mardi 4 avril 2023

Quand les discours haineux sont permis

Rien n’est plus consensuel aujourd’hui que la dénonciation des discours haineux. Mais pour peu qu’on cherche à comprendre la définition du discours haineux, le consensus s’effrite.

Qu’on me permette de donner quelques exemples.

Il y a quelques semaines, à l’Université McGill [anglophone à Montréal], une conférence a été obstruée par des militants trans radicaux qui voulaient l’empêcher de se tenir.

Campus urbain de McGill

Militants

Leur argument ? L’invité, Robert Wintemute, qui critiquait la théorie du genre, tiendrait un « discours haineux ». La critique de cette théorie est-elle encore permise ?

Inversement, les militants qui multiplièrent les insultes à l’endroit de ceux qui se rendaient à la conférence ne furent pas accusés de tenir un discours haineux. À moins qu’il ne s’agisse d’une haine autorisée ?

Autre exemple. On connaît la formule « all cops are bastards ». Traduction : tous les policiers sont des salauds. Il s’agit de haine antipolicière. Une chanteuse peut même porter un t-shirt affichant ce slogan. Sera-t-elle accusée de propos haineux ? Non. Mais pourquoi ?

Autre exemple : une écrivaine française écrivait un livre en 2020 où elle disait détester les hommes. Un quotidien québécois s’enthousiasmait pour l’ouvrage en se demandant pourquoi « il est encore tabou, interdit même, d’imaginer un monde où l’on pourrait haïr les hommes ». Cette haine n’était pas condamnée, mais revendiquée. 

Cela m’oblige à réviser mon introduction.

Notre société condamne-t-elle les discours haineux ? Cela dépend.

Policiers

Elle assimilera aux discours haineux la moindre critique des « minorités ». Vous n’êtes pas convaincu que les drag queens [travestis] ont leur place à l’école primaire ? Vous êtes haineux ! Vous ne croyez pas à la théorie du racisme systémique ? Toujours haineux ! Vous avez des réserves sur une religion minoritaire ? Encore haineux !

Mais vous détestez les hommes, et encore plus s’ils sont blancs ? Vous êtes une audacieuse provocatrice ! Vous détestez les policiers ? Vous militez pour la justice sociale. 

Ou alors vous avez la haine vertueuse. On vous applaudira.

Voir aussi

L’ancienne femen devait intervenir lors d’un colloque, organisé le 15 avril par le Comité Laïcité République Pays de la Loire, pour parler de l’état du féminisme après #BalanceTonPorc. Face aux menaces et pressions de ses détracteurs, les organisateurs ont préféré annuler sa participation.

«Je trouve ça lâche» : ce mardi matin, un sentiment de colère anime l’ancienne femen Marguerite Stern. Elle vient d’apprendre l’annulation de sa conférence organisée le 15 avril, à Nantes, au château des Ducs de Bretagne, intitulée «Cinq ans après #MeToo , où en est le féminisme ?». «Je me sens empêchée dans ma liberté d’expression. C’est une forme de totalitarisme, de censure. C’est grave», a réagi auprès du Figaro la féministe. Celle qui dénonce depuis trois ans les dangers de l’idéologie transgenre avait affronté ce week-end une levée de boucliers avant même d’avoir annoncé personnellement sa venue. Un «Appel à la contre-manifestation contre la transphobe Marguerite Stern» avait été lancé.

dimanche 2 avril 2023

Journée de la visibilité transgenre à Vancouver : manifestant pacifique contre les mutilations des enfants agressés par des transactivistes violents

Un des suspects habillé en femme
La police de Vancouver (SPV) a ouvert une enquête à la suite de violents affrontements survenus hier lors d’un rassemblement marquant la Journée internationale de la visibilité transgenre.

Les incidents se sont produits lorsque les participants au rassemblement ont affronté un groupe de contre-manifestants à l’intérieur du parc Grandview, où entre 75 et 100 personnes s’étaient rassemblées. La police pense qu’au moins deux personnes ont été agressées à coup de poings.

Les détectives de l’Unité des vols, des voies de fait et des incendies criminels du SPV ont été chargés de mener une enquête complète, qui comprendra un examen de la vidéo des témoins, des récits de témoins oculaires et des déclarations des victimes. L’enquête tiendra compte de toutes les circonstances entourant les incidents.

Aujourd’hui, les enquêteurs ont contacté une victime qui a publié une vidéo d’une agression en ligne et l’ont invitée à rencontrer des détectives afin de fournir une déclaration et des séquences vidéo de l’incident. Le SPV partage également des parties de vidéos et d’images publiées en ligne par une victime, dans l’espoir que davantage de personnes qui ont été témoins des altercations fourniront des informations.

Les enquêteurs croient qu’il pourrait y avoir d’autres témoins qui n’ont pas parlé à la police, ainsi que des vidéos de témoins qui peuvent montrer différents points de vue sur ce qui s’est passé.

Toute personne ayant de l’information est priée de composer le 604-717-2541.


