mercredi 27 mars 2019

Instruction à domicile — Québec serre la vis et renforce le monopole du Ministère

Le ministre de l’Éducation, Jean-François Roberge, farouche partisan de l’imposition du controversé programme d’éthique et de culture religieuse à tous, a déposé un projet de règlement (pdf) sans nuance qui vise à imposer des examens ministériels québécois et un contenu minimal d’apprentissage plus restrictif à tous les enfants instruits à la maison.

Le ministre Roberge (à droite) jette un regard vers un parent québécois qui le supplie. La réponse est NON !

Ces nouvelles dispositions renforcent encore celles adoptées sous les libéraux en 2018. L’enseignement du français, des mathématiques, de l’anglais, de l’univers social ainsi que des sciences et technologies sera désormais obligatoire. Nous ne sommes pas opposés à cet aspect, si tant est que sa mise en œuvre permette une certaine souplesse : plus particulièrement le choix de programmes équivalents comme ceux du CNED ou de Hattemer en France.

Les enfants devront également réussir des épreuves ministérielles afin de recevoir un diplôme reconnu par le ministère de l’Éducation. Le texte ne prévoit aucune notion d’équivalence à ces épreuves. Les enfants qui suivent les cours du CNED (Centre national d’éducation à distance français) devront, selon le projet de règlement actuel du ministre Roberge, également se soumettre aux épreuves du Ministère québécois. Or, les matières ne sont pas d’année en année vues dans le même ordre, ni selon la même pédagogie, ni la même terminologie. Il n’est pas juste que les élèves inscrits à des programmes de ce type aient à passer deux séries d’épreuves : les épreuves de ce programme et ceux du ministère.

Quand le projet de règlement parle d’« équivalence », c’est pour imposer à la formation à domicile choisie par les parents la notion « d’équivalence » au cours des divers cycles d’enseignement scolaire. Un cycle d'enseignement correspond à deux années scolaires, à l'exception du 2e cycle du secondaire qui dure trois ans et qui correspond aux 3e, 4e et 5e secondaires. En d’autres mots, les parents devront suivre au plus près (par cycle d’enseignement) le programme québécois.

Le projet de règlement exigera aussi la présence de l’enfant à des rencontres dont le but serait de permettre un meilleur suivi et un dépistage plus efficace des difficultés d’apprentissage.

Lors d’une allocution à l’Assemblée nationale, le ministre Jean-François Roberge a prétendu que le projet de règlement permettra à chaque enfant de « développer son plein potentiel ». Le programme du Monopole de l’Éducation du Québec est-il le seul moyen pour un enfant de développer son plein potentiel ? C’est ce que semble prétendre, avec le plus grand sérieux, le ministre Roberge.

Ces nouvelles règles entreront en vigueur le 1er juillet 2019 en vue d’une mise en application dès la prochaine année scolaire.

Le ministre de l’Éducation estime qu’environ 5000 enfants seront touchés par ce projet de règlement.

Selon nos informations aucune des associations de parents éducateurs à domicile (HSLDA, ACPEQ) n’a été consultée dans l’élaboration de ce règlement. La HSLDA s’est dite surprise de ce règlement dont elle n’a appris le contenu qu’aujourd’hui. Elle indique la mise en place de certains points à faire valoir auprès des députés du Québec pour que des amendements soient apportés à ce règlement.

Les partis d’opposition à Québec se sont montrés plutôt favorables à ce projet de règlement avec certaines nuances.

La porte-parole du PLQ en matière d’éducation, Marwa Rizqy, a appelé le gouvernement à faire preuve « d’ouverture pour s’assurer de répondre aux besoins tant des élèves que des parents ». Il est évident que le ministre Roberge se cache derrière le « plein potentiel des enfants » que le Ministère serait le mieux placé à évaluer pour évincer les parents qui préfèrent d’autres programmes que ceux du Ministère.

Québec solidaire a exhorté la CAQ à ne pas mettre toutes les personnes touchées par ces mesures « dans le même panier ».

Le Parti québécois a quant à lui exhorté le ministre Roberge à se pencher sur le financement des écoles privées de confession religieuse. Uniquement de confession religieuse apparemment. QS s'est joint à cette demande.



lundi 25 mars 2019

La catastrophe démographique (et économique) de l'Europe

Vidéo du quotidien économique française La Tribune.

Belgique francophone — enseignement « un désastre », Destexhe préconise plus de libertés

Le sénateur belge Alain Destexhe a récemment quitté le Mouvement réformateur (MR, centre belge au pouvoir) et créé son propre parti, la « Liste Destexhe ». Il a quitté le MR, très agacé par diverses prises de position du MR dont la sortie du nucléaire (pourtant nullement producteur de CO2), le soutien du MR au pacte migratoire de Marrakech et une résolution qui ouvre la voie à la « restitution » d’œuvres congolaises du Musée de Tervuren ou sa décision de signer la « Loi Climat » concoctée par Écolo et approuvée par toutes les formations politiques francophones, y compris l’extrême gauche PTB. Pour Alain Destexhe, l’enseignement en Belgique francophone est un sujet d’inquiétude :




« L’enseignement en Belgique francophone est un désastre ! Il n’y a qu’à voir nos piteux résultats aux concours PISA de l’OCDE [Note du carnet : les résultats de la Belgique néerlandophone sont nettement meilleurs]. Or, notre enseignement est l’un des plus coûteux de la planète. Ce n’est donc pas le moins du monde une question de moyens. Je plaide pour une autonomie beaucoup plus grande des écoles. Elles doivent être libres d’engager qui elles veulent, de gérer leur budget et d’appliquer la pédagogie qui leur semble la plus adaptée à leurs élèves. Je dis “halte !” au pédagogisme qui a envahi les programmes. Il faut revenir à une transmission des savoirs, et donc les programmes scolaires ne devraient porter que sur les matières à acquérir. On est loin du compte ! Quelle est à présent l’utilité de l’Inspection scolaire ? Vérifier que les profs ont bien respecté la méthodologie en vigueur. Mais ce qui est réellement important, ce sont les résultats. L’Inspection devrait plutôt vérifier que les élèves ont progressé selon les facultés de chacun et photographier cette évolution. Ce serait plus productif que l’actuel nivellement par le bas. L’égalitarisme est à ce point devenu LA référence qu’il nuit à l’intérêt général et aux performances des élèves. »

Source : Causeur

dimanche 17 mars 2019

« Sauver le climat », la nouvelle tentation autoritaire

De Nathalie MP, large extrait d’un billet intéressant sur l’hystérie climatique.

