jeudi 11 avril 2013

Un État tatillon en éducation est-ce mieux ?

Est-ce qu'il y a des preuves que les États qui sont les plus sourcilleux en matière de normes « minimales » en éducation obtiennent de meilleurs résultats ?

Pour l'instruction en famille cela ne semble pas être le cas :
« De nombreuses études ont démontré le contraire, à savoir qu'il n'existe pas de corrélation statistique entre une réglementation stricte de l'enseignement à domicile et de bons résultats scolaires des élèves soumis à cette réglementation. Dans les États où il y n'a pas ou peu de surveillance de la part de l'État quant à l'instruction à la maison, les écoliers ont d'aussi bons résultats aux tests normalisés que les élèves des États de la fédération fortement réglementés. »

C'est également l'une des conclusions d'une étude intitulée Parents and Their Children Do Well With Minimal State regulation (à la page 101). Ray a tiré la même conclusion dans au moins deux autres études : A nationwide study of home education: Family characteristics, legal matters, and student achievement (1990) et Marching to the beat of their own drum: A profile of home education research  (1992).

Qu'en est-il du besoin d'être strict pour ce qui est de la formation des enseignants ? Notons d'abord que des exigences strictes d'un diplôme d'État n'aboutissent pas nécessairement sur un enseignant qui maîtrise parfaitement la matière à enseigner. En effet, au Québec, les diplômés des « sciences de l'éducation » sont d'abord des spécialistes en « pédagogie » avant de maîtriser une matière comme l'histoire, les sciences, les mathématiques ou le latin :
« J'avais d'abord été engagé comme enseignant en latin, étant donné la rareté de personnel ainsi que le grand besoin de spécialisation pour une telle matière. On m'avait sollicité parce que j'étais détenteur d'un baccalauréat ainsi que d'une maîtrise en histoire avec spécialisation en études anciennes (latin, grec ancien, histoire, archéologie, mythologie, littérature gréco-romaines). Mais j'avais aussi une grande expérience auprès des jeunes, ayant travaillé durant plusieurs années dans des camps d'été. 
[...] 
Mais aussi compétent et apprécié soit-il, un enseignant non légalement qualifié sera toujours considéré comme inférieur par les syndicats, les commissions scolaires et surtout le ministère de l'Éducation. Pour cette raison, il vit dans une perpétuelle situation de précarité. Chaque année, en juin et parfois même en août, son poste est mis à l'encan par les commissions scolaires et les syndicats. À ce moment, tout enseignant intéressé peut revendiquer son poste. 
[...] 
J'ai ainsi perdu un emploi lorsqu'un syndicat a exigé d'un directeur qu'il trouve une personne légalement qualifiée. La tâche d'enseigner le latin a échu à un enseignant qui avait appris cette langue durant son enfance. Le fait qu'il n'avait pas retouché à cette matière durant plus de 25 ans n'était d'aucune importance. À une autre occasion, un poste que je convoitais est revenu à un jeune diplômé en enseignement. Il n'avait jamais fait de latin, mais il s'était engagé à suivre des cours à l'université: il est devenu mon étudiant, car je suis chargé de cours en latin à l'Université de Montréal ! »

Qu'en est-il aux États-Unis ?


« Il a été amplement démontré que la certification des enseignants ne garantit pas les performances de l'enseignant et ne garantit pas la qualité de l'instruction reçue par un élève. Dans l'édition de mai 1989 de la revue érudite Educational Researcher, le Dr Eric Hanushek de l'Université de Rochester a fait le bilan de 113 études sur la formation et les qualifications des enseignants. Il a trouvé que 88,5 % des études n'ont trouvé aucune corrélation positive entre le rendement scolaire de l'élève et le niveau d'éducation de l'enseignant. Seuls 7% des études ont montré un impact positif de l'éducation de l'enseignant sur ​​la performance de l'élève et 4,5 % ont même trouvé un impact négatif.

Dans l'affaire Sheridan Road II, le juge Riley a fait remarquer que le témoin convoqué par l'État, le Dr Lanier, avait témoigné qu'elle ne connaissait aucune preuve empirique établissant une corrélation entre le respect des règles de certification administratives et les compétences des enseignants ou l'apprentissage des élèves. Par ailleurs, un autre témoin expert, le Dr Erickson a déclaré que des recherches approfondies ont établi qu'il n'existait aucune corrélation significative entre la certification des enseignants et la compétence de ceux-ci ou  un bon apprentissage des élèves. Il a également déclaré que l'évaluation des élèves est une méthode de loin supérieure pour déterminer l'efficacité des enseignants [que la certification de ceux-ci]. »

Ce carnet n'est bien sûr pas contre une bonne formation dans des matières dures comme les sciences, les mathématiques ou les langues étrangères ou mortes, plus particulièrement pour les enseignants du secondaire, ni d'une modeste formation à la tenue de classe par exemple. Cependant cela ne veut pas dire qu'une longue formation en psychopédagogie soit préférable à ces diplômes, ni même que des diplômes garantissent que les élèves seront bien instruits.



Goldhaber résume l'état de la recherche :

« 8,5 pour cent de la variation dans le rendement des élèves s'expliquent par les caractéristiques des enseignants. Nous avons constaté que la grande majorité (environ 60 pour cent) des différences dans les résultats aux tests des élèves s'explique par caractéristiques individuelles et familiales.

Il a été constaté que toutes les influences liées à l'école, y compris les celles liées à l'établissement choisi, aux enseignants et à la classe fréquentée, à la fois mesurable et intangibles, n'étaient responsables que d'environ 21 pour cent de la variation du rendement des élèves. Ces 21 pour cent sont principalement dus à des facteurs qui n'étaient pas directement mesurés dans les études. [...] 
Seuls 3 pour cent de la contribution des enseignants à l'apprentissage des élèves étaient associées à l'expérience des enseignants, leur diplôme, et d'autres caractéristiques facilement observables. Les autres 97 pour cent de leur contribution est liée à des qualités ou à des comportements qui n'ont pas pu être isolés et identifiés » comme l'enthousiasme ou la faculté à transmettre des connaissances.

