vendredi 20 mai 2022

Lobby musulman contre lobby LGBTQ2SAI+ : 1-0

Un message sur les réseaux sociaux de l’Université Western (à London en Ontario au Canada) soutenant la lutte contre l’homophobie comprenait une illustration de deux femmes en hijab sur le point de s’embrasser. Il a déclenché une réaction virulente de la communauté musulmane de la ville de London qui a forcé les responsables de l’université à le supprimer.


L’image, publiée sur le compte Instagram de l’établissement mardi pour marquer la Journée internationale contre l’homophobie, la transphobie et la biphobie, a suscité une avalanche de critiques de la part de personnes offensées par ce dessin.

Ils ont déclaré que ce message était « inapproprié » et « irrespectueux », car le hijab, un voile islamique, a des connotations religieuses et spirituelles. Une personne a écrit : « Honte à toi, Occidental, pour un billet aussi insultant qui se moque de ma religion ».

En réponse, les responsables de l’université ont d’abord apporté leur appui à cette affiche, soulignant qu’ils comprenaient « la complexité et l’intersectionnalité de ce sujet » et que « l’image choisie pouvait être choquante pour certains musulmans ». Mais mercredi, un responsable de l’université Westerm responsable de l’équité, la diversité et l’inclusion (EDI) a publié un communiqué indiquant que l’image avait été retirée.

« Nous pensons que c’est l’occasion d’une discussion sincère et réfléchie sur la façon dont nous pouvons soutenir au mieux les membres de la communauté musulmane homosexuelle, ainsi que ceux de toutes les confessions religieuses et de tous les milieux au sein de la communauté 2SLGBTQ+ », a déclaré Opiyo Oloya. « Afin de promouvoir cette discussion, nous avons retiré l’image du billet de crainte de gêner ces conversations importantes. »

Un responsable de la communauté musulmane, Iman Abd Alfatah Twakkal, a déclaré que la communauté musulmane de London rédigeait une réponse aux images qu’il a qualifiées d’« inappropriées ».

« Nous respectons les droits de la personne de tout le monde, tels que protégés par la loi ontarienne sur les droits de la personne », a-t-il dit. « Bien que nous comprenions que l’intention est de promouvoir l’inclusion, l’affiche fait le contraire. Le fait de singulariser un symbole religieux musulman dans ce contexte est inapproprié. »

L’affiche a également suscité une pétition demandant à l’université de retirer la représentation des femmes musulmanes. La pétition comptait plus de 33 000 signatures vendredi soir. « Il faut préciser qu’il ne s’agit pas d’une attaque contre la communauté LGBT+ et que l’existence de musulmans homosexuels est reconnue », peut-on lire dans la pétition. « Ce qui est dépeint est extrêmement irrespectueux, indélicat et dénué de perspicacité envers la communauté musulmane dans son ensemble. »

La pétition souligne qu’« Il convient également de préciser que si vous n’êtes pas musulman, vous n’avez pas le droit de nous dire ce que nous pouvons et ne pouvons pas trouver offensant. » 

Sources : National Post, la pétition, Instagram.


«Chez les catholiques pratiquants réguliers, le vote contestataire est désormais dominant»

Une étude de l’IFOP pour La Croix montre que quatre électeurs catholiques sur dix ont voté Marine Le Pen ou Éric Zemmour, et 69 % des musulmans pour Jean-Luc Mélenchon. Le politiste Yann Raison du Cleuziou, spécialiste des religions, analyse ces résultats. « Les catholiques et encore plus les catholiques pratiquants ont un très fort niveau de participation électorale », explique Yann Raison du Cleuziou. Yann Raison du Cleuziou est politiste, maître de conférences à l’université de Bordeaux — Institut de Recherche Montesquieu.


 

LE FIGARO. — Selon une étude IFOP pour La Croix, Marine Le Pen et Éric Zemmour réalisent, au total, 40 % chez les catholiques. Que vous inspire ce chiffre ? Faut-il voir, chez une partie des catholiques, le signe d’une hantise du déclin ?

Yann RAISON DU CLEUZIOU. — Pour interpréter le vote des catholiques, il faut déjà se demander de quels catholiques parle-t-on? Le catholicisme renvoie à des idées, à des identités, et à des formes d’appartenance extrêmement variables dans la société française. Selon les différentes études, entre 45 et 50 % de la population française de 18 ans et plus se déclare catholique. En même temps, seulement 1,8 % des catholiques vont à la messe de manière hebdomadaire.

Par ailleurs, tous les catholiques électeurs ne sont pas des électeurs catholiques. Autrement dit, tous les électeurs catholiques ne votent pas en fonction de leur appartenance religieuse. Il faut faire attention à ne pas surinterpréter la dimension religieuse du vote des catholiques. Une enquête de l’IFOP publiée par La Vie en mars 2022 montre que seulement 22 % des électeurs catholiques pratiquants considèrent que leurs convictions religieuses ont beaucoup d’influence dans leurs choix électoraux.

Depuis la publication des travaux de Guy Michelat et Michel Simon (1977), on sait que tendanciellement, les catholiques pratiquants votent bien plus à droite que le reste de la population française. Au premier tour d’une élection présidentielle sous la Ve République, ils ont toujours voté à 65 ou 70 % pour les différents courants de droite, mais le Front national n’en a jamais profité. En revanche, cette résistance où cette réserve ne se retrouve pas chez les catholiques non-pratiquants qui, depuis les années 1990 votent au-dessus des moyennes nationales pour le Front national.

En ce qui concerne les catholiques non-pratiquants, leur engouement pour le Rassemblement national augmente à mesure que ce parti continue de percer dans le corps électoral français. La nouveauté est ailleurs : les réserves que pouvaient avoir les pratiquants à l’égard du RN sont en train de s’estomper : 21 % d’entre eux ont choisi Marine Le Pen au premier tour de la présidentielle 2022. C’est donc un clair alignement sur les tendances nationales, même s’ils restent encore juste en deçà.

— Si seulement 7 % des non-pratiquants ont voté Zemmour, ils sont 10 % parmi les pratiquants occasionnels et 16 % parmi les réguliers. Dans un contexte d’effondrement statistique, le catholicisme se recompose sur ceux qui restent, les plus fervents et conservateurs ?

— Le score d’Éric Zemmour chez les pratiquants réguliers, soit plus du double de la moyenne nationale, montre une radicalisation de cette frange du catholicisme. Par ailleurs, une enquête pour La Vie de mars 2022 montrait que ce vote pour Zemmour repose sur une dynamique spécifiquement religieuse : 71 % des électeurs catholiques qui votent pour lui le font au nom de leurs convictions religieuses.

C’est très différent du vote Marine Le Pen puisque la candidate du RN obtient 21 % chez les pratiquants réguliers, 26 % chez les pratiquants occasionnels, et 29 % chez les non pratiquants. Plus il y a un détachement de la pratique religieuse, plus le vote en faveur de Marine Le Pen augmente, au contraire du vote Zemmour.