L’information n’a pas pu vous échapper : la planète est en danger, le climat est en danger, les papillons et les abeilles sont en danger, l’humanité court à sa perte, la fin du monde est proche, jamais l’humanité n’a été confrontée à un risque de cette ampleur, il faut absolument sauver ce qui peut encore l’être, on ne peut plus attendre, il y a urgence, il n’y a plus une minute à perdre, l’avenir de la planète et l’avenir de la vie sont en jeu !

Ce discours typiquement catastrophiste, mélange d’inquiétudes sur l’épuisement des ressources et sur le réchauffement climatique anthropique qui va tous nous engloutir dans les eaux impétueuses des océans ou la fournaise accablante de terres en désertification croissante, on nous le sert depuis près de 50 ans.

Dans son célèbre rapport de 1972 intitulé The Limits To Growth, le Club de Rome voyait déjà le système économique mondial aller au désastre en 2030 si rien n’était fait au plus vite pour mettre un terme à l’épuisement des ressources naturelles provoqué par les coups conjugués des croissances démographique et économique débridées. 

Quant à faire quelque chose, il n’était question que d’en passer par un contrôle draconien de nos vies : limitation des naissances à deux enfants par famille, taxation de l’industrie pour limiter la production et redistribution des richesses à chacun selon ses besoins. Bref, du planisme et de l’autoritarisme.

En 2012, une petite mise à jour des projections de 1972 conduisait le Club de Rome au même résultat : le système de production capitaliste s’effondrera en 2030, certains « experts » parlant même de 2020.

Nous sommes en 2019, je vous laisse juges de la pertinence de ces analyses – sachant que les populations souffrant de sous-nutrition sont passées sous la barre des 800 millions de personnes quand la population mondiale grimpait à 7 milliards ; sachant qu’il n’existe aucune inquiétude sérieuse à avoir sur l’épuisement à moyen terme des ressources naturelles ; et sachant que les projections démographiques actuelles font toutes état d’une baisse de la fécondité qui va entraîner à plus ou moins brève échéance une baisse de la population mondiale.

En fait d’effondrement, on a plutôt assisté à la chute du monde riant de la planification communiste tandis que le monde capitaliste faisait et continue à faire de son mieux pour adapter ses processus industriels et ses produits aux exigences environnementales croissantes des opinions publiques. Sans compter que partout où le mode de production capitaliste est suffisamment appliqué, il a l’incommensurable audace d’augmenter l’espérance de vie et le niveau de richesse.

Mais la catastrophite aigüe n’en a pas disparu pour autant, bien au contraire. Focalisée sur le climat depuis le Protocole de Kyoto de 1997 qui fixa les premiers objectifs de réduction des émissions de gaz à effet de serre (CO2 principalement), elle permet aux tentations autoritaires nichées au cœur de l’écologie radicale depuis le premier rapport du Club de Rome de rebondir de plus belle.

C’est ainsi qu’en août dernier, l’astrophysicien français Aurélien Barreau accédait à la notoriété mondiale en lançant un Appel face à la fin du monde. Oui, vous avez bien lu, la fin du monde :
« Il n’est plus possible de le contester : le monde se meurt. La catastrophe en cours est immense. Peut-être sans précédent dans l’histoire universelle. […] Beaucoup d’humains — probablement une majorité, voire la totalité — vont souffrir et peut-être mourir. Les individus animaux vont mourir par dizaines de milliers de milliards. […] Au rythme actuel, dans quelques décennies, nous aurons presque tout saccagé. Nous aurons commis un crime contre l’avenir. » etc., etc.

L’apocalypse puissance mille, autrement dit, et c’est aujourd’hui, sous nos yeux, à nos portes, dans nos champs et dans nos villes que ça se passe : silence, on tue.

Tremblez, pleurez, lamentez-vous tant que vous voulez, humains trop lâches pour résister aux injonctions de la consommation capitaliste sans limite ni vergogne, mais il n’existe qu’un seul chemin de rédemption : renoncez à votre petit confort apparent et « exigez du pouvoir politique qu’il impose le nécessaire » ! 

Ce qui est bien avec les solutions autoritaires, c’est que même si tout est mis en œuvre pour nous faire comprendre qu’on nage en pleine horreur écologique et climatique, il n’est finalement jamais trop tard pour se soumettre. Tant il est vrai que ce qui compte n’est pas la réalité, mais le sentiment d’urgence profondément inoculé en nous à force d’activisme et d’appels de ce type qui pourraient enfin nous pousser à renoncer volontairement à notre mode de vie libéral et à nous placer docilement sous la contrainte tyrannique du prétendu impératif climatique.

Si l’on reste attaché à la notion de réalité et à l’analyse des faits, disons qu’on observe un (tranquille) réchauffement de la planète ainsi qu’un accroissement du taux de CO2 dans l’atmosphère. Mais c’est tout, ajouterais-je, au risque de choquer peut-être certains lecteurs sensibles.


En bas les observations (la réalité) et en haut la ligne rouge représente la moyenne des prévisions de 102 modèles climatiques. Il y a bien un petit réchauffement, mais bien moindre que celui prévu par les modèles qui servent de bases aux prophéties apocalyptiques.

Le reste, l’apocalypse annoncée, la disparition des ours polaires, la montée vertigineuse des océans, la disparition de la banquise, les exodes massifs pour cause de sécheresse, l’accélération des événements climatiques extrêmes — tout ceci n’existe que dans les obsessions des écologistes de combat et dans des projections dont les données plus affolantes les unes que les autres ne sont jamais vérifiées a posteriori dans les faits (voir graphique ci-dessus).

Contrairement à ce qu’affirme Aurélien Barreau, on n’a jamais vu de réfugié du réchauffement climatique. On n’a jamais vu de mort ou de malade non plus. Des morts et des blessés dans des tremblements de terre ou des ouragans, oui, et sans doute plus qu’autrefois, car la population mondiale a augmenté et elle tend à se montrer moins vigilante dans ses implantations. Mais des victimes du réchauffement, non.

