mercredi 19 décembre 2018

La CAQ veut continuer d'imposer le controversé programme ECR

Lors de son apparition le 12 décembre à l’émission Les Francs-tireurs, l'ancien instituteur du primaire et désormais ministre au Monopole de l'Éducation du Québec, Jean-François Roberge, a déclaré vouloir continuer à imposer le programme Éthique et culture religieuse (ECR) dans les écoles du Québec.

Notons que si la CAQ avait bien décidé en congrès en 2002 à Victoriaville d'abroger le controversé programme d'ECR au primaire. M. Roberge s'était publiquement élevé contre cette abolition avant de perdre le vote à main levée de la part des militants. M. Roberge a toujours été un fervent partisan de cet « apprentissage » multiculturaliste imposé par l'État. [Voir La CAQ vote pour l’abolition du programme ECR au primaire].

Voir aussi

Le ministre de l'Éducation (CAQ) veut imposer le programme d'éducation à la sexualité du PLQ

samedi 15 décembre 2018

Le ministre de l'Éducation (CAQ) veut imposer le programme d'éducation à la sexualité du PLQ

Certains pensent que la CAQ est un parti conservateur, cela ne semble pas être le cas dans l’éducation où pour ce qui est de contenu on assiste à une belle continuité d’un ministre à l’autre. Rappelons que le nouveau ministre du Monopole de l’Éducation, Jean-François Roberge, a défendu l’imposition du controversé programme d’Éthique et de culture religieuse (ECR) lors d’un congrès à Victoriaville en 2012, débat qu’il perdit contre la base. [Voir La CAQ vote pour l’abolition du programme ECR au primaire]. D’ailleurs, malgré cette décision en congrès, cette résolution d’abolir le programme ECR est restée lettre morte.

C’est ainsi qu’on apprenait ce samedi que le bras de fer se poursuit entre les acteurs du réseau scolaire concernant l’éducation à la sexualité, que des enseignants menacent de boycotter s’ils sont forcés de l’enseigner, alors que le ministre demande davantage de « souplesse » aux directions d’école. Le Journal rapportait en début de semaine que l’implantation de l’éducation à la sexualité progresse moins rapidement que prévu à certains endroits, en raison du manque de profs volontaires pour l’enseigner. Des commissions scolaires affirment qu’elles ne parviendront pas à enseigner les cinq à 15 heures de contenu obligatoire cette année, de la première année du primaire à la fin du secondaire. Dans une missive transmise au réseau scolaire mercredi, dont Le Journal a obtenu copie, le ministre Jean-François Roberge rappelle à quel point ces notions sont « primordiales pour nos jeunes ». Quelles notions ? Voir une critique du contenu du programme (Préoccupations du ESCC concernant le programme d’éducation sexuelle), car ce programme n’est bien évidemment pas « neutre » et uniquement biologique ou médical.

Il souligne que les enseignants sont des « acteurs clés » pour le succès de cet enseignement, tout en invitant les dirigeants à « faire preuve de souplesse » et à recourir, au besoin, à des intervenants externes pour y arriver. « Ce n’est pas obligatoire que le contenu soit dispensé [présenté] par les enseignants », a précisé le ministre lors d’un entretien avec Le Journal.

Boycottage

Or, cette missive a suscité une levée de boucliers dans les rangs de la Fédération autonome de l’enseignement, qui estime que son contenu pourrait empirer la situation. « On craint que le tordage de bras [forcer la main] s’amplifie », affirme sa vice-présidente Nathalie Morel, qui aurait voulu que le ministre écrive « noir sur blanc » que les enseignants ne sont pas obligés d’enseigner ces contenus avec lesquels ils peuvent ne pas être à l’aise. Vendredi, la FAE a décidé d’inviter ses syndicats locaux à déclencher un boycottage si une commission scolaire voulait imposer l’enseignement de l’éducation à la sexualité à ses membres. De son côté, la présidente de l’Association montréalaise des directions d’établissement scolaire, Hélène Bourdages, dénonce « l’intimidation syndicale » qui règne dans des écoles. « La pression est assez écrasante », affirme-t-elle.

Pas de budget

À la Commission scolaire de Montréal, la missive du ministre a fait bondir sa présidente, Catherine Harel-Bourdon, qui a été « estomaquée ». Il n’est pas « réaliste » selon elle d’avoir davantage recours à des partenaires externes pour l’éducation à la sexualité que les profs ne veulent pas enseigner. « On n’a plus d’argent », lance-t-elle. Le Journal a contacté cette semaine tous les CIUSSS de la métropole afin de savoir s’ils pouvaient augmenter leur participation dans les écoles, qui a déjà fait l’objet d’une entente avec la CSDM pour certains contenus. Aucun n’a souhaité commenter.

Notons que cet article du Journal de Montréal passe sous silence la grogne de certains parents conservateurs qui expliquent sans doute le peu d’empressement de certains acteurs dans le monde de l’enseignement à s’empresser dans ce domaine. Rappelons qu’aucune école de Montréal n’avait participé au projet-pilote d’implantation du nouveau programme d’éducation à la sexualité. Voir Éducation à la sexualité : pourquoi aucune école-pilote dans la ville de Montréal ?

Voir aussi

Québec — Roberge (CAQ) veut que l’Éducation à la sexualité soit imposée à tous malgré couacs et difficultés

Québec — Le nouveau programme d’éducation sexuelle prônerait l’« exploration de valeurs et normes » sexuelles... « au-delà de celles de la famille » ?

