jeudi 8 août 2024

Immigration — Le Québec manquera d'enseignants à la rentrée

À quelques semaines de la rentrée, les écoles font à nouveau face à un casse-tête insoluble. En pleine pénurie d’enseignants et de personnel qualifiés, et alors que les départs à la retraite sont à la hausse, une forte augmentation du nombre d’élèves (20.000) est prévue au cours des prochains mois . Cela pourrait contraindre Québec à ouvrir jusqu’à 1000 nouveaux postes de professeurs au cours du calendrier scolaire 2024-2025, et ce, même si les classes ont pris fin en juin dernier sans que tous les postes déjà affichés pour la dernière année scolaire aient été pourvus.
 
 Selon des projections préliminaires du ministère de l’Éducation obtenues par La Presse, environ 20 000 nouveaux élèves devraient s’ajouter en cours d’année au réseau primaire et secondaire public de la province. Seulement pour faire face à cet afflux de nouveaux élèves, l’équivalent d’un millier d’enseignants devrait être ajouté au réseau, estime-t-on à Québec.

Or, l’an dernier, les centres de services scolaires ne sont pas parvenus à trouver un enseignant pour chaque poste ouvert en raison de la pénurie de main-d’œuvre.

Dans ce contexte, l’augmentation du nombre d’élèves – qui requiert l’ouverture de plus de postes d’enseignants – pourrait amplifier les effets de la pénurie.

D’où viennent tous ces nouveaux élèves prévus en 2024-2025 ? Le ministère de l’Éducation n’est pas en mesure de décortiquer et préciser sa prévision. Toutefois, pour l’année scolaire 2023-2024, près de 80 % de la hausse provenait d’élèves nés hors du Canada, souligne-t-on au cabinet du ministre de l’Éducation, Bernard Drainville. Ce dernier a d’ailleurs déploré par le passé que la hausse de l’immigration temporaire et du nombre de réfugiés exerçait une pression importante sur les écoles, qui peinent déjà à répondre à la demande.
 
Québec doit faire le point

Au début de la semaine prochaine, le ministre de l’Éducation, Bernard Drainville, aura en main un portrait à jour de la pénurie d’enseignants et de professionnels dans le réseau. Il doit faire le point au cours des jours suivants.

À son cabinet, on indique que la hausse des départs à la retraite et « la hausse prévue du nombre d’enfants dans les classes du Québec [font] en sorte que les besoins d’enseignants seront encore plus importants pour la prochaine rentrée ».

« Ça démontre toute l’importance du nouveau processus que nous avons mis en place pour que les affectations se fassent avant le 8 août afin de nous assurer d’une stabilité plus rapidement. C’est un changement de culture important. On revoit des pratiques qui sont en place depuis des années et ça demande une certaine adaptation. Maintenant, on est réalistes, il va rester des enjeux, notamment de pénurie de main-d’œuvre. On a fait des avancées majeures dans le renouvellement des nouvelles conventions collectives, mais ça prend du temps [pour] inverser une tendance », affirme le cabinet de M. Drainville.

Nicolas Prévost, président de la FQDE, ajoute que « la pénurie va durer encore un petit bout ». « Il y a plus de gens qui partent à la retraite que de jeunes diplômés. Mathématiquement, on n’y arrive pas », dit-il.
 

Chiffres 
  • 1 157 761 Nombre d’élèves en formation générale des jeunes pour l’année scolaire 2023-2024. Le nombre d’élèves pourrait croître de 20 000 au cours de l’année scolaire 2024-2025.
  • 88 448 Nombre total de postes d’enseignants dans le réseau scolaire public
  • 471 Nombre de postes à pourvoir au 20 mai 2024

mardi 6 août 2024

La réalité en Grande-Bretagne est bien pire que vous ne croyez

Texte de l’auteur Konstantin Kisin (Kisine), un immigré russe installé en Angleterre depuis 1996.

Pour expliquer ce qui se passe en Grande-Bretagne, la droite s’en prend à Keir Starmer.

La réponse de la gauche à ce qui se passe est d’accuser l’« extrême droite ».

La réalité est bien pire.

Cela n’a rien à voir avec le gouvernement actuel et quelques idiots racistes déchaînés sont le cadet de nos soucis.

Oui, les criminels violents doivent être poursuivis et condamnés à de lourdes peines. Et oui, Starmer et les hauts responsables de la police ont mal géré la situation.

Mais les conséquences de cette situation sont inéluctables.

En 2001, 87,5 % de la population était d’origine britannique blanche

La Grande-Bretagne a une économie stagnante qui repose sur une main-d’œuvre étrangère à bas salaire et une population qui n’en peut plus de l’immigration de masse.

Nous avons une frontière ouverte. Non, ce n’est pas une exagération. Lorsque je suis arrivé en Grande-Bretagne en 1996, l’immigration légale nette était d’environ 55 000 personnes par an. C’est le nombre de personnes qui viennent ici illégalement chaque année aujourd’hui.

Nous avons une population musulmane qui, comme tout grand groupe, est composée de toutes sortes de personnes. La plupart d’entre elles sont honnêtes et respectueuses de la loi. Mais en tant que population, la communauté musulmane ne s’est pas intégrée : plus de musulmans britanniques ont rejoint ISIS et Al Nusra que l’armée britannique, selon le Guardian et le New York Times. Cherchez sur Google.

La Loi sur l’égalité a introduit les « caractéristiques protégées », qui font que les membres de certains groupes raciaux, ethniques et religieux ont droit à un traitement spécial.

