire et contre-révolutionnaire, dans la « République, notre royaume de France » chère à Péguy ?

La question me semble un peu dépassée, dans la mesure où la vie politique française ne s’organise plus du tout autour de l’axe pour ou contre la Révolution. Le débat sur la Révolution n’est pas épuisé intellectuellement, mais il n’a pas de traduction politique immédiate. En sens inverse, le 14 juillet d’aujourd’hui n’a pratiquement rien à voir avec la Révolution, ce qui était déjà le cas en 1989, lors du défilé du Bicentenaire évoqué plus haut. Encore une fois, le 14 juillet n’est plus que la fête de l’armée, ce qui déplace le débat : le rituel militaire est-il vraiment compris dans une époque où le patriotisme n’est plus enseigné, où l’armée est invitée à se battre pour les droits de l’homme et non pour le territoire national ou les intérêts extérieurs du pays, et où le sens du sacrifice renvoie à une morale en voie de disparition ?

Source


vendredi 12 juillet 2024

France — l'envers du décor de l'examen oral de français du bac

Professeur de français en banlieue parisienne, Ophélie Roque s’en prend dans le Figaro, avec humour, à l’examen de l’oral de français comptant pour le baccalauréat. Un exercice de bachotage qui fait disparaitre toute forme de spontanéité et que l'Éducation nationale devrait repenser, estime-t-elle.


Du 9 au 15 juillet s'échelonneront les résultats des épreuves anticipées du baccalauréat de français pour les 535.400 élèves de première qui ont passé l'épreuve. L'exercice, souvent source de stress pour les étudiants, est quant à lui synonyme d'ennui pour la classe professorale qui voit chaque année s'avancer vers elle l'hydre rampante de la vacuité réglementaire et étatique.

Je ne parlerai pas ici des épreuves écrites (ce n'est, ni plus ni moins, qu'une longue plâtrée qu'il s'agit de digérer le plus proprement possible) mais des oraux qui sont infiniment plus intéressants à décrypter tant l'exercice conjugue tout ce qu'il y a de pire : un bachotage ad nauseum et la disparition tragique de toute forme de spontanéité.

Pour ceux qui n'auraient pas la chance d'avoir un adolescent à la maison, je me permets ici de rappeler brièvement en quoi consistent ces oraux. L'épreuve, divisée en deux parties, se construit sur l'analyse (12 minutes chrono !) d'un texte étudié en classe suivie d'un entretien de 8 minutes portant sur une œuvre dite experte.

Sur le papier, cela fait sens, on mélange les savoirs acquis à l'intelligibilité d'une pensée personnelle. Que nenni ! Chassez de votre esprit cette trompeuse illusion ! L'épreuve n'est en rien formatrice, c'est un leurre, un appât qu'on jette au bon sens, un mur d'illusion. En un mot, un traquenard.

Mais alors en quoi peut bien consister ce Barnum académique ? Pendant six jours, le professeur connaît les délices du travail à la chaîne, un candidat entre, un autre en sort et ceci jusqu'à la nausée. 14 élèves à faire passer par jour à raison de 30 minutes de préparation écrite et de 20 minutes dédiées à la prise de parole. Pire, bien pire qu'Ixion attaché à la roue par des dieux grecs décidément un rien plaisantins ! Et tournez manège !


Niveau organisation, chaque seconde perdue se répercute amèrement dans un effet boule de neige du plus mauvais aloi.

Si l'on m'autorise un tantinet de provocation, je dirai qu'il y a d'ailleurs souvent plus d'intelligence à l'œuvre quand un candidat se retrouve face à un texte qu'il n'a en rien révisé.

Commençons toutefois par les bonnes nouvelles, je salue les candidats qui — dans leur grande majorité — ont fait l'effort de se préparer au mieux à l'épreuve demandée. Bravo à eux ! Leur implication et leur sérieux furent souvent payants. Le problème étant moins les candidats que l'épreuve elle-même qui ne favorise en rien l'épanouissement intellectuel. L'institution, à un moment donné, s'est mise à dérailler. Qu'on m'explique un instant l'intérêt de demander à des élèves de 16 ans de recracher de mémoire une analyse qui ne leur est en rien personnelle mais qui fut conçue, élaborée et rédigée par leur professeur ? Même quand les candidats ont révisé, ceci ne signifie en rien qu'ils ont compris l'extrait étudié. Mais au fond le système s'en moque, on ne leur demande rien de plus que l'intelligence du perroquet ou du singe savant. Une ménagerie en avenir.