Reportage sur une école catholique traditionnelle à Lévis (Québec)

Reportage sur l'école Sainte-Famille, école privée et non subventionnée qui doit malheureusement appliquer le programme d'études du Monopole de l'Éducation du Québec. Belle liberté pédagogique !

École catholique traditionaliste de Sainte-Famille à Lévis (Québec) from Cyprien Mbundu on Vimeo.



vendredi 14 décembre 2018

France : fécondité continue de baisser, immigrées font 0,8 enfant de plus que les Françaises

L’indicateur conjoncturel de fécondité est en baisse sur le sol français, avec 1,95 enfant par femme.

Tout âge et niveau de vie confondu, la fécondité continue de diminuer en France depuis 2015, où elle est passée pour la première fois sous les deux enfants par femme. C’est le résultat de l’étude de l’Institut national de la statistique et des études économiques (Insee), publiée jeudi 13 décembre et que rapporte Le Monde. Il faut rappeler que les aides universelles aux familles ont été constamment rabotées sous les socialistes en France pour ne plus devenir qu’une aide aux familles pauvres.

Après neuf ans de relative stabilité, l’indicateur conjoncturel de fécondité est passé en 2015 au-dessous de deux enfants par femme, pour s’établir à 1,95 en 2015 et à 1,92 en 2016, selon l’étude. « La baisse touche toutes les régions, à l’exception de la Guyane et de Mayotte, où la fécondité augmente et de La Réunion, où elle est stable », précise l’Insee.

Parallèlement, l’âge moyen des femmes à la naissance du premier poursuit sa progression pour atteindre 30,5 ans en 2016.

L’étude de l’Insee dévoile également l’indice de fécondité des immigrées — personnes résidantes en France nées à l’étranger et de nationalité étrangère à leur naissance — qui est en moyenne plus élevée que celles des non-immigrées. En 2015 et 2016, les femmes immigrées ont eu environ 0,8 enfant de plus par femme que les non-immigrées. Leur indicateur conjoncturel de fécondité se maintient autour de 2,7 enfants par femme en 2015 et 2016, niveau comparable à celui des années 2012 à 2014. L’article du Monde n’indique pas combien d’enfants les femmes issues de l’immigration ont par rapport aux Françaises nées de parents nés français.

Source : Le Monde



Pacte de Marrakech : quand Facebook et Le Monde vous disent que penser

Des internautes, opposés au texte de l’ONU sur les migrations, se sont étonnés de tomber sur des messages du réseau social les renvoyant vers des articles des… Décodeurs du [Monde, quotidien très politiquement correct parisien].

Ils ont d’abord cru à une mauvaise blague. En partageant, ces derniers jours, sur Facebook, des articles ou vidéos hostiles au controversé « Pacte mondial pour des migrations sûres, ordonnées et régulières », adopté lundi par la très grande majorité des pays de l’ONU, dont la France, de nombreux internautes ont eu la surprise de découvrir des messages et des liens renvoyant vers le site du Monde, qualifié de… « média de vérification » par le réseau social américain, et ses « Décodeurs », pour… « des informations supplémentaires sur le sujet ».



« En gros, d’autres journaux “pas dans la bonne pensée” ne seraient pas fiables, mais Le Monde (ce qu’il est devenu…) est l’organe où lire la bonne parole et être bien rééduqué !! Cela s’appelle de la propagande », traduit l’un d’eux. Comme beaucoup d’opposants à la politique du président Macron, il est tombé sur le lien de l’article « “Vendre la France à l’ONU” : de Trump aux “gilets jaunes”, itinéraire mondial d’une intox », signé par le service de vérification des faits du quotidien. « Ce n’est pas la première fois que Facebook tente d’influencer le public en sortant de son rôle », ajoute-t-il.



En pointe dans la dénonciation du texte des Nations unies, l’activiste et membre du blogue Fdesouche Damien Rieu n’a pas non plus échappé à la surveillance du puissant réseau de Mark Zuckerberg. En partageant sa vidéo « contre le dangereux Pacte de Marrakech promigrant », un message automatique indique ainsi : « Avant de partager ce contenu, sachez que Les Décodeurs du Monde a des informations supplémentaires sur le sujet. » En dessous, un lien direct renvoie sur leur site pour un avis autorisé.

« On a l’impression d’être dans une mauvaise caricature de Big Brother. Mais c’est contre-productif : ça donne envie d’encore plus partager la vidéo comme me l’ont signalé de nombreux amis, remarque Damien Rieu, contacté par Valeurs actuelles. Le Monde, comme toute la presse, se sent investi d’une mission pédagogique sur les citoyens qui votent et pensent mal, car ils seraient forcément “mal informés”. Difficile pourtant d’imaginer déontologiquement pire que de faire la police de la pensée pour un GAFA. »

En janvier dernier, le Canard enchaîné rapportait dans un article, intitulé « Entre Le Monde et Facebook, un beau conte de “fake” », que le géant du Net collaborait avec le quotidien du soir pour traquer les bobards sur ses pages, fréquentées par 33 millions d’abonnés en France. « Julien Codorniou, le vice-président de Facebook chargé des partenariats, qui vit à Londres, est membre du… conseil de surveillance du “Monde” ! », précisait le palmipède. Et ce dernier est même un « grand ami de Xavier Niel — le coproprio du quotidien ».




« La romance entre Facebook et Le Monde, elle, a réellement démarré en février 2017 », écrivait encore le Canard. Un temps « pris d’un doute » éthique, Le Monde « a soulagé illico sa conscience », ajoutait même l’hebdomadaire, parlant de « pragmatisme financier ». Quelques jours plus tard, « le quotidien de référence » finissait par justifier son « partenariat » rémunéré avec la plateforme, comme « plusieurs autres médias français dont Libération ou l’AFP », tout en jurant qu’il « n’entrave en rien notre indépendance éditoriale ».