En 2021, 74,4 % de la population était d’origine britannique blanche

 

Pour cette raison, mais aussi en raison de l’introduction plus large de l’idée de « diversité et d’inclusion », la police, les travailleurs sociaux et toutes sortes de fonctionnaires ont fermé les yeux sur les crimes commis par des groupes raciaux et ethniques particuliers. Un bon exemple est celui des « gangs de toilettage/dressage » [prostitution de mineures blanches], des groupes composés principalement d’hommes pakistanais et bangladais qui s’attaquaient aux filles blanches et sikhes pour les violer en groupe. Selon les estimations, il y aurait eu plusieurs centaines de milliers de victimes. Ces crimes ont été commis pendant plus de 40 ans et se poursuivent encore aujourd’hui.

La population britannique blanche est en déclin démographique. Elle ne fait pas assez d’enfants, alors que les immigrés et les minorités ethniques en font beaucoup. Avec une immigration de masse de 600 000 à 700 000 personnes par an, la plupart des villes britanniques sont aujourd’hui méconnaissables. Les Britanniques blancs sont déjà une minorité à Londres et dans d’autres grandes villes et deviendront une minorité dans le pays tout entier au cours de notre vie.

Il est important de comprendre que la Grande-Bretagne ne ressemble pas à l’Amérique. Jusqu’à très, très récemment (2001), les Britanniques blancs représentaient près de 90 % de la population. La Grande-Bretagne n’est pas et n’a jamais été une « nation d’immigrants ».

 Mais ce sera bientôt le cas. En dépit du fait que les Britanniques ont voté contre ce projet chaque fois qu’ils en ont eu l’occasion. Ils ont voté contre en 2010, 2015, 2016 (Brexit), 2017 et 2019 lorsque les personnes qu’ils ont élues ont promis d’arrêter l’immigration de masse et de mettre fin à l’immigration illégale. Lors des dernières élections, ils ont renoncé à voter pour les conservateurs [qui n’avaient pas respecté leurs promesses] et ont voté pour le Reform Party anti-immigration de Nigel Farage ou n’ont pas voté du tout, d’où le taux de participation le plus bas depuis un siècle.

C’est l’une des raisons pour lesquelles la censure et la police de la pensée se renforcent au Royaume-Uni. À mesure que les gens commencent à exprimer leur désaccord avec ce qui se passe, le gouvernement doit de plus en plus exercer une répression pour maintenir le statu quo. C’est l’une des raisons pour lesquelles ils s’en prennent à @elonmusk
 — Il a créé une plateforme qui nous permet de voir de nos propres yeux que l’empereur est nu.

Les émeutes auxquelles vous assistez ont de nombreuses causes sous-jacentes. Beaucoup de ceux qui mettent le feu et pillent les magasins ne sont que des voyous violents à la recherche d’un frisson bon marché. Les autorités leur jetteront la pierre, ce qu’elles doivent faire.

Mais ce qu’elles ne feront pas, c’est s’attaquer à la cause des tensions qui bouillonnent sous la surface. Elles se contenteront de renvoyer la résolution du problème aux calendes grecques.

J’espère que cette flambée de violence pourra être calmée, mais vous vous faites des illusions si vous pensez que ce sera la fin.

P.S. De nombreuses personnes courageuses nous ont prévenus de ce qui allait se passer. Ils ont tous été diabolisés et ignorés.


Source

 

Voir aussi

Les autorités britanniques vont arrêter et poursuivre les citoyens qui RETWEETENT tout contenu considéré comme « incitant à la haine » (considéré par les autorités comme tel, ce qui pourrait bien se résumer à ne pas approuver la politique migratoire ou communautariste du gouvernement).

Terroriste de l'État islamique admis au Canada, naturalisé canadien, y planifiait avec son fils un grave attentat

« Comment ce terroriste de l'État islamique [Daech] est entré au Canada? Comment il a obtenu sa citoyenneté ? » s'interroge le chef adjoint du Parti conservateur du Canada, Luc Berthold, en demandant une réunion d'urgence du comité de la Sécurité publique à la suite de l'arrestation de présumés terroristes à Toronto.

Rappelons que la Gendarmerie royale du Canada (GRC) a annoncé mercredi dernier, le 31 juillet, à Newmarket l'arrestation de deux individus soupçonnés d'être engagés dans des activités terroristes du groupe armé État islamique. C'est l'Équipe intégrée de la sécurité nationale de la GRC qui a permis le coup de filet après un mois d'enquête dans la région torontoise.

Les deux individus sont Ahmed Fouad Mostafa Eldidi, 62 ans, et son fils de 26 ans, Mostafa Eldidi, tous deux de Toronto.

Le commissaire adjoint de la GRC, Matt Peggs, assure que l'attentat qu'ils auraient planifié à Toronto a été déjoué et que le public ne fait face à aucun danger.

L'attaque était à un stade avancé, selon la GRC. Les faits reprochés se seraient produits du 1er au 29 juillet dernier dans la banlieue torontoise.

Les deux hommes font face à neuf accusations dont celles de conspiration, dans le but de commettre un meurtre pour le compte ou sous l'ordre du groupe armé État islamique.

Ils sont aussi inculpés pour avoir participé en toute connaissance de cause à des activités du groupe armé dans le but de l'aider à perpétrer des attentats.

Les deux hommes ont été arrêtés le 28 juillet dans un hôtel de Richmond Hill, au nord de la métropole, dans des circonstances qui n'ont pas été expliquées. L'hôtel n'a pas été identifié.

L'homme de 62 ans fait en plus face à une accusation de voies de fait graves, mais à l'extérieur du Canada, en 2015, dans un pays qui n'a pas été précisé non plus.
Mostafa Eldidi
Ahmed Fouad Mostafa Eldidi

Selon un rapport de Global News, Mostafa Eldidi n'est pas citoyen, mais son père l'est, bien qu'il ait été accusé d'avoir commis des voies de fait graves pour ISIS à l'extérieur du Canada en 2015. Cette accusation découlait d'une vidéo d'ISIS, qui montrait un homme démembrant un prisonnier à l'aide d'une épée.