Voir aussi

Joseph Facal et la dérive de l'éducation au Québec





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France — Les deux mesures les plus impopulaires : le mariage homo et réforme des rythmes scolaires



Sondage BVA 11 avril 2013


L’instauration du droit au mariage et à l’adoption pour les couples homosexuels rallie désormais 55 % des Français (43 % sont en revanche pour ce « mariage pour tous »).

La réforme des rythmes scolaires est opposée par encore plus de Français (58 %). Près d'un élève sur quatre adoptera les nouveaux rythmes scolaires:  semaine de 4½ jours, journées réduites en moyenne de 45 minutes, trois heures par semaine d'activités péri-éducatives à la charge des communes.








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Un écolier sur deux serait en retard d'apprentissage à Québec

Selon la station de radio québécoise FM 93, tout près de la moitié d'écoliers du primaire de la région de Québec ont de gros retards d'apprentissage.

D'après des données obtenues des enseignants de 10 écoles primaires des commissions scolaires de la Capitale et des Seigneuries, 47 % des 2790 élèves concernés — de la maternelle à la 6e année — ne peuvent être considérés comme « réguliers ».

Ce sont des enfants qui avancent dans le système scolaire sans maîtriser les connaissances des niveaux précédents.

Le président du Syndicat de l'enseignement de la région de Québec (SERQ), Denis Simard, affirme que les professeurs sont à bout de souffle et qu'il est urgent de réagir.


Le président du SERQ affirme que la priorité devrait être de fournir le plus tôt possible, en maternelle ou en première année, les services d'appoint aux élèves chez qui on aura détecté des faiblesses.

M. Simard ajoute que les capacités de lecture sont fondamentales et qu'on ne devrait pas laisser poursuivre son cheminement scolaire à un élève qui ne sait pas lire.

La ministre de l'Éducation du Québec, Marie Malavoy, n'a pas donné suite aux demandes d'entrevue du FM93 (Cogeco Nouvelles).


Exemples de situations dans certaines classes

En 6e année, l’enseignante enseigne l’accord des verbes, l’élève n’est pas capable de le faire, car il ne sait pas ce qu’est un verbe (objectif de 2-3e année).

Certaines élèves de 5e-6e ont des difficultés en lecture et ne sont pas capables de lire sans arrêter sur chaque mot pour le décoder (ce qui fait perdre le sens de la phrase). Ce qu’ils sont capables de lire c’est des livrets de lecture de 1re ou 2e année. Mais les textes ne sont pas accrocheurs pour eux.

Un élève de 6e année n’a pas acquis la majuscule et le point (objectif de 2e année). L’élève fait un texte qui commence par une majuscule et se termine à la fin par un point. Pas de phrase, de virgule, on imagine la structure du texte.

Certains élèves ont besoin de 2, 3 et même 4 fois plus de temps pour réaliser un travail. Cela se produirait à tous les niveaux.

En 6e année, les élèves doivent arrondir des nombres. Pour aider l’élève qui doit arrondir à la dizaine le nombre 127 (exemple) , l’enseignante lui demande : Est-ce que 7 est supérieur ou inférieur à 5. L’élève était incapable de répondre.

En 6e année, les élèves doivent travailler les fractions, mais certains ne maîtrisent pas la multiplication, alors il est impossible de faire des équivalences de fraction.

Plus on avance dans les années du primaire et plus les élèves doivent être capables de calculer de façon abstraite (dans leur tête) . En 5e-6e année, certains on encore besoin d’un matériel concret pour compter (additions, soustractions, multiplications).





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La maternelle à quatre ans en milieu défavorisé critiquée

À l'optimisme prudent du milieu scolaire et à la levée de boucliers des associations de CPE succède l'inquiétude des chercheurs universitaires en ce qui a trait à l'implantation de la maternelle quatre ans à temps plein en milieu défavorisé.

En septembre, aux quatre coins du Québec, ils devraient être environ 1200 bouts de chou de quatre ans à franchir les portes d'une école pour y passer la journée entière en compagnie de 14 à 17 autres camarades de classe et d'un enseignant. Ce qui se déroulera entre les murs de ces salles de classe préoccupe des observateurs du milieu de la petite enfance, dont certains se réuniront vendredi et samedi au Rendez-vous CSQ de la petite enfance, à Longueuil.

Tandis que professeurs, penseurs et éducateurs se demandent si la qualité des services sera au rendez-vous et si la mesure aura l'effet escompté - prévenir le décrochage scolaire -, d'autres craignent carrément un effet de ghettoïsation. Suite de la dépêche de la Presse Canadienne.


Renforcer les familles ou augmenter la place de l'État dans l'éducation des jeunes enfants ?

Évidemment, personne ne cherche à valoriser la famille intacte comme lieu d'éducation optimale des jeunes enfants. Trop rétrograde.

Dans un article de RealClearPolitics, le chroniqueur conservateur Rich Lowry s’est exprimé sur l'objection de la gauche à l’éducation et l’instruction des enfants par leurs parents : « En tant qu'ultime institution privée, la famille est un obstacle tenace au grand effort collectif. Dans la mesure où les gens s’investissent dans leurs propres familles, ils résistent à l'État et privilégient leurs propres enfants par rapport aux autres enfants. »

« À vrai dire, ajoute Lowry, les parents sont l'une des sources les plus incorrigibles d’inégalité sociale. Si vous avez deux parents qui restent mariés et s’investissent dans votre éducation, vous avez tiré le bon numéro dans la loterie de la vie. Vous allez bénéficier d’innombrables avantages dont sont privés les enfants moins chanceux. »

« Le fait que famille est tellement essentielle pour le bien-être des enfants doit être une source constante de frustration pour les égalitaristes étatistes, un rappel constant des limites de leur pouvoir », a poursuivi Lowry. « Si la gauche veut s’assurer que l’investissement dans les enfants soit équitable là où il importe le plus, elle devrait promouvoir l’idée de famille intacte et de parents dévoués, même si cela signifie qu’elle devra alors défendre une conception scandaleusement surannée de l’éducation des enfants. »


Voir aussi

Une pensée collectiviste des enfants et de l'éducation

La séparation des parents freine la réussite scolaire des enfants

Maternelle publique et gratuite : sans effet sur les résultats au primaire

Les CPE ont échoué sur le plan pédagogique... comportemental et démographique

Une étude de Cambridge conclut que les enfants de cinq ans sont trop jeunes pour commencer l’école





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mercredi 10 avril 2013

La séparation des parents freine la réussite scolaire des enfants

Quand leurs parents se sont séparés dans les deux ans précédant leur entrée à l'école, les enfants sont plus susceptibles d'en arracher à la maternelle.

