jeudi 21 janvier 2016

Le latin et le grec pour tous et contre la langue de bois

La réforme des collèges, imposée par décret au printemps 2015 par le gouvernement socialiste en France, reste encore au travers de la gorge de nombreux professeurs et intellectuels. Pour cause : dès septembre 2016, l'enseignement du latin et du grec (trop élitistes ! trop exigeants !) disparaîtra des collèges publics - mais non des collèges privés. À la place, la ministre de l'Éducation, Najat Belkacem, a proposé un enseignement pratique interdisciplinaire (EPI), où des enseignants de différentes disciplines organiseront ensemble des activités sur l'Antiquité... Une absurdité simpliste pour Pierre Judet de La Combe, helléniste, directeur d'études à l'Ehess, qui, dans son nouveau livre, l'Avenir des Anciens (Albin Michel), rappelle que rien n'était pourtant plus égalitaire que l'apprentissage d'une langue méconnue de tous... Et qu'est-ce qu'une démocratie qui refuse d'étudier la langue où a jailli le mot « démocratie » ?

EXTRAITS

Pourquoi parler maintenant, encore, de la lecture des Anciens, grecs et latins ? Parce que cette expérience a une valeur en soi, intellectuelle, pédagogique, sociale et politique : entrer dans un texte fort, comme savent l'être énormément de textes grecs et latins, écrit dans une langue que personne ne parle plus et qui n'est donc liée à aucun privilège social, est un cas d'école particulièrement révélateur de ce qu'apporte la lecture, si elle est démocratiquement étendue. Et parce que l'actualité politique a remis la question en un vif débat. [...]

Le texte du gouvernement a déclenché une nouvelle guerre du latin et du grec, comme la France en a l'habitude depuis le XVIIIe siècle. Elle prolonge la tendance lourde de notre système éducatif à marginaliser les études classiques, qui étaient autrefois dominantes. [...]

L'argument avancé est celui de la démocratisation. En proposant l'Antiquité comme thème à l'ensemble des élèves d'un collège et non plus à près de 20 % d'entre eux, comme c'est le cas actuellement pour le latin, et moins de 3 % pour le grec, on assure, dit-on, la généralisation d'une formation aux mondes classiques, enfin sortis de leurs filières étroites. Et, surtout, c'est l'argument choc, on combat la ségrégation sociale : le latin et le grec sont choisis par les parents (et éventuellement par les élèves) non pour l'intérêt qu'ils suscitent, mais parce que ce sont des marqueurs sociaux. Au sein des établissements, des filières plus nobles, plus sélectives, ont tendance à se constituer, aux dépens des autres élèves, puisque les cours de ces langues mobilisent des heures d'enseignement pour des publics restreints et surtout créent une hiérarchie au sein des établissements. Or, l'impératif d'égalité s'impose avec plus de vigueur que jamais, depuis que des enquêtes ont montré que l'école républicaine, censée créer l'unité du pays, favorise en fait les discriminations sociales.

Lieux d'exception

Le même raisonnement a été appliqué aux langues vivantes. Jack Lang avait créé des classes bilangues, où deux langues vivantes étaient sérieusement enseignées depuis la 6e [Secondaire I au Québec], ce qui était une grande nouveauté en France, où l'on connaît la faiblesse des compétences en langues étrangères. Cela marche, mais, encore une fois, cette filière privilégie un nombre restreint d'élèves (16 %) en nombre d'heures et donc en postes d'enseignants mobilisés. Or, tous les élèves ont droit au même nombre d'heures d'enseignement, au même soutien. La réforme, qui supprime ces classes, se dit démocratique, car elle généralise l'enseignement de la seconde langue vivante depuis la 5e [Secondaire II], et met à bas ces lieux d'exception, de discrimination.

Une nuit du 4 août. Plutôt nocturne.

Les réactions ont été très vives. Les mêmes voix que lors des querelles précédentes ont été mobilisées, les morts mis à part, avec un certain effet, semble-t-il  : pour le latin et le grec, et pour les langues régionales, le ministère a annoncé qu'il voulait sanctuariser les cours de langue existants, mais selon des modalités non précisées, sans que soit organisé le lien entre ces cours et les EPI prévus : comment concilier cours réguliers et activités libres ? Rien n'est dit (pour le moment ?).

Petite querelle, qui oppose encore une fois des traditionalistes indécrottables et de vrais progressistes ? Les premiers sont accusés de n'avoir à la bouche que l'importance incontournable de nos «racines» gréco-romaines, pourtant peu perceptibles dans le monde contemporain, et de ne concevoir l'enseignement du second degré que comme une longue sélection devant mener les «meilleurs» aux classes préparatoires aux grandes écoles (après le bac), sans donc qu'on se préoccupe de tous les autres, l'immense majorité. Le reproche n'est pas infondé. Les modernistes pédagogues disent que le monde a changé, que la nostalgie est déplacée. Ils ont, disent-ils, conscience de la réalité de l'enseignement, qui s'est complètement transformé avec sa massification, commencée dans les années 60, avec, en parallèle, la massification des recrutements d'enseignants, qui se trouvent désorientés, car le modèle élitaire de l'école, l'idéal qu'elle prétend réaliser n'a pas été repensé, retravaillé et ne correspond plus à la réalité. Ce qui est vrai. [...]

Les pédagogues qui, au ministère de l’Éducation, inspirent cette politique se prévalent, face aux « réactionnaires » (parfois et même très souvent de gauche), de leur expérience de terrain. Ils réfléchissent et agissent sans idéologie, disent-ils. Mais il y a là comme un défaut. Le terrain dit l'inverse. Le latin et le grec, ou l'allemand, ou l'arabe, ou le chinois, n'accentuent pas le clivage entre les classes sociales. Bien au contraire. Quand ils peuvent être choisis comme option, quand l'organisation des cours, des horaires, ne les étouffe pas, quand ils sont bien enseignés et ne font pas fuir les élèves, ce sont d'extraordinaires moyens de promotion, précisément dans les zones scolaires que le ministère entend revaloriser. Beaucoup de professeurs de collège défavorisé en témoignent. Le rapport remis en août 2011 par l'inspection générale montre clairement la « fonction intégrative » de l'enseignement des langues anciennes dans les zones difficiles, avec un accroissement des effectifs. [...]