Autre angle :
 
Voir aussi


Rappel : La Suède freine sur la question du changement de sexe des mineurs (RTS.ch)

 Les raisons:

  • La crainte d’une contagion sociale due aux réseaux sociaux
  • Les témoignages de ceux qui regrettent leur transition de plus en plus nombreux
  • L’échec à rendre « plus heureux » parce 90% des jeunes souffriraient d'autres pathologies qui sont en fait leur vrai problème

samedi 1 avril 2023

La campagne anglaise étudiée par des experts en crimes haineux pour déterminer si elle abrite du "racisme rural"

Ce n’est pas un poisson d’avril.

« Les réalités vécues par les minorités ethniques en dehors de la ville vont être étudiées, car on craint qu’elles ne vivent dans un “environnement exclusivement anglais” ».

Imaginez que l’environnement soit anglais, en Angleterre de surcroît ! Quelle horreur ! Dieu merci, les experts sont sur le coup et veillent au grain…

 


 

Source : Daily Telegraph


Camps d'été de travelos à partir de 7 ans financés par le gouvernement...

Les différents gouvernements financent des camps d’été de travestissement (drag). Les drag queens sont des  travestis excessivement maquillés et vêtus de manière extravagante.

Le site web nous indique :
 
« Joignez-vous à quelques-uns des artistes de travestissement (drag) les plus extraordinaires de Vancouver et apprenez comment le travestissement peut égayer votre vie !   Vous vous demandez peut-être si la drague est pour les enfants ? La drague est pour tout le monde ! Parents, demandez-vous quelle est la différence entre ce que vous portez à la maison et ce que vous portez au travail. Tu fais du travestissement, chéri, mais tu ne le sais pas ! »


Italie — Dépôt d'une loi sur la promotion et la défense de la langue italienne

AMENDES de 5 000 à 100 000 euros. Pour qui ? Pour les entreprises et les institutions en Italie qui utilisent des termes étrangers inutiles au lieu de l’équivalent italien. La proposition est de Fabio Rampelli, vétéran de la Fratelli d’Italia (le parti de la présidente du Conseil, Giogia Meloni) et premier signataire d’un projet de loi pour la défense de la langue italienne. Un durcissement des cursus universitaires en langues étrangères est également prévu. 

L’utilisation fréquente de termes anglais a récemment été stigmatisée par l’ancien premier ministre et ancien chef de la Banque centrale européenne, Mario Draghi.

Liste diffusée sur les médias sociaux de 30 mots italiens pour remplacer les mots anglais à la mode

L’année dernière, M. Draghi a reproché aux gens d’utiliser des termes étrangers pour tenter de paraître plus importants, affirmant que l’italien était une langue belle et expressive qui n’avait pas besoin d’être remplacée. Il a également observé que les nombreuses personnes qui ne connaissent pas l’anglais, le principal coupable, pâtissent de l’utilisation de mots étrangers qui leur sont inconnus.

Le Mouvement 5 étoiles (M5S), parti d’opposition, a accusé le parti Fratelli d’Italia d’incohérence puisque c’est ce parti qui a renommé le ministère de l’Industrie le « ministère du Made in Italy ». « M. Rampelli veut-il désavouer son collègue Adolfo Urso, le ministre des Entreprises et du Made in Italy ? »

Publicité pour Gillette en « italien ». Rasez-vous comme un poseur de bombes. La trousse du poseur de bombes. Le « bomber » est le surnom en anglais du personnage sur l'affiche, Christian Vieri, ancien joueur de calcio.


 

Un Italien du Nord de l'Italie se promène dans sa ville non touristique et nous montre les anglicismes visibles dans la rue.


On trouvera ci-dessous la traduction non officielle du projet de loi en question.

 

Autre don d'un milliard par le gouvernement de la CAQ à l'université anglophone McGill

« Devant les protestations, la ministre de l’Enseignement supérieur, Danielle McCann, a déclaré que le gouvernement n’avait reçu aucun autre projet, ce qui est exact, pour la simple raison qu’elle n’a jamais fait d’appel de projets. »

Le don de l’ancien hôpital Royal Victoria à l’université McGill proposé par le gouvernement Legault coûtera plus d’un milliard de dollars aux contribuables québécois et aura des conséquences absolument néfastes pour le français à Montréal, pour le mont Royal et pour le centre-ville estime le Collectif contre la privatisation du Royal Victoria.

Considérant qu’en 2016, McGill estimait déjà qu’un tel projet valait au bas mot 782 millions de dollars, on peut affirmer que ce cadeau que le gouvernement Legault envisage de lui offrir coûtera plus d’un milliard de dollars actuels aux contribuables québécois si la CAQ persiste à privatiser ainsi le domaine public de l’ancien hôpital Royal Victoria, ses dépendances et les parties avoisinantes du mont Royal.

Le Collectif rappelle que l’université McGill a déjà obtenu une première subvention de 37 millions $ du Québec, en 2018, pour effectuer une étude de « faisabilité » de la transformation de l’immeuble désaffecté en centre de recherche. En juin dernier, le gouvernement Legault s’est aussi engagé à contribuer jusqu’à 475 millions $ au projet d’agrandissement de cette institution privée. Il envisage aussi depuis des mois de lui céder le Royal Vic, ses dépendances et de vastes terrains sur le mont Royal, dont la valeur totale pourrait facilement dépasser les $500 millions de dollars.