C'est l'une des conclusions d'une étude de l'Institut de la statistique du Québec parue hier, qui s'appuie sur une cohorte de 2120 enfants québécois suivis de l'âge de 5 mois à 4 ans.

L'institut a passé en revue divers facteurs pouvant influer sur le degré de préparation des enfants à l'école.

Comme le souligne l'auteure Hélène Desrosiers, on aurait tendance à croire que les difficultés scolaires d'enfants de parents séparés s'expliquent par une « vulnérabilité sur le plan affectif ». Ça ne semble pas être le cas, du moins pas directement.

Il semble que c'est plutôt sur les plans cognitif et de l'acquisition de connaissances que ces enfants sont moins bien préparés à la maternelle.

L'étude avance que les parents séparés « consacrent une partie de leur temps et énergie à la réorganisation de la vie sur les plans matériel, financier, etc. » et que, dans le tourbillon, ils ont peut-être moins de temps pour stimuler leur enfant, du moins à court terme.

Cela dit, « il est aussi possible que les changements qui accompagnent la séparation poussent certains enfants à être moins réceptifs aux apprentissages scolaires », peut-on lire.

Source

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Les enfants instruits à la maison aux États-Unis réussissent mieux que ceux des écoles publiques

Deux fois plus de dépression chez les femmes qu'il y a 40 ans. Rançon de la « libération » de la femme ?

Épidémie de détresse chez les enfants en CPE et chez les enfants de familles nanties

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Lien avéré entre les femmes qui travaillent hors du foyer et l'obésité de leurs enfants

Étude — Le divorce affecte grandement la santé mentale des enfants





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Silence médiatique embarrassé autour d'un avortoir...

Voir aussi mise à jour du vendredi 12 avril 2013

Billet du mercredi 10 avril 2013

Il y a deux ans nous nous étonnions déjà du silence médiatique autour d'une affaire judiciaire aux États-Unis qui versait dans l'horreur. Rien dans la presse francophone qui n'hésite cependant pas à parler des faits divers les plus sordides aux États-Unis.

Deux ans plus tard, alors que le procès est en cours depuis plusieurs semaines, toujours rien en français sur Google Actualités.

De quoi s'agit-il ?

Une mère morte, au moins sept enfants nés tués

Kermit Gosnell (ci-contre), un médecin américain pratiquant des avortements, a été inculpé mercredi 19 janvier 2011 pour les meurtres d'une femme et de sept bébés tués après leur naissance, alors qu'ils respiraient et bougeaient.

« Il exécutait régulièrement des avortements au-delà de la limite légale de 24 semaines. En conséquence, des bébés viables sont nés. Gosnell les a tués en plongeant des ciseaux dans leur moelle épinière », a indiqué le bureau du procureur de Philadelphie. Le Dr Gosnell avait « appris à ses employés à faire comme lui », a-t-il encore indiqué.

La femme concernée par la procédure est décédée d'une crise cardiaque provoquée par des narcotiques qui lui avaient été administrés dans le cadre d'un avortement tardif.

Le Dr Kermit Gosnell, âgé de 72 ans aujourd'hui, a gagné des millions de dollars au cours des 30 dernières années en effectuant le plus d'avortements qu'il pouvait, dont de nombreux avortements tardifs et illégaux.

D'autres victimes

Depuis cette condamnation d'autres victimes de M. Gosnell l'accusent publiquement.

Robyn Reid, âgée de 15 ans, ne voulait pas se faire avorter. Mais quand sa grand-mère l'a emmenée de force à une clinique d'avortements un jour d'hiver 1998, Reid a pensé qu'il suffirait qu'elle dise au médecin qu'elle ne voulait pas avorter et puis filer.

Au lieu de quoi, Kermit Gosnell aboya : « Je n'ai pas de temps pour cela ! » Il a ensuite arraché ses vêtements, lui a donné une fessée, l'a jetée sur une civière sale, lui a attaché les bras et les jambes, lui a injecté des sédatifs jusqu'à ce qu'elle cesse de crier et perde conscience, a-t-elle déclaré au Philadelphia Daily News le 21 janvier 2011.

Nicole Gaither s'est fait avorter par Gosnell en 2001. Après quatre jours, la douleur post-opératoire était si intense qu'elle pouvait à peine marcher. Elle serait retournée à la clinique, où Gosnell insouciant lui aurait déclaré qu'il avait oublié des restes fœtaux en elle.

« Allons, levez-vous ! Ça ne fait pas si mal que cela ! » avant de procéder — sans aucune anesthésie — à une aspiration utérine.

Forcée d'avorter

En 2001, après avoir assisté au spectacle des patientes hébétées et ensanglantées du Dr Gossnel dans la salle de réveil de sa clinique, Davida Johnson a changé d'avis et ne voulait plus se débarrasser de son fœtus de 6 mois. Mais le personnel de la clinique ignora ses protestations dans la salle d'opération, la gifla, la ligota et lui donna des sédatifs jusqu'à la rendre inconsciente. À son réveil, elle n'était plus enceinte.

Quelques semaines plus tard, d'ajouter Davida, on lui a diagnostiqué une maladie vénérienne qui, selon elle, serait due aux instruments non stérilisés utilisés par Gosnell. Maintenant, elle ne pourrait plus mener de grossesses à terme ayant échoué à quatre reprises depuis son avortement.