Ces cours offrent la possibilité de sortir d'un environnement difficile, souvent bouché, où le français ne se parle pas toujours. Ils offrent la possibilité d'accéder enfin à la connaissance de la langue, tout d'abord celle des textes qu'on lit, mais aussi de sa propre langue, celle qu'on parle, et, au-delà, de toute langue. En effet, le latin et le grec ancien ne sont pas des langues parlées ; elles sont dès lors débarrassées de toute pesanteur sociale et par là éminemment égalitaires - nous y reviendrons. Étudiées pour elles-mêmes, en tant que langues, en dehors de toute contrainte d'échange, elles permettent d'accéder, par la grammaire, par la lecture, à la conscience de ce qu'est une langue, dans les deux aspects fondamentaux qui caractérisent toute langue.

- Comme structure, facile à repérer pour le latin avec les déclinaisons, justement, qui sont plutôt simples et qui facilitent, par des marques claires, les terminaisons des mots, la compréhension de la construction des phrases et la saisie des fonctions différentes des mots. L'enseignement rigoureux de la grammaire latine compense de plus la faible présence de la grammaire française dans le cursus. Il donne les outils pour analyser et donc construire des phrases, dans quelque langue que ce soit.

- Comme milieu historique qui suscite de grands textes, déchiffrables, lisibles, si on les lit patiemment.

Des outils pour analyser

Ce sont des langues et des textes qui font rêver et qui permettent d'acquérir, vite, une méthode et une culture, quand ils sont enseignés avec engagement et passion, c'est-à-dire quand leurs enseignants n'intériorisent pas le discrédit officiel qui pèse sur leur spécialité. Et puisque, pour l'enseignement du français, on a en grande partie renoncé à transmettre le savoir de la lecture patiente, de l'analyse méthodique, au profit des impressions, de la spontanéité, de l'empathie, de la capacité des élèves à réagir, immédiatement, à ce qui les frappe dans ce qu'ils lisent, les cours de langues anciennes sont presque les seuls où apprendre à lire des textes, pas à pas, est au cœur du travail. [...]

Les modernistes radicaux disent, en mauvais lecteurs de Pierre Bourdieu : oui, mais ce latin-grec littéraire est une culture bourgeoise, périmée, élitaire, dont on n'a rien à faire, et qui, surtout, ne peut intéresser des jeunes par ailleurs démunis et qui ont mieux à apprendre, tant ils sont en difficulté. C'est faux. Ils n'ont qu'à aller voir. Et une culture n'est pas en soi bourgeoise. Ce qui l'est est la fonction qu'on lui donne, avec les idées qu'on cherche à en tirer pour les inculquer. Il est pour le moins vrai que l'enseignement des textes anciens a longtemps rempli ce rôle de sélection. Mais il est vrai aussi que, même dans ce cadre restreint, il a eu une fonction émancipatrice pour ceux et celles qui ont pu en bénéficier : sa rigueur pédagogique, avec les exercices d'analyse et de traduction, et la force des textes ont pu aider à élargir les compétences linguistiques et culturelles des élèves. De quel droit ne pas généraliser cette qualité ? Qu'elle ait été dévoyée pour un but de sélection sociale n'en affecte pas les mérites premiers, qu'il s'agit d'offrir au plus grand nombre.

D'autres, plus éclairés, ceux qui ont préparé la réforme, disent : vous voulez maintenir une disparité parmi les élèves, vous triez, alors que l'école doit avoir le souci de tous. Or, votre idéal ne peut valoir pour tous, et si vous vous obstinez à l'appliquer, vous maintenez des privilèges, et donc des injustices, avec ces filières d'excellence. Par ce raisonnement, on veut priver les collèges en difficulté de réussites sociales avérées et possibles et surtout, hypocritement, on maintient des injustices lourdes qui fonctionnent bien, on les renforce.

Discriminants sociaux

La bourgeoisie saura toujours comment s'en sortir, par ses «bons» collèges, par l'enseignement privé, et les autres n'auront rien gagné. Il ne s'agit pas d'imposer les langues anciennes à tout le monde, mais de les offrir à qui veut. Même chose pour les langues vivantes. Si une minorité, importante, des élèves des zones difficiles s'en sortent mieux avec ces formations, de quel droit les en priver ? Et si, globalement, les collèges de ces zones gagnent en attractivité grâce à ces filières, pourquoi les pénaliser encore plus ? [...]

Une gauche-réflexe, pavlovienne, répond à la crise par le mot d'ordre d'une chasse aux privilèges. Elle croit compenser ainsi, tant qu'il est encore temps, ses échecs et ses renoncements dans le domaine économique et social. Mais, du coup, elle défavorise les défavorisés. La droite, qui n'a rien fait pour améliorer la situation, se récrie, proteste, mais en fait ricane. Ses adversaires font le travail pour elle et dégagent enfin les conditions d'une école à plusieurs vitesses. Si celle qu'elle privilégie est ainsi mieux protégée, car mieux distinguée, l'affaire est faite. Non pas qu'elle tienne plus que la gauche aux langues mortes ou vivantes. Fondamentalement, elle approuve l'idée d'une école débarrassée du trop grand poids des littératures, des langues autres que l'anglais international - langues que la gauche gouvernementale au pouvoir dit encourager, alors même qu'elle supprime les formations où elles sont vraiment apprises. L'important, pour la droite, est que l'école soit mieux adaptée aux contraintes du monde réel telles qu'elle les perçoit, et surtout, pour cette formation efficace, que s'établisse une hiérarchie bien claire des lieux d'éducation. La culture, les humanités, viendront en plus, plus que dans les établissements populaires, et joueront donc cette fois réellement le rôle de discriminants sociaux.

Le plus triste, peut-être, est qu'il ne s'agit même pas d'une lutte idéologique. Une idéologie, au moins, peut se combattre par des arguments. La contrainte qui pèse sur ce débat et sur ces actions est budgétaire : il faut, dans un contexte international où l’État doit limiter ses dépenses, rentabiliser au mieux les heures d'enseignement et les postes. S'instaure alors le pouvoir indiscutable des critères quantitatifs. On sait combien coûte une heure de cours, quel est son rendement dans la durée, en termes de public, de suivi des enseignements, de débouchés. Ces critères, qui sont «objectifs», passent pour démocratiques, car ils sont observables par tout le monde. Les nombres se substituent aux contenus, à leur valeur éducative et politique.

