lundi 17 avril 2017

Québec — La « patate chaude » de l’éducation à la sexualité

Le ministre Sébastien Proulx renonce à implanter les cours d’éducation à la vie sexuelle dans toutes les écoles primaires et secondaires dès la rentrée scolaire de l’automne prochain.

Devant les craintes pour la formation des enseignants et pour la disponibilité du matériel pédagogique, le ministre se donne du temps avant d’étendre l’éducation sexuelle à l’ensemble du réseau. Il compte tout de même augmenter le nombre de classes qui offriront les « contenus » en éducation à la sexualité en septembre prochain.

« On souhaite davantage de classes dès l’automne. Il n’y aura pas une implantation obligatoire des contenus pour l’ensemble des élèves en septembre prochain. On a une quinzaine d’écoles [qui participe à des projets-pilotes], on ne peut pas passer à des milliers d’un coup. Par contre, il y aura des propositions pour accélérer l’implantation, pour que rapidement les contenus soient obligatoires pour l’ensemble des élèves », a dit le ministre de l’Éducation au Devoir, en marge des travaux de l’Assemblée nationale.

Des membres influents du milieu de l’éducation ont, en effet, mis en garde le ministre Sébastien Proulx : le cours d’éducation à la vie sexuelle, que Québec envisageait d’implanter au primaire et au secondaire dès la rentrée de septembre prochain, n’est pas prêt.

Les enseignants n’ont pas été formés pour donner cette matière. Des sources indiquent que le matériel pédagogique n’est pas prêt non plus. Résultat : l’implantation du programme à la rentrée de l’automne 2017 est « irréaliste », ont affirmé au Devoir des membres d’un comité consultatif créé par le ministère de l’Éducation.

Ce comité formé d’une vingtaine de représentants du milieu de l’éducation (syndicats d’enseignants, directions d’écoles et de commissions scolaires, comités de parents, etc.) doit se rencontrer le 20 avril à l’édifice G, à Québec. À environ une semaine de cette rencontre cruciale, les membres n’ont toujours pas en main le bilan de la première année du projet-pilote d’éducation sexuelle mis en place en 2015 dans une quinzaine d’écoles. Cette première année a pourtant pris fin en juin 2016, il y a 10 mois.

Le projet-pilote de deux ans a été lancé en 2015 parce qu’il existerait selon Le Devoir un consensus au Québec : il faut améliorer l’éducation sexuelle offerte aux élèves du primaire et du secondaire. Vraiment ? Au primaire, un consensus ? Le projet aborde la grossesse, les naissances, mais aussi la vie amoureuse, l’identité sexuelle — la théorie du genre pour parler clairement —, les rôles et les « stéréotypes sexuels » — depuis quand est-ce l’affaire du gouvernement de lutter contre ce qu’il qualifie de stéréotypes sexuels ? —, ainsi que les agressions sexuelles.

Pour l’instant, les élèves reçoivent une éducation à la sexualité qui varie selon l’école et sa clientèle.

« C’est prématuré »

Les syndicats d’enseignants estiment que l’éducation sexuelle doit être un cours en bonne et due forme, et non un apprentissage inséré dans plusieurs matières. Ils réclament aussi une formation universitaire en enseignement de l’éducation sexuelle, un peu comme les mathématiques ou le français, qui font l’objet de cours pour les futurs maîtres.

« Pour nous, c’est absolument inconcevable de lancer les apprentissages en éducation à la vie sexuelle en septembre prochain. C’est prématuré, c’est certain », dit Nathalie Morel, vice-présidente de la Fédération autonome de l’enseignement (FAE).

La Fédération des syndicats de l’enseignement (FSE) demande aussi une formation, du matériel pédagogique et l’appui de professionnels pour les titulaires de l’éducation à la vie sexuelle.

Parents inquiets

Les parents sont une des sources du malaise entourant l’éducation à la sexualité, selon le Devoir : « Les enseignants et les directions d’école vous le diront : toutes les fois qu’il est question de sexualité en classe, l’école reçoit des appels de parents. Ils veulent savoir — de façon tout à fait légitime — pourquoi leur enfant entend parler de “sexe” à l’école. »

« De plus en plus de parents sont mal à l’aise par rapport à l’enseignement de la sexualité dans les écoles. Il me semble qu’il y a de la place pour un dialogue constructif », dit Jasmin Lemieux-Lefebvre. Ce père de deux enfants travaille pour le diocèse de Québec. Il dit être favorable à l’éducation à la sexualité en classe, mais il estime que certains enseignements vont à l’encontre de ses valeurs chrétiennes. Le Devoir qui l'a interrogé n'en dit pas plus. Rappelons, cependant, que le nouveau programme vise à l'« exploration de nouvelles valeurs et normes en matière de sexualité, au-delà de celles de la familles ». Le programme du Monopole se lamente également que les jeunes qui sont ouverts et « flexibles » au niveau de l’identité sexuelle sont ramenés par la pression sociale « grandissante » à des rôles et identités stéréotypées « traditionnels » et « nuisibles ». Thèse chère au lobby LGBT.



Le programme du ministère de l’Éducation qui se voudrait obligatoire pour tous dès le primaire — la taille unique pour tous, c’est ça le Québec, voir ECR — tient pour acquis que les élèves auront des relations amoureuses et sexuelles, et qu’ils seront exposés à la pornographie.

Jasmin Lemieux-Lefebvre connaît des parents qui réclament le droit de retirer leurs enfants du cours d’éducation à la sexualité. Le problème, c’est qu’il ne s’agit pas d’un cours. Les apprentissages sont saupoudrés tout au long de l’année scolaire dans les matières obligatoires, comme les mathématiques, le français ou la biologie. À quel moment ces « contenus » d’éducation à la sexualité sont-ils enseignés aux enfants ? Par qui ? Les réponses ne sont pas claires.

Génération « sacrifiée », car « stéréotypée »

En entrevue au Devoir, Jasmine Léger, membre du comité des femmes de l’Association pour une solidarité syndicale étudiante (ASSE) et victime elle-même, a parlé d’une génération sacrifiée en matière d’éducation à la sexualité.

« Quand on arrive à 17 ans avec des comportements et des stéréotypes bien ancrés, on est déjà dans la déconstruction. C’est pourquoi on aimerait bien que la ministre [de l’Enseignement supérieur], Hélène David, parle à son collègue [de l’Éducation], Sébastien Proulx, pour qu’il ramène des cours d’éducation sexuelle. »

La gauche et l’extrême gauche pressent le gouvernement d’agir

Le Parti québécois et Québec solidaire ont aussi pressé le ministre Sébastien Proulx d’agir rapidement. Le comité consultatif ne s’est pas réuni dans la dernière année, a souligné le député péquiste Alexandre Cloutier.

« Le gouvernement doit investir pour implanter rapidement l’éducation à la sexualité », a réagi la députée du parti d’extrême gauche Québec solidaire Manon Massé.

« La Fédération des comités de parents » inquiète des comportements à l’égard des LGBT

Le temps presse, ont souligné les partis d’opposition et la Fédération des comités de parents du Québec (FCPQ). « Oui, il se peut que toutes les conditions gagnantes ne soient pas réunies pour la mise en place parfaite et généralisée à l’automne. Mais si on attend les conditions parfaites, nous allons attendre longtemps ! On doit pouvoir avancer, le statu quo n’étant pas une option », a indiqué Corinne Payne, présidente de la FCPQ, dans une lettre au Devoir.

Campagne destinée aux écoles pour les familles homosexuelles

« Les parents du Québec sont convaincus qu’un enseignement fait par un pédagogue est, et de loin, plus pertinent que toute “l’information” propagée sur Internet. Ne voit-on pas, dans les dernières années, une recrudescence des ITSS [un peu partout dans le monde, même là où des cours à la sexualité existent depuis des décennies...!], des comportements sexuels à risques et de la violence sexuelle chez les jeunes ? Que penser, également, de l’intimidation et de la violence relativement à l’expression d’une sexualité différente ? », poursuit la lettre.


« La tête dans le sable »

« Des parents ont des inquiétudes. Ils ne savent pas de quelle façon c’est abordé. Ils se demandent qui sont ces personnes qui enseignent l’éducation à la sexualité à leurs enfants, quelles sont leurs valeurs et quel est le programme », dit Isabelle Arcoite, en dernière année de sexologie à l’UQAM.

« C’est un sujet délicat. L’éducation à la sexualité peut entrer en conflit avec la religion. Des parents croient que parler de sexualité équivaut à donner la permission. Ils croient que, si on n’en parle pas, ça n’arrivera pas. Ils se trompent ! » dit Isabelle Arcoite. C’est vrai qu’ils peuvent se tromper : tout dépend de ce que ce cours à la sexualité prônera. Or les cours d’éducation gouvernementaux ne prônent pas l’abstinence, la virginité jusqu’au mariage, ils ont plutôt tendance à banaliser la sexualité précoce tout en valorisant le plaisir d’une sexualité adolescente pour autant qu’on se « protège »... Cela ressemble très fort à une permission...

Une directrice adjointe d’école secondaire racontait au Devoir l’anecdote suivante : une mère de famille est venue demander qu’on retire sa fille des cours d’éducation sexuelle parce que, dans sa culture, les adolescents n’ont pas de vie sexuelle. La semaine suivante, cette élève est allée voir l’infirmière de l’école pour lui demander la pilule du lendemain.

Le Devoir semble croire que cette anecdote est convaincante et généralisable. Elle montre surtout que la fille en question était déjà bien au courant des méthodes contraceptives (sans le nouveau cours!) et que cette connaissance l’a peut-être rassurée pour adopter une sexualité précoce. Notons que Le Devoir ne nous dit pas quel est le climat qui règne dans l’école vis-à-vis de la sexualité : y trouve-t-on des affiches parlant explicitement de sexualité à une clientèle parfois très jeune (12 ans) comme nous avons pu le constater dans certaines écoles, à quoi ressemblent les cours actuels d’éducation à la sexualité, quels messages les enseignants font-ils passer au sujet de la sexualité précoce ?

La mère de famille en question était naïve, mais il se peut que cette naïveté fût surtout de ne pas savoir à quel point l’école québécoise qui n’est en rien conservatrice, ni même réservée, sur le plan des mœurs et de la sexualité et qu’elle tend à vouloir rendre obligatoire ces choix à toutes écoles. École inclusive... Vraiment ? Visiblement pas pour les parents conservateurs.