Sectionner la nuque des nouveau-nés

L'auxiliaire médicale Adrienne Moton a admis récemment au cours du procès qu'elle avait sectionné la nuque d'au moins dix bébés après leur naissance, comme l'avait demandé Gosnell. Gosnell et un autre employé sectionnaient régulièrement la moelle épinière pour s'assurer de la mort du fœtus [sic] », a-t-elle dit.
L'avortoir de Kermit Gosnell à Philadelphie

Moton sanglotait alors qu'elle racontait avoir pris une photo avec son téléphone portable d'un bébé parce qu'il était plus grand que tous ceux qu'elle avait vu avortés auparavant. Elle a mesuré le fœtus, il devait avoir près de 30 semaines et elle s'est alors dit qu'il aurait pu survivre, compte tenu de sa taille et de sa couleur rosâtre. Gosnell plaisanta par la suite en disant que le bébé était si grand qu'il aurait pu marcher jusqu'à l'arrêt de bus, a-t-elle ajouté. Quel sens de l'humour !

Avortements au-delà de 24 semaines

Un autre assistant de Gosnell, Stephen Massof, 50 ans, en attente de jugement après avoir plaidé coupable à l'assassinat de deux nouveau-nés à la clinique, a révélé la semaine passée qu'il avait été témoin d'un avortement à 26 semaines - deux semaines au-delà de la limite de 24 semaines fixé par l'État.

Il a aussi déclaré qu'il aurait vu naître 100 enfants vivants, puis qu'on leur avait « sectionné » la nuque, afin de s'assurer de leur « disparition ». Massof a aussi décrit des scènes horribles à la clinique qu'il a qualifiée de sale et délabrée où certains instruments chirurgicaux étaient rouillés.

Il pleuvait des fœtus, on les décapitait

«Il pleuvait des fœtus. Il y avait des fœtus et du sang partout. C'était à proprement parler des décapitations. On séparait le cerveau du corps, a-t-il déclaré à NBC.

Frigo de la « clinique » Gosnell qui, selon la police, contenait des restes humains

Il a également allégué que la machine à ultrasons de la clinique avait été manipulée pour faire apparaître les fœtus plus petits et donc plus jeunes.

Cris perçants de bébé sur une table

L'ancienne avorteuse Sherry West a déclaré avoir entendu un bébé « crier » et « pousser des cris perçants » au cours d'un « avortement » qui a eu lieu au « Palais des cauchemars » de Kermit Gosnell, l'avortoir de celui-ci à Philadelphie.

Le propriétaire, le Dr Kermit Gosnell, lui avait demandé de l'aider et d'aller dans une autre pièce. Là, un bébé de 45 à 60 centimètres, qui n'avait pas encore d'yeux, était couché dans une casserole transparente, s'est-elle souvenue avec horreur. Il poussait des « cris perçants, il faisait un bruit » qui « ressemblait à un petit extraterrestre », a-t-elle avoué. Il « m'a vraiment fait peur ». Elle a alors quitté la pièce.

Des témoins oculaires au procès rapportent que West était visiblement secouée au souvenir de cet événement traumatique.

Photomontage macabre tiré du rapport par le procureur général, en vignette, dû sa nature 
(Cliquer sur la vignette pour agrandir)

Nombreux troubles psychiques parmi les travailleuses de la clinique

Lynda Williams a déclaré au jury hier, mardi, que son patron, Kermit Gosnell, savait qu'elle souffrait de troubles bipolaires et de dépression quand il l'a embauché pour l'assister dans ses avortements tardifs. M. Le docteur Gosnell l'a même traitée pour troubles mentaux.

Une autre employée de la clinique, Elizabeth Hampton, avait auparavant affirmé au procès qu'elle souffrait de dépression, d'anxiété, qu'elle avait un problème d'alcoolisme et qu'elle a déjà eu une « dépression nerveuse ». Une troisième employée de Gosnell, Sherry West, a également avoué avoir été traitée pour des troubles psychiques.

Williams a affirmé à la cour que la section de la moelle épinière des nouveau-nés par la nuque était une manière routière à l'avortoir de s'assurer d'une « mort fœtale ».

« L'ennui, c'est que les nouveau-nés ne sont pas considérés comme des « fœtus » et que les tuer est considéré comme un assassinat. Gosnell n'a jamais pris la peine de le dire à son personnel peu scolarisé et émotionnellement instable », a déclaré Troy Newman, président de Operation Rescue.

Effets d'un discours simpliste ?

Parler pendant plus de 30 ans de simple amas cellulaires en parlant de fœtus, d'enfants à naître, peut-il n'avoir aucune conséquence ?

Il n'y a toujours aucune loi au Canada qui réglemente l'avortement. On peut en théorie y tuer un fœtus jusqu'à quelques minutes de sa naissance.

Sources : Bureau du procureur général de Philadelphie,  Rapport pour le Grand Jury, Associated Press, NBC, Daily Mail et Philadelphia Daily News



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MSNBC : pour une pensée collectiviste des enfants et de l'éducation (m-à-j)

Pour Melissa Harris-Perry de la très pro-démocrate[1] chaîne MSNBC, c'est parce que nous avons une vision trop peu collectiviste des enfants que l'éducation publique ne marcherait pas. Elle appelle à une vision plus collective des enfants dans une capsule de la chaîne. Il s'agit d'une capsule faisant partie d'une campagne de la chaîne nommée Lean Forward, Pencher en avant ou Progresser (un progressiste étant « a forward-leaning person »).  Le chroniqueur  Rich Lowry les décrit comme des « sermonnets ».

La chaîne MSNBC semble attirer les controverses.

Transcription de la capsule diffusée fréquemment sur MSNBC dans sa campagne de positionnement de marque Lean Forward :

« Nous n'avons jamais investi assez en éducation publique parce que nous avons toujours eu une notion privée des enfants : « Ce sont vos enfants et de votre seule responsabilité. »

Nous n'avons pas eu cette notion collective qu'il s'agit de nos enfants.

Il faut donc que nous rompions avec cette idée que les enfants appartiennent à leurs parents ou que les enfants appartiennent à leurs familles. 

