dimanche 19 octobre 2025

Nlle-Calédonie — Les communards se portèrent volontaires pour mater la révolte indigène

Après la chute du second Empire et l’écrasement de la Commune en 1871, quelque 5000 condamnés, parmi lesquels Henri Rochefort et Louise Michel, sont envoyés aux antipodes, sur l’île Nou et l’île des Pins. Ils rejoignent plusieurs centaines de Kabyles déportés après la révolte du bachaga Mokrani, en 1871. Amnistiés au terme d’une décennie, les premiers vont retourner en France, les seconds, qui finiront pardonnés, feront souche.
En juin 1878, des massacres de colons, atrocement mutilés, sèment la panique et font douter de la viabilité de la colonie. Des clans canaques tirent prétexte de la divagation du bétail sur leurs cultures vivrières pour déclencher une révolte sanglante. Pendant plusieurs mois, des bandes armées sèment la terreur dans l’arrière-pays. On recense 200 morts chez les Européens. À Nouméa, l’effroi est tel que des armes sont distribuées aux condamnés. Les communards, quoique issus de l’extrême gauche politique, se portent volontaires pour mater la révolte canaque. Seule Louise Michel soutient les insurgés.

Mais c’est le ralliement, à l’instigation du lieutenant de vaisseau Jules Servan, des guerriers du chef Nondo, de Canala, qui permet l’écrasement de l’insurrection. Ces derniers vont tuer le chef rebelle Ataï, lui couper la tête, envoyée à Paris au musée d’Ethnographie : la restitution du crâne du chef et de celui de son sorcier Andja à la Nouvelle-Calédonie n’est intervenue qu’en septembre 2014… Des pièces qui ont été volées en juillet 2024 lors des troubles qui ont frappé l’archipel.


Source :Valeurs Actuelles

vendredi 17 octobre 2025

États-Unis — le succès des immigrants Africains remet-il en question le racisme comme principal frein

En 1960, moins de 1 % des immigrants américains provenaient du continent africain. En 2020, ce chiffre avait grimpé à 11 %, marquant une transformation profonde de la démographie noire aux États-Unis.Au cours des 30 dernières années, environ 2 millions d’Africains ont immigré aux États-Unis, un chiffre quatre fois supérieur au nombre d’Africains déportés sur le continent nord-américain pendant toute la traite négrière transatlantique.

Aujourd’hui, plus d’un quart de la main-d’œuvre noire est née à l’étranger ou a des parents nés à l’étranger, redéfinissant radicalement ce que signifie être noir en Amérique. Les Africains, qui représentent désormais près de la moitié des immigrants noirs, forment l’un des groupes à la croissance la plus rapide. Les Caribéens et les Latino-Américains noirs contribuent également à cette diversification.Une étude récente de Rong Fu (université Waseda, Japon), Neeraj Kaushal (université Columbia) et Felix Muchomba (université Rutgers) démontre que cette vague d’immigration noire réduit l’écart de revenus entre Noirs et Blancs, stagnant depuis des décennies. 

Les immigrants noirs, souvent mieux éduqués que les Noirs nés aux États-Unis et les autres immigrants, s’installent dans des quartiers plus prospères, à majorité blanche, avec des écoles de qualité. Le succès des immigrants noirs semble promis à s’amplifier. Les fils d’immigrants gagnent davantage que ceux des
Noirs américains, bien qu’en deçà des Blancs. Plus frappant encore, leurs filles surpassent en moyenne les femmes blanches en termes de revenus. « Les Africains noirs sont en passe de devenir la prochaine minorité modèle », affirme Neeraj Kaushal, soulignant leur ambition et leur ténacité.

Ce dynamisme peut toutefois susciter des tensions. Autour d’un plat de bananes plantains frites au gingembre, Yvonne McCowin, consul honoraire du Ghana en Géorgie, confie que certains Africains jugent les Noirs américains insuffisamment combatifs face aux opportunités.De nombreux immigrants, ayant survécu à des conflits dévastateurs, adoptent une approche pragmatique face au racisme en Amérique. 

Olivia Mugenga, avocate rwandaise spécialisée dans les droits humains, dont la mère et les grands-parents ont péri lors du génocide contre les Tutsis, illustre ce point : « Les Noirs américains nous perçoivent parfois comme des ‘serviteurs domestiques’, un terme popularisé par Malcolm X pour désigner ceux qui s’accommodent d’un système oppressif pour réussir. Je ne suis pas une servante domestique ; je n’ai simplement pas le temps de prouver mon humanité aux Blancs. »

Les conservateurs citent souvent les immigrants caribéens et africains comme preuve que les Noirs peuvent prospérer aux États-Unis malgré les préjugés. Colin Powell, fils d’immigrants jamaïcains, l’a résumé ainsi : « J’ai surmonté le racisme. » Pourtant, Camilla Moore, présidente du Georgia Black Republican Council, rejette cette comparaison. « Les Africains et les Noirs américains n’ont rien en commun », déclare-t-elle. « Ils ressemblent davantage aux immigrants chinois ou allemands, dont les familles ont les moyens d’accéder à des institutions comme Harvard. » Elle ironise sur l’idée de discuter des droits civiques avec un Nigérian.

Un coiffeur d’un quartier noir d’Atlanta observe une nouvelle clientèle africaine croissante. Ce qui le frappe, au-delà des tensions, ce sont leurs choix de coupes : les Noirs américains privilégient des « afros bouclées, élégantes », tandis que les Africains optent pour un style sobre, « court et rasé près du cuir chevelu ». Pour lui, cela reflète une différence d’état d’esprit : « Les Africains cherchent avant tout à s’intégrer. »

[Note du carnet : Si l'étude ajuste les écarts de revenus pour l'éducation et analyse les tendances d'installation par État via une simulation, elle ne semble pas inclure d'ajustement explicite pour le coût de la vie. Or les immigrants africains se concentrent dans les villes où les salaires sont certes plus importants que dans les campagnes mais où le coût de la vie est plus haut. L'absence d'ajustement pour le coût de la vie rend la comparaison potentiellement biaisée, en faveur des immigrants urbains. Ces résultats pourraient surestimer le "succès" financier des immigrants noirs en ignorant le coût plus élevé des zones qu'ils choisissent (par exemple : New York) par rapport aux zones rurales du Sud, où vivent plus de natifs noirs américains.]


Source : The Economist

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Quand l’intelligence artificielle défie l’intégrité universitaire : les scandales de l’ULB et du concours médical belge

Ces derniers mois, la Belgique a été secouée par deux affaires révélatrices des défis posés par l’intelligence artificielle (IA) dans le monde universitaire. À l’Université Libre de Bruxelles (ULB) et lors du concours d’entrée en médecine en Flandre, l’usage présumé d’IA pour tricher a mis en lumière les failles des systèmes d’évaluation et déclenché des débats brûlants, mêlant égalité, technologie et prétendue islamophobie.



À l’ULB, une mesure anti-triche devient polémique religieuse

En juin 2025, un examen de génétique en deuxième année de psychologie à l’ULB a provoqué une controverse inattendue. Le professeur Christophe Leys, doyen de la faculté, a imposé une consigne stricte : tous les étudiants devaient dégager leurs oreilles et poignets pour s’assurer qu’aucun dispositif connecté, comme une oreillette Bluetooth ou une montre intelligente, ne soit utilisé. L’objectif : empêcher qu’un étudiant soumette une question à une IA, comme ChatGPT, via un téléphone discret, et reçoive la réponse audio en quelques secondes.

Si la mesure semblait justifiée pour garantir l’égalité devant les examens, elle a rapidement déclenché un scandale. Plusieurs étudiantes voilées ont refusé le contrôle, dénonçant une atteinte à leur liberté religieuse et une discrimination islamophobe. L’Union Syndicale Étudiante (USE) a parlé d’une mesure « extrêmement discriminante », et un signalement a été déposé auprès de la Cellule Genres et Diversité de l’université ainsi que de l’UNIA, qui l’a jugée « attentatoire à la dignité ».