Il ne faudrait pas que, par un curieux raisonnement, le gouvernement Legault s’imagine que, parce qu’il a renoncé au don à Dawson, il peut maintenant faire un don de plus d’un milliard à McGill. Ce projet constitue pour les francophones un acte de dépossession majeur du mont Royal et de leur centre-ville en faveur du développement abusif de la Forteresse McGill. 

Empreinte actuelle de McGill au centre-ville de Montréal. Ajoutons-y le campus grandissant de l’autre université anglophone (Concordia) et rien d’étonnant qu’on ne puisse plus être servi en français… Tout cela avec des universités publiques dans un Québec qui prétendument n’a qu’une langue officielle, le français.
 

La présidente du Conseil du trésor, Sonia Lebel, a néanmoins défendu le projet de loi spéciale privé adopté l’automne dernier visant à faciliter la privatisation l’ancien Royal Vic et une partie du mont Royal au profit de l’université McGill, ce qui permettrait à celle-ci d’étendre encore davantage son emprise immobilière anglophone sur le mont Royal et le centre-ville de Montréal. Il faut éviter cette tragique erreur.

Un rapport

En 2012, avant que l’hôpital Royal Victoria et l’Hôtel Dieu ne cessent leurs activités au centre-ville, le gouvernement Marois a demandé à des experts de se pencher sur l’avenir de ces institutions. Leur rapport recommande unanimement que celles-ci demeurent dans le domaine public. Le Québec doit garder le contrôle de ces sites exceptionnels. Le rapport recommande instamment que le gouvernement du Québec ne se départisse pas de ce terrain et de ces bâtiments, mais qu’il les mette en location par bail emphytéotique.

Revenus au pouvoir, les libéraux ont néanmoins décidé de passer outre à ces recommandations et de donner à McGill le Royal Vic, ses dépendances et une partie du mont Royal.

Puis, pour des raisons inexplicables, le gouvernement Legault a ensuite pris aveuglément le relais des libéraux et s’est engagé à donner cet immense domaine public à McGill.


De retour après 20 ans à Montréal, la ville s’est entretemps « ouverte sur le monde et métissée »…

 Aucun autre projet

Devant les protestations, la ministre de l’Enseignement supérieur, Danielle McCann, a déclaré que le gouvernement n’avait reçu aucun autre projet, ce qui est exact, pour la simple raison qu’elle n’a jamais fait d’appel de projets. Quoi qu’il en soit, le gouvernement doit préserver la propriété de cet immense ensemble et, pour tout projet, procéder à une location par bail emphytéotique comme le recommandent les experts.

Par ailleurs, le gouvernement Legault a même balayé du revers de la main la demande présentée par un regroupement d’une cinquantaine d’organismes (la Coalition Le Royal Vic pour le bien public) qui voulaient obtenir une chance égale et du financement afin de préparer un projet pour le site dans une perspective d’intérêt communautaire tout en le maintenant dans le domaine public.

Quoi qu’il en soit, il n’est pas dans l’intérêt des Québécois ni des Montréalais de sacrifier ainsi leur domaine public au profit d’une institution privée et de faire inconsidérément ce cadeau de plus d’un milliard de dollars à l’Université McGill. Le gouvernement Legault doit se raviser.

Pour le Collectif contre la privatisation du Royal Vic : André Sirois, avocat auprès de l’ONU, et Gilles Paquin, journaliste à la retraite

vendredi 31 mars 2023

Impuissant face aux crises, le progressisme se réfugie dans les lois sociétales

Les Anciens concevaient le monde comme essentiellement statique (les changements n’étaient guère plus que des vaguelettes à la surface de la mer), ou comme animé d’un mouvement cyclique (sur le modèle des cycles astronomiques), ou encore comme allant se dégradant (âges d’or, d’argent, de bronze, de fer). S’il y a bien une idée qui leur était étrangère, c’était celle d’un monde en progrès. L’image des nains juchés sur les épaules de géants, apparue au Moyen Âge, a amorcé une transition : tout en préservant une supériorité des Anciens (les géants), elle accordait aussi une supériorité à leurs successeurs qui, juchés sur leurs épaules, voyaient plus loin qu’eux. La modernité, elle, n’a plus ces ménagements. L’esquisse d’un tableau historique des progrès de l’esprit humain, rédigé par Condorcet à la fin du XVIIIe siècle, est emblématique du cadre progressiste dans lequel se trouve désormais pensée l’histoire humaine. Un mouvement général d’élévation, depuis les peuplades primitives jusqu’à une espèce humaine s’affranchissant une à une de toutes ses chaînes, de toutes ses limites, « soustraite à l’empire du hasard, comme à celui des ennemis de ses progrès, et marchant d’un pas ferme et sûr dans la route de la vérité, de la vertu et du bonheur ». Condorcet était versé dans les sciences, particulièrement les mathématiques, et le progressisme comme cadre général de pensée ne se serait sans doute pas imposé comme il l’a fait, au cours des derniers siècles, sans le développement des sciences mathématiques de la nature. Ainsi que l’a écrit Léo Strauss, « la science moderne est la colonne vertébrale de la civilisation moderne ». Ce sont les avancées de la science, nourrissant les avancées technologiques, qui ont solidement accrédité l’idée d’un monde en progrès.