Nous devons accepter que les enfants appartiennent à des communautés et que c'est la responsabilité de tous. 

Dès que nous assumerons cette responsabilité collective, alors nous commencerons à faire de meilleurs investissements»




Contexte politique

La vidéo a été enregistrée peu avant la publication du projet de budget du président Barack Obama qui devrait contenir de nouvelles hausses d'impôts et de taxes pour financer, notamment, un réseau de maternelles universel pour les enfants de quatre ans.

Son lancement coïncide également avec un prochain procès suivi par les Américains qui instruisent leurs enfants à la maison.  Le procès oppose une famille allemande qui éduquait sa progéniture chez elle et qui a obtenu le statut de réfugiés en 2010 en raison de persécution par l’administration allemande. L’Allemagne requiert que tous les enfants fréquentent une école agréée par l'État et s’oppose à ce que des parents instruisent leurs propres enfants. L’administration allemande met à l’amende les parents qui s’opposent à cette mesure. Elle est allée jusqu’à enlever par la force les enfants du domicile familial et à emprisonner les parents pour refus d'obtempérer.

L'administration Obama cherche maintenant à expulser la famille allemande, faisant valoir que la « loi des États-Unis a reconnu que l’État bénéficie d’une large discrétion dans son pouvoir d'imposer la fréquentation scolaire, de déterminer les programmes d'études et de réglementer la certification des enseignants » et qu’il  « peut d'interdire ou  réglementer l'instruction à domicile. »

La famille, tenace obstacle à l'égalitarisme d'État

Dans un article de RealClearPolitics, le chroniqueur conservateur Rich Lowry s’est exprimé sur l'objection de la gauche à l’éducation et l’instruction des enfants par leurs parents : « En tant qu'ultime institution privée, la famille est un obstacle tenace au grand effort collectif. Dans la mesure où les gens s’investissent dans leurs propres familles, ils résistent à l'État et privilégient leurs propres enfants par rapport aux autres enfants. »

 « À vrai dire, ajoute Lowry, les parents sont l'une des sources les plus incorrigibles d’inégalité sociale. Si vous avez deux parents qui restent mariés et s’investissent dans votre éducation, vous avez tiré le bon numéro dans la loterie de la vie. Vous allez bénéficier d’innombrables avantages dont sont privés les enfants moins chanceux. »

« Le fait que famille est tellement essentielle pour le bien-être des enfants doit être une source constante de frustration pour les égalitaristes étatistes, un rappel constant des limites de leur pouvoir », a poursuivi Lowry. « Si la gauche veut s’assurer que l’investissement dans les enfants soit équitable là où il importe le plus, elle devrait promouvoir l’idée de famille intacte et de parents dévoués, même si cela signifie qu’elle devra alors défendre une conception scandaleusement surannée de l’éducation des enfants. »

Melissa Victoria Harris-Perry

Melissa Victoria Harris-Perry est une essayiste et commentatrice politique américaine. Elle anime le magazine politique télévisé éponyme, Melissa Harris-Perry, sur la chaîne d'information en continu MSNBC.

Melissa Harris-Perry est professeur de science politique à l'université Tulane, à la Nouvelle-Orléans, en Louisiane. Elle a été maître de conférences en politique et études afro-américaines à l'université de Princeton de 2006 à 2010, et a enseigné la science politique à l'université de Chicago de 1999 à 2005.

Investissement collectif sans cesse croissant 

Sur le fond, l'investissement collectif dans l'éducation primaire et secondaire aux États-Unis ne fait que croître (comme au Québec d'ailleurs) :

Investissement « collectif » toujours croissant dans les écoles publiques aux États-Unis.
Le trait pointillé indique le coût consacré à chaque élève en dollar constant de 2007.
La collectivité dépensait donc plus de 9000 $ par an par élève en 2007.
Il y a de plus en plus d'employés par élève dans les écoles publiques américaines. Ainsi, si en 1972, il y avait environ 200.000 employés dans les écoles publiques américaines pour environ 50 millions d'élèves, il y avait en 2008 quatre fois plus d'employés pour 60 millions d'élèves.
MSNBC, un Fox News de gauche

MSNBC aime se voir comme le pendant progressiste de Fox News. Sa part de marché est, toutefois, d'environ le quart de celle de Fox News. Chiffres du 5 avril 2013 ci-dessous. Les chiffres sont en milliers de téléspectateurs : ainsi 1,658 million de spectateurs ont regardé Baier de 18 heures à 19 heures sur Fox News.



Évolution de l'audience :


Voir aussi

Syndicats satisfaits : taux du nombre d'élèves par enseignant en baisse constante au moins jusqu'en 2015

Très forte chute des résultats en lecture pour les élèves québécois francophones entre 2007 et 2010

PIRLS — Les jeunes élèves québécois lisent moins bien que élèves du reste du Canada

Tests PISA en éducation - Le Canada perd des plumes dans le peloton de tête

Études sur la réforme pédagogique : « plus de mal que de bien », portrait sombre

Le programme Histoire et éducation à la citoyenneté, un échec ?




[1] Une étude du Pew Research Center's Project for Excellence in Journalism a constaté que la couverture de MSNBC de Romney au cours de la dernière semaine de la campagne présidentielle de 2012 (68 % de reportages négatifs sans aucune séquence positive dans l'échantillon), était beaucoup plus négative que la presse en général, et encore plus négative qu'elle ne l'avait été du 1 au 28 octobre  où 5% a été positive et 57% étaient négatifs. D'autre part, la couverture de MSNBC d'Obama s'est améliorée pendant la dernière semaine de la campagne présidentielle. Du 1 au 28 octobre, 33% des reportages sur Obama étaient positifs et 13% négatifs. Au cours de la dernière semaine de la campagne, 51% des nouvelles MSNBC étaient positives alors que la chaîne ne diffusa aucun reportage négatif.

lundi 8 avril 2013

Administration Obama se range du côté des lois restrictives allemandes sur l’éducation à la maison (m-à-j vidéo)

La famille Romeike à table pour l'étude
Il y a 3 ans, le 26 janvier 2010, dans un cas sans précédent, un juge fédéral d’immigration à Memphis au Tennessee a accordé le statut de réfugiés politiques aux membres de la famille Romeike qui avait fui l’Allemagne pour échapper aux persécutions du gouvernement allemand qui lui reprochait d'éduquer leurs enfants à la maison.