Éric Zemmour a permis la structuration politique d’une droite catholique conservatrice, et par sa rhétorique (le « grand remplacement ») il a contribué à la tirer vers l’extrême droite. Cela s’explique par plusieurs facteurs. Des facteurs politiques liés à la reconfiguration partisane d’abord. Les courants catholiques conservateurs, qui se sont réaffirmés depuis la Manif pour tous, se sont dispersés après 2013 dans tous les partis de droite. Dans ces formations, les catholiques conservateurs (Sens Commun chez LR, le Cercle Fraternité au RN…) ont été mis en échec et marginalisés. Éric Zemmour a accordé à ces réseaux catholiques conservateurs une place centrale, une notabilité qu’ils ne parvenaient pas à avoir dans leur précédent parti. Jean-Frédéric Poisson ou Laurence Trochu n’ont jamais eu autant d’exposition médiatique que depuis leur ralliement à Reconquête !

Les catholiques conservateurs sont conscients du déclin du catholicisme, mais ils ont le sentiment qu’ils sont les seuls à anticiper les effets sociaux profonds que ce déclin va susciter.

Yann Raison du Cleuziou

Cet engouement repose aussi sur le positionnement d’Éric Zemmour et la manière dont il construit les enjeux politiques. Il accorde une place cardinale au catholicisme dans la définition des défis politiques que la France doit relever dans les prochaines décennies. Pourquoi ? Parce qu’il fait du catholicisme l’origine de l’identité nationale. Il en fait ensuite la matrice des formes de gouvernement qui existent en France, lesquels accordent une grande importance à la liberté politique et à la laïcité. Enfin, il en fait le marqueur des mœurs majoritaires. Par conséquent, pour Éric Zemmour, l’effondrement statistique du catholicisme pose des problèmes fondamentaux à la France. Et ces problèmes sont selon lui aggravés par des flux migratoires qui tendent à importer une autre forme de civilisation sur le territoire, une forme de civilisation qu’il identifie à l’islam. Ce discours a été abondamment mis en scène, et suscite un engouement certain chez les catholiques qui pensent que leur religion à une dimension civilisationnelle.

Les catholiques conservateurs sont conscients du déclin du catholicisme, mais ils ont le sentiment qu’ils sont les seuls à anticiper les effets sociaux profonds que ce déclin va susciter. Cette indifférence les accable. Éric Zemmour vient leur apporter de la reconnaissance et les confirmer dans leur vision de la décadence de la France.

— Aussi, 29 % des catholiques ont voté pour Emmanuel Macron, et le vote de gauche n’a pas disparu, y compris chez les pratiquants réguliers, comme cela a pu être parfois avancé. Comment l’expliquez-vous ?

— Emmanuel Macron fait un score tout à fait honorable parmi les catholiques pratiquants réguliers, avec 25 % des voix. Cela reste en deçà des moyennes nationales. Et en 2017, François Fillon obtenait dans le même électorat 55 % des voix au premier tour. Le président sortant ne parvient donc pas à mobiliser derrière lui les catholiques pratiquants qui partagent un positionnement de centre-droit ou un attachement à une droite de gouvernement raisonnable dans son conservatisme.

Chez les électeurs catholiques pratiquants, il y a toujours entre 20 et 25 % de voix qui vont à gauche.

Yann Raison du Cleuziou

Grâce à cette enquête IFOP/La Croix, on observe que le vote contestataire est désormais dominant, à plus de 60 %, chez les catholiques pratiquants réguliers alors qu’auparavant le vote pour les partis de gouvernement était la tendance dominante. C’est un phénomène majeur qui nécessite de nouvelles investigations pour être bien compris. Je pense qu’il peut y avoir un effet de la pandémie de Covid-19. La restriction des libertés publiques et religieuses, la surexposition aux réseaux sociaux, la montée en puissance d’un pouvoir médical dont les catholiques se méfiaient déjà en raison de leur expérience des débats bioéthiques, ont sans doute favorisé une exaspération dans le rapport aux institutions.


 

Jean-Luc Mélenchon, lui, a considérablement augmenté son vote. Cette dynamique est encore plus forte que celle du vote pour Éric Zemmour, mais est moins liée à des considérations religieuses.

Chez les électeurs catholiques pratiquants, il y a toujours entre 20 et 25 % de voix qui vont à gauche. Cette année, le candidat LFI a réussi à prendre un leadership sur toutes les autres candidatures de gauche. La logique de vote utile a fonctionné parmi les catholiques pratiquants. De plus, un certain nombre de personnalités catholiques, comme l’économiste et jésuite Gaël Giraud ou Samuel Grzybowski, cofondateur de la Primaire populaire, avaient appelé à voter pour Jean-Luc Mélenchon.

— En termes de participation, 78 % des catholiques ont mis un bulletin dans l’urne. Est-ce lié à un sens du civisme plus prononcé ou en raison du statut social des catholiques, en moyenne plus favorisés que le reste des Français ?

— Le très fort civisme des catholiques est un fait établi. C’est un constat qui se renouvelle à chaque élection. Les catholiques et encore plus les catholiques pratiquants ont un très fort niveau de participation électorale. Cela s’explique, historiquement, par une forte conscientisation de l’enjeu moral qu’est la participation à la vie de la cité politique. Ils ont un vrai sens du devoir, et de la culpabilité lorsqu’ils ne peuvent pas participer.

Les travaux de Claude Dargent ou de Vincent Tiberj ont montré que les Français musulmans votent, de manière massive et quasi unanime pour la gauche.

Yann Raison du Cleuziou

Ce phénomène est aussi lié à leur intégration sociale, lié à la classe sociale ou à l’âge. Il ne faut pas oublier que la pyramide des âges du catholicisme est inversée. Les retraités constituent de forts bataillons du catholicisme. Et il est connu que les retraités ont aussi un fort niveau de participation électorale.

— Par ailleurs, 69 % des Français musulmans ont voté Jean-Luc Mélenchon. Est-ce un vote d’adhésion, lié au projet économique du candidat notamment, ou un rejet d’Éric Zemmour et Marine Le Pen, qui ont en partie fait campagne sur la crainte de voir la France s’islamiser ?

— Les travaux de Claude Dargent ou de Vincent Tiberj ont montré que les Français musulmans votent, de manière massive et quasi unanime pour la gauche. Cette orientation électorale s’inscrit dans la longue durée. C’est pourquoi leur choix pour Jean-Luc Mélenchon n’a rien d’exceptionnel, et il ne faut pas le surinterpréter.

Claude Dargent a par ailleurs expliqué que ces Français ne votent pas en raison de leur foi, mais en raison de leur positionnement social et de leur environnement professionnel. L’expérience de la précarité et la mémoire ou l’expérience des migrations par exemple, nouent leur alliance avec les gauches plus que leur positionnement religieux. [C’est vrai en partie, les musulmans demandent plus d’interventions de l’État, mais c’est une explication lacunaire, l’abandon de la volonté d’assimilation républicaine et de la laïcité militante par les Insoumis a rapproché Mélenchon des musulmans, voir : « Il est le seul qui a défendu les musulmans ».]