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Malgré l’éducation sexuelle, recrudescence des maladies vénériennes en Suède.



samedi 8 avril 2017

Allemagne — Deux parents défendent l’école à la maison devant la Cour européenne des droits de l’homme

Les parents Wunderlich ont une longue histoire derrière eux. Depuis des années, ils se battent pour ce qu’ils estiment être leur droit le plus strict : faire l’école à la maison, éduquer ainsi complètement leurs enfants, en accord avec leurs opinions chrétiennes. Hier, ils ont poussé leurs arguments jusque devant la Cour européenne des droits de l’homme. Entre un pays, l’Allemagne, qui refuse depuis un siècle une telle liberté et une Cour qui a déjà statué négativement, il y a dix ans, sur une affaire semblable, l’espoir est maigre.

Mais il faut qu’un réel débat naisse de la contradiction de la nation allemande pourtant signataire des fameux droits de l’homme qui protègent le droit premier des parents. Une jolie preuve que ceux-ci sont plus que jamais sans Dieu, et même contre Dieu.

La famille Wunderlich en 2012 avec au centre Mike Farris,
président et fondateur de la HSLDA


Quatre enfants arrachés à leurs parents

Souvenez-vous, c’était un matin d’août 2013, la maison des Wunderlich se retrouve très violemment investie par deux douzaines de policiers et de travailleurs sociaux. Les quatre enfants, dont la plus jeune a quatre ans, sont arrachés à leurs parents — on refuse même à la mère le droit de leur dire au revoir. (Voir Police allemande enlève les enfants d’une famille instruits à la maison)

Si au bout d’un mois ils étaient parvenus à les récupérer, ils n’avaient pu retrouver l’exercice de leurs droits parentaux qu’après une longue et difficile procédure de plus de trois ans.

Pendant des années auparavant, ils avaient vécu à l’étranger pour bénéficier de ce droit de l’enseignement à domicile. Mais soit le père ne parvenait pas à trouver du travail, soit le pays d’accueil les expulsait, comme en 2008, aux États-Unis, où l’administration Obama avait fait appel de la décision d’un juge du Tennessee qui avait accordé l’asile à la famille…

L’Allemagne avait pris soin, dès leur retour, de retirer les passeports des enfants, pour que la famille ne puisse plus « s’échapper » — le mot est terrible, mais justifié. Et une action en justice avait été immédiatement introduite contre les parents pour « mise en danger des enfants ».


L’école à la maison : rigoureusement interdite en Allemagne

« Je souhaite sincèrement que la Cour européenne des droits de l’homme réaffirme le fait que l’État n’a pas le droit d’enlever des enfants de leur famille tout simplement parce qu’ils sont scolarisés à la maison. Nous avons choisi d’éduquer nos enfants à la maison, parce que nous croyons que c’est le meilleur environnement pour eux pour apprendre et prospérer », a déclaré hier Dirk Wunderlich, le père de la famille.

D’ailleurs, les enfants Wunderlich ne souffraient d’aucune lacune : les autorités avaient même déclaré que leur niveau de scolarité était supérieur à la moyenne… Mais c’est le moindre des soucis d’une administration vautour, bien qu’elle ose se prévaloir des « intérêts de l’enfant ».

Car depuis 1918, la fréquentation d’une école est strictement obligatoire — l’Allemagne, avec la Turquie, est l’un des rares pays européens à interdire absolument le préceptorat ou l’éducation à domicile. Amendes et emprisonnements, tels sont les risques à courir. Une manière officielle de décourager les sociétés parallèles ou religieuses, les groupements minoritaires… Argument qui, non seulement ne tient pas la route, mais témoignerait d’un totalitarisme fou contraire au pluralisme professé.

Sachant que l’instruction à domicile est interdite en Allemagne, les parents Wunderlich ont sollicité un entretien auprès de l’autorité scolaire pour obtenir leur accord. Le bureau de l’aide sociale, de la protection de la jeunesse et de l’assistance aux familles (Jugendamt) a refusé de recevoir la famille et a immédiatement introduit une action en justice contre les parents pour « mise en danger des enfants ». Peu après, sur décision de justice, les parents se sont vu retirer leurs droits parentaux.

La Cour européenne des droits de l’homme au soutien de l’Allemagne

Seulement, l’Allemagne est aussi signataire d’un certain nombre d’accords relatifs aux droits de l’homme, en particulier l’article 2 du Protocole 1 à la Convention européenne des droits de l’homme qui considère que « les parents ont un droit préalable en ce qui concerne l’orientation de l’éducation de leurs enfants ».

C’est, entre autres, en vertu de celui-ci que la famille Wunderlich avait saisi la Cour européenne des droits de l’homme le 14 avril 2015. Le conseiller principal sur l’affaire Wunderlich, Robert Clarke, d’ADF International parle de violation : « Le droit des parents à diriger l’éducation de leurs enfants est un droit fondamental protégé dans l’ensemble des principaux traités relatifs aux droits de l’homme. L’Allemagne s’est inscrite à ces traités et continue d’ignorer ses obligations avec des conséquences dévastatrices ».

Comme nous l’avons dit précédemment, l’Allemagne, avec la Turquie, est l’un des rares pays européens à interdire absolument le préceptorat ou l’éducation à domicile. Cette interdiction absolue a été précédemment admise par la CEDH notamment dans la décision Konrad c. Allemagne du 11 septembre 2006 (n° 35504/03), introduite par une famille chrétienne voulant élever ses enfants à la maison. La Cour avait alors posé une interprétation très étatiste du droit à l’éducation en jugeant « conforme à sa propre jurisprudence sur l’importance du pluralisme [!!!] pour la démocratie » le fait d’imposer une scolarisation collective et d’interdire l’éducation à domicile en raison de « l’intérêt général de la société d’éviter l’émergence de sociétés parallèles basées sur des convictions philosophiques différentes, et [de] l’importance d’intégrer les minorités dans la société. » La Cour européenne avait alors confirmé les arguments de la Cour constitutionnelle allemande, en statuant qu’il n’y avait aucun droit à l’éducation en milieu familial — les droits de l’homme ne sont pas jamais « valables » pour tout le monde.

Pourtant, les faits de la présente affaire sont plus graves que dans l’affaire Konrad, car les enfants ont été physiquement retirés de la garde de leurs parents.

Pour l’avenir de l’éducation en Europe

Le « Centre européen pour le droit et la justice » qui avait été autorisé à soumettre des observations écrites la Cour en décembre, sous l’égide de son directeur Gregor Puppinck, s’est concentré sur le caractère disproportionné de la saisie physique des enfants et du retrait de leur garde aux parents, en rappelant l’esprit de la Convention européenne.

Convention qui instaure « la garantie des personnes et des familles contre l’État », à rebours des régimes totalitaires qui ont sévi dans la première moitié du XXe siècle et préconisaient l’inverse. « L’essentiel est de réaffirmer le principe libéral et le droit naturel de la primauté de la famille sur l’État, en particulier dans le domaine de l’éducation et de l’enseignement ».

S’il ne faut pas attendre de renversement majeur de la politique allemande par la Cour, on peut espérer une amorce de débat, voire un début de remise en cause — elle serait plus que justifiée et cruciale pour l’avenir de l’éducation en Europe.

Immigration, vivre-ensemble et perte de libertés

Nous craignons, cependant, que l’immigration massive que connaît l’Europe actuellement et les difficultés d’intégration de ces immigrants poussent les politiciens et les juges à sacrifier la liberté éducative de parents exemplaires. L’immigration de masse extraeuropéenne limitera ainsi un peu plus la liberté des parents autochtones. Rappelons que la même logique a conduit à empêcher toute exemption au cours d’Éthique et de culture religieuse au Québec afin d’assurer le vivre-ensemble et de lutter contre l’intégrisme. Comme le disait en 2009 la ministre de l’Éducation de l’époque, Mme Courchesne, « On ne négocie pas un virage aussi important sans écraser d’orteils ».


Voir aussi

OBSERVATIONS ÉCRITES soumises à la Cour européenne des droits de l’homme dans l’affaire WUNDERLICH C. ALLEMAGNE (N° 18925/15) (11 pages d’un texte de philosophie du droit de l’éducation intéressante). Début du texte :
1. Platon ou Aristote

Cette affaire met en cause une antique opposition entre deux conceptions des relations existant entre la famille et la Cité, conceptions que l’on retrouve déjà exprimées par Platon et par Aristote. Il n’est pas inutile de les rappeler pour montrer à la Cour, s’il en était besoin, la profondeur de l’enjeu auquel elle est confrontée dans la présente affaire.

Pour Platon, l’unité familiale, ou l’oikos, par les liens affectifs et matériels qu’elle génère, est une cause de division, d’inégalité et de conflits au sein de la société, elle serait antipolitique.

Dans sa cité idéale, il faudrait abolir cette unité sociale, familiale et économique afin de renforcer l’unification de la cité. Ainsi, parmi les gardiens de la Cité, il faut que « les femmes y soient toutes communes à tous les hommes, et qu’aucune ne vive en privé avec aucun ; que les enfants eux aussi soient communs, et qu’un parent ne connaisse pas son propre rejeton, ni un enfant son parent ».

Pour Platon, les gardiens devraient former une famille unique, rendant impossible la rivalité entre oikoi, l’unité des gouvernants conditionnant celle de toute la cité. Dans sa vision, les enfants sont communs à la société, leur éducation est assurée par la société, car elle est une libération des opinions et des familles.

Aristote s’oppose nettement au collectivisme de Platon. Il consacre plusieurs chapitres de sa Politique à l’éducation de la jeunesse dont il dit qu’elle doit être « un des objets principaux des soins du législateur ». Pour le Stagirite [surnom d'Aristote né à Stagire], la famille n’est pas une association d’individualités, mais un ordre où s’organisent des éléments différenciés et complémentaires, elle est constituée non seulement par les liens biologiques et affectifs, mais aussi par un patrimoine commun, elle est aussi une entité économique, un lieu de travail et de partage ; elle est en elle-même une petite société. La famille est ainsi la cellule de base de la société : plusieurs familles forment un village, et plusieurs villages forment un État. Aristote est favorable à une éducation publique et collective : « Comme il n’y a qu’une même fin commune à tout l’État, il ne doit y avoir qu’une même institution pour tous les sujets ; et elle doit se faire, non en particulier, comme cela se pratique aujourd’hui, où chacun prend soin de ses enfants qu’il élève à sa fantaisie et en telle science qu’il lui plaît ; elle doit se faire en public.