Les Romeike avaient expliqué à Lawrence O. Burman, juge de l'immigration de Memphis avoir fui Bissingen avec leurs cinq enfants, dans le Bade-Wurtemberg (sud-ouest de l'Allemagne) en août 2008, pour s'installer aux États-Unis, berceau du mouvement de l'instruction à domicile.

Dans sa décision, le juge Lawrence Burman précisait qu’« il s’agissait ici de transgressions de droits humains fondamentaux qu’aucun pays n’a le droit d’enfreindre. »

Après cette victoire, l'Administration Obama a fait appel de cette décision en 2012. L'administration Obama cherchait à expulser la famille allemande, faisant valoir que la « loi des États-Unis a reconnu que l’État bénéficie d’une large discrétion dans son pouvoir d'imposer la fréquentation scolaire, de déterminer les programmes d'études et de réglementer la certification des enseignants » et qu’il  « peut d'interdire ou  réglementer l'instruction à domicile ».

Le Conseil fédéral des appels en matière d'immigration a donné raison au gouvernement fédéral en dépit d'une politique de 2011 qui donne au gouvernement toute latitude pour poursuivre uniquement des cas hautement prioritaires. La Home School Legal Defense Association (HSLDA) a décidé de poursuivre le ministère américain de la Justice. Trois juges de la Cour d'appel du sixième circuit entendront la cause de Romeike ce 23 avril.

Pour Michael Farris, président de la HSLDA, le Ministère de la Justice ignore les droits et libertés des particuliers et ne défend que les droits collectifs. C'est ce qui explique son étonnante volonté de renvoyer les Romeike chez eux : tous les chrétiens n'y sont pas persécutés, tous les chrétiens ne veulent pas éduquer leurs enfants à la maison, les demandes des Romeike ne sont donc pas recevables, car l'instruction à la maison ne serait pas un droit de l'homme pour l'Administration Obama.


Reportage de Fox News (en anglais) : tous les parents éducateurs à la maison devraient craindre ce jugement

Pour l'avocat de la famille, Michael Donnelly, les familles qui instruisent leurs enfants à la maison en Allemagne sont un groupe persécuté, plusieurs procès, les amendes infligés aux parents et l'enlèvement des enfants par l'État l'ont amplement démontré. À ce titre, ils peuvent être considérés comme des réfugiés aux États-Unis. La dernière décision de la Cour suprême allemande a même déclaré que l'instruction à la maison est une « forme d'abus de l'autorité parentale »...

Michael Farris a déclaré dans un entretien téléphonique au MailOnline que, même si le gouvernement fédéral ne croit pas l'enseignement à domicile relève des droits de la personne qui permet d'accorder l'asile à une famille, il peut toujours permettre à ladite famille de rester aux États-Unis et d'y instruire ses enfants à la maison. « Le procureur général peut tout à fait, de son propre chef, permettre à ces gens à rester », de conclure Farris.


Michael Donnelly de la HSLDA sur le cas Romeike et «  Est-ce qu'instruire ses enfants à la maison est un droit de l'homme universel ? » (en anglais) Donnelly y rappelle comment certains États, notamment l'Orégon, ont essayé d'interdire toute autre école que l'école d'État. Interdiction soutenue par le KKK à l'époque par anticatholicisme.


Débat organisé par l'Université de Saint Thomas au Texas sur « L'interdiction de l'école à la maison constitue-t-elle une persécution ? »
Me Luke Goodrich défend la position de la famille Romeike. Le professeur David Abraham de l'Université de Miami défend la position de l'administration Obama.Celui semble ignorer que l'école Philadelphia n'a jamais été autre chose que l'éducation à la maison (nous avons personnellement rencontré à plusieurs reprises son fondateur). Enfin, les écoles paroissiales que loue le professeur Abraham sont les mêmes que fuient les parents évangéliques, car elles n'ont plus de religieux que le nom.


Voir aussi

Juge américain accorde le statut de réfugiés politiques à des parents-éducateurs persécutés en Allemagne

Famille allemande exonérée de négligence criminelle envers ses enfants qu'elle enseignait à la maison

École à la maison : les familles fuient l’Allemagne

Vers une domination des enfants instruits à la maison aux États-Unis ?

Manitoba — Forte progression des enfants instruits à la maison et dans des écoles indépendantes

Géorgie — Fraude systématique aux résultats scolaires depuis dix ans dans les écoles publiques d’Atlanta

A+ pour l’enseignement à la maison selon une étude des universités Concordia et Mount Allison

L'instruction à la maison serait « antidémocratique » selon un éditorialiste du Devoir

Les enfants instruits à la maison aux États-Unis réussissent mieux que ceux des écoles publiques

Délit de parents trop originaux... Québec serre la vis aux parents qui instruisent leurs enfants à la maison

Les enfants instruits à la maison ont d’aussi bons résultats dans les États peu contraignants que dans les États tatillons

Mouvement américain prône retrait massif de l'école publique pour éviter « dissonance cognitive » que la Cour suprême du Canada valorise

Suède — Cour d'appel retire les droits parentaux de parents coupables d'instruction à la maison

École à la maison en Allemagne — « Accompagnez-nous maintenant de gré ou plus tard de force »





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dimanche 7 avril 2013

La gauche est toujours prête à faire pleurer les ouvriers, mais pas à mécontenter les intellectuels

Extraits d'un entretien entre le sociologue Mathieu Bock-Côté et le politologue Marc Crapez :

Bock-Côté — Les socialistes ont pris l’habitude, depuis Mitterrand, de compenser leurs échecs économiques par une offensive idéologique marquée sur les questions « sociétales ». [Voir le cas d'Obama : États-Unis : Mauvais chiffres de l'emploi, on va reparler de plus belle du mariage homosexuel.] En 1981, incapables de « rompre avec le capitalisme », ils se sont convertis au multiculturalisme. Aujourd’hui, ils semblent rééditer l’exploit. François Hollande s’était présenté aux élections dans le rôle de celui qui casserait l’arrogance des riches et sortirait la France de la crise mondiale. Il n’y peut rien. Donc il mise beaucoup sur le mariage gay et d’autres questions « sociétales », qui permettent de réactiver le clivage gauche-droite, en présentant la gauche comme le parti de l’ouverture à la diversité, et la droite comme le parti du repli traditionaliste et du refus de la modernité. Est-ce que ma description est exacte ? Et surtout, la France est-elle condamnée à toujours répéter ce scénario ? Peut-on lui imaginer un autre programme ?