Il faut « démonter les discours trompeurs »

Depuis, les Décodeurs du Monde se sont employés à « mettre l’information en forme et la remettre dans son contexte » selon des critères aussi obscurs que subjectifs, y compris sur le Pacte sur les migrations de l’ONU, « devenu la base d’une théorie conspirationniste dans le mouvement de protestation français » des « gilets jaunes ». « Les Décodeurs nous ont déjà prouvé qu’ils étaient capables de se dépasser dans la mauvaise foi militante. C’est quasiment devenu un art chez eux. Je suis admiratif », souligne Damien Rieu.

« Ils noient le poisson, notamment en utilisant des critiques trop grossières pour disqualifier toutes les autres, poursuit l’activiste identitaire. Ils ne laissent pas de place pour un point de vue contradictoire, par exemple celui de Sandrine Maljean-Dubois, directrice de recherche en droit international au CNRS, qui explique que “les formulations normatives pourront être utilisées devant les tribunaux pour créer des obligations”. C’est soviétique et partisan. » Le texte des Nations unies lui-même appelle d’ailleurs à « mettre à disposition de tous les citoyens des informations objectives, claires et fondées sur des données factuelles » pour « démonter les discours trompeurs qui donnent une image négative des migrants ». La boucle est bouclée.

Source : Facebook, Valeurs Actuelles


Voir sur le Pacte de Marrakech

Le Pacte mondial sur les migrations pourrait devenir contraignant

Extraits :

FIGAROVOX. —Vous remettez en cause dans une note de l’Institut Thomas More, l’idée que le Pacte sera non — contraignant pour les États...

Jean-Thomas LESUEUR. - Formellement, il n’est pas contraignant et invite seulement les États signataires à s’engager en faveur des objectifs qu’il affiche. Non contraignant, cela signifie qu’il ne constitue pas une convention au sens « classique » (il n’est pas un traité), ayant une valeur normative supérieure au droit interne des États.

Pour autant, l’histoire juridique de ces quarante dernières années nous enseigne que des textes d’origine nationale ou supranationale, dépourvus au départ de tout caractère contraignant, viennent ultérieurement produire des effets concrets en irriguant des jurisprudences, voire intègrent formellement l’ordre juridique de certaines entités. Ce phénomène est particulièrement observable en matière de « droits de l’homme » : on peut citer la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen de 1789, qui est entrée dans le « bloc de constitutionnalité » français après une décision du Conseil constitutionnel de 1971 ou la Charte des droits fondamentaux, adoptée en l’an 2000 par l’Union européenne, à laquelle le traité de Lisbonne de 2007 a octroyé une valeur juridiquement contraignante qu’elle n’avait pas à l’origine.

La crainte d’une contrainte juridique ultérieure et indirecte passant par l’interprétation souveraine des juges (nationaux ou européens) est donc pleinement légitime, comme certaines juristes, en France et ailleurs, l’ont expliqué.

Le Pacte revendique sa neutralité idéologique en matière de migrations. Est-ce vraiment le cas ?

C’est ce qu’affirment les promoteurs du texte. Ainsi Louise Arbour, représentante spéciale du secrétaire général des Nations unies pour les migrations, a-t-elle affirmé dans vos colonnes (29 novembre) que le Pacte « n’est ni favorable ni défavorable à la migration comme telle, mais constate une réalité ». Cela est inexact. En effet, dès son préambule, le Pacte explique au contraire que les migrations « sont facteurs de prospérité, d’innovation et de développement durable et qu’une meilleure gouvernance peut permettre d’optimiser ces effets positifs ».

Voir aussi 

Le Pacte sur les migrations de l’ONU pourrait forcer le Canada à accueillir « toute la misère du monde » (Journal de Montréal)

jeudi 13 décembre 2018

Le numéro 58 d’Égards est disponible


Sommaire du numéro 58 – Novembre 2018-janvier 2019

Michel Pallascio — Une information au service de la rectitude politique ?

Gary Caldwell — Du « Refus global » au Vide total : Le spectre du nihilisme au Québec

Patrick Dionne — Dantec et l’ange exterminateur, première partie


M.F.J. — Pas de deux/Double Footstep : Fragment autobiographique

Jean Renaud — Thomas Molnar et les racines de l’idéologie technologique


Richard Décarie — Sensibilité populiste et conservatisme : Sur les élections générales au Québec

Notes de lecture

Michel Léon — Richard Bastien, Cinq défenseurs de la foi et de la raison
André Désilets — John Henry Newman, Être chrétien. Les plus beaux sermons
Nicole Gagnon — Claude-Henri Grignon alias Valdombre, Un conservateur enragé, choix et préface de Patrick Dionne, épilogue de Pierre Grignon

Document

Édouard Divry, o.p. — Ennéagramme et christianisme : Éléments pour un discernement chrétien — Suite et fin




Une information au service de la rectitude politique ?
par Michel Pallascio

Tous auront sans doute remarqué que les kiosques à journaux, depuis quelque temps, tendent à disparaître de notre environnement. Ceux qui restent offrent de moins en moins de publications et celles-ci ont de moins en moins d’épaisseur (au sens physique du terme, bien entendu). Il est vrai que la plupart des journaux ou magazines bénéficient maintenant d’une version numérique afin d’atteindre un public qui utilise de plus en plus Internet et les nouvelles applications pour combler ses besoins. Cela permet aux officines journalistiques d’économiser sur la production du journal format papier et sur sa distribution. Le journal La Presse en est un bon exemple puisqu’il a cessé définitivement de faire paraître la version papier de son journal en décembre 2017.