Tout ce qui est commun doit avoir des exercices communs. Il faut, d’ailleurs, que tout citoyen se persuade que personne n’est à soi, mais que tous appartiennent à l’État, dont chacun est une partie ; qu’ainsi le gouvernement de chaque partie doit naturellement se modeler sur le gouvernement du tout. »

Police allemande enlève les enfants d’une famille instruits à la maison

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Juge américain accorde le statut de réfugiés politiques à des parents-éducateurs persécutés en Allemagne

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Marie Geiss-Galimard : « Pour les Allemands, les enfants sont la propriété de l’État »

Parents allemands demandent l’asile au Canada.

vendredi 7 avril 2017

Éthique et culture religieuse : éduquer ou endoctriner ?

Extraits de la chronique de Joseph Facal sur le programme d’éthique et de culture religieuse.

Le ministre de l’Éducation, Sébastien Proulx, a donné le feu vert à une réévaluation du controversé cours d’Éthique et culture religieuse, obligatoire au primaire et au secondaire.

Cette réévaluation sera « accompagnée » par le même fonctionnaire qui a piloté l’introduction du cours en 2008 : feriez-vous évaluer votre maison par celui qui l’a construite ?

Tout ce cours repose sur un détournement de sens.

[...]

Les manuels utilisés pour donner ce cours ont déjà fait l’objet de plusieurs études.

[...]

Des exercices valant des points demandent aux enfants du primaire de choisir leur rite préféré ou d’organiser une petite cérémonie religieuse.

Les explications scientifiques sur l’origine du monde et de la vie ne sont jamais mises en parallèle avec les discours religieux. [Note du carnet : c’est faux ! Voir ci-dessous dès le primaire...]


Paulo [Coelho], le sage qui arbitre entre science et discours religieux sur la création
2e cycle primaire, Modulo, manuel A. p. 66

[Rappelons les paroles d’un des pères du cours d’ECR et réviseur scientifique des manuels Modulo, Fernand Ouellet, qui cite favorablement ailleurs dans ses écrits ces mots : « Il [s’agit] donc moins de “construire une identité” que, à l’inverse, d’ébranler une identité trop massive et d’y introduire la divergence et la dissonance ; il n’est pas de préparer à la coexistence et à la tolérance ».]

Vous ne trouverez pas le moindre examen critique du mal que l’on peut faire au nom de la religion : pas un mot sur le terrorisme, les crimes d’honneur ou la misogynie.

[Ça, c’est réservé au programme d’histoire où Saint Louis est le précurseur de Hitler, les croisades c’est très mal et le monde arabo-musulman si raffiné, voir ici...]

Comprenez-moi bien : il ne s’agit pas d’enseigner l’hostilité à la religion, ce qui ne serait que le remplacement d’un dogmatisme par un autre.

Il faudrait présenter les religions comme un objet sociologique que l’on doit examiner avec un souci d’objectivité, comme on le ferait pour l’étude d’une idéologie ou d’une institution.

[Note du carnet : au primaire ?]

Le cours propose plutôt une vision de la foi religieuse qui laisse lourdement entendre qu’il serait irrespectueux et intolérant de l’examiner froidement, ce qui inclurait logiquement ses aspects problématiques autant que ses aspects positifs.

Conséquemment, le niqab et la burqa sont présentés comme des choix vestimentaires parmi d’autres.

Les photos montrent toujours des fidèles intégristes, puisqu’ils sont fervents au point de vouloir absolument porter des signes visibles.

Vous ne trouverez pratiquement rien dans ces livres sur l’athéisme, la laïcité ou les croyants non pratiquants, qui sont pourtant l’immense majorité.

[Note du carnet : c’est, d’une part, que le cours est. pour une moitié, sur la culture religieuse en tant que phénomènes, les rites, les grands personnages, les mythes. Quels rites religieux les athées ont-ils ? D’autre part, la partie éthique n’a pas du tout un a priori religieux, mais plutôt politiquement correcte.]

Le croyant venu d’ailleurs n’est pas dépeint comme quelqu’un qui veut devenir comme nous, mais comme quelqu’un qui veut très légitimement reproduire la façon de vivre de sa société d’origine.

Pognés avec

Au fond, l’enfant est exposé, pendant des années, à une vision du phénomène religieux qui lui inculque qu’il est vertueux de croire sans se questionner et irrespectueux de questionner cela.

Au nom du fameux « vivre-ensemble », on fait la promotion enthousiaste de toutes les différences qui permettront à chacun de rester replié dans sa communauté d’origine.

Il ne faut pas simplement modifier ce cours. Il aurait fallu recommencer à zéro. Ça n’arrivera pas et c’est très regrettable.

Voir aussi

Paulo Coelho, le syncrétiste, un sage pour le cours d'ECR des éditions Modulo ?

Face au succès grandissant de l'instruction à domicile, le gouvernement veut réaffirmer son autorité

Communiqué de l’Association québécoise pour l’éducation à domicile (AQED) au sujet d’un prochain projet de loi sur l’instruction à domicile.

Le projet de loi sur l’éducation à domicile sera déposé d’ici quelques semaines ! Nous avons contacté le bureau du ministre vendredi et nous sommes parvenus à avoir plus d’information sur les délais du dépôt du projet de loi sur l’éducation à domicile. Ce projet de loi qui comprendra aussi les écoles [décrétées par le Monopole de l'Éducation] illégales [parfois uniquement au Québec comme pour l'école mennonite de Roxton Falls et après plus de 50 ans de légalités comme des yéchivas de Montréal !] et les sans-papiers va être déposé d’ici quelques semaines à l’Assemblée nationale. C’est le temps d’agir ! C’est une occasion à ne pas manquer pour que cette loi s’accorde à nos espoirs les plus audacieux !

Ce que fait l’AQED

Nous restons en contact étroit avec l’équipe du ministre de l’Éducation. Nous rencontrons les députés qui siègent à la Commission de la culture et de l’éducation afin qu’ils comprennent la réalité des familles éducatrices. Ces députés auront un rôle décisif sur le projet de loi à venir et il est essentiel qu’ils prennent des décisions éclairées. Nous ajustons notre mémoire en fonction des rencontres avec les députés et nous nous préparons à témoigner à la commission. Nous augmentons nos effectifs dédiés à l’action politique en recrutant des bénévoles et en ajoutant une nouvelle avocate à notre équipe. Nous préparons une campagne de relations publiques pour sensibiliser la population. Nous lançons une campagne d’envoi de courriels à nos élus.

Nous informons nos membres — Cinq actions que vous pouvez faire

Plus que jamais, votre aide est cruciale. Il n’y a que le poids du nombre qui permettra de nous faire entendre :
  1. Envoyez un courriel déjà préparé à votre député
  2. Parlez-en à vos proches et encouragez votre réseau à diffuser le message et à rallier du soutien. Vos parents, amis, voisins, tous ces gens qui ne vivent pas nécessairement l’éducation à domicile, mais qui veulent soutenir la liberté de choix en matière d’éducation peuvent contribuer à notre cause. Ils n’ont qu’à faire exactement les mêmes démarches que vous et à envoyer la même lettre à leur député.
  3. Devenez membre de l’AQED et incitez vos amis à le devenir. Ceci nous donne de l’aide financière pour continuer nos actions. Votre adhésion en grand nombre donne aussi plus de poids moral à nos actions auprès du ministre.
  4. Portez-vous bénévole pour aider l’action politique en indiquant votre intérêt à actionpolitique@aqed.qc.ca
  5. Continuez à rester au courant

Les prochaines étapes avant l’entrée en vigueur de la loi

Présentation

Le gouvernement en est à cette étape. L’équipe du ministre a remis son projet aux juristes de l’État qui sont en train de traduire les idées en langage juridique. Une fois le travail des juristes terminé, le projet de loi sera présenté à l’Assemblée nationale pour évaluation. Cette étape devrait être complétée d’ici « quelques semaines ». Le texte recevra alors un numéro de projet de loi et devrait être disponible en ligne sur le site de l’Assemblée nationale pour consultation. Nous vous informerons dès que nous aurons le lien.

Consultation parlementaire

Cette étape est facultative, mais elle permet aux membres de la commission d’entendre le point de vue de gens directement affectés par le projet de loi. On vise à s’assurer qu’il y aura des consultations publiques assez longues pour que les députés comprennent bien la réalité et les besoins des familles.

Adoption du principe

Les députés débattront et voteront les grandes lignes du projet de loi.

Études détaillées en commission

Les députés membres de la commission examinent tous les articles spécifiques du projet de loi. Leur rapport servira à le modifier.

Prise en considération du rapport de la commission

L’Assemblée nationale doit adopter le rapport de la commission.

Adoption du projet de loi

Lorsque le projet de loi aura reçu la sanction du lieutenant-gouverneur, le projet de loi sera intégré dans la loi sur l’instruction publique et deviendra la nouvelle loi en vigueur. Avant cette étape, la loi reste celle qu’on connaît.

Voir aussi

Une autre association de parents qui instruisent à domicile : la HSLDA (site en français)

Un État tatillon en éducation est-ce mieux ? (Est-ce qu’il y a des preuves que les États qui sont les plus sourcilleux en matière de normes « minimales » en éducation obtiennent de meilleurs résultats ? La réponse en bref : non.)

Nombre record d'enfants instruits à la maison au Québec


Le nombre d’enfants québécois officiellement scolarisés à la maison n’a jamais été aussi élevé. En un an, l’augmentation a été de 50 %. De plus en plus de parents font ce choix parce que l’école ne convient pas aux besoins particuliers de leurs enfants, selon plusieurs. Il y a dix ans, environ 800 enfants étaient scolarisés à la maison, alors qu’on en retrouve maintenant près de 2 000, selon les chiffres du ministère de l’Éducation. La majorité d’entre eux sont de niveau primaire. Ce nombre est toutefois beaucoup plus élevé en réalité, puisque plusieurs parents n’inscrivent pas leur enfant auprès d’une commission scolaire chargée de superviser la scolarisation à domicile, explique Christine Brabant, professeure en éducation à l’Université de Montréal. « On peut estimer qu’au moins la moitié des enfants scolarisés à la maison n’y sont pas inscrits », affirme-t-elle.