Le professeur Leys avait déjà tenté un contrôle similaire en janvier 2025 avec l’aide d’assistantes féminines, mais celles-ci avaient trouvé l’exercice « trop violent ». Il a alors proposé un examen oral en alternative, mais cette solution a été perçue par l’USE comme une nouvelle forme de discrimination. Le 17 juin, plusieurs cercles étudiants ont organisé une manifestation silencieuse devant le grand auditoire Janson. Le rectorat de l’ULB a finalement opté pour des contrôles ponctuels plutôt que systématiques, une décision critiquée par le professeur Leys qui estimait ses prérogatives bafouées.

Cette affaire illustre un dilemme complexe : comment garantir l’intégrité des examens face aux outils technologiques tout en respectant les sensibilités culturelles et religieuses, réelles ou alléguées ? On évoque des solutions comme les brouilleurs de signal ou les examens oraux. Le Mouvement Réformateur (MR) a soutenu le professeur Leys, rappelant que la liberté religieuse ne peut servir de prétexte pour contourner des règles neutres. À l’Université de Liège, des mesures similaires existent dans le règlement et sont appliquées sans heurts majeurs.

En Flandre, un concours médical entaché par une fraude massive à l’IA

Un second scandale a éclaté lors du concours d’entrée en médecine et dentisterie en Flandre, organisé le 6 juillet 2025. Pour la première fois, l’examen s’est déroulé en ligne, sur des ordinateurs fournis dans 70 centres, avec des mesures de sécurité censément strictes : navigation verrouillée, accès internet bloqué. Pourtant, les résultats ont surpris tout le monde : sur 5 544 candidats, 47 % ont réussi, contre 18,9 % en 2024 et 37 % en 2023, alors que la difficulté des épreuves restait comparable.

Les soupçons se sont rapidement tournés vers une fraude massive facilitée par l’IA. Trois candidats ont été exclus pour usage avéré de ChatGPT via une faille technique permettant d’ouvrir des onglets qui permettait d'accéder à Internet. D’autres irrégularités ont été détectées : écouteurs dissimulés, codes gestuels, voire photos d’écrans partagées.

L’affaire a pris une tournure judiciaire. Avec seulement 1 740 places disponibles, environ 870 candidats admis ont été écartés par tirage au sort, suscitant la colère des recalés. Plusieurs plaintes ont été déposées, dont cinq devant les tribunaux. Des témoignages anonymes évoquent des centres laxistes où « ouvrir un nouvel onglet était un jeu d’enfant ». Axelle Mpinganzima, de l’organisme Up2Study, confirme que les IA modernes excellent dans ce type de tests, rendant le bond de réussite « invraisemblable sans aide extérieure ».

La ministre flamande de l’Enseignement, Zuhal Demir, a tenté de minimiser l’affaire, évoquant « un nombre limité de cas ». Mais Jan Eggermont, président de la commission d’examen, a reconnu des failles techniques. Une enquête est en cours, basée sur l’analyse des journaux de bord informatiques, mais prouver rétroactivement l’usage d’IA reste difficile sans aveux ou preuves matérielles. Trois candidats ont été pris en flagrant délit et exclus. Pour 2026, le concours repassera au format papier centralisé, une décision saluée mais jugée tardive.

Un défi global pour l’éducation

Ces incidents ne sont pas isolés. Partout dans le monde, les universités explorent des solutions : IA anti-triche, examens oraux ou environnements ultra-sécurisés. En Belgique francophone, le concours médical du 28 août 2025, resté sur papier, a évité ces écueils, avec un taux de réussite stable de 28 %. 
 
Sources : RTBF, RTL Info, La Libre, Le Point, Sudinfo

jeudi 16 octobre 2025

Les étudiants doivent apprendre à être plus que de simples gardiens décérébrés de machines « intelligentes »

Les étudiants à l'université se sont tournés vers l'intelligence artificielle de la même manière qu'un nouveau conducteur anxieux, muni d'une carte routière froissée, pourrait se tourner vers un GPS, c'est-à-dire avec avidité et de manière compréhensible.

Les perspectives professionnelles des étudiants dépendront de la valeur ajoutée qu'ils pourront apporter au-delà de ce qu'une machine peut régurgiter. 

Une enquête menée auprès d'étudiants britanniques de premier cycle par le groupe de réflexion Higher Education Policy Institute montre que 92 % d'entre eux utilisent une forme ou une autre d'IA générative cette année, contre 66 % l'année dernière, tandis que 88 % l'ont utilisée dans le cadre d'évaluations, contre 53 % l'année dernière.

Que devraient faire les universités ? Dire aux étudiants que vous allez poser la même question à un outil tel que ChatGPT ? Ils seront notés en fonction de la qualité de leur version par rapport à celle de la machine : à quel point elle est plus originale, créative, perspicace ou précise. Ou bien leur donner la version IA et leur demander de l'améliorer, ainsi que d'identifier et de corriger ses hallucinations ?

Après tout, les perspectives professionnelles des étudiants dépendront de la valeur ajoutée qu'ils pourront apporter, au-delà de ce qu'une machine peut produire. En outre, des études sur l'utilisation de l'IA au travail suggèrent que ces tâches d'édition et de supervision deviendront de plus en plus courantes. Une étude Microsoft publiée cette année sur l'utilisation de l'IA générative par des employés du secteur de la connaissance a révélé que cet outil avait modifié « la nature de la pensée critique », passant de « la collecte d'informations à la vérification d'informations », de « la résolution de problèmes à l'intégration de réponses fournies par l'IA » et de « l'exécution de tâches à la gestion de tâches ».

Mais comme beaucoup de solutions agréablement simples à des problèmes complexes, la suggestion ci-dessus s'avère apparemment être une très mauvaise idée. Maria Abreu, professeure de géographie économique à l'université de Cambridge, a confié au Financial Times que son département avait mené des expériences dans ce sens. Mais lorsque les étudiants de premier cycle ont reçu un texte généré par l'IA et ont été invités à l'améliorer, les résultats ont été décevants. « Les améliorations étaient très superficielles, elles ne changeaient pas la structure des arguments », a-t-elle déclaré.

Les étudiants en maîtrise ont obtenu de meilleurs résultats, peut-être parce qu'ils avaient déjà affiné leur capacité à penser de manière critique et à structurer leurs arguments. « Le problème est le suivant : si nous ne les formons pas à penser par eux-mêmes, ne risquent-ils pas de ne pas développer cette capacité ? » Après être  passé à des évaluations du travail des étudiants à distance grâce Internet dans le cadre de la gestion de la Covid-19, le département d'Abreu revient désormais à des conditions d'examen traditionnel « sur table ».

Michael Veale, professeur associé à la faculté de droit de l'University College London, a déclaré que son département était également revenu à des examens plus traditionnels. M. Veale, qui est un expert en politique technologique, considère l'IA comme une « menace pour le processus d'apprentissage », car elle offre un raccourci séduisant aux étudiants pressés par le temps et soucieux d'obtenir de bonnes notes.

« Nous sommes inquiets. Notre rôle est de les mettre en garde contre ces raccourcis, qui limitent leur potentiel. Nous voulons qu'ils utilisent les meilleurs outils pour leur travail lorsqu'ils entreront dans la vie active, mais il y a un moment pour cela, et ce moment n'est pas toujours au début », explique-t-il.

Cette préoccupation ne s'applique pas uniquement aux matières basées sur la rédaction d'essais. Une étude menée par l'ACM Digital Library auprès de programmeurs débutants a révélé que les étudiants ayant obtenu de meilleures notes utilisaient intelligemment les outils d'IA générative pour « accélérer la recherche d'une solution ». D'autres ont obtenu de mauvais résultats et ont probablement acquis des idées fausses, mais ont conservé « une illusion injustifiée de leur compétence » à cause de l'IA.

Il se pourrait qu'on observe bientôt les mêmes tendances dans le monde du travail. L'étude menée par Microsoft (qui déploie d'énormes efforts pour introduire l'IA sur le lieu de travail) auprès des travailleurs du savoir a révélé que les outils d'IA générative « réduisent l'effort perçu de la pensée critique tout en encourageant une dépendance excessive à l'IA ».

Bien sûr, cela n'a rien de nouveau. En 1983, Lisanne Bainbridge a mis le doigt sur le problème dans un article célèbre intitulé « Ironies of Automation » (Les ironies de l'automatisation). Elle affirmait que les humains à qui l'on demandait d'être des « opérateurs chargés de surveiller les machines » verraient leurs compétences et leurs connaissances s'atrophier par manque d'utilisation régulière, ce qui rendrait plus difficile leur intervention en cas de besoin.