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Du « Refus global » au Vide total : Le spectre du nihilisme au Québec
par Gary Caldwell

Pendant nos vacances, ma femme et moi avons visité au tout nouveau Musée national des beaux-arts du Québec. Après avoir parcouru les trois étages de ce nouveau complexe, nous avons été envahis par un grand sentiment de vide. À part une exposition consacrée aux œuvres de l’impressionniste française Berthe Morisot, un Riopelle de quelque cent pieds de long et une peinture de Horik, les différentes pièces en exposition ne nous ont point inspirés, et nous n’avons ressenti ni plaisir ni émerveillement esthétique en les examinant. Aucune représentation d’une maison d’habitant, d’une ruelle urbaine, d’une église ou du fleuve Saint-Laurent n’y figurait. Parmi les pièces exposées, plusieurs sont littéralement des objets… tout court, présentés comme des œuvres d’art, mais sans en être, selon mon avis de non-initié. /Lire la suite… »

Du balcon de l’Amérique. Thomas Molnar et les racines de l’idéologie technologique
par Jean Renaud

Voyageur, observateur, critique nuancé et érudit des civilisations et des peuples, Thomas Molnar (1921-2010, ci-contre), l’un des maîtres de la pensée politique au XXe siècle, aimait raconter des anecdotes souvent caustiques (sans être véritablement méchantes), quelquefois cocasses (car il ne manquait pas d’humour) et de temps à autre un peu amères (comme la vie elle-même). Je goûtais en particulier ses réminiscences et ses évocations d’Henri Massis, de Jean Madiran, de Pierre Pujo, de Pierre Boutang, de tous ces publicistes, animateurs, philosophes, représentants tardifs d’une tradition contre-révolutionnaire française autrefois si glorieuse et dont l’influence déclinante / Lire la suite… »



Le siècle, les hommes, les idées. Sensibilité populiste et conservatisme : Sur les élections générales au Québec (texte intégral)
par Richard Décarie

Au lendemain de la victoire de la Coalition avenir Québec (CAQ), qui a remporté la majorité absolue avec 74 sièges sur 125, les sondages, une fois de plus, semblent avoir manqué le coche — prévoyant un gouvernement minoritaire caquiste ou libéral — et leur diffusion dans les médias pourrait avoir confondu un électorat de surcroît volatil.

Peu de gens le savent, mais lorsque l’on travaille pour un parti politique à « faire sortir le vote », l’on obtient rapidement, à la lumière des milliers d’appels téléphoniques effectués dans une seule et même circonscription électorale, le pouls de l’humeur des électeurs. Cela permet de jauger l’impact immédiat d’une contre-performance d’un chef, d’une couverture de presse hostile ou d’un sondage défavorable au parti que nous servons. Force est alors de constater que l’immédiateté grandissante de l’accès à l’information — réseaux sociaux diffusant en temps réel, médias traditionnels informant le public de chaque nouvelle au fur et à mesure (les « breaking news »), sondages électroniques rendant disponibles de plus en plus rapidement leurs conclusions — entraîne certaines perturbations au sein de l’électorat. Ce que plusieurs identifient comme la montée du « populisme politique » tient aussi à une accélération de l’accès à l’information. Et le fait que les électeurs s’intéressent peu à la chose politique avant les deux ou trois dernières semaines de la campagne, explique l’impact croissant, pendant cette période, des débats des chefs, des déclarations maladroites, des petits scandales, des bourdes de tel ou tel candidat, etc.

Au Québec, la convergence libérale de centre-gauche (escortée aujourd’hui d’une extrême gauche marxisante encore marginale, mais flattée par les médias) laisse plusieurs électeurs de droite et de centre-droit sur leur appétit depuis des décennies, contribuant à l’augmentation du cynisme et de la volatilité des choix politiques. Le vide politique à droite au Québec depuis la Révolution tranquille, maintenu avec la complicité des médias traditionnels depuis près de 60 ans, n’a pas empêché toutefois une résurgence du conservatisme par la voie non traditionnelle des médias sociaux.

L’ex-Premier ministre Stephen J. Harper a publié récemment Right Here Right Now – Politics and Leadership in the Age of Disruption. Dans cet ouvrage, il attribue la montée du populisme en Occident à un mondialisme débridé, causé par la mobilité inhérente à la mondialisation et la transformation d’une grande partie de la société connectée au réseau Internet. Une portion importante de la population ne s’identifie pas à cette mondialisation — qui comporte un agenda libéral progressiste —, c’est pourquoi l’enjeu d’une citoyenneté partagée et de l’identité nationale devient déterminant. Ce sentiment « populiste » est une chance pour les conservateurs, puisque la préservation des institutions et de l’identité nationale est une caractéristique fondamentale de la tradition conservatrice. Ainsi, quoique le discours partisan d’un Donald Trump — le premier président américain qui communique directement avec la population de façon ininterrompue — exacerbe les passions populistes, ses politiques depuis près de deux ans sont à l’évidence conservatrices, démontrant qu’une posture populiste peut répondre aux attentes des conservateurs laissés sans voix par les médias traditionnels.