L'Avenir des Anciens,
de Pierre Judet de La Combe,
publié chez Albin Michel,
à Paris,
220 pp., 18 €.
À paraître le 21 janvier.

Présentation de l'éditeur


LE LIVRE

Les Grecs anciens ne sont pas nos ancêtres, mais ils sont devenus nos pères quand, au Moyen Âge, il a fallu rendre compatibles la Bible et Aristote. Les Romains ont fait notre langue, mais avaient décidé que leur culture serait grecque. Que faire maintenant de ces lointains parents d’adoption ?

La question est d’actualité avec la réforme des collèges, qui repose sur une idée très datée et simplificatrice de la culture : se contenter de la présentation rapide de contenus. Or l’enseignement des grands textes antiques et de leurs langues à l’école est un étonnant outil d’émancipation et de démocratisation. Langues muettes, langues égalitaires qui n’appartiennent à personne, le latin et le grec, si on les lit, si on les traduit, ouvrent à une expérience pratique, personnelle, créative.

Les mots anciens que nous reprenons tous les jours, « démocratie », « empire », « dieu », « technique », ne sont pas seulement des vocables. Ils se sont imposés dans l’Antiquité parce que leur sens, leur valeur ont été argumentés, disputés, parce qu’ils ont été élaborés par des textes. Aller voir du côté de l’antique, c’est aussi reprendre et réexaminer ces arguments, ces chemins de langage – et c’est passionnant.

L’AUTEUR
Pierre Judet de La Combe est helléniste, directeur d’études à l’EHESS et directeur de recherches au CNRS. Il a traduit et commenté de nombreux textes de la poésie et du théâtre grecs. Après avoir activement participé à la mission ministérielle lancée par Jack Lang en 2001 sur l’enseignement des langues anciennes en Europe, il a publié avec Heinz Wismann L’Avenir des langues. Repenser les Humanités (Le Cerf, 2004).

Quand la femme était vénérée...

On n'est plus au Moyen Âge ! Et c'est parfois bien dommage, quand on songe au respect que cette époque réputée obscure avait su témoigner à la femme...

À notre époque confuse entre toutes, des féministes peuvent partir en guerre contre un festival de BD (celui d'Angoulême, du 28 au 31 janvier [Voir Radio-Canada pour qui la polémique prenait de l'ampleur], coupable d'avoir omis de glisser des noms féminins dans la liste de ses lauréats potentiels, et se taire d'un silence assourdissant quand des centaines de femmes sont la proie de prédateurs sexuels dans un pays voisin. [Avant de dénoncer le racisme des sociétés occidentales ainsi que le conservatisme et le machisme de toutes les sociétés patriarcales y compris occidentales...]


Manifestation féministe (300 personnes) devant le parvis de la gare de Cologne pour dénoncer le sexisme et le racisme... Vidéos allemandes sous-titrées en français sur les agressions sexuelles ici, ici et .

Le cache-sexe de la parité dissimule de plus en plus mal la démission générale devant la régression de la protection accordée aux femmes et à leur droit d'aller et venir où et quand bon leur semble sans être insultées, harcelées, molestées.

Cette époque se vit pourtant comme un âge d'or de la condition féminine, chèrement conquis sur l'obscurantisme passé. À ceux qui partagent cette idée reçue, on ne saura trop conseiller d'aller voir un étrange et délicieux ovni cinématographique, les Filles au Moyen Âge, d'Hubert Viel. Outre le plaisir malicieux qu'ils y prendront, ils pourront revenir à la source même de ce qui constitue la fondamentale originalité de la société occidentale dans les rapports entre les sexes.

L'histoire se passe un jour d'anniversaire, avec des enfants qui veulent jouer au Moyen Âge : pour les garçons, ça consiste à occire tout ce qui bouge et, pour les filles, à servir de proies aux seigneurs. Tout faux ! intervient le grand-père, interprété avec gourmandise par Michael Lonsdale.

Tandis qu'il rétablit la vérité, une suite de saynètes hilarantes, jouées par les enfants avec leur propre vocabulaire, remettent l'histoire à l'endroit, et notamment comment, en reconnaissant Marie comme mère de Dieu, le concile d'Éphèse (431) a bouleversé le regard porté sur les femmes : « Il est scandaleux de traiter les femmes comme nous le faisons ! On a complètement déconné ! », conclut un saint Cyrille d'Alexandrie joué par un bout de chou de 10 ans à la fausse moustache.

Et les petits comédiens d'égrener en jouant les conséquences concrètes de cette révolution : comment les femmes créèrent des écoles et des hôpitaux gratuits, comment l'amour courtois les fit régner sur le coeur des hommes, comment de grandes figures, de Hildegarde de Bingen à Jeanne d'Arc, bouleversèrent l'histoire et les connaissances...




Audacieux dans sa forme très libre, le film l'est aussi dans son propos, fantaisiste par son énonciation mais sérieusement étayé par les études de Régine Pernoud (la Femme au temps des cathédrales) ou de Jacques Heers (le Moyen Âge, une imposture). Dans une interview, Hubert Viel n'hésite pas à voir dans le Christ l'initiateur de ce respect de la femme qu'a témoigné le Moyen Âge : « Imiter le Christ, c'était la loi, le code civil de l'époque. [...] Montrer une apparition christique à l'écran, c'est marquer la rupture avec l'Antiquité [...] où les femmes étaient mineures et sous tutelle à vie. » Ni à dénoncer, à notre époque, « une forme de féminisme radical qui n'en est pas un et qui n'est qu'un libéralisme déguisé » : « Lorsque les Femen ont envahi Notre-Dame de Paris, je me suis dit qu'elles n'avaient rien compris car cette cathédrale dédiée à une femme a été bâtie à l'époque même de la puissance des femmes. »

La puissance des femmes au Moyen Âge, la biographie qu'André Vauchez consacre à Catherine de Sienne (1347-1380) en donne un saisissant exemple : voilà une simple fille de teinturier, qui, sans même embrasser la vocation religieuse, non seulement devient l'une des grandes figures mystiques de son temps, mais intervient avec autorité et véhémence dans les affaires temporelles, admonestant rois et princes de l'Église, allant jusqu'à menacer le pape des foudres du ciel s'il ne s'attaque pas avec vigueur à la corruption de son clergé. Et loin de la traiter de folle, on l'a canonisée moins d'un siècle après sa mort. Cette puissance des femmes dans l'Occident médiéval, dont Catherine n'est qu'un exemple, voilà bien l'un des fruits les plus étonnants et les plus merveilleux de la révolution chrétienne.