Dans de nombreux cas, cela n'a pas posé de problème. Les gens ont adopté le GPS et ont oublié comment s'orienter correctement. Le monde ne s'est pas écroulé. Mais tout le monde ne pourra pas accepter sans critique les résultats souvent erronés de l'IA dans un large éventail de tâches professionnelles.
Comment éviter un tel avenir ? Comme pour les étudiants en programmation, il semble que la réponse réside dans la maîtrise de son domaine : l'étude de Microsoft a révélé que les personnes ayant une plus grande confiance en elles, qui savaient qu'elles pouvaient accomplir la tâche sans IA si elles le souhaitaient, faisaient preuve d'un esprit plus critique.

Les chercheurs ont conclu que « mettre l'accent sur le maintien des compétences fondamentales en matière de collecte d'informations et de résolution de problèmes aiderait les travailleurs à éviter de devenir trop dépendants de l'IA ». En d'autres termes, pour utiliser efficacement plutôt que de manière irréfléchie les raccourcis fournis par l'IA, il faut d'abord savoir comment procéder en s'en passant.

Source : Financial Times

L'esclavage musulman n'était pas moins raciste que celui du Sud des États-Unis

Peinture du XVIIIe siècle représentant le sultan Selim III (1761-1808)  reçoit ici les chefs de l’empire devant la porte de la Félicité, au palais de Topkapi, à Constantinople. À l'exception de ceux qui s'approchent du trône et du sultan, tous ici sont des esclaves. 


« J'ai conduit mon chameau préféré, Asfar, un animal au caractère doux, dans la ville oasis libyenne de Mourzouk. » Cette phrase, tirée de l'ouvrage de Justin Marozzi intitulé « Captives and Companions: A History of Slavery and the Slave Trade in the Islamic World » (Captifs et compagnons : une histoire de l'esclavage et de la traite des esclaves dans le monde islamique), nous rappelle que l'autorité de M. Marozzi en tant qu'historien ne découle pas seulement de sa maîtrise des sources – bien qu'il en apporte la preuve avec près de 70 pages de bibliographie et de notes dans son livre –, mais aussi de son vécu profond et singulier dans les pays musulmans.

À la fin des années 1990, alors qu'il était encore jeune, M. Marozzi a traversé le désert nord-africain à dos de chameau. Plus tard, il a tenté de construire une société civile dans l'Irak et la Libye déchirés par la guerre et a été brièvement kidnappé par des miliciens touaregs. En 2011, il a entendu un révolutionnaire libyen interpeller un frère d'armes à la peau noire : « Hé, esclave ! Va me chercher un café ! », ce qui l'a incité à mener une enquête sur l'esclavage – son histoire, les préjugés qui l'entourent et ses répercussions – dans le monde islamique.

L'esclavage y a prospéré, nous dit M. Marozzi, pendant un millénaire de plus que la version transatlantique, et a probablement asservi plus de personnes (17 millions, selon une étude, contre 12 à 15 millions vendues dans le cadre de la traite transatlantique). Cette pratique a finalement été abolie sous la pression occidentale et après des décennies de résistance, de tergiversations et de reports ; dans le cas de l'Arabie saoudite, elle était légale jusqu'en 1962. Même aujourd'hui, elle reste flagrante, comme en témoignent le million de personnes environ qui, selon les estimations de Temedt, une organisation anti-esclavagiste, vivent comme des esclaves héréditaires au Mali, travaillant dur dans les champs, effectuant des tâches subalternes et, dans le cas des femmes, « régulièrement violées », nous dit M. Marozzi. Alors pourquoi cette histoire est-elle si peu connue ?

Jusqu'à récemment, la réticence des sociétés musulmanes modernes à se pencher sur un épisode peu flatteur de leur passé, ainsi que l'attention constante des historiens occidentaux pour l'esclavage dans les Amériques, avaient généré, selon les termes des spécialistes du Moyen-Orient cités par M. Marozzi, un « silence assourdissant » et une « amnésie collective » sur le sujet. S'appuyant sur les travaux d'une nouvelle génération d'historiens turcs et nord-africains qui ont remis en question « le déni par défaut », M. Marozzi raconte l'histoire dans toute sa richesse, sa diversité et son horreur, depuis les concubines esclaves qui utilisaient le sexe et la poésie pour séduire les califes de Bagdad au IXe siècle jusqu'à la chasse aux esclaves qui s'est généralisée en Méditerranée occidentale aux XVIe et XVIIe siècles, à l'époque des « corsaires barbaresques ».

Plus important encore, M. Marozzi réexamine l'orthodoxie réconfortante selon laquelle l'esclavage dans le monde islamique était intrinsèquement bénin, avec des propriétaires d'esclaves bienveillants, l'affranchissement courant après seulement quelques années et le prétendu insensibilité à la couleur de peau de l'islam qui excluait le racisme inhérent à l'esclavage dans le sud des États-Unis. Le résultat est un ouvrage révisionniste monumental qui modifiera les points de vue sur l'esclavage à l'intérieur et à l'extérieur du monde islamique.

Des soldats esclaves mamelouks, recrutés parmi les tribus kipchaks de ce qui est aujourd'hui le sud de la Russie et l'Ukraine, à Hürem, la puissante épouse du sultan ottoman Soliman le Magnifique, qui a commencé sa carrière comme lot au marché aux esclaves d'Istanbul, le trope de l'esclave qui gravit les échelons sociaux contient plus qu'un grain de vérité. Cependant, il existe une grande ambiguïté liée aux origines de l'islam.

Des Arabes conduisant des Africains réduits en esclavage à travers le Sahara. En 1863, un fonctionnaire britannique estimait que le taux de mortalité sur cette route meurtrière dépassait 80 %. Il est estimé à environ 10 à 20 % selon les routes et les époques pour la traite transatlantique. 

Le fait que Mahomet lui-même possédait de nombreux esclaves et que le Coran enjoigne la compassion envers les esclaves – idéalement dans le but de les affranchir – rendait impossible, même pour les réformateurs islamiques du XIXe siècle, qui considéraient l'esclavage comme une tache sur leur civilisation, de soutenir, comme le faisaient les abolitionnistes chrétiens, que la propriété d'une personne par une autre était par définition offensante pour Dieu. La tendance à justifier l'esclavage par des motifs raciaux n'était pas moins répandue parmi l'élite musulmane qu'elle ne l'était parmi les propriétaires de plantations dans le sud des États-Unis. Il est déconcertant de lire l'opinion du penseur médiéval Ibn Khaldoun, par exemple, dont les théories sur l'ascension et la chute des civilisations sont encore citées aujourd'hui, selon laquelle les nations africaines étaient, comme le cite M. Marozzi, « soumises à l'esclavage, car [les Noirs] ne possèdent que peu [d'attributs] humains et ont des caractéristiques assez similaires à celles des animaux stupides ».

M. Marozzi décrit les innombrables routes (« capillaires plutôt qu'artères ») empruntées pour conduire les esclaves africains subsahariens vers le nord, jusqu'à la Méditerranée, où ils étaient embarqués sur des navires qui les transportaient vers Stamboul et d'autres marchés. Pendant plusieurs siècles, l'équivalent désertique de la tristement célèbre traversée de l'Atlantique a été le théâtre d'un exode aussi vaste que meurtrier : on raconte qu'en 1849, quelque 1 600 esclaves d'une seule caravane sont morts de soif quelque part entre le lac Tchad et Mourzouk.

M. Marozzi n'hésite pas non plus à aborder d'autres sujets douloureux. Interdite par Mahomet mais perpétuée par les dirigeants islamiques, qui estimaient que les femmes de leur harem devaient être surveillées par des hommes qui ne les menaceraient pas sexuellement, la castration des esclaves était confiée à des moines chrétiens. Le taux de mortalité lié à cette procédure innommable était si élevé qu'en 1868, l'explorateur français Raoul du Bisson estimait que 35 000 garçons africains perdaient la vie chaque année au Soudan pour une récolte de 3 800 eunuques.