 

Nouvelle frontière repoussée du progrès : l’imposition des rencontres entre des enfants et des travelos. Ici l’argent du contribuable canadien à l’œuvre.

Voici cependant que la dynamique, d’abord promesse d’un monde toujours meilleur, revêt des aspects inquiétants. Avec le progrès scientifique, il s’agissait d’éclairer le monde. Le progrès technologique que la science nourrit, en accroissant sans cesse les puissances d’intervention, ne se contente pas, cependant, de répandre la lumière. Il s’est mis à dérégler la Terre, à l’épuiser, à menacer de la rendre invivable. Emmanuel Macron lui-même, progressiste en chef, a été obligé d’en convenir : fin de l’abondance, fin de l’insouciance. Les dommages causés au monde, notons-le, ne sont pas seuls en cause : les dommages infligés aux cultures humaines sont également patents, dont le « progrès », au point où nous en sommes, semble moins favoriser l’épanouissement et la fructification qu’accélérer le délitement. Aragon, au sein du Comité central du PC, était manifestement moins convaincu que ses camarades des vertus libératrices de la technique. À ses yeux, le déferlement des nouveaux dispositifs réputés accroître notre puissance d’agir avait pour principal effet de nous vider de notre substance. « Ce progrès qui me prive d’une fonction peu à peu m’amène à en perdre l’organe. Plus l’ingéniosité de l’homme sera grande, plus l’homme sera démuni des outils physiologiques de l’ingéniosité. Ses esclaves de fer et de fil atteindront une perfection que l’homme de chair n’a jamais connue, tandis que celui-ci progressivement retournera vers l’amibe. Il va s’oublier. »

Léo Strauss, quant à lui, ouvrait une conférence de 1952 (pour lui, la fin de l’insouciance a été plus précoce que chez notre président) par ces mots : « Le progrès est devenu un problème — il pourrait sembler que le progrès nous ait conduits au bord d’un abîme et qu’il soit par conséquent nécessaire d’envisager d’autres options. Par exemple, s’arrêter là où nous nous trouvons ou, si cela s’avérait impossible, revenir en arrière. » Dans la suite, Strauss nuance son propos, mais le constat est là.

Pour autant, rien n’y fait : la structure progressiste, les modes de pensée progressistes, les réflexes progressistes se sont si bien acclimatés en nous, y ont poussé des racines si profondes (y compris chez lesdits réactionnaires) que, quand bien même ils nous conduiraient au naufrage, nous ne sommes pas libres de nous en débarrasser. Sans eux, nous avons désappris à vivre ; sans eux, c’est comme si la terre se dérobait sous nos pieds. C’est pourquoi les démentis au progrès peuvent s’accumuler, ils apparaissent comme autant d’anomalies ou de scandales dans un mouvement général vers le mieux. Régulièrement, on entend s’élever des protestations indignées comme : « Comment est-il encore possible, en France, en 2023, que… » Imagine-t-on un ancien Grec dire : « Comment est-il encore possible, à Athènes, durant la cent troisième olympiade… », ou un homme du XIIe siècle : « Comment est-il encore possible, dans le royaume de France, sous le règne de Louis le septième… » : l’idée même est grotesque. Mais, comme le relève Rémi Brague, quoi qu’il arrive, « nous autres modernes croyons que les choses vont de mieux en mieux. Y compris dans une période de crise, propice à l’inquiétude, notre surprise même et notre indignation témoignent de notre croyance au progrès : nous pensons que la situation devrait s’améliorer. Par suite, nous cherchons à identifier des facteurs qui empêchent l’ascension vers les sommets radieux et, une fois démasqués, nous les poursuivons de notre haine. »

Comment rassurer la conscience progressiste, rudoyée par l’évolution du monde et des sociétés, quand, du fait de la « fin de l’abondance », il n’est plus possible de la satisfaire par un déversement toujours plus intense, sur le marché, d’objets de consommation ? En accordant de nouveaux droits. Il ne me paraît pas possible de comprendre la frénésie avec laquelle on se met à élever à la dignité de droits fondamentaux des actes dont, quelques décennies auparavant, on n’avait même pas idée, sans tenir compte de la position délicate du progressisme. Depuis 1973, date du premier choc pétrolier, les « crises » se prolongent, s’enchaînent les unes aux autres, sans discontinuer. Au point qu’aujourd’hui le mot « crise », qui était censé désigner un passage transitoire au cours d’une maladie, ce moment intense et limité dans le temps où se décide le cours ultérieur des événements, est complètement usé. Comment concilier une crise devenue chronique avec le maintien de l’idéologie progressiste ? Réponse : par de la créativité législative. Plus la crise s’aggrave, plus des droits inédits doivent être inventés, afin de donner l’impression que l’on continue envers et contre tout d’avancer, d’« aller dans le bon sens ». Récemment le mariage pour tous, la PMA pour toutes, le libre choix de son genre. Prochainement, le « droit à mourir dans la dignité ». Lors de la dernière élection présidentielle, Jean-Luc Mélenchon proposait même d’inscrire ces deux derniers droits dans la Constitution. Il s’opposait pour sa part à la GPA, mais celle-ci n’en est pas moins en gestation — et sans doute pléthore de nouveaux droits qui restent à imaginer.