Manque de services, raisons diverses

L’augmentation constatée au cours de la dernière année s’explique, en bonne partie, par une nouvelle entente permettant à des enfants de la communauté juive hassidique d’être scolarisés à la maison, mais aussi parce qu’un nombre grandissant de parents sont forcés de retirer leurs enfants à besoins particuliers de l’école par manque de services, explique Noémie Berlus, présidente de l’Association québécoise pour l’éducation à domicile. « Je vois de plus en plus de parents qui sortent leurs enfants de l’école dans un contexte d’urgence » à cause de troubles d’apprentissage ou de comportement, affirme Mme Berlus, dont l’association a fait le plein de 25 % de nouveaux membres depuis un an. Brigitte Dubé, présidente de la Coalition de parents d’enfants à besoins particuliers du Québec, le confirme. Elle parle même d’une « épidémie ». « Il y en a énormément, pour différentes raisons. C’est révélateur de quelque chose qui ne fonctionne pas dans notre système scolaire. Ce n’est pas normal que des parents en arrivent à envisager ça, non pas par choix, mais parce que la situation les amène à réfléchir à ça. C’est assez frappant », affirme-t-elle.

Tendance mondiale

De son côté, Christine Brabant souligne que l’augmentation de la scolarisation à domicile n’est pas un phénomène propre au Québec. « On voit une augmentation partout dans le monde », qui peut s’expliquer par une vision de plus en plus individualisée de l’éducation, qui préconise un enseignement adapté à chaque enfant selon ses besoins, plutôt qu’une formule unique pour tous, dit-elle.

Notons également que cette augmentation accompagne d’autres phénomènes comme le raidissement des gouvernements qui tentent de plus en plus de centraliser l’enseignement, d’y imposer des contenus idéologiques (multiculturalisme, théorie des genres, laïcisme militant, éducation à la sexualité non plus clinique, mais axée sur hédonisme, un enseignant de l’histoire dénationalisée, etc.)

« L’école n’est pas adaptée pour ces enfants-là »

Depuis septembre, Karine Léveillé fait l’école à la maison à ses deux jumeaux de 6 ans, qui sont dyspraxiques et dysphasiques. Un choix qui n’en est pas vraiment un puisque « l’école n’est pas adaptée pour ces enfants-là », affirme Mme Léveillé. Éloïse et Félix sont entrés en maternelle l’an dernier, alors qu’ils étaient déjà suivis en ergothérapie et en orthophonie au privé. Après avoir multiplié les rencontres avec la direction, et les plans d’intervention, il n’a pas été possible d’avoir suffisamment de services en classe, même si une pédopsychiatre avait recommandé un accompagnement régulier avec une technicienne spécialisée, raconte Mme Léveillé. L’école a même refusé de collaborer avec les professionnels qui suivaient ses enfants en privé, ajoute-t-elle. Épuisés par les nombreuses démarches faites auprès de l’école, Karine Léveillé et son conjoint, Vincent Boisvert, ont finalement décidé de scolariser leurs enfants à la maison. « On avait eu notre dose de péripéties et de perte de temps. Le système est lourd, il épuise aussi les parents », affirme M. Boisvert.

Des sacrifices

Mme Léveillé, qui est elle-même technicienne en éducation spécialisée, a laissé tomber son emploi à temps plein pour enseigner à ses enfants. Elle travaille toujours comme éducatrice les fins de semaine pour aider à boucler le budget familial. Ses jumeaux sont toujours suivis chaque semaine par deux professionnels au privé. « On fait des sacrifices, lance M. Boisvert. Mais pour les enfants, c’est génial ! » Éloïse et Félix « ont rattrapé beaucoup de retard » et ils ont appris à lire, ajoute Mme Léveillé. Karine Léveillé et Vincent Boisvert espèrent que leurs enfants puissent réintégrer le réseau scolaire, à long terme, dans une formule qui serait mieux adaptée à leurs besoins. C’est pourquoi Mme Léveillé se fait un devoir de leur enseigner de façon plus traditionnelle, à partir de manuels scolaires. Mais, pour l’instant, ils sont loin de regretter ce choix, qui n’en est pas tout à fait un, soulignent-ils.

Nombre d’élèves reconnus officiellement comme scolarisés à la maison
Année scolaireNombre
2007 – 2008788
2008 – 2009937
2009 – 20101 012
2010 – 20111 057
2011 – 20121 037
2012 – 20131 114
2013 – 20141 181
2014 – 20151 275
2015 – 20161 928*

* De ce nombre, 236 élèves proviennent de la communauté juive hassidique et sont scolarisés à la maison en vertu d’une entente avec la commission scolaire English-Montréal. D’autres minoritaires religieuses dont les écoles comme les mennonites ont été déclarées « illégales » (mais le Québec est le seul endroit en Amérique à ce faire...) ont également grossi ces chiffres depuis quelques années.

Sources : Ministère de l’Éducation et de l’Enseignement supérieur et le Journal de Québec

Québec — Retour de la syphilis congénitale, hausse de toutes les maladies sexuellement transmissibles,

Trois femmes ont transmis la syphilis à leur nouveau-né en 2016. Pourtant, cette forme de la maladie, appelée syphilis congénitale, était pratiquement éradiquée depuis 30 ans au Québec. Devant la flambée d’infections transmissibles sexuellement (ITSS) enregistrée depuis quelques années, un comité se penchera d’ailleurs sur la révision des lignes directrices en matière de dépistage, notamment pendant la grossesse. Même si toutes les femmes enceintes sont en principe soumises à un test de dépistage en début de grossesse, ce sont des « failles potentielles » qui ont mené à la naissance de trois nouveau-nés atteints de syphilis en 2016, indique le plus récent numéro du bulletin Flash vigie. Publié par le ministère de la Santé et des Services sociaux (MSSS) vendredi dernier, ce dernier précise que les trois mères étaient âgées de moins de 30 ans et provenaient de régions distinctes. Tous les bébés ont été traités avec des antibiotiques. Dans un premier cas, la femme enceinte n’avait eu aucun suivi prénatal jusqu’à ce qu’elle se présente avec des contractions à l’hôpital. Elle a reçu un traitement antibiotique, mais ce dernier était trop tardif et la maladie a ensuite été détectée chez son poupon. Une deuxième femme avait bel et bien été testée pour la maladie en début de grossesse, mais le résultat (positif) avait échappé à son médecin traitant. Une révision de son dossier deux semaines avant son accouchement a révélé l’erreur. Malgré le traitement antibiotique qui a été administré immédiatement, l’infection a été transmise au nouveau-né. Dans le cas de la troisième femme, le test de dépistage était négatif en début de grossesse. Ce n’est que lorsque le bébé a eu six mois qu’il a présenté des symptômes. Il a alors été traité, tout comme la mère.



Vieille maladie

La femme enceinte est plus sensible aux infections, explique le Dr Marc Steben, médecin-conseil à l’Institut national de santé publique du Québec (INSPQ). Chez le bébé, les symptômes varient d’une affection cutanée à une atteinte du foie, de la rate, des os, ou même des troubles neurologiques, et voire, dans les cas les plus graves, la mort. « Lorsque le bébé vient au monde, on peut avoir l’impression qu’il a le rhume en raison des écoulements nasaux et les lésions cutanées ne sont pas nécessairement reconnues tout de suite », explique-t-il. Les plus récentes données disponibles montrent qu’il y a eu 942 cas de syphilis infectieuse au Québec en 2016, indique la conseillère scientifique à l’INSPQ Karine Blouin. C’est une augmentation de 28 % par rapport à 2015. L’infection se propage surtout chez les hommes qui ont des relations sexuelles avec des hommes, mais les femmes ne sont pas à l’abri pour autant, avec 41 cas en 2016. La syphilis congénitale était pratiquement éradiquée au Québec. Depuis quinze ans, il n’y avait eu que 4 cas. « La majorité des médecins n’en ont jamais vu, le réflexe de poser des questions sur cette infection est affaibli. On doit redoubler de vigilance », constate le Dr Steben. Un comité devait déjà se pencher sur la révision des lignes directrices en matière de dépistage des ITSS. Le dépistage pendant la grossesse figurera au sommet de ses priorités, indique le Dr Steben. Une première rencontre est prévue en avril. Le Dr Steben croit qu’on pourrait être plus proactifs avec la répétition des tests de dépistage en cours de grossesse en cas de facteurs de risques. « Compte tenu du fait qu’il y a eu près de 1000 cas en 2016, on peut s’attendre à ce que d’autres cas chez des femmes enceintes échappent au dépistage, d’où l’importance des appels à la vigilance chez les professionnels de la santé », constate aussi Mme Blouin.

Hausse des cas de toutes les maladies vénériennes malgré toutes les campagnes d’information

Toutes les ITSS sont en hausse depuis quelques années. La chlamydia est la plus fréquente, avec près de 25 000 cas en 2016 et une hausse moyenne d’environ 5 % par an. Avec près de 5 000 cas l’an dernier, l’infection gonococcique suit en termes d’incidence. La transmission de ces autres ITSS pendant la grossesse est-elle observée ? On l’ignore, répond en substance la Dre Isabelle Boucoiran. « On voit augmenter l’incidence de ces infections chez les femmes en âge de procréer, mais on n’a pas de bonnes statistiques sur leur prévalence pendant la grossesse », observe la gynécologue-obstétricienne au CHU Sainte-Justine et spécialiste des maladies infectieuses. « C’est difficile d’évaluer le risque. Dans notre bureau, nous avons la femme enceinte devant nous, mais pas ses partenaires sexuels, explique-t-elle. Sans compter que certaines personnes vont se trouver complètement en dehors du système de soins, sans suivi, et souvent, ce sont les personnes plus à risque de contracter une ITSS. »

Note du carnet : on peut déplorer l’absence d’analyse sur les raisons de cette recrudescence dans la population (les gens ne savent-ils vraiment pas que la promiscuité et certaines pratiques, anales par exemple sont plus dangereuses que d’autres ?) ni de détails sur les populations touchées (jeunes, vieux, homosexuels, immigrés, urbains, diplômés de l’université, mariés ou non, etc.)