[Rappelons que le siècle des Lumières, la Révolution française et l'Empire napoléonien marquèrent, pour certains auteurs, une régression de la condition féminine. Voir liens ci-dessous.]

Catherine de Sienne,
d'André Vauchez,
publié aux éditions Cerf,
à Paris,
en octobre 2015,
256 pages,
24 €.

Source : Valeurs actuelles

Voir aussi

La place des femmes au Moyen-Âge : elles votaient, elles ouvraient boutique sans autorisation maritale

La femme au temps des cathédrales (m-à-j vidéo Apostrophes avec Regine Pernoud)

Les gens travaillaient-ils tout le temps au Moyen Âge ?

Histoire — les Français sous l’Ancien Régime payaient 18 jours de travail en impôts

Idée reçue : « Au Moyen-Âge, les paysans sont accablés d’impôts »

Histoire — Le Moyen-Âge, une imposture.


Les manuels scolaires québécois d’histoire...

« Je ne suis pas d’accord avec vous, mais je me battrai pour que vous puissiez le dire » (Voltaire misogyne)

Le rôle de la femme et de l'Église au Moyen Âge

mercredi 20 janvier 2016

Tous du même avis ? Trop beau pour être vrai ? Indication d'une erreur ?

Mathématiques. Toutes les preuves concordent ? Il doit donc y avoir une erreur, expliquent des chercheurs qui décrivent le paradoxe de l’unanimité.

Selon le Talmud, un suspect condamné à l’unanimité par les juges devrait être acquitté. À première vue, ce raisonnement est déroutant. Mais, pour les sages de l’époque, l’accord à l’unanimité trahissait souvent une erreur systémique dans la procédure judiciaire, même si la nature exacte du problème restait à identifier. Ils avaient l’intuition qu’une erreur était à craindre quand quelque chose semblait trop beau pour être vrai. Dans un article [soumis le 5 janvier] à paraître dans la revue scientifique Proceedings of the Royal Society A, des chercheurs australiens et français (Lachlan J. Gunn et coll.) se sont penchés sur cette idée, qu’ils appellent le « paradoxe de l’unanimité ».

« Si de nombreux témoins identifient anonymement et individuellement un suspect, nous partons du principe qu’ils ne peuvent pas tous avoir tort, explique Derek Abbott, coauteur de l’étude, physicien et ingénieur en électronique à l’université d’Adélaïde [Australie]. Nous nous fions souvent à l’unanimité. Mais en réalité, il est très improbable qu’un grand nombre de personnes soient d’accord, c’est pourquoi nous devrions nous méfier de l’unanimité. Ce paradoxe montre que nos certitudes ne sont finalement pas aussi solides que nous le pensons. »

Faut-il se fier à l'unanimité ?
Les chercheurs ont mis ce paradoxe en évidence dans le cas contemporain des séances d’identification de suspects, dans lesquels des témoins tentent de désigner le présumé coupable parmi un groupe de plusieurs personnes.

Ils ont démontré que plus l’accord des témoins est unanime, moins ils ont de chances d’avoir raison.

L’erreur systémique peut être due à toutes sortes de partis pris, que ce soit la façon dont les suspects sont présentés aux témoins ou les préjugés que nourrissent les témoins eux-mêmes. Les chercheurs ont surtout montré qu’il en faut peu pour influencer considérablement les résultats : s’il existe un préjugé vis-à-vis d’un suspect pour seulement 1 % des témoins, la probabilité que le groupe identifie la bonne personne commence à diminuer après seulement trois identifications concordantes. Contre toute attente, la probabilité que les témoins aient raison augmente si un seul d’entre eux désignait un autre suspect.

La justification mathématique de ce phénomène est l’inférence bayésienne [cette méthode statistique, qui porte le nom du mathématicien britannique Thomas Bayes, permet de déduire la probabilité d’un événement à partir d’autres événements], que l’on peut résumer en observant une pièce pipée. Si une pièce pipée est conçue pour retomber côté face dans 55 % des cas, alors il suffira de jouer assez longtemps à pile ou face pour voir que la pièce retombe plus souvent côté face. Ces résultats ne prouveront pas que les lois de la probabilité d’un système binaire ont changé, mais que ce système particulier est défaillant. De la même manière, il est si peu vraisemblable d’obtenir l’unanimité dans un grand groupe (d’après les lois de la probabilité) qu’il est plus probable que le système lui-même soit sujet à caution.

Selon les chercheurs, ce paradoxe est plus courant qu’on ne le croit. L’unanimité reste une bonne chose dans un certain nombre de situations, mais seulement quand les préjugés sont quasi voire complètement inexistants.

Derek Abbott donne l’exemple de témoins chargés d’identifier une pomme parmi des bananes : cette tâche est si facile qu’il est presque impossible de se tromper, l’unanimité devient donc beaucoup plus probable.

En revanche, identifier un suspect est autrement plus complexe. Des mises en scène d’actes criminels ont montré que les erreurs d’identification peuvent atteindre 48 % quand les témoins ne font qu’entrevoir le coupable dans sa fuite. Dans ces cas-là, il sera très peu probable d’obtenir l’entente unanime d’un grand nombre de personnes. Mais dans une situation où les témoins auraient individuellement été retenus en otages par le criminel pendant un mois sous la menace d’une arme, le risque d’erreur serait largement inférieur à 48 % : cette situation serait plus proche du cas des bananes que de celui où l’auteur du délit n’est aperçu que brièvement.

Le paradoxe de l’unanimité a de nombreuses applications en dehors de la sphère judiciaire. Dans leur article, les chercheurs abordent notamment la question de la cryptographie.

On contrôle souvent les données cryptées en vérifiant si un nombre gigantesque fourni [une clé de chiffrement] est un nombre premier [qui n’a que deux diviseurs : 1 et lui-même] ou composé [qui a plus de deux diviseurs]. Pour ce faire, on peut réitérer un test probabiliste dit « de Miller-Rabin » [algorithme permettant de déterminer si un nombre entier est premier] jusqu’à ce que la probabilité pour qu’il prenne un nombre composé pour un nombre premier soit extrêmement faible : une probabilité de 2−128 est généralement jugée acceptable.