On prend la mesure, dans ce contexte, du traumatisme qu’a représenté l’arrêt rendu l’année dernière par la Cour suprême des États-Unis, revenant sur l’arrêt rendu cinquante ans plus tôt, par la même cour, sur la question de l’avortement. En 1972, les juges avaient déduit du XIVe amendement à la Constitution américaine (ratifié, au lendemain de la guerre de Sécession, pour protéger les droits des citoyens noirs que l’abolition de l’esclavage venait de libérer) que la législation de chaque État de l’union devait garantir la liberté des femmes à avorter, et cela jusqu’au seuil de viabilité du fœtus (soit de 24 à 28 semaines de gestation). Imagine-t-on notre Conseil constitutionnel imposant pareille chose ? La question de l’interruption volontaire de grossesse, en France, a été débattue au Parlement — et le délai maximum pour procéder à un avortement, fixé initialement à 10 semaines, puis porté à 12, est aujourd’hui de 14 semaines (soit la moitié de ce qui était censé être déduit de la Constitution américaine). Contrairement à ce qui s’est beaucoup dit, la Cour suprême, dans son arrêt de 2022, n’a pas commis un coup de force juridique : elle est revenue sur un coup de force juridique antérieur ; elle n’a pas interdit l’avortement, elle a dit qu’il appartenait aux instances politiques de chaque État de l’union de décider de leur législation en la matière (comme les instances politiques ont décidé en France). Néanmoins, ce qui devrait être reçu comme un retour à la normale, quand on se réclame de la démocratie, a engendré, chez les progressistes, un terrible traumatisme.

Il faut les comprendre. Les crises non seulement ne se résolvent pas, mais s’aggravent et se multiplient. L’école est en crise, l’hôpital est en crise, la justice manque de moyens, la police manque de moyens, l’armée manque de moyens, les coupures d’électricité menacent, l’eau même se fait rare, la dette se creuse, le « vivre ensemble » a du plomb dans l’aile, etc. Il faut bien, pour soutenir le moral progressiste, qu’il y ait un endroit où, indubitablement, cela progresse ! Dans Révolution, le livre programme qu’Emmanuel Macron a publié fin 2016, le candidat à l’élection présidentielle écrivait : « À l’origine de cette aventure se trouvent des femmes et des hommes qui veulent avant tout faire avancer le progrès. » Où le faire avancer, ce satané progrès ?

Au moins, jusqu’ici, un terrain demeurait préservé : celui des lois sociétales. Si même là, une rétrogradation est possible, c’est le monde qui s’écroule ! Terrible blessure, donc, que celle infligée par la décision de la Cour suprême américaine, l’année dernière. Vite, il faut cautériser la plaie. Ce que la Cour américaine, dans son aveuglement rétrograde, ne trouve pas dans la Constitution des États-Unis, nous allons le mettre dans la nôtre. Peu importe qu’un droit à avorter, dans une Constitution, soit aussi à sa place qu’un parapluie ou une machine à coudre sur une table de dissection. Peu importe qu’en France, ce droit ne soit nullement menacé. À défaut d’instituer un nouveau droit, on peut encore, ultime ressource pour se ravigoter, constitutionnaliser un droit déjà là. Quand le progressisme se trouve réduit à de tels expédients, on peut dire qu’il n’est pas au mieux de sa forme. Je pense au maquillage de cocotte qui dissimule, tant bien que mal, le teint cadavérique d’Aschenbach, et à la teinture qui se met à couler sur son visage, à la fin de Mort à Venise.

 

Source : Olivier Rey, Le Figaro. Polytechnicien, Olivier Rey a enseigné les mathématiques à l’x et est chercheur à l’institut d’histoire et de philosophie des sciences et des techniques. Il enseigne la philosophie à Paris-i Panthéonsorbonne. Auteur de nombreux essais salués par la critique, comme « Quand le monde s’est fait nombre » (Stock, coll. « Les Essais », 2016), « Leurre et malheur du transhumanisme » (Desclée de Brouwer, 2018), qui a obtenu le prix Jacques-Ellul 2019, « Gloire et misère de l’image après Jésus-Christ » (Éditions Conférence, 2020) et « Réparer l’eau » (Stock, 2021), l’intellectuel a également publié, sur le Covid, « L’idolâtrie de la vie » (Gallimard, coll. « Tracts », 2020).


Voir aussi

Trudeaupie — Le Canada recense sa population selon cinq « identités de genre » 

Culte du progrès, croyance au sens de l'histoire, volonté de transformation : tentations totalitaires au cœur des sociétés occidentales 

« L’histoire a le sens qu’on lui donne »  

Le Progrès est-il un progrès ?