Le constat de M. Harper est éclairant quant aux raisons de l’éloignement des partis de la réalité vécue par les citoyens :

Cela implique un engagement renouvelé envers ce qu’on appelle souvent la « société civile » — des institutions relationnelles telles que la famille, les groupes de bénévoles, les organisations communautaires et religieuses. Cependant, il est difficile de soutenir que la société civile n’est pas en déclin. Le déclin des institutions est manifeste dans la diminution du bénévolat, la baisse de la fréquentation des églises, la détérioration de la famille et les problèmes de drogue grandissants [ma traduction].

Une perte des repères culturels traditionnels est ainsi douloureusement ressentie par les plus vieux, alors que les plus jeunes, eux, ignorent tout simplement l’existence d’une tradition occidentale, ce qui est encore pire. Pour le « monde ordinaire », un tel vide nourrit le désir de donner sa confiance à des leaders qui répondront à cette soif d’identité et de racines.

Contrairement à Stephen Harper qui dit vouloir « réformer le conservatisme afin de résoudre les problèmes à l’origine du bouleversement populiste », je crois qu’il faut carrément revenir à des politiques conservatrices prônant la réhabilitation des institutions culturelles traditionnelles, repères souhaités instinctivement par la population en général.

Ces politiques, au contraire de ce qu’on croit généralement, peuvent avoir un certain succès électoral. Les deux thèmes de la réduction des seuils d’immigration — établis à 50 000 par an par le gouvernement libéral sortant — et de l’interdiction du port de signes religieux par les fonctionnaires en position d’autorité, auront permis à la CAQ de se rapprocher de l’électorat, les autres partis refusant délibérément de s’y risquer. À cet effet je maintiens que l’abandon par le gouvernement minoritaire du Parti Québécois (PQ) de l’identitaire Charte des valeurs québécoises lui aura fait perdre le pouvoir en 2014, même si la rectitude politique des médias et de nos élites politiques ont fait croire aux péquistes que leur défaite a été un effet collatéral de ladite Charte.

Au Québec, depuis l’abandon par le PQ du positionnement identitaire, une partie importante de l’électorat s’est retrouvée orpheline. La CAQ aura donc su profiter de cette lacune, notamment par sa politique sur l’immigration, par l’interdiction du port des signes religieux pour les employés de l’État en situation d’autorité, ainsi que par la réhabilitation du positionnement conservateur nationaliste autonomiste de l’ancienne Action démocratique du Québec (ADQ).

En conclusion, l’élection récente d’un gouvernement majoritaire de la CAQ démontre que la sensibilité « populiste » peut contribuer à réintroduire dans l’espace public des thèmes conservateurs, et à les rendre suffisamment populaires pour qu’un parti les présente à l’électorat, prenne le pouvoir et parvienne à mettre en œuvre de véritables politiques conservatrices.



Notes de lecture.

Richard Bastien, Cinq défenseurs de la foi et de la raison 

Richard Bastien, Cinq défenseurs de la foi et de la raison, Paris, Éditions Salvator, 2018.

par Michel Léon

Cet ouvrage de philosophie fera date pour le public francophone. Cinq défenseurs de la foi et de la raisonprésente, synthétise et explicite la pensée de philosophes anglophones chrétiens — catholiques pour quatre d’entre eux — qui ont axé leurs travaux sur l’amitié intime et indispensable entre foi et raison. Alasdair MacIntyre, C.S. Lewis, G.K. Chesterton, Peter Kreeft et John Henry Newman ont été d’autant mieux placés pour dénoncer la dissociation de ces pôles de l’esprit, qu’ils l’ont tous les cinq personnellement vécue avant de trouver leur réconciliation dans la tradition catholique. MacIntyre, né en 1929, passa par le marxisme et le trotskysme avant de rejoindre l’Église catholique en 1980. Clive Staples Lewis, né en 1898 dans une famille protestante, passa par l’athéisme avant de rejoindre en 1931 la Haute Église anglicane,/Lire la suite… »



John Henry Newman, Être chrétien. Les plus beaux sermons

John Henry Newman, Être chrétien. Les plus beaux sermons, Présentés par Keith Beaumont en collaboration avec Pierre Gauthier, Paris, Cerf, 2017.

par André Désilets

Pour les responsables de la publication de cet ouvrage hors du commun, John Henry Newman (1801-1890) demeure l’un des plus grands penseurs chrétiens du XIXe siècle. Son œuvre exprime une véritable phénoménologie dans le Mystère, un témoignage qui est à la fois critique face aux constructeurs de tours de Babel, et inspirateur en ce qu’il nous apporte des paroles essentielles sur notre vie et sur celle de nos pères, là où une osmose providentielle s’opère donnant aux êtres et aux choses une valeur virginale, inestimable. D’où cet extraordinaire sens du réel qui se dégage des propos du bienheureux cardinal, des propos particulièrement révélateurs sur ce qu’il appelle « l’Église des Apôtres » et « l’Église des Pères ». Car notre christianisme est « irréel », observe-t-il,/Lire la suite… »



Claude-Henri Grignon alias Valdombre, Un conservateur enragé,
Claude-Henri Grignon alias Valdombre, Un conservateur enragé, choix et préface de Patrick Dionne, épilogue de Pierre Grignon
par Nicole Gagnon

Les débats virils, controverses orageuses et polémiques en tous genres n’ont pas manqué au pays du Québec. Le style pamphlétaire s’y est fait cependant plutôt rare, contrairement à ce qu’on a observé en France, de Léon Bloy, disons, à Céline. Dominique Garand, auteur d’une considérable œuvre savante sur le sujet, n’a repéré qu’une demi-douzaine de polémistes québécois, dont Valdombre, où l’invective avait pris « une tournure agressive ou haineuse », la plupart s’en tenant à l’argumentation rationnelle ou à l’indignation et au sarcasme. Et si Léon Bloy refusait de « se laisser salir par la bienveillance » de ses contemporains, le polémiste québécois « ressent vite le besoin de se justifier aux yeux des autres ». /Lire la suite… »