Pourtant, les fonctionnaires de l'immigration, la GRC, le SCRS (Service canadien du renseignement de sécurité) et les services de sécurité aux frontières n'ont pas remarqué ce détail et ont laissé Ahmed Fouad Mostafa Eldidi devenir un membre à part entière de la société canadienne.

Comment cela s'est-il produit ? Pourquoi a-t-il été autorisé non seulement à entrer dans notre pays, mais aussi à en devenir citoyen  Il s'agit là d'une grave défaillance en matière de sécurité qui aurait pu avoir des conséquences catastrophiques.

Selon le National Post, c'est une question de chiffres. Lorsque vous laissez entrer plus d'un million de personnes dans le pays chaque année, qu'elles soient permanentes ou temporaires, il est impossible de les contrôler correctement, à moins de mobiliser les vastes ressources supplémentaires requises.

Émeutes au Royaume-Uni: l’implosion de la société multiculturelle

Un texte de Mathieu Bock-Côté paru dans le Journal de Québec :

Le Royaume-Uni est soumis à de graves émeutes anti-immigration. La presse internationale accuse « l’extrême-droite » d’en être responsable.

Massacre de trois fillettes par un fils d'immigrés rwandais

On semble souvent oublier qu’à l’origine de ces émeutes, évidemment condamnables, on trouve le massacre de trois fillettes par un fils d’immigrés rwandais, qui a suscité la colère du pays. Ce crime atroce a été interprété comme un symbole de la radicalisation des tensions interethniques.

Lorsqu’on le mentionne quand même, on affirme, dans un mensonge décomplexé, que ces massacres n’auraient rien à voir avec les présentes émeutes.

Diversité

On oublie aussi de mentionner que la désagrégation de la société britannique ne date pas d’hier. Celle qu’on appelle la «classe ouvrière blanche» en a particulièrement souffert.

L’exploitation sexuelle de jeunes filles britanniques par un gang pakistanais, pendant des années, à Telford, en a donné un bon exemple. Le tout fut révélé en 2018. Les services sociaux de la place connaissaient pourtant la situation depuis longtemps, mais personne n’osait dénoncer la chose, de peur de se faire traiter de raciste.

La question n’était pas de savoir si la situation sociale exploserait, mais quand, d’autant que l’opposition à l’immigration massive au Royaume-Uni ne dispose pas vraiment de véhicule politique, à la différence des pays continentaux.

Évidemment, ces émeutes sont condamnables, car la violence politique est toujours à proscrire. S’en prendre à un foyer de migrants est absolument injustifiable. On tend à l’oublier, mais une société qui se réchauffe politiquement voit remonter à la surface les sentiments les moins honorables, les comportements les plus répréhensibles.

Il ne faudrait toutefois pas oublier que les «Britanniques de souche» ne sont pas les seuls émeutiers. On trouve aussi des milices islamistes armées, qui n’hésitent pas à exercer leur souveraineté sur ce qu’elles considèrent être un territoire conquis. Elles ne sont pas étrangères au racisme antiblanc.

Ces milices sont d’ailleurs protégées par les forces de l’ordre, qui prennent leur parti.

Elon Musk se demande si toutes les « communautés » sont protégées en Grande-Bretagne.

Selon le journaliste Andy Ngô à Birmingham, Angleterre, le 5 août - Des membres armés de la "patrouille musulmane" ont encerclé et attaqué un pub après avoir parcouru le quartier à la recherche de Blancs d'extrême droite à attaquer. (La rumeur d'une manifestation d'extrême droite ne s'est jamais concrétisée).

Les émeutiers musulmans ont attaqué des journalistes et découpé le véhicule d'une équipe de Sky News. La @WMPolice a déclaré qu'elle avait mis en place des "plans bien rodés" pour faire face aux manifestations d'extrême droite. Mais elle ne s'est pas présentée au groupe d'environ 300 musulmans qui se sont mobilisés pour une action directe.


Dans tout cela, le gouvernement travailliste est résolu à faire preuve de la plus grande sévérité. Très bien: on ne fait pas de compromis avec la violence.

La chose étonne toutefois de la part de Keir Starmer, le premier ministre britannique, qui s’était montré très compréhensif au moment des émeutes raciales qui ont suivi la mort de George Floyd, en 2020, aux États-Unis. Elles ont pourtant causé d’immenses ravages – ceux qui parlaient à l’époque de manifestations pacifiques mentaient ouvertement.

Y a-t-il ici deux poids deux mesures?

Violence

Starmer entend aussi profiter de la situation pour restreindre le périmètre de la liberté d’expression, en contrôlant encore plus les réseaux sociaux. On s’en doute, toute remise en question de l’immigration sera assimilée à un propos haineux à interdire.

Fondamentalement, ces émeutes sont la conséquence d’une société transformée autoritairement par cette immense entreprise d’ingénierie sociale qu’a été l’immigration massive depuis 50 ans. Le «vivre-ensemble» entre des populations trop culturellement différentes, de civilisations incompatibles, est une lubie de technocrates et d’idéologues.

Le mythe de la diversité heureuse s’effondre.

Et tous, vraiment tous, en sortent perdants.

Britannique arrêté par la police à son domicile pour contravention à l'article 127 de la Loi sur les communications de 2003 qui prévoit que « Une personne se rend coupable d'une infraction si, dans le but de causer une gêne, un désagrément ou une anxiété inutile à autrui, elle -- utilise de manière persistante un réseau public de communications électroniques. »

Samantha Smith a participé à une émission sur GBNews pour discuter avec Mark Steyn des gangs pakistanais qui s'adonnaient à la prostitution juvénile de jeunes blanches à Telford. Le lendemain, des policiers ont frappé à sa porte, exigeant qu'elle leur parle de son passage à la télévision. Samantha Smith ajoute : « Ils ont ignoré les victimes pendant des décennies, mais ils ont essayé de m'intimider pour avoir exposé leurs défaillances en direct à la télévision. »

lundi 5 août 2024

Jeremy Stubbs : « Le multiculturalisme à l’anglaise est mort il y a très longtemps »

Lors de l’émission Punchline Eté du 05/08/2024, Jeremy Stubbs, spécialiste du Royaume-Uni et directeur adjoint de la rédaction de Causeur, était présent sur le plateau. Il a évoqué les émeutes au Royaume-Uni : «Le multiculturalisme à l’anglaise est mort il y a très longtemps».