Voir aussi

Le cours d’éducation sexuelle ontarien évite-t-il l’augmentation du nombre de maladies vénériennes ?

Sexologue clinicienne : « les cours de sexualité en milieu scolaire font fausse route »

Malgré l’éducation sexuelle, recrudescence des maladies vénériennes en Suède.



La tragédie de l'État-providence aux États-Unis par Charles Murray (5 sur 5)

Ci-dessous, la cinquième et dernière partie de la série consacrée aux effets de l’État-providence sur le tissu social et moral aux États-Unis selon Charles Murray (voir le premier volet, le deuxième, le troisième et le quatrième).

L’État-providence est aujourd’hui en quasi-faillite sur le plan financier dans presque tous les pays où il existe. Mais cette situation financièrement intenable ne doit pas nous cacher que la principale faillite de l’État-providence est morale. L’État-providence a réellement dégradé la situation des catégories de la population qu’il était censé aider, et la négation de la responsabilité individuelle qui lui est consubstantielle diffuse son poison dans l’ensemble du corps social.

Est-il possible de sauver l’État-providence de cette faillite morale ? Si nous retrouvions miraculeusement les ressources nécessaires pour prolonger son existence, serait-il souhaitable de le faire ? Autrement dit, dans quelles conditions pouvons-nous espérer que les « transferts sociaux », monétaires et non monétaires, produiront plus de bien que de mal ?

À cette question, Charles Murray répond sans faux-fuyants qu’il est presque impossible que les programmes sociaux ne fassent pas plus de mal que de bien. En un mot, la raison en est qu’il est presque impossible que ces programmes ne finissent pas par augmenter le nombre de gens affectés par les problèmes qu’ils soient censés guérir.

Pour soutenir cette affirmation, Charles Murray présente trois « lois » qui, selon lui, affectent tous les programmes sociaux.

Loi n° 1 : La loi de la sélection imparfaite. Toute règle objective visant à définir les bénéficiaires d’un programme social exclura certaines personnes de manière irrationnelle.

Tout programme social doit d’abord définir ses bénéficiaires. Mais tout critère de sélection exclura inévitablement des gens qui auraient en réalité besoin d’être aidés, et inclura des gens qui en réalité n’auraient pas besoin de l’être. La règle, qui est nécessairement générale, ne peut pas être adaptée à l’infinie diversité des cas concrets.

Le caractère imparfait de toute définition des « défavorisés » est connu depuis fort longtemps. Traditionnellement on répondait à ce problème en préférant une sélection trop stricte plutôt que trop laxiste. Il était préférable, pensait-on, de refuser d’aider des gens qui en auraient eu véritablement besoin, plutôt que d’aider des gens qui ne le méritaient pas. La raison pour préférer la sévérité était que toute aide accordée indûment a pour effet de miner le sens des responsabilités à la fois du bénéficiaire de l’aide et de la communauté tout entière. La sévérité aidait à maintenir l’honnêteté de tous, elle servait donc le bien commun même s’il pouvait arriver qu’elle en pénalise injustement certains.

Aujourd’hui les agents de l’État-providence ont l’attitude inverse. Ils répugnent à distinguer entre les « défavorisés » et préfèrent donner à tous ceux qui se présentent plutôt que de refuser à quelqu’un qui en aurait besoin. La raison en est qu’ils ne croient pas qu’il existe un coût moral dans le fait d’aider de manière indiscriminée. Les « défavorisés » ne sont, de toute façon, pas responsables de leur situation, donc, en pratique, la seule limite à l’aide accordée est le budget alloué à l’État-providence, budget qui, cela va sans dire, est toujours insuffisant par rapport aux « besoins ».

À l’heure actuelle, la loi de la sélection imparfaite conduit fort logiquement à des programmes sociaux qui incluent toujours plus de bénéficiaires.

Loi n° 2 : La loi des bénéfices involontaires. Tout transfert social accroît l’intérêt qu’il y a à être dans la situation qui justifie le transfert.

Les transferts sociaux cherchent à remédier à certains manques — trop peu d’argent, trop peu de nourriture, trop peu d’instruction — ou bien à changer certains comportements indésirables — dépendance à la drogue, chômage, délinquance. Dans tous les cas il est absolument inévitable que le transfert social en question augmente l’intérêt qu’il y a à être dans la situation qu’il cherche à changer, soit en augmentant les bénéfices qu’elle procure, soit en diminuant les inconvénients qui l’accompagnent.

Bien entendu cela n’est pas vrai pour ceux qui se trouvent de manière tout à fait involontaire dans cette situation. Il serait absurde de dire que donner une allocation à un paraplégique augmente l’intérêt qu’il y a à être paraplégique. L’existence d’une allocation pour les paraplégiques n’augmente pas le nombre de paraplégiques (à moins, peut-être, qu’elle se compte en millions de dollars).

Mais il est très peu de cas comme celui-ci. Dans la plupart des cas, les situations qui justifient le transfert social sont au moins partiellement volontaires. Le cas le plus typique est sans doute celui du chômeur qui perçoit une allocation. Notre chômeur n’a pas fait exprès de perdre son emploi et il préférerait sincèrement travailler plutôt que de toucher une allocation, mais il ne parvient pas à retrouver de travail. Sa situation pourrait donc sembler totalement involontaire. Mais en réalité son comportement est bien affecté par l’existence d’une allocation. Cette allocation lui permet d’être plus discriminant dans sa recherche d’emploi. Il pourra, par exemple, refuser une offre qui l’obligerait à déménager à l’autre bout du pays, alors qu’il l’aurait accepté s’il avait eu le couteau sous la gorge. On peut parfaitement penser qu’il est bien que notre chômeur ne soit pas obligé de se déraciner brutalement pour retrouver un emploi, mais cela ne change rien au fait que son chômage n’est plus complètement involontaire. Il restera peut-être chômeur plus longtemps, tout simplement parce que l’existence d’une allocation a réduit les inconvénients qui accompagnent le chômage.

Les situations prises en charge par les politiques sociales s’étalent sur un continuum qui va de purement volontaire à purement involontaire, avec très peu de cas appartenant à ces deux extrêmes.
Mais dès lors que la situation ciblée n’est pas totalement involontaire, toute aide a pour effet pervers de rendre cette situation plus attractive ou moins pénalisante, et par conséquent d’augmenter le nombre de ceux qui s’y trouvent.

Pourtant, dira-t-on, ne serait-il pas possible de mettre au point des programmes sociaux dont les bénéfices involontaires sont toujours très faibles, trop faibles pour provoquer une augmentation du nombre de leurs bénéficiaires ?

C’est à ce point que doit être prise en compte la troisième loi.

Loi n° 3 : La loi du préjudice net. Moins il est probable qu’un comportement indésirable change volontairement, et plus il est probable que le programme visant à le changer cause plus de mal que de bien.

Un programme social visant à modifier un comportement doit faire deux choses. Il doit d’une part amener ceux qu’il vise à y participer et il doit d’autre part produire le changement désiré chez les participants. Le problème est que, dans un régime démocratique, il est pratiquement impossible de contraindre les « défavorisés » à participer aux programmes qui leurs sont destinés, et plus impossible encore de les contraindre à changer leurs habitudes. La participation et le changement doivent être volontaires, c’est à dire motivés par l’espérance de quelque bien. Dans une démocratie libérale les programmes sociaux ne peuvent guère utiliser que la carotte, pas le bâton.

Cela implique que le taux de réussite sera très faible, particulièrement avec les plus « défavorisés », c’est-à-dire avec ceux qui sont depuis le plus longtemps dans la situation que l’on cherche à changer. Modifier des habitudes invétérées est très difficile et ne peut guère se faire sans recourir à la punition aussi bien qu’à la récompense. Mais la gamme des punitions dont disposent les agents de l’État-providence est très limitée, et d’autant plus limitée que ceux dont l'on veut modifier le comportement sont considérés comme des « victimes ».

En pratique, un programme social qui s’adresse au noyau dur des « défavorisés » — les chômeurs de longue durée, les délinquants récidivistes, les lignées de mères adolescentes, etc. — doit inclure des récompenses très substantielles pour espérer avoir un effet sur le public visé. Mais plus les récompenses sont substantielles, plus la situation en question devient désirable, et plus le nombre de ceux qui s’y trouvent grandira.

Au total, le programme social aura causé un préjudice net à la société, et sans doute aussi aux « défavorisés » dans leur ensemble.

La conséquence pratique de tout ce qui précède est assez claire et Charles Murray n’hésite pas à la tirer, sans bien entendu se faire d’illusions sur la possibilité que ses propositions soient un jour adoptées. Puisqu’il est impossible de défaire le nœud gordien de l’État-providence, la seule solution est de le trancher, c’est-à-dire de supprimer l’État-providence. Plus précisément, Charles Murray en vient à la conclusion qu’il serait préférable de supprimer toute forme d’aide gouvernementale pour les personnes valides en âge de travailler, à l’exception d’une assurance chômage aux prestations bien délimitées. Les personnes valides en âge de travailler se retrouveraient donc sans autre recours que le marché du travail, leur famille, leurs amis, et la charité publique organisée au niveau local, en général au niveau de la commune.

Cette charité publique locale est en effet largement exempte des inconvénients inhérents à la charité publique nationale et peut beaucoup plus facilement être modifiée dès lors qu’elle s’avère contre-productive.

Cette proposition de supprimer l’État-providence n’a pas pour objectif, il faut bien le souligner, d’équilibrer les comptes publics ou de punir ceux qui abuseraient de la charité publique. Elle est motivée par la reconnaissance du fait que l’État-providence fait plus de mal que de bien, précisément à ceux qu’il est censé aider.

Ce sont les « défavorisés » qui seraient les premiers à bénéficier du démantèlement de l’État-providence.

Pourtant, objectera-t-on, supprimer les programmes d’aide aboutira inévitablement à plonger certains dans la misère. Et immédiatement viennent à l’esprit les fantômes de Gavroche et de la petite marchande d’allumettes.

Il est effectivement possible que la suppression de l’État-providence ait pour conséquence que certains se retrouveront sans aucune ressource sans avoir démérité, même si rien n’indique que leur nombre serait élevé, et il est très légitime de se préoccuper du sort des enfants déshérités. Mais nous devons garder à l’esprit que les enfants n’ont pas besoin que de pain. Il est très important de donner à manger à ceux qui ont faim, mais il n’est pas moins important de faire en sorte que les enfants grandissent dans une société qui ne les encourage pas à rester pauvres et dépendants.