Le nombre de cadres « racisés » a augmenté à Radio-Canada, les femmes y représentent 63 % des cadres

La directrice des services français de Radio-Canada en Ontario, Zaahirah Atchia, à la tribune du Club canadien de Toronto.

L’équité, la diversité et l’inclusion (EDI) sont tellement ancrées dans les pratiques d’employeurs comme Radio-Canada que ces valeurs ont maintenant leurs plans d’action et leur sigle : EDI.

À Radio-Canada, l’équipe EDI rapporte que la proportion de personnes « racisées » occupant des postes de cadres est passée de 13,7 à 17 % de 2018 à 2021.

La nouvelle directrice des services français de Radio-Canada en Ontario, Zaahirah Atchia, s’en est félicitée à la tribune du Club canadien de Toronto, ce jeudi 19 mai.

Le déjeuner du Club canadien de Toronto avait lieu au restaurant Malaparte du TIFF, rue King Ouest.

Incarner le Canada multiculturaliste

Car c’est une priorité du diffuseur public d’« incarner le Canada d’aujourd’hui », qui est multiculturel. C’était d’ailleurs le titre de son allocution et l’entièreté de son propos au Club canadien.

Sa nomination, en novembre dernier, représente elle-même un effort, de la part de Radio-Canada, de promouvoir l’EDI.

Zaahirah Archia est originaire de l’île Maurice, en Afrique dans l’Océan indien. Membre du Barreau de l’Ontario, elle a été directrice générale de la radio communautaire franco-torontoise CHOQ-FM.

Races, handicaps, orientations sexuelles…

Elle mentionne aussi qu’à Radio-Canada, toujours de 2018 à 2021, les cadres handicapés ont vu leur nombre augmenter de 2,4 à 3,7 %, et les Autochtones de 0,7 à 1,3 %. Les gens qui s’auto-identifient comme LGBTQ représentent 7,8 % de l’effectif radio-canadien.

Et, attention !, roulement de tambour !, « 63 % des cadres de Radio-Canada sont des femmes, ce chiffre dépassant le taux de disponibilité sur le marché du travail ». Cette nouvelle a été accompagnée d’applaudissements de la part de la majorité des invités présents.

On parle donc ici de diversité dans toutes ses dimensions : des « différences visibles et invisibles ». (« Sauf la diversité des idées », a murmuré un facétieux à une table…)

L’immeuble de la CBC et de Radio-Canada à Toronto
 « Impératif moral et économique »

« La diversité n’est pas simplement un atout à l’ère de la quatrième révolution industrielle, mais un impératif de pertinence, de croissance et d’impact pour toute organisation de vision », soutient Mme Atchia. La directrice des services français de Radio-Canada en Ontario n’a pas démontré en quoi la diversité raciale était un atout à l’ère de la quatrième révolution industrielle par rapport, notamment, à un recrutement basé sur la compétence.

Autrement dit, selon l’oratrice, le respect de l’EDI ne serait pas seulement un impératif moral, mais bien un impératif économique. Les organisations qui l’adopteraient en deviennent plus efficaces et plus concurrentielles. Pour ce carnet, tout cela reste à prouver;  ce qui sera difficile avec la SRC qui jouit d’un monopole, est massivement subventionnée et ainsi ainsi complètement isolée de toute politique  inefficace.

De ce point de vue, l’EDI n’est plus seulement uniquement du ressort des départements des ressources humaines, affirme Mme Atchia. C’est la responsabilité de toute l’organisation et donc de sa direction.

Dans le personnel et dans le contenu de Radio-Canada

L’EDI est devenu à Radio-Canada « une mesure de notre succès ».

Cela doit se refléter autant dans la composition du personnel que dans les contenus diffusés à la radio, à la télévision et sur le web. On doit donc s’attendre à davantage d’information sur le pluralisme du pays et de divertissement « célébrant toutes les différences ».

« L’EDI est maintenant au cœur de tout ce que nous faisons à Radio-Canada », conclut Zaahirah Atchia. Ce discours a été qualifié par un invité de « scolaire » et de soporifique : une litanie de clichés, de poncifs, de lieux communs et de stéréotypes diversitaires.

Des élèves réfugiés ukrainiens étudieraient en anglais au Québec malgré la loi 101 (et la loi 96)

Les enfants ukrainiens arrivés au Québec peuvent s’inscrire dans des écoles anglophones, a appris La Presse. Ils peuvent notamment le faire en vertu d’un statut de résident temporaire qui leur a été accordé par Ottawa à leur arrivée au pays.

Le ministère de l’Éducation a confirmé à La Presse que « selon le cadre législatif et réglementaire en vigueur au Québec, les élèves ukrainiens dont le parent détient un permis de travail temporaire seraient admissibles à l’enseignement en anglais ».

Un programme fédéral d’immigration temporaire d’urgence donne aux Ukrainiens un tel statut. L’Autorisation de voyage d’urgence Canada-Ukraine (AVUCU) vise à accélérer l’entrée au pays des familles ukrainiennes qui fuient la guerre. Elle est valide pour trois ans et peut être renouvelée.

Les Ukrainiens peuvent ensuite faire une demande de résidence permanente, ou retourner dans leur pays d’origine, explique Stéphane Handfield, avocat spécialisé en immigration.

Onze élèves ukrainiens scolarisés en anglais

Jusqu’ici, une centaine d’élèves arrivés d’Ukraine se sont inscrits dans les trois centres de services scolaires francophones de Montréal.

Depuis mars dernier, le ministère de l’Éducation précise avoir accordé une autorisation de fréquenter une école anglophone à 11 enfants ukrainiens scolarisés au Québec.

À la commission scolaire Lester-B.-Pearson, dans l’ouest de Montréal, on indique qu’à ce jour, « cinq étudiants [d’origine ukrainienne] qui remplissaient les conditions d’éligibilité du ministère de l’Éducation du Québec ont été autorisés à s’inscrire » dans une de ses écoles.

La commission scolaire English-Montréal affirme pour sa part qu’aucun élève arrivé récemment d’Ukraine ne fréquente une de ses écoles. « Malheureusement, nous avons essayé et nous ne pouvons accueillir aucun d’entre eux », écrit son porte-parole, Michael Cohen.

La commission scolaire Riverside, sur la Rive-Sud de Montréal, n’a pas rappelé La Presse.

Front commun

En mars dernier, les neuf commissions scolaires anglophones de la province ont fait front commun pour demander à Québec d’offrir des exemptions à de jeunes réfugiés ukrainiens pour qu’ils puissent fréquenter des écoles anglophones.

Les commissions scolaires faisaient alors valoir que beaucoup de ces élèves avaient sans doute l’anglais comme langue seconde et exhortaient le gouvernement à faire « preuve de compassion ».