Entretien de Mathieu Bock-Côté avec Éric Zemmour (11 décembre 2018)




Parlant de la fabrique de l’idéologiquement correct, d’On n’est pas couchés mentionné par Éric Zemmour au début de cet entretien et de ces gens qui ne se rendent même pas compte d’être formatés, cela rappelle le fils Glucksmann lors d’un On n’est pas couchés en 2008 qui écarquillait des yeux quand Zemmour lui disait qu’il avait tellement bien assimilé l’idéologie de son père qu’il ne s’en rendait même pas compte. À quoi Rafaël Glucksmann répondit que ce n’était pas de l’idéologie qu’il était simplement libre (« sans carcan ») et ouvert.



Voir à 17 min (« vous ne prenez le contre-pied de lui [votre père] sur rien », « les faux parents cools de 68 » ont empêché leurs enfants de se rebeller, « vous êtes la poursuite idéologique de votre père »). Naulleau n’est pas très amène juste après...


Voir aussi
Anne Dorval réfléchissant face à Zemmour

« Je lis quatre journaux [québécois] chaque matin, la pluralité d'opinion elle existe »

Quand une de nos personnalités médiatiques québécoises est confrontée à une pensée originale qui s'exprime clairement, on assiste parfois à des crises hystériques comme celle d'Anne Dorval sur le plateau de On n'est pas couché en France face à Éric Zemmour qui ne se laissait pas démonter par le prêt-à-penser.

lundi 10 décembre 2018

Le régime végétalien mauvais pour les jeunes enfants ?

Le régime végétalien proscrit la viande, le poisson, les œufs, les produits laitiers et le miel. Au Danemark, le nombre d'adulte qui suivent ce genre de régime a considérablement augmenté créant ainsi une génération de bébé nourri sans protéine animale.

Mais les experts sont divisés sur la question des bienfaits de ce régime pour de jeunes enfants. des carences nutritives, un apport énergétique insuffisant et une croissante défaillante en résulteraient. Au Rigshospitalet, l'un des plus grands hôpitaux du pays, des bébés viennent chaque année pour des pathologies liées au régime végétalien selon ce médecin.




Québec — Roberge (CAQ) veut que l'Éducation à la sexualité soit imposée à tous malgré couacs et difficultés

Le nouveau ministre de l’Éducation, Jean-François Roberge, de la Coalition avenir Québec (CAQ) fait dans la continuité en reprenant in extenso le programme établi par son prédécesseur libéral (PLQ). Cela n’a rien d’étonnant quand on se rappelle, d’une part, que Roberge a défendu l’imposition du controversé programme d’Éthique et de culture religieuse lors d’un congrès à Victoriaville en 2012, débat qu’il perdit contre la base. [Voir La CAQ vote pour l’abolition du programme ECR au primaire] Il faut aussi se souvenir que François Legault n’a jamais marqué un vif intérêt pour le contenu des programmes ou la liberté pédagogique, ce qui l’intéresse ce sont les structures, le bilan financier. On se rappellera aussi qu’au niveau des contenus il était apparu très superficiel lors des mouvements de contestation du programme ECR qu’il croyait être un cours d’histoire des religions qui se donne à la fin du secondaire... Il n’y a apparemment, à ce stade, au sein de la CAQ aucune réflexion sur les contenus très progressistes des programmes scolaires gouvernementaux imposés ni de volonté d’accorder un supplément de liberté aux gens qui se sentent mal à l’aise face à ceux-ci.




C’est donc sans étonnement qu’on lit dans le Journal de Québec :

Tous les élèves devront recevoir de l’éducation sexuelle cette année malgré les obstacles sur le terrain, maintient le ministre de l’Éducation, Jean-François Roberge.

[Cette présentation est fausse ou trompeuse, les élèves recevaient déjà de l'éducation sexuelle, mais cette formation variait d'une école à l'autre. Comme le disait le site du Monopole de l’éducation du Québec en janvier 2017 : « Les enfants et les adolescents québécois reçoivent déjà de l’éducation à la sexualité à l’école. Ce qu’ils apprennent varie toutefois d’une école à l’autre. » Bref, on parle sans cesse d'autonomie, mais en réalité on impose de plus en plus la centralisation et le manque d'autonomie devant des clientèles ou des conditions d'enseignement variables.


]

« Je pense que les écoles vont être capables [...]. Je suis convaincu que 100 % vont y arriver », a dit le nouveau ministre en entrevue avec Le Journal.

Il entend d’ailleurs envoyer bientôt une lettre aux commissions scolaires pour leur rappeler cet échéancier.

Les nouveaux contenus seront donc obligatoires partout, mais les profs ne seront toujours pas forcés de les enseigner.

Dans cette directive, il invitera en effet les écoles à utiliser des ressources externes, comme les travailleurs sociaux et organismes communautaires.

« Il y a des CLSC à la grandeur du Québec. Et il reste encore sept mois avant la fin de l’année scolaire, rappelle-t-il. Et on parle de seulement 5 à 15 heures par année. »

Le précédent ministre avait aussi suggéré cette solution aux écoles qui ne trouveraient pas de volontaires. « Mais je pense que ce n’était pas aussi clair. »

« Il y a des gens qui ne sont pas à l’aise [d’aborder la sexualité] et je le comprends très bien », dit M. Roberge.