Marc Crapez — En France, la gauche est toujours prête à renier ses promesses sociales, mais elle ne lâche jamais sur le terrain sociétal. Elle est prête à faire pleurer les ouvriers, mais pas à mécontenter les intellectuels. Une fois au pouvoir, la gauche française « n’inquiète pas les intérêts », constatait déjà le politologue André Siegfried il y a 60 ans. En revanche, elle s’emploie à satisfaire la mystique des intellectuels de gauche en frappant compulsivement la vieille société, ses mœurs et ses traditions. L’escroquerie fondatrice de la gauche est qu’on ne peut pas à la fois augmenter les libertés publiques et réduire les inégalités sociales. On ne peut pas améliorer les conditions de vie du plus grand nombre si l’on cultive un clientélisme en faveur des fonctionnaires et des associations subventionnées. La gauche est donc condamnée à décevoir les espérances de justice que suscite sa démagogie électoraliste. Faute de pouvoir améliorer les conditions de vie concrètes, elle s’emploie à modifier les manières de penser.

Un fait notable, jamais relevé par les journalistes français, est la gauchisation de ce gouvernement par rapport au précédent gouvernement de gauche de Lionel Jospin, il y a quinze ans. Si les anciens militants d’extrême-gauche ont obtenu des postes au sein du PS plutôt que des ministères (Harlem Désir, David Assouline), des ministères ont été confiés à des gens très marqués à gauche (Arnaud Montebourg, Christiane Taubira) et des ministères symboliques comme l’Éducation nationale et la Culture ont été donnés à des personnalités modérées économiquement mais proches intellectuellement de l’extrême-gauche (Vincent Peillon  [ministre de l'Éducation, voir nos billets] et Aurélie Filippetti). Ce rapport de force interne fait pression en faveur des réformes sociétales.

[...]

[François Copé, UMP centre-droite] raconte dans son livre sa stupéfaction lorsqu’un médecin déclara à sa fille de 3 ans : « Heureusement, tu es plus gentille que ton père ». Cette atmosphère de chasse aux sorcières traite en paria quiconque refuse de donner des gages à l’extrême-gauche. C’est un fourvoiement complet des idéaux antiracistes des origines, qui consistaient à refuser la loi du plus fort, la médisance et les jugements expéditifs.

Dans ces conditions, lorsque François Fillon [concurrent de Copé au sein de l'UMP] feint de redouter une UMP « rongée par l’extrême-droite », il cherche cyniquement à courtiser la gauche médiatique. À défaut d’idées, il fait semblant de soupçonner Copé d’être attiré par l’extrême-droite. Quant à Sarkozy, il avait lancé au peuple de droite un « je vous ai compris » qui n’a pas été suivi d’effet. Son retour ne me paraît pas souhaitable. Cette perspective entretient un parfum de bonapartiste et de caporaliste qui ne contribue pas à cimenter la droite sur un socle commun modéré, gaulliste, conservateur et libéral.

[...]

Bock-Côté — Je l’évoquais dans ma première question : la rupture entre les élites et le peuple. Elle est partout visible dans les sociétés contemporaines. Quelles sont les lignes de fracture les plus visibles entre les premières et le second? Et qu’est-ce qui sépare les élites du peuple? Le rapport au territoire? À la mondialisation? À la nation? Aux mœurs? Et cette fracture est-elle politiquement réparable? Ou est-elle condamnée à s’élargir, à se radicaliser?

Marc Crapez — Que de bonnes questions ! Et tu apportes des éléments de réponse en écrivant que les élites, ayant constaté que les peuples « se portaient à la défense de la civilisation occidentale contre les groupes militants qui s’attaquaient à elle », s’emploient à les court-circuiter « en invitant chaque groupe identitaire ou social à traduire ses revendications en droits fondamentaux qu’il faudrait soustraire à l’emprise de la souveraineté populaire ». Dès lors, les gouvernements n’ont plus de « vision claire du bien commun » et ne comprennent plus que « consulter n’est pas gouverner ».

[...]

Mais actuellement, l’un des problèmes majeurs est la bunkerisation d’élites qui, se croyant dotées d’un discernement de droit divin, voient les peuples comme des obstacles.

[...]




Marc Crapez en 1998 sur la genèse des droites et des gauches. Où l'on apprend que la droite n'est plus la droite, de nombreux socialistes étaient antisémites et de nombreux gens à droite, des libéraux et des catholiques étaient dreyfusards. Ceux qui se revendiquent intellectuels sont souvent des demi-intellectuels de gauche, ils forment la lumpenintelligentsia de Max Weber (littéralement la classe intellectuelle en haillons). Sur le modèle du lumpenproletariat.


Voir aussi

Pour le ministre de l'Éducation français, le socialisme est une religion

Michéa : Le sens du passé contre l'illusion adolescente d'un recommencement absolu

Marc Crapez : « De quand date le clivage gauche/droite en France ? »

Bock-Côté : Genèse du multiculturalisme dans la politique contemporaine

Marc Crapez, recension de La gauche et l’antisémitisme





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samedi 6 avril 2013

L'homoparentalité : au nom de l'égalité des droits entre adultes, faut-il créer par la loi des inégalités entre enfants ?