L’échec systémique, dans ce cas, est une faille informatique. La plupart des gens n’envisagent pas qu’un rayon cosmique isolé puisse inverser un bit [l’unité de base en informatique], ce qui pousserait le test à valider le nombre composé comme s’il était un nombre premier. Après tout, c’est un cas assez rare, susceptible de se produire environ 10−13 fois par mois. Mais la chose importante à repérer, c’est que cette quantité [10−13] est très supérieure à 2−128 [2,9 * 10-40]. Ainsi, même si le risque d’erreur est très faible, il reste supérieur au niveau de sécurité souhaité.

Par conséquent, le protocole cryptographique paraît plus sécurisé qu’il ne l’est réellement, puisque les résultats du test qui semblent indiquer un niveau élevé de sécurité sont plutôt le signe d’une vulnérabilité informatique. Pour garantir un niveau de sécurité satisfaisant, les chercheurs conseillent de réduire au maximum ces erreurs « cachées ».

Intuition mal informée. Même si le paradoxe de l’unanimité semble contre-intuitif, les chercheurs expliquent qu’il prend tout son sens une fois que nous avons toutes les informations en main.

« Comme pour la plupart des “paradoxes”, notre intuition n’est pas forcément mauvaise, mais elle mal informée, précise Derek Abbott. Nous sommes surpris parce que nous ignorons généralement que les taux de reconnaissance par témoins sont si mauvais, ou que les taux d’erreur de bits dans les ordinateurs sont élevés en matière de cryptographie. »

Les chercheurs ont noté que le paradoxe de l’unanimité était lié à la thèse de Duhem-Quine. Celle-ci postule qu’il est impossible de tester une hypothèse seule et que c’est un groupe d’hypothèses qui est toujours testé [en d’autres termes, qu’on ne peut pas dissocier une hypothèse du savoir implicite utilisé pour sa formulation]. Par exemple, une expérience évalue non seulement un phénomène précis, mais aussi la fonction corrective des outils expérimentaux.

Dans le paradoxe de l’unanimité, ce sont les méthodes (les « hypothèses auxiliaires ») qui échouent, ce qui nuit à la confiance accordée aux résultats principaux.

Le paradoxe de l’unanimité est applicable à des domaines nombreux et variés. Derek Abbott nous en donne plusieurs exemples :

1. Dans le scandale essuyé récemment par Volkswagen, l’entreprise a illicitement programmé une puce informatique pour minimiser les émissions des moteurs diesel pendant les tests de pollution. En réalité, les émissions étaient supérieures aux normes quand les voitures étaient sur la route. Les résultats des tests étaient trop homogènes et « trop beaux pour être vrais ». L’équipe qui a dénoncé Volkswagen a eu ses premières soupçons en voyant que les émissions étaient quasi identiques pour une voiture neuve et un modèle vieux de cinq ans ! Cette constance a trahi la distorsion systémique instaurée par la puce malicieuse.

2. On peut également citer le cas d’une accumulation de preuves trop accablantes pour être réalistes. Entre 1993 et 2008, la police européenne a identifié le même ADN féminin dans une quinzaine d’affaires criminelles survenues en France, en Allemagne et en Autriche. Le mystérieux assassin a été surnommé « le fantôme d’Heilbronn », et la police ne l’a jamais retrouvé. Les preuves ADN étaient identiques et accablantes, mais elles étaient erronées. C’était une erreur systémique.

Les bâtonnets utilisés pour collecter les échantillons d’ADN avaient été contaminés accidentellement à l’usine de production de ces bâtonnets par une même employée.

3. Lors d’une élection, on déplore souvent que le parti gagnant l’ait emporté avec une marge relativement faible. Chacun aimerait que son parti préféré fasse l’unanimité. Si c’était un jour le cas, cela révélerait une erreur systémique due à la manipulation du scrutin.

4. En sciences, la théorie et l’expérimentation vont de pair et sont interdépendantes. Toute expérience comporte une part de « bruit » et il faut donc s’attendre à des erreurs. Avec le temps, cela a donné lieu à plusieurs polémiques. L’une des plus célèbres a été suscitée par l’expérience de la goutte d’huile de Millikan pour déterminer la charge de l’électron [l’analyse a posteriori des notes du scientifique a mis en lumière un usage sélectif des données d’expérimentation]. Si les résultats sont trop parfaits et ne présentent pas un minimum de bruit et d’exceptions, on peut soupçonner un biais de confirmation, ajouté par le scientifique pour trier les données comme il l’entend.

5. Lors des réunions dans les grandes organisations, la tendance est aux décisions unanimes. Par exemple, un comité chargé d’évaluer les indicateurs clés de performance poursuit souvent le débat jusqu’à ce que tout le monde soit du même avis. La leçon à retenir, c’est qu’il faut se réjouir des voix discordantes, accepter les divergences d’opinions et se contenter d’en prendre note.

C’est un point plutôt positif, qui réduit le risque d’une erreur systémique.

6. Eugene Wigner [lauréat avec Maria Goeppert-Mayer et Hans Daniel Jensen du prix Nobel de physique en 1963 pour leurs travaux sur la structure du noyau atomique] a forgé l’expression « efficacité déraisonnable des mathématiques » pour décrire son impression étrange que les mathématiques sont trop parfaites pour s’appliquer aux théories physiques. Aujourd’hui, les machines n’utilisent plus de belles équations, mais des formules empiriques intégrées à des outils logiciels de simulation.

Les mathématiques analytiques n’étaient pas une méthode parfaite pour résoudre tous les types de problèmes. Pourquoi s’est-on laissé séduire par l’idée que les maths étaient déraisonnablement efficaces » ?

C’est le biais systémique de confirmation dû au fait que pour chaque grand article scientifique présentant une formule élégante, de nombreuses formules rejetées n’ont jamais été publiées.

Les mathématiques que nous connaissons aujourd’hui ont été triées sur le volet.

Source Phys.org.

Voir aussi

Le cours ECR, école de l'unanimisme politiquement correct

Les enfants non religieux sont-ils vraiment plus altruistes ?