L'esclavage islamique prospéra au-delà du monde islamique, ses principaux représentants étant parfois des convertis à la sincérité douteuse qui priaient la Vierge Marie pour un changement de vent si Allah les décevait, ou se livraient à des beuveries lorsqu'ils étaient à terre. « Ne laissez pas les Turcs nous ravager à nouveau ! » titrait le journal le plus populaire d'Islande lorsque la Turquie a affronté l'Islande au football en 1995, alors que la razzia à laquelle il faisait allusion, en 1627, avait été menée par « un renégat néerlandais riche, intelligent et opportuniste appelé Jan Janszoon », dont le nom musulman était Mourad Raïs.

Ce livre passionnant regorge de ce genre d'ironies. Ainsi, les Britanniques, qui avaient été des esclavagistes enthousiastes, ont ensuite contraint les dirigeants musulmans à mettre fin à leur propre version de cette pratique. Sur les 52 « corsaires barbaresques » capturés par les Hollandais en novembre 1614, seuls quatre étaient des musulmans nord-africains, les 48 autres étant « des marins en quête de fortune venus d'Angleterre et des Pays-Bas ».


Source : Wall Street Journal


Captives and companions
A History of Slavery and the Slave Trade in the Islamic World
Par Justin Marozzi 
chez Pegasus, 
560 pages, 45,50 $ canadiens
ISBN-10 ‏ : ‎ 1639369732
ISBN-13 ‏ : ‎ 978-1639369737


Notons que Marozzi n'évite pas les écueils apologétiques habituels quand il s'agit de parler de la religion islamique (par opposition aux États musulmans) quand il écrit par exemple:
Le Coran esquisse donc les grandes lignes de la position et de l'attitude des musulmans à l'égard de l'esclavage. L'image qui se dégage, tout d'abord, est celle d'une acceptation totale de l'esclavage comme partie intégrante de la vie sur terre. Il n'y a aucune volonté de l'éradiquer. Il appelle ensuite à la bienveillance envers les esclaves et, dans un certain nombre de circonstances, encourage leur émancipation. En appelant à la libération des esclaves pour expier les péchés, en recommandant l'utilisation de l'aumône pour les émanciper et en insistant sur un comportement humain à leur égard, le Coran était considérablement plus éclairé et plus favorable que n'importe quel système chrétien, juif ou romain. Alors que les chrétiens professaient l'égalité devant Dieu, que les juifs offraient des peines réduites pour l'adultère avec des esclaves et que les romains interdisaient la prostitution des esclaves, seul le Coran faisait les trois, ce qui en faisait peut-être « la législation la plus progressiste de son époque en matière d'esclavage ». L'avènement de l'islam a « considérablement amélioré » le sort des esclaves arabes, leur conférant des droits quasi légaux, et a représenté une « vaste » amélioration par rapport à l'esclavage pratiqué dans l'Antiquité, de la Grèce et Rome aux Byzantins et Sassanides. 
Ceci n'est pas sans rappeler les manuels d'éthique et de culture religieuse du Québec qui affirmaient notamment que « L’arrivée de Muhammad [Mahomet], au 7e siècle, améliore la situation de la femme. »

Ce paragraphe de Marozzi est problématique à plusieurs égards, tant sur le plan historique que sur celui de l'analyse comparative. Il fait preuve d'une simplification excessive et d'un biais apologétique marqué. Le texte présente le Coran comme une législation révolutionnaire en matière d’esclavage, prétendument « plus éclairée » que les systèmes chrétiens, juifs ou romains. Cette affirmation est largement exagérée et omet des éléments essentiels du contexte tardo-antique.

Dès le VIᵉ siècle, le Corpus Juris Civilis de Justinien, encore en vigueur dans l’Empire byzantin lors de l’apparition de l’islam, contenait déjà des dispositions comparables : limitation des abus physiques des maîtres (Digestes 1.6.2) et encouragement de la manumission pour des motifs chrétiens tels que la charité ou l’expiation des péchés. Ces principes rejoignent les exhortations coraniques à la bienveillance, à la libération expiatoire (sourate 2:177) ou au contrat d’affranchissement (mukātabah, 24:33), que le texte initial présente à tort comme des innovations uniques.

De même, le judaïsme et le christianisme avaient déjà développé des normes de compassion à l’égard des esclaves. La Torah impose la libération des esclaves hébreux après six ans (Exode 21:2-6) et interdit les abus graves (Lévitique 25:43), tandis que le Talmud et les conciles chrétiens encouragent la libération des captifs pour des raisons spirituelles. L’égalité devant Dieu, invoquée par Paul (Galates 3:28), était au cœur du message chrétien, même si elle restait imparfaitement appliquée. La prétention selon laquelle seul le Coran aurait réuni égalité, libération et interdiction de la prostitution est donc historiquement inexacte.

Enfin, le texte minimise les réformes byzantines et la transformation du système social au VIIᵉ siècle : l’esclavage y déclinait déjà au profit du servage (paroikoi/πάροικοι), offrant davantage d’autonomie que l’esclavage classique. L'Église byzantine encourage la manumission, souvent par des actes pieux ou testamentaires (Ecloga de Léon III, VIIIᵉ siècle, mais en germe au VIIᵉ ). Les esclaves chrétiens peuvent être libérés pour des raisons spirituelles, un parallèle direct avec l'expiation coranique. De plus, l'interdiction d'asservir des chrétiens libres (loi de 524) limite l'expansion de l'esclavage interne, contrairement au califat omeyyade, où l'esclavage des non-musulmans reste une pratique courante.

En somme, l’islam primitif s’inscrit dans une évolution commune aux traditions byzantine, juive et chrétienne ; le présenter comme la législation la plus progressiste de son temps relève davantage de la rhétorique apologétique que de l’analyse historique. Peut-être doit-il donner certains gages pour faire passer son ouvrage déjà fort révisionniste.

mercredi 15 octobre 2025

Le projet de constitution québécoise inquiète les pro-avortements (et les pro-vie)

Des groupes féministes et pro-avortements demandent de retirer la protection de l’accès à l’avortement du projet de constitution québécoise. Québec risque d’ouvrir une brèche favorable au mouvement pro-vie, craint-on.

Le ministre Simon Jolin-Barrette croyait bien faire, pourtant il est déjà confronté à une levée de boucliers. Le document présenté jeudi prévoit que « l’état protège la liberté des femmes d’avoir recours à une interruption volontaire de grossesse ».

Mais la Fédération du Québec pour le planning des naissances (FQPN) est inquiète.

Puisque la constitution québécoise pourra être modifiée par une simple majorité du parlement, rien n’empêchera un futur gouvernement de l’amender pour inclure des restrictions, souligne-t-elle.

Les mouvements pro-vie « attendent un tel projet depuis 1988 », affirme la FQPN. On peut penser, par exemple, à l’interdiction des avortements tardifs.


Rappelons qu'un sondage DART & Maru/Blue publié en 2020 par le National Post révèlait que, malgré un fort appui au droit à l’avortement au Canada, les opinions se durcissent concernant les avortements tardifs. Si 71 % des Canadiens soutiennent l’accès à l’avortement « quand une femme le décide », quand les sondeurs poussent plus loin leurs questions, on apprend que 70 % estiment que celui-ci devrait être généralement illégal au troisième trimestre (à partir de 28 semaines), sauf pour des raisons médicales graves. De plus, 57 % souhaitent des restrictions dès le deuxième trimestre (14-28 semaines), et une vaste majorité rejette les avortements pour sélection du sexe du fœtus. Cette dualité reflète une complexité dans l’opinion publique : un engagement théorique fort pour le droit des femmes à choisir (en l'absence de débat social et du silence des médias sur des cas d'avortement tardif), mais une réticence croissante à banaliser les interventions tardives sans justification médicale. 

Nouvelle approche

La même mise en garde avait été faite quand le gouvernement caquiste a voulu faire adopter une loi pour protéger le droit à l’avortement. Québec avait finalement reculé en 2023. Jeudi, le ministre de la Justice assurait que sa nouvelle démarche permettait d’éviter cet écueil.

« Le libellé que nous avons choisi a été mûrement réfléchi pour, justement, prendre en considération ces craintes-là […] », expliquait Simon Jolin-Barrette. 

Ainsi, plutôt que de garantir directement le droit à l’avortement, Québec a choisi de protéger « la liberté des femmes » d’y avoir recours.