 « L’esprit conservateur est le souci de ce qui tient ensemble le monde de manière invisible » 

L’invention du progrès

Le « progressisme »
 

Le progrès, valeur en berne ? 

Régis Debray fait son deuil du progressisme et des illusions de la gauche

« Progrès » : Des centaines d’adolescents se voient administrer des bloqueurs de puberté  

Les hommes sont-ils devenus désuets dans une société féminisée ?

Tyrannie de la modernité : Des jeux vidéo à l’école…

Une semaine d’émeutes et de pillages en Afrique du Sud, lutte intestine au sein de l’ANC, racialisation et impact économique   

Un homme qui se dit femme fracasse quatre records d’haltérophilie féminine  

Les écrans, source de problèmes mentaux et sociaux chez les enfants ?  

La gauche française en quête désespérée d’intellectuels  

Classification du conservatisme, libéralisme et progressisme

Un homme qui se dit femme fracasse quatre records d'haltérophilie féminine

jeudi 30 mars 2023

« France laïque et républicaine » — En dix ans, le port du voile chez les femmes musulmanes a explosé

C’est la deuxième fois en dix ans que deux organismes de l’état français, l’institut national de la statistique et des études économiques (Insee) et l’institut national d’études démographiques (Ined), livrent une analyse sur l’évolution des religions en France. La première enquête, « Trajectoires et origines » sur la population immigrée de première et de seconde génération, avait été menée de 2008 à 2009. Elle est désormais complétée par une seconde du même nom, conduite cette fois de 2019 à 2020. Ces études permettent de saisir les évolutions du champ religieux français, un sujet qui attise toujours les passions.

Premier enseignement : le port du voile par les femmes musulmanes est en constante hausse, avec une progression de 55 % en dix ans. Entre 18 et 49 ans, la part de celles qui le portent est passée de 18 % à 28 %. C’est dans les populations d’origine subsaharienne que cette pratique a le plus progressé, ayant plus que doublé (de 12 % à 28 %). Plus généralement, « 26 % des femmes musulmanes âgées de 18 à 49 ans disent porter un voile », note l’étude. Et d’ajouter : « C’est parmi les 25-34 ans que cette pratique est la plus répandue pour les descendantes d’immigrés. »
 
 

Second enseignement : entre 18 et 59 ans — le périmètre de l’étude est limité à cette classe d’âge —, le nombre de musulmans en France est estimé à « 10 % » de la population française. En extrapolant ce chiffre à l’ensemble de la population, il y aurait environ 6,77 millions de musulmans dans le pays. Un chiffre qui « consolide » la deuxième place de l’islam parmi les religions en France, assure l’étude. Voire la première parmi les pratiquants (au moins une prière par semaine).


Une religion en « progression ». Le nombre des musulmans en France est toujours un sujet de polémique. Et pour cause, selon les études, il peut varier du simple au double. À noter, donc, que ces chiffres sont basés sur les réponses de 27 200 personnes interrogées, « se déclarant » de telle ou telle religion. Malgré les écueils, c’est la première fois qu’un document officiel livre ce chiffre de « 10 % » de musulmans en France.

Troisième enseignement : l’étude souligne une « désaffiliation religieuse » en cours depuis dix ans dans notre pays, avec une « poursuite du mouvement de sécularisation » au détriment des religions. Ainsi, 51 % de la population des 19-59 ans déclare « ne pas avoir de religion ». Un chiffre qui serait « en augmentation depuis dix ans ».

Mais cette affirmation est nuancée par plusieurs éléments de l’étude. Environ un quart seulement (entre 19 % et 26 %) des personnes immigrées ou issues de l’immigration se tiennent à distance de la religion, soit moitié moins que la population de souche.

Le rôle de la famille

À ce titre, l’analyse reconnaît que « la place de la religion dans l’identité des personnes » varie selon la religion d’appartenance : « Elle est nettement plus grande pour les juifs (54 %) et les musulmans (30 %) que pour les catholiques (6 %) ». En dix ans, ce chiffre mesurant l’« importance » de la religion dans l’« identité », est encore en baisse chez les catholiques, où il est passé de 8 % à 6 %. En légère baisse chez les musulmans, aussi, en passant de 33 % à 30 %, mais en hausse chez les juifs où il progresse de 46 % à 54 %. Le facteur de la transmission de la religion en famille joue un rôle décisif, poursuit l’étude : 91 % des familles musulmanes insistent pour transmettre leur foi à leurs enfants, 84 % des familles juives, 67 % des familles catholiques.

Quatrième enseignement : il est toujours périlleux de mettre sur le même plan des pratiques religieuses qui n’ont parfois rien à voir entre elles, sinon la croyance en un principe divin. Ainsi, 6 % de Français non issus de l’immigration disent se rendre « régulièrement » à la messe. Mais 15 % des immigrés catholiques d’origine portugaise, espagnole ou italienne s’y rendent, quand 24 % des catholiques ultramarins (originaires des DOM-TOM) pratiquent régulièrement, un chiffre qui atteint les 55 % pour les immigrés catholiques issus d’Afrique centrale. Pour ce qui est des musulmans, ils ne sont que 20 % à se rendre régulièrement à la mosquée — 10 % des femmes seulement. En revanche, les trois quarts des musulmans, 75 %, respectent le jeûne du ramadan.
 