Pour le dire crûment, le multiculturalisme à l'anglaise est mort il y a très longtemps. Et son arrêt de mort a été signé par des dirigeants successifs du pays. Je vous donne un exemple. En 2004-2005, il y a eu justement dans la région du nord-ouest de l'Angleterre des émeutes anti-immigration à l'époque, aussi violentes qu'aujourd'hui. Tony Blair, le travailliste qui était premier ministre, a commandé cinq rapports dans la suite de ces événements. Chaque rapport disait le multiculturalisme est mort, il ne marche pas.

D'ailleurs, il n'a jamais été une politique officielle.

Et je dirais même que, en fait, que ce soit en France ou au Royaume-Uni, les gens arrivent, ils s'installent, les choses s'arrangent sur le terrain et quand ça se passe bien, l'État arrive pour dire, voilà, notre politique a bien marché.

Et quand ça se passe mal, comme en ce moment, l'État dit, ah oui, mais vous ne suivez pas notre politique.

Que ce soit en France, on a l'universalisme, en Angleterre, on a le pseudo-multiculturalisme. À la fin, ce sont des mots que les États mettent sur leur impuissance.

Controverse olympique — quand Erdogan « murmure à l’oreille de François »

ROME – Quels que soient ses objectifs ou ses tactiques, le président turc Recep Tayyip Erdogan est sans aucun doute un redoutable acteur politique. Au cours de ses vingt années au pouvoir, il a mis au point une stratégie économique populiste connue sous le nom d'Erdonomique, a fait de l'islam modéré une force politique puissante et a positionné la Turquie comme une puissance régionale et mondiale, tout en conservant une base solide de soutien national.

Samedi, le dirigeant turc a ajouté un autre exploit à son CV, sans doute non moins impressionnant : obtenir du pape François qu'il fasse quelque chose qu'il ne voulait manifestement pas faire – dans ce cas, s'exprimer, enfin, sur la controverse autour de la cérémonie d'ouverture des Jeux olympiques de Paris, huit jours auparavant.
 

Étant donné l’entêtement notoire du pontife argentin lorsqu’il se sent acculé, le fait qu’Erdoğan ait réussi là où d’autres avaient échoué, y compris des membres de la hiérarchie du pape, doit être considéré comme assez impressionnant.

Samedi soir à Rome, la salle de presse du Vatican a publié un communiqué en français dans lequel elle affirmait que le Saint-Siège était « attristé » par la cérémonie du 26 juillet et souhaitait se joindre aux « voix qui se sont élevées ces derniers jours pour déplorer l'offense faite à de nombreux chrétiens et croyants d'autres religions ».



 Le communiqué a minima du Saint-Siège:

Communiqué du Saint-Siège, 03.08.2024
 


Le Saint-Siège a été attristé par certaines scènes de la cérémonie d’ouverture des Jeux Olympiques de Paris et ne peut que se joindre aux voix qui se sont élevées ces derniers jours pour déplorer l’offense faite à de nombreux chrétiens et croyants d’autres religions.

Dans un événement prestigieux où le monde entier se réunit autour de valeurs communes ne devraient pas se trouver des allusions ridiculisant les convictions religieuses de nombreuses personnes.

La liberté d’expression, qui, évidemment, n’est pas remise en cause, trouve sa limite dans le respect des autres.


La référence était bien sûr à l’apparente parodie de la Cène, qui a provoqué une indignation mondiale.

Le communiqué du Vatican ajoute qu'un événement destiné à favoriser l'unité mondiale ne devrait pas ridiculiser les croyances religieuses et précise que même si la liberté d'expression n'est pas en cause, elle doit être mise en balance avec le respect des autres.

Dans les écoles de journalisme, on enseigne aux futurs journalistes que parmi les six éléments classiques d’un article de presse – qui, quoi, où, pourquoi, comment et quand – le « quand » est généralement le moins important. Il s’agit là de l’exception qui confirme la règle, car dans ce cas précis, le « quand » est en fait le cœur du problème.

Le communiqué du Vatican a été publié à 19h47, un samedi soir, une heure inhabituelle pour un communiqué sur autre chose qu'une situation d'urgence. Il est clair que cela n'était pas admissible, puisque la cérémonie en question avait eu lieu huit jours auparavant. Le Vatican a eu de nombreuses occasions de commenter de manière plus classique, notamment lors du discours de l'Angélus du pape lui-même la semaine précédente.

En fin de compte, c’est Erdogan qui semble avoir débloqué la situation.

Mardi dernier, le président turc a déclaré aux membres de son parti au pouvoir, l’AKP, qu’il appellerait le pape François « à la première occasion » pour l’exhorter à dénoncer la scène « dégoûtante » des Jeux olympiques. Jeudi, son bureau a publié un communiqué sur les réseaux sociaux indiquant que l’appel avait eu lieu, affirmant que François avait remercié Erdoğan pour sa « sensibilité contre la profanation des emn rs religieuses ».

Le Vatican se retrouva alors face à deux choix : soit ne rien dire, et laisser ainsi le dirigeant turc dans l'expectative, soit dire quelque chose, même à contrecœur. Finalement, le Vatican a choisi la deuxième option.