« Ce que la CAQ fait est dangereux et constituerait un grave recul », affirme la porte-parole de Québec solidaire, Ruba Ghazal. Le ministre Jolin-Barrette, lui, se dit « très sensible » aux préoccupations de la FQPN, qu’il a rencontrée, précise-t-il.

Le mouvement pro-vie indigné
 
Campagne Québec-Vie dénonce avec la plus grande vigueur l’inscription d’un droit à l'avortement, qui « consacre l’élimination délibérée d’un être humain à naître comme élément constitutif de l’identité québécoise.»

« Nous sommes indignés — mais non surpris. Depuis trop longtemps, le Québec officialise l’oubli de ses racines spirituelles, de sa tradition de défense de la vie, et du sens même de la solidarité humaine. »

Campagne Québec-Vie, demandons à l’Assemblée nationale de :
  •     Retirer les articles constitutionnalisant l’avortement et l’euthanasie ;
  •     Reconnaître les fondements chrétiens de l’identité québécoise ;
  •     Lancer un véritable dialogue avec les communautés de foi, les familles et les défenseurs de la vie.


Sources : Journal de Québec, National Post, QCV

mardi 14 octobre 2025

Au Sud rien de nouveau ?


Les « rencontres » entre migrants et agents de la police des frontières ont commencé à diminuer au cours de la dernière année du mandat de Joe Biden. Après l'arrivée au pouvoir de Donald Trump, elles ont chuté à leur plus bas niveau depuis des décennies (voir graphique au dessus ci-contre). À Tijuana, les travailleurs humanitaires affirment que les refuges pour migrants, autrefois bondés, sont aujourd'hui presque vides, à l'exception des Mexicains fuyant la violence dans leurs villes natales. Il ne semble pas s'agir d'une accalmie passagère. Presque personne ne se rend plus au nord en passant par le passage de Darién, une jungle dangereuse à la frontière entre la Colombie et le Panama qui était devenue une voie de passage pour les migrants du monde entier souhaitant demander l'asile aux États-Unis (voir graphique au dessous ci-contre). Une petite migration inverse a même commencé. Au moins 15 000 personnes, principalement des Vénézuéliens, sont retournées en Amérique du Sud depuis janvier.

M. Trump revendique la victoire sur la question qui a lancé sa carrière politique il y a dix ans. « À notre frontière sud, nous avons réussi à repousser une invasion colossale », a-t-il déclaré le mois dernier devant l'Assemblée générale des Nations unies. De nombreux experts en matière de frontières sont à juste titre sceptiques quant à l'efficacité des mesures coercitives seules. Ils affirment que la frontière entre les États-Unis et le Mexique est si longue (3 145 km) et les passeurs si rusés que les gens trouveront toujours de nouveaux moyens de la franchir. Cet argument a tenu bon, jusqu'à présent.

L'administration Trump a mobilisé toute la puissance du gouvernement fédéral pour mettre fin à l'immigration clandestine. Son approche « est multicouche, semblable à un oignon », explique Adam Isacson, du Washington Office on Latin America, un groupe de réflexion. Les démonstrations de force militaire, les sanctions plus sévères pour les personnes qui franchissent la frontière, les expulsions spectaculaires sans procès vers des prisons au Salvador et l'interdiction de l'asile se renforcent mutuellement. L'organisme des Nations unies chargé des migrations a interrogé des migrants au Mexique qui s'étaient mis en route pour les États-Unis avant de changer d'avis. La plupart ont cité les restrictions à la frontière, les changements de politique et la crainte d'être expulsés comme raisons de ne pas avoir traversé. L'approche de l'administration peut être résumée par un message publié sur une chaîne WhatsApp officielle : « Ni lo intentes » (N'essaie même pas).

Tout d'abord, considérons la puissance militaire déployée pour dissuader l'invasion présumée. Il n'est pas rare que les présidents des deux partis envoient des troupes pour aider la police des frontières dans ses tâches logistiques ou de surveillance. L'administration Trump est allée plus loin. Le président a ordonné au ministère de la Guerre ( c'est son nouveau nom) d'annexer certaines terres frontalières et de rattacher ces parcelles à des bases militaires proches (et parfois moins proches). La loi Posse Comitatus empêche les soldats fédéraux (il en va autrement de la garde national des États fédérés) d'arrêter des personnes, une tâche réservée aux policiers. Mais l'idée est que si un migrant franchit la frontière et pénètre sur ces terres annexées, les soldats peuvent le placer en détention pour intrusion sur une propriété militaire.

Ce n'est pas la seule mesure de dissuasion militaire. Des véhicules blindés Stryker et des avions de surveillance anti-sous-marins sont désormais présents dans les zones frontalières. Le projet de loi « One Big Beautiful Bill », adopté en juillet, prévoit près de 47 milliards de dollars pour poursuivre la construction du mur et l'équiper de caméras et de capteurs. Mike Banks, chef de la police des frontières, suggère que la présence militaire ne sera pas permanente. « Nous reviendrons à un point où nous contrôlerons la frontière sans avoir besoin de tout ce soutien », a-t-il récemment déclaré. Mais un retrait complet semble peu probable.

Deuxièmement, l'administration durcit le ton à l'égard de ceux qui osent encore franchir la frontière. Les interpellations à la frontière ont diminué, mais les procureurs fédéraux poursuivent de plus en plus de migrants pour entrée illégale. Certains éléments indiquent que la menace de poursuites pénales a réduit la probabilité que les migrants tentent de franchir la frontière à plusieurs reprises sous l'administration Obama. À l'époque, la police des frontières appelait cela « l'application des conséquences ».
Le troisième principe de la stratégie frontalière multicouches de M. Trump passe de l'application des conséquences à la sévérité en apparence implacable. Le processus habituel d'expulsion d'une personne, qui fait partie intégrante de l'application des lois sur l'immigration, a changé. Des agents masqués arrêtent des personnes dans la rue, les placent en détention (souvent dans des conditions peu commodes) et les renvoient parfois dans un pays où elles n'ont jamais mis les pieds. Les migrants de Basse-Californie disent aux travailleurs humanitaires qu'ils ont peur d'être emprisonnés indéfiniment aux États-Unis ou envoyés dans une prison salvadorienne. Pourquoi risquer sa vie pour traverser la frontière si c'est pour vivre dans la peur ?

La stratégie frontalière repose sur la suspension du droit d'asile décrétée par M. Trump. Les migrants pouvaient auparavant tenter d'échapper aux soldats et risquer des poursuites judiciaires si cela leur permettait d'obtenir une date d'audience et un permis de travail. Cette option n'existe plus. Dans un décret signé dès son premier jour au pouvoir, M. Trump a affirmé que « l'invasion » des États-Unis par les migrants lui permettait de refuser l'asile. Dans ce décret, il reconnaît que la plupart des présidents ont utilisé le pouvoir légal qu'il revendique pour empêcher de petits groupes de personnes d'entrer dans le pays, mais il affirme que son pouvoir s'étend à la restriction de l'accès à l'ensemble du système d'immigration du pays.

Cette décision est contestée devant les tribunaux. Un collège de trois juges de la cour d'appel fédérale de Washington a récemment statué que l'administration ne pouvait pas expulser des personnes vers un pays où elles risquaient d'être torturées, mais a autorisé le maintien de l'interdiction d'asile pendant la durée du procès. Les juges ont cité l'affaire Trump c. Hawaii, une affaire de 2018 qui a confirmé l'interdiction de voyager aux États-Unis pour les ressortissants d'une liste de pays, comme précédent pour la déférence judiciaire envers le président lorsque la politique d'immigration et la sécurité nationale sont étroitement liées. « Les tribunaux semblent certainement enclins à trouver des compromis qui leur évitent de déclarer complètement illégales les actions de Trump », explique Denise Gilman, experte en droit des réfugiés à l'université du Texas à Austin.

D'autres facteurs entrent également en jeu. Le Mexique a durci sa politique à l'égard des migrants afin de rester dans les bonnes grâces des États-Unis. Les migrants présents au Mexique ont commencé à voyager moins pour éviter d'être détenus et envoyés dans les villes du sud, près du Guatemala. De nos jours, le simple fait d'arriver à Tijuana est un exploit.