Supplément ECR pour contrer l'unanimisme du prêt-à-penser écologiste des manuels

Affaire Michaud: 51 députés péquistes reconnaissent avoir eu tort (voir aussi ce livre qui y est consacré)

Comment Pauline Marois modifie une constitution... et une charte (à l’unanimité et à toute vapeur, malgré des promesses contraires faites au préalable)

mardi 19 janvier 2016

Coûts des CPE : multipliés par 11 pour atteindre à 2,4 milliards $, efficacité en question

Depuis leur création, en 1997, les dépenses consacrées par l'État québécois aux centres de la petite enfance (CPE) et aux garderies privées subventionnées a été multiplié par 11 pour passer de 221 millions de dollars à 2,4 milliards de dollars.




Les centres de la petite enfance dénoncent de nouvelles compressions de 120 millions de dollars que le gouvernement Couillard veut leur imposer cette année et qui, selon eux, auront un impact direct sur les services aux enfants.



Le gouvernement libéral a augmenté en 2008 le revenu familial maximum pour le crédit d'impôt, rendant ainsi plus attrayantes pour les parents les garderies privées non subventionnées.

L'idée du gouvernement, tel qu'il l'expliquait dans le budget de 2008, était que « le coût des services de garde [soit] le même, que l'on ait recours à une garderie subventionnée ou à une garderie privée non subventionnée ».



Cet appui indirect aux garderies à but lucratif se fait au détriment des CPE, s'insurge Xavier de Gaillande, directeur général adjoint de l'AQCPE (Association québécoise des CPE).

« Avec ce crédit d'impôt, ce que le gouvernement lance comme message, c'est qu'il n'y a pas de différence entre les différents types de service de garde, que c'est la même qualité partout », soutient-il.

Le gouvernement se défend de vouloir favoriser les garderies commerciales. « L'objectif est d'offrir des places subventionnées, ça a toujours été ça et ça ne changera pas, dit Nadia Caron, porte-parole du ministère de la Famille. Il n'y a aucun frein au niveau de la création de places. »


Une bonne partie de l’explosion des coûts des CPE peut être imputée à la syndicalisation des garderies. À titre indicatif, voici combien coûte à l’État le fonds de pension des gardiennes :


En 2013-2014, les coûts ont littéralement explosé, plus de 80 millions de dollars, alors que quelques années auparavant on était sous la barre du 50 millions. À titre indicatif, une somme de 80 millions de dollars correspond à l’impôt sur le revenu de 25 000 Québécois, l’équivalent de la population de Thetford Mines.

Le réseau des garderies subventionnées comprend :

  • les centres de la petite enfance, qui sont des organismes sans but lucratif ou des coopératives;
  • les garderies en milieu familial;
  • les garderies privées subventionnées.


Les garderies non subventionnées, pour leur part, sont également reconnues par le ministère de la Famille et doivent respecter un programme éducatif.

Une analyse comptable publiée en juin révélait que les coûts de fonctionnement des CPE étaient beaucoup plus élevés que ceux des garderies privées subventionnées, en partie à cause de la masse salariale des employés, mais aussi à cause de la rémunération des gestionnaires et de l'organisation du travail.

Avantages des CPE ?

Une enquête de la Direction de la santé publique de Montréal publiée en 2014 montrait que les « enfants issus de milieux vulnérables étaient mieux protégés s'ils avaient fréquenté un CPE. » Pas nécessairement plus instruits, mais moins « vulnérables » car ces avantages ne sont pas nécessairement cognitifs. Il est évident que cela peut se comprendre pour des milieux très carencés et, notamment, chez des immigrants qui ne parlent pas le français.

Mais ces résultats sont difficilement généralisables à l'ensemble du réseau : la majorité des enfants ne sont pas issus de milieux vulnérables et plus les familles sont pauvres, moins elles utilisent les CPE !

De nombreux études montrent à l'inverse que les garderies ont globalement peu d'effets positifs, qu'ils s'estompent rapidement au début du primaire et qu'ils ont parfois même des effets négatifs chez les enfants les plus jeunes (voir ici, ici et ). Les résultats scolaires des enfants ayant fréquenté dans leur prime enfance des CPE (surtout issus de familles nanties) sont-ils meilleurs que ceux de même condition sociale restés à la maison ? Nous ne connaissons pas d'études sur le sujet, mais notons que les résultats du Québec dans les études scolaires internationales tendent à baisser.

Enfin, notons qu'il n'y a pas de liens prouvés entre les garderies et une hausse de la natalité (il y a de plus de plus de places en garderies, mais de moins en moins d'enfants !) ou même la participation des femmes sur le marché du travail (des provinces canadiennes sans système de garderies fortement subventionné ont une plus forte part des femmes sur le marché du travail et ont connu une augmentation similaire au Québec de la participation des femmes à ce marché).

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lundi 18 janvier 2016

L’avenir des élèves québécois hypothéqué par des enseignants incompétents indéboulonnables ?

Peut-on congédier un enseignant incompétent au Québec ? Au cours des cinq dernières années, sept enseignants permanents sur un total de près de 60 000 travaillant pour les commissions scolaires de la province ont été congédiés pour incompétence, révèle aujourd’hui une publication de l’Institut économique de Montréal (IEDM).

Cette proportion de 0,01 % apparaît dérisoire puisque les congédiements d’enseignants incompétents sont aussi rares que les congédiements d’enseignants violents ou criminels, ou encore pour des agissements de nature sexuelle, des motifs qui comptent aussi sept cas. Pour obtenir ces données, l’IEDM a envoyé une demande d’accès à l’information aux 72 commissions scolaires québécoises.

Est-il possible que la compétence des enseignants québécois soit telle qu’elle explique ces résultats? « Nous croyons que la grande majorité des enseignants et enseignantes au Québec sont compétents, mais il ne s’agit pas d’une explication plausible selon des professionnels du milieu », explique Youri Chassin, économiste et auteur de la publication. « Il est plus probable que ce très petit nombre, sur une période de cinq ans, illustre la difficulté de parvenir à congédier un enseignant incompétent s’il jouit de la permanence. »

En effet, un mécanisme de congédiement existe en théorie, mais le processus est long et complexe. De plus, les procédures habituelles font en sorte qu’après l’octroi de la permanence, une majorité d’enseignants ne sont plus évalués sur la qualité de leur enseignement. En définitive, les congédiements sont presque inexistants.