Autrement dit, le réchauffement climatique a accédé politiquement au statut de première externalité négative du développement économique capitaliste alors qu’on n’a jamais vu la moindre matérialisation effective de ses dommages. Mais grâce à une pression politique et médiatique intense, tout le monde répète en boucle avec un air pénétré qu’il faut sauver la planète.


[Ajoutons, la pression scolaire : les écoles « conscientisent » les jeunes depuis des décennies au sort de la Planète, au réchauffement climatique. Les programmes scolaires sont modifiés : on y parle moins de sciences, de géographie factuelle, mais on insiste sur le développement durable, l’effet de serre (en ne parlant que du CO2). Les établissements mobilisent les jeunes dans les rues sur ce sujet depuis aussi longtemps. Les écoles mobilisent les enfants pour la Terre, le catholicisme en est sorti, le culte de Gaïa l’a remplacé. Ci-dessus des centaines d’élèves emmenés par leur école défilent le 22 avril 2009 à Granby (Québec) pour la Journée de la Terre...

Voir « Nos ancêtres, les Amérindiens », Cérémonie, prière, danse sacrées dans une école laïque publique et Spiritualité autochtone, écologie et norme universelle moderne.]

Aussi, quand Aurélien Barreau nous sort son catastrophisme par paquet de douze et appelle à une forme de dictature du bien autoproclamé pour sauver l’humanité, il est immédiatement suivi sans sourciller par Juliette Binoche et une ribambelle de belles âmes hautement conscientisées.

Il est immédiatement suivi par le cercle de réflexion Novethic, entité étatique dépendant de la Caisse des Dépôts et Consignations, qui se faisait récemment l’écho des mesures aussi ahurissantes que contraignantes qu’il faudrait mettre en œuvre pour limiter à 1,5 °C (objectif de la COP21) la hausse de la température globale depuis l’ère préindustrielle (voir ci-dessous, cliquer pour agrandir).

On croit rêver en lisant qu’il faudrait interdire dès maintenant la vente de véhicules neufs pour un usage particulier, que les constructions neuves devraient être exclusivement de l’habitat collectif avec une surface maximum de 30 m2 par habitant, que les vols hors Europe non justifiés devraient être interdits à partir de 2020 ou que les vêtements neufs mis sur le marché devraient être limités à 1 kg par personne et par an.

Des préconisations à vous donner la chair de poule, mais qui représentent cependant la mesure concrète du dirigisme ultra-autoritaire que nos activistes les plus divers exigent des Etats dans tous les domaines de notre vie « pour sauver la planète ».

Le cabinet qui a pondu ce programme reconnaît qu’il est « peu réaliste », mais d’ajouter ensuite :

« C’est une véritable économie de guerre qu’il faut mettre en place, une économie de rationnement, d’efforts intenses qui nous sort de notre monde de confort. »
Que comprendre sinon qu’il faudra en passer par le despotisme — on n’ose dire éclairé — de l’écologisme radical ? Comme le dit Aurélien Barreau à la fin de sa propre tribune, ce qui compte, c’est de multiplier les appels pour qu’ils finissent par envahir l’espace.

L’espace… et les esprits. Ce n’est pas écrit, mais c’est bruyamment sous-entendu, et c’est en passe de fonctionner. La mobilisation des lycéens, la mobilisation de Greta Thunberg en témoignent tristement.

Greta Thunberg a 16 ans et souffre du syndrome d’Asperger, c’est-à-dire une forme d’autisme qui altère ses capacités sociales. Suite à une dépression nerveuse sévère, elle développe des angoisses à propos du changement climatique, devient végétalienne, ne prend plus l’avion et réussit à convaincre ses parents de la suivre dans cette voie.

Depuis août 2018, elle passe ses vendredis assise devant le Parlement suédois avec un panneau orné du slogan « grève scolaire pour le climat » afin d’obliger son gouvernement à mettre en œuvre les mesures (du type Novethic, forcément) qui permettront de réduire les émissions de CO2 conformément aux accords de la COP21.

Rapidement repérée par les mouvements écolos qui n’ont décidément aucun scrupule à instrumentaliser une jeune fille mineure et, qui plus est, fragile, elle intervient notamment lors de la COP24 qui s’est tenue en Pologne en décembre dernier.

On comprend vite qu’elle ne parle pas climat, mais anticapitalisme primaire, le climat n’étant plus qu’un prétexte dans un combat totalement politisé. La lutte contre le réchauffement climatique est transformée en « justice climatique » et passe par la mise en accusation des « riches » — encore eux. Un discours typiquement gauchiste qui n’a plus rien à voir avec la science du climat, mais toutes les apparences de l’idéologie des lendemains qui chantent socialistes (vidéo, 03′ 46″) :

« Notre civilisation est sacrifiée pour permettre à une petite poignée de gens de continuer à gagner des sommes d’argent énormes. Notre biosphère est sacrifiée pour que les riches des pays comme le mien puissent vivre dans le luxe. Ce sont les souffrances du plus grand nombre qui paient pour le luxe de quelques-uns. »


Dès demain, nos lycéens consciencieusement effrayés par l’épouvantable futur qui leur est décrit à longueur de médias — « la planète court à sa fin », « je ne veux plus avoir d’enfants », etc. –  seront donc en grève scolaire pour le climat. Il n’est guère rassurant de voir les secrétaires d’État Emmanuelle Wargon (écologie) et Gabriel Attal (éducation) entrer complaisamment dans leur jeu. Faut-il s’attendre à de nouvelles mesures coercitives, à de nouveaux impôts, au retour de la taxe carbone, le tout gentiment emballé dans les terreurs fort opportunes des jeunes générations ?

La transition écologique qui consiste à transformer étatiquement, idéologiquement et obligatoirement la société au lieu de la laisser évoluer au rythme naturel de la science et de technologies mises en concurrence est déjà bien engagée par le gouvernement à coups de taxes, interdictions et subventions, et on ne voit pas ce qu’il pourrait faire dorénavant sans porter une atteinte considérable aux libertés individuelles déjà passablement écornées dans ce pays.


Voir aussi

Climat et élèves en grève : « On ne veut pas mourir dans 10 ans ».