Cette situation va-t-elle durer ? « Si les tribunaux venaient à invalider l'interdiction d'asile, je pense qu'il est très probable que vous verriez beaucoup plus de gens arriver », déclare Andrew Selee, du Migration Policy Institute. 

Source : The Economist

dimanche 12 octobre 2025

Insee : six millions d’étrangers vivent en France (malgré le droit du sol et des naturalisations très nombreuses)


Vandalisme antichrétien en forte hausse en France et en Allemagne : l'inquiétude grandit

En France comme en Allemagne, les églises sont la cible croissante d’actes de vandalisme, de vols, de profanations et parfois même d’attaques contre les fidèles. Les chiffres et les faits récents témoignent d’une intensification inquiétante de ce phénomène, dans un climat de plus en plus tendu autour des symboles religieux chrétiens.

Guingamp : une statue de la Vierge Marie incendiée en pleine messe

En France, une recrudescence marquée des actes antichrétiens

Au premier semestre 2025, 322 actes antichrétiens ont été recensés en France, soit une augmentation de 13 % par rapport à l’an passé. Selon le ministère de l’Intérieur, la majorité de ces actes concernent des atteintes aux biens : croix arrachées, portes fracturées, statues brisées, objets liturgiques volés. Le nombre de vols d’objets sacrés a bondi de 22,8 % en 2024, avec 820 cas signalés.

Les zones rurales sont particulièrement touchées. Dans les Landes, 27 églises ont été profanées en quelques semaines. À Mont-de-Marsan, trois individus ont été arrêtés en possession de ciboires et de calices volés. Le diocèse s’est constitué partie civile. À Badefols-d’Ans, en Dordogne, la mairie a fermé l’église du XIIe siècle après un cambriolage : tronc vidé, tapis liturgique disparu, cierges allumés retrouvés sous les chaises. Les clés sont désormais délivrées en mairie.

Dans le Nord et la Creuse, des vagues de cambriolages similaires ont visé des édifices parfois centenaires. Les régions les plus touchées en 2024 sont la Nouvelle-Aquitaine, l’Île-de-France, le Grand Est, Auvergne-Rhône-Alpes et l’Occitanie. À l’Observatoire du patrimoine religieux, on évoque une moyenne de cinq vols par semaine dans les églises françaises. Des plateformes de revente comme Leboncoin proposent régulièrement des calices ou ciboires en argent, sans traçabilité. Le président de l’Observatoire, Édouard de Lamaze, appelle à un encadrement strict de la vente de biens liturgiques, uniquement par des commissaires-priseurs.

La violence ne s’arrête pas aux objets. À Lyon, un chrétien d’origine irakienne a été assassiné en direct sur TikTok. À Paris, deux incendies ont ravagé l’église Notre-Dame-des-Champs en juillet ; le préjudice est estimé entre 2 et 3 millions d’euros. L’auteur présumé, déclaré pénalement irresponsable, était un SDF en situation irrégulière. À Pantin et La Courneuve, un autre homme, sous l’emprise du crack, a vandalisé deux églises en pleine messe, sous les yeux des fidèles.

Les profanations deviennent parfois sciemment humiliantes : à Arudy, dans les Pyrénées-Atlantiques, des excréments ont été déposés à l’entrée de l’église, de façon à ce que les fidèles les piétinent. À Panilleuse, dans l’Eure, l’autel a été partiellement incendié par des jeunes délinquants. Ces actes prennent une dimension clairement antireligieuse, au-delà du simple vandalisme.

Face à cette vague, des voix s’élèvent. La sénatrice LR Sylviane Noël dénonce une asymétrie de traitement médiatique et politique entre les actes antichrétiens et ceux visant d’autres confessions. Dans une tribune cosignée par 86 sénateurs, elle réclame la création d’un dispositif national de signalement pour les victimes d’actes antichrétiens, à l’instar des structures existantes pour l’antisémitisme et l’islamophobie. Elle critique aussi une forme d’hostilité culturelle envers les racines chrétiennes, évoquant des syndicats qui souhaitent débaptiser les vacances de Noël.

En Allemagne, une hostilité croissante envers le christianisme

La situation en Allemagne suit une évolution similaire. Si les autorités fédérales, via le Bundeskriminalamt (BKA), ne recensent que les actes motivés politiquement, ces derniers sont en forte hausse. En 2024, 337 actes antichrétiens à motivation politique ont été enregistrés, contre 277 en 2023 (+21,7 %), ainsi que 111 infractions visant des églises (contre 92 l’année précédente).

Les chiffres globaux, cependant, seraient bien supérieurs. L’Observatoire OIDAC Europe, basé à Vienne, estime à au moins 2 000 le nombre de dommages matériels causés aux églises chrétiennes allemandes en 2023. Ces actes incluent des vols, des détériorations graves et des profanations. Selon sa directrice, Anja Hoffmann, « les bibles brûlées, têtes de statues décapitées, confessionnaux détruits » deviennent de plus en plus fréquents.

La paroisse Saint-Antonius de Gronau, en Rhénanie-du-Nord–Westphalie, a ainsi décidé en février de ne plus ouvrir son église en dehors des offices, après des insultes envers les fidèles, des vols de plaques commémoratives, et des dégradations du tabernacle. Le sceptre d’une statue de la Vierge du XVIIe siècle a été volé ; le baptistère a été utilisé comme poubelle. Une habitante déplore « la perte du respect pour le sacré », dans un pays où près de 50 % de la population se réclame encore du christianisme.

Matthias Kopp, porte-parole de la conférence épiscopale allemande, observe une aggravation qualitative des attaques contre les lieux de culte. Il y voit une « hostilité ouverte contre le christianisme » et demande une répression systématique de ces actes, considérés comme des atteintes à la liberté religieuse. Il insiste sur la gravité du phénomène, qui touche au cœur de la pratique spirituelle.

Les autorités allemandes relèvent également une montée générale des « crimes de haine » : en 2024, les actes islamophobes ont augmenté de 26 %, les actes antisémites de 20,7 %. Le chancelier Friedrich Merz, dans un discours empreint d’émotion, a récemment dénoncé cette recrudescence, qualifiant de « honte » le retour d’un antisémitisme manifeste. Mais plusieurs observateurs regrettent que l’antichristianisme, bien que réel et croissant, ne bénéficie pas de la même visibilité ni du même traitement politique et médiatique.

OIDAC et la conférence épiscopale allemande s’accordent : au-delà des dégâts matériels, la fermeture progressive des églises face à ces attaques envoie un signal négatif, affaiblissant le droit au culte et le rôle spirituel de ces lieux. Ils appellent à des mesures concrètes pour sécuriser les églises, soutenir les fidèles, et préserver la liberté religieuse chrétienne, souvent perçue aujourd’hui comme minorée.

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L'Occident reste indifférent alors que des chrétiens sont massacrés et persécutés dans le monde entier

France — 90 % du vandalisme et profanations de lieux de cultes visent des églises (deux par jour !)

samedi 11 octobre 2025

L'Occident reste indifférent alors que des chrétiens sont massacrés et persécutés dans le monde entier

L'Occident reste indifférent alors que des chrétiens sont massacrés et persécutés dans le monde entier

Des dizaines de milliers de personnes ont été tuées au Nigeria depuis 2009, mais ce n'est même pas le pire endroit où être chrétien

Un policier monte la garde à l'intérieur de l'église catholique Saint-François, au lendemain d'une attaque qui a visé des fidèles à Owo, au Nigeria, en 2022.


Depuis le début du siècle, ce « massacre silencieux » aurait fait 62 000 victimes chrétiennes au Nigeria.

En Corée du Nord, les personnes reconnues comme chrétiennes peuvent être tuées sur-le-champ par les forces gouvernementales ou envoyées dans des camps de travail.

Au Pakistan, les lois sur le blasphème entraînent la peine de mort et environ 25 % de toutes les affaires de blasphème concernent des chrétiens, alors qu'ils représentent moins de 2 % de la population.

Pour beaucoup, la persécution des chrétiens évoque les images anciennes des Romains jetant des gens aux lions, mais on assiste à une recrudescence mondiale des massacres et de l'oppression de ceux qui suivent Jésus-Christ.

La tragédie croissante au Nigeria a récemment attiré l'attention, mais dans l'ensemble, l'Occident a ignoré le sort des chrétiens massacrés en masse.