Le Québec a la capacité de les accueillir dans les écoles francophones, avait alors rétorqué le ministre de l’Éducation, Jean-François Roberge. La loi 101 s’applique « à tous les nouveaux arrivants sans distinction de la langue utilisée dans le pays d’origine », avait déclaré M. Roberge.

Au Québec, les enfants de familles qui font une demande de résidence permanente ou qui arrivent avec un statut de réfugié doivent obligatoirement fréquenter une école francophone.

Les nouveaux arrivants ayant un permis de séjour temporaire sont autorisés à envoyer leurs enfants dans les écoles anglophones du Québec. C’est le cas, par exemple, des enfants d’expatriés ayant un permis de travail temporaire et des membres des Forces armées canadiennes appelés à se déplacer à l’intérieur du pays.

[On peut se demander pourquoi cette échappatoire n’a pas été éliminée par le projet de loi 96 récemment. Celui-ci n’a réduit l’exemption pour les immigrants « temporaires » que de 6 à 3 ans.]

Source : La Presse

Voir aussi

Adaptation fulgurante des élèves russophones en France, ils y apprennent vite le français

« Ici, les maths c’est beaucoup plus facile qu’en Ukraine »    

Le PM Legault ouvre la porte à scolariser « temporairement » en anglais les enfants réfugiés ukrainiens 

jeudi 19 mai 2022

Marioupol, les élèves retournent en classe (vidéos, m à j)

Autre reportage dans la même école, cette fois par une équipe francophone.


Marioupol, 16 mai 2022. Le jour-même de la capitulation des troupes Azov réfugiées dans l'aciérie Azovstal. Reportage en italien/russe, vidéo sous-titrée en français.

L'électricité a été rétablie dans plusieurs quartiers de Marioupol.

Selon Denis Pouchiline, chef de la République populaire de Donetsk où se trouve Marioupol :

  • 60% des maisons ne pourront être réparées et devront être démolies ;
  • la ville sera reconstruite en axant cette reconstruction sur les activités de villégiature ;
  • l'aciérie Azovstal sera remplacé par un parc, d'autres grandes usines comme l'aciérie Illitch seront restaurées ;
  • la Russie participera à la restauration de la ville.

Autre lien vers la même vidéo si YouTube la retire.

La même école en septembre 2021 (comparer avec 5' 16'' de la vidéo) :

Voir aussi 

Lettonie — Vers l'élimination de l'enseignement en russe en 2025 

Moldavie — 88 % des réfugiés ukrainiens choisissent le russe comme langue d’enseignement, 6 % l’ukrainien

Adaptation fulgurante des élèves russophones en France, ils y apprennent vite le français

« Ici, les maths c’est beaucoup plus facile qu’en Ukraine »    

Arménie : un peuple chrétien-martyr abandonné par ses coreligionnaires occidentaux… 

Les cosmonautes russes ont-il revêtu des combinaisons de vol aux « couleurs de l'Ukraine » en signe de solidarité ?   

Censure — le CRTC interdit aux fournisseurs de services de télévision canadiens de distribuer RT

 

 

Les ⅔ des Québécois contre une hausse du nombre d’immigrants

Majoritairement réfractaires à une hausse des seuils de nouveaux arrivants, les Québécois jugent que l’immigration non francophone est la principale menace au français. Les citoyens souhaitent aussi que le fédéral ferme le robinet du chemin Roxham, une voie d’entrée irrégulière au pays.

Si les Québécois se considèrent comme accueillants envers les nouveaux arrivants, deux personnes sur trois ne veulent pas recevoir plus de 50 000 immigrants par année. Pas moins de 21 % des gens prônent même une réduction des niveaux d’immigration, révèle un sondage Léger réalisé au début mai pour le compte de la CAQ et obtenu par notre Bureau parlementaire.

Ces données semblent expliquer la position de François Legault, qui refuse jusqu’ici d’ouvrir davantage les vannes de l’immigration pour répondre à la pénurie de main-d’œuvre criante, malgré les appels répétés du patronat et du Parti libéral. Un sujet qui risque fort d’être un enjeu important de la prochaine campagne électorale, alors que la cheffe libérale Dominique Anglade a déjà fixé sa cible à 70 000 immigrants par an.

Nombre d’immigrants au Québec de 1961 à 2018 (on notera que le nombre de 50 000 aujourd’hui considéré comme le seuil acceptable est très récent : 2009)

Force est de constater, cependant, qu’en quelques années le chiffre de 50 000 immigrants/an prôné jadis par les seuls libéraux et perçu comme excessif a été normalisé dans la conscience publique. Le Québec pourrait peut-être accueillir 50 000 immigrants s’ils étaient francophones de naissance et de la même culture occidentale, mais il est absolument incapable d’assimiler au français et à ses valeurs ce nombre d’immigrants dont la plupart sont allophones ou anglophones. Dès qu’ils le peuvent, les enfants de la loi 101 se précipitent vers les établissements anglophones toujours subventionnés par Québec et le fédéral. [Voir Les enfants de la loi 101, l’école en français : une immersion forcée, ensuite ruée vers l’anglais.]

Nombre d’immigrants par catégories 2006 à 2020

Selon le sondeur Christian Bourque, le statu quo est confortable.

« On est dans un contexte postpandémique, la guerre, l’inflation, les gens se disent, on ne bouge pas, ça va comme ça, ce qui est un bon signe pour le gouvernement, parce que c’est son intention », souligne-t-il.

Plus de pouvoirs réclamés

Le Premier ministre réclame plutôt plus de pouvoirs du fédéral pour choisir ses immigrants. Il voudrait notamment mettre la main sur le programme de regroupement familial. Mais jusqu’ici, Justin Trudeau a refusé net de céder ses compétences en matière d’immigration au Québec.

Force est d’admettre que les citoyens sont divisés à ce sujet. Si 44 % des sondés sont favorables à ce que la Belle Province obtienne plus de pouvoirs, ils sont pratiquement aussi nombreux à militer pour le statu quo ou pour donner davantage de pouvoirs à Ottawa.

Chemin Roxham

Malgré tout, une majorité de Québécois sont inquiets des passages illégaux de demandeurs d’asile par le chemin Roxham, à la frontière, et souhaitent que le fédéral empêche les migrants d’emprunter ce trajet pour entrer au pays.

Le Journal de Montréal révélait la semaine dernière que le Québec se dirige vers une année record, alors que le ministère de l’Immigration anticipe l’entrée irrégulière de 35 000 demandeurs d’asile par ce passage qui aboutit à Saint-Bernard-de-Lacolle en Montérégie.

L’immigration et le français

Par ailleurs, deux personnes sur trois sont inquiètes du sort du français à Montréal et s’attendent à ce que le gouvernement en fasse davantage pour redresser la situation.