Belgique — présence obligatoire d’écoliers dans les manifestations « pour le climat »

Apocalypse climatique — 2 % de plus sur le bulletin pour manifester pour le climat

Écologisme — la revue Nature reconnaît l’échec des modèles prédictifs informatiques

Écologisme — Pas de réchauffement climatique depuis 16 ans ? (m à j, réactions prof Lindzen)

Écologie — Les hommes ont-ils vraiment fait disparaître 60 % des animaux depuis 1970 ? (Non !)

Affirmations fréquentes exagérées sur le climat et non fondées (le rapport du GIEC les dément)

« Des coraux plus résistants à la chaleur » ou des études précédentes peu fiables et alarmistes ?

Comment la science se trompe... Dans The Economist du 26 octobre, un dossier sur l’évolution du système mondial de recherche scientifique : « How science goes wrong ». On y apprend notamment qu’un nombre important et croissant de publications souffrent de biais statistiques ou défauts méthodologiques qui devraient inciter à la prudence sur les conclusions, quand il ne s’agit pas d’erreurs pures et simples.

Belgique — La grève pour le climat s’étend aux écoliers du primaire, « la fanatisation de l’enfance » ?


« Mobilisation des écoliers » belges pour le climat, idéalisme ou nouveau millénarisme inculqué ?

Climat — contrairement aux prévisions, aucune accélération à la hausse du niveau de la mer

Écologie — Augmentation de la biomasse et des surfaces boisées à l’échelle planétaire

Climat — Le point de rupture à nouveau reporté ? (La date de l’Armageddon climatique se déplace au fur et à mesure...)

« Impartialité » — Les journalistes font éclater leur joie à la signature de la 21 COP dans la salle de presse

Le climat, science ou religion ?




En anglais

Les modèles « surchauffent », exagèrent l'effet du CO2 sur la température d'environ 40 %..., Dr Judith Curry :



Les aspects scientifiques, politiques et économiques du « changement climatique », prof. John Christy :



17 mars 1819 — Première Saint Patrick à Québec

Le 17 mars 1819, il y a 200 ans aujourd’hui, les Irlandais de la ville de Québec célébraient pour la première fois leur saint patron. Toutefois, il ne s’agissait pas tant d’une fête patriotique qu’un d’une fête religieuse. En effet, on avait célébré à l’occasion d’une messe chantée en mémoire du saint irlandais. À cette époque, les Irlandais n’ont pas encore de paroisse qui leur est propre. C’est pourquoi c’est à la chapelle de la Congrégation des hommes de la haute-ville (aujourd’hui la chapelle des Jésuites de la rue Dauphine) qu’on se réunit. Au fil du temps, la célébration prendra la couleur verte, celle du patriotisme.

vendredi 15 mars 2019

Belgique — présence obligatoire d'écoliers dans les manifestations « pour le climat »

De nombreuses écoles flamandes obligeront en effet leurs élèves à participer aux manifestations « pour le climat » et cela à titre d’activité pédagogique extrascolaire. La ministre flamande de l’Enseignement, Hilde Crevits (CD&amp ; V, centre gauche, ex-parti social-chrétien), a en tout cas donné son feu vert pour intégrer ces marches au parcours scolaire.

« La participation à une manifestation est une activité extra-muros, qui fait partie du projet pédagogique. Donc il n’y a pas d’objection à rendre cette activité obligatoire », explique Hilde Crevits.

Seule condition de la ministre : « Que la manifestation n’ait pas de but politique ».


Dès le primaire, les écoles « aident » les élèves à manifester contre le « dérèglement climatique »

Cette dernière phrase a déjà suscité de vives réactions. Certains parents estiment que le mouvement est politique.

Faux, selon le porte-parole de l’enseignement catholique flamand. « Le climat n’est pas un parti politique. Il est donc est légitime de rendre cela obligatoire ».

Évidemment, il s’agit plutôt d’une manifestation qui prétend qu’il existerait une apocalypse climatique imminente (il resterait 12 ans afin d’éviter le désastre), affirmations en rien évidentes, mais qui sont utilisées par des militants et partis politiques pour modifier en profondeur nos sociétés. Pour la N-VA (droite nationaliste flamande), ces manifestations n’aboutiront pas sur un « Pacte sur le climat » consensuel et non politique, mais sur un raz-de-marée fiscal avec des augmentations d’impôts et de taxes qui se compteront en milliards.

Refus de participer, difficile

Le Standaard s’est demandé « Et qu’en est-il des étudiants qui ne veulent pas participer ? » « Légalement, une école peut les obliger à participer », déclare Pieter Jan Crombez, porte-parole de l’enseignement catholique flamand. « Un élève ne peut refuser d’assister à une activité parascolaire que si celle-ci dure plusieurs jours et si le règlement de l’école ne précise pas que la participation en est obligatoire et si les parents ou l’élève adulte motivent à temps leur absence à cette activité. Dans ce cas, les écoles ont donc le droit d’obliger les élèves à participer à la manifestation ».

Les deux grands réseaux d’enseignement (le catholique et Go !, l’organisme qui chapeaute l’enseignement communautaire flamand) ont déjà exprimé leur opinion quant à la neutralité politique de ce mouvement : la réponse est « oui ». Ils encouragent donc leurs établissements à participer aux manifestations de ce vendredi. Ce n’est pas la première fois que ces réseaux pèchent par naïveté. Pourtant, « Changer le système, pas le climat » slogan scandé sur quatre continents en français est un slogan éminemment politique (d’où notamment la présence aux manifestations du PTB, « historiquement » d’orientation marxiste-léniniste). Ce slogan « Changer le système, pas le climat » est d’ailleurs un slogan classique des partis de la gauche radicale qui veulent changer de fond en comble ledit système (voir les affiches ci-dessous).



À Bruxelles (facile, plein d'anglais dans une ville à 90 % francophone)

À Bordeaux

À Montréal : Marx avait raison, Le capitalisme détruit la planète et Changer le système, pas le climat.


Apocalypse climatique — 2 % de plus sur le bulletin pour manifester pour le climat

Un professeur de l’Université Bishop’s (Québec) a trouvé un moyen créatif d’inciter ses étudiants à participer à la grande marche pour le climat prévue vendredi. Les étudiants en philosophie — encore une experte sur le climat à n’en pas douter — qui prendront part à la manifestation auront 2 % de plus sur leur note finale.

L’initiative vient de Bruce Gilbert, un des responsables de la mineure « activisme et justice sociale » enseignée à l’établissement.