Avant samedi, le silence du pape sur la controverse de la Cène donnait presque l'impression qu'il cherchait à remporter une médaille olympique en se taisant. Sa réticence était particulièrement frappante étant donné le nombre d'évêques catholiques qui s'étaient exprimés, le pape brillait par son absence.

Pour ce qui est des raisons, plusieurs facteurs s’imposent.

Tout d’abord, ce n’est pas le seul cas où des critiques se sont plaintes de son silence présumé. Depuis des années, un flot de mécontentement circule autour de la réticence du pape à condamner publiquement la politique de la Chine en matière de droits de l’homme et de liberté religieuse. Plus récemment, des voix se sont élevées contre la retenue du pape lorsqu’il s’agit de condamner la Russie et Vladimir Poutine pour la guerre en Ukraine.

Dans les deux cas, les partisans du pape François affirment qu'il vise un objectif plus important : avec la Chine, il s'agit de relations diplomatiques complètes ainsi que de la protection de la petite minorité catholique du pays, tandis qu'avec la Russie, il s'agit de la possibilité de servir d'arbitre neutre dans une tentative de négociation de la paix.

Certains observateurs ont détecté ici un calcul similaire.

Le pape François n'a peut-être pas été enclin à engager un combat diplomatique avec la France en ce moment, ont-ils avancé, en partie à cause de la décision prise en mars dernier d'insérer un prétendu droit à l'avortement dans la constitution du pays. D'autant plus qu'une coalition de gauche est peut-être sur le point d'arriver au pouvoir, une coalition qui ne serait probablement pas encline à se montrer amicale envers l'Église. Peut-être le pontife a-t-il estimé que le moment était venu de prendre de la hauteur. [Ceci nous apparaît un calcul naïf si c'est ce que pensait le pape argentin : la gauche française (et cela comprend Macron) ne tiendra nul compte d'une objection timorée du Vatican de toute façon. Un silence papal sera considéré comme un soutien tacite ou un aveu de très grande faiblesse.]

Plus fondamentalement, les partisans du pape François affirment qu'il n'a pas voulu envenimer la situation et que, de toute façon, il a d'autres chats à fouetter. C'est ce qui ressort, par exemple, d'une analyse du site d'information italien Il Sussidiario, généralement favorable au pape, concernant l'appel d'Erdogan avec François.

« Le 'profil bas' du pape François vise à ne pas jeter davantage d'huile sur le feu, dans un conflit où la religion est loin d'être le véritable thème central », affirme l'article de Niccolò Magnani.

« La cérémonie d’ouverture des Jeux olympiques, plutôt ennuyeuse, parle de provocations, qui sont une fin en soi, de culture woke, etc. », écrit Magnani. « La liberté chrétienne et la distinction entre foi et politique sont très claires, et ce sont des thèmes à peine plus profonds et plus intéressants qu’une bataille médiatique pour savoir si vous êtes pour ou contre les travestis. »

Il ne faut pas non plus écarter la possibilité que François n'ait pas voulu être associé à certaines des personnalités qui menaient la charge.

En effet, toute chance pour le pape de s’exprimer de son propre chef a probablement été étouffée le 28 juillet, lorsque l’archevêque et ancien nonce italien Carlo Maria Viganò, récemment excommunié et bête noire de la papauté de François, a publié sa propre déclaration de deux pages insistant sur le fait que « la tolérance ne peut pas être l’alibi de la destruction systématique de la société chrétienne ».

À ce stade, François aurait sans doute été plus consterné à l’idée d’être publiquement d’accord avec Viganò que de laisser passer sans commentaire une attaque maladroite contre les sensibilités chrétiennes.

Il faut aussi noter que François était théoriquement en vacances en juillet, les audiences générales et la plupart des autres activités pontificales étant suspendues. De plus, beaucoup de gens s'attendaient à ce que le pape François ait quelque chose à dire, et depuis le début, ce pape se plaît à bouleverser les attentes.

Compte tenu de tout cela, comment Erdogan a-t-il pu convaincre le pape de rompre son silence – même indirectement, par le biais d’une déclaration non signée, et publiée à une heure apparemment conçue pour minimiser l’attention qu’elle susciterait ?

Premièrement, Erdogan a habilement intégré son appel sur les Jeux olympiques à une discussion sur la guerre à Gaza lors de son appel avec le pape, suggérant notamment que François organise des discussions avec les pays soutenant Israël dans le cadre d'efforts diplomatiques visant à éviter l'escalade.

Arriver à une paix en Terre sainte est un rôle que le pape et son équipe au Vatican souhaiteraient ardemment jouer, et si le prix à payer pour obtenir le soutien de l'un des dirigeants musulmans les plus influents du monde dans cet effort était de lui jeter un os sur la controverse olympique, ils ont peut-être estimé que c'était un prix qui valait la peine d'être payé.

En outre, le pape François tente de réorienter le Vatican, qui s'éloigne de son profil historique d'institution occidentale pour jouer un rôle plus global et non aligné, et l'un des éléments clés de ce programme est la sensibilisation du monde islamique. Face à la vague croissante d'indignation islamique suscitée par le tableau olympique, François a peut-être estimé qu'il était plus important de faire preuve de solidarité que de donner libre cours à ses propres penchants.

En tout état de cause, le fait demeure que pendant une semaine entière, les catholiques de tous bords - y compris, en privé, plusieurs évêques qui estimaient que le silence papal portait atteinte à leurs propres protestations et qui ont fait part de leur déception à Rome - ont été incapables d'obtenir une réponse du Vatican, alors que Erdogan, lui, y est parvenu.

Dans la politique turque, l'attribution de surnoms aux dirigeants fait partie du jeu depuis longtemps. Au fil des ans, Erdogan a été surnommé Reis, ce qui signifie "chef", Beyefendi, ce qui signifie soit " gentilhomme ", soit " camarade ", selon que vous l'entendez de manière admirative ou péjorative, et, bien sûr, Calife.