Alors que le débat sur la réforme caquiste de la loi 101 fait rage, on constate que ce ne serait pas le nombre élevé d’étudiants non anglophones dans les cégeps de langue anglaise ni les Québécois francophones qui se tournent vers la langue de Shakespeare, qui est serait la principale cause de ce déclin, selon la plupart des gens sondés. [Ceci ne veut pas dire que les cégeps en anglais qui accueillent désormais une majorité de non-anglophones ne soient pas une cause importante d’anglicisation, voir la demande que les immigrants soient davantage pourvus de diplômes post-secondaires d’un établissement francophone…]

 

Le danger viendrait, selon les personnes sondées, plutôt du nombre important d’immigrants qui ne parlent pas français. Une vaste majorité de gens sont d’ailleurs favorables à ce que le gouvernement exige la maîtrise du français pour l’obtention du certificat de sélection du Québec (préalable à la résidence permanente) et une plus grande connaissance du français à l’oral dans tous les programmes d’immigration.

« Cette perception de l’immigrant qui ne parle pas français, ou peu le français, et de la question sur le français au Québec, c’est surtout une crainte de ceux qui n’habitent pas à Montréal, analyse Christian Bourque. Les Québécois francophones des régions, eux, perçoivent l’immigration à Montréal comme étant une menace directe au français. »

Fait intéressant, les citoyens qui ne sont pas francophones sont plutôt d’avis que l’attractivité culturelle de l’anglais est la principale menace à la santé du français au Québec et à Montréal.

[Les deux « perceptions » ne sont pas contradictoires : les immigrants allophones se concentrent massivement à Montréal. Les Québécois hors Montréal ont donc raison de souligner ce fait. Ce sont ces mêmes immigrants qui sont attirés culturellement et économiquement par l’assimilation à l'anglais, ils connaîtront sans doute un peu de français après quelques années, mais cela n'en fera pas des francophones. Ils auront tendance à vouloir imposer l'anglais quand ils le peuvent (au travail par exemple). Les mauvaises langues diraient que cette assimilation à l’anglais leur permet d’accéder au moins symboliquement à l’élite de la société canadienne, à pouvoir ainsi regarder de haut les francophones québécois, ce qui est culturellement très attirant et valorisant…]

Source : Journal de Montréal

Immigration : nombreuses nouvelles classes pour faire face à l'afflux d'élèves allophones

Les écoles de Montréal ont vu arriver près de 2000 nouveaux élèves dans leurs classes d’accueil depuis janvier. Parmi ceux-ci, on compte une centaine de jeunes Ukrainiens.

À lui seul, le centre de services scolaire de Montréal (CSSDM) a accueilli près de la moitié (800) de ces élèves venus d’ailleurs. 

On a ajouté 19 classes d’accueil à celles déjà existantes depuis le début de l’année, dont le tiers au cours des deux dernières semaines.

Le portrait est semblable au centre de services scolaire de la Pointe-de-l’Île (CSSPI), où on a dû ouvrir 20 classes supplémentaires pour accueillir les 472 nouveaux élèves. Du côté du centre de services scolaire Marguerite-Bourgeoys (CSSMB), ce sont 600 nouveaux élèves qui sont arrivés sur les bancs des classes d’accueil.

Une centaine de jeunes Ukrainiens font partie des nouvelles inscriptions enregistrées au sein de ces trois centres de services scolaires.

Réorganisation du personnel

Cet afflux de nouveaux élèves entraîne une réorganisation dans les écoles. Durant la crise sanitaire, les enseignants des classes d’accueil qui n’avaient plus assez d’élèves pour un groupe se sont vu confier d’autres tâches, explique Kathleen Legault, présidente de l’Association montréalaise des directions d’établissement scolaire (AMDES).

« On a réaffecté le personnel disponible parce qu’ils ont une sécurité d’emploi et qu’il fallait leur offrir autre chose. Par exemple, quelqu’un qui enseignait en troisième année en accueil, on l’a mis dans une classe de troisième en régulier », explique Mme Legault.

En temps normal, poursuit-elle, une école peut avoir jusqu’à 12 classes d’accueil. Pendant la pandémie, on comptait en moyenne deux ou trois groupes par établissement.

D’ici les vacances d’été, les écoles pourront compter sur des étudiants en éducation pour prêter main-forte. « On aura le personnel enseignant pour accompagner chaque groupe d’élèves », dit Kathleen Legault.

Dès septembre, ces enseignants qui ont une expertise dans le champ de l’accueil retourneront auprès de leurs groupes d’élèves, ce qui risque d’exacerber la pénurie d’enseignants dans les autres classes. Plusieurs postes sont toujours vacants, et les établissements peinent à recruter, indique l’AMDES.

Au Québec, la Charte de la langue française oblige les enfants [ne faisant pas partie des privilégiés anglophones « historique »] à fréquenter l’école [jusqu’à 16 ans] en français. Les jeunes réfugiés et demandeurs d’asile n’y font pas exception. Les élèves allophones doivent passer par les classes d’accueil francophones pour un minimum de 10 mois avant d’intégrer l’école ordinaire, précise Mme Legault.

Qu’est-ce qu’une classe d’accueil ?

Les enfants des familles allophones qui passent chaque jour la frontière sont pour la plupart dirigés vers ces classes d’accueil pour favoriser leur intégration au Québec, à commencer par l’apprentissage du français. L’élève y apprend les codes et valeurs de sa nouvelle société d’adoption tout en se posant dans un contexte bienveillant. Créées en 1969, ces classes ont gagné en importance au tournant des années 2000 afin de s’adapter aux nouvelles réalités de l’immigration québécoise, grandissante depuis.

Source : La Presse

Voir aussi

La minorité « historique » anglophone du Québec comprend 258 605 personnes, la communauté anglophone 1 103 475 (soit 844 870 allophones assimilés depuis à l’anglais).  

Recensement 2016 — recul du français, bilinguisme et anglais en hausse au Québec, bilinguisme stable dans le reste du Canada  

Chute importante prévue du français dans les foyers québécois  

Cégep francophone : certains étudiants écrivent leurs travaux en anglais, pour ensuite les traduire grâce à Google Traduction  

Cégep anglophone : hostilité peu subtile au français  

Cours de français obligatoires dans les cégeps anglophones : Jolin-Barrette recule (encore) 

Impossible de se faire servir en français au centre de Montréal 

L’anglais est en train de devenir la langue de convergence entre les élèves de certaines écoles montréalaises  

Montréal : 52 % des diplômes de cégep sont de cégeps anglophones 

« À Montréal, l’anglais a déclassé le français comme langue des études postsecondaires »  

Sombre diagnostic sur la maîtrise du français au cégep francophone..

Non, ça ne parle pas français dans les cégeps anglophones 

Québec — Plus de 35 % des élèves des cégeps anglophones incapables de suivre des cours en français

 


mercredi 18 mai 2022

Google : la Loi sur les nouvelles en ligne donnerait au gouvernement fédéral une « influence sans précédent »

La vice-présidente et directrice générale de Google Canada, Sabrina Geremia, a averti lundi dans un long article que le projet de loi C-18 — également connu sous le nom de Loi sur les nouvelles en ligne — donnerait au gouvernement fédéral « de nouveaux pouvoirs étendus » pour réglementer le contenu des nouvelles. Extrait du communiqué de Google sur la Loi sur les nouvelles.