Enseignants mal à l’aise

C’est le cas de bon nombre d’enseignants hommes, remarque Mélanie Hubert, du Syndicat de l’enseignement de l’ouest de Montréal (SEOM).

L’idée d’avoir à parler d’agressions sexuelles avec des élèves du primaire rend aussi inconfortables beaucoup de profs, hommes comme femmes.

Et au-delà de ces exemples, la majorité des profs trouvent que la formation, le temps alloué et le matériel ne sont pas assez complets pour offrir un enseignement de qualité à leurs élèves sur un sujet aussi sensible, selon Mme Hubert.

Par exemple, certains profs n’ont reçu qu’une formation sommaire qui leur présentait les canevas pendant quelques heures, abonde Nathalie Morel, de la Fédération autonome de l’enseignement. « Ce n’est pas de la formation, c’est de l’information. »

Le syndicat dénonce la « précipitation » du gouvernement, même s’il se dit pour le retour de l’éducation à la sexualité. « Mais pas de cette manière. On réclame que ça fasse partie d’un cours en bonne et due forme », dit Mme Morel.

Directeurs d’écoles qui s’arrachent les cheveux, boycottage de profs, parents agressifs

Rien ne va plus avec le retour de l’éducation à la sexualité, au point où des commissions scolaires ont décidé de l’implanter plus lentement que prévu, a appris Le Journal.

« C’est extrêmement difficile », dit Hélène Bourdages, présidente de l’Association montréalaise des directions d’établissement scolaire.

L’éducation sexuelle est censée être de retour dans toutes les écoles pour les élèves de tous les niveaux dès cette année.

« Mais au rythme où vont les choses, des écoles n’y arriveront pas », explique Mme Bourdages.

Dans plusieurs milieux, il n’y a pas assez de profs volontaires. Le précédent ministre de l’Éducation avait en effet promis qu’aucun prof ne serait forcé de donner le cours.

Résultat : « On manque de joueurs sur la patinoire » pour enseigner les nouveaux contenus, puisque « c’est la responsabilité de tout le monde et de personne », résume Mme Bourdages.

Pendant ce temps, les directeurs ne savent pas quoi répondre aux questions des parents. Avec une forte concentration multiethnique à Montréal, beaucoup sont réticents au point d’en devenir agressifs, explique-t-elle.

Pas tous les élèves

Le problème varie d’une école à l’autre. Dans certaines, les profs ont été formés et tout baigne.

Mais plusieurs commissions scolaires savent déjà que ce ne sont pas tous les élèves qui auront de l’éducation sexuelle cette année.

À la Commission scolaire de la Pointe-de-l’île à Montréal, seuls certains niveaux du primaire et du secondaire sont visés. « Nous avons pris la décision de prendre le temps de bien former nos enseignants », dit Valérie Biron, du service des communications.

Il s’agit pourtant d’une commission scolaire qui avait une longueur d’avance grâce aux projets pilotes instaurés dans certaines écoles.

À la Commission scolaire Chemin-du-Roy, en Mauricie, l’implantation sera étalée sur trois ans.

Quant à la Commission scolaire de Montréal, la plus grosse au Québec, la présidente Catherine Harel-Bourdon est suffisamment inquiète pour avoir écrit au ministre Roberge récemment. Elle se dit aux prises avec un « boycott ».

Des profs qui seraient volontaires subiraient des pressions de leur délégué syndical pour ne pas l’enseigner, abonde Hélène Bourdages.

« Des directions craignent de se retrouver avec un grief ou une plainte pour harcèlement psychologique. Ça joue dur », dit-elle.

On force la main

En fait, le syndicat n’a fait que rappeler à ses membres qu’ils n’étaient pas obligés de donner le cours, assure Nathalie Morel de le Fédération autonome de l’enseignement (FAE), qui représente plus de 38 000 enseignants.

« Il n’a jamais été question de boycottage. On veut juste qu’il n’y ait pas de tordage de bras. »

Car dans certaines écoles, des profs subissent des pressions, remarque Mélanie Hubert, du Syndicat de l’enseignement de l’ouest de Montréal (SEOM).

Par exemple, des directeurs leur laisseraient entendre qu’ils seront forcés de l’enseigner, à moins « d’avoir une bonne raison », illustre-t-elle.

« Mais certains profs ont des raisons personnelles pour ne pas vouloir parler de sexualité et n’ont pas envie de les révéler à leur patron. On peut penser que c’est le cas de ceux qui ont eux-mêmes subi des violences sexuelles », suppose-t-elle.

Voir aussi
Québec — Clinique de changement de sexe débordée (épidémie psychologique sociale ?)

Préoccupations du ESCC (Conseil catholique d'expression anglaise) concernant le programme d’éducation sexuelle

Quebec : Nouveau curriculum pour l’éducation à la sexualité (Lettre ouverte au Ministre de l’Éducation)

Pédagogies alternatives : une galaxie aux finalités politiques variées

Sur les douze millions d’enfants et adolescents scolarisés en France, seules quelques dizaines de milliers de jeunes seraient inscrits dans des cursus revendiquant des pédagogies alternatives. Des sites de diffusion des militants comme le printemps de l’éducation avancent le chiffre de 60 000 enfants concernés. Un chiffre « officiel » de 24 851 enfants est donné par le rapport de la Miviludes (Mission interministérielle de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires) pour les enfants non-scolarisés en famille ou à distance.

Si l’on s’arrête aux statistiques, le phénomène peut donc sembler marginal. Néanmoins leur progression est réelle et les discours des militants de ces pédagogies rencontrent un grand écho dans les médias et une partie de la société. Nous avons, dans une étude récente de la revue Tréma, esquissé une analyse de la définition et des contours de cette galaxie hétéroclite.