Si l'on m'autorise un tantinet de provocation, je dirai qu'il y a d'ailleurs souvent plus d'intelligence à l'œuvre quand un candidat se retrouve face à un texte qu'il n'a en rien révisé. L'analyse y est certes rarement d'une grande finesse mais, du moins, le projet de lecture est personnel et révèle l'intelligence matoise de certains candidats. Parce qu'il y a un plaisir réel à être embarqué dans l'analyse roublarde du cancre avec bagou qui s'acharne à vous vendre le texte tout comme le démonstrateur de machines à laver s'acharne à vous convaincre d'acheter le dernier modèle. Tout est flou, imprécis, souvent fautif mais tout y est incroyablement vrai ! Académiquement parlant nous sommes dans l'errance, humainement parlant nous sommes dans l'intelligence.


C'est qu'à l'autre bout du spectre, il reste affolant de constater à quel point l'épreuve peut abêtir. On ne compte plus ceux qui recrachent leurs cours sans rien saisir ni comprendre. Untel vous récitera une démonstration apprise à la virgule près mais ne se rendra pas compte qu'il s'est trompé d'introduction et vous a expliqué l'œuvre de Verlaine quand l'analyse portait sur un poème de Ronsard. Un autre vous expliquera très correctement Le Lac d'Alphonse de Lamartine mais, tout du long de l'exposé, vous dira, «elle» au lieu de «il». Quant aux plus distraits, ils réciteront sans broncher les origines du Candide de Voltaire quand l'extrait proposé était Nana de Zola. On a alors un peu le sentiment d'assister à la fabrique des crétins. Pire même, l'on y participe !


Et ceci pour la seule première partie de l'épreuve, je ne compte plus ceux qui bafouillent ou s'effondrent lors de l'entretien (pourtant pas bien méchant puisque nous n'avons plus le droit de juger la connaissance réelle d'un candidat sur l'histoire des mouvements littéraires ou sur la vie d'un auteur). Nous atteignons alors les abysses du grand n'importe quoi avec des adolescents incapables de partager un ressenti personnel, cramponnés qu'ils sont à leur fiche Wikipédia et «buguant» littéralement quand vous leur expliquez (d'une voix pourtant douce) que l'objectif n'est nullement de réciter un quelconque exposé appris par cœur mais de verbaliser d'une manière cohérente et intelligible leur ressenti. Qu'ont-ils aimé ? qu'ont-ils moins aimé ? quel fut leur passage préféré ou, au contraire, le personnage qu'ils ont le moins apprécié ? Ici, une fosse se creuse sous leurs pieds. On vient de basculer dans l'humain et ceci, souvent, les terrorise. Quelques-uns pleurent persuadés que si on ne les laisse pas dérouler leurs boniments, ils auront une mauvaise note. Certains vous assènent qu'ils préféreraient que vous ne les regardiez pas puisque ceci les gêne. On assiste alors à un petit naufrage de l'humanité, l'école ne servirait-elle donc qu'à produire des automates plutôt que des personnalités ? À l'Éducation nationale de repenser la conception des épreuves si elle ne souhaite pas s'enferrer dans un machinisme faussement savant. Les élèves et les professeurs valent mieux que ça !

France — La pénurie d'ingénieurs persiste (malgré l'immigration de masse...)


Près de 40 % des Ontariens envisagent de quitter la province en raison du coût du logement

Près de 40 % des Ontariens envisagent de quitter la province en raison du coût du logement.

Quant à leur destination, l’Alberta et les États-Unis sont à égalité au deuxième rang des destinations les plus envisagées, selon le nouveau sondage réalisé par l’institut Angus Reid.

Alors que le Canada est confronté à des prix du logement élevés dans l’ensemble du pays, les résidents de l’Ontario sont les plus susceptibles de quitter leur province d’origine en raison des coûts prohibitifs.