L’Université Bishop’s en Estrie


Il voulait inclure ça pour que le monde ait une expérience qui pourrait être très enrichissante et pour en apprendre un peu plus sur l’environnement, d’autant plus que c’est le but notre cours en ce moment, a révélé l’une de ses étudiants et organisatrice de la marche à Bishop’s, Arielle Beaupré.

Source

Féminisme et discrimination « positive » — Quand des féministes harcèlent des scientifiques


Extraits de l’hebdomadaire Le Point :

L’ère de l’investigation scientifique factuelle est-elle terminée ? Dans les labos, la frontière entre discrimination positive et harcèlement idéologique ne cesse de s’effacer. Mais privilégier les opinions et l’identité des scientifiques à la qualité de leurs recherches entrave des carrières et génère de véritables persécutions.

« Pour le moment, je préfère rester anonyme. Je n’en suis pas fier, mais il faut que je mange et je suis aussi responsable des opportunités de recherche de mes étudiants et de mes postdocs. » L’astrophysicien qui me dit cela n’a tué personne, il vient simplement de me raconter qu’il a choisi de quitter l’Australie, le pays où il a été diplômé et où s’est déroulé le gros de sa carrière, pour la Chine. Pourquoi ? Parce que, en tant que chercheur, il s’y sent plus libre. C’est sans doute un comble, mais c’est la réalité. Pour de plus en plus de scientifiques, les pressions et la mise au pas du « politiquement correct » (faute de meilleure formule) au sein des universités et autres établissements de recherche sont telles que s’exiler dans un pays non démocratique, où les opposants disparaissent et les minorités religieuses sont parquées dans des camps de rééducation, devient un pis-aller si vous souhaitez travailler normalement. « J’ai quitté l’Australie parce que j’en avais marre de voir les postes et les financements se réduire comme peau de chagrin pour les vrais astrophysiciens », résume, dépité, ce spécialiste de radioastronomie.

[...]

« Déclaration de diversité »

« Le climat politique dans les universités australiennes a effectivement été l’une des raisons principales de mon départ. C’est aujourd’hui très difficile d’obtenir un poste permanent si vous ne faites pas partie d’un groupe protégé (hélas, je suis un homme blanc, hétérosexuel et chrétien, pas de bol !) et/ou si vous ne faites pas suffisamment d’activisme visible (ou, du moins, [d’affichage vertueux, de tartufferie]) pour un certain nombre de sujets chéris par la gauche écologiste », précise mon interlocuteur. « En Chine, il est très probable que des astronomes chinois subissent l’interférence politique du Parti communiste, mais, en tant qu’étranger, on me laisse tranquille. Je peux faire de l’astronomie en paix, sans perdre de temps sur des projets “diversitaires”. Ici, les postes sont toujours donnés aux meilleurs candidats, qu’importe leur sexe, leur genre ou leur origine ethnique. Et contrairement à mon patron australien, mon patron chinois ne m’a jamais reproché de ne pas être assez socialiste. »

Comme ailleurs, les tracas qui ont poussé ce physicien à l’exil académique relèvent globalement d’une discrimination positive devenue folle. « Les degrés de discrimination sont nombreux », m’explique l’astrophysicien. « Déjà, il y a de plus en plus de postes, de bourses et de subventions qui sont officiellement réservés aux femmes et aux membres des “nations premières”. Ensuite, dans les postes ouverts aux hommes blancs, vous avez des clauses spéciales garantissant l’embauche de candidats d’un seul profil idéologique. Par exemple, on va vous demander de rédiger une “déclaration de diversité” [qui n’est rien d’autre qu’un serment d’allégeance] dans laquelle vous devrez détailler tout le “leadership” dont vous avez su témoigner dans vos recherches ou vos enseignements antérieurs (en organisant des séminaires ou des conférences réservées aux femmes, par exemple). »

Préjugés idéologiques

Il y a quelques semaines, dans le cadre d’une enquête en cours sur le darwinisme contemporain, deux chercheurs français en sciences cognitives m’ont demandé le « off » pour une raison similaire : apparaître nommément dans Le Point, publication jugée trop « à droite », équivaudrait à se tirer une balle dans le pied auprès de leurs collègues et étudiants. Le souci, c’est qu’il est très difficile de ne pas comprendre — voire de donner tort — aux scientifiques préférant se cacher ou changer de pays pour ne pas avoir à subir les foudres de l’orthodoxie morale contemporaine. Alessandro Strumia, professeur de physique des particules à l’université de Pise et entre autres coauteur de l’étude sur la découverte du boson de Higgs, en est l’une des toutes dernières victimes.

Le 28 septembre 2018, au Cern (Genève), le physicien intervient dans un séminaire intitulé « Théorie des hautes énergies et genre ». Œuvrant depuis plusieurs mois à la conception d’algorithmes visant à améliorer le système d’évaluation des publications scientifiques, Strumia profite de sa conférence pour présenter des données bibliométriques — internationales et courant sur un demi-siècle — relatives à l’autorat et à l’embauche en physique fondamentale. Selon ses calculs, elles permettent d’attester d’un fait somme toute réjouissant : les femmes ne sont pas victimes de discriminations sexistes dans sa discipline. Des observations cohérentes, par exemple, avec un grand rapport publié en octobre 2014 par l’Association américaine de psychologie scientifique (APS) qui concluait que, « malgré de fréquentes affirmations contraires », la « neutralité de genre » — les chercheurs sont jugés en fonction de leurs compétences, pas de leur identité — est la règle en physique, comme en géosciences, ingénierie, économie, mathématiques et sciences informatiques. Soit autant de champs scientifiques où les hommes sont en général beaucoup plus nombreux que les femmes et que l’on soupçonne, pour cela, de carburer aux « discriminations systémiques ». Selon Strumia, une telle appréciation tiendrait davantage d’un préjugé idéologique empreint de « marxisme culturel » que d’une réalité tangible et mesurable. Si discrimination il y a, Strumia observe qu’elle serait plutôt favorable aux femmes, qui obtiennent en moyenne des postes plus tôt dans leur carrière et avec moins de publications et de citations que leurs collègues mâles.