Il reste maintenant à voir si un autre surnom pourrait être ajouté à cette liste croissante : Erdogan en tant que " Celui qui murmure à l'oreille de François ".

Source : John L. Allen Jr. sur Crux Now via Belgicatho

samedi 3 août 2024

« Un CV Sciences Po, je ne le regarde même plus » : quand le monde des affaires prend ses distances avec l’école


Le Figaro explore la situation complexe de Sciences Po Paris, une institution de prestige au cœur du 7e arrondissement de Paris, qui traverse une période de turbulences financières et de réputation. L'institut Mccourt, un bâtiment moderne inauguré en 2022 pour marquer le 150e anniversaire de l'école, a été financé par Frank Mccourt, milliardaire américain et propriétaire de l’Olympique de Marseille. Ce partenariat, d’une valeur de 25 millions de dollars sur dix ans, a récemment été perturbé lorsque Mccourt a suspendu son financement annuel de 2,5 millions de dollars, citant des préoccupations sur la gouvernance de l'école plutôt que sur les manifestations étudiantes liées au conflit israélo-palestinien.

Malgré cette décision, les grandes entreprises partenaires de Sciences Po, telles qu’Eiffage et Schneider Electric, ont confirmé leur soutien à l'institution. Elles minimisent l'impact des récents troubles sur leur partenariat, soulignant que les agitations étudiantes ne devraient pas entacher la relation avec l'école.

Les mauvaises langues pourraient répondre que l’école se débrouille très bien seule pour se saborder. En 2022, le syndicat étudiant Unef et le collectif Zéro fossile avaient eu la peau d’un partenariat avec Totalenergies jugé «climaticide», vieux de vingt ans, qui n’avait pas été «reconduit» en toute discrétion, pour ne pas effrayer les autres partenaires.

Cependant, l'image de Sciences Po est ternie dans le monde des affaires, avec des signes que certains cabinets et entreprises commencent à se détourner des diplômés de l’école en raison des controverses récentes. Un cabinet d'avocats aurait même décidé de ne plus accepter de stagiaires de Sciences Po, et d'autres entreprises réduisent la visibilité des candidatures de ses étudiants, craignant les répercussions sur leur image publique.

«Dans les milieux que je fréquente, on entend l’idée que Sciences Po est en perdition», s’inquiète un haut fonctionnaire. À tel point qu’un grand cabinet d’avocat confie refuser des stagiaires issus de Sciences Po, après les manifestations qui ont entaché l’image de marque de l’école. D’autres rangent les CV de sciencepistes en bas de la pile entassée sur leur bureau. « Un CV Sciences Po, je ne le regarde même plus », explique un cadre dans la banque qui craint d’être un jour affiché sur les réseaux sociaux par un employé ou un stagiaire pour une blague jugée déplacée.

En interne, Sciences Po fait face à des critiques concernant son équilibre financier. Le budget de l'école, de 200 millions d’euros en 2019, repose de plus en plus sur les contributions des mécènes et les frais de scolarité, alors que les subventions étatiques représentent une proportion décroissante. Sous la direction de Richard Descoings, les dépenses ont explosé, augmentant la dépendance de l'école aux fonds privés et aux frais de scolarité élevés. Des dépenses importantes ont été engagées dans l’internationalisation et l'expansion des campus, ce qui, bien que sauvant l’institution d’un déclin certain, a également contribué à sa fragilité financière.

Pour 200 millions d’euros de budget en 2019, le dernier rendu public, les subventions étatiques pèsent 69 millions d’euros, soit 35 %. C’était 66 % en 2000 et 50 % en 2010. Le reste se partage entre l’argent des mécènes et des frais de scolarité en constante augmentation. Sciences Po a beau se targuer d’avoir ouvert socialement l’école, avec la création, en 2001, d’une voie d’accès spécifique pour les lycéens en zone d’éducation prioritaire (ZEP), il faut débourser toujours plus d’argent pour y suivre sa scolarité. Comptez 13 190 euros au maximum pour une année de licence et 18260 euros en maîtrise, contre 2,74 francs par jour en moyenne en 1987 (80 francs par mois). «Moins que le prix d’un café», raconte l’ancien directeur de l’école Richard Descoings, mort dans des circonstances très troubles, dans son livre Sciences Po. De La Courneuve à Shanghaï, publié en 2007.

Disparités salariales

Le controversé directeur Descoings, homosexuel notoire décédé de façon brutale à New York en 2012, a fait exploser le train de vie de l’école en prévoyant une hausse, toujours en vigueur, de 3 % de rémunération par an pour le personnel, soit 1 200 personnes. Une façon d’« acheter la paix sociale » face aux éventuelles contestations sur sa gestion de l’aveu d’un fin connaisseur de la maison, et de « lier les mains de ses successeurs » avec ces accords. Lui parle de « populisme en cravate » ou de «démagogie chic ». En 2011, Mediapart révèle aussi que le directeur émarge à 25 000 € mensuels en plus de jouir d’un chauffeur et d’un appartement de fonction. Un salaire proche de celui octroyé aux dirigeants d’universités américaines, et très au-dessus d’un directeur d’établissement du supérieur, dont les émoluments de l’époque plafonnent à 6 000-7 000 euros par mois

Les émoluments de la direction et les augmentations annuelles du personnel passent d’autant plus mal en interne que la paie des enseignants vacataires, elle, n’a pas bougé d’un iota, comme celle des maîtres de conférences, qui atteint péniblement les 25 euros de l’heure. « Sciences Po joue à l’entreprise moderne quand ça l’arrange, peste un vacataire. Elle ne doit pas oublier que c’est grâce à nous que le système peut perdurer et que l’école est reconnue en France et à l’étranger. » Un autre enseignant est plus philosophe. « De toute façon, on vient à Sciences Po pour le prestige, pas pour l’argent. Et, soyons honnêtes, on préfère tous donner des cours à Saint-Germain-des-Prés plutôt qu’à Jouy-en-Josas. » Mais, si les crises mettent à mal la réputation de l’école, les professeurs se bousculeront-ils toujours pour distiller leur savoir rue Saint-Guillaume?