Supposons que nous sachions que demain nos enfants seront orphelins et que nous ayons le choix de la famille à laquelle nous allons les confier. Nous pouvons confier nos enfants à une famille très pauvre, si pauvre que nos enfants auront parfois faim et seront toujours mal vêtus. Mais nous savons que dans cette famille pauvre les parents ont toujours travaillé dur, qu’ils feront en sorte que nos enfants aillent à l’école, étudient, qu’ils restent dans le droit chemin, et qu’ils leur apprendront qu’être indépendant est la condition du respect de soi. Ou bien nous pouvons confier nos enfants à une famille dont les parents n’ont jamais sérieusement travaillé, qui seront incapables de superviser l’éducation de nos enfants, mais qui disposent en abondance de nourriture et de vêtements, fournis par autrui. Devant une telle alternative, notre choix ne serait pas douteux. Mais si pour nous-mêmes le choix est évident, quelle légitimité avons-nous pour bâtir un système qui, en pratique, fait un choix différent pour les enfants des autres ?

Nous pouvons évidemment toujours souhaiter ne pas avoir à faire un tel choix. Nous pouvons toujours souhaiter avoir un système de charité publique qui à la fois aide les plus démunis et les aide à s’aider eux-mêmes. Mais cela restera de l’ordre du souhait. Nous avons déjà essayé de bâtir un tel système de charité publique. Il a échoué, et il était inévitable qu’il échoue.

Nous devons faire face à cette réalité désagréable. Nous aimerions tant pouvoir aider tout le monde sans nuire à personne. Mais cela n’est pas possible.

Comme le dit fort justement Charles Murray en conclusion de son livre, le vrai débat au sujet de l’État-providence n’est pas entre les comptables qui voudraient réduire les déficits et les compatissants qui voudraient aider les pauvres. Si l’État-providence se réforme un jour, cela ne sera pas parce que les avares l’auront emporté, mais parce que les gens généreux auront cessé de se raconter des histoires.



Épilogue.

En 1962, Michael Harrington publiait The Other America. Avec ce livre, la notion de pauvreté structurelle faisait son entrée dans le débat public américain. Le livre fut un énorme succès, tout particulièrement auprès des décideurs politiques. Le président Kennedy, après avoir lu The Other America, lança les prémisses de ce qui, quelques années, plus tard allait devenir La Grande Société.

En 1996, le président Clinton signait, avec le soutien des élus républicains au Congrès, une loi qui réformait en profondeur une partie du Welfare State et notamment le système d’aide à destination des mères célibataires. Le succès fut spectaculaire. Pour la première fois depuis des décennies, un nombre considérable de gens quittèrent les registres de l’État-Province pour retrouver le monde du travail.

Pour la première fois depuis des décennies, le taux de pauvreté se mit à décliner pour les catégories de population touchée par la réforme. (voir par exemple ici).

Derrière cette réforme, Losing Ground, de Charles Murray. De la même manière que The Other America peut être considéré comme le point de départ intellectuel de La Grande Société, Losing Ground fut le point de départ intellectuel d’un vaste mouvement politique qui aboutit à la réforme de 1996.

Les réformes mises en œuvre en 1996 étaient bien loin d’être aussi radicales que celles que suggérait Charles Murray dans son ouvrage, mais elles étaient basées sur le diagnostic qu’il avait établi dix ans plus tôt. Leur succès a prouvé, autant qu’il est possible, à quel point ce diagnostic était juste.

mercredi 5 avril 2017

Éthique et culture religieuse : l'abolition du cours exclue par le PLQ

Le gouvernement du PLQ n’a pas l’intention d’abolir le cours d’éthique et culture religieuse (ECR), actuellement en révision. Révision pour laquelle a été embauché un militant du programme ECR qui l’a défendu en justice. Voir ECR — Jacques Pettigrew payé 90 K $ pour réviser le programme qu’il a aidé à créer.

Le ministre de l’Éducation, Sébastien Proulx (PLQ, mais ex-ADQ où il s’était inquiété de ce programme), exclut sans surprise cette solution. Après tout, ECR distille une vision philosophique multiculturelle qui satisfait pleinement le PLQ. « Il n’est pas question pour moi de penser à abolir le cours maintenant », a-t-il précisé mercredi, à l’Assemblée nationale.

L’évaluation de cette matière obligatoire tout au long du cursus scolaire, qui a remplacé l’enseignement confessionnel et moral dans les classes du Québec depuis 2008, portera principalement sur le contenu du cours et le matériel utilisé, insiste M. Proulx.

Pas question non plus pour le ministre de l’Éducation d’obliger les écoles à hausser le temps alloué au programme d’éthique et culture religieuse, comme le réclament des enseignants d’ECR. Si le contenu du cours est imposé par le ministère, les heures qui y sont consacrées sont sous la responsabilité des conseils d’établissement, plaide Sébastien Proulx.

Des professeurs d’ECR demandent que toutes les écoles secondaires allouent plus d’une heure par semaine à ce cours. Leur représentant, Sylvain Fournier, déplore que près de la moitié des établissements scolaires de la province ne respectent pas le régime pédagogique, qui recommande que 50 heures en moyenne par années soient consacrées au programme. Une enquête de l’Association québécoise en éthique et culture religieuse corrobore les échos que nous avons du milieu scolaire : près de la moitié des écoles (100/211) réduisent sensiblement le temps d’enseignement recommandé par le ministère. À Montréal, ce taux grimpe aux deux tiers. Il semble aussi que des écoles placent officiellement ce cours à l’horaire, mais, dans les faits, lui substituent un autre cours. [Voir Québec — Le programme ECR est peu enseigné (et souvent sans respecter le programme officiel).]

« C’est normal que ce soient des décisions prises localement en fonction de toutes sortes d’aléas qui leur appartiennent. Dans la mesure où les contenus sont rencontrés, donc ont été enseignés, ça répond au régime pédagogique actuel », rétorque le ministre.



mardi 4 avril 2017

Québec — Le prochain programme d’éducation à la sexualité sera-t-il obligatoire ou facultatif ?

L’agence de presse Presse canadienne et de nombreux médias ont indiqué que le prochain programme d’éducation à la sexualité serait obligatoire.


Mais voilà, la contestation monte.

Elle est d’abord venue des syndicats (mieux structurés que les parents isolés). « On est en colère. Car ce projet laisse faussement croire à la population que le gouvernement s’occupe de ce dossier, alors que ce n’est pas le cas », dénonce Nathalie Morel, vice-présidente à la vie professionnelle à la Fédération autonome de l’enseignement (FAE). « La façon de faire est inacceptable. On ne fait pas plus de place dans l’horaire pour ces cours. Mais on demande aux enseignants de se débrouiller pour trouver du temps et le donner. Tout va encore reposer sur les épaules des enseignants », de critiquer Josée Scalabrini, présidente de la Fédération des syndicats de l’enseignement (FSE).

Certaines familles contestent le manque de formation des professeurs qui devraient donner le cours d’éducation sexuelle, mais également la précocité de ce nouveau programme obligatoire (voir le reportage de GlobalNews en anglais) ou les dérives potentielles dans des aspects pour le moins très ambigus du programme concis publié (voir ici sur l’exploration, la lutte aux stéréotypes, la multiplicité des identités sexuelles).

Depuis quelque temps, sans jamais émettre de communiqué officiel, les porte-parole du Monopole de l’Éducation du Québec affirment aux opposants (ou aux journalistes qui relaient ces critiques) que le prochain programme d’éducation à la sexualité serait facultatif...

Le ministre de l’Éducation du Québec a refusé d’accorder un entretien à Global News, mais un porte-parole a expliqué que le programme d’éducation sexuelle sera facultatif.

De plus amples détails n’ont pas été fournis.
Ce n’est pas un cas isolé :


[Bryan] St-Louis [porte-parole du Monopole de l’Éducation] a déclaré à LifeSiteNews que le ministre de l’Éducation, Sébastien Proulx analysera les résultats du projet-pilote, une fois celui-ci terminé, et décidera alors si le programme éducation sexuelle sera obligatoire dans toutes les écoles.

« On me dit que conformément à l’article 461 de la Loi sur l’éducation, le ministre peut prévoir des conditions d’exemption du programme d’éducation sexuelle, » a déclaré M. Saint-Louis. [Cela dépendrait en quelque sorte du bon vouloir des gens ont la bonté de nous diriger et qui, eux, savent ce qui est bon pour les enfants des autres et non d’un droit des parents...]

Toutefois, « aucune dérogation n’a encore été accordée pour le projet pilote, » a-t-il ajouté. « Nous n’avons reçu aucune demande d’exemption. » [Ce qui est quand même une déclaration gonflée eut égard aux signaux clairs envoyés dans tous les médias : aucune exemption !] [On notera aussi le fait qu’aucune école à Montréal n’a fait partie du projet-pilote, terreau multiethnique trop conservateur socialement ?]

Pourtant quand le projet pilote avait été lancé, quand le ministre de l’Éducation était alors François Blais, le ministère avait affirmé qu’il n’y aurait pas d’exemption, comme LifeSiteNews l’avait rapporté à l’époque.

« L’éducation sexuelle est prévue pour tous les élèves du Québec », avait alors déclaré Ouellet Pascal du ministère de l’Éducation à la Presse canadienne.

Finalement, le mécontentement des syndicats, des professeurs et des parents (pour des raisons diverses et parfois contradictoires) aurait-il réussi à assouplir quelque peu l’attitude psychorigide du Monopole de l’Éducation qui ne voulait même pas entendre parler d’exemption ?

À moins qu’il ne s’agisse d’assoupir la contestation en disant aux mécontents, oralement et uniquement dans des médias à faible portée au Québec, que leurs craintes sont mal fondées puisque le programme pourrait être facultatif...?





Québec — éducation sexuelle : dispense en 1992, aucune exemption en 2015.

La croisade des LGBT contre la liberté d’expression et les distinctions linguistiques immémoriales dans l’enseignement

dimanche 2 avril 2017

La croisade des LGBT contre la liberté d’expression et les distinctions linguistiques immémoriales

Les politiques de l’Université de Toronto prévoient que l’étudiant choisisse lui-même le pronom qu’il souhaite qu’on utilise dans ses communications avec lui.