Deux jours plus tard, la chasse est lancée sur Twitter. Jessica Wade, physicienne affiliée à l’Imperial College de Londres et militante engagée pour une plus grande participation féminine dans les STIM (acronyme de « science, technologie, ingénierie et mathématiques »), accuse Strumia (qu’elle identifie à tort comme le directeur du département de physique théorique du Cern) d’avoir déroulé un exposé « sexiste » dans lequel il aurait argué de l’infériorité des femmes physiciennes (une autre contre-vérité, et non des moindres). Après des centaines de likes et retweets, Wade en vient à susciter une réaction de Marika Taylor, l’une des organisatrices du séminaire, qui confirme que la présentation de Strumia était pleine d’« attaques personnelles », de « faits erronés », et traduisait un « manque de professionnalisme patent ». Taylor, par ailleurs directrice du département de mathématiques appliquées de l’université de Southampton, annonce l’imminence de plaintes officielles. Quelques heures plus tard, malgré la « procédure équitable » promise par Taylor — donnant donc à Strumia le droit de se défendre —, les captations audio et vidéo de sa conférence ainsi que ses diapos sont retirées manu militari du site du Cern. Quand l’affaire en vient à être révélée par la BBC, la messe est dite : Strumia est un dangereux misogyne persuadé que les femmes ne sont « pas faites » pour la physique.


 Strumia lors d’une présentation

En réalité, Strumia ne défend rien d’autre qu’une « égalité des opportunités » en sciences. En d’autres termes, comme il le précise : « C’est la personne la plus qualifiée qui doit avoir le boulot, indépendamment de son genre, sa race, son orientation politique, etc. » Sauf qu’à l’heure actuelle, cette position, pourtant en phase avec les fondamentaux de la méthode scientifique, ne cesse d’être remise en question, quand elle n’est pas assimilée à une « micro-agression ». Strumia, comme d’autres, déplore les glissements autoritaires et sectaires de la défense de la diversité, de l’inclusion et de l’égalité. Il estime que ces « slogans » cachent une « idéologie politique ne cherchant pas l’égalité des opportunités, mais l’égalité des résultats ». Ce qui exige d’en passer par « des discriminations pour que des groupes [...] deviennent plus égaux que les autres. En pratique, l’égalité des opportunités fait en sorte que des groupes surreprésentés ne tirent pas avantage de leur position. Mais l’égalité des résultats signifie imposer des quotas en attaquant des groupes surreprésentés par des récits victimaires et une mauvaise compréhension des différences humaines ». Et Strumia d’ajouter qu’il a « osé parler » parce qu’il a fait « passer [s] on intégrité scientifique avant ce [qu’il] risquai [t] de perdre ». Ce qui n’aurait jamais dû être un motif de sanctions.

Une « chasse aux sorcières »

Janice Fiamengo, professeure de littérature anglaise à l’université d’Ottawa et par ailleurs spécialiste des attaques féministes contre la liberté d’expression, a suivi l’affaire Strumia depuis le début. Et elle n’est pas optimiste. Selon elle, la décision du Cern « envoie un signal évident à l’ensemble de la communauté scientifique : l’ère de l’investigation scientifique factuelle (qui a sans doute toujours été imparfaite et qui était en voie de disparition ces derniers temps) est réellement terminée.

À partir d’aujourd’hui, tout scientifique saura qu’il doit s’assurer que tous ses déclarations, travaux et recherches sont approuvés par les féministes. Toute recherche portant sur des questions sociales contemporaines, et notamment celles liées au statut de la femme (mais aussi à la race, la religion et d’autres questions brûlantes), devra désormais confirmer les orthodoxies idéologiques de notre époque. À savoir : il n’y a pas de différence d’intérêts et d’aptitudes entre les populations ou les groupes, et toute inégalité de résultat est forcément la conséquence d’injustices généralisées et des discriminations que subissent les groupes sous-représentés. Même lorsqu’il existe des données factuelles démontrant que ces injustices et ces discriminations n’existent pas (voire que c’est en réalité le “groupe opprimé” qui est avantagé, comme dans la présentation de Strumia). À partir d’aujourd’hui, ces données devront être ignorées, niées et, encore mieux, conspuées ».

« Le Cern vient d’annoncer qu’il prêtait allégeance à un groupe fanatique d’idéologues plutôt qu’aux impératifs d’une recherche fondée sur la vérité », résume Fiamengo, excédée. « C’est une chasse aux sorcières, purement et simplement, qui montre combien les nouveaux puritains ont réussi à percer jusque dans les sciences physiques, forteresse jadis imprenable. »

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mercredi 13 mars 2019

L'intellectuel de gauche : cet évangéliste, ce prêtre sans Dieu

L’essai magistral de l’intellectuel britannique conservateur Roger Scruton consacré aux principaux penseurs modernes de gauche — de Jean-Paul Sartre à Alain Badiou en passant par Habermas et Hobsbawm —, est enfin traduit et publié en français sous le titre « L’Erreur et l’Orgueil » (Éditions de L’Artilleur). À cette occasion, Roger Scruton s’est entretenu avec Eugénie Bastié du Figaro. Qu’est-ce que la droite ? Pourquoi la plupart des intellectuels sont-ils de gauche ? Le clivage droite-gauche est-il encore pertinent à l’heure des populismes ?

– Votre livre sur les penseurs de ce que vous appelez la « nouvelle gauche » vient d’être traduit en français. À l’heure de la montée des populismes, le clivage entre droite et gauche est-il toujours pertinent ?