Voir aussi
 
 

Islam et christianisme : les impasses du dialogue interreligieux actuel

Patrick Buisson : « les réactionnaires ont souvent un tour d’avance »

Un tiers de la population française est issue de l'immigration (jusqu'à la 3e génération)

Les statisticiens de l’Insee montrent la part grandissante de l’immigration en France.

Le dernier panorama de l’Institut national de la statistique et des études économiques (Insee) sur les « immigrés et descendants d’immigrés en France » a vocation à livrer des « informations objectives pour alimenter le débat ». Les statisticiens du gouvernement ont arrêté leurs comptes à 2021 (l’année 2022 ne ferait, de toute façon, qu’accentuer les tendances). 



Voici ce que contient notamment ce document :

 Près de 7 millions d’immigrés sont recensés officiellement 

La population totale en France s’établissait en 2021 à 67,6 millions d’habitants. Au sein de cet ensemble, la part des immigrés (personnes nées à l’étranger et résidant sur le territoire) représentait 10,3 %, soit 6,9 millions d’individus. Cette proportion était de 6,5 % en 1968 et « autour de 7,4 % de 1975 à la fin des années 1990 ». Une stabilisation alors liée au ralentissement de l’immigration de travail. « Depuis le début des années 2000, le nombre d’immigrés croît à nouveau à un rythme soutenu, tandis que les origines se diversifient », constatent les statisticiens. Ils indiquent qu’« entre 1999 et 2021, le nombre d’immigrés a été multiplié par 1,6 tandis que la population totale a été multipliée par 1,1 ». Ils notent que « la population immigrée est aujourd’hui plus féminisée : 52 % des immigrés vivant en France en 2021 sont des femmes contre 44 % en 1968 ». Précision : « Les immigrés, qui sont nés de nationalité étrangère à l’étranger, conservent le statut d’immigré même s’ils acquièrent la nationalité française, ce qui est le cas de 2,5 millions d’entre eux (soit 36 %) ».

Une concentration dans une douzaine de départements 

La moitié de la population immigrée réside dans 13 départements, contre 23 pour la moitié de la population dans son ensemble. Selon l’Insee, « 20 % de la population parisienne est immigrée » et cette proportion atteint « 33 % en Seine–Saint-Denis ». Par ailleurs, 37 % des immigrés habitent en Île-de-France, qui rassemble 18 % de l’ensemble de la population. « Alors que les immigrés et descendants d’immigrés d’origine portugaise et africaine vivent principalement en Île-de-France, les immigrés italiens et leurs descendants habitent fréquemment à proximité de la frontière italienne (région Provence-Alpes-Côte d’Azur), de même que les immigrés espagnols et leurs descendants à la frontière espagnole (région Occitanie). Les immigrés et descendants d’immigrés d’origine maghrébine sont davantage présents dans le sillon rhodanien et en région Provence-Alpes-Côte d’Azur ». Sans surprise.

De plus en plus d’Africains s’installent sur le territoire

Selon l’Insee, « en 2019, 272 000 immigrés sont arrivés en France pour une durée d’au moins un an. Parmi eux, 41 % viennent d’Afrique », or les ressortissants de ce continent représentaient 31 % des arrivées d’étrangers en 2009. En dix ans, ceux issus du Maghreb sont passés de 17 % à 21 % et ceux des autres pays d’Afrique de 14 % à 20 %. Par ailleurs, en 2019, 33 % des nouveaux arrivants étaient natifs d’Europe, 15 % d’Asie et 11 % d’Amérique et d’Océanie. La moitié des immigrés arrivés cette année-là ont moins de 26 ans et 43 % de ceux âgés de 15 ans ou plus sont diplômés de l’enseignement supérieur. Les jeunes sont plus instruits que leurs aînés.

La vague étudiante devance l’immigration familiale

 « En 2007, plus de la moitié (51 %) des premiers titres de séjour délivrés à des ressortissants de pays tiers, toutes durées confondues, l’était pour motif familial. Ils ne sont plus que 32 % en 2021 », affirme l’Insee. Cet organisme rappelle qu’une nouvelle immigration de travail a été favorisée depuis le milieu des années 2000. Autre explication avancée : la montée de la demande d’asile et la circulation croissante des étudiants. En 2021, l’immigration étudiante représente pour la première fois le premier motif de venue en France pour les ressortissants de pays tiers bénéficiant d’un titre de séjour (87 700 premiers titres de séjour délivrés pour ce motif), légèrement devant l’immigration familiale (85 800 premiers titres).