Et pourtant, l'Occident n'est pas à l'abri du fanatisme anti-chrétien. La situation n'est pas aussi grave que dans d'autres parties du monde, mais il existe une intolérance croissante à l'égard des chrétiens en Occident qui, si elle n'est pas maîtrisée, pourrait avoir des effets profonds sur notre société.

Selon Michael Higgins dans le National Post, le Canada a besoin de faire un sérieux examen de conscience lorsque l'incendie de plus de 100 églises chrétiennes passe pratiquement inaperçu et que le musicien et pasteur chrétien Sean Feucht est banni de certaines salles parce que ses « opinions » soulèvent des questions de sécurité.

Cependant, c'est le niveau effroyable de violence et de mort au Nigeria qui a commencé à éveiller les consciences.

Fin septembre, l'humoriste et commentateur Bill Maher a condamné les médias pour ne pas avoir rendu compte de ce qu'il a qualifié de tentative de génocide au Nigeria.

Des personnes en deuil pleurent lors d'un enterrement collectif près de l'église Saint-Sébastien à Negombo, au Sri Lanka, le 24 avril 2019, après que neuf kamikazes ont perpétré plusieurs attentats qui ont tué plus de 350 personnes le dimanche de Pâques.

Des chrétiens coptes de la ville égyptienne de Minya se préparent à enterrer leurs morts le 3 novembre 2018, au lendemain d'une embuscade tendue par des terroristes contre trois bus transportant des pèlerins chrétiens en route vers un monastère isolé dans le désert, qui a fait plusieurs morts et blessés.

« Si vous ne savez pas ce qui se passe au Nigeria, c'est que vos médias sont nuls. Vous vivez dans une bulle », a-t-il déclaré.

« Je ne suis pas chrétien, mais ils tuent systématiquement les chrétiens au Nigeria. Ils en ont tué plus de 100 000 depuis 2009. Ils ont brûlé 18 000 églises.

C'est bien plus qu'une tentative de génocide, contrairement à ce qui se passe à Gaza. Ils essaient littéralement d'exterminer la population chrétienne de tout un pays. Où sont les enfants qui protestent contre cela ? »

Il est difficile d'obtenir un chiffre précis du nombre de personnes assassinées au Nigeria, d'autant plus que de nombreux meurtres ont lieu dans les zones rurales. Ce qui ne fait aucun doute, c'est qu'un massacre à grande échelle des chrétiens est en cours.

Le Comité international sur le Nigeria (ICON), une organisation qui promeut les droits de l'homme et la liberté religieuse dans le pays, a déclaré que 62 000 chrétiens ont été tués entre janvier 2000 et janvier 2020.

L'ICON a qualifié ces événements de « massacre silencieux » en raison du manque d'attention internationale.

Parmi les personnes tuées, 43 000 ont été assassinées par Boko Haram, une organisation terroriste désignée comme telle au Canada et l'un des groupes islamistes les plus meurtriers au monde. Selon l'ICON, 19 000 autres personnes ont été tuées par des extrémistes fulani, un grand groupe ethnique composé principalement de bergers nomades musulmans.

Le tristement célèbre Boko Haram, dont le nom signifie « l'éducation occidentale est interdite » [littéralement les livres [book] interdits [haram]], considère les chrétiens comme des ennemis.

En 2014, Boko Haram a attiré l'attention du monde entier en kidnappant 276 écolières, principalement chrétiennes, dans la ville de Chibok. Plus de dix ans plus tard, 82 d'entre elles sont toujours portées disparues.

Un autre groupe islamiste, l'État islamique en Afrique de l'Ouest, est également responsable de certaines de ces atrocités.

« Ces deux groupes, ainsi que d'autres groupes similaires, ont radicalisé leurs idéologies afin d'instaurer un État régi par la charia », a déclaré Andrew Croft, responsable de la communication et des relations publiques pour Open Doors Canada, un groupe qui soutient les chrétiens persécutés dans le monde entier, dans une interview accordée au National Post.

Cette semaine, le représentant américain Riley Moore a écrit au secrétaire d'État américain Marco Rubio pour demander que le Nigeria soit à nouveau désigné comme « pays particulièrement préoccupant » en raison des meurtres de chrétiens.

Le Nigeria est aujourd'hui « l'endroit le plus meurtrier au monde pour les chrétiens », indique la lettre.

Selon M. Moore, plus de 7 000 chrétiens nigérians ont été tués rien qu'en 2025, soit une moyenne de 35 par jour, et 19 100 églises ont été attaquées ou détruites depuis 2009.

M. Moore estime à 50 000 le nombre de chrétiens tués depuis 2009.

 Au début du mois, Andrew Scheer, ancien chef du Parti conservateur et catholique, s'est levé à la Chambre des communes pour dénoncer la tragédie nigériane.

« Malheureusement, le monde ferme les yeux sur le sort des chrétiens au Nigeria », a-t-il déclaré.

Certaines des fêtes les plus sacrées du calendrier chrétien ont été entachées par des atrocités. Le dimanche des Rameaux de cette année, 56 chrétiens ont été assassinés dans un seul village par des extrémistes fulani.

Par ailleurs, Vatican News a rapporté qu'entre 2015 et 2025, 145 prêtres ont été kidnappés et 11 ont été tués.

Mais malgré toutes les morts, les destructions et les tragédies au Nigeria, ce pays n'occupe que la septième place sur la liste 2025 des pays où les chrétiens sont les plus persécutés, établie par Open Doors. Le numéro 1 est la Corée du Nord.

« En Corée du Nord, il est illégal d'être chrétien. Il est illégal de posséder une Bible. On estime à 60 000 le nombre de chrétiens emprisonnés ou dans des camps de travail en Corée du Nord. Il n'y a aucun moyen d'exprimer ouvertement sa foi en Corée du Nord », a déclaré M. Croft.

Le site web d'Open Doors (OD) met également en garde : « Vous ne serez pas le seul à être puni : les autorités nord-coréennes sont susceptibles de rassembler toute votre famille élargie et de la punir également, même si vos proches ne sont pas chrétiens. »

Les chrétiens de Somalie, qui occupent la deuxième place du classement d'OD, sont pris pour cible par Al-Shabab, un groupe islamiste violent qui souhaite éradiquer le christianisme.

Ceux qui se convertissent au christianisme peuvent être punis par leur propre famille et leur communauté. « Vous pourriez être assigné à résidence, contraint à un mariage forcé, à des rituels islamiques ou même menacé de mort. Ces facteurs font de la Somalie l'un des endroits les plus dangereux au monde pour les chrétiens », selon le site web d'OD.

Le Yémen, en troisième position, est suivi par la Libye, le Soudan, l'Érythrée et le Nigeria.

La lecture des profils de ces pays sur la manière dont ils traitent les chrétiens est sinistre.

Au Soudan, « plus de 100 églises ont été endommagées à ce jour, et des chrétiens ont été enlevés et tués ».

Au Pakistan, « le nombre de filles chrétiennes (et celles issues d'autres religions minoritaires) enlevées, maltraitées et converties de force à l'islam (souvent avec le soutien des tribunaux inférieurs) est en augmentation ».

Les lois pakistanaises sur le blasphème touchent de manière disproportionnée les chrétiens et, bien que la peine de mort soit rarement appliquée, les accusés risquent d'être attaqués ou assassinés par des foules en colère.

L'année dernière, Nazir Masih, âgé de plus de 70 ans, a été attaqué et tué par une foule après avoir été accusé d'avoir brûlé des pages du Coran.

Les quelque 97 millions de chrétiens de Chine sont soumis à de lourdes réglementations gouvernementales.

« Ces dernières années, le gouvernement a cherché de manière agressive à s'assurer que toutes les expressions religieuses soient conformes à la philosophie officielle du Parti communiste chinois », selon Open Doors.

Le groupe International Christian Concern (ICC) tient également à jour un « indice mondial de persécution ».

Il note que les chrétiens en Inde « sont confrontés à des obstacles importants, notamment des structures juridiques qui les limitent économiquement et un système judiciaire qui accorde l'impunité aux radicaux hindous qui les attaquent ».

La raison pour laquelle certains membres de la communauté internationale restent silencieux pourrait être purement économique.