Roger SCRUTON. — Le clivage droite-gauche n’a jamais été très précis. Mais je crois qu’il existe pourtant des différences profondes d’opinions et d’attachements. L’homme de droite moyen (comme moi) a le sentiment d’appartenir à quelque chose dont il a hérité : une nation, une religion, des coutumes, une famille. C’est une sphère d’amour. La gauche correspond à un type différent de caractère. Elle ne voit pas son identité en termes d’attachements hérités, mais en termes d’expériences qui augmentent la liberté et confèrent un droit égal à tous. La politique de gauche est une politique ayant un but, là où le conservatisme est une politique de tradition, de compromis et d’indécision établie. [Note du carnet : plutôt que de l’indécision nous dirions « de prudence et de scepticisme face à la nouveauté. »] Dans les années 1960, la gauche héritière du marxisme proposait, sous la forme d’un bloc historique, une relation étroite entre la figure de l’intellectuel et le peuple. Les intellectuels de gauche devaient guider le prolétariat dans une confrontation collective contre la « bourgeoisie ». C’était le mythe fondateur de la culture intellectuelle française d’après-guerre, dont Sartre, Simone de Beauvoir, Merleau-Ponty furent les éminents représentants. Ce mythe a été détruit lorsque les intellectuels ont découvert que la classe ouvrière ne les aimait pas. Les gens ordinaires ont été capables d’améliorer leur situation indépendamment des idées de ces intellectuels, grâce à l’État-providence et la croissance économique, et devenaient des petits patrons et des petits propriétaires. Dès qu’ils le pouvaient, les membres de la classe ouvrière ont fui leur classe, leurs emplois en usines vers les petites entreprises et une existence indépendante. Résultat : la bourgeoisie et la classe ouvrière ont été réunies par les mêmes intérêts. Horrifiés par cette évolution, les intellectuels de gauche ont inventé un nouveau mot, « populisme », pour décrire le fait que le peuple se soit détourné d’eux. « Populisme » sert à désigner ce que veut le peuple, sans l’aide des intellectuels de gauche pour le définir.

– À quoi est due l’asymétrie morale qui règne dans le champ intellectuel entre droite et gauche ? Pourquoi la majorité des intellectuels sont-ils, depuis l’après-guerre, de gauche ?

Roger SCRUTON. — C’est une question très profonde, qui m’a troublé toute ma vie : pourquoi les intellectuels sont de gauche alors que la gauche s’est si souvent trompée, et qu’à chaque fois qu’elle a pris le pouvoir, ça s’est mal terminé ? Qu’est-ce qui est donc si attirant ? Depuis la Révolution française règne l’idée que l’égalité est la position par défaut de l’humanité, sa position naturelle, que la société vient corrompre. S’il n’y a pas de Dieu, pas de vision religieuse globale, c’est à cette position naturelle qu’il faut chercher à revenir. Dans toute communauté, il y a des gens qui souhaitent diriger et conduire le peuple. Dans les communautés traditionnelles, ils le conduisaient vers une forme de transcendance. Mais depuis la Révolution française, l’intellectuel moderne est un prêtre sans Dieu qui veut guider le peuple vers son salut, l’égalité.

– Comment expliquez-vous l’aveuglement des intellectuels de gauche vis-à-vis du communisme ?

Roger SCRUTON. — Si vous rentrez dans cet état d’esprit, vous devenez un évangéliste, la personne qui guide le peuple vers son salut, à travers vous-même car le salut du monde passe par le salut du moi — le moi est très important comme objet d’adoration, surtout chez Sartre et son fameux « pour-soi ». Les horreurs deviennent des erreurs, des problèmes d’acteurs et de circonstances, qui ne remettent pas en question les idées. En 1989, tout le monde pensait que le moment de la vérité était enfin advenu et que nous allions enfin admettre la vérité de la condition humaine, par exemple le fait que la société reposait sur la liberté d’association et donc sur des marchés, et que la propriété privée était nécessaire. Mais la gauche a réinventé un nouveau langage, notamment via la déconstruction.

– Votre livre donne une place considérable aux intellectuels français. Pourquoi la France a-t-elle produit tant d’intellectuels de gauche ? Est-ce que l’Angleterre est plus immunisée contre le marxisme et ses avatars ?

Roger SCRUTON. — Il y a deux aspects. D’abord, je crois, la place particulière qu’occupe la culture littéraire en France. Les Français prennent les livres très au sérieux. Les philosophes, les penseurs, les écrivains sont bien plus respectés en France qu’ailleurs. Beaucoup d’intellectuels français ont une grande réputation dans le monde anglophone, tandis que nos intellectuels sont des créatures poussiéreuses vivant dans des ruines ou des bibliothèques. Mais cela rejoint une question plus large, celle de la transformation de la France pendant la Révolution française. Nous n’avons jamais, en Angleterre, été engagés dans une purification de masse, et nous sommes toujours un pays aristocratique malgré les réformes. Nous faisons des ajustements à mesure que le monde change, mais nous n’avons pas connu la ferveur révolutionnaire. Le socialisme a pris chez nous une forme nationale, britannique, d’une redistribution des biens et des avantages aux plus pauvres, plutôt qu’un renversement général de l’ordre moral antérieur, comme le fut la machine à non-sens des années 1960, avec Althusser, Lacan et Deleuze. Tout est plus extrême chez vous. La gauche moderne tend à vouloir mettre au jour des mécanismes de domination à l’œuvre dans la société et déceler des logiques de pouvoir derrière chaque institution. D’où vient cette obsession du pouvoir ? Dans toute relation, il y a une forme de pouvoir. Le pouvoir ne peut jamais être distribué également. Nous parlons vous et moi dans le cadre d’une interview, et il y a entre nous une forme d’asymétrie. Mais ce n’est pas l’important. Pensons à l’amour. C’est sans doute la chose la plus importante sur Terre, la manière dont nous nous sauvons, ce pour quoi nos vies valent la peine. Mais l’amour est un pouvoir : le pouvoir de l’aimé sur l’amant et vice versa. Nous négocions en permanence pour que ce pouvoir ne nous oppresse pas. Il le peut, il y a des relations abusives, mais réduire ces relations à un pouvoir, c’est perdre de vue les choses qui comptent vraiment. Pourtant, dans un certain état d’esprit contemporain, entamé par Foucault, le pouvoir devient la seule chose importante. Pour Foucault, chaque institution est réductible au pouvoir qu’elle exerce. Foucault dit que la réalité de la famille, c’est le pouvoir, exercé par les parents sur les enfants, par le mari sur la femme, et que l’on peut tout déduire de cela. Mais la vérité de la famille réside autre part : le pouvoir est la structure, mais l’amour en est l’essence. Il y a une inversion systématique de l’essentiel et de l’accidentel. Cette poursuite du pouvoir tourne à la paranoïa, voire au complotisme, lorsqu’on voit derrière toute institution, de la famille à la prison en passant par l’asile, la marque d’une domination de la bourgeoisie. Toute norme devient une forme de pouvoir qu’il faut déconstruire. La diffusion de l’hégélianisme, notamment après guerre dans les universités françaises par Kojève, a donné une obsession pour le « négatif » qui se tient dans le cœur de toute chose qu’il faut mettre en branle pour accélérer la transformation du monde. C’est l’idée de Méphistophélès dans Faust, du négatif comme moteur de l’histoire. C’est pourquoi je dis qu’il y a quelque chose de méphistophélique dans la gauche intellectuelle française. « Je suis l’esprit qui toujours nie. » Les intellectuels français se définissent toujours contre l’ordre bourgeois.