C’est l’une des conclusions d’un nouveau sondage de l’institut Angus Reid, qui a interrogé plus de 4 000 Canadiens en ligne le mois dernier.

Selon ces résultats, près de quatre Ontariens sur dix envisagent de déménager ailleurs dans l’espoir de trouver un logement plus abordable.


Les résidents de la Colombie-Britannique arrivent en deuxième position, avec 36 % des répondants qui envisagent de déménager, suivis par ceux de la Nouvelle-Écosse (25 %). Seuls 16 % des Québécois envisagent de partir en raison du coût du logement.

Quant à leur destination, 26 % des répondants de l’Ontario qui ont indiqué qu’ils déménageraient ont cité « l’étranger » comme leur destination la plus probable. L’Alberta et les États-Unis arrivent à égalité au deuxième rang des destinations les plus envisagées, avec 17 % des répondants, tandis que 14 % d’entre eux envisagent également le Canada atlantique.

Les Néo-Canadiens, c’est-à-dire ceux qui sont dans le pays depuis moins de dix ans, sont également susceptibles de chercher un nouveau lieu de résidence, 39 % des immigrants récents envisageant de déménager.

Il n’est peut-être pas surprenant que les personnes interrogées dans les deux villes les plus chères et qui concentrent le plus l’immigration du Canada, Toronto et Vancouver, envisagent également de déménager.

À Toronto, 44 % des personnes interrogées envisagent de déménager, et c’est également le cas à Vancouver.

D’un point de vue générationnel, les jeunes Canadiens, âgés de 18 à 24 ans, sont plus enclins à envisager un déménagement, deux sur cinq l’envisageant en raison de l’accessibilité du logement.

La majorité des personnes interrogées sont toutefois optimistes quant à l’amélioration de l’accessibilité du logement à l’avenir, 53 % d’entre elles restant optimistes, bien que les avis soient partagés en fonction de l’âge et du statut d’accession à la propriété.

« Le Canada est considéré comme un “modèle” par l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) en matière de migration de la main-d’œuvre et a obtenu de meilleurs résultats que la plupart des pays de l’OCDE en ce qui concerne l’intégration économique des immigrants », souligne l’enquête. « Mais de nombreux immigrants récents quittent le pays en raison du coût élevé de la vie, et en particulier du logement, ce qui risque de nuire à la réputation du Canada en tant que pays accueillant pour les nouveaux arrivants. »

jeudi 11 juillet 2024

La crise du logement, l’immigration massive et l’autoritarisme qui vient (pour notre bien, bien sûr)

Trudeau a discouru cette semaine devant un parterre de jeunes admirateurs à Vancouver lors d'une émission en ligne de Squeeze Generation, groupe de pression qui veut imposer les résidences principales. Un rapport du groupe préconise une surtaxe annuelle sur toutes les maisons de plus d'un million de dollars. Les maisons évaluées entre 1 et 1,5 million de dollars seraient soumises à une surtaxe de 0,2 pour cent (qui pourrait atteindre 0,5 pour cent au fil du temps) et les maisons de 2 millions de dollars seraient frappées d'une taxe de 1 pour cent.

Le fils Trudeau y a déclaré qu'il préférait les jeunes aux personnes plus âgées parce qu'ils ne sont pas figés dans leurs habitudes, tout en reconnaissant que les jeunes qui l'ont soutenu en 2015 ont aujourd'hui une vingtaine d'années et n'ont pas les moyens d'acheter une maison. Mais il a prétendu, sans surprise, que la situation aurait été encore pire sans lui...

  • Trudeau s’en prend aux Canadiens qui voient leur maison comme un « investissement » plutôt que comme « un moyen de subvenir aux besoins d’une famille et de bâtir une communauté autour d’elle ». Mais ces Canadiens ont-ils le choix alors que l'inflation gruge leur compte en banque?

  • Trudeau trouve que les vieux Canadiens ont des maisons trop grandes...

Pas un mot de Trudeau lors de ces 34 minutes de publicité offerte par Squeeze Generation sur l'immigration alors que l'augmentation rapide de la demande de logements à cause d'une immigration record est une partie cruciale de l'équation. Rien non plus sur l'inflation notable en partie due aux dépenses élevées du gouvernement fédéral plus particulièrement pendant sa gestion trop restrictive de la pandémie.