En cela, l’université a cédé à la coterie LGBTTIQQ2SA (lesbiennes, gays, bisexuels, transsexuels, transgenres, intersexuels, « queers », en questionnement, bispirituels, asexuels et alliés) qui tente depuis des années d’imposer aux communs des mortels l’usage de nouveaux pronoms personnels neutres en anglais, en plus des usuels « he » or « she », on tente de faire accepter « ze », « e » ou « they » (au singulier !).

En français aussi

En français, le lobby LGBTTIQQ2SA propose parfois les pronoms artificiels « iel », « yel » ou « ille ».

Radio-Canada nous raconte que l’« on peut lire ce type de phrases : “Ile est heureuxe (il/elle est heureux/heureuse)” ou “Ille est créatifve, mais est fâché.e”. » Le lobby LGBTQ++ suggère d’employer la lettre « t » comme terminaison pour les accords de verbes conjugués avec l’auxiliaire être : « Ille est allet ou Iel est aimeT. » Le mélange des genres peut aussi être accepté : « Sam est un étudiante » ou « Sam est une étudiant ».


L’article de Radio-Canada fait ensuite dans le chantage émotionnel. C’est ça ou le suicide des transgenres insinue la société d’État : « Près de la moitié des personnes trans vont tenter de se suicider. De 70 % à 80 % ont ou ont eu des pensées suicidaires. Ce n’est pas dû à leur identité [affirmation assénée ici sans preuve], mais bien aux barrières auxquelles elles font face », rappelle la coordonnatrice du Centre de lutte contre l’oppression des genres de l’Université Concordia, Gabrielle Bouchard. »

En revanche, pour le linguiste de Radio-Canada Guy Bertrand : « Ça n’a aucun bon sens [d’imposer artificiellement un pronom neutre] parce que c’est complètement artificiel. Il n’y a pas de logique. Ce n’est pas possible. Ça ne verra jamais le jour. Il n’y a personne qui va s’astreindre à un exercice mental aussi difficile pour ménager la susceptibilité d’une [ultra-] minorité. Ce n’est tellement pas nécessaire. On exagère dans la rectitude politique. [...] Ce qui est important, c’est de se battre pour que les gens les respectent. Avoir du respect, ça ne veut pas dire changer la langue pour les accommoder. Avoir du respect, c’est être respectueux envers eux. À mon avis, ce n’est pas dans un changement en profondeur de la langue qu’on va être plus respectueux. C’est dans l’attitude et l’inclusion sociale que ça se fait. »


Imposition dans les universités nord-américaines

Certaines universités américaines, comme l’Université du Wisconsin-Milwaukee, publient des guides pratiques à l’intention des étudiants pour qu’ils utilisent les « pronoms appropriés » lorsqu’ils se réfèrent à d’autres étudiants et aux professeurs...

Un tableau sur le site Web des lesbiennes, des gais, des bisexuels de cette université (LGBTRC) répertorie douze pronoms approuvés à utiliser, y compris « fae », « æ », « e », « ey », « per », « ve », « xe », « ze » et « zie », en plus des traditionnels « he », « she » et « they » mais qui peuvent être utilisées au singulier ou au pluriel. Le tableau répertorie également les variations possessives et réfléchies de chaque pronom. Le tableau est reproduit ci-dessous.


Toutefois, le site souligne qu’il ne s’agit « pas d’une liste exhaustive » de tous les pronoms approuvés. Le site indique, toutefois, que certains élèves préfèrent qu’on utilise leur nom en tant que pronom, tandis que d’autres préfèrent qu’on utilise le « they » pluriel (épicène en anglais, contrairement au français ils/elles) même quand on s’adresse à eux au singulier.

D’autres universités, dont l’Université Harvard, ont aussi des politiques permettant à l’étudiant d’imposer au personnel de l’université le pronom personnel et le genre qu’il choisit.

Aussi à la CSDM (élèves de 4 à 17 ans...)

C’est aussi le cas à la Commission scolaire de Montréal, qui s’est dotée cette année de lignes directrices à l’égard de ses élèves transgenres (on parle des écoliers de 4 à 16-17 ans...).

La CSDM déclare ainsi que « Les élèves ont le droit de s’auto-identifier. Ainsi, tout élève a le droit qu’on s’adresse à lui ou à elle par un prénom et un pronom choisis qui correspondent à [ce qu’il dit être] son identité de genre. » Et gare aux rétifs ! « Le refus intentionnel ou persistant de respecter l’identité de genre d’un élève constitue un déni de son identité et peut être considéré comme une forme de harcèlement ou de discrimination. »

Dans un texte adopté en conseil des commissaires le 23 mars 2016, on lit : « L’élève [qui se déclare] transgenre a le droit d’exiger qu’on s’adresse à lui en utilisant le prénom et le pronom (il, elle ou autre pronom neutre [?]) qui correspond à [ce qu’il dit être] son identité de genre, et ce, indépendamment du fait que l’élève ait obtenu un changement de nom officiel et nonobstant l’impossibilité pour un mineur d’obtenir le changement de mention de sexe au registre de l’état civil [le projet de loi 103 a changé cela, voir la section qui y est consacrée ci-dessous]. Par conséquent, les membres du personnel de l’établissement scolaire doivent systématiquement employer le prénom et le pronom choisis par l’élève. »

Le cas Jordan Peterson

Le professeur Jordan Peterson enseigne la psychologie à l’Université de Toronto depuis 1998. Avant d’y être embauché, il avait été professeur à Harvard. Ce qui est en jeu pour lui, c’est d’abord son emploi et son permis d’exercer la psychologie. Il s’expose également à d’éventuelles poursuites judiciaires.

Le professeur Peterson réclame, au nom de la liberté d’expression et de la liberté de l’enseignement, d’utiliser les pronoms traditionnels. Lors d’une émission de la CBC, il s’est exprimé en ces termes : « Je ne reconnais le droit à personne de choisir les mots que j’emploierai, d’autant que, d’une part, les mots qu’on veut que j’emploie sont des éléments non réguliers de la langue anglaise et que, d’autre part, ces constructions sont la création d’une petite coterie d’idéologues. »

Pour cet universitaire, ce serait céder au correctivisme politique que de se soumettre aux caprices d’une poignée d’activistes, qui ne représentent qu’une infime partie de la population : « J’estime que les mots artificiellement construits comme les pronoms prétendument “neutres” du point de vue du genre, sont la manifestation d’une vague de rectitude politique dont les racines historiques me troublent (marxisme) et dont les motivations psychologiques m’apparaissent douteuses (car elles reposent sur la volonté d’infantiliser et sur un ressentiment intense à l’égard de la réussite, quelle qu’en soit l’origine). » Seuls les États totalitaires ont essayé de régenter de la sorte la langue et le savoir.

Pour Peterson, l’argument du respect dû à la personne transgenre n’est pas convaincant pour imposer une telle réforme linguistique. Non qu’on ne doive pas la respecter ; c’est plutôt que cela n’a rien à avoir avec la question des pronoms : « Le simple fait qu’[une personne transgenre] veuille qu’on s’adresse à elle au moyen d’un pronom particulier ne signifie pas que je sois tenu d’utiliser ce pronom. Cela ne veut pas dire que je nie son existence ou que je nie l’existence de personnes qui ne correspondent pas parfaitement aux catégories binaires de genre. »


Courts extraits de la défense de Jordan Peterson (en anglais)

Rejet de la théorie du genre

Peterson répète qu’il n’est pas un ennemi des personnes transgenres. Il ne nie pas qu’elles peuvent vivre des situations difficiles. Il s’oppose, toutefois, à l’idéologie qui sous-tend l’action des militants LGTBQ++. Il réfute ainsi la conception du genre exagérément malléable qu’elle met de l’avant et qu’on retrouve dans les textes de loi en Ontario et au niveau fédéral canadien : « Je ne crois pas, dit-il, qu’il soit raisonnable pour notre société de saper intégralement le concept de polarité entre les genres, afin de potentiellement satisfaire une infime minorité de la population. »

Il ajoute : « Il n’y a pas assez de preuves permettant d’affirmer que l’identité de genre et la sexe biologique soient des constructions indépendantes l’une de l’autre. En fait, tout porte à croire le contraire. En fait, les personnes transgenres font le même raisonnement que moi. Elles soutiennent qu’un homme peut être né dans le corps d’une femme ; c’est donc un argument qui établit un lien biologique entre l’identité de genre et le sexe biologique. Je ne suis pas hostile aux personnes transgenres. Je m’oppose simplement à des lois mal rédigées et à la promulgation, pour des raisons idéologiques, d’une législation que la population n’est pas prête à accepter. »

Le 30 septembre dernier, lors d’une entrevue radiophonique, le professeur Peterson mettait en garde : « Je dois vous faire part d’une chose qui m’effraie terriblement et à laquelle vous pouvez réfléchir. Je pense que les diktats continus et inconsidérés des radicaux militants de la gauche auront pour effet de réveiller les mouvements droitiers. Vous pouvez considérer cela comme une prophétie de ma part si vous le voulez. Une bête sommeille dans notre société et cette bête a des griffes. Si vous réveillez la bête, la violence éclatera. Je redoute que cette poussée constante par les militants radicaux n’ait comme conséquence de réveiller cette bête. »


Diktats de la hiérarchie, lâché par ses collègues

Dans deux lettres distinctes rendues publiques par Jordan Peterson, ses supérieurs lui ont expressément demandé de ne plus résister aux diktats des lobbys LGBTTIQQ2SA et d’arrêter d’utiliser la langue anglaise comme elle existe, mais de se soumettre aux désirs linguistiques de ces lobbies. La hiérarchie de l’Université de Toronto prétend que le débat qu’il a soulevé — oubliant que la coercition initiale vient de cette même hiérarchie — aurait valu des menaces à des étudiants qui se disent transgenres.

« Nous sommes convaincus que vous n’avez pas souhaité avoir ce genre d’impact. En raison de cela, en raison aussi de vos obligations [légales], nous vous demandons d’arrêter d’y aller de telles déclarations. »

— Extrait d’une lettre envoyée à Jordan Peterson

Pour Althea Blackburn-Evans, porte-parole de l’Université de Toronto, le Code des droits de la personne en Ontario interdit toute discrimination liée à l’identité sexuelle. L’Université de Toronto l’interdit aussi.