« La communauté internationale ne peut ignorer la détérioration de la liberté religieuse en Inde ou la persécution continue des chrétiens », note l'ICC. « Malgré l'influence économique et géopolitique de l'Inde sur la scène internationale, il est important de tenir ce pays responsable de ses violations des droits humains. »

La liste des pays qui persécutent les chrétiens est longue.

Chaque pays a ses propres raisons et idéologies pour persécuter les chrétiens, mais la montée de l'autoritarisme et la croissance de l'extrémisme islamiste sont deux « moteurs » particuliers de l'oppression.

« La persécution s'intensifie dans le monde entier, tant en termes de propagation que d'intensité. Nous reconnaissons aujourd'hui que plus de 380 millions de chrétiens sont victimes de persécutions et de discriminations sévères en raison de leur foi en Jésus-Christ », a déclaré M. Croft.

Il a ajouté que l'un des principaux objectifs d'Open Doors est de sensibiliser les gens à la persécution qui se déroule actuellement et de les inciter à s'impliquer. « Nous essayons d'attirer l'attention des gens et de les sensibiliser », a-t-il déclaré.

Open Doors mène actuellement une campagne de six ans visant à sensibiliser le public à ce qui se passe au Nigeria et en Afrique subsaharienne. Sa « Liste mondiale de surveillance » a également été présentée au Parlement au cours des dernières années.

L'année dernière, dans un discours prononcé devant les Nations unies, Mgr Paul Gallagher, secrétaire du Saint-Siège pour les relations avec les États, a fait écho à M. Scheer en déclarant : « Les données montrent que les chrétiens sont le groupe religieux le plus persécuté au monde, et pourtant la communauté internationale semble fermer les yeux sur leur sort. »

Mais il a ensuite soulevé un autre point pertinent pour l'Occident : les gens devraient être libres de pratiquer leur foi sans contrainte.

« La dignité de l'individu et la nature de la quête de la vérité ultime exigent que chacun soit libre de toute contrainte en matière de religion. La société et l'État ne doivent pas forcer quelqu'un à agir contre sa conscience, ni empêcher quiconque d'agir en accord avec celle-ci », a-t-il déclaré.

Et pourtant, il existe de plus en plus de signes de fanatisme anti-chrétien dans la société occidentale qui peuvent empêcher les gens de pratiquer leur foi.

Un rapport publié l'année dernière par le Center for Religious Liberty (Centre pour la liberté religieuse), intitulé « Free to Believe? The Intensifying Intolerance Toward Christians in the West » (Libres de croire ? L'intolérance croissante envers les chrétiens en Occident), affirme que « à mesure que la culture dominante s'éloigne de plus en plus de la vision chrétienne du monde, les croyances chrétiennes qui contredisent les valeurs laïques progressistes sont de plus en plus dénoncées par la culture et présentées à tort comme haineuses ou sectaires ».

Le rapport met ensuite en évidence un certain nombre de cas préoccupants.

Une députée finlandaise, Paivi Rasanen, a été poursuivie pour « agitation ethnique » en raison d'un tweet contenant un verset biblique dans lequel elle exprimait son désaccord avec le parrainage par son église d'un événement Pride, pour avoir discuté de ses croyances dans une émission de radio et pour avoir publié une brochure promouvant une conception biblique du mariage par l'intermédiaire de son église.

Elle a finalement été innocentée par la Haute Cour après quatre ans de bataille juridique.

Une Britannique a été arrêtée et inculpée pour avoir prié en silence dans une zone tampon autour d'un centre d'avortement. Dans le cadre de ses conditions de libération sous caution, il lui a été interdit de prier en public où que ce soit.

Aux États-Unis, certains parents se sont vu refuser le renouvellement de leur licence d'accueil parce qu'ils refusaient d'approuver le transgenre et l'homosexualité.

Le rapport mentionne également le pasteur Derek Reimer, de l'Alberta, qui a été arrêté et inculpé pour avoir protesté contre les heures du conte avec des drag queens dans les bibliothèques publiques. Reimer a été acquitté de méfait, mais un juge a annulé ce jugement et a ordonné un nouveau procès.

Josh Alexander, l'adolescent ontarien qui a été expulsé de son école pour avoir protesté contre l'utilisation des toilettes pour femmes par des hommes biologiques, est également mentionné.

Le rapport, qui ne prétend pas être exhaustif, répertorie plus de 150 incidents « dans lesquels les gouvernements des pays occidentaux ont menacé, condamné à une amende, emprisonné ou puni d'une autre manière des chrétiens, des organisations ou des églises pour des actions liées à leur foi ».

Tony Perkins, président du Family Research Council, qui a rédigé l'introduction du rapport, a déclaré : « Il est choquant de voir des pays occidentaux — ceux-là mêmes que nous considérons comme des sociétés libres et ouvertes — prendre des mesures autoritaires à l'encontre de chrétiens qui tentent simplement de vivre leur foi. L'hostilité envers les chrétiens qui croient en la Bible augmente clairement et régulièrement en Occident. »

Le Canada a également fait l'objet d'une attention internationale cette année en raison du traitement ridicule réservé à Feucht, qui a été censuré et exclu de nombreuses plateformes à travers le Canada, généralement pour des raisons de « sécurité », mais presque certainement parce que les gens étaient offensés par ses convictions et ses valeurs chrétiennes sans détour.

Le mois dernier, le chef conservateur Pierre Poilièvre s'est dit alarmé par le nombre d'incendies d'églises au Canada, qu'il a qualifiés d'« attaques terroristes » dirigées contre les chrétiens.

Il n'existe pas de liste officielle du nombre d'églises qui ont été attaquées au Canada, mais au moins 33 ont été réduites en cendres depuis mai 2021 et des dizaines d'autres ont été vandalisées ou profanées.

Une analyse du Macdonald-Laurier Institute a révélé qu'il y avait eu 238 incendies criminels contre des institutions religieuses, principalement chrétiennes, entre mai 2021 et décembre 2023.

En mai 2021, la Première Nation Tk'emlúps te Secwépemc de Kamloops, en Colombie-Britannique, a affirmé avoir découvert des centaines de tombes potentielles dans l'ancienne école résidentielle indienne de Kamloops. Aucune n'a été retrouvée.

« Les chrétiens sont peut-être le groupe le plus touché par les violences motivées par la haine », a déclaré M. Poilièvre. « Mais, bien sûr, il n'est pas politiquement correct de le dire. »

Le grand nombre d'incendies d'églises au Canada aurait dû susciter un débat national, voire une véritable angoisse. La police aurait dû annoncer qu'elle recherchait activement les suspects.

Selon Michael Higgins dans le National Post, le gouvernement fédéral canadien aurait dû s'engager à protéger tout groupe confronté à de telles attaques. Les médias auraient dû couvrir cette affaire sans relâche. Au lieu de cela, le Canada est resté indifférent.

Le préjugé anti-chrétien croissant dans un Occident de plus en plus laïc peut provenir d'une vision selon laquelle la religion est anachronique et ses valeurs ne reflètent plus celles de la société.

Ce que l'Église considère comme des vertus ne correspond pas aux caractéristiques déterminantes d'une culture occidentale qui a intégré le narcissisme dans ses mœurs.

L'Occident est loin de la violence sanglante infligée aux chrétiens sans défense au Nigeria. Mais le fanatisme, où qu'il se trouve, est une plaie purulente qui infecte le corps politique.

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Vandalisme antichrétien en forte hausse en France et en Allemagne : l'inquiétude grandit

Canada — 112 églises incendiées ou vandalisées, timide réaction du PM Trudeau qui organisa alors un sommet sur l'islamophobie (m à j)

France — Actes antichrétiens : l’assourdissant silence des médias et de la classe politique

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Le Noël tourmenté des chrétiens d'Orient

Syrie — Au moins 20 morts dans un attentat contre une église grecque-orthodoxe

« Certains Israélites crachent sur les chrétiens qu’ils croisent à Jérusalem », Mgr Gollnisch de l'Œuvre d'Orient

Nouvelle enquête de Reuters sur les massacres d'Alaouites. Les forces syriennes ont massacré 1 500 alaouites. La chaîne de commandement a conduit à Damas.

Révisionnisme — Pour Mélenchon, Saladin a permis aux Occidentaux de construire les cathédrales