On sent chez Trudeau (multimillionnaire qui n'a jamais été qu'un enseignant et un politicien) comme une envie de taxer, de punir les « vieux Canadiens » aux maisons trop grandes et trop coûteuses.


(En réalité, le gouvernement de Justin Trudeau construit des logements réservés notamment aux minorités ethniques...) 

 

Un texte de Mathieu Bock-Côté paru dans le Journal de Montréal :

C’est un fait généralement admis, désormais: la crise du logement est indissociable de l’immigration massive.

La classe politique canadienne, passionnément immigrationniste, a même été obligée de le reconnaître depuis un an. Malgré elle, assurément. En faisant tout pour atténuer son constat, n’en doutons pas.

Mais la réalité était trop grosse pour être encore niée et cachée, d’autant que l’immigration massive exerce aussi une pression sur les services sociaux et plombe les finances publiques. Sans oublier, comme l’a justement rappelé François Legault, qu’elle déstabilise profondément la cohésion sociale.
Europe

Il aurait pourtant suffi de voir ce que l’Europe occidentale est devenue depuis 30 ans pour s’en convaincre.

La conclusion s’est donc imposée dans un premier temps: il faudrait en finir avec elle.

C’est pourquoi on a commencé à vouloir réduire l’immigration temporaire.

Mais très rapidement, les immigrationnistes se sont ressaisis, et ont proposé une lecture inversée de la situation.

La crise du logement, disent-ils, ne vient pas de l’immigration massive, mais du fait qu’on construit insuffisamment de logements au Canada. Autrement dit, pour eux, l’augmentation de la population à travers des vagues migratoires successives est une donnée structurante, et invariable de la politique canadienne, qui doit simplement s’y adapter.

Les Canadiens et les Québécois doivent transformer radicalement leur mode de vie. Ils doivent transformer leur vision du pays. Ils doivent s’effacer pour ceux qui arrivent, même illégalement.

Et tout cela est appelé à avoir de vraies conséquences dans leurs vies.

Ainsi, une petite musique commence à se faire entendre: ne faudrait-il pas réduire la taille des maisons et des appartements dont nous disposons pour créer une société plus dense, renonçant peut-être même à l’idéal de la propriété individuelle? On justifiera demain la chose au nom de la décroissance écologique. On connaît la chanson.

Comme le dit Frédéric Lacroix, qui suit de près ces questions, nous basculons peu à peu vers un autoritarisme qui se veut vertueux.

Ce n’est pas la première fois, toutefois, qu’au nom de l’immigration massive, on modifie les principes autour desquels s’organise la société.

C’est ainsi que, dans un nombre croissant de domaines d’activités, nous avons renoncé à la promotion des individus au mérite pour miser sur des quotas ethniques et la préférence raciale – on appelle cela pudiquement la «promotion de la diversité».

D’ailleurs, toujours dans le domaine du logement, Radio-Canada nous apprenait la semaine dernière que des HLM construits avec des fonds fédéraux sont réservés aux «minorités visibles» et aux «immigrants».
(Posséder une maison conduit au fascisme, la famille aux régimes autoritaires, selon Geoffroy de Lagasnerie, philosophe et sociologue français, proche de LFI (« la gauche », en réalité l'extrême gauche).


Canada

Autrement dit, les Canadiens comme les Québécois payent des taxes et des impôts pour des services dont ils ne pourront pas bénéficier – sauf s’ils ne sont pas blancs, si on comprend bien, car alors, ils entreront dans la bonne case.

Ces politiques relèvent d’un racisme antiblanc que le politiquement correct a le culot de présenter comme de l’antiracisme.

Plus encore, celui qui dénoncera la chose se fera accuser de racisme. Et c’est ainsi qu’on censure le débat public. La société diversitaire est une société autoritaire.


« L’inévitable croissance de la population devra nous amener à remettre en question le luxe que l’on a d’occuper individuellement autant d’espace », estime Michel Séguin, professeur titulaire, département d’organisation et ressources humaines ; cotitulaire, chaire de coopération Guy-Bernier, École des sciences de la gestion, Université du Québec à Montréal.