La loi sur les nouvelles en ligne donnerait aux régulateurs une influence sans précédent sur les nouvelles.

Le projet de loi donne au Conseil de la radiodiffusion et des télécommunications canadiennes (CRTC) de nouveaux pouvoirs sans précédent pour réglementer tous les aspects de l’industrie canadienne de l’information. Le CRTC serait chargé de déterminer qui est un journaliste, ce qu’est une entreprise de presse éligible et combien d’argent sera versé à chaque entité — des décisions bien au-delà de son expertise en tant qu’organisme de réglementation de la radiodiffusion. Il superviserait et régirait toutes les négociations entre les éditeurs de nouvelles et les entreprises technologiques, y compris la fixation de conditions obligatoires, tout en résolvant tout litige en résultant et en ayant le pouvoir d’imposer des sanctions. Le projet de loi donnerait également au CRTC un pouvoir pratiquement illimité d’exiger des informations des plateformes et des entreprises de presse.

En fin de compte, le CRTC aurait un pouvoir énorme lorsqu’il réglementerait les nouvelles sur lesquelles les Canadiens comptent, avec peu ou pas de freins et contrepoids.

Google n’est pas la seule entreprise à avoir publiquement dénoncé l’intention du gouvernement Trudeau de réglementer les nouvelles en ligne. Meta (anciennement connu sous le nom de Facebook) et Twitter ont également qualifié la législation de « défectueuse ».

Le projet de loi C-18 obligerait, par exemple, les agrégateurs internet à payer pour les liens vers des nouvelles. Le CRTC appliquerait la négociation obligatoire, surveillerait la conduite des parties impliquées et pénaliserait celles qui ne se conforment pas à ses règles.

Meta a récemment menacé de bloquer l’accès aux nouvelles au Canada sur Facebook si le gouvernement mettait ses plans à exécution.

« Pour faire bref, notre réponse est que nous continuons d’évaluer cette loi », a déclaré Rachel Curran, responsable des politiques publiques de Meta pour le Canada, aux parlementaires en avril. « Nous n’en connaissions pas la portée jusqu’à ce qu’il soit déposé très récemment. Je dirais que nous avons des préoccupations assez sérieuses.

En réponse à des lois similaires introduites par l’Australie l’année dernière, Meta avait mis fin à l’accès au contenu d’actualités sur Facebook. Cette décision a contraint le gouvernement australien à renégocier certaines parties de son régime de réglementation de l’internet. Le Canada a cité la législation australienne comme base sur laquelle ses propres lois proposées ont été fondées.

Source : Google

Voir aussi

Libéraux de Trudeau veulent davantage censurer le discours qui leur déplaît sur internet 

Le théologien Guilbeault s’embrouille dans sa volonté de bannir “la haine” de l’internet

Co-fondateur de Wikipédia : je ne fais plus confiance au site que j’ai créé 

Cour suprême du Canada — “toutes les déclarations véridiques” ne doivent pas “être à l’abri de toute restriction”   

Ingrid Riocreux sur les médias, les “vérificateurs de faits”, la pandémie, la censure  

Australie — Facebook cède, Google et Facebook passent des accords de rémunération avec divers médias australiens

«La religion chrétienne est de loin la plus attaquée en France»

Dans son premier ouvrage, le journaliste Marc Eynaud relate les actes de profanation et les agressions à l'encontre des catholiques. Il explique au Figaro comment la France, fille aînée de l'Église, en est arrivée à ce calvaire contemporain. Marc Eynaud est journaliste et auteur de Qui en veut aux catholiques ? aux éditions Artège.

Le Figaro. — Votre ouvrage s'intitule « Qui en veut aux catholiques ? » Ne craignez-vous pas de tomber dans un des travers de notre époque : la victimisation ? Quel est son objet ?

Marc EYNAUD. — La victimisation c'est « l'action de victimiser » si on en croit le Larousse. L'objectif de ce livre est justement l'inverse. Les profanations, incendies, attaques et autres apparaissent peu dans l'actualité sinon totalement décorrélées et traitées comme des faits divers banals. Pardonnez-moi de citer cette phrase d'Albert Camus qui a été trop employée mais « Mal nommer les choses c'est ajouter au malheur du monde ». On ne provoque pas de peur en nommant les choses, en les mettant en lumière mais surtout en les expliquant. Bien au contraire, on rejette le fantasme pour en appeler au palpable, on bannit le sentiment pour faire apparaître la réalité. L'objectif c'est de regarder la réalité en face, de l'appréhender et surtout de comprendre pourquoi nous en sommes arrivés là. « Qui en veut aux catholiques » ne veut pas dire « Les catholiques sont des victimes ». On pourrait d'ailleurs pousser le raisonnement en citant le Christ lui-même sous la plume de l'évangéliste Matthieu : « Vous serez haïs de tous à cause de Mon Nom ». Ce n'est ni un avertissement, ni une phrase destinée à faire peur mais un constat qui sonne comme une évidence tranquille.

—  Les catholiques sont-ils particulièrement touchés par les agressions et les profanations ?

—  Indubitablement oui. Les quelques chiffres que lâchent du bout des lèvres les services du ministère de l'Intérieur le prouvent : 1052 faits recensés, qui se décomposent en 996 actions et 56 menaces. La religion chrétienne est de loin la plus attaquée. Je demande au lecteur de faire l'expérience de taper les mots-clefs « Profanation église » ou « effraction église » dans un moteur de recherche pour s'en rendre compte. Objectivement c'est assez effrayant. Bien entendu, on peut expliquer ce sinistre record en partie par le fait que les églises et calvaires sont les édifices religieux les plus nombreux sur le territoire, certains d'entre eux abritent des trésors qui excitent l'attrait des voleurs, ferrailleurs et trafiquants d'art. En revanche, les actes purement malveillants sans objectif de vol se multiplient en parallèle. En outre, il ne faut pas l'oublier mais les chrétiens sont les cibles privilégiées des attentats islamistes. L'assassinat du Père Hamel est le plus symbolique mais on peut rajouter les attentats manqués de Villejuif et de Notre-Dame de Paris. Celui, réussi hélas, de la basilique de Nîmes et je révèle dans ce livre qu'un attentat au couteau a été déjoué in extremis à Montmartre.

L'Église a démontré en plus de deux mille ans d'existence qu'elle résistait bien mieux aux coups portés de l'extérieur qu'à ses propres turpitudes.

—  Comment expliquez-vous l'effondrement de la pratique catholique en France, fille aînée de l'Église ?

— Je laisse aux historiens le soin du détail mais on peut parler d'une déchristianisation en plusieurs étapes : les Lumières, la Révolution française, le rationalisme, la séparation de l'Église et de l'État et enfin la sortie de la Seconde guerre mondiale.