Du journal de gauche Marianne du 27 janvier 2013, article rédigé par E. Conan et J.-D. Merchet :

 « Laurent Joffrin (dans Le Nouvel Observateur) et Bernard-Henri Lévy (dans Le Point) viennent d'avouer leur embarras face à la tournure prise par le débat sur le « mariage pour tous » et l'homoparenté. Avec les mêmes réflexes sartriens face au réel déconcertant : escamoter les vrais problèmes, s'inventer des ennemis imaginaires et décréter qu'avec eux le débat, n'étant pas digne, ne doit pas avoir lieu.

Ce refus de la confrontation a une raison : plus l'on parle de ce projet sociétal, plus se dissocient deux questions différentes : le mariage et l'adoption. Les sondages montrent qu'une [faible et décroissante] majorité de Français approuvent le mariage et qu'une majorité d'entre eux s'opposent à l'adoption [par des couples homosexuels]. Position qui recoupe celle que l'on a comprise de François Hollande et que défendent de nombreuses voix à gauche.



Alors Laurent Joffrin et Bernard-Henri Lévy, qui ont tout oublié de leur jeunesse militante sauf la technique de l'enfumage, osent la plus simpliste des tactiques : ne parler que du mariage qui fait presque consensus et feindre de n'affronter que des intégristes catholiques homophobes. Tout le monde le sait ou le sent, les choses sont plus complexes, et il leur faut dissimuler que les catholiques [sociologiques, historiques] sont majoritairement favorables au mariage homosexuel et que l'on trouve beaucoup d'opposants à l'homoparenté à gauche, à commencer, c'est embêtant, par l'épouse de Lionel Jospin [ex-Premier ministre socialiste], la philosophe et féministe Sylviane Agacinski, et les chevènementistes [gauche nationaliste], guère connus comme des fantassins du Christ-Roi. Ils préfèrent donc dénoncer en boucle les [prétendues] divines insanités d'un évêque ou d'un élu UMP (il y a le choix) devant lesquelles ils brandissent frénétiquement leurs gousses d'ail.

Cette esquive leur permet d'éviter des arguments auxquels ils ne savent pas répondre. On les comprend : contrairement à ce qu'ils répètent pour se rassurer, la principale et la plus gênante objection à l'adoption ne vient pas des « livres sacrés », des « croyances religieuses » ou des « dogmes de la foi » bloqués sur la « sacro-sainte famille » et le respect de la « pure nature », mais relève du plus moderne et plus progressiste des impératifs : le respect des droits de l'homme et du principe d'égalité.

Voilà ce dont ils ne veulent pas parler : le thème de l'« égalité des droits » invoqué pour revendiquer un droit à l'enfant est contradictoire avec les droits de l'enfant à avoir une figure paternelle et une figure maternelle, droit dont nous avons tous bénéficié, en principe sinon en réalité. Il y a bien une rupture d'égalité dans le fait de priver a priori un mineur de l'intimité d'une femme ou d'un homme dans son enfance, et cela sans autre raison que le désir de deux adultes. Ce défaut conceptuel de l'homoparenté plonge nos deux « droits-de-l'hommistes » en plein mutisme : pas une ligne dans leurs éditoriaux sur l'adoption et la procréation médicalement assistée (PMA) autour de laquelle commencent à se déchirer verts et socialistes !

[...]


La seule vraie question - que refusent d'affronter Joffrin et Lévy - est donc celle qu'a bien exprimée Bernadette Laclais, maire de Chambéry et députée PS : « Au nom de l'égalité des droits entre adultes, faut-il créer par la loi des inégalités entre enfants ? » Loin d'être un combat d'arrière-garde (l'archaïsme contre le modernisme), le refus majoritaire de ce droit à l'adoption bafouant celui des adoptés pourrait préfigurer les nouveaux types de conflits provoqués par un individualisme croissant qui réduit la société au jeu des revendications de « droits » sans souci de ceux qui ne sont pas en situation de défendre les leurs. Le philosophe allemand Jürgen Habermas considère que les parents qui veulent choisir le génome de leur enfant commettent un abus de pouvoir. A fortiori lorsqu'ils le condamnent à une enfance privée de différence sexuelle. Du point de vue de l'égalité, il y a donc bien deux problématiques distinctes : la revendication du droit au mariage homosexuel ne prive pas autrui d'autres droits tandis que le droit à l'homoparenté empiète sur celui des enfants, dans l'incapacité de défendre leur droit à une enfance sexuée. Certains d'entre eux le feront dans vingt ans, en demandant à la justice l'accès à leur filiation biologique comme des adoptés par des couples hétérosexuels le font déjà aujourd'hui...

Mettre autrui à disposition

Ajoutons que l'engagement des religieux dans ce conflit si moderne ne s'explique pas d'abord par biblisme ou par naturalisme, mais parce qu'ils font partie, avec d'autres, des derniers défenseurs des faibles et des sans-voix pénalisés par ce social-individualisme en vogue : ils ne sont pas, sur l'homoparenté, en contradiction avec leur propos sur les Roms, les sans-logis, les vieux ou les malades, mais dans la même logique, qui fut longtemps celle de la gauche [Enfin, voir Marc Crapez d'une certaine gauche et encore].

Une liberté des mœurs qui met autrui à sa disposition sans se soucier de son avis se révèle en effet comme la face sociétale de ce néolibéralisme considérant que tout doit se régler selon le droit et le marché : tout ce qui se fait s'obtient, s'achète, se vend. Position ultralibérale bien exprimée par l'homme d'affaires Pierre Bergé : « Louer son ventre pour faire un enfant ou louer ses bras pour travailler à l'usine, quelle différence ? » Où le social-individualisme rejoint le social-libéralisme, comme l'a souligné Christine Meyer, maire adjointe de Nantes : « En tant que femme de gauche, je fais un lien entre le libéralisme économique qui vise à supprimer toute norme ou règle faisant obstacle à la circulation généralisée des marchandises et la libération infinie des désirs qui elle aussi refuse toute norme ou obstacle. »



*Éric Conan est directeur délégué de Marianne
Jean-Dominique Merchet est directeur-adjoint de la rédaction.






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