Un tiers de la population a un lien avec l’immigration 

Selon Sylvie Le Minez, de l’Insee, « un tiers de la population française a un lien avec l’immigration sur trois générations ». De fait, à côté des quelque 7 millions d’immigrés recensés, les statisticiens mettent en relief le cas des descendants d’immigrés. D’abord ceux de la deuxième génération (37 % ont moins de 18 ans), c’est-à-dire des personnes nées en France d’au moins un parent immigré. Ceux-là représentent 7,3 millions de personnes, soit 10,9 % de la population totale de la France. Ensuite, les petits-enfants d’immigrés. Là, l’Insee précise que « 10,2 % des personnes de moins de 60 ans (soit 4,8 millions de personnes) sont des descendants d’immigrés de troisième génération ». Ces trois composantes liées entre elles représentent ainsi plus de 19 millions de personnes, dont l’essentiel se concentre donc dans les agglomérations et les départements frontaliers. Ces chiffres n’intègrent pas Mayotte, où l’immigration clandestine explose.

Le poids de l’histoire explique les chiffres français

Concernant la part des personnes nées à l’étranger dans l’ensemble de la population des pays de l’Union européenne, l’Insee relève que la France (12,8 %) se situe dans la moyenne européenne (12,4 % pour L’UE à 27 pays), derrière l’Allemagne ou l’Espagne, et devant l’Italie. Mais ses statisticiens n’omettent pas d’éclairer également le poids des descendants de deuxième génération. « La part de personnes vivant en France ayant au moins un parent né à l’étranger est l’une des plus élevées parmi les pays européens, compte tenu de l’ancienneté de son histoire migratoire », écrivent-ils. Selon eux, « en 2021, 12,9 % des personnes âgées de 15 à 74 ans vivant en France ont au moins un parent né à l’étranger, contre 7,1 % en moyenne pour les pays de L’UE à 27 ».

mercredi 29 mars 2023

Les Maigres blancs d'Amérique ?

Un texte de Mathieu Bock-Côté paru dans le Journal de Québec. 

C’est une histoire dont on commence à parler.

Alexis Letarte (ci-contre) est ce qu’on pourrait appeler un jeune surdoué, âgé de 16 ans. Qui le suit sur les réseaux sociaux devine qu’il brillera un jour dans le monde politique ou intellectuel.

Exalté, élégant, il aime la culture québécoise.

Récemment, il a voulu, dans le cadre de Secondaire en spectacle, lire le poème Speak White, de Michèle Lalonde.

Il s’agit, nous le savons, d’une œuvre phare de la Révolution tranquille.

Censure

Lalonde y compare la situation du peuple québécois à celle des autres peuples colonisés dans le monde. Notamment à celle des Noirs américains.

Et pour évoquer cette situation, on trouve les vers suivants : « Nous savons que liberté est un mot noir, comme la misère est nègre ».

En audition à son école secondaire, il a prononcé le poème intégralement. Les juges, pour le dire poliment, ont fait une syncope. Vous devinez que la situation a vite dégénéré.

On lui a demandé de censurer ce mot pour les prochaines étapes. Il a d’abord refusé, et l’histoire prend alors une tournure loufoque. Que faire devant son refus ?

De nombreux bureaucrates s’en mêlent, tout le monde se demande quoi faire, et l’histoire remonte même au ministère de l’Éducation.

Tous jonglent avec cette question apparemment complexe : peut-on prononcer le poème de Michèle Lalonde sans le censurer ?

Ce sont finalement les gens de Secondaire en spectacle qui tranchent.

 

Même au restaurant, le mot en N est banni


Non, il ne peut pas le prononcer. Le « mot en N » est maléfique. Qui le prononce réveille la colère des dieux !
 
Le jeune Alexis est obligé de le remplacer par un autre, sinon il sera immédiatement disqualifié.

Alors que fait-il ?

À la demande des instances, il remplace le mot « nègre » par le mot « maigre ». Oui ! Désormais, on dira aussi « Maigres blancs d’Amérique » !

Surtout, les gens de Secondaire en spectacle se sont faits menaçants.

« Un non-respect entraînerait non seulement une disqualification, mais un lendemain qui pourrait être difficile tant pour l’artiste que pour les spectateurs ».

J’ai demandé à l’auteure de ce message ce qu’elle entendait par là. Elle refuse d’y voir une menace, mais s’inquiète plutôt de la situation potentiellement traumatique engendrée par la lecture du poème non censuré.

Absurdité

J’ai aussi demandé à l’auteure quels étaient les autres mots interdits. Elle n’a pas su me répondre, mais m’a précisé que c’était un sujet de débat.

Je lui ai demandé s’il était possible de chanter The Frog Song, de Robert Charlebois — car on y traite les Québécois de frogs, quand même. Ou Trompettes de la renommée, de Brassens, où il utilise le mot « tapette ». Même réponse : c’est matière à débat.

Mais lorsqu’il s’agit de Speak White, on le sait.

Que dire devant cette censure qui charcute les œuvres pour ne pas déplaire à des gens qui se disent traumatisés simplement parce qu’ils entendent un mot ?

Que dire d’une société qui en arrive à de tels sommets d’absurdité ?

Bernard Drainville s’est porté à la défense d’Alexis Letarte. Il faut espérer qu’il fasse tout en son pouvoir pour mater les censeurs.