Pendant la Révolution française on parlait même de « déprêtrisation ». Cela a entraîné une hémorragie sans précédents dans l'Église de France, une hémorragie aggravée par la perte de son pouvoir temporel, traduite par l'éparpillement de ses biens devenus nationaux. Si cette période n'a pas été fatale à l'Église, elle a cependant provoqué de tels dégâts que les effets s'en font encore sentir aujourd'hui. La séparation de l'Église et de l'État a quant à elle largement sorti l'Église catholique de la place publique, perdant ainsi le monopole de l'Éducation, et plus largement du tissu social. Il faudra attendre la tragédie de 14/18 pour que la République prenne conscience de l'importance du religieux chez les hommes qui mourraient en masse pour elle. Ils auront quand même été 32.000 à servir dans les tranchées. L'Église affronta aussi la modernité, l'essor du marxisme et la confusion entre universalisme et mondialisation… Pour finalement finir dans une société postmoderne dont les valeurs et les envies sont aux antipodes de sa doctrine. On est en train d'assister à une véritable sortie de route.

— La pédocriminalité au sein de l'Église a-t-elle participé de cet effondrement ?

— Une chose est certaine, l'Église a démontré en plus de deux mille ans d'existence qu'elle résistait bien mieux aux coups portés de l'extérieur qu'à ses propres turpitudes. Le Père Abbé du Barroux, Dom Louis-Marie, m'avait confié ceci : « C'est une tristesse, mais aussi une réalité, de dire que les premiers coupables de profanation sont bien des hommes d'Église. Les révélations sur les crimes de mœurs en ont montré l'horreur. Des prêtres habitués à des turpitudes des plus abjectes ont célébré la messe. Le pape François a même comparé leur crime à des messes noires ». Indubitablement, ces crimes commis et trop souvent cachés ont fait plus de mal que les pires persécutions antichrétiennes. Elles actent tout de même une défaillance collective chez de trop nombreux évêques. « Pardonne-nous d'avoir pris ta miséricorde pour une tolérance devant le mal », s'était exclamé Mgr de Moulin-Beaufort devant la Grotte de Lourdes, le 6 novembre dernier. L'abjection de ces crimes commis c'est encore le Christ qui en parle le mieux : « Quiconque scandalise un de ces petits qui croient en moi, il lui vaudrait mieux qu'on lui pendît une meule d'âne au cou, et qu'on le jetât au fond de la mer. » Oui, la pédocriminalité a porté un rude coup à l'institution, mais surtout à la confiance des fidèles abusés et de leurs familles et à tous ceux qui voyaient en l'Église une institution bienveillante.

— Vous écrivez : « Les catholiques sont coincés entre leur aspiration à la charité et leur inquiétude de voir les mosquées pousser tandis que les églises se vident lorsqu'elles ne sont pas profanées ou incendiées. » Ce tiraillement semble s'être dessiné dans le vote des catholiques pratiquants lors du premier tour de l'élection présidentielle. Comment y répondre ?

— Les chiffres des sondeurs et les nombreuses enquêtes nous montrent une chose : la répartition des votes chez les catholiques, tout degré de pratique confondu, est sensiblement identique à la répartition nationale. Il n'y a pas d'électorat catholique ou plutôt il n'y a pas de candidat derrière lequel ils seraient susceptibles de se ranger majoritairement. Il y a indubitablement les mêmes fractures chez les catholiques que dans le reste du corps électoral. Scindés entre la génération des baby-boomeurs qui sera portée vers un vote centriste ou social et une jeunesse plus identitaire, plus conservatrice que ses ainés, cela s'est vu à de nombreuses reprises ces dernières années. Les dignitaires de l'Église doivent composer avec une jeunesse attendant davantage « Les cosaques et le Saint-Esprit » pour reprendre la formule de Léon Bloy qu'un « synode sur la synodalité ».

— Jean-Luc Mélenchon est le troisième homme de ce scrutin. Le candidat de la France insoumise a semble-t-il bénéficié d'un vote communautaire, en témoignent ses importants scores à Bobigny (60%), Creil (56%), Roubaix (52%), Dreux (45%), ou Grigny (56%), et les divers appels au vote dans la communauté musulmane les semaines précédant le scrutin. Le discours de la France insoumise sur la laïcité est-il ambigu ?

— Il est surtout incompréhensible sur le plan intellectuel et totalement cynique sur le plan politique. Les Insoumis savent qu'ils reposent sur une imposture : celui de faire croire qu'ils représentent la France des périphéries et des ouvriers alors qu'ils portent l'indigénisme et l'islamisme à bout de bras. Ce n'est pas un hasard si 69 % des musulmans de France ont voté Jean-Luc Mélenchon, ce n'est pas un hasard si les principaux leaders islamistes comme Hani Ramadan ont appelé à voter pour lui. Mélenchon est le candidat des musulmans. Sa famille politique dispute avec EELV la primauté de l'islamo-gauchisme. C'est à l'université d'été de la France Insoumise qu'Henri Pena-Ruiz a été chahuté pour avoir simplement combattu le concept d'islamophobie. C'est à cette occasion que l'élue écologiste Bénédicte Monville, chef de file de l'opposition écolo à Melun s'était exclamée : « Personnellement, je n'ai rien à voir et je combats ces tenants d'une “laïcité” qui exclut, stigmatise, humilie et nous divise ». Cette même élue qui livre un combat acharné contre la mairie de Melun coupable d'avoir voulu installer… une crèche de Noël ! Sans compter que tous ces élus ont évidemment manifesté main dans la main avec des islamistes à cette scandaleuse « Marche contre l'islamophobie ».

Source: Le Figaro


Qui en veut aux catholiques ?

Incendies. Profanations. Ces faits qu'on ne veut pas voir
par Marc Eynaud,
publié aux Éditions Artège,
le 6 avril 2022,
à Paris,
232 pp.,
ISBN-13 : 979-1033612377.





Voir aussi 

Réflexions sur l'antichristianisme primaire en Occident

France — 90 % du vandalisme et profanations de lieux de cultes visent des églises (deux par jour !)

Premier ministre Trudeau directement impliqué dans discrimination contre camps d’été confessionnels

ECR — Élève : à Noël on fête la naissance de Jésus, enseignant : c’est faux (rediff)

Québec — « La complaisance pour l’extrême gauche » (à l'université, dans les médias)

Les musulmans de France semblent se radicaliser avec le temps 

L'Église catholique prise au piège de la religion du migrant  

Soixante-huit églises incendiées ou vandalisées, timide réaction du PM Trudeau qui organise un sommet sur l'islamophobie (m à j)

 

 

Éthique et culture religieuse (toujours pas abrogé) — certains profs disent marcher sur des oeufs

Les enseignants ont parfois du fil à retordre avec des sujets abordés dans le cadre du cours d’éthique et culture religieuse (ECR). Face à des contenus jugés plus « délicats », notamment la religion, certains ont « l’impression de marcher sur des œufs », révèle un rapport produit par le ministère de l’Éducation dans la foulée de la refonte de ce cours.