Pourtant, la profession serait valorisée si une plus grande flexibilité permettait aux commissions scolaires de remplacer certains professeurs dont les compétences ne sont pas à la hauteur. « Les enseignants eux-mêmes souffrent de la présence d’un collègue incompétent. Ils profiteraient d’une reconnaissance sociale accrue si les cas problématiques étaient mieux pris en charge », dit M. Chassin. « Ce sont les élèves qui doivent cependant être la première préoccupation de l’éducation. La qualité de leur apprentissage et la lutte au décrochage en dépendent », insiste l’auteur, qui rappelle que la qualité du personnel enseignant est considérée par la population québécoise comme le critère le plus important de la réussite des élèves.

Il est parfaitement normal et souhaitable que les enseignants puissent faire appel à leurs syndicats pour les défendre dans certaines circonstances. Cela dit, ce sont les excès qui posent problème, explique M. Chassin, qui soutient qu’un mécanisme permettant de congédier les enseignants dont les compétences sont déficientes renforcerait la relation de confiance entre les parents, les directions d’école et les enseignants.



« Les syndicats s’y opposeront sûrement, mais les moyens de remédier à cette lacune sont pourtant connus », ajoute Michel Kelly-Gagnon, président et directeur général de l’IEDM. « Les écoles pourraient faire des évaluations périodiques des enseignants, par exemple aux cinq ans, comme en Ontario. Des épreuves uniformes plus fréquentes permettraient aussi de mieux mesurer la qualité de l’enseignement et des apprentissages. Enfin, la rémunération au mérite basée sur des évaluations régulières, une pratique courante dans la vaste majorité des professions, devrait aussi faire partie des solutions. »




Soulignons que durant la dernière année scolaire, en 2014-2015, un seul congédiement pour incompétence a été relevé dans l’ensemble des commissions scolaires québécoises.

La Note économique intitulée « Valoriser la profession enseignante en congédiant les enseignants incompétents » est signée par Youri Chassin, économiste et directeur de la recherche à l’IEDM. Cette publication est disponible sur son site.





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samedi 16 janvier 2016

Le Québec qui ne sait pas lire

Texte de Mathieu Bock-Côté sur l'analphabétisme fonctionnel de trop nombreux Québécois :

La nouvelle aurait dû être accueillie comme un scandale: à peu près la moitié des adultes québécois peinent à lire. Mais la nouvelle a vite été déclassée par une autre.

Les cyniques diront: nous le savions déjà. De fait, c’est une nouvelle qui revient en boucle. C’est ce qui explique peut-être notre incapacité à rugir.

La Révolution tranquille, amorcée en 1960, s’était donné pour objectif de démocratiser l’éducation au Québec. On y voyait le principal moyen de développement social. [Rappelons qu'en réalité le Québec a accumulé du retard comparé à d'autres provinces depuis la prétendue Révolution tranquille.]

Analphabétisme

Cinquante ans plus tard, il faut bien convenir de son échec relatif. Nous tardons à nous l’avouer, tellement nous tenons à sa légende dorée.

Imaginons un instant la vie d’un analphabète fonctionnel: les portes de la vie civique lui sont fermées. Dans le cadre d’une élection, il peinera manifestement à distinguer entre les programmes ou, du moins, à les approfondir minimalement.

Il sera aussi limité dans sa vie professionnelle et économique. Les promotions lui seront généralement interdites.

Mais l’origine de ce mal est peut-être plus profonde.

Les Québécois accordent-ils vraiment de la valeur à l’éducation? La réponse est trop souvent non. Cela nous vient d’un vieux passé où l’essentiel était de vite gagner sa vie sans s’encombrer des fioritures culturelles ou livresques.

L’éducation, c’était un luxe de snob ou le privilège de rares esprits.

La langue

On le voit encore dans notre rapport à la langue. À la télévision ou à la radio, celui qui parlera rigoureusement le français passera pour hautain.

Mieux vaut parler de manière relâchée pour avoir l’air authentique.

Évidemment, la lecture est traitée comme une passion exotique.

Retour aux analphabètes. Ils représentent un tiers-monde intérieur. C’est un morceau de notre peuple qu’on abandonne à la misère culturelle.

Mener à terme l’alphabétisation des Québécois en une génération devrait être une corvée nationale. Sinon, la solidarité ne voudra rien dire.


Rappel

Selon les derniers chiffres du rapport québécois du Programme pour l’évaluation internationale des compétences des adultes, au Québec, la proportion d’analphabètes fonctionnels est plus élevée chez les 16-24 ans (49  %) que chez les 25-44 ans (42 %). Dans la population en général, cette proportion est de 53 %.

Comparativement aux anglophones et aux allophones, les francophones pratiquent moins fréquemment des activités de lecture, d’écriture ou de mathématiques en dehors du travail.

Les anglophones de 16-24 ans sont les plus nombreux, en proportion, à avoir déclaré avoir eu plus de 100 livres à la maison à 16 ans (58 % par rapport à 28 % de francophones et 28 % d’allophones).

Au Québec, en 2012, les immigrants, récents ou de longue date, ont globalement des compétences moins élevées en littératie (alphabétisme), en numératie (s'en tirer avec des calculs simples) et en résolution de problèmes dans des environnements technologiques (RP-ET) que les Canadiens de naissance. Étant donné que les immigrants ne constituent pas un groupe homogène, ce constat général doit être nuancé. En effet, les écarts de compétence entre les immigrants et les natifs du Canada concernent seulement les immigrants des catégories «réfugiés» et «regroupement familial». Par contre, les immigrants économiques présentent des compétences en littératie,
en numératie et en RP-ET globalement comparables à celles des personnes nées au Canada.

Exemples de question pour évaluer les compétences de compréhension de texte (littératie) et de manipulation de concepts arithmétiques simples (numératie) :


(détail de l'image précédente)


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Baisse relative du nombre de diplômés par rapport à l'Ontario après la Grande Noirceur

L’État a-t-il vraiment fait progresser l’éducation au Québec?

jeudi 14 janvier 2016

Angleterre — École apprendra que parmi les premiers occupants de l'île se trouvaient des Africains

La communauté académique a qualifié d’«endoctrinement» le nouveau programme d’histoire à destination des élèves de troisième concernant l’immigration en Grande Bretagne, qui adopte un point de vue inédit sur l’origine de la population britannique.

Le nouveau programme d’histoire proposé aux élèves de 14 à 16 ans sera proposé dans les établissements scolaires du Royaume-Uni à partir de septembre. Intitulé «Migration vers la Grande-Bretagne de 1000 à 2010» («Migration To Britain c. 1000 to c. 2010»), le cours a été développé en collaboration avec les professeurs de l’Association d'études sur l'Asie et l’Afrique et couvre les flux migratoires vers les îles depuis l’époque romaine jusqu’à l’immigration moderne.