– Pourquoi les intellectuels de gauche détestent-ils tant le « bourgeois » ?

Roger SCRUTON. — Il n’y a qu’en France que le mot « bourgeois » a pris une importance quasi métaphysique. Flaubert a consacré des pages cruelles au bourgeois, et Marx a récupéré le mot pour désigner les propriétaires du profit. Tout cela a fini par démoniser, non seulement une classe sociale, mais tous les gens « normaux » qui cherchent à s’installer, se marier, fonder une famille, devenir propriétaire d’une petite maison, avec peut-être un petit jardin à cultiver. Tout ce qui est innocent et normal est devenu suspect, en particulier en France. Personne n’a riposté en montrant la beauté de la vie bourgeoise, qui accomplit une forme d’épanouissement de l’homme.

– Simone de Beauvoir écrivait : « La vérité est une, l’erreur est multiple. Ce n’est pas un hasard si la droite professe le pluralisme. » La gauche a-t-elle un problème avec le pluralisme ?

Roger SCRUTON. — Il y a un grand paradoxe à gauche : le relativisme moral se combine avec le sectarisme. Tout est relatif, mais il est absolument vrai que tout est relatif. Et si vous n’êtes pas d’accord avec ce postulat, vous êtes en état de péché. Ainsi on peut conquérir du territoire sans se donner la peine d’argumenter. Derrière le relativisme se cache un absolutisme. En réalité, ils ne pensent pas ce qu’ils disent, ils pensent : « Tout ce que VOUS pensez est relatif. » Vous fustigez la critique trop systématique du capitalisme. Mais l’opposition à la marchandisation du monde ne doit-elle pas être un souci du conservateur ? Je suis un conservateur critique de la société de consommation, du matérialisme et de la fétichisation de la marchandise. Mais, contrairement à la gauche, je pense que cela fait partie de la nature humaine et qu’on ne peut pas le détruire, mais seulement le contrôler, lui poser des limites et l’ordonner à des fins supérieures. La grande erreur de la gauche est de croire que parce qu’on n’aime pas quelque chose, on peut la balayer d’un revers de main. On n’aime pas la propriété qui conduit à des abus : il faut donc la détruire. Ça donne le goulag. Il n’est pas possible de débarrasser les gens du désir de consommer, car c’est le désir sur lequel toute économie est fondée. Ce qu’il faut faire, c’est une distinction entre les choses qui peuvent être mises sur le marché et celles qui doivent rester en dehors. On peut vendre le fruit de son travail, mais pas ses enfants, son corps ou son sexe. Il y a quelque chose de juste dans la critique de gauche de la société de consommation : que tout ne doit pas être traité comme un bien, qu’il y a des choses qui ont une dignité intrinsèque. Beaucoup de gens de droite sont d’accord avec ça. Sauf que la gauche offre comme alternative au capitalisme une utopie qui ne vient jamais, là où la droite voit dans l’héritage des remparts naturels au marché tout-puissant. La gauche détruit par son activisme progressiste les dernières barrières qui s’opposaient encore au marché. Or, je crois que les seules ressources qui nous permettent de nous opposer au matérialisme sont d’ordre spirituel.

– Vous avez été nommé par le gouvernement britannique pour diriger une commission sur la beauté dans l’architecture anglaise. Quelle place joue la beauté dans le clivage droite-gauche ?

Roger SCRUTON. — Je pense qu’il y a, chez une certaine gauche, une hostilité à la beauté lorsqu’elle est ordinaire. S’habiller le dimanche, avoir de beaux meubles, avoir des goûts classiques, tout cela est suspect. Les monstrueux immeubles HLM qu’on a construits un peu partout au XXe siècle sont des désastres esthétiques qui produisent une grande misère sociale et morale. Le confort a supplanté la beauté, qui n’est pas quantifiable. L’uniformité dictée par l’État centralisateur cachait parfois implicitement une condamnation de l’architecture bourgeoise. On n’appelle plus « bourgeois », mais « nimby » (pas dans ma cour) les habitants qui refusent que la laideur s’installe près de chez eux, avec une nuance de mépris pour leur manque de sacrifice à l’égard de l’intérêt général. La difficulté de transformer la question de la beauté en programme politique, c’est que le jugement esthétique est difficile à expliquer de façon purement rationnelle, à encadrer par une législation objective. Il y a pourtant des consensus sur la beauté : la beauté de Paris est l’objet d’unanimité, même si celle-ci a été abîmée par une poignée d’idéologues. Prenons l’exemple du centre Beaubourg, qui a été conçu par Richard Rogers, un architecte britannique de gauche, qui voyait dans la destruction d’un antique quartier de Paris l’accomplissement du vœu de Le Corbusier. Il a fait ce morceau d’absurdité, cette machine pleine de tuyaux colorés que personne n’aime, et lui-même, fait lord par Tony Blair, vit dans une maison de style géorgien dans un quartier protégé de Londres. Une belle allégorie de l’intellectuel de gauche.



L’Erreur et l’orgueil : penseurs de la gauche moderne
par Roger Scruton
publié chez l’Artilleur
à Paris
le 6 mars 2019
Broché : 504 pages
ISBN-13 : 978-2810008414



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Le 13 mars 1682 : l’explorateur Cavelier de La Salle prend possession de la Louisiane

René-Robert Cavelier de La Salle
D’après « Histoire de la Louisiane », volume 1, par Charles Gayarré, paru en 1846 et « La Louisiane » (par Eugène Guénin) parue en 1904.

Au cours de son deuxième voyage en Nouvelle-France, René-Robert Cavelier de La Salle s’embarqua sur le Mississippi le 13 février 1682, accompagné de 22 Français et d’une trentaine d’autochtones, et parvint sans incident à l’embouchure de la rivière des Arkansas, point où les explorateurs Louis Jolliet (1645-1700) et Jacques Marquette (1637-1675), découvreurs des sources du Mississippi, s’étaient arrêtés en 1673.

L’expédition comprenait notamment un autre explorateur, le chevalier de Tonti, qui en fit le récit suivant :