À la rentrée 2023, le cours d’ECR sera remplacé par le cours Culture et citoyenneté québécoise. Dans le cadre de cette refonte, le ministère de l’Éducation a mené une consultation dans les écoles et en a tiré un rapport daté de mars 2021, mais rendu public récemment à la suite d’une demande d’accès à l’information.


Le document lève le voile sur certaines difficultés rencontrées par les enseignants qui ont à aborder en classe des « sujets complexes et sensibles », parfois « source de tension », lit-on dans ce rapport, qui cite une dizaine d’enseignants tout en préservant leur anonymat.

Parmi ces sujets délicats figure « le thème de la tolérance, où la problématique du racisme est abordée avec la tension que le mot en N peut engendrer… », observe un enseignant.

Un autre estime que parler de tolérance « relève de la prouesse ». « […] Plusieurs élèves et leurs parents sont carrément racistes ou xénophobes et cela transparaît dans les réponses de plusieurs élèves… D’autre part, aborder l’intimidation est difficile quand dans les classes mêmes se retrouvent les agresseurs et les victimes », témoigne-t-il dans le document.

Un certain « malaise »

Si le programme ECR est obligatoire de la 1re année du primaire à la 5e année du secondaire, le rapport gouvernemental montre que la perception de la culture religieuse est fort différente selon le niveau auquel on l’enseigne.

Au primaire, des instituteurs jugent que la culture religieuse est « trop abstraite » pour les élèves et une majorité estime qu’elle ne « contribue pas au rôle de l’école ».

La majorité des élèves n’ayant pas d’appartenance religieuse, ou ne sachant même pas qu’ils en ont une, ne sont pas prêts à recevoir ces connaissances. [Rien d’étonnant : on leur enseigne une myriade de petits faits religieux alors qu’ils ne connaissent même pas leur tradition religieuse, ils ont 6 ans en 1re année..]

Une conseillère pédagogique estime pour sa part que le « malaise » de certains enseignants par rapport à l’enseignement de la culture religieuse est « comparable à celui suscité par l’éducation à la sexualité ».  [Un autre sujet « moderne » de l’État qui ne se limite plus à enseigner les matières de bases, mais veut façonner la morale des enfants. Entretemps, le français et la culture générale des enfants sont lacunaires.]

Certains ont « très peu de culture religieuse et ne se sentent pas compétents pour le faire ; d’autres se font une fausse idée de ce volet ; d’autres encore le comprennent mal. Certains ont eu un vécu personnel négatif en lien avec une religion. Certains craignent les religions et même les haïssent », a confié cette conseillère.

Des enseignants craignent de « heurter certaines sensibilités », note-t-on aussi dans le rapport de Québec.

« En ce sens, le contexte social et familial est pour certains un obstacle : soit on craint que le discours de l’école sur le phénomène religieux confronte la vie religieuse familiale ; soit l’absence de dimension religieuse dans la vie familiale rend le sujet caduc », y lit-on. [Mais qui a eu l’idée d’imposer une seule formation identique pour tous dans ce domaine ?]

Un cours peu valorisé

Parmi les autres difficultés rencontrées dans l’enseignement de ce cours, des professeurs du secondaire citent un trop grand nombre d’élèves, la lourdeur de la tâche et le manque de temps pour bien enseigner.

Un enseignant de Montréal note que certains de ses collègues du secondaire ont jusqu’à 14 groupes à suivre. « Comment mettre de l’avant, mettre en application un programme, quand tu as plus de 450 élèves avec qui faire des suivis ? C’est impossible », a confié l’enseignant.

Un autre considère que le manque de temps consacré à ce cours fait que la matière est « garrochée ».

La moitié des enseignants du secondaire qui ont répondu au questionnaire du ministère de l’Éducation ont indiqué ne pas avoir de formation initiale en éthique et culture religieuse.

Le cours d’éthique et culture religieuse est dévalorisé, notent les auteurs du rapport, qui font état de « frustration » à cet égard chez les enseignants. Un enseignant mentionne un « mépris » par rapport au cours, tandis que d’autres déplorent que ce soit perçu comme une « matière douce », une « matière fourre-tout dans laquelle on envoie tous les intervenants [des associations politiquement correctes] de l’école faire leur petit numéro ».

Le nouveau cours de culture et citoyenneté québécoise sera consacré à la culture et à la citoyenneté québécoises, comme son nom l’indique, ainsi qu’au dialogue et à la pensée critique. Le ministère de l’Éducation entend y inclure des notions d’éducation aux médias et d’éducation à la sexualité. L’élève sera aussi amené « à aborder des dilemmes moraux ainsi qu’à examiner des repères culturels, moraux, religieux, scientifiques et sociaux ». [Fin du volet religieux, donc moins d’informations factuelles, mais toujours autant de « dialogue » et d’éthique… les volets que condamnaient le Collège Loyola.]

Le ministère de l’Éducation indique qu’« un ensemble d’éléments et considérations ont été pris en compte dans le processus de révision du programme d’Éthique et culture religieuse ».

Source : La Presse

Voir aussi
 
 
  

Joëlle Quérin répond à ses détracteurs chez Denise Bombardier 

Joëlle Quérin et « La face cachée du cours Éthique et culture religieuse »  

En 2012, la CAQ votait pour l’abolition du programme ECR au primaire (Éric Caire avait été suivi par les militants, le futur ministre Roberge avait plaidé devant eux qu’il fallait conserver ECR)

La CAQ veut continuer d’imposer le controversé programme ECR (2018) 

Québec — le programme ECR serait là pour de bon selon le ministre Roberge (janvier 2019)

Livre sur le cours ECR : Au-delà des apparences (Guy Durand)

Livre Regards sur le cours ECR : La Religion sans confession 

L’ex-ministre Jacques Brassard sur Pauline Marois et ses réformes scolaires  

Mme Marois exigeait en 2009 une révision du cours d’éthique et de culture religieuse, l’ADQ un moratoire. En 2008, Pauline Marois soutenait le cours ECR…

Mario Dumont : pour Pauline Marois, l’État comme parent du berceau à l’université ? 

ECR : Visite voilée dans des « lieux de culte » sinon zéro…

ECR — Marie s’est fait violer, elle a inventé l’histoire du Saint-Esprit, Joseph a gobé son histoire

Sortir le religieux de l’école pour y laisser entrer l’ésotérisme et les gourous

Pas de classiques de la littérature, mais la lutte contre l’hétérosexisme en classe d’ECR, de français, d’anglais, d’histoire et de mathématiques

Cours d’ECR : les enseignants « marchent sur des œufs »

Après « Youpi, ma religion ! », « Ma religion de rêve »

Table ronde sur le matériel pédagogique ECR

Cahier ECR : « je suis un garçon, une fille, je ne sais pas encore »

Formateur de formateurs en ECR à L’ACFAS : beaucoup de résistances, faible réceptivité, obstacles