Cependant, c’est l’histoire des premiers locataires des îles britanniques qui a suscité le mécontentement des historiens. Le nouveau programme suggère que des Africains y résidaient avant même les anglo-saxons, en se référant à une légion romaine de nord-africains stationnés brièvement près du mur d'Hadrien, qui marquait la frontière avec les territoires du nord, soit l’actuelle Écosse.

Alors qu’il est reconnu qu’environ 500 maures géraient ce fort près de Carlisle, il n’y a aucune preuve de leur installation de façon permanente, s’insurgent les experts, en accusant les auteurs de cette mise à jour de distorsion des faits au profit du «politiquement correct».

Quel est l’objectif de ce nouveau programme ?


Certaines voix prétendent que de tels cours visent à traiter les problèmes contemporains, plutôt qu’enseigner l’histoire.

«Cela semble relever plutôt de l’endoctrinement que de l’éducation. C’est dangereux parce qu’une société soudée dépend de l’opinion partagé d’une histoire commune», a noté le professeur Alan Smithers de l’Université de Buckingham et conseiller du comité d’Education.

L’historien Roy Strong, a également trouvé gênant que «nos enfants aient à apprendre quelque chose qui est clairement conçu pour alimenter des problèmes contemporains au lieu de raconter correctement l’histoire de notre île».

Ray Finch, du parti britannique UKIP, estime que l’histoire est réécrite pour être politiquement correcte. «Cela fait partie de cette idéologie particulière, intimement liée aux perspectives politiques», a-t-il indiqué, ajoutant que cela vise à modifier l’histoire pour poursuivre d’autres objectifs.

Il a également noté que les enfants ne doivent pas être «utilisés comme des moyens de propagande», puisque c’est «faux, immoral et absolument honteux». Pour lui, avec cette proposition, «ils essaient d’éliminer la perception du Royaume-Uni comme d’un pays souverain».


Source

mercredi 13 janvier 2016

La famille nombreuse, antidote au vieillissement ?

Une étude menée par des chercheurs canadiens de l'Université Simon Fraser, en Colombie-Britannique, indiquerait que les mères de familles nombreuses vieilliraient moins vite que les autres :

« D'après les résultats de leur étude, tout serait une question de télomères, les extrémités des chromosomes, connus pour raccourcir avec l'âge et le stress. Les scientifiques ont étudié les télomères de 75 femmes de communauté rurale du Guatemala à 13 ans d'écart. Après toutes ces années, il apparaît que les sujets qui ont eu le plus d'enfants ont aussi conservé des télomères plus longs.

Les femmes concernées vivent dans une société où les mères de famille nombreuse reçoivent l'aide de la communauté et sont donc moins sujettes à la fatigue et au stress, ce qui peut expliquer le phénomène. Une autre hypothèse, plus médicale, met en avant le rôle de l'œstrogène. Cette hormone secrétée en grande quantité par les femmes enceintes possède en effet des vertus anti-oxydantes et pourrait ainsi limiter l'usure des télomères. »

Source

Québec — Les chiffres démographiques pour 2015 seront probablement mauvais

Nous avons désormais les chiffres démographiques provisoires sur les dix premiers mois de 2015 : notamment le nombre de naissances et de décès.

Ces chiffres de 2015 devraient être mauvais.

En effet, malgré une population croissante (environ +50.000 en un an) grâce surtout à l'immigration, le nombre des naissances au Québec est à nouveau en recul­. Pour les dix premiers mois, on est passé en 2014 de 73 700 naissances à 72 750 en 2015, soit une baisse de -1,28 %. Ces chiffres sont bruts et absolus, une fois mis en rapport avec la population croissante, la baisse de la natalité et de la fécondité devrait être plus importante. Les chiffres officiels de la natalité et de la fécondité en 2015 devraient être publiés en avril 2016.

Quant aux décès, ils ont augmenté pour passer de 51 200 pour les dix premiers mois de 2014 à 53 100 en 2015, soit un nombre de morts en augmentation de 3,7 %.

Source : Institut de la statistique du Québec

mardi 12 janvier 2016

Les Italiens, un peuple en voie d’extinction

Pour la première fois depuis 1919, la population d'Italie a diminué l'année dernière, et les experts craignent que les Italiens ne soient un peuple en voie d’extinction, le taux de fécondité dans le pays étant l’un des plus bas du monde avec 1,37 enfant par femme.

Un symbole de l’Italie est en train de disparaître : la Mamma. Les nouvelles mères n’ont jamais été aussi peu nombreuses. Pour la première fois les naissances sont tombées en 2015 sous le seuil psychologique des 500 000, à peine 400 000 si les deux parents sont italiens. Le taux de fécondité est l’un des plus bas du monde avec 1,37 enfant par femme. Ce n’est pas le record de 1,19 atteint en 1995, mais le même chiffre qu’en 1986. Pour la première fois depuis 1919, la population de la péninsule a diminué l’année dernière. Selon les prévisions de l’ISTAT, pas plus de 495 000 nouveau-nés verront le jour dans la péninsule en 2016. 8 naissances pour mille habitants, contre 10 naissances pour mille dans l’Union européenne. Une chute de la natalité qui fait écho à une hausse de 10 % de la mortalité en 2015 par rapport à 2014.

Une véritable démographie de temps de guerre pour le pays le plus âgé du monde après le Japon. Et alors même que les jeunes diplômés italiens quittent toujours davantage le pays. Elle produit en effet des classes creuses et les femmes en âge de procréer sont aujourd’hui beaucoup moins nombreuses qu’il y a vingt, trente, ou quarante ans. Environ 25 % des Italiennes n’ont pas d’enfant, tandis que 25 % n’en ont qu’un seul. Une spirale de la dénatalité dont l’Italie aura bien du mal à s’extraire. D’autant plus que les immigrés sur lesquels elle comptait sont de plus en plus nombreux à partir et font eux aussi de moins en moins d’enfants. Certains évoquent d’ailleurs un « suicide démographique », puisque 2 % des femmes et 4 % des hommes âgés de 18 à 40 ans déclarent ne pas vouloir fonder une famille.


Source : Les Échos