Quel point commun entre une école « traditionnaliste » religieuse et une école Montessori, entre une école Freinet et le homeschooling ? Analyser cette nébuleuse, c’est tenter d’établir les principes fédérateurs de ces mouvements sans sous-estimer les oppositions entre les acteurs des différents courants. C’est aussi souligner le rôle effectif des initiateurs, des soutiens et des ramifications idéologiques et financières.

L’éducation nouvelle en héritage

L’idée d’alternative n’est pas récente puisque les courants d’éducation nouvelle issus des pédagogues Célestin Freinet, Maria Montessori, Rudolf Steiner et Ovide Decroly sont présents en France depuis la première moitié du XXe siècle et se sont construits en réaction à l’école traditionnelle. Les pédagogies alternatives du XXIe siècle apparaissent différentes dans leurs finalités politiques, leurs modalités et leurs assises scientifiques.

Vu qu’elles se composent principalement d’établissements privés hors contrat, la question des liens avec l’institution scolaire est posée. En étudiant les discours des différents courants, on se rend bien compte que les « attaques » contre l’enseignement public ne sont pas toutes de même nature.

Les militants de l’instruction à domicile sont dans une opposition de principe à l’école mais d’autres mouvements, comme les écoles démocratiques, prônent des stratégies de contournement ou de concurrence au nom de la liberté pédagogique. S’agit-il d’une résistance conjoncturelle ? Cela participe-t-il à la libéralisation et la privatisation de l’éducation ? Ces questions restent encore en suspens.

Les neurosciences en arrière-plan

Dans son dernier ouvrage, Philippe Meirieu a précisé avec lucidité les enjeux des débats actuels entre les tenants d’une école « traditionnelle », les militants de l’éducation nouvelle et les militants des pédagogies alternatives actuelles qui souhaitent de façon radicale redéfinir l’ensemble des relations pédagogiques par une condamnation de la domination adulte. Philippe Meirieu les définit comme des « hyperpédagos », ce qui peut être discuté, car certains militants refusent l’idée même de pédagogie perçue comme outil de domination de l’enfant.

Derrière cette typologie se décèle un clivage politique. Les mouvements Freinet, mais aussi dans une moindre mesure Decroly, revendiquent une finalité émancipatrice et une transformation politique de l’éducation, alors que les mouvements alternatifs actuels se disent le plus souvent « apolitiques » en mettant en avant « l’évidence » du développement personnel légitimé par les neurosciences. Cependant, ce refus d’être « étiqueté » n’empêche pas un discours et des pratiques qui renvoient à des univers politiques et pédagogiques bien identifiés.

Les pédagogies alternatives du XXIe siècle, qu’elles soient hors ou dans l’école, se revendiquent implicitement ou explicitement des courants d’éducation nouvelle du début du XXe siècle. Elles en sont parfois des émanations directes, comme c’est le cas pour les écoles Montessori ou les classes Freinet. Néanmoins, les assises scientifiques des deux courants, ne sont pas les mêmes.

Les courants d’éducation nouvelle sont issus des réflexions et des pratiques de la psychologie de l’enfant et de la psychologie sociale. Les pédagogies alternatives du XXIe siècle, tout en reprenant une partie de ce corpus, légitiment leurs pratiques par les avancées des sciences cognitives et en particulier des neurosciences. On assiste d’ailleurs à une sorte d’alliance entre neuroscientifiques et militants des pédagogies alternatives face à l’enseignement public.

Sortir des mythes

Notre analyse de la galaxie des pédagogies alternatives met en avant trois archipels aux finalités politiques divergentes voir antagonistes.

  • Le premier archipel est celui des courants historiques de l’éducation nouvelle (Decroly, Montessori, Steiner ou Freinet), bien présents aujourd’hui dans le paysage éducatif français public et privé. Il ne s’agit aucunement d’un « front » commun. Les idéaux de mixité sociale et de transformation de l’éducation restent des points d’ancrage forts dans la mouvance Freinet et Decroly alors que les courants Steiner et Montessori mobilisent avant tout le développement de la personnalité.
  • Le second archipel propose un projet pédagogique centré sur la « tradition », sur la transmission des savoirs avant toute socialisation. Cet ensemble est principalement composé d’écoles catholiques traditionnalistes. Ces écoles sont idéologiquement en opposition avec la plupart des écoles alternatives prônant une transformation sociétale. Néanmoins, cette mouvance perçoit dans certaines écoles alternatives, une convergence dans ce contournement de l’enseignement public et dans cette libéralisation de l’éducation.
  • Enfin, le troisième archipel, qui aujourd’hui se développe, est une nébuleuse regroupant tout un ensemble d’expériences pédagogiques, d’associations et d’acteurs qui s’appuient sur les concepts d’éducation familiale, de développement personnel et de neurosciences. Son essor reste quantitativement négligeable mais médiatiquement et politiquement très offensif. L’un des aspects nouveaux est cette captation de l’idée d’innovation par des écoles ou expériences qui ne s’attachent pas à une forme éducative particulière. On y assiste à un tiraillement entre un repli individualiste et une volonté de transformer le système en place.

Hier comme aujourd’hui, l’école est bien évidemment un enjeu politique. La difficulté des réformateurs de l’intérieur du système éducatif public est bien de défendre l’idée d’une école du bien commun, tout en étant critique de ce système éducatif. Cela ne signifie pas que la situation est immuable mais il nous semble qu’il faut sortir des mythes.

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