Près de 250 collègues du professeur Peterson l’ont dénoncé, l’accusant de discrimination envers une minorité vulnérable. Un professeur de l’Université de Toronto, A.W. Peet, rattaché au département de physique, qui est lui-même transgenre, l’a traité de « bigot » et a porté plainte contre lui auprès des autorités universitaires. Peet a déclaré que, bien qu’il soit d’avis que Peterson ait le droit d’exprimer ses idées, il doit assumer, en tant que professeur, certaines responsabilités, notamment celle de prendre soin de l’ensemble du corps étudiant : « Je refuse de passer mon chemin et de le laisser blesser des membres “genderqueer” vulnérables de la communauté universitaire […]. La liberté universitaire n’a jamais été conçue comme un passe-droit qui déchargerait les professeurs des responsabilités qui leur incombent. »

On apprenait cette fin de semaine que, pour la première fois dans sa carrière, le professeur M. Peterson s’est vu refuser des subventions à la recherche. Voir le gazouillis ci-dessous.



La gauche radicale progressiste veut de moins en moins débattre avec la droite conservatrice, elle cherche surtout à la faire taire, selon elle au nom de la tolérance et de la non-discrimination. En réalité, elle use de la force de lois liberticides, de menaces y compris de mettre fin à la carrière d’un professeur jusqu’ici respecté et distingué.

Opposition au projet de loi C-16

Jordan Peterson, dont les nombreuses vidéos sur YouTube sont populaires, utilise aussi sa tribune pour s’opposer au projet de loi fédérale C-16, qui propose de modifier la Loi canadienne sur les droits de la personne afin d’interdire la discrimination envers les personnes transgenres au pays. Une modification au Code criminel serait aussi apportée afin que les éléments de preuve établissant que la haine fondée sur l’identité ou l’expression de genre, lorsqu’elle motive un crime, soit considérée comme une circonstance aggravante.



Une vidéo de Jordan Peterson (vue près de 300 000 fois), sous-titrée en français, utilisez la mollette si le français n'apparaît pas automatiquement

Pour Peterson, avec un projet de loi comme le C-16, « le gouvernement, influencé par les guerriers de la justice sociale de la gauche radicale, a décidé de ce que devons dire, au lieu de nous indiquer ce que nous n’avons pas le droit de dire. Cela me paraît extrêmement mal avisé. Je crois que c’est une limite injustifiée à la liberté d’expression. » La loi, lorsqu’elle entrera en vigueur, pourrait, en raison de la possibilité bien réelle de poursuites judiciaires, empêcher des débats publics légitimes sur les questions de genre et de sexualité et compliquer le travail des chercheurs sur ces sujets. Le professeur de Toronto compare les réformes apportées par le projet de loi C-16 aux restrictions à la liberté d’expression qui existent dans « les pays autoritaires et totalitaires ».

Le Sénat a donné son premier appui jeudi au projet de loi C-16 au début du mois de mars 2017. Même le conservateur Don Plett, pourtant farouchement opposé à l’initiative, a cru bon donner son feu vert pour que se poursuive la réflexion. M. Plett espère démontrer les risques d’ériger en loi le constructivisme social en citant le cas d’un Torontois cinquantenaire qui se présente maintenant comme une fillette de six ans aimant jouer à la poupée avec les petits-enfants de ses parents adoptifs. Le sénateur Plett fait valoir que « les transgenres sont déjà protégés » par la Charte des droits et libertés qui interdit toute forme de discrimination. Selon lui, l’adoption de C-16 est dangereuse, car elle met « prématurément un terme à un débat sur les genres qui n’est pas réglé et qui repose sur une théorie sociale erronée » à savoir qu’il existe « un spectre infini de genres ». Il estime que le C-16, loin de servir à protéger une minorité, sert surtout à promouvoir un agenda social qui obligera les gens à accepter toutes les identités qu’une personne choisira d’endosser. Il a alors donné l’exemple de Stefonknee Wolscht, un homme qui a quitté sa femme et ses sept enfants pour assumer ce qu’il dit être sa véritable identité : celle d’une fillette de six ans. À 54 ans, il s’habille en enfant, avec sucettes et couettes en prime. « Avec ce projet de loi, nous légitimons et protégeons son faux sentiment d’être une femme, mais pas celui d’être un enfant. Qui sommes-nous pour dire que l’un est plus légitime que l’autre ? », a demandé M. Plett.

Maxime Bernier s’oppose désormais à C-16

Le très libertarien Maxime Bernier, candidat à la chefferie du Parti conservateur du Canada, avait approuvé le projet de loi C-16 à l’automne, car, en ses mots, « je m’oppose à ce que quelqu’un soit victime de haine et de discrimination au motif qu’il fait partie d’un groupe identifiable. [...] Cependant, en plus des nombreux Canadiens qui ont abordé cette question avec moi, j’ai eu l’occasion la semaine dernière de discuter avec le professeur Jordan Peterson de l’Université de Toronto au sujet de ce projet de loi et des conséquences qu’il aura sur la liberté d’expression. Et franchement, j’en ai été consterné. [...] Ce sont plutôt des activistes de la gauche radicale qui tentent de déconstruire les normes sociales traditionnelles et d’imposer leur perspective marginale à tout le monde, y compris en nous forçant à changer notre façon de parler. Et ils semblent avoir une influence indue sur les campus universitaires à travers l’Amérique du Nord, y compris ici, au Canada.
[...]

La liberté d’expression est l’un des droits les plus fondamentaux que nous avons en tant que Canadiens. Le professeur Peterson croit que, si elle est adoptée, la loi C-16, conjointement avec le Code des droits de la personne de l’Ontario, menacera ce droit de manière importante. Chaque fois qu’un droit est violé, notre Constitution exige qu’une telle violation puisse raisonnablement être justifiée dans une société libre et démocratique. [...]

La loi C-16 ne respecte pas ce critère. Elle pourrait forcer les Canadiens à restructurer leur façon de parler et à dire des choses en lesquelles ils ne croient pas.

Nous devons protéger les groupes minoritaires contre la haine et la discrimination. Mais nous devons également nous assurer de protéger nos libertés les plus fondamentales, y compris notre liberté de dire ce que l’on pense et d’utiliser un langage courant sans craindre des conséquences juridiques.

Je regrette ma décision d’avoir voté en faveur du projet de loi C-16. Si le vote était tenu de nouveau aujourd’hui, je voterais contre. J’encourage mes collègues du Sénat à l’empêcher de devenir une loi. Et si cela devient une loi, en tant que Premier ministre conservateur du Canada, je l’abrogerai. »


Maxime Bernier au micro de Mark Steyn sur son le fait qu’il a changé d’avis sur C-16 (à partir de 9 min 7 s, en anglais)

Entretemps au Québec, jamais en reste, le projet de loi 103 adopté sur les chapeaux de roue

Au Québec, le projet de loi 103, adopté en juin, modifie le Code civil du Québec afin de permettre à un enfant mineur d’obtenir le changement de la mention du sexe figurant à son acte de naissance. Adopté à toutes vapeurs, le projet de loi a fait sourciller. Quatorze ans, n’est-ce pas tôt pour changer sa mention de sexe ? Rappelons qu’il n’est pas rare que des transgenres passés sous le bistouri regrettent ce qu’ils perçoivent comme une mutilation peu satisfaisante. Il existe même un site consacré à des témoignages empreints de regrets (http://www.sexchangeregret.com/). On relira aussi à ce sujet l’histoire touchante de Bruce/Brenda/David Reimer. Comme le disait Alan Finch, un ex-transgenre, dans les colonnes du Guardian en 2009 : « Le transsexualisme a été inventé par des psychiatres... Vous ne pouvez pas fondamentalement changer de sexe... La chirurgie ne vous modifie pas génétiquement. C’est une mutilation génitale. Mon “vagin” était juste le sac de mon scrotum. C’est comme une poche, comme un kangourou. Ce qui est effrayant c’est que vous avez toujours l’impression d’avoir un pénis lorsque vous êtes excité sexuellement. C’est comme le syndrome du membre fantôme. Tout cela fut une épouvantable mésaventure. Je n’ai jamais été une femme, je suis tout simplement resté Alan. »

Notons que cet empressement des politiciens québécois à adopter les dernières modes progressistes soutenues par la coterie LGBTQ++ n’est en rien neuf. Rappelons que la gouvernement libéral a déjà adopté en 2009 un plan interministériel de lutte contre l’hétérosexisme (l’idée que l’hétérosexualité serait plus normale que l’homosexualité) et qu’il y a consacré des millions de dollars, notamment dans la rééducation des élèves qui pourraient penser autrement en argüant de la lutte contre « l’homophobie ». À notre connaissance, aucun parti politique ne s’est opposé à cette lutte gouvernementale contre ce qui était encore naguère considéré comme la norme sexuelle, l’hétérosexualité.

Enfin, le nouveau programme d’éducation à la sexualité publié sur le site du Monopole de l’Éducation du Québec se lamente que les jeunes qui sont ouverts et « flexibles » au niveau de l’identité sexuelle sont ramenés par la pression sociale « grandissante » à des rôles et identités stéréotypées « traditionnels » et « nuisibles » (voir ci-dessous). Rappelons qu’« identité » « traditionnelle » veut dire ici « se sentir homme ou femme » et que les versions « traditionnelles » de la masculinité et féminité ont des effets « nuisibles ». Sympa pour les parents traditionnels. On ne sait trop si cette critique va jusqu’à soutenir qu’il existerait une large gamme d’identités sexuées comme le soutient le lobby LGBTTIQQ2SA et qu’il est bon d’en parler à de jeunes adolescents (12 à 15 ans). Mais tout ceci ressemble à s'y méprendre à des jugements de valeur en fonction d’une certaine conception de l’homme et donc à de l’idéologie distillée par un programme d'éducation sexuelle qu’on essaie de vendre en faisant peur aux parents en parlant des ravages (réels) de la pornographie ou les sextos sur les relations des jeunes. La lecture du programme gouvernemental donne parfois l’impression de lire un programme concocté par des officines militantes...


Voir aussi

Le paradoxe de l’égalité entre les sexes c. la théorie du genre

La censure contaminerait les milieux universitaires

Pétition pour amender le nouveau programme québécois d'éducation à la sexualité