Les étrangers, une poule aux œufs d’or pour l’établissement

C’est justement sous « Richie» (1996-2012), Descoings était américanomane, que les dépenses de Sciences Po ont explosé, contribuant à fragiliser l’équilibre financier de l’institution et à la rendre dépendante des fonds privés et des étudiants. Elles s’élevaient à 54,7 millions d’euros en 2000, puis à 127 en 2010 et à 196,50 aujourd’hui. Le choix du plus célèbre des directeurs de transformer l’école en une multinationale comme une autre n’y est pas étranger. De l’aveu de tous, l’internationalisation a permis de « désenkyster » Sciences Po, elle l’a sauvé d’un déclin assuré à l’heure de la mondialisation. Mais ce n'est pas sans impact sur le niveau (en baisse en français et en culture générale) et la gauchisation de l'institution (l'anglo-saxonisation a rimé avec radicalisation wokiste).

Cette internationalisation a aussi déstabilisé une vieille maison sortie de terre en 1872, et généré des dérives.  « Sous Descoings, la stratégie s’est résumée à “toujours plus” : plus d’élèves, plus de campus, plus de profs prestigieux et plus de partenariats » [et plus d'anglais], résume une ancienne professeur. Des campus en province ont poussé au Havre, à Reims, à Poitiers, à Nancy, à Dijon, à Poitiers…, avec chacun une vocation particulière (le campus du Havre est tourné vers l’Asie, celui de Menton est orienté vers les pays arabes, etc.).

Les étudiants, 5600 en 2004, sont 15 000 deux décennies plus tard, dont la moitié d’étrangers qui sont une poule aux œufs d’or pour l’établissement hors Union européenne, ils paient plein pot en matière de frais de scolarité.

vendredi 2 août 2024

Anglo-saxonisation de Sciences Po, source de sa radicalisation gauchiste


[…] Le livre Une jeunesse engagée : enquête sur les étudiants de Sciences Po, est venu confirmer la tendance : Sciences Po penche de plus en plus à bâbord. « En 2002, invités à se positionner entre la gauche, la droite ou ni la gauche ni la droite, 57 % des étudiants se situaient à gauche. En 2022, ils sont 71 % (soit +14 points) », écrivent la sociologue Anne Muxel et le politologue Martial Foucault dans cet ouvrage. Au fil du temps, les modérés se sont fait cannibaliser par les Insoumis. En 2002, leur engagement « se portait sur la gauche socialiste et jospiniste. Aujourd’hui, c’est la gauche mélenchoniste qui domine dans la mesure où celle-ci peut apparaître comme garante d’unité et d’efficacité électorale », ajoute Anne Muxel dans une tribune publiée dans Le Monde. Les chiffres parlent d’eux-mêmes. 55 % au premier tour, c’est le score de dictateur africain ou russe obtenu par Jean-Luc Mélenchon chez les étudiants de Sciences Po Paris, à l’élection présidentielle 2022, selon un sondage interne. Et puis, « 28 % considèrent “comme normal que certaines personnes usent de la violence pour défendre leurs intérêts” » (Muxiel et Foucault) 19 % jugent acceptables de dégrader des banques, 22 % d’affronter la police, 13 % d’affronter d’autres manifestants.

Il n’en reste pas moins que les sociaux-démocrates rencontrent toujours un vif succès. En témoigne l’accueil triomphal reçu par Raphaël Glucksmann lors de son retour, le 15 avril, au sein de l’institution où il a été scolarisé à l’aube des années 2000. Après tout, la grande auberge espagnole qu’est devenu Sciences Po (les étrangers représentent 50 % des étudiants) ne pouvait qu’être séduite par le porte-étendard du fédéralisme européen.

L’anglo-saxonisation assumée de l’école semble déterminante pour expliquer ce virage

L’anglo-saxonisation assumée de l’école, lancée par feu Richard Descoings, semble déterminante pour expliquer ce virage, de l’aveu des fins connaisseurs de l’institution. Elle a contribué à former des « produits » mondialisés et à « gauchiser » l’école sur les questions sociétales. « Longtemps, Sciences Po a brillé par son “extrême centrisme”. Mais l’ouverture aux quatre vents, et les influences américaines ont changé la nature de l’école et des enseignements », constate un diplômé, devenu professeur de philosophie. Un professeur titulaire raconte que nombre d’étudiants, assez modérés, partent en troisième année en échange dans des universités anglo-saxonnes et, « à leur retour, tiennent des discours délirants sur l’existence d’un “racisme d’état” en France et expliquent que les “racisés” souffrent d’“invisibilisation” », souffle-t-il. « Ce terme est galvaudé, mais on peut difficilement nier la présence du wokisme à Sciences Po — une grosse partie des étudiants pense le monde à travers le prisme des minorités », constate Christophe de Voogd, professeur affilié à Sciences Po où il enseigne les usages de l’histoire, les idées et la rhétorique politiques au collège universitaire et en maîtrise, pour qui le phénomène s’est accentué depuis l’attaque menée par le Hamas contre Israël le 7 octobre. Tous woke à Sciences Po ? « Il y a un décalage net entre des étudiants asiatiques, notamment chinois, particulièrement conservateurs en matière de mœurs ou sur les évolutions sociétales, et les étudiants britanniques et américains dont les positions sont plus “progressistes” sur la question des droits LGBT ou la place des minorités dans la société », nuance Christophe de Voogd.

Quasi-disparition de la droite à Sciences Po alors que la société se droitise

Quant à la droite, paix à son âme. Pascal Perrineau a vu de ses yeux sa quasi-disparition. « Cette année, la section des Républicains de Sciences Po m’a invité à dîner. Ils étaient six », sourit le professeur. En 2002, les étudiants étaient 22 % à se revendiquer de cette couleur politique, contre 14 % en 2022 et à la dernière élection présidentielle, Marine Le Pen, Valérie Pécresse, Éric Zemmour et Nicolas Dupont-Aignan, à eux quatre, ont recueilli 7 % des suffrages. « La droite n’a jamais été aussi faible à Sciences Po », résument Muxel et Foucault. Dans un contexte de droitisation de la société, difficile de ne pas y voir un fossé entre la fabrique de l’élite et le reste de la société, d’autant que désormais, même les enfants de conservateurs se mettent à renier la tradition politique familiale. L’enquête d’Anne Muxel et de Martial Foucault montre que 87 % des étudiants déclarant leur père à gauche se positionnent eux-mêmes à gauche, et seuls 24 % déclarant leur père à droite se revendiquent de droite. Le Rassemblement national, lui, reste marginal à Sciences Po. En 2015, la constitution en association du parti de Marine Le Pen dans l’établissement de la rue Saint-Guillaume avait fait couler beaucoup d’encre. Aujourd’hui, les rares voix à oser prendre position pour la droite radicale sont plus « zemmouristes » que « marinistes », l’ancienne candidate à la présidentielle étant jugée trop « populo », « Éric Zemmour, c’est socialement acceptable dans les milieux de la bourgeoisie de droite. Alors que Marine Le Pen est perçue comme la candidate des ploucs », analyse une sommité de l’école.

[…] 

Source : Le Figaro

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La France compte de moins en moins de bébés


La France continue de voir sa natalité baisser drastiquement. Sur les six premiers mois de l'année 2024, un peu plus de 326.000 bébés ont vu le jour en France, soit un recul de 2,4% par rapport à la même période l'année précédente.

La natalité française en chute libre. C'est ce que révèlent les données provisoires publiées jeudi 2 août par l'Insee. Si ce constat avait déjà été posé pour l'année 2023, le bilan démographique de la France à mi-chemin de 2024 ne semble marqué d'aucune amélioration, au contraire : seuls 326.000 enfants sont nés en France sur cette période, soit 2,4% de moins par rapport à la même période l'an dernier. Au mois de juin 2024, 52.701 naissances ont été enregistrées, soit 1.757 naissances en moyenne par jour. Ceci correspond à une baisse de 7,9% par rapport à juin 2023. Depuis plus de deux ans (25 mois exactement), chaque mois, le nombre de naissances est inférieur à celui du même mois un an auparavant.


La baisse de la natalité française est loin d'être nouvelle. Elle s'est amorcée dès 2011, et depuis les naissances sont chaque année moins nombreuses. Seul un rebond avait été constaté en 2021, conséquence de la crise sanitaire. Déjà en 2023, cette baisse démographique avait atteint un record : alors qu'elle était de 1,6% par an environ entre 2014 et 2019, elle avait atteint 6,6 % en 2023. Le nombre de naissances était ainsi passé sous la barre symbolique des 700.000, pour la première fois depuis la fin de la Seconde guerre mondiale.

Baisse du taux de fécondité à 1,68 enfant/femme (en âge de procréer)

Cette baisse de la natalité s'explique tout d'abord par le facteur démographique : le nombre de femmes en âge d'avoir des enfants, soit âgées entre 20 et 40 ans, a diminué. D'autre part, le taux de fécondité de ces femmes ne cesse, lui aussi, de diminuer. En 2023, l’indicateur conjoncturel de fécondité s’établissait à 1,68 enfant par femme, après 1,79 en 2022. "Auparavant, les Français étaient moins nombreux qu'ailleurs à ne pas avoir d'enfant et plus nombreux qu'ailleurs a en avoir trois", indique à l'AFP Didier Breton, chercheur associé à l'Institut national d'études démographiques (Ined). Emmanuel Macron avait appelé au "réarmement démographique" de la France en 2023, et annoncé notamment la création d'un "congé de naissance" de six mois pour remplacer le congé parental et encourager ainsi la parentalité, pour le moment sans succès.

Malgré un fort désir d’enfants, la France s’enfonce dans l’hiver démographique.


Kamala Harris : Une autre phrase circulaire et répétitive

Pour une fois, depuis que Joe Biden a renoncé à la course présidentielle, Kamala Harris ne lisait pas une déclaration préparée. Elle s'est lancée dans une de ces longues phrases circulaires dont elle a le secret :  


« C'est un témoignage extraordinaire de l'importance d'avoir un président qui comprend le pouvoir de la diplomatie et qui comprend la force qui réside dans la compréhension de l'importance de la diplomatie  ».


En 2022, Kamala Harris parlait en ces termes du passage du temps:

« Le gouverneur et moi-même avons visité la bibliothèque et parlé de l'importance du temps qui passe, c'est vrai, de l'importance du temps qui passe. Quand on y pense, le temps qui passe a une grande importance pour ce que nous devons faire pour poser ces fils, ce que nous devons faire pour créer ces emplois. Et le temps qui passe a aussi une grande importance lorsque nous pensons à une journée dans la vie de nos enfants ».


En 2021, K. Harris avait utilisé cette même lancinante musique répétitive pour dire très peu en de nombreux mots :

« Nous devons travailler ensemble pour voir où nous en sommes, où nous nous dirigeons, où nous nous en allons, et notre vision de ce que nous devrions être, mais aussi pour voir que c'est le moment, oui, de relever ensemble les défis et de travailler sur les occasions qui se présentent à